Bonjour ou bonsoir vu l'heure à laquelle je poste ce chapitre ! Voici le chapitre 3 qui est très long ! ( 10 pages sur OpenOfficeWriter soit à peu près 6600 mots!) j'étais inspirée ! J'espère qu'il vous plaira !
Réponses aux guest : ( bon là en l'occurrence y'a qu'un seul commentaire anonyme mdr)
Guest : c'est vrai qu'elles se sont parlées assez sèchement... Pour ta ''théorie'' sur la scarification, je te laisses lire ce chapitre. Merci pour ton commentaire !
Désolée si il reste encore des fautes d'orthographe ou d'inattention j'essaie de les limiter un maximum...
Diclaimer : L'univers The 100 ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas...
Chapitre 3 : Les accidents du système et l'anniversaire :
Clarke :
– Rien, a annoncé Niylah. Pas un mot, pas la moindre insinuation. Avec Luna et Aurore, on a même sondé les juniors, et on peut t'assurer qu'il n'y a aucun potin te concernant. Du moins rien qui t'associe de près ou de loin à Lexa Woods.
J'étais assise derrière le volant de la Corvette 1965 D'Arès Niylah sur le siège passager. Elle était rentrée avec moi pour m'aider à supporter le rituel du Vendredi Familial, que j'appelais secrètement le Dîner des Damnés.
J'avais mis la radio dans ma Dodge Neon 1998 verte bouteille, à l'autre bout du garage. La Corvette d'Arès était toujours équipée de son autoradio d'origine, autrement dit d'un équipement antédiluvien qui ne valait plus rien, même si la voiture en elle-même était un petit bijou. Rouge sang, avec une bande horizontale noire – comme d'habitude, j'avais eu du mal à suivre les explication d'Arès et bien que je sois manifestement perdue il avait poursuivi –, trois fentes fonctionnelles parce que orientable de chaque côté du pare-chocs avant un grille aux barreaux horizontaux, et carrosserie aux innombrables moulages escamotables.
Je n'avais aucune idée de ce que tout cela représentait, bien sûr, mais Arès m'avait répété cette description tellement souvent que je l'avais mémorisée. Pour le reste, malgré toute sa splendeur, cette voiture ne démarrait pas. Et mes chances de la voir rouler s'amenuisaient de jour en jour.
Merci, Lexa Woods !
– Elle a eu la semaine pour parler de tes cicatrices à tout le lycée. A ton avis, qu'est-ce qu'elle attend ?
Les mains resserrées sur le volant, j'ai repensé à la promesse d'Arès. Debout dans ce même garage, vêtu de son treillis kaki, il m'avait juré que je serais la première personne après lui à conduire cette voiture, une fois qu'elle serait réparée. Encore un rêve mort avec lui, sur une route déserte d'Afghanistan.
– Peut-être qu'elle n'a personne à qui en parler ? N'oublie pas que Lexa Woods n'est qu'une loser... Une fumeuse de joints, placée en famille d'accueil et qui a besoin de cours particuliers pour avoir son examen.
– Tu as peut-être raison, ai-je répondu, tout en songeant que Lexa attendait peut-être le moment rêvé pour me pourrir la vie.
Niylah s'est mise à jouer avec ses bagues, ce qui est généralement une preuve de nervosité, chez elle.
– Qu'est-ce qu'il y a ? Lui ai-je demandé.
J'ai dû tendre l'oreille pour entendre la réponse, marmonnée entre des dents serrées.
– Nous en avons parler avec Finn.
J'ai senti tous les muscles de ma nuque se tendre, et j'ai relâché la pression que j'exerçais sur le volant, de peur de l'abîmer.
– Comment ça, vous en avez discuté avec Finn ?
Niylah s'est agitée sur son siège, avant de croiser les mains sur ses genoux.
– Il est dans notre classe, en Anglais. Nous étions censée relire nos essais respectifs, Luna, Aurore et moi... Au lieu de quoi, bien sûr, nous avons discuté de la situation... De Lexa et de tes cicatrices, je veux dire. Et Finn... Finn a capté des bribes de notre conversation.
Mon cœur s'est mis à battre si fort que je l'ai entendu résonner dans mes oreilles. Depuis des mois, je gardais mon terrible secret pour moi et quelques rares amies, et voilà qu'en moins d'une semaine deux personnes différentes s'incrustaient dans mon cauchemar.
Comme je ne disais rien, Niylah s'est sentie obligée de poursuivre.
– Clarke, ce n'est pas de ta faute, si tu as ces cicatrices. Tu n'as aucune honte à avoir. C'est ta mère qui devrait avoir honte... Ton père à la rigueur, mais pas toi, Clarke. En aucun cas. De toute façon, Finn savait déjà que ta mère était psychotique. Il n'en a jamais rien dit à personne et il ne le fera jamais. Il a beau être limité, il a tout de même réussi à comprendre que c'est elle qui t'a fait du mal.
