Bonjour à tous,
Voici mon nouveau chapitre.
Dernier moment calme pour Roxanne. L'humour reste présent dans ce chapitre, mais dans le prochain se sera fini.
Bonne lecture.
Merci à Haneshiro pour sa review.
Ainsi entourée des sept fils de Fëanor, Roxanne se sentait oppressée et abasourdie par leur déclaration. Fidèle à elle-même, elle leur répondit :
- Euh… j'ai accepté de croire en vos histoires, mais les gars… arrêter de me raconter des conneries.
Maedhros se prit le visage dans la main.
- Je ne sais pas duquel d'entre nous elle tient le plus, mais c'est une vraie tête de mule.
S'en suivit une discussion entre les frères.
Roxanne se trouvait toujours au centre du cercle que les sept avaient formé autour d'elle. Faisant comme si elle n'était pas vraiment là, ils la scrutèrent, la détaillèrent, pour constater à quel point le sang des héritiers de Fëanor était resté puissant, malgré les millénaires passés.
- Même si elle n'a pas ta taille, Maedhros, on pourrait également l'appeler Russandol. Tu ne peux pas dire le contraire, dit Maglor.
- Oui c'est vrai, affirma Maedhros. Mais ce sont tes yeux que je vois lorsque je la regarde.
- Je confirme, intervint Amrod, l'un des jumeaux. Elle a le même regard glacé que toi, Maglor.
- Moi, je trouve qu'elle s'emporte aussi facilement que Caranthir, continua Amras.
Chacun y allait de son commentaire, en faisant des liens entre le physique et le caractère de Roxanne, et les leurs.
Ça commençait franchement à gonfler la jeune femme de les entendre parler d'elle de cette façon. Mais elle piqua un phare quand elle réalisa qu'ils s'étaient tus et qu'ils la reluquaient carrément.
- Elle n'a pas le physique de nos canons de beauté, mais je trouve que c'est beaucoup plus attrayant, murmura Celegorm, mais Roxanne l'avait entendu.
Elle s'était lentement retournée vers le blond. Mais tout en effectuant son mouvement, elle eut la surprise de constater qu'ils avaient tous, plus ou moins, les yeux mi-clos, ce qui témoignait du fonctionnement de leur imagination.
- Dommage qu'elle soit si petite, acheva Curufin.
- STOP ! intervint l'archéologue, qui avait les cheveux qui s'hérissaient, tellement elle était furax. Non, mais vous êtes aussi pervers que moi ! Je vous rappelle que je suis censée être de votre sang et que vos idées incestueuses sont immorales !
- De quoi elle parle ? demanda Amras surpris par sa réaction.
- Je crois, qu'elle s'imagine que l'on pensait à la même que ce à quoi elle a pensé de nous, tout à l'heure, expliqua Maedhros.
- Ooh, répondit le plus jeune.
- Sache jeune fille, que notre race n'est pas aussi libérée que ne l'est la tienne, et que loin de nous ces idées que tu soupçonnes, rétorqua Maglor toujours aussi sérieux.
Elle se calma confuse.
- Mais à quoi vous pensiez ? Et puis c'est quoi cette histoire de race ?
- Même si nous sommes tous des guerriers, nos parents étaient des artistes et, enfin je parle pour moi, lorsque j'ai quelque chose de beau sous les yeux, je trouve que ça serait dommage de ne pas le contempler, expliqua Curufin. Vous êtes d'accord avec moi ? demanda-t-il à ses frères.
Tous acquiescèrent promptement.
- Comme tout le monde le faisait pour toi, mon frère, continua-t-il en s'adressant à Maedhros.
- Enfin, ça s'était avant, dit l'ainé en fixant sa main droite, ou plutôt l'endroit où elle devrait être.
Roxanne écarquilla des yeux, lorsqu'elle remarqua l'absence de sa main droite. Autant elle avait la colère facile, qu'elle compatissait tout aussi rapidement. Alors elle s'approcha de lui et prit délicatement son moignon entre ses mains.
Maedhros la regarda faire avec des yeux ronds. Lorsqu'il était encore vivant, jamais personne n'avait fait un tel geste à son encontre. Lui qui était le plus bel elfe de tous les temps, il était devenu qu'un pâle reflet de lui-même, après son séjour forcé sur le Thangorodrim. Il avait subi les pires tourments qu'un elfe pouvait supporter. Son esprit avait plus ou moins réussi à digérer cela, mais son corps revêtait encore les stigmates de ses trente années de tortures. A Valinor, il avait été adulé et admiré par tous. Sa mère, Nerdanel, lui avait donné le nom de Maitimo - le bien formé - à cause de son charme et de son attrait. Mais après le maudit serment que leur père, Fëanor, leur avait fait jurer, ses actes ont joué en sa défaveur. Et depuis que son cousin Fingon, l'a libéré du Thangorodrim, une main en moins, son corps jadis si parfait, n'était plus qu'une succession de cicatrices.
