REVIEWS :
Voila ENFIN le chapitre 3 (bizarement, j'ai encore moins le temps d'écrire pendant les vacances qu'en temps normal ! _). J'espère que vous ne serez pas déçu et que ce chapitre n'est pas trop "neuneuh" (comprendre "fleur bleue, mièvre, boring"! lol)... Vous l'aurez surement remarqué : les dialogues sont loin d'être mon fort, j'espère que ça reste lisible malgré tout... Allez, bonne lecture à tous et à bientôt pour une chapitre 4 (enfin, j'espère ! lol).
PS : Un ENORME merci à ceux qui ont prit - ou vont prendre - le temps de me laisser leurs impressions. C'est vraiment motivant ! ^_^
CHAPITRE 3
Le lendemain matin, ce fut un éclat de soleil dérangeant qui réveilla Milady Et, c'est seulement lorsqu'elle tenta d'ouvrir les yeux, et que la douleur de sa paupière tuméfiée la vrilla, que les éléments de la veille lui revinrent en mémoire : La résistance de Bailleul, sa chute par la fenêtre de l'auberge, Athos prenant soin d'elle et… le reste ! Elle avait passé la nuit dans les bras d'Athos, comme en témoignait la respiration paisible qui chantait contre sa tempe.
S'efforçant de contenir la bouffée de bonheur qui venait d'envahir soudain son cœur, elle se redressa doucement sur un coude pour contempler l'homme étendu à ses côtés. Il était le même homme que la veille, le même que celui qu'elle avait tant rêvé d'anéantir. Sauf qu'à présent, elle réalisait que ce désir venait peut-être du fait qu'elle n'avait jamais cru pouvoir, un jour, connaitre à nouveau l'un de ces réveils, où elle sentait la chaleur de son corps contre sa peau et voyait son torse se soulever avec une quiétude contagieuse. Il avait fallu qu'elle se résigne à cette solitude, cette vie sans Oliver. Alors, elle avait déformé ses sentiments, au point de transformer son amour en haine, son désir de le choyer en celui de le tuer.
Mais, la nuit dernière, Athos l'avait aimé comme si les 6 dernières années n'avaient été qu'un cauchemar, comme si la mort de Thomas et sa propre condamnation n'était rien été de plus qu'une sombre angoisse, et le mépris d'Athos une peur irraisonnée. Elle laissa un doigt délicat parcourir son haut front et ses lèvres fines. « Non, je ne rêve pas ! » Réalisa-t-elle tandis qu'une vague de tendresse lui emplissait le cœur aussi soudainement que douloureusement. « Non ! S'intima-t-elle en se redressant brusquement. Je ne peux pas me laisser aller à rêver, le retour à la réalité s'en sera que plus douloureuse ! ». Car s'il y avait une chose dont Milady était certaine, c'est que jamais Athos ne lui pardonnerait la mort de son cadet. « A la seconde où il va se réveiller, il va réaliser qu'il a fait une erreur et… C'en sera finit de moi ! » Songea la jeune femme en haïssant déjà son compagnon pour la souffrance qu'il allait inévitablement lui infliger. Car, qu'il la repousse ou qu'il la jette en pâture au bureau de Louis XIII, Milady avait l'impression qu'elle ne verrait pas la différence de toutes façons ! Dans les 2 cas, il l'abandonnerait encore, choisirait son devoir plutôt qu'elle et elle resterait là, humiliée et le corps entier vrillé par une douleur si intense qu'elle la laisserait incapable de penser, incapable de réagir, incapable de… vivre…
Bouillonnante de colère (Surtout envers elle-même ! Dut-elle reconnaitre), elle s'apprêtait à quitter leurs couches lorsque la main d'Athos vint s'emparer doucement de son bras, la faisant sursauter.
- Tu t'enfuis ? S'enquit-il d'une voix encore endormie, mais non dénuée de tendresse, tandis que ses paupières papillonnaient, révélant des yeux recouvert des brumes du sommeil.
- Oui. Admit-elle brusquement, partagée entre sa colère bouillonnante et la bouffée d'affection qui la submergeait soudain.