J'avais le choix entre la colère et le soulagement. Je ne savais plus où j'en étais.
– Elle n'est pas psychotique, ai-je marmonné tout en sachant d'avance que, quand je parlais de ma mère, ça tombait immanquablement dans l'oreille d'un sourd.
Personne ne comprenait.
– Elle a des problèmes, c'est tout.
Niylah l'a joué dramatique. Elle a posé sa main sur la mienne et m'a doucement serré les doigts, sans doute pour le rassurer. C'était sa manière de me dire qu'elle m'aimerait toujours, quelles que soient les circonstances.
– Avec les filles, on pense que tu devrais expliquer ce qui est arrivé... Passer à l'attaque au lieu de rester sur la défensive, si tu préfères. Comme ça, si Lexa se met à déblatérer sur ton compte, les gens seront déjà au courant et c'est elle qui passera pour une conne.
Mon regard s'est posé sur l'établi d'Arès. Mon père ne touchais jamais à aucun outil : quand un appareil était cassé, il le faisait réparer ou bien le jetait. Arès, lui, adorait bricoler. Il en avait passé, des heures, dans ce garage...
Bon sang, j'aurais tant eu besoin de mon grand frère, en cet instant... J'aurais tellement eu besoin de ses conseils !
– Clarke ? Dis quelque chose, je t'en supplie.
Niylah semblait tellement bouleversée que j'en ai oublié mon chagrin.
– Et à qui doit-on cette idée de génie ? Ai-je demandé, bien que je connaisse déjà la réponse. Aurore, c'est ça ?
Aurore avait insisté pour que je raconte ce qui s'était passé. Dès mon retour au lycée.
– Tu n'es pas juste, Clarke, a soupiré Niylah. D'accord, Aurore n'a pas toujours été sympa avec toi, mais je peux t'assurer qu'elle veut la même chose que nous : que tout redevienne comme avant... Normal, quoi... Et tant que les gens croiront que tu te mutiles ou que tu as tenté de te suicider, tu seras mise à l'écart. Vois les choses du bon côté... Cette situation avec Lexa tombe peut-être bien, en fin de compte !
J'ai regardé Niylah dans les yeux pour la première fois depuis son aveu.
– Je ne dirai rien sur ma mère.
– Fais un effort. S'il te plaît, a-t-elle insisté, d'un ton suppliant.
– Mais quoi ? Les gens voudront des détails et je n'en donnerai pas parce que je ne me souviens de rien.
– On te soutiendra, nous ! Même Aurore : elle tient tellement à ce que tu expliques... Comme nous toutes, d'ailleurs. Nous, on t'as vue à l'hôpital, cette nuit là, Aurore, Luna et moi. On a vu les flics et on a entendu ton père hurler après ta mère...
– Franchement, tu crois que ça changera mon image ? Avoir une mère bipolaire et ne pas se souvenir du jour où elle a essayé de me tuer, c'est pas mieux que de laisser croire que je me mutile ou que j'ai fais une TS.
– Si. Parce que, au moins, tout le monde te plaindra, a expliqué Niylah. C'est préférable, non ?
Ah bon ? La colère est venue à bout de ma patience, déjà limitée, il faut bien l'avouer.
– Je ne veux pas de pitié ! Et je ne veux pas que le pire jour de ma vie devienne le sujet de conversation préféré du lycée. Si je raconte un jour ce qui est arrivé, je veux être en mesure de dire la vérité, et pas passer pour la pauvre fille qui ne se souvient de rien.
Là-dessus, j'ai calé ma nuque contre le dossier et me suis mise à fixer le plafond de la voiture.
Respire à fond, Clarke. Respire à fond. A fond !
Je ne me souvenais de rien de ce qui s'était passé ce jour-là. Seuls mon père, Ashley et ma mère connaissaient la vérité. Je n'avais plus le droit de parler à ma mère. Quant à papa et Ashley, ils croyaient sur parole les thérapeutes qui leurs avaient affirmé que la mémoire me reviendrait le jour où je serais assez forte pour supporter la vérité.
S'ils le disaient...
En attendant, qui passait ses nuits à se demander ce qui s'était passé, exactement ? Qui se réveillait en hurlant ? Pas eux.
Pas eux non plus qui se demandaient s'ils n'étaient pas en train de devenir fous.
Pas eux qui étaient au bord du désespoir.
J'ai repris une longue inspiration et me suis tournée vers Niylah avec un sourire forcé.
– Lexa n'a encore rien dit, et si ça se trouve, elle ne dira rien. Pour le reste, on a cessé de parler de moi depuis bien longtemps au lycée, et tant que je continuerais à faire profil bas, les choses resteront en l'état. Et puis, il ne reste que quelques mois avant les examens. Après quoi, je pourrai porter des gents pour le restant de ma vie si je veux !
