Bonjour, bonsoir tout le monde! J'espère que la semaine fut sympa pour vous et que vous n'avez pas trop été impatients de lire la suite, que voici. N'hésitez pas à me laisser des reviews, autant pour les points positifs et négatifs que vous relevez de votre lecture, car j'aime avoir un retour sur mon travail dans le but de (toujours) progresser dans l'écriture, qui n'est pas qu'une simple passion pour moi ^^. Donc, franchement, allez-y lâchez-vous, je ne mords pas (si, si, je vous jure!). Oui, parce que je reçois les notifications quand des personnes ajoutent cette fic à leurs favoris et la suivent, donc j'en profite par la même occasion pour saluer les deux personnes qui ont fait cela, car rien que ces cases cochées m'ont un peu remonté le moral. MERCI. Vraiment. Bon, hop, voici le chapitre 3!

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3. Intense pain

La reprise des cours, le retour à un quotidien normal, bercé par une population conséquente et le bruit qui en résultait, finissait de rendre morose William, qui n'avait accueilli ses camarades Elizabeth et Virginia qu'avec une tiède joie à leur retour de leurs séjours respectifs dans leurs familles. Comme toutes deux n'avaient guère apprécié cet accueil limite froid et distant et qu'elles se demandaient également avec inquiétude ce qui avait bien pu se passer en trois semaines pour que son humeur en soit affecté à ce point, les deux filles décidèrent le jeudi soir de laisser de côté leurs devoirs et de toucher deux mots avec l'adolescent.

Ce dernier feuilletait son livre de Potions d'un air distrait, la tête appuyée contre sa paume, assis à l'une des tables d'études dans la salle commune. A part lui, personne n'occupait l'espace. L'une s'installa à côté de lui et l'autre en face. Leur mouvement arracha sa contemplation de l'étude de l'amarante pour les observer toutes deux, et notant qu'elles avaient un air particulier similaire, il en fronça les sourcils.

- Bon, qu'est-ce qui se passe, demanda Elizabeth en mettant direct les pieds dans le plat. On a remarqué que tu n'étais pas dans ton assiette depuis que nous sommes revenues, alors à moins que tu nous dises s'il y a eu un souci avec nous, au moins savoir ce qui a bien pu se passer pendant les vacances pour que tu nous méprises de la sorte.

- Mais… Je ne vous méprise pas, s'écria William, froissé par cette insinuation qui n'était pas du tout de son goût. Qu'est-ce qui vous a planté une idée pareille dans la tête?

Voyant que cela risquait de tourner au vinaigre, il tenta de se calmer derechef en respirant de manière profonde en fermant les yeux. Gumbling Gargoyles, ce n'était pas le moment de se disputer avec les seules personnes avec qui il avait plus ou moins tissé des liens d'entente.

- Disons que tu n'as pas paru d'une franche joyeuseté à notre retour et que nous avons eu la désagréable sensation de t'avoir vexé d'une manière comme d'une autre, commenta Virginia, les bras croisés devant elle sur la table.

L'adolescent se mit à rougir de honte d'un coup et baragouina des excuses sans queue ni tête, la tête baissée. Le connaissant assez bien, les filles en déduisirent facilement qu'il n'avait rien contre elles. La tension qui avait naquis entre eux s'estompa de telle sorte qu'ils purent mieux respirer, manière de parler.

- Snape t'a pourri au point que tu en es devenu imbuvable ou quoi, plaisanta à moitié Elizabeth.

- Oh, pas plus que d'ordinaire, balaya William en haussant les épaules. Non, globalement, les vacances furent calmes…

Non, vraiment, il ne parvenait pas bien à analyser pourquoi il était dans cet état, du moins, nulle autre justification que la foule et le bruit – comme d'habitude.

- Heu… Je vais… heu, dans mon dortoir, murmura l'adolescent en se levant d'un bond, refermant son livre sèchement et tournant les talons si vite qu'elles eurent à peine le temps de réagir.

Pas bien brillant de fuir tel un lâche, mais il avait commencé à se sentir très mal d'un coup et il avait besoin de se réfugier dans sa chambre pour décompresser.

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Elizabeth et Virginia ne revirent William que le lendemain en cours de Charmes. Leur professeur leur rendirent le devoir qu'ils devaient lui rendre en début de semaine, en leur rappelant qu'il les avait notés selon les critères de la grille d'évaluation qui les attendait aux NEWT pour se préparer aux exigences de leur examen final. Les deux filles chuchotèrent, bien que le brouhaha coutumier en pareille classe les couvrait totalement, mais au moins avaient-elles cette politesse de maintenir une voix basse alors qu'elles discutaient de leurs notes respectives. A côté d'elles, William épousait avec une certaine perfection l'étudiant à la fois blasé et sur les rotules, et nul n'aurait su discerner ce qui primait entre les deux humeurs. Il y avait de quoi, car lorsque Virginia se pencha vers lui pour entrapercevoir la note écrite en gros à l'en-tête de son parchemin, un Optimal, la jeune fille ne put se retenir néanmoins de lui assener un coup de coude pour le sortir de cette posture. Le concerné grogna pour la forme, ceci dit il se redressa car, notamment, Flitwick l'avait dans son viseur à cet instant, alors qu'il leur répétait que le travail sérieux et régulier ne pouvait que les aider à atteindre le niveau escompté pour leur septième année.

- Cela ne vous dispense pas, lorsque vous semblez avoir atteint ce-dit niveau, de continuer à fournir des efforts, et à ne surtout pas négliger le volet pratique – ce pour quoi vous serez évalués aujourd'hui, disait-il de sa voix haut perchée. Ainsi, je vais faire passer le premier groupe aujourd'hui et le second groupe peut aller en salle d'études – dans le calme, pour réviser pour lundi prochain.

Ledit second groupe quitta la salle, et parmi eux William, c'était cela que de se trouver à la tête de la seconde moitié de la liste. Les élèves étaient néanmoins sérieux, car ils demeurèrent silencieux jusqu'à arriver à bon port. Chacun se dispersa en petits groupes. L'adolescent s'isola près de la fenêtre qui donnait sur le parc. Il sortit de son sac, non pas son manuel de Advanced Charms, mais celui de Potions où il poursuivit sa prise d'informations sur l'amarante et son utilisation dans des potions et baumes, qu'il regroupa dans un de ses carnets de notes à la couverture imitation cuir noire, tenue fermée par un bandeau blanc. Le double-cours passa sans crier gare tant il avait été plongé corps et âme dans son travail. Leur groupe avait pause jusqu'au déjeuner, et William ne quitta pas la salle pour autant, ayant la ferme intention de boucler ce chapitre au plus vite. Il consentit cependant à descendre à la Grande Salle pour déjeuner. Elizabeth et Virginia lui avaient gardé une place, comme elles en avaient l'accoutumance. Elles profitèrent de ce rare moment pour lui faire part de comment elles s'en étaient sorties lors de l'évaluation pratique, en appuyant sur le fait que Flitwick restait lui-même malgré son envie de retranscrire le côté exigeant et impartial typique d'un membre du jury des NEWT. Si elles manoeuvraient ainsi dans le but de le rassurer, cela était inutile – même si, ne le montrant pas outre-mesure, William était un grand anxieux de base. Cela en était au point qu'il faisait partie de cette poignée d'étudiants qui stressaient beaucoup avant un examen, jusqu'à douter de leurs capacités à poursuivre leurs études dans une institution aussi cotée que pouvait l'être Hogwarts. Ainsi, jusqu'au lundi, le sommeil de l'adolescent s'en trouva réduit à peau de chagrin. Il ne se rappela même pas s'il avait réellement dormi lorsqu'il s'assit dans la salle de classe de Charmes, avec cette nette sensation d'avoir été marché dessus par un troupeau d'hippogriffes furieux. Avant de faire sortir le groupe et de faire passer ses élèves les uns après les autres pour leur examen pratique, le Directeur des Ravenclaw leur rafraîchit la mémoire quant aux questions de sécurité et à l'attention requise pour réussir leur examen.