Il ne pouvait dire pourquoi il la laissa faire. C'était à la fois gênant et agréable. Il avait toujours considéré sa mutilation comme une raison de son déshonneur et comme une honte, alors pour lui, il était inimaginable que quelqu'un veuille caresser son bras lésé. Qui voudrait toucher un corps aussi abîmé que le sien ? Pourtant il n'avait lu aucun dégout dans son regard. Elle était venue à lui de façon tellement naturelle, sans en être forcé… comme une mère. Maedhros fut profondément touché par son geste.
- Je ne te demanderai pas de me raconter ce qu'il t'ait arrivé, lui dit-elle en le regardant pleine d'empathie. Car je sens ton cœur lourd de tourment. Mais si je peux t'aider à retrouver un soupçon de réconfort, alors je le ferai.
Maedhros avait du mal à croire que la jeune femme qui venait de parler, était la même que celle qui jouait les fortes têtes, l'instant d'avance.
- Je ne te demanderai pas de me venger, lui répondit-il, car cela n'apporterait rien de bon. Je dois t'avouer que j'ai de la peine de savoir que c'est sur tes épaules, que nous allons déposer notre salut. Si c'était possible, nous aurions choisi quelqu'un d'autre. Mais la magie contenue dans la gemme, ne nous le permet pas. Tu es la première à pouvoir la toucher sans être bruler. Même celui qui l'a fabriqué, un de tes ancêtres également, a souffert le martyre. Les Silmarils nous poursuivront malgré nous, tout au long des âges.
Il finit sa phrase en posant son unique main sur celles de Roxanne. Elle avait levé haut sa tête pour pouvoir le regarder dans les yeux et il y vit un mélange de compassion et d'animosité, qui se mua en de l'incompréhension.
- Je ne comprends pas tout ce que tu me dis, mais je te crois maintenant, lui dit-elle sérieusement. Plus ou moins…
En entendant ses derniers mots, il ne put retenir un petit rire. Elle était tellement différente d'eux, et en même temps elle leur ressemblait tant. Elle était comme un livre ouvert, dans lequel chaque émotion était lisible, passant de l'une à l'autre, sans aucune suite logique et sans chercher à les dissimuler. Les elfes n'avaient pas cette capacité, à faire partager à tout va les sentiments qui les habitaient. Et un tel torrent en était presque déconcertant.
- Que dois-je faire alors? demanda Roxanne en lâchant le bras de Maedhros pour revenir au centre du cercle.
- Tu vas rejoindre ton corps, qui t'attends à l'époque que l'on appelle le Troisième Age, expliqua Maglor.
- Le Troisième Age de quoi ?
- D'Arda, mais tu auras l'occasion d'apprendre cela plus tard. Là n'est pas la priorité. Tu vas devoir rencontrer des personnes et des peuples que nos actes ont malmenées et leur apporter toute l'aide nécessaire pour espérer recevoir leur pardon.
- Mais pourquoi à cette époque ?
- C'est à ce moment qu'aura lieu la dernière grande guerre de la Terre du Milieu.
- La Terre du Milieu ? Mais je croyais que j'allais à Arda, questionna Roxanne qui se sentait perdue dans toutes ces explications et ces noms inconnus.
- C'est une région d'Arda, répondit Maglor excédé par les incessantes questions de la jeune femme. Nous ne pouvons pas savoir comment va se dérouler ton voyage et tu devras te débrouiller seule. Mais….
- QUOI ? Toute seule ? le coupa-t-elle encore une fois. Vous ne serez pas avec moi ? dit-elle paniquée.
- Non, à cette époque nous sommes déjà morts depuis plusieurs millénaires, tenta de la rassurer Curufin en venant au centre du cercle près d'elle. Mais nous allons te donner notre force et notre courage. C'est la seule chose que nous pouvons faire.
- Curufin dit vrai, continua Maedhros. Ta race est bien trop faible pour endurer les épreuves que tu devras affronter. Et en plus, je doute qu'une vie humaine suffise pour que tu y arrives.
Roxanne tiqua encore à l'allusion sur les différentes races, ce qu'ils remarquèrent.
Ils lui expliquèrent alors qu'au fil des siècles, la race des hommes avait fini par prendre le dessus sur toutes les autres, soit en se mélangeant avec, soit en les laissant dépérir. Mais que certains avaient également quitté la Terre du Milieu pour une autre contrée secrète.
C'est alors que Roxanne remarqua leurs étranges oreilles pointues à travers leurs longs cheveux, et faillit tourner de l'œil.
- Ta constitution humaine ne sera absolument pas adaptée. Nous ne pouvions pas savoir que nos descendants seraient aussi faibles, enchaîna Caranthir toujours aussi peu aimable.
Cette insinuation sur sa faiblesse énerva Roxanne et lui lança un regard aussi noir que le sien.
- Dans tes veines humaines coule une infime part de sang elfique, et par chance notre lignée est puissante. Alors il a été possible de te léguer une partie de nos caractéristiques, continua Maedhros.
Inconsciemment Roxanne porta ses mains à ses oreilles, pour vérifier si elles avaient changé de forme.
- Mais non, s'exclama le roux en la voyant faire. Tu garderas ton corps à l'identique. Tu seras juste plus endurante, plus agile et tes sens seront plus développés. C'est tout.