Lexa :
Vingt-huit longues journées d'anxiété s'étaient écoulées depuis ma dernière visite dans cette pièce au décor lugubre.
Deux cadeaux emballés en main, et passablement nerveuse, je me suis assise sur une chaise pliante au siège glacial.
Je n'avais vraiment pas besoin de ça pour me rappeler le désastre qu'est devenue ma famille. Avant, mes petits frères me suivaient comme mon ombre. Ils idolâtraient le sol que je foulais. A présent, je n'étais même pas sur que Aiden se souvienne de notre nom de famille.
J'ai attendu comme une panthère dans sa cage, prête à bondir. L'assistante sociale avait intérêt de m'amener mes frangins, et vite, si elle ne voulais pas que j'explose. Cela m'a fait penser à Clarke et cette manie qu'elle a, de tout le temps balancer ses jambes. Elle doit être deux fois plus tendue que moi. Et en permanence...
Soudain, j'ai entendu la voix de ma mère : « Il faut que tu sois présentable en toute circonstances, Lexa. C'est important, tu sais, de se monter à son avantage. »
Je m'étais maquillée, ce que je ne m'emmerder pas à faire tous les jours, en temps normal. Mes parents auraient détesté mon ancienne coiffure, ainsi que la moindre ombre de plis sur mes vêtements. C'est d'ailleurs en pensant à ma mère que je m'était laissée pousser mes cheveux bouclés jusqu'au milieu du dos. Par instinct de préservation, je portais un mèche sur le côté plus longue que la moyenne, histoire de pouvoir dissimuler mes yeux aux autres. J'ai toujours su que mes yeux risquaient de me trahir, même si j'arrive à conserver une expression impassible en toutes circonstances.
Dans ce système à deux balles, il est dangereux de laisser transparaître ses émotions.
Lorsque la porte s'est enfin ouverte, je me suis levée d'un bond.
Lincoln s'est précipité vers moi comme un petit bolide. J'ai laissé tomber mes cadeaux sur la table pliante, me suis baissée au niveau de mon frère et je l'ai pris dans mes bras.
Et puis mon cœur s'est serré. Il m'arrivait à la poitrine, à présent. Ce qu'il grandissait vite, bon sang !
Indra, mon assistante sociale – une solide Black d'une cinquantaine d'année – , m'a interpellé depuis le seuil de la pièce.
– N'oublie pas, Lexa. Aucune question personnelle à propos de la famille d'accueil de tes frères. Tu sais que je serai derrière ce miroir sans tain !
Je l'ai foudroyée du regard. Elle en a fait autant, avant de ressortir.
Notre animosité était mutuelle, c'était consolant.
– Tu m'as manqué, Lexa, a murmuré Lincoln, le nez toujours enfoui dans le creux de mon épaule.
Je me suis dégagée pour mieux contempler mon petit frère. Il avait huit ans, les cheveux noirs et tous bouclés, le nez de papa, les yeux noirs et le sourire de maman.
– Toi aussi, tu m'as manqué, mon grand. Où est Aiden ?
Lincoln a baissé la tête d'un air gêné.
– Il arrive. Maman... je veux dire Carrie...est avec lui dans le couloir. Il a un peu... peur, a-t-il expliqué d'une voix hésitante, avant de lever vers moi des yeux inquiets.
Je lui ai ébouriffé les cheveux avec un sourire forcé.
– T'inquiète pas pour ça, frangin. Il nous rejoindra quand il sera prêt. Je t'ai apporté un cadeau. Ça te dirait de l'ouvrir ?
Il m'a souri comme le faisait maman quand elle était vraiment contente. Je lui ai tendu son cadeau et l'ai regardé en défaire l'emballage et s'extasier devant les vingt nouveaux paquets de cartes Pokemon qu'il contenait.
Lincoln s'est assis à même le sol et a perdu tout intérêt pour moi, absorbé qu'il était par l'ouverture de chaque paquet. Tout juste s'il s'est souvenu de ma présence, pour me donner un détail ou un autre sur une carte qui lui plaisait plus que les autres.
J'ai jeté un coup d'œil à l'horloge. Cette pétasse de Carrie retenait Aiden derrière cette foutue porte alors que je n'avais qu'un temps limité à passer avec mes frères ! Aiden n'avait pas deux ans et demi quand nos parents sont morts. Chaque minute passée en sa compagnie me servait à lui rappeler qu'ils avaient existé, ou plutôt – inutile de se voiler la face – à lui rappeler ma propre existence.
– Comment ça se passe, avec Carrie et Titus ? Ai-je demandé a Lincoln.