Heureusement que William fut l'un des premiers à passer car il avait craint s'assoupir, adossé contre le mur de pierre s'il avait eu à attendre plus longtemps. Lorsque son tour passa, il traîna littéralement les pieds et rougit quand il masqua avec grand peine un bâillement devant son enseignant qui en haussa un sourcil et le fixait avec intensité. Tous les sorts demandés furent variables dans leur complexité et la demande d'énergie puisée de son essence magique, davantage sollicitée parce qu'il essayait d'en informuler un maximum. Avant de partir, Flitwick le félicita et lui demanda de revenir une fois que la double-heure soit passée pour discuter avec lui, puis le congédia.

Alors que ses prédécesseurs avaient eu l'opportunité d'aller directement en salle d'études pour patienter, William se trouva tel un sot à poireauter parmi celles et ceux qui n'étaient pas encore passés. Leurs regards surpris, interrogateurs ou de mépris finissaient d'entamer le ridicule état d'humeur dont il était pourvu. L'attente lui parut aussi interminable et pénible que l'éternité qu'avait dû subir un certain Prométhée.

- Monsieur Melbourne, dit Flitwick, tenant la poignée de la porte et regardant avec attention son protégé adossé au mur face à lui, les bras croisés. Venez, je vous en prie.

L'adolescent obéit promptement, fourra ses mains dans les poches de sa robe noire et s'arrêta devant le bureau de son enseignant, ce dernier en train de récupérer des copies et des notes qu'il avait prises tout au long de son évaluation.

- J'ai remarqué que vous êtes épuisé, un peu plus que d'habitude, compléta le professeur de Charmes qui réduisait en taille ses rouleaux de parchemins pour qu'ils soient plus faciles à transporter jusqu'à son bureau de permanence. Quelque chose vous tracasse en particulier, demanda-t-il enfin en levant ses orbes perçants vers son étudiant.

- Heu… Je… J'ai un peu… angoissé pour l'examen d'aujourd'hui, m'sieur, balbutia William alors qu'il se tordait les mains, peu à l'aise.

- Vous savez ce que je ne cesse de répéter depuis votre première année, monsieur Melbourne, lui répondit Flitwick après l'avoir scruté surpris par cet aveu. Il est normal de stresser lors d'un examen. Le contraire, en revanche, devrait vous titiller. Cependant, au vu de vos compétences indéniablement irréfutables dans cette discipline, vous ne devriez pas angoisser à ce point. Il faut que vous ayez un minimum confiance en vous. Je suis sûr que vous dépasseriez une barrière que vous vous infligez et deviendriez encore plus performant que vous ne l'êtes déjà.

- Oui, m'sieur, murmura l'adolescent. C'est juste que… Je suis tellement angoissé… De nature, tout le temps – je suis tout le temps stressé, du plus loin que je me souvienne, je ne sais même pas ce que c'est que d'être détendu, vous voyez…

Il se tut d'un coup, s'en mordit la lèvre inférieure, en baissa la tête, penaud, avant de lâcher un soupir à fendre l'âme. Etre autant transparent était comme se dévoiler tout cru tel une proie sans défense face à son prédateur redoutable et affamé.

- Est-ce dans vos cordes d'être… moins stressé, questionna son Directeur après quelques secondes de silence de réflexion.

- … Je crois, oui, répliqua l'adolescent, sur un ton presque dénué de certitude, en haussant les épaules mais gardant ses yeux contemplatifs de ses souliers.

- Essayez de vous consacrer à cela, à ce qui vous dénoue un peu, entre deux révisions ou deux évaluations.

Tous deux se déplacèrent hors de la salle et marchèrent le long des couloirs jusqu'au bureau de permanence du professeur de Charmes. Arrivés sur place, l'enseignant proposa à l'adolescent de s'asseoir tandis qu'il redonnait leur taille normale aux parchemins avant de les ranger et de s'asseoir également. Par la suite, il prépara une bouilloire et deux tasses et les servit une fois que le thé ait eu infusé le temps nécessaire. William saisit sa tasse et l'approcha suffisamment pour en humer le parfum. Délicat thé vert de Chine, avec touches de litchi et de rose.

- J'insiste pour que vous continuez à consulter Mrs Pomfrey de manière régulière comme je vous l'avais demandé il y a plusieurs semaines. Maintenant, prenez votre temps pour savourer ce thé et vous poser. Je vais rédiger une note à l'adresse de mon collègue si d'aventure vous serez en retard à son cours, dit avec douceur Flitwick pendant qu'il s'acquittait de sa tâche.

L'Aiglon sentit une boule de stress se déloger de son ventre pour obstruer sa gorge. Le fameux collègue dont son Directeur faisait mention n'en était pas moins Snape – et Snape ne supportait pas le retard de ses élèves dans ses classes. Nul doute que malgré cette note rédigée par son pair ne l'empêchera pas de sévir comme il en avait l'accoutumance. L'adolescent ne se pressa néanmoins pas à boire son thé à toute vitesse, enclin à obéir à l'un au lieu d'obtempérer selon la pression émise par l'autre, malgré son angoisse grandissante.

Le mot ne fit même pas tiquer le Corbeau lorsque William arriva dans une des classes des cachots une vingtaine de minutes plus tard, l'induisant d'un retard de cinq minutes. L'adolescent patientait devant le bureau de son professeur de Potions, dans l'attente qu'il ouvre la bouche.

- Ainsi, je n'ai pas d'autre choix que de me contenter de vous priver de cinq minutes sur votre temps de déjeuner, lâcha enfin le Maître de Potions, d'une voix basse. Asseyez-vous et commencez votre travail, ordonna-t-il alors qu'il pliait la note de Flitwick.

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Il n'avait pas très bien compris pourquoi ni quel raisonnement l'avait poussé à faire cela, néanmoins il s'y trouvait – et se disait pour la dixième fois au moins que cela avait été l'idée la plus absurde et idiote de toute sa vie. Il ne parvenait vraiment à déterminer quel type de douleur lui parcourait le corps à cet instant. Il en tremblait légèrement et s'en mordillait la lèvre inférieure au point de la faire saigner.

