Chapitre 3

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— Van ! Attention !

Allen fit pivoter le Shérazade pour parer l'attaque du Guymelef bleu qui venait d'atterrir derrière lui.

— Van !

Escaflowne se retourna à temps pour éviter le lance-flammes d'un Oreides noir et blanc particulièrement acharné.

— Qui sont ces Zaibacher ? demanda Allen en détruisant un Alseides bleu d'un coup d'épée. Ce n'est pas l'Escadron de Dilandau !

— Non ! répondit Van en faisant un bond de côté pour éviter une griffe de Climer. Je ne connais pas leur chef !

— Moi je te connais ! dit le pilote de l'Oreides noir. Et cela me suffit !

Il sauta sur Escaflowne et un combat au corps à corps s'engagea.

Bien que l'Oreides fût plus petit qu'Escaflowne, son pilote en avait une parfaite maîtrise et Van se trouva bien en peine à plusieurs reprises.

Soudain, les Alseides abandonnèrent le combat et se tournèrent vers le ciel. Allen et Van en firent autant et une Forteresse Volante de Zaibacher apparut comme par enchantement, flottant à quelques centaines de mètres au-dessus du sol.

Van s'apprêta à transformer Escaflowne en Dragon quand une seconde Forteresse Volante fit son apparition et, de la seconde, un nouvel escadron fut lâché.

— Van ! hurla une voix trop bien connue. Je vais te détruire !

— Dilandau ! dirent Van et Allen d'une même voix.

Six Guymelefs bleus se posèrent lourdement autour du Shérazade et d'Escaflowne, les empêchant ainsi de s'enfuir sans emprunter la voie des airs. Dilandau posa son Alseides juste en face de Van, à l'intérieur du cercle formé par ses soldats et ceux de la première Forteresse Volante.

— Retournez dans votre Forteresse ! dit Dilandau au pilote l'Oreides noir. Nous nous chargeons du Dragon.

Bien qu'il ne pût le voir, Van sentit que le pilote de l'Oreides n'était pas vraiment pour mais il passa néanmoins sa machine en mode vol et ses hommes le suivirent jusqu'à la Forteresse Volante arrivée en premier.

— À nous deux ! dit alors Dilandau.

— Rend-nous Hitomi ! s'écria Allen en mettant l'Alseides rouge en garde. Elle ne t'a rien fait !

— Elle non, mais vous si ! dit Dilandau.

Il éclata d'un rire démoniaque puis ses hommes lancèrent l'attaque tous en même temps.

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Cependant, dans la Forteresse Volante, Hitomi regardait le combat depuis la baie vitrée de la salle des commandes. Derrière elle, Folken se tenait debout, droit comme un piquet et tout aussi silencieux.

Biwan ! dit soudain une voix dans un haut-parleur. Biwan, répondez !

— Ici la Forteresse Volante de Biwan, dit Folken. Que voulez-vous, Diretto ?

Qui vous a permis de renvoyer mes hommes ? demanda celui qui devait être le Général de Diretto.

— L'Empereur a personnellement confié la mission « Dragon » à mes hommes, répondit Folken. À présent, quittez les Monts Sombres. Il est inutile que deux Forteresses stationnent au même endroit.

Folken regarda ensuite en direction de la baie vitrée, puis son regard se posa sur Hitomi.

— Tu as de la chance que Dilandau te protège, sale gamine, grinça-t-il.

Hitomi frissonna en croisant les bras. Elle savait parfaitement que Folken n'avait qu'une chose en tête, la prendre, au propre comme au figuré. Cependant, Dilandau empêchait le sombre Général de mettre à bien ses plans.

Hitomi se souvint alors que Dilandau lui avait dit que Rutia était morte de la main de Folken, quelques jours en arrière, mais la jeune fille avait de la peine à le croire, bien que les actes d'un homme aussi sombre devaient forcément comprendre la mort…

Plongeant dans ses pensées, Hitomi réalisa que cela faisait déjà deux semaines que Dilandau l'avait fait prisonnière. Cependant, il ne la traitait pas comme une esclave, au contraire, il la traitait plus comme son égale, sa compagne ou n'importe qui d'autre de son rang alors qu'elle n'était qu'une femme et une femme venant de la Terre en plus.