« Je ne peux pas me permettre autre chose que la colère ! » Se répéta-t-elle.
- Pourquoi ? S'étonna Athos en se redressant à son tour, ranimé par la froideur de sa compagne.
- Je préfère fuir…
- Que ?
- Que de me voir jeter comme une malpropre !
Milady dégagea son bras de la main d'Athos et quitta le lit prestement. Ce dernier posa sur elle un regard étonné tandis qu'elle enfilait un vêtement.
- Tu crois vraiment que je serais capable de ça… après cette nuit ? Interrogea-t-il offusqué.
Il quitta le lit à son tour et enfila son pantalon.
- Je n'en sais rien Oliver… Athos… peu importe ! S'écria Milady en le foudroyant du regard. Tu m'as bien condamné à mort après des années de mariage alors qu'est-ce qu'une seule nuit pourrait bien changé ?
La culpabilité fit à nouveau s'effondrer les traits du mousquetaire. Il se laissa retomber sur le lit. « Tout ! » Aurait-il voulu avouer en songeant que la nuit dernière, il avait fait l'amour à toute la femme qu'elle était, et pas seulement à celle qu'il avait voulu voir. Mais pour la 10000ème fois depuis sa mort, le beau visage de son cadet revint le hanter. « Tu as tué Thomas ! » Rappela-t-il dans un murmure, plus pour lui-même que pour sa compagne.
- Oui je l'ai tué. Admit amèrement Milady. Et si, à l'époque, tu avais pris la peine d'écouter ce que j'avais à dire pour ma défense, au lieu d'écouter les précieux magistrats qui t'indiquaient ton devoir, tu saurais pourquoi !
- Je sais pourquoi. Se reprit Athos. Thomas avait découvert qui tu étais…
Milady se vit transporter en arrière, 6 ans en arrière, alors que – tout à sa peine – Oliver avait préféré se laisser absorber par sa douleur plutôt que de la croire. La scène se répétait.
- Qui j'étais ? Tu savais qui j'étais ! La seule chose qu'avait découverte ton frère chéri c'était mon passé, rien de plus ! Je n'étais plus cette courtisane, cette voleuse. J'avais changé. Tu m'avais changé. Mais ça, tu n'as jamais voulu le croire. croire en moi. En Nous. Tu as préféré le croire lui !
- Tu l'as assassiné ! Hurla soudain Athos en bondissant. Qu'est-ce qui aurais pu justifier ça ?!
La colère de la jeune femme retomba comme une flamme que l'on souffle et un rire amer s'échappa de ses lèvres.
- Rien, je suppose ! Souffla-t-elle. Tu as raison. Revenons-en au statu quo, c'est plus simple ! Tu me hais, je te hais et le monde continue de tourner tel quel !
Elle s'empara de son manteau et s'apprêtait à quitter la chambre, furieuse, lorsqu'Athos lui barra soudain le passage. « Ainsi donc, il allait la livrer au bourreau ! » Pensa-t-elle, presque amusé en songeant qu'elle ne pouvait pas dire qu'il ne l'avait pas prévenu.
Mais au lieu de la violence à laquelle elle s'attendait, Athos ne laissa échapper qu'un murmure.
- Non ! Souffla-t-il, étourdi de toutes évidences.
Stupéfaite, Milady leva les yeux vers lui et le trouva aussi désemparé que 6 ans auparavant. Il posa une main tremblante sur la joue de la jeune femme.
- Je t'écoute. Expliques moi ! Souffla-t-il, presque comme une supplique. Je t'en prie !
Abasourdie, la jeune femme recula, comme frappée en plein cœur. « Ce moment, cet instant, j'en ai rêvé pendant des années ! » Réalisa-t-elle. Et à présent, qu'il se présentait, elle était terrifiée. « Et si Athos la condamnait malgré tout, une fois la vérité connue ?! S'il la rejetait encore, aurait-elle la force de survivre ?!»
Elle se laissa retomber sur le lit, voutée. « Pourquoi