Vêtu de ses plus beaux atours, William se tenait droit devant un portail élevé aux motifs d'arabesques surplombé par deux lions majestueux de chaque côté sur des piliers. Au-delà, le terrain paraissait immense, bien qu'il ne pouvait tout voir de là où il était. Le gazon, les plantes, les buissons et les arbres semblaient impeccables, beaux, bien entretenus, verdoyants et en bonne santé. Et la bâtisse – il ne pouvait même pas appeler ça une maison – la bâtisse, eh bien, en jetait. Arches et alcôves abritaient l'entrée, le lierre montant avec dextérité sur les poutres. L'étage recouvrait quelques fenêtres à chenaux magnifiques, les tuiles avaient l'air de ne jamais avoir connu la pluie et la saleté d'autre phénomènes météorologiques. Pour le reste, il avait du mal à y voir. Ceci dit, cela ne l'empêchait pas de se sentir très mal à l'aise.

Il avait sonné et il attendait – il ne pouvait faire que cela de toute façon. Puis, au loin, une silhouette sortit de la bâtisse et s'approcha de lui. Oh, un majordome. Celui-ci se déplaçait d'un pas souple et ample, droit, visage impassible. Arrivé devant les grilles du portail de l'autre côté de William, il lui tendit un papier plié avec soin.

- Monsieur, je vous prie de m'excuser, mais je ne pourrai vous faire entrer et rencontrer votre oncle. Il sera mieux pour vous que vous partiez sur-le-champ. Personne ne souhaite vous voir, monsieur.

L'adolescent écoutait d'une oreille distraite, alors qu'il lisait le bout de papier, qui confirmait les propos du majordome. Après plusieurs années, il n'était toujours pas envisageable que sa famille le voit autrement que cette créature mal formée – en rien William était une tare, quand même!

Il n'en fit pas un scandale, gardant, encore, maîtrise de lui-même. Il hocha la tête pour indiquer qu'il avait saisi le message, le remercia, le salua et tourna les talons.

Après cette décision des plus absurde et débile, il en produisit une autre – par contre, il ne se rappelait pas de tous les détails. Il avait seulement envie d'anesthésier la douleur. Il ne savait pas comment s'y prendre, et ce ne fut qu'avec le recul et les années suivantes qu'il en avait saisi que ce qu'il avait décidé à cette époque avait été loin d'être brillant car ce fut cela même qui avait failli lui faire perdre son poste…

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William le regrettait déjà, quelques mois plus tard. Comme la plupart des jeunes de son âge, à cette époque, il avait réussi à détourner la loi qui spécifiait que les mineurs n'avaient pas le droit d'acheter et de consommer de l'alcool. Quand on était plutôt malin, on parvenait à nos fins. Par contre, une cuite à la bière n'avait rien eu de bien reluisant, et il s'en voulait terriblement d'avoir réagi ainsi, même si la peine immense ressentie à ce moment-là avait été horrible à soutenir et encaisser.

- Encore en train de rêvasser, monsieur Melbourne?

La voix n'avait été qu'un très faible murmure, à peine perceptible, le souffle chaud se déversant sur sa nuque. Il se raidit d'un coup, ferma les yeux et déglutit avec peine. Oh, il aurait aimé ne pas entendre cela maintenant, mais c'était Snape, n'est-ce pas, et il se contrefichait de l'état d'âme de ses élèves. En tout cas, le démontrait-il avec une persuasion irréfutable. L'adolescent se redressa un peu mieux et tenta d'ignorer l'omnipotente présence menaçante de son enseignant qui se tenait juste derrière lui et observait ses faits et gestes depuis la hauteur qu'il en avait.

- Vous n'avez pas assez de temps rogné sur votre temps de déjeuner pour vous permettre de ne pas être attentif, poursuivit le Corbeau.

William se contenait du mieux qu'il pouvait parce que, chose inédite, il avait une envie irrépressible de pleurer. Il se trahit néanmoins en prenant en main son scalpel: ses mains tremblaient et il n'y pouvait rien. Il essayait au mieux de se concentrer pour ciseler avec soin ses feuilles et pétales d'amarante, cependant ce qui devait arriver arriva. La lame rencontra son index gauche, par chance très faiblement. Le saignement ainsi occasionné s'en trouvait plutôt faible malgré la nature de l'instrument et celle de l'extrémité de son membre. Cela ne retint pas pour autant à Snape de lâcher un soupir de dédain et de le traiter de maladroit, alors que l'Aiglon se hâtait de rejoindre l'évier au fond de la salle pour faire couler un filet d'eau sur sa plaie. Un nœud était bloqué dans sa gorge, son envie de pleurer n'étant pas passé entre-temps. Puis, il sécha son doigt du mieux qu'il pouvait et entoura la plaie avec un simple mouchoir dans le but de reprendre sa préparation. Lorsqu'il leva enfin la tête pour connaître la position de son enseignant, il nota que ce dernier s'était désintéressé de lui et passait à la supervision d'autres élèves. Or, une fois que l'adolescent se fut réinstallé à sa paillasse, le Maître de Potions tourna la tête et le mira, avec une dureté qui aurait fait pleurer le gosse sur-le-champ s'il ne s'était pas repris à la dernière seconde en penchant la tête vers ses feuilles et pétales pour tromper l'impact qu'avait l'attitude de l'adulte à son égard.

Il ne parvint vraiment à comprendre le cheminement de ses émotions à cet instant, mais William ressentait un vide immense – un vide impossible à combler. Il aurait tant aimé avoir un ami, ne serait-ce qu'un ami. Un véritable ami, qu'il verrait en dehors des cours, qui le ferait sortir un peu de lui-même et de ses devoirs et de ses rêveries intempestives. Un véritable ami qui ne le jugerait pas, qui rirait avec lui, qui saurait apprécier la personne qu'il était. Un véritable ami avec qui discuter de longues heures sur l'amarante ou sur les procédés de défense contre les forces du mal. Un véritable ami avec qui passer de longs moments seuls, sans parler, juste être ensemble, oublier un bref instant qu'ils étaient seuls – qu'il était seul.

Et, oh c'était terrible de songer cela maintenant alors que Snape ne le lâchait pas de ses iris noirs sévères… Mais, William avait cru, durant quelques semaines, quelques mois, que ce véritable ami avait été l'enseignant qui le toisait désormais. C'était stupide, complètement stupide. Le pire flot de pensées et d'émotions qu'il traversait et ce, en plein cours de potions. L'adolescent poursuivit son travail, en faisant de son mieux pour ne rien laisser paraître. Son doigt le lançait un peu, avec des fourmillements, or s'il desserrait l'étreinte du mouchoir, la saignée tâcherait toute chose avec qui elle prendrait contact. A côté de lui, Elizabeth préparait sa propre potion, cependant elle finit par noter le trouble peint sur le visage de son camarade alors qu'elle avait levé la tête pour saisir sa balance. Elle s'arrêta dans son geste, appuya son regard, ce qui finit par attirer l'attention de son pair et elle l'interrogea en silence. William s'en vit déstabilisé quelques secondes, haussa les épaules, secoua la tête, s'essuya les yeux, puis détourna le regard, ne pouvant la mirer proprement.

Non, vraiment, il ne comprenait pas pourquoi il avait envie de pleurer, maintenant, alors que tous ces faits étaient révolus. Il n'avait même pas versé une larme à l'enterrement de ses parents. Il n'avait même pas versé une larme lorsque Sev… Snape avait mis fin à leur… amitié – pouvait-on appeler cela de l'amitié? Alors, pourquoi maintenant? Pourquoi ses émotions s'exacerbaient quatre ans plus tard, pourquoi avaient-elles autant de force qu'une mer agitée en pleine tempête qui se déchaînait sur une digue?