Hitomi soupira discrètement, se souvenant qu'ici, un rien était motif à frapper les femmes, et elle reporta son regard sur le combat entre son geôlier et ses deux amis qui lui manquaient…

L'Alseides rouge était aux prises avec Escaflowne, tache blanche sur le sol noir des versants des Monts Sombres, Royaume de Shezario.

Une pensée totalement absurde traversa l'esprit d'Hitomi : que Dilandau ait le dessus. Elle la chassa rapidement en décidant de rester neutre mais ses sentiments pour le Chevalier blond et le jeune Roi la poussaient à encourager mentalement les deux jeunes hommes en dépit de celui qu'elle se mettait, malgré elle, à apprécier, et non pas parce qu'ils couchaient ensemble depuis deux semaines…

Folken s'approcha soudain de la baie vitrée et quand Hitomi vit le reflet du Général dans la vitre, elle eut un bref sursaut et s'empressa de reculer. Elle craignait Folken, plus que n'importe qui d'autre, surtout depuis qu'elle savait qu'il était le grand frère de Van.

Ça, elle l'avait découvert la semaine passée, alors que, tapie dans son coin habituel de la chambre de Dilandau, elle écoutait les bribes d'une conversation entre le Général et le soldat. Dilandau avait alors peut-être dit ou sous-entendu quelque chose qui n'avait pas plu à Folken. Celui-ci s'était levé de son siège brutalement, avait giflé Dilandau en s'écriant qu'il n'avait plus aucun lien avec ce pays à présent détruit, que dans son cœur, il n'y avait plus rien de son ancienne famille et que c'est pour cela qu'il chassait le Dragon, afin de se libérer complètement de cette entrave royale qu'était Van.

L'esprit vif d'Hitomi lui avait permis de faire le rapprochement puis elle avait comparé les dires de Van avec le peu de choses que Dilandau avait lâché sur la jeunesse de Folken. Elle avait rapidement fait le rapprochement et à présent, elle était convaincue que cet homme, froid et sans cœur, aussi sombre que les ténèbres, était bel et bien le grand frère de Van, disparu il y a près de dix ans lors de sa Chasse au Dragon, dans le but de ramener une Drag-Energiste pour activer Escaflowne, le Guymelef du Roi de Fanélia…

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Jetant de furtifs coups d'œil à Folken, Hitomi essayait de lui trouver des ressemblances avec Van mais, depuis quelques jours, elle n'en trouvait aucune, mis à part un caractère facilement irritable et une tendance à réagir immédiatement à tout. Par contre, question différences, il y en avait pas mal…

Folken parut soudain se rendre compte qu'Hitomi le regardait et il posa son regard sur elle en fronçant les sourcils. La jeune fille baissa la tête puis elle regarda par la baie vitrée. Soudain, une main de fer pourvue de griffes se posa brutalement sur son épaule et elle sursauta violemment.

— Dis-moi, gamine, dit Folken. Comment cela se passe-t-il avec Dilandau ? Il ne m'en dit rien.

Hitomi déglutit et ne répondit pas.

— J'espère qu'il n'hésite pas à te frapper, hein ?

Toujours pas de réponse de la part d'Hitomi et les serres de Folken se resserrèrent légèrement sur l'épaule de la jeune fille qui fronça les sourcils sous la douleur. Quand la douleur devint insupportable, Hitomi serra les dents.

— S'il vous plait… dit-elle à mi-voix.

— Pardon ? dit Folken en resserrant encore ses serres. Tu te permets de m'adresser la parole ?

Soudain, Hitomi n'y tint plus et, d'un grand geste du bras, elle se dégagea de la main de Folken en reculant.

— Vous n'êtes pas autorisé à poser vos mains sur moi ! dit Hitomi en portant une main à son épaule écorchée.

Le visage pâle du Général Zaibach devint immédiatement cramoisi.

— Sache, petite sotte, que je fais ce qu'il me plait à bord de cette Forteresse ! gronda Folken, outré par une telle audace. J'en suis le Dirigeant et tout ce qui se trouve ici m'appartient, toi y compris !