J'ai pris mon ton détaché mais cette question me rendait toujours aussi nerveuse. J'étais passée de familles d'accueil en familles d'accueil, plus nazes les unes que les autres, et je me sentais prête à tuer celui ou celle qui essaierait de maltraiter mes petits frères comme on l'avait fait avec moi.
Lincoln avait entrepris de classer ses cartes.
– Ça va, m'a-t-il répondu distraitement. A Noël, ils nous ont dit que, maintenant, on pouvait les appeler papa et maman. Si on en a envie.
Les fumiers...
J'ai fermé les poings et me suis mordu la joue jusqu'au sang. Puis je me suis levée.
– Où tu vas, Lexa ?
– Chercher Aiden.
Je n'avais plus que quarante-cinq minutes devant moi. S'ils voulaient me faire des coups vaches, ils allaient trouver à qui parler !
Je n'avais pas fait un pas dans le couloir que mon assistante sociale sortait de la salle d'observation adjacente à celle de visites.
– Retourne d'où tu viens et occupe-toi de Lincoln. Après, tu viendras te plaindre que tu ne passes pas assez de temps avec tes frères !
-D'après le juge, j'ai le droit à deux heures par mois minimum avec mes frères. Minimum,pas maximum. Alors si on ne m'amène pas Aiden dans les trente secondes, j'appelle le juge pour lui dire que sa famille d'accueil enfreint délibérément l'ordonnance du tribunal.
Le regard de Indra est passé de mon index pointé vers elle à mon visage, et elle est partie d'un grand rire.
– Tu es une petite maligne, Lexa. Bien joué, d'apprendre comment fonctionne le système pour l'utiliser à ton avantage. Allez jeune fille. Retourne dans cette pièce. Je ne crois pas que la famille d'accueil des garçons ait envie d'en arriver là.
Je tournais les talons quand Indra m'a rappelé.
-Un dernier détail, Lexa... Si jamais tu t'avises encore de me menacer de ton index, je te le casse et je te le fais manger en salade ! C'est compris ?
Je n'ai rien trouvé à répondre à ça, alors j'ai vaguement hochée la tête.
Lincoln a accueilli mon retour d'un sourire lumineux. Moi, je me suis concentré sur ma haine – ou plutôt sur le moyen de m'en débarrasser.
Avec Lincoln, la communication était relativement facile. Il se souvenait de tout, lui. Peut-être même trop. Mais avec Aiden...avec Aiden, c'était une autre paire de manches.
Carrie est enfin arrivée, Aiden accroché à elle comme un bébé singe à sa mère. J'ai tendu les bras vers lui.
– Donnez-le-moi, ai-je dit.
Je l'ai toisée de toute ma hauteur. Ce n'était pas difficile, vue qu'elle ne m'arrivait qu'à l'épaule. Pourtant, au lieu de me tendre mon petit frère, elle l'a protégé de ses deux bras.
– Il a peur.
Tu parles. C'est elle qui avait peur.
– Je suis sa sœur. Vous, vous n'avez aucun lien de parenté avec lui. Donnez-le-moi, tout ira bien.
Comme elle ne bougeait toujours pas, j'ai poussé le bouchon un peu plus loin :
– Donnez-le-moi, sinon je vous jure que j'appelle le jure, ai-je menacée en sortant mon portable de ma poche.
Elle s'est passé la langue sur les lèvres, avant de souffler à l'oreille de mon frère :
– Aiden, mon chéri. Va voir Lexa, va jouer avec Lincoln. Oh ! Regarde... Je crois que Lexa t'a apportée un cadeau !
A ces mots, Aiden a relevé la tête et s'est tourné vers moi. Et là, j'ai failli tomber à la renverse... Pas parce que toute c'était le portrait craché de papa et que ses yeux ressemblaient terriblement aux miens. Parce que toute la partie droite de son visage était tuméfiée.
Les battements de mon cœur se sont encore accélérés lorsque j'ai vu qu'on lui avait rasé une partie du crâne, pour lui faire des points de suture.
J'ai donné un coup de tête dans le miroir sans tain pour prévenir Indra que si elle ne se pointait pas tout de suite, avec sa casquette d'assistante sociale, j'allais l'étriper, moi, cette bonne femme !
Je me suis forcée à respirer à fond pour me calmer. Aiden allait avoir quatre ans, et si je me mettais en colère, je ne ferais que l'effrayer. Je l'ai arraché aux bras de Carrie qui est restée plantée là, comme une gamine à qui on volé son chiot.
– C'est un accident, a-t-elle murmuré.
Je l'ai royalement ignorée.
– Salut, p'tit frère, ai-je fait. Ça te dirait qu'on ouvre ton cadeau ?
Aiden a timidement hoché la tête. Je l'ai assis à côté de Lincoln et lui ai donné son cadeau. Indra est entrée, et Carrie en a profité pour s'enfuir en courant.