Après que tous les autres furent partis à la fin du cours, il ne restait plus que le professeur de potions et l'Aiglon dans la pièce. Oh, il était parvenu à terminer sa préparation en temps et en heure. Il n'avait pas eu besoin des cinq minutes supplémentaires pour l'achever, mais un ordre était un ordre et l'adolescent s'était abstenu de rendre sa fiole en même temps que ses camarades de classe. Cette dernière attendait sagement à sa paillasse tandis qu'il nettoyait tous les outils qu'il avait utilisé. Puis, il retira le mouchoir qu'il avait enroulé autour de son doigt, notamment parce que le bout de tissu avait été sali par les différents ingrédients et mouillé au contact de l'eau savonneuse. La plaie ne saignait plus, mais elle demeurait ouverte et le picotait de douleur encore.

- Essence de Murlap, souffla une voix au dessus de sa tête.

William se redressa et tomba directement sur les orbes d'onyx de son enseignant qui, en dehors de son air impassible, lui tendait ladite essence de Murlap contenue dans un petit pot.

- Nettoyez la plaie avant cela, poursuivit le Directeur des Slytherin d'un ton professoral, un de ceux qu'il affectionnait le plus, ou utilisait le plus.

Incapable de parler, l'Aiglon hocha de la tête et obtempéra sur-le-champ. Il retourna au fond de la salle de classe au dessus de l'évier, rinça, lava et rinça à nouveau ses mains, avant de les sécher avec un torchon en prenant soin de ne laisser aucun résidu de tissu sur la plaie. Puis, il revint sur ses pas, ouvrit le pot que le professeur avait posé à un coin de sa paillasse. Ah, il en avait profité pour lui prendre sa fiole. Soit, il faisait ce qu'il voulait. C'était sa classe, ses cachots, sa sphère de prédilection, donc cela n'avait rien de bien étonnant. Alors que l'adolescent administrait l'essence sur son doigt avec parcimonie, l'adulte l'observait agir depuis son bureau, tout en ayant dans son champ de vision les fioles que tous les étudiants lui avaient rendu. Enfin, une fois qu'il en eut terminé, William enfila sa robe de sorcier, glissa la sangle de son sac en bandoulière sur son épaule gauche et jeta un œil à la fiole à portée de son enseignant sur son passage.

- Au revoir, m'sieur, murmura-t-il, et bien que son murmure avait été faible, il put être distinguable dans le silence de plomb qui régnait dans la pièce.

Lorsqu'il osa jeter un coup d'oeil en arrière, il se retint à grand peine de sursauter de peur, car Snape se tenait tout proche de lui. Ce dernier lui donna un rouleau de parchemin de manière brusque.

- J'avais rendu les devoirs sur l'amarante en début d'heure, expliqua-t-il. Voici votre copie.

L'adolescent pressa sa dissertation contre son torse et partit, cette fois-ci sans se retourner.

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Snape aurait dû s'en douter, néanmoins il lâcha un faible soupir d'exaspération lorsqu'il nota l'absence de Melbourne dans la Grande Salle lors du déjeuner. Le jeune homme n'avait eu guère d'illusion quant à le voir attablé parmi tous les Ravenclaw, au vu du comportement de l'adolescent lors de son cours. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer la tristesse qui suintait par tous les pores du garçon. Et il avait d'autant lâché ce soupir-là parce que, comme d'habitude, Elizabeth et Virginia lui avaient gardé une place auprès d'elles, dans l'espoir quotidien de le voir parmi elles. Cela frisait le ridicule, cet acharnement perpétuel qu'avaient les deux filles à agir de la sorte, telles des amies de Melbourne. Sauf que ce dernier ne semblait pas leur rendre un quelconque signe en retour, pas de la même manière qu'elles. Oh, et puis, qui était le Maître de Potions pour juger ce qui relevait ou non de l'amitié? Il se désintéressa aussitôt des charges de Flitwick pour s'occuper à se nourrir tout en supervisant discrètement la foule sous ses orbes. Bien que le Mage Noir fut tombé, le racisme lié à ce que cet être avait porté tout haut, et que pleins de gens pensaient tout bas depuis des décennies, perdurait sans peine dans les rangs des élèves. Sans aller plus loin dans ses discours, Snape avait cependant seriné un nombre incalculable de fois à ses Serpents de faire profil bas. Peut-être que cela finira par leur rentrer dans le crâne – un jour.

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Lors de la pause de l'après-midi, il s'avéra que Melbourne n'était pas paru en cours depuis le matin. Ce fut Sprout qui le rapporta dans la salle des enseignants lorsqu'elle fut de passage. La Directrice des Hufflepuff ne prenait la peine de revenir de ses serres dans le courant de la journée que pour des cas estimés importants – et l'absence de cet idiot de Melbourne dans ses cours en faisait partie. La preuve, tous les professeurs présents dans la pièce cessèrent leurs activités ou discutions dans l'immédiat et convergèrent dans un ensemble synchronisé leurs regards inquiets vers la professeure de Botanique.

- Donc, potentiellement, ce fut Snape qui l'a vu en dernier, formula Flitwick, qui malgré son air soucieux, demeurait maître de lui-même, alors qu'il s'était approché de sa collègue.

- Comment était-il en cours avec vous, Severus, interrogea McGonagall d'un ton pressant.

Il se maudit de suite lorsqu'il percuta enfin. Comment avait-il pu être aussi lent?

- Fouillez la Owlery, la Tour d'Astronomie et les stabus, ordonna-t-il en sortant précipitamment de la salle des professeurs, oubliant tout à coup son parler soigné et son accent impeccable.

Le Directeur des Slytherin ne s'attarda pas à vérifier si ses collègues avaient compris quoique ce soit ou lui obéissaient. Il courait de toutes ses forces, jamais comment il avait couru, en dehors des missions que le Mage Noir lui avait donné à exécuter. Gumbling Gargoyles, pourquoi la sécurité de Hogwarts concernait le blocage du Transplanage dans le domaine, alors que pour l'urgence de cette situation, cela lui aurait été bien plus utile qu'autre chose au lieu de grimper cinq fichus étages!

Le jeune homme arriva pantelant devant la tête d'aigle qui gardait la porte d'entrée de la salle commune des Ravenclaw.

- Qui est arrivé en premier entre l'oeuf et le dragon?

- Il n'y a ni début, ni fin, lui jeta l'enseignant, furibond. Allez, dépêchez-vous! Il est question de vie ou de mort!

La porte s'ouvrit. Bon, où créchait le gosse, se demandait l'adulte une fois à l'intérieur, en regardant les escaliers qui menaient aux dortoirs. La récréation venait de s'achever et tous les étudiants étaient en classe ou en salle d'étude, ou ailleurs. Il sortit sa baguette d'un des pans de ses sur-robes et monta à sa gauche.