— Sûrement pas ! répliqua Hitomi vivement, bien décidée à ne pas le laisser gagner. Je n'appartiens à personne, pas même à Dilandau !

Folken se redressa alors et un sourire mauvais étira sa bouche.

— Alors pourquoi restes-tu ici ? Tu as des dizaines d'occasion de t'enfuir mais tu restes, dit-il sournoisement, voulant la pousser à la faute. Pourquoi donc ?

Hitomi ne répondit pas et elle regarda son épaule où quatre estafilades parallèles s'alignaient, imbibant de sang sa robe verte. Elle leva ensuite les yeux sur le Général, se redressa et le snoba en se tournant vers la fenêtre.

Folken crispa les mâchoires sous l'affront et soudain, saisit la jeune fille par le bras. La forçant à se tourner vers lui, il l'entoura de sons bras gauche, le droit tenant solidement le bras déjà blessé et, la serrant contre lui, il lui glissa à l'oreille :

— Sais-tu que je peux te faire beaucoup de mal ? Il m'a semblé que Rutia et toi étiez devenues amies, non ? Cependant, elle est morte. Je l'ai tuée en lui tranchant la gorge parce qu'elle s'est refusée à moi un jour… Mais toi, Fille de la Lune des Illusions… Tu es sûrement plus docile qu'elle puisque que Dilandau ne t'a pas encore tuée… Tu vas donc gentiment te laisser faire, n'est-ce pas… ?

Il la serra un peu plus contre lui et Hitomi fut soudain envahie d'une terreur incontrôlable. Ce qu'elle avait ressenti quand Dilandau l'avait prise la première fois n'était rien, comparé à ce qu'elle éprouvait à présent.

Une sueur froide lui glissa dans le dos et Folken ajusta sa prise sur elle. Soudain, il la poussa violemment contre la vitre. Hitomi s'y retrouva de face et Folken la retourna pour qu'elle lui fasse face. Il se colla alors à elle et Hitomi sentit avec horreur le sombre Général presser ses hanches contre les siennes…

Bien qu'à présent habituée aux manières de faire de Dilandau – qui différaient à chaque fois –, Hitomi refusait de se laisser dominer par Folken et elle tenta de se débattre en lui donnant des coups de poings sur le torse.

— Arrête donc de gigoter, dit Folken en lui saisissant les hanches. Tu ne sentiras rien…

Il la hissa contre la vitre et se cala entre ses jambes. Hitomi se mit à vouloir le griffer mais il lui saisit les poignets et les lui tint solidement au-dessus de sa tête.

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Sur le sol, Dilandau était toujours aux prises avec Van et quelques fois avec Allen, ne se doutant absolument pas de la scène qui se déroulait à moins de trois cents mètres au-dessus de lui. Soudain, alors que le soldat repoussait une attaque directe de Van, un éclat brillant le gêna et son Alseides reçu un violent coup de poing dans l'épaule, cible sensible car renfermant les Energistes. L'immense machine tituba et trébucha, mais Dilandau maintint son équilibre.

Voyant que Dilandau ne ripostait pas, Van amorça une seconde attaque quand soudain, l'Alseides se tourna vers la Forteresse et leva la tête dans sa direction. L'éclat brilla de nouveau et, intrigué, Dilandau tendit le bras de son Guymelef afin de bénéficier du viseur. Il fit plusieurs ajustements avant de pouvoir voir ce qui brillait derrière la baie vitrée de la salle des commandes de la Forteresse. C'était le cadran de la montre d'Hitomi et les rayons du soleil se reflétaient sur le verre comme la jeune fille cherchait à se libérer d'un agresseur qu'il ne voyait pas…

— Hitomi ! s'exclama-t-il soudain en comprenant ce qui lui arrivait.

— Hitomi ? dit Van en se tournant vers la Forteresse Volante.

Dilandau passa sa machine en mode vol et décolla sans ajouter un mot.

— Hé ! Attends ! s'exclama Van.

— On reprendra notre combat plus tard ! dit Dilandau. J'ai plus urgent à faire !