– C'est un accident, Lexa, m'a expliqué Indra. J'aurais dû te prévenir.
Je l'ai foudroyée du regard.
– On verra ça plus tard.
Là-dessus, je suis retournée à mes frères en priant le bon Dieu pour que Aiden prononce au moins un mot avant la fin de la visite.
Je me suis retrouvée sur une chaise pliante, pour changer mas cette fois, je n'étais pas anxieuse, bien au contraire. J'étais même sacrément vénère.
Indra a pris place face à moi.
– Carrie et Titus lui ont offert un vélo pour Noël. Ils ont oublié de lui mettre le casque et il est tombé. Ils ont immédiatement emmené ton petit frère à l'hôpital. De même, ils m'ont prévenue tout de suite. Ils s'en veulent terriblement, je peux te l'assurer.
– J'espère bien, ai-je répondu d'un ton sec. Et qu'est-ce qui vous dit qu'ils ne lui ont pas tapé dessus ?
– Carrie et Titus ont essayé d'avoir un enfant pendant plus de cinq ans, Lexa. Lorsqu'ils ont compris que leur vœu ne serait jamais exaucé, ils ont décidé de devenir parents nourriciers. Ce sont des gens merveilleux. Jamais ils ne feraient délibérément du mal à l'un ou l'autre des tes frères.
– Des gens merveilleux ? Je t'en foutrai, moi, des gens merveilleux ! Je vous rappelle qu'ils ont refusé de m'accueillir, moi, la sœur de Lincoln et d'Aiden. Ils ont bousillé ma famille, ni plus ni moins.
Indra a haussé un sourcil réprobateur.
– Surveille ton langage avec moi, Lexa. De toute manière, ta famille aurait été séparée. Les adolescents sont plus difficiles à placer que les enfants en bas âge. C'est déjà bien que Carrie et Titus aient accepté de prendre tes deux frères ensembles. Ce n'est pas si fréquent que tu semble le croire. Vous auriez pu vous retrouver dans trois familles différentes.
Je me suis mise à pianoter sur la table.
– Je veux parler au juge. Je veux qu'on retire mes frères de ce foyer.
Mon assistante sociale a poussé un gros soupir.
– Pour les placer où ? Ils sont dans une bonne famille. Tu devrais savoir mieux que les autres sur quel genre de nourriciers on peut tomber, non ?
– Ouais. Ce pays est plein de gens merveilleux. Comme tous ceux chez qui vous m'avez casée, vous et vos super-services.
– En outre, tu n'as pas voix au chapitre en la matière, a poursuivi Indra, ignorant la pique. Je te rappelle que toi aussi, tu es pupille de l'État du Kentucky.
Mes petites cellules grises se sont misent en route.
– Je viens d'avoir dix-huit ans. Je pourrais demander la garde de mes frères, non ?
Indra a failli pouffer de rire, mais elle a vite repris son sérieux.
– Je te le répète , Lexa, tu es toujours pupille de l'Etat, et même si tu ne l'étais pas, tu n'as pas encore obtenue ton diplôme. Tu penses sérieusement que tu pourrais élever tes frères en travaillant au fast-food du centre commercial ? Tu crois que le juge choisirait de te les confier, plutôt que les laisser entre les mains de Carrie et Titus ?
– Vous avez raison, Indra. J'en ai pas mal appris, en un an et demi. Je sais que les instances de cet État prennent en considération les liens du sang, par exemple. Et je sais aussi que si Carrie et Titus demandent à mes frères de les appeler papa et maman, c'est qu'ils se sont mis en tête de les adopter. Alors je répète. Si je ne suis pas en mesure de m'occuper de Lincoln et Aiden maintenant, je le serai d'ici quatre mois. Et je récupérerais les garçons, que vous le vouliez ou non.
J'étais prête à partir, une fois toutes ces choses mises au clair. J'ai reculé ma chaise et me suis levé. Indra avait l'air furax.
– J'ai longuement discuté avec Carrie et Titus. Ils sont tombés d'accord avec moi sur le fait qu'ils avaient commis un erreur en te tenant à l'écart de tes frères. Ta nouvelle conseillère d'éducation et moi nous travaillons ensemble pour que tu obtiennes davantage de temps de visite.
– Trop tard, et pas suffisant !
Je suis passée devant elle pour gagné la porte.
– Ne gâche pas la vie de ces garçons au seul prétexte d'un accident, Lexa.
J'ai pivoté sur moi-même et relevée ma manche.
– Ça aussi, c'était un accident, selon Gérald ! Ai-je crié, en montrant les cicatrices qui ornaient mon biceps et mon avant bras. Le jour où Don m'a cassé le nez et le bras, c'est passé pour un accident. Quant à Faith et Michael Meeks... Dans quelle catégorie d'accident vous classez un viole et de la maltraitance ? Oh ! Je pourrais le dire, seulement vous m'interdisez les gros mots. Il est hors de question que mes frères deviennent des « accidents » de ce système.