Soudain, ce fut comme si une entité invisible lui avait retiré d'un coup tout l'oxygène emmagasiné dans ses poumons, puis les avait rempli d'un gaz excessivement froid. Il ne put en faire autrement, mais il resta figé tel une statue, hébété, choqué, avant de se ressaisir et de s'agenouiller auprès de l'adolescent qui gisait par terre, sur les marches. Salveo maleficia. Rien ne se produisit. Allons bon, il n'avait même pas songé à la magie pour cela? Le Maître de Potions secoua la tête. Ce n'était pas le moment de noter les inclinaisons de Melbourne à agir tel un Muggle. Il cala sa baguette entre ses dents et il arracha des bandes de tissus aux manches de la chemise que portait l'adolescent et les noua autour de ses bras nus. Il en arracha d'autres pour former des garrots. Puis, le jeune homme reprit sa baguette et invoqua deux Patronus sur lesquels il marmonna des Nuntius et les fit partir, l'un pour retrouver ses collègues pour leur annoncer qu'il avait mis la main sur Melbourne, l'autre pour Mrs Pomfrey pour lui dire qu'il arrivait avec un étudiant et qu'elle avait intérêt à avoir des Blood Repleneshing Solutions en stock. Un Levicorpus? Oh, et puis… zut. Il prit l'adolescent par sa nuque et l'articulation de ses genoux, le souleva et commença à descendre du plus vite dont il était capable.

Il croisa Flitwick et Dumbledore au premier étage, mais ne s'arrêta pas dans sa course pour expliquer quoi que ce soit – au diable les explications. Il ouvrit les portes de l'infirmerie dans un grand claquement par un sort informulé. Mrs Pomfrey se jeta presque sur lui, cependant elle n'avait pas cet air interrogateur mêlé à sa très forte inquiétude comme les autres. Son professionnalisme était une des choses qu'il admirait le plus chez elle, car elle n'agissait qu'au travers de ce dernier, qu'importe ce à quoi elle devait faire face. Elle guida Snape jusqu'à un lit libre et l'aida à poser Melbourne sur ce dernier avec le plus de douceur possible.

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Le visage de William avait viré au gris, les cernes qu'arboraient ses paupières étaient d'un ton plus soutenu. Ses traits immobiles tranchaient avec le geste désespéré qu'il avait commis. Les bras le long du corps, posés au dessus des draps blancs, étaient bandés. Malgré tous les efforts fournis par Pomfrey, il semblait que les plaies refusaient de se fermer à l'aide de la magie. Alors, l'infirmière s'était résolue aux méthodes employées par la médecine Muggle pour le soigner. Le garçon n'avait toujours pas repris connaissance. La femme lui avait fait administrer en plus de la Blood Repleneshing Solution une Sleeping Draught, en massant sa gorge pour aider à la déglutition. Maintenant, elle demeurait assise à son chevet pour observation et consultation régulière de ses constantes. Bien que ces dernières étaient stables, elle les relevait de manière régulière, le check-up complet qu'elle lui avait fait faire avait indiqué une sous-nutrition notable. Normal au vu de son appétit d'oiseau et ses absences récurrentes aux heures de repas. Les rares fois où l'adolescent avait consenti à la consulter depuis l'incident en cours de potions survenu l'an passé n'avait pas permis à Pomfrey d'établir un réel suivi taillé sur mesure pour le cas préoccupant que présentait le jeune Melbourne.

Dans tout cela, ce drame sans nom, la femme faisait face à une surprise de taille. Lorsqu'il n'était pas pris par ses cours et ses obligations de Directeur des Slytherins, Snape lui tenait compagnie, assis en face d'elle, de l'autre côté du lit qu'occupait l'Aiglon. Le jeune homme ne prononçait aucune parole, les bras croisés, l'air aussi sévère qu'à l'accoutumée. Nul doute qu'il aurait eu grandement besoin de parler, car il avait été celui qui avait découvert l'élève gisant dans les escaliers qui menaient au dortoir des garçons de Ravenclaw. Il avait eu beau avoir eu les gestes nécessaires en pareille situation, néanmoins personne n'était prêt à vivre ce genre d'expérience – et il avait beau jouer les durs insensibles, Pomfrey le connaissait assez bien, pour l'avoir soigné un bon nombre de fois lorsque lui-même était étudiant, pour être sûre qu'il avait un coeur.

Le silence lugubre, en lieu et place de commentaires acerbes usuels, appuyait en ce sens, qu'il le veuille ou non. Alors, l'infirmière n'avait rien dit, ne l'avait pas chassé, comme elle se démenait à chasser professeurs et élèves curieux, par souci de compréhension – Dumbledore ayant seulement annoncé à qui de droit que l'adolescent était malade et séjournait à l'infirmerie jusqu'à nouvel ordre. Peut-être était-ce la façon de Snape de gérer ce dont il avait été témoin en dépit de sa volonté propre.

- Un thé, lui proposa-t-elle au coeur de la nuit du surlendemain, alors que William n'avait pas encore repris connaissance – normal vu son état de santé.

L'enseignant se contenta d'un faible onomatopée, ne daignant pas desserrer ses dents. Son interlocutrice se leva et partit dans son bureau préparer la boisson. Elle revint une poignée de minutes plus tard avec deux tasses fumantes, contourna le lit, en tendit une au Maître de Potions et revint sur ses pas s'asseoir à sa place.

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- Comment va-t-il, demanda Flitwick à voix basse tôt le lendemain matin, au seuil de l'infirmerie.

- Ses plaies guérissent, lui répondit Mrs Pomfrey. Il a repris connaissance dans le courant de la nuit.

- Me voilà soulagé, murmura le professeur de Charmes, la main sur le coeur, après quelques secondes de silence. N'a-t-il pas eu trop peur en se rendant compte de qui est à son chevet, questionna-t-il par la suite.

- Oh, il a vainement tenté de se cacher sous ses draps, poursuivit l'infirmière, son ton hésitant entre la plaisanterie et la sécheresse. Snape s'est contenté d'un «puéril de votre part, monsieur Melbourne».

- Je me demandais pourquoi mes oreilles sifflaient, souffla une voix doucereuse derrière elle.

Flitwick et Pomfrey sursautèrent. Le Maître de Potions s'était déplacé sans bruit jusqu'à eux. Hormis la fatigue lisible sur ses traits tirés, le jeune homme restait égal à lui-même, aussi impénétrable que la Muraille de Chine.

- J'ose espérer que votre remarque n'a pas blessé monsieur Melbourne, attaqua aussitôt le Directeur des Ravenclaw.

- Soyez sans crainte, il l'a admis de lui-même, contra son interlocuteur d'un ton sec.

Les deux enseignants se fixaient en chien de faïence, mais comme Pomfrey n'avait pas réagi aux propos qui venaient d'être prononcés, le professeur de Charmes se calma derechef, nul doute que dans le cas où sa charge aurait eu mal réagi, la femme ne se serait pas gênée de le lui communiquer, pas du tout intimidée par le Directeur des Slytherin. Elle se contenta de l'informer qu'elle gardait Melbourne à l'infirmerie quelques jours de plus, hors de question qu'il reprenne une vie qualifiée de normale dans l'immédiat. Ce dont il avait besoin, en plus d'un véritable repos, était de se remettre sur pieds psychologiquement parlant – à minima de manière suffisante pour qu'il assiste à nouveau à ses cours.