Van serra les poings puis, se tournant vers Allen, il dit :

— Replie-toi, Allen, va te mettre en sûreté avec Merle, j'ai quelque chose à faire.

Le Shérazade se tourna vers Escaflowne.

— Où tu vas ? lui demanda Allen.

— Je vais suivre Dilandau, dit Van.

Il transforma Escaflowne en Dragon puis il décolla.

— Attends ! dit Allen.

Une griffe de Climer lui passa alors juste devant le visage et il se tourna vers les six hommes de Dilandau restés là. Le combat reprit et Allen eut rapidement le dessus, étant un bien meilleur sabreur que ses adversaires.

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Dilandau vola droit sur la baie vitrée de la Forteresse. Il y avait là une aire d'atterrissage pour un, voire deux Guymelefs et il s'y posa en catastrophe.

— Folken ! s'exclama-t-il en entrant dans la salle des commandes, son épée à la main. Folken, lâche-la immédiatement !

Folken, qui n'avait pas encore réussi à faire du mal à Hitomi qui se débattait comme une tigresse, le regarda puis soupira et abandonna. Il lâcha Hitomi qui s'effondra au sol en ramenant ses jambes contre elle pour se protéger. Elle se mit immédiatement à sangloter et à trembler de peur.

— Que lui a-tu fait ? demanda Dilandau en mettant Folken en joue. Tu n'avais pas le droit de la toucher ! Elle est à moi !

Van posa Escaflowne près de l'Alseides rouge et, son épée à la main, il sauta du dos du Dragon et pénétra dans la salle des commandes de la Forteresse Volante.

— Folken ! s'écria soudain Dilandau. Je vais te tuer ! Tu as osé la toucher, tu vas mourir !

Dilandau se jeta sur Folken, son épée en avant, mais agile, le Général fit un bond sur le côté et évita la lame acérée de l'épée qui n'accrocha même pas sa cape.

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Intrigué par ce prénom qui ravivait des souvenirs, Van regarda dans la direction du combat et il vit alors cet homme aux cheveux bleu ciel avec sa cape noire, assailli par Dilandau qui lui hurlait dessus.

Une tache claire sur le côté attira soudain l'œil du jeune Roi qui tourna la tête et découvrit Hitomi, recroquevillée sur le sol, dos à la vitre qui donnait sur le champ de bataille.

— Hitomi ! dit Van en se précipitant sur elle.

Posant son épée à ses côtés, il s'agenouilla près de son amie et avança la main au-dessus d'elle, hésitant à la toucher. Il rougit légèrement en remarquant l'étrange robe qu'elle portait puis, prenant son courage à deux mains, il lui secoua l'épaule gauche en faisant attention à ne pas toucher les estafilades sanglantes.

— Hitomi… Hitomi, dit Van. Hitomi, c'est moi, c'est Van, je suis là, je vais te sortir de là…

Hitomi, le visage ruisselant de larmes, serrait ses bras autour d'elle et elle se mit à trembler.

— Hitomi…

— Non ! dit soudain Hitomi en repoussant brutalement la main du jeune Roi. Ne me touchez pas… Ne me touchez pas… Dilandau…

Comprenant de travers, Van tourna un regard furieux en direction de Dilandau qui était toujours aux prises avec Folken. Celui-ci avait à présent tiré son épée et il s'en servait pour tenir Dilandau à distance, d'un seul bras.

— Tout ce qui se trouve sur cette forteresse m'appartient, Dilandau ! dit Folken. Les femmes y compris. Tu devrais le savoir depuis le temps.

— Peut-être, répondit Dilandau. Mais pas Hitomi. Elle, elle est à moi et tu n'avais pas le droit de la toucher !

Il attaqua le Général qui retint son coup avant de l'envoyer valser plus loin.

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Profitant que Dilandau était seul et un peu sonné, Van prit son épée et se précipita sur lui pour lui faire payer ce qu'il avait pu faire à Hitomi. Hitomi reprit alors conscience et elle vit Van charger Dilandau qui se relevait avec peine en grimaçant.

Sa hanche le fait souffrir… songea alors la jeune fille en se relevant péniblement, les jambes tremblantes.