- Tu oublies une chose importante mon frère, intervint Celegorm.
- Oui, bien sûr. Tu hérites également de notre immortalité.
En voyant le visage de Roxanne se déconfire, Maedhros compris que c'était trop d'information pour elle et qu'elle recommençait à ne plus les croire. Le meilleur moyen était donc de cesser la discussion et lui faire rejoindre son corps.
- Je pense qu'il est temps pour toi de commencer ta nouvelle vie, déclara-t-il pour clore l'entretien.
- Non ! Attendez ! J'ai plein de question encore, commença à paniquer Roxanne.
- Tu auras tes réponses directement sur place.
- Oui mais… Combien de temps ça va durer ? C'est que j'ai un travail moi ici. Et puis j'ai ma famille, répliqua-t-elle.
Mais personne ne lui répondit. Ils avaient tous le visage fermé. Elle sentit une boule se former dans le creux de son estomac.
- Répondez-moi !
- Tu ne reviendras pas. C'est un voyage à sens unique. J'en suis navré, lui expliqua Maedhros l'air grave et visiblement peiné par son annonce.
Elle ne répondit rien à son tour. Au fond d'elle, elle espérait encore que ce soit un mauvais tour de son esprit, et elle essayait de s'y raccrocher. Car si c'était vrai, qu'allait-il advenir d'elle ?
Qu'allait être sa vie ?
Elle avait réellement peur désormais.
- Tu as raison d'avoir peur, reprit l'ainé. Et garde ce sentiment toujours présent. Ne va pas à l'avant de danger plus grand que toi. Trop nombreux ont été ceux qui sont tombés de cette façon, dit-il en repensant à certaines de ses connaissances, dont son père et son cousin.
- Ça ne me rassure pas du tout, ce que tu me dis, dit-elle chagrinée.
- Je sais, mais te cacher la vérité ne t'aiderait pas. Mais sache que nous serons à tes côtés, même si tu ne nous vois pas. Et lorsque tu auras accompli ta tâche, alors tu nous rejoindras... définitivement.
La dernière phrase de l'elfe sous-entendait un destin funeste et elle saisit l'insinuation. Alors la tête baissée, les poings serrés retenant ses tremblements d'appréhension, elle osa poser une dernière question avant son départ.
- J'aimerai savoir pourquoi je dois endurer cela ? Qu'avez-vous fait pour mériter un tel déshonneur ?
Maedhros s'approcha une dernière fois d'elle, et posa un genou à terre. Ainsi à sa hauteur, il posa sa main gauche sur l'épaule de son héritière.
- Tu as le droit de savoir, en effet. Excuse nous par avance pour ce que tu vas découvrir, déclara-t-il en cachant peu sa honte.
Puis il mit sa main sur le front de Roxanne et tout en la descendant lentement, lui couvrant les yeux au passage pour les lui fermer, il lui expliqua :
- Nous allons te transférer nos souvenirs pendant que ton esprit rejoindra ton corps.
Roxanne sentit son être se faire plus pesant, laissant s'envoler l'impression de légèreté qui l'habitait. La voix de Maedhros se fit plus lointaine, moins distincte.
- Sur place, tu devras te débrouiller seule pour survivre. Cette époque est hostile et dangereuse. N'accorde ta confiance qu'après mûre réflexion. Et surtout, surtout, ne perds pas la pierre, sinon notre serment te poursuivra également. Nous nous reverrons…
L'obscurité et le silence prirent place. Les recommandations de Maedhros résonnèrent un long moment dans sa tête. Roxanne avait une impression de flottement oppressant, entourée d'un chaos asphyxiant. Ce n'était pas son corps qui souffrait, mais son âme toute entière.
Puis des images commencèrent à apparaitre. Étincelantes, avec des paysages verdoyants, respirant la sérénité et le bonheur. Toute cette lumière rayonnant à perte de vue, émanait de deux immenses arbres éclatants. Parmi les visages inconnus, ceux de ses ainés, beaux, clairs et paisibles, ainsi qu'un faciès récurrent. Un personnage austère et empli d'arrogance.
Ensuite, les choses s'accélèrent.
La nuit, la peur, le vol.
Des meurtres, la guerre, des actes abominables perpétraient au nom d'un serment.
La mort.
Roxanne ne s'aperçut pas de suite qu'elle avait récupéré son corps. Son esprit était encore sous le choc des images d'une violence qui lui était jusqu'alors inconnue. Les yeux grand ouverts, mais ne voyant rien d'autre que les mémoires transmises par ses ascendants, elle avait l'effroyable sensation que c'était sa propre main qui tenait l'épée et tranchait, lacérait, décapitait à tout va.
Lorsque cela cessa, elle ne put empêcher son estomac de se vider. Tremblante de terreur, d'affolement et de froid, elle se recroquevilla sur elle-même.
Plusieurs heures, lui furent nécessaire pour qu'elle intuite et prenne conscience de ce qu'il l'entoure.
« Finalement, ils avaient raison » pensa Roxanne terrifiée.
Alors?
une review?
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