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A défaut d'une réelle coupure en demeurant à l'infirmerie, William avait supplié Pomfrey de prendre l'air, orbes azur des plus expressifs, dans le courant de l'après-midi.

- Juste un tour au préau, priait-il, pas plus loin promis, ajouta-t-il précipitamment.

L'infirmière soupira, les mains sur les hanches. Elle pouvait concevoir ce besoin-là, car il devait se sentir plus mal en restant entre ces quatre murs en subissant de plein fouet les conséquences de ses actes qu'en sortant un peu. Et puis, s'il était bien couvert, il n'y avait rien de mal à ce qu'il prenne l'air.

- Vous ne sortirez pas seul, ordonna-t-elle, déterminée.

Par contre, il n'eut pas le choix de qui serait son accompagnant, Snape arrivant une heure après la fin de sa journée, pensant au départ qu'il n'aurait eu qu'à veiller l'adolescent. Cependant, lorsqu'il fut mis au courant de l'envie de Melbourne à prendre l'air, il ne se retint pas de grogner et de claquer sa langue contre son palais, en gardant bien pour lui de marmonner un Gumbling Gargoyles. C'était déjà beaucoup chez lui de se comporter comme il venait de le faire, mais jouer les superviseurs de malade… Comment dire…?

- Vous dépassez la limite du préau et je vous dépèce, menaça-t-il mezzo voce, alors que tous les deux sortaient de l'infirmerie.

Il s'avérait que le jeune homme n'avait pas eu besoin de menacer William. Les mains dans les poches, l'adolescent s'appuya contre un des murets entre deux poutres qui se reliaient par des alcôves et ne bougeait plus. Il avait été sincère en disant qu'il voulait prendre l'air. Le vent d'hiver était en partie coupé à cet endroit du domaine, mais il circulait quand même, chuchotant dans les couloirs extérieurs accolés au château. Le Maître de Potions s'était adossé au mur de pierres face à lui, avait croisé ses bras et l'étudiait en silence. Le gosse n'avait pas meilleure mine, or contrairement aux longues heures d'inconscience, les traits de son visage n'étaient pas figés comme s'il était mort.

- Je suis désolé, marmonna William au bout d'un moment, la voix rauque, la tête baissée.

- Un peu tard, pour des excuses, non, répliqua l'enseignant, son ton dénué de reproche cependant.

L'adolescent renifla, mais s'essuya prestement les yeux, la gorge nouée. Oui, un peu tard pour des excuses. Il n'avait pas souhaité pour autant que l'homme face à lui le découvre ainsi. Enfin, à la base, il n'avait songé y survivre. A croire qu'il en avait été hors de question.

- Permettez-moi de vous poser une question, mais j'ai beau retourner la scène dans tous les sens, je ne parviens à trouver une raison valable de votre présence dans les escaliers, souffla le Directeur des Slytherins.

William redressa la tête et jeta un œil vers son enseignant avant de converger vers le mur un peu plus haut. Il tentait de se rappeler ce moment, assez difficilement et confusément. Il se replongea, non sans un frisson, dans ce souvenir et essaya de rétablir tous ses faits et gestes depuis qu'il avait quitté la salle de classe de potions. Puis, cela lui revint, et il fut pris d'un sursaut nerveux avant de se figer totalement, les orbes un peu écarquillés, blême – si tant était cela possible.

- Alors, interrogea Snape, ayant noté l'attitude du gosse.

William ouvrit la bouche cependant aucun son n'en sortit, alors il la referma.

- Vous allez trouver ça stupide, parvint-il à murmurer.

- Venant de vous, je n'en serais guère étonné.

Touché. Le Directeur des Slytherins s'admonesta intérieurement. Ce n'était pas le moment, pas encore, de l'enfoncer. Il n'avait pas plus envie que quiconque de pousser Melbourne à reproduire un tel acte. Néanmoins, l'Aiglon s'en accommoda – oh, pourquoi s'habituait-il à ses piques? - et finit par lui répondre, songeant qu'il méritait des éclaircissements.

- Je crois que… j'ai cru être… à la maison, et… j'entendais leurs voix, leurs… et j'ai vu… leurs masques…

Un tic joua avec les commissures des lèvres de Snape. Sans doute saturé par l'endorphine et autres sécrétions chimiques produites, son cerveau s'était replongé quatre ans en arrière. Seule une poignée de professeurs savait comment les parents de Melbourne étaient morts et de par son statut, le professeur de Potions en avait eu vent lui aussi. Deux fois. Par les Death Eaters et par Dumbledore quelques années plus tard, l'an dernier pour être précis lorsqu'il avait pris ses fonctions au sein de Hogwarts. Discussion houleuse d'ailleurs, pensait-il à nouveau sur ce soir-là.

- J'ai saisi qu'ils vous hantaient encore avec une certaine vivacité, concéda-t-il à prononcer, ce qui attira pour sûr l'attention de l'Aiglon. Après votre… geste… Nous avons demandé à un Elfe de récupérer tout objet nocif pour vous dans votre chambre, cela faisant partie du protocole en pareil cas, et allez savoir pourquoi, mais cet Elfe a été attiré par un grand truc sombre… Et j'ai pu voir ce que c'était. Etonnant que vous ayez su reproduire les arabesques sculptées sur leurs masques…

William crut qu'une chape de plomb venait de s'enfoncer dans son estomac, le déséquilibrant quelque peu. Ce dont Snape faisait mention était un dessin peint qu'il avait produit sur un papier format A2 sur lequel il avait esquissé trois Death Eaters entourés d'un brouillard sombre. Oh, en soi, il n'avait pas eu honte que quelqu'un ait eu découvert cela, et à bien considérer, il estimait qu'il était normal qu'une personne ait eu fouillé dans sa chambre pour retirer tout objet tranchant pour sa sécurité. Il n'en demeurait pas moins qu'un sentiment de violation de son intimité l'assaillait. De plus, que le professeur de Potions ait eu vu ces portraits de ses autres collègues… Eh bien, l'adolescent était à la fois confus, gêné et perturbé. Il n'osait vraiment plus le mirer et ne savait comment réagir.

Le silence s'instaura à nouveau entre eux deux, jusqu'à ce que l'air devienne plus froid à mesure que le soir prenait place et que Snape décide qu'il était plus prudent qu'ils rentrent pour ne pas prendre le risque de se faire tirer les oreilles par Pomfrey qui lui hurlerait bien d'avoir laissé son patient frôler une bronchite ou une pneumonie – il y avait de quoi, les doigts du gosse devenaient blancs, très blancs, même les ongles prenaient une teinte violacée.

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L'autre dérangement quant au repos isolé auquel l'infirmière avait songé au départ fut un ordre express émanant du Directeur en personne car il souhaitait discuter avec William. Contrairement à son désir de prendre l'air, cette fois-ci, l'Aiglon tentait d'amadouer la femme de le maintenir dans l'infirmerie, mais l'ordre ne pouvait être laissé de côté et ce fut à contre-coeur qu'elle l'envoya au bureau de Dumbledore. L'adolescent reconnaissait au fond la bonne idée du vénérable sorcier de le convoquer pendant que les étudiants avaient classe en majorité. Les couloirs étaient déserts. Personne ne viendrait l'importuner, et ce n'était pas plus mal, car William ne se sentait pas prêt à frayer avec d'autres jeunes, pas encore.