— Van… dit-elle à mi-voix. Non, il ne faut pas… Ce n'est pas lui…

Hitomi tituba jusqu'aux trois hommes et elle bouscula Van qui recula de plusieurs pas en éloignant son épée.

— Non, Van… dit-elle.

— Hitomi ! dit Van en passant un bras autour de ses épaules pour la soutenir.

— Van… dit Hitomi. Il ne faut pas… Ce n'est pas Dilandau…

Elle tomba sur les genoux et repoussa les mains de Van.

Autour d'elle, chacun écoutait et le combat était momentanément arrêté. Des gardes avaient déboulé dans la salle mais Folken leur avait ordonné de rester à distance.

Hitomi se releva en chancelant, tituba jusqu'à Dilandau et s'accrocha à lui. Le soldat la rattrapa alors qu'elle s'effondrait de nouveau et la jeune fille regarda Van puis Folken.

— Van… Lui…

Elle désigna Folken du doigt et ajouta :

— Lui… C'est Folken… C'est ton frère, Van, celui que tu cherches depuis tant de temps…

Van ouvrit la bouche de stupeur puis il se tourna vers Folken qui, les bras croisés, regardait ailleurs.

— Folken ? demanda timidement Van en se relevant. C'est toi ?

— Quoi ? répliqua sèchement le sombre Général.

— Van… dit alors Hitomi en s'asseyant avec l'aide de Dilandau.

Elle était choquée et elle s'agrippait à l'armure du soldat qui la tenait contre lui comme pour la protéger.

— Van… Il a essayé de… Il a essayé de me…

Elle se mit soudain à pleurer et elle enfouit son visage contre le torse de Dilandau qui la berça doucement.

— Chut… Tout va bien, Hitomi, je l'en ai empêché… Calme-toi…

Van regarda Hitomi et Dilandau avec stupeur, ayant peur de comprendre ce qui se passait entre eux deux, puis il se tourna vers Folken qui eut un mouvement de tête dédaigneux.

— Toi… dit Van, lui aussi choqué, mais pas pour les même raisons qu'Hitomi. Toi, mon frère…

— Je ne suis le frère de personne ! répliqua Folken.

— Si… Tu es mon frère, Folken, insista Van en s'approchant. Tu es Folken Lakur de Fanel, le prince héritier de Fanélia, fils de Goau et de Varie de Fanel…

— Ce Folken là est mort ! dit Folken. Il a été tué par le Dragon qui lui arraché son bras !

Il leva alors son bras de métal et Van eu un mouvement de recul.

— Ce bras, c'est Zaibacher qui me l'a donné ! dit Folken en serrant son poing. L'empereur m'a fait revivre quand je croyais que tout était perdu ! Et vous, les Fanéliens, qu'avez-vous fait quand vous avez vu que je ne revenais pas ? Rien ! Si je n'avais pas été trouvé par des Zaibachers, j'aurais très bien pu crever comme un chien au beau milieu du territoire d'un Dragon !

— Si, Folken ! s'exclama Van. Nous t'avons cherché ! Mère est partie à ta recherche dans la forêt. Elle n'en est jamais revenue !

Folken regarda Van avec de grands yeux surpris où le jeune Roi put y lire la surprise mais aussi de la tristesse.

— Elle est morte ? demanda le Général d'une voix légèrement étranglée.

— Je ne sais pas, dit Van en baissant les yeux. Elle a disparu quand j'avais cinq ans. Peu après, c'est père qui est mort de chagrin. Et il y a peu, c'est Vargas, tué par tes propres hommes !

Folken déglutit difficilement puis il porta sa main normale à son visage, comme sous le coup d'une grosse fatigue. Il se détourna ensuite en cachant son bras bionique sous sa cape, puis il s'éloigna vers la baie vitrée, et Van se tourna vers Dilandau qui se redressait tant bien que mal en portant Hitomi dans ses bras.

— Donne-la-moi, dit Van en s'approchant.

Hitomi, consciente mais encore très choquée, s'agrippa à Dilandau.

— Non, Van, je ne veux pas… Je ne veux pas partir avec toi…

— Mais ? dit Van, surpris. Hitomi…

— Je veux… Je veux rester avec Dilandau, dit Hitomi en luttant pour rester consciente.

— Que lui as-tu fait ? gronda Van. Pourquoi refuse-t-elle de revenir avec moi ? Réponds !

Dilandau serra les mâchoires.

— Van… dit alors Hitomi. Pose-moi sur le sol, Dilandau, dit-elle en regardant le soldat.

Dilandau s'exécuta mais il garda un bras autour d'elle pour la soutenir.

— Van…

Elle s'interrompit pour chercher ses mots, puis reprit :

— Van, je ne veux pas rentrer avec toi parce que… parce que j'aime Dilandau.

Vers la baie vitrée, Folken se retourna vivement, surpris. Van ouvrit la bouche sous la surprise, quant à Dilandau, il resta muet, sans doute aussi à cause de la surprise.

— Hit… Hitomi… bafouilla Van en reprenant ses esprits. Mais enfin… Ce n'est pas possible… C'est un Zaibacher, Hitomi, un ennemi !

Retrouvant ses forces au fur et à mesure qu'elle parlait, Hitomi sourit doucement.

— Je sais, Van. Mais il n'est pas comme les autres… dit-elle.

Elle tourna la tête vers Dilandau et appuya son front contre le sien en souriant.

— Et c'est pour cela que je l'aime, ajouta-t-elle. Il est unique…

Dilandau, touché, pressa son front contre celui d'Hitomi avec un petit sourire, puis la jeune fille tourna la tête vers Folken.

— Vous, je ne vous aime pas, Folken, dit-elle d'une voix assez forte.

— Je ne vois pas en quoi, répondit-il, ayant retrouvé son air suffisant.

— Vous savez parfaitement que vous n'aviez pas le droit de me toucher sans l'accord de Dilandau, mais vous l'avez fait ! Vous saviez que cela allait le rendre furieux !

— En effet, dit Folken avec un sourire malsain. Cependant, comme je ne cesse de le répéter, tout ce qui vit à bord de cette Forteresse est à moi parce que j'en suis le Chef. Tout m'appartient, aussi bien les hommes que les femmes.

— Sauf elle ! répartit Dilandau.

— Elle aussi, dit Folken.

— Folken, dit Van en se tournant vers lui.

Le Général le regarda et Van secoua la tête d'un air las.

— Que dirait notre mère si elle entendait comme tu parles, toi, un fils de Roi ?

Folken fronça les sourcils.

— À coup sûr j'aurais pris une correction, dit-il. Mais elle est morte et je me contrefiche de ce que peu bien penser un mort de moi.

— Vous ne devriez pas, dit Hitomi.

Elle fit un pas en avant, assura son équilibre puis elle s'approcha de Folken.

— Hitomi, je t'en prie, dit Van.

— Hitomi, dit Dilandau, presque en même temps.

Les deux jeunes hommes se regardèrent, surpris, puis ils croisèrent les bras et se tournèrent le dos.

— Folken de Fanel, dit Hitomi une fois qu'elle fut près de lui. Savez-vous ce que cela fait d'être humilié ?

Folken fronça les sourcils en baissant les yeux sur elle et, avant qu'il n'ait eu le temps de répondre ou d'esquiver, il entendit un grand bruit suivit d'une douleur fulgurante sur sa joue gauche. Machinalement, il y porta sa main et il regarda Hitomi qui souriait.

— Ça fait mal, hein ? dit-elle, moqueuse.

Un bruit étouffé leur parvint de derrière et Hitomi se retourna pour voir Dilandau et Van se retenir pour ne pas éclater de rire. Ce fut Van qui craqua en premier et il tomba à genoux en hurlant de rire. À ses côtés, Dilandau s'appuya sur son épée et il se mit à rire à son tour. Hitomi ne tarda pas à suivre et seul Folken ne riait pas.

— Cessez de rire ! dit-il en faisant un geste de son bras droit. Je vous ai dit de vous taire ! Taisez-vous !

— Riez, riez ! dit Hitomi en reprenant un peu son sérieux. Voyez ce que cela fait d'être humiliée par ceux que l'on croyait proches !

Elle se tourna soudain vers Van et Dilandau et ajouta :

— Arrêtez, tous les deux.

Les deux garçons la regardèrent puis Van s'assit en tailleur et Dilandau s'accroupi en se tenant à son épée. La jeune fille se tourna ensuite vers Folken qui avait les joues rouges de honte.

— Présentez-moi vos excuses maintenant, dit-elle.

— Des excuses ? dit Folken en la regardant. Jamais !

— Une autre gifle lui ferait le plus grand bien, non ? demanda alors Hitomi, cruelle, en regardant les deux garçons devant eux.

Van sourit et Dilandau fit un signe de tête. Hitomi leva alors la main mais celle de Folken l'empêcha de commettre le geste qui lui aurait valu une nouvelle vague de honte.

— Très bien, dit le Général.

Hitomi se dégagea de sa poigne et recula.

— Fille de la Lune des Illusions, je te demande de me pardonner pour les actes que j'ai commis envers toi aujourd'hui… et avant, dit-il en inclinant la tête. Cela n'était pas digne de ma part, moi qui suis de sang royal.

En entendant cela, Van sourit puis il se leva et s'approcha de Folken qui se tourna vers lui.

— Pardonne-moi de t'avoir abandonné pendant dix ans… dit-il.

Van sourit et posa une main sur son bras.

— Je ne te pardonnerais qu'à une seule condition.

Folken recula d'un pas en demandant quelle condition. Van lui répondit qu'il lui pardonnerait d'avoir abandonné son trône, sa famille, son frère et son Royaume à condition qu'il reparte avec eux et laisse définitivement tomber les Zaibachers et leurs idées tordues.

— Je ne peux pas, répondit Folken après avoir bien écouté les conditions du jeune Roi.

— Si tu le veux, tu le peux, dit Van en prenant les deux mains du Général. Va voir l'Empereur, dis-lui que tu démissionne, je ne sais pas… Folken, je ne veux pas te perdre à nouveau maintenant que je sais que tu es vivant… Tu es ma seule famille, Folken, rentre avec moi à Fanélia…

Folken baissa les yeux sur Van puis il lui lâcha soudain les mains en se détournant.

— Je verrais ce que je peux faire, dit-il.

Il marqua une pause puis ajouta :

— À présent, tu devrais partir. Emmène la fille avec toi et quittez cette Forteresse. J'abandonne la chasse au Dragon, rentrez en Astria avec le Chevalier. Mais sachez bien que si moi j'abandonne, d'autres prendront ma place.

Hitomi franchit les quelques pas qui la séparait de Dilandau et le jeune homme la serra dans ses bras.

— Rentre avec Van, dit-il. Tu n'es pas heureuse ici, je le vois bien.

— Mais je ne veux pas partir ! s'exclama Hitomi. Je veux rester avec toi !

— Hitomi, dit Van. Pour une fois, Dilandau a raison.

Le soldat fit un signe de tête puis Van ajouta :

— Rentre avec moi. Allons retrouver Allen et Merle, et Mirana. Ils se font un sang d'encre pour toi…

Hitomi regarda Van puis elle ferma les yeux en se tournant vers Dilandau qui lui prit le menton.

— On se reverra bien, vite, crois-moi, Fille de la Lune des Illusions.

Hitomi tenta de sourire mais elle n'offrit qu'un rictus et recula lentement en déglutissant.

— Je vais te raccompagner en bas et récupérer mes hommes, dit alors Dilandau en ramassant son sabre.

Il le rengaina et se dirigea vers sa machine.

Van le regarda s'éloigner puis il passa un bras autour des épaules d'Hitomi qui lui sourit légèrement avant qu'il ne l'entraîne jusqu'à Escaflowne qui attendait sagement sur la large terrasse, à côté de l'Alseides rouge.

— Folken, dit Van en sautant sur la selle Escaflowne.

— Je te le promets, dit le Général avant que son jeune frère ait eu à prononcer sa phrase. Cependant, ne compte pas les jours, Van. Continue à venger la mort des habitants de Fanélia. Quand je pourrais quitter Zaibacher, tu le sauras.