Sur ces mots, je suis sortie d'un pas lourd, et j'ai claquée la porte.
Clarke :
En temps normal, ces soirées ping-pong/bière me paraissaient d'un ennui mortel. Un peu moins quand Niylah mettait une raclée à tout le monde, cependant. Or, ce soir-là, elle était déchaînée. Chaque fois que l'équipe adverse atteignait son verre, elle prenait un garçon ou une fille au hasard, derrière elle, et lui faisait boire. Les gars faisaient la queue pour avoir ce privilège.
– Tu ne joues pas ? M'a demandé Finn.
J'étais tellement perdue dans mes pensées que je n'ai pas réagi tout de suite.
– Non. C'est la soirée de Niylah.
Je n'ai pas précisé que je m'efforçais généralement de ne pas attirer l'attention sur moi.
– Et pas la tienne ? A-t-il poursuivi. C'est pourtant ton anniversaire, non ?
– Si.
– Bon anniversaire, Clake.
– Merci.
– Tu vas passer ta soirée à la regarder jouer ? A insisté Finn, les yeux rivés à la table de ping-pong, les pouces dans les poches.
Si je ne l'avais pas mieux connu, j'aurais parié qu'il avait une idée derrière la tête.
– C'est l'idée, oui. On reste en binôme, comme au lycée. Je suis avec Niylah, Niylah est avec moi. Luna et Aurore sont ensemble. Ça permet de limiter les dégâts.
– Ce n'est pas bête... Un peu lassant peut-être ?
Il a posé un main sur le mur, au-dessus de ma tête en prenant bien soin, cependant, de ne pas me serrer de trop près. Quand il faisait ça, avant, je sentais des papillons voleter dans mon corps tout entier. Parce que cela signifiait qu'il allait se pencher vers moi pour m'embrasser.
Malheureusement, c'était du passé, tout ça. Les travaux d'approche, les papillons, et surtout les baisers.
– Dommage, j'aillais t'inviter à danser.
J'ai regardé autour de moi avec suspicion.
– Qui essaies-tu de rendre jalouse, Finn ?
Il a retiré sa main avant de partir d'un grand fou rire. Un rire bien plus sincère que lorsqu'il parade devant son fan-club, à la cafétéria.
Du moins, c'est l'impression que j'ai eu.
– Viens me voir quand Niylah aura fini de jouer.
Niylah s'est mise à hurler de joie. Elle venait de vaincre une nouvelle équipe. En vérité, je crois que ses adversaires la laissaient gagner afin qu'elle continue à jouer.
Finn a disparu de mon champ de vision.
Niylah a attrapé un verre et s'est éloignée de la table, au grand désespoir de sa cour. Elle a bu la moitié de sa bière et m'a tendu le reste.
– Tiens. C'est toujours Luna qui nous ramène ?
– Oui, ai-je répondu en terminant la bière.
Je n'aime pas particulièrement ça, mais quand je vin est tiré, il faut le boire, paraît-il.
La chaleur procurée par l'alcool n'était pas désagréable, d'ailleurs. Mes problèmes me paraissaient moins insurmontables. Pourtant, on était à la fin de la deuxième semaine du trimestre j'avais eu ma première séance en tête à tête avec Mme Collins je n'avais toujours pas de job et surtout, je continuais à craindre que Lexa Woods parle à tout le monde de mes cicatrices.
Bellamy Blake, notre hôte de la soirée, est passé devant nous, les bras chargés d'un plateau plein de verres de bière. Une nouvelle partie de ping-pong s'annonçait.
Niylah a chipé deux gobelets sur le plateau, un pour elle, l'autre pour moi.
– Les adultes veulent qu'on leur mente, a-t-elle affirmé. C'est l'évidence même ! Ça leur permet de vivre dans un monde parfait, où nous passerions nos soirées à manger des donuts en regardant les reality shows à la télé.
Niylah a chancelé, puis elle m'a regardée, les yeux plissés.
– Il faut bien tromper l'ennemi !
Si l'alcool me faisait oublier mes problèmes, il ralentissait sérieusement mes capacités de réflexion. J'ai dû réfléchir un moment à ce que Niylah venait de dire pour comprendre.
– Ça n'a aucun sens, ce que tu dis !
Elle a agité une mains et j'ai cru qu'elle allait s'expliquer. Elle n'en a rien fait. Elle a fini par laisser retomber sa main, avant de boire une nouvelle gorgée de bière.
– Tu crois ? Je ne sais pas. Allez, viens danser. C'est ton anniversaire, tout de même !
Après avoir jeté nos gobelets vides dans la poubelle, nous nous sommes frayé un chemin à travers la foule pour gagner l'endroit d'où provenait une musique assourdissante.