- J'ai rendez-vous avec le Directeur, souffla-t-il à la gargouille qui gardait l'escalier en colimaçon mobile.

La statue s'écarta pour lui laisser le chemin. A peine eut-il mis les deux pieds sur la première marche que le mécanisme magique s'ébranla et il monta. Arrivé au seuil de la porte, ce qu'il put ouïr lui indiqua qu'il y avait plusieurs personnes à l'intérieur et ceci le déprima. Il hésita un long moment, parce qu'il n'avait guère envie d'assister à une sorte de redite de l'autre rendez-vous qu'il avait eu quelques temps en arrière. A croire qu'il n'était pas assez doué pour éviter que ce genre de situation se reproduise. Au fond de lui, il se dit qu'il avait une chance quelque part qu'aucun adulte référent n'était tenu au courant de son dossier scolaire. Ses parents auraient été inquiets jusqu'à se faire du sang d'encre. La gorge sèche, le poids dans l'estomac, il finit par prendre son courage à deux mains et frappa contre le pan de la porte. Un «entrez» résonna de l'autre côté.

William faillit reculer d'un pas lorsqu'il vit en sus de Dumbledore les quatre Directeurs de Maison qui attendaient sa venue.

- Entre, William, l'invita à nouveau le vieil homme d'une voix douce, en lui indiquant un fauteuil en Chintz.

Toujours incapable de prononcer un mot, il obéit en silence, en évitant au mieux de croiser le regard d'un seul des adultes pendant son avancée jusqu'au dit fauteuil sur lequel il s'assit en s'enfonçant dedans. Se savoir observé avec attention le rendait mal à l'aise, et la culpabilité énorme qui le rongeait depuis son réveil atteignit un degré tel qu'il se crut étouffer en manquant d'air.

- Comment te sens-tu, demanda le Directeur avec sympathie, assis derrière son bureau, les mains croisées devant lui, tandis qu'une théière pleine vidait son contenu dans six tasses.

L'adolescent voulait répondre. Il avait levé la tête, mais des larmes lui brûlaient le coin de ses yeux et il préféra garder bouche close de peur de lâcher plutôt un sanglot que des mots. Il obliqua son regard sur les tasses avant de rebaisser la tête et de jouer avec ses doigts. Il entendit des froissements de robes s'approcher à sa droite et sentit bientôt une main se poser sur son bras un bref instant.

- Je suis si… content de vous voir debout et parmi nous, monsieur Melbourne, souffla le professeur de Charmes, avec une émotion marquée dans le timbre de sa voix.

William lui jeta un œil. Ses orbes azur brillaient de larmes contenues, ses lèvres tremblaient, son corps tout entier était pris dans des sanglots silencieux, son visage transcrivait la douleur qui l'animait. Et moi, je ne sais pas… pensa-t-il – si fort, tellement fort que tout le monde dans la pièce eut l'air de l'avoir entendu. Un long et épais silence les engloba sans exception. Seul Fawkes parvint à rompre ce dernier en poussant un glati mélodieux avant de battre des ailes pour se caler sur le giron du garçon et de poser sa tête contre son torse. L'Aiglon en fut tétanisé l'espace de quelques secondes avant d'oser caresser les magnifiques plumes rouge et or avec douceur et lenteur. Le phénix caqueta faiblement, de contentement. L'adolescent se reprit un peu en se concentrant sur l'oiseau, le meilleur qu'il avait pour surmonter l'immersion de ses émotions. Oh, c'était si bien, si reposant, si tranquille que d'être au contact des animaux. Cela lui manquait terriblement, songeait-il pendant qu'il lissait les plumes sur le cou de Fawkes qui gardait sa tête contre lui. Il regrettait presque d'avoir cessé de suivre les cours de Soins aux Créatures Magiques après l'obtention de ses OWLs. Une boule se noua dans sa gorge.

- Mrs Pomfrey m'a fait parvenir une note d'absence qui prendra fin ce dimanche, dit Dumbledore alors que les tasses lévitaient désormais, une pour chacun d'eux. Je pense, en effet, que ceci est raisonnable et te permettra de te reposer un peu avant de reprendre les cours, poursuivit-il en fixant l'adolescent au travers de ses lunettes en forme de demi-lunes.

- Pourrons-nous faire passer les devoirs par des camarades, demanda McGonagall d'un ton neutre. Connaissant votre inclinaison à étudier, monsieur Melbourne, j'ose espérer cependant que vous ne vous en voulez pas de manquer des classes, dit-elle cette fois-ci à l'Aiglon.

- Si vous pouvez être cléments de lui laisser un peu plus de temps pour les rendre, répondit le Directeur alors que l'Aiglon secouait la tête mais sans décocher un mot. Il ne faut pas le mettre sous pression. Le constat de Mrs Pomfrey est sans appel sur ce point.

- Et elle a raison, répliqua Sprout. Je vous trouve beaucoup trop stressé par rapport à la normale, alors qu'il n'y a pas besoin de vous mettre dans tous vos états. Vous avez un bon niveau en botanique et, je crois, dans toutes vos matières. Tranquillisez-vous, vraiment. Il n'y a pas lieu de vous inquiéter outre-mesure quant à vos aptitudes en classe. Vous suivez en cours et rendez des devoirs qui correspondent à nos attentes.

William n'osait toujours pas ouvrir la bouche, tout en se pinçant les lèvres pour s'empêcher de parler. Il entendait ce que lui communiquaient ses enseignants mais c'était comme s'il saisissait les choses de très loin, que ces mots ne l'atteignaient même pas et cela l'effrayait au plus haut point. Il réalisa de manière un peu trop virulente qu'il n'avait aucune prise sur ce qui le concernait, de près ou de loin, sur ce qu'il pouvait maîtriser et ce qu'il ne pouvait qu'endurer, d'où son silence.

- Monsieur Melbourne a plus la tête dans les étoiles qu'il ne suit en classe, mais je lui concède le fait qu'il parvient à suivre sur ce qui se passe, murmura Snape, qui n'avait toujours pas parlé jusque là. Il fait son travail en temps et en heure, et il ne rechigne pas à en faire plus ou à s'adapter à ce que je demande, lorsque j'estime qu'il doive en passer par là. Je vais même aller plus loin, et ce n'est pas un reproche, ajouta-t-il en aparté à l'élève d'un ton sec, il ne cille pas lorsque je lui assigne des retenues. Au lieu de se noyer dans l'abattement de la punition, il met à profit ces heures supplémentaires et travaille avec l'intensité et la concentration égales que ce qui est exigé en cours.

Les propos du Maître de Potions tombèrent à pic pour ses collègues, et surtout le Directeur des Ravenclaw, car il n'avait pas un retour exhaustif des retenues que distribuait le Corbeau. Ce qu'il avait énoncé en filigrane démontrait que ses punitions se cantonnaient à des appuis pédagogiques, ce qui était rassurant, dans le sens où sa réputation de faire récurer les chaudrons l'avait déjà dépassé et que, toute considération faite, Flitwick estimait nulles et non advenues.

- Qu'avez-vous fait lors de votre retenue pendant les vacances, interrogea McGonagall.