— Une autre Forteresse va venir, dit Dilandau en se tournant vers Escaflowne. Nous, nous rentrons à Zaibacher. Cependant, ce n'est pas parce que deux soldats ont choisi de désobéir aux ordres que la guerre est finie, loin de là. D'autres viendront, d'autres te pourchasseront, Hitomi…

Folken hocha la tête puis Dilandau sauta dans le cockpit de sa machine. Van aida Hitomi à monter près de lui puis, il attendit que l'Alseides ait décollé avant de décoller à son tour.

Avec un dernier regard pour Folken, Van fit planer Escaflowne jusqu'au sol en effectuant des cercles concentriques, non sans jeter des regards à Hitomi, assise sur le sol près de lui, les bras serrés autour de ses genoux.

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Dilandau posa lourdement sa machine sur le sol et attendit qu'Escaflowne soit posé avant d'en descendre. Il avait face à lui Allen, debout devant sa machine. Près de lui, agenouillé, tête basse, les hommes de Dilandau attendaient leur jugement.

En voyant son amie descendre d'Escaflowne, le Chevalier afficha une mine réjouie et Hitomi lui sauta au cou en pleurant de joie. Dilandau les regarda se retrouver et il ressentit un étrange pincement au cœur. La jalousie.

— Qu'est-ce qu'il fait là, lui ? demanda sèchement le Chevalier quand Hitomi l'eut lâché. Va-t'en, retourne dans ta maudite Forteresse, dit-il de la même façon que s'il chassait un chat un peu envahissant.

— Attends, Allen, dit Hitomi. Il ne nous veut pas de mal… Il m'a simplement raccompagnée à terre…

Allen haussa les sourcils puis il se tourna vers Van qui lui fit signe qu'il lui raconterait tout plus tard. Le Chevalier acquiesça puis il se tourna vers Hitomi et reçu un choc au cœur quand il la vit à moins d'une main de Dilandau, presque dans ses bras.

— Mais… ? dit-il.

— Laisse-les, dit Van en lui attrapant le bras. Viens, allons plus loin. Où est Merle ?

— Heu… dit Allen en se tournant vers le jeune Roi. Là-bas, dans la forêt…

— Viens, dit Van. Allons la chercher.

— Mais…

— Il ne va rien lui faire, assura Van, bien qu'il n'en fût pas lui-même totalement convaincu. Laissons-les se dire au revoir.

Allen n'y comprenait plus rien. Il regarda Hitomi et Dilandau, puis Van, puis de nouveau le couple, tant de questions se bousculant dans sa tête. Finalement, il suivit Van pour chercher Merle.

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— Hitomi, dit Dilandau en lui caressant la joue.

— Chut, dit Hitomi en posant un doigt sur la bouche du soldat. Ne dis rien…

Elle se hissa sur la pointe des pieds, l'embrassa du bout des lèvres en retenant les larmes qui menaçaient de jaillir.

— Peu m'importe le temps que l'Empereur de Zaibacher mettra à vous libérer, Folken et toi, de votre serment, dit-elle en reculant. Mais sache que je t'attendrais.

— Je vais me sentir bien seul sans toi, dit Dilandau en laissant sa main glisser sur le bras écorché de la jeune fille.

Il s'attarda sur les blessures, se doutant bien que c'était là une œuvre des redoutables serres de Folken, puis il enlaça Hitomi et la serra fortement contre lui avant de se détourner et de sauter dans sa machine.

Les soldats formant l'Escadron du Dragon regagnèrent tant bien que mal leurs machines et tous partirent ensuite en direction de la Forteresse Volante de Biwan qui faisait lentement demi-tour en vue de prendre la route pour la capitale Zaibach.

— Reviens-moi vite, dit Hitomi en faisant un geste de la main en direction du Guymelef rouge.

Elle sentit soudain quelque chose de froid contre sa peau et elle tira de la fine ceinture de sa robe un poignard en verre. Le reconnaissant, elle le serra contre son cœur puis elle se détourna vers ses amis qui arrivaient vers elle. En la voyant, Merle lui sauta au cou puis tous reprirent le Croisé pour rentrer en Astria en attendant une nouvelle vague de soldats Zaibach qui reprendraient ce que Folken avait volontairement abandonné.