De la musique...danser...
Finn m'avait demandé d'aller le retrouver. J'ouvrais la bouche pour en parler à Niylah quand elle s'est figée sans préavis.
– Il faut que j'aille faire pipi, a-t-elle annoncé, avant de s'enfoncer dans le couloir.
Elle est entrée dans la salle de bain dont elle a fermé la porte à clef. J'ai froncé des sourcils : nous nous étions mises d 'accord sur ce point. La personne qui boit n'est pas censée s'enfermer dans les toilettes. Cela permet au binôme d'intervenir, en cas de souci.
Une épaule appuyée sur le mur, j'ai tendu l'oreille. Pas un bruit suspect. Aucun haut-le-cœur. Niylah avait vraiment répondu à l'appel de la nature, pour reprendre l'expression d'Ashley.
Quelqu'un m'a bousculée et a continué sa route. Je me suis retournée, furieuse.
– Hé ! Fais attention !
La fille aux cheveux longs, habillée de noir de la tête aux pieds, est revenue vers moi. Elle s'est approchée, très près, sans doute pour me faire admirer ses yeux bleus-gris. J'ai remarqué au passage que ses yeux étaient injectés de sang.
– T'as un problème, princesse.
D'accord.
Je suis ce qu'on appelle une mauviette. Je n'en suis jamais venue aux mains, de ma vie. Je ferais n'importe quoi pour qu'on ne me hurle pas dessus. Chaque soir, je passe une bonne demi-heure à me demander si je n'ai vexé personne.
Alors quand cette fille à l'allure d'une motarde s'est plantée devant moi, les bras déployés, et visiblement prête à se battre, j'ai eu envie de vomir.
– Du calme Octavia, a lancé une voix suave, derrière moi.
Cette voix...
– Elle m'a agressée, a répondu Octavia-la-motarde.
– Tu lui es rentrée dedans, a rétorqué Lexa Woods.
Elle était si près de moi que je sentais son biceps contre mon épaule ?
Octavia a eu un petit rictus finaud.
– Tu ne m'avais pas dit que tu couchais avec Clarke Griffin !
– Oh non ! Ai-je gémi malgré moi.
Non seulement cette fille savait qui j'étais, mais en plus, elle croyait que Lexa et moi... La pièce s'est mise à danser, la douce chaleur qui m'enveloppait s'est estompée.
– Clarke me donne des cours de soutien, c'est tout.
J'ai repris appui contre le mur. J'avais le vertige, subitement. Et mal au cœur.
– Si tu le dis, a repris Octavia. Retrouve-moi dehors quand tu auras fini d'étudier.
Sur ces mots, elle a tourné les talons et a disparu.
Super ! Génial, même. Encore une rumeur en vue, à mon sujet... Il fallait absolument que je m'éloigne de Lexa Woods. Elle ne me valait rien de bon. Elle s'était moquée de moi. Elle avait vue mes cicatrices. Elle avait réduit à néant tous mes espoirs de réparer la voiture d'Arès, et voilà qu'on se mettait à penser que nous avions une relation.
J'ai tourné la poignée de la porte, en vain, Et zut !
Je me sentais de plus en plus mal. Alors, dans un effort surhumain, je me suis traînée jusqu'au patio.
De l'air. J'avais besoin d'air.
J'ai pris une longue inspiration. Le froid glacial m'a brûlé les poumons et picoté la peau. J'ai entendu des rires et des voix, dans l'obscurité du jardin. Sûrement les fumeurs en train de tirer sur leurs joint.
– Tu as un problème rationnel avec les blousons ?
Ce n'est pas possible ! Pourquoi je n'arrivais pas à me débarrasser de cette fille ?
J'ai pivoté sur moi-même, si précipitamment que j'ai failli me heurter à elle. De toute évidence, la bière et la notion des distances ne font pas bons ménage.
– Tu as vraiment décidé de me pourrir ?
Arrête, Clarke. Ça suffit. Arrête ça tout de suite.
– Tu es venue à cette soirée pour parler de mes cicatrices à tout le monde, c'est ça ? Ai-je continué malgré moi.
J'étais en train de me donner en spectacle, et j'en avais conscience. Cela aller faire de moi le sujet de conversation préféré du lycée, sur le thème « Quand on ne tient pas l'alcool, on ne boit pas ».
J'ai regardé Lexa dans les yeux en attendant qu'elle me réponde. Aucune de nous ne bougeait, ce qui m'as permis de constater que Niylah et Luna avaient raison : Lexa était terriblement sexy. Comment avais-je fait pour ne pas m'en apercevoir plus tôt ? Mystère. Son blouson ouvert laissait voir un T-Shirt si moulant que je voyais parfaitement la forme de ses seins. Quant à ses yeux verts...
Elle a paru étonnée par ma question.
– Non ! A-t-elle répondu le plus naturellement du monde. Pourquoi tu dis ça ?
Une rafale vent s'est engouffrée dans le patio. J'ai dû frisonner car Lexa a retiré son blouson de cuir pour me le jeter sur les épaules.
– Et puis, si tu attrapes la crève, qui va me les donner, ces putains de cours, hein ?
J'ai haussé un sourcil. Curieux, ce mélange de galanterie et de langage ordurier. J'ai agrippé son blouson, une agréable odeur parfum m'a chatouillé les narines, et j'ai bien failli fermer les yeux.
– Ça fait deux fois que tu me parles de ces cours en moins de cinq minutes, ai-je remarquer.
Elle a enfoncée les mains dans ses poches. Sa mèche lui tombait sur les yeux, et c'était bien dommage.
– Je vois que même bourrée, tu ne perd pas le nord, princesse. C'est plutôt rassurant.
– Tu parles comme une charretière, ai-je commencé, avant de vaciller.
Je me suis rapprochée du mur le plus proche, aussi dignement que possible. Dans ma tête, une petite voix me rappelait constamment que j'étais censée surveiller Niylah.
J'y retournerais... Dans quelques minutes.
Lexa m'avait suivie. Elle ne se tenait qu'a quelques centimètres de moi, si près que je sentais la chaleur qui émanait de son corps.
– J'ai un langage de charretière, moi ?
– Oui. Tu es tout le temps en train de jurer. « Putain, bourrée »...Tu n'arrêtes pas.
Oh là,là... Elle était encore plus près de moi que Finn, tout à l'heure. Tellement près, en fait, que si elle avait voulue m'embrasser, elle n'aurait eu aucun mal.
Son regard s'est accroché au mien avant de s'attarder sur le reste de mon corps. J'aurais dû lui dire d'arrêter, faire un commentaire désobligeant ou me sentir humiliée, mais rien de tout ça ne s'est produit.
Du moins tant que je n'ai pas vu le sourire narquois se dessiner sur se lèvres.
– Ça va ? Tu me trouves à ton goût ? Ai-je lancé, un peu par défi.
Elle s'est mise à rire, elle aussi. Sauf que contrairement à celui de Finn, ce rire-là m'a réchauffée toute entière. C'était un rire profond, chaleureux... Et étrangement réconfortant
– Oui.
– Tu es stone, lui ai-je dit.
Elle devait l'être... Quelle personne saine de corps et en toute possession de ses moyens m'aurait trouvée « à son goût » ? Surtout après avoir vu mes cicatrices...
– Pas encore, mais ça ne va pas tarder. Tu te joins à nous ?
Cette fois, je n'ai pas eu besoin de réfléchir avant de répondre.
– Certainement pas. Je tiens à ma matière grise, moi. Je la trouve bien utile quand je dois... Heu... Je ne sais pas, réfléchir, par exemple ?
Son sourire de mauvaise fille a eu le don de me faire sourire, moi aussi. Pour de vrai...
– Très marrant, princesse.
Et puis comme ça, à la vitesse de l'éclair, elle a posé ses deux mains sur le mur. J'étais prisonnière... Elle s'est penchée vers moi et j'ai senti les battements de mon cœur s'accélérer comme jamais. Son souffle tiède me caressait le cou. J'ai penché la tête en arrière, dans l'attente de la chaleur de son corps contre le mien. Je voyais ses yeux, à présent, ils étaient brillants de désir.
– D'après la rumeur..., A-t-elle commencé.
– Quoi ? Quelle rumeur ? Ai-je coupé en essayant de me faufiler sous ses bras.
– D'après la rumeur, a-t-elle répétée, tu as dix-huit ans aujourd'hui.
Si j'avais répondu, j'aurais rompu le charme. J'étais tétanisée, subitement. Tellement que je mes suis contenté de passer ma langue sur mes lèvres en hochant la tête.
– Alors, bon anniversaire, a-t-elle murmuré.
Elle a baissé la tête vers moi, et je me suis sentie submergée par son odeur de menthe. Je sentais presque ses lèvres sur les miennes quand elle a reculé d'un pas et a pris une longue inspiration.
Le froid a achevé de me faire redescendre sur terre.
Lexa s'est passée une main sur le visage et a tourné les talons.
– A la prochaine, Clarke Griffin !
– Attends ! Tu oublies ton blouson !
– Garde-le, a-t-elle lancé sans se retourner ? Tu me le rendras lundi. Ça nous donnera l'occasion de reparler de ces fameux cours.
Et Lexa Woods, Sexy, fumeuse de joints et prêteuse de blouson, a disparu dans l'obscurité.
Voilà c'est fini pour ce chapitre ! A bientôt pour le prochain chapitre ( oubliez pas de laisser un petit commentaire ça fait super plaisir)