William coulissa un bref regard vers son professeur de Métamorphose avant de faire de même avec le professeur de Potions, puis se concentra à nouveau sur ses mains dont il tortillait toujours les doigts.

- J'ai fait mon devoir de potions que je devais rendre au tout début du semestre, répondit-il dans un murmure. Comme j'étais sur le point de le préparer dans la bibliothèque, cela ne m'a pas dérangé de le faire ailleurs, ajouta-t-il dans un haussement d'épaules.

- Cela ne semble pas le perturber outre-mesure d'être enfermé dans une salle des cachots, commenta le Corbeau, dont le visage était impénétrable. D'ailleurs, ses notes n'en sont pas affectées, donc il n'est pas difficile de déduire ce que j'affirme comme avéré.

L'adolescent osa esquisser une pensée, qui le troubla quelque peu, au fond ce n'était qu'une formulation sémantique, et libre de croire aux interprétations qui en découlaient ou non… Toujours était-il qu'à l'opposé de ses collègues qui s'adressaient plus ou moins directement à lui, Snape parlait de lui comme s'il était absent du bureau, à l'exception de son aparté. Ce dernier avait sûrement été prononcé pour ne pas se faire reprocher quoi que ce soit de qui que ce soit, sans doute parce que Pomfrey avait donné des consignes claires, telles que ménager son patient, alors qu'il ne se sentait pas particulièrement froissé par ce que pouvait bien lui communiquer son enseignant. Du moins, cette distance qu'il éprouvait depuis quelques minutes, et qui continuait de l'effrayer, ne le laissait en aucun cas être affecté par ses propos.

- Bien, reprit Dumbledore qui avait laissé ses subordonnés se mettre d'accord de manière unanime de donner un peu plus de délai à l'Aiglon pour rendre ses devoirs de cette semaine. Nous sommes tous enclins à te permettre de te reposer, William, ce qui inclut que tu n'es pas obligé de te joindre à nous à la Grande Salle lors des repas si tu ne te sens pas bien, ni à sortir dans le parc ou d'aller à la bibliothèque. Tu gères les choses à ton rythme. Pouvons-nous te faire confiance là-dessus, demanda-t-il enfin, les mains posées sous son menton et le fixant de son regard pénétrant.

- Je pense qu'il est nécessaire de rappeler que le règlement s'applique quand même lors de ces quelques jours de repos, se permit de commenter le Maître de Potions.

- Evidemment, siffla McGonagall. S'il venait à enfreindre une règle, il sera puni, ne vous inquiétez pas sur ce plan.

- Veuillez m'excuser, Minerva, de dire cela, mais comme il est enclin à omettre le couvre-feu, je me dois de…

- J'ai compris, merci, coupa court William, un peu trop sèchement, ce qu'il finit par se rendre compte alors que des rougeurs prenaient place sur ses joues. Beh, je ne crois pas qu'il soit spécifié quelque part dans le règlement interne que dans de tels cas de figure, de telles largesses existent, ajouta-t-il d'une voix penaude, craignant sans l'ombre d'un doute que le Corbeau lui reproche pour la énième fois son impertinence – la dernière fois lui ayant valu justement cette retenue pendant les congés d'hiver.

- Votre impertinence, Melbourne, gronda Snape, qui se cantonna à le fusiller du regard.

- Je crois que nous pouvons laisser monsieur Melbourne retourner à l'infirmerie désamorça le professeur de Charmes vivement, en coulissant un œil vers Dumbledore, lui demandant silencieusement s'il abondait en sons sens.

- Une dernière chose, dit ce dernier en levant la main. Je me demandais… William, est-ce que tu t'ennuies en cours?

Cette question jeta un froid dans la pièce et embarrassa au possible l'adolescent qui ne sut où regarder ou quoi faire – encore moins, quoi répondre. Bien entendu que la transparence et l'honnêteté lui étaient implicitement exigées ici, cependant la bienséance le muselait plus ou moins, notamment parce qu'il ne souhaitait pas froisser ses professeurs, en admettant qu'énoncer un ennui en classe questionnait la qualité des enseignements qui leur étaient proposés.

- Cela se lit sur votre visage par moments, indiqua McGonagall, sans l'once d'un quelconque reproche dans le ton sec de sa voix. Donc, je ne serais pas choquée de vous l'entendre confirmer cela.

L'Aiglon se redressa sur son fauteuil et s'humecta les lèvres. Comment formuler au mieux ce qu'il ressentait avec les bons mots? N'y parvenant pas, il se contenta de hocher de la tête – dans un premier temps. Notant qu'il était toujours le sujet d'attention du Directeur et de ses enseignants, il se sentit obligé d'oraliser pour de bon ce qu'il gardait en lui ordinairement.

- Ce n'est pas une question que vos cours en eux-mêmes soient ennuyeux… J'ai toujours éprouvé cela… Enfin, du plus que je me souvienne. Je tournais déjà en rond à l'école primaire. Pas assez vite, pas assez… stimulant, si on peut dire ça comme ça… Je ne sais pas, je ne sais pas comment expliquer en fait… Il y a des moments où je trouve qu'on est trop scolaire, ou académique…. Et que… ben, ce n'est pas suffisant pour moi…

- Un besoin de réfléchir pour de vrai, en quelque sorte, comme les chercheurs doivent faire dans le cadre de leurs expériences, supputa Snape, ce qui surprit les autres adultes.

- … Peut-être, balaya William avec un haussement d'épaules. Mettons, par exemple, depuis petit je m'intéresse de très près à la Reine Victoria… Je lis tous les livres possibles là-dessus, mais… Ben, ce n'est pas assez j'ai besoin de réfléchir, oui comme vous dites… Alors je commence à me poser des questions, pourquoi par exemple les différentes Reform Acts n'ont pas vraiment fonctionné à l'époque… Et du coup, je me suis penché sur les mentalités, sur les croyances, sur ce qui était possible légalement parlant, sur le fait non négligeable que c'était encore une société très conservatrice et…

Il s'interrompit d'un coup lorsqu'il se rendit compte qu'il venait de larguer ses professeurs qui, même s'ils s'intéressaient à ce qu'il racontait, ne parvenaient vraiment à suivre.

- Et toutes ces interrogations et les pistes de réflexion qui s'ensuivent, vous les retranscrivez, n'est-ce pas, poursuivit le Corbeau.

- C'est pour ça que je me balade toujours avec mes carnets de notes. Il m'arrive de trouver l'inspiration à des moments des plus improbables…

- Oui, comme en plein milieu d'une préparation de potions, se moqua le Directeur des Slytherins, les bras croisés, les lèvres pincées, mais son regard n'était pas lourd de reproches.

- Cela doit être le langage des fleurs et plantes que nous utilisons… Vous savez qu'il y a un dictionnaire de leur langage, victorien, j'entends par là… et paf, je repense à mes questions et je peux avancer dans mes réflexions rien qu'en fixant une asphodel par exemple, expliqua l'adolescent sur un ton loin d'être embarrassé, tant il se sentait à l'aise cette fois-ci, peut-être le plus à l'aise possible que ses enseignants pouvaient être témoins.

- Au risque de vous déplaire, vous n'en êtes pas encore à ce niveau d'études, murmura Snape.

- Oh, ça viendra, parce que je compte passer mon bac l'an prochain, lui répondit William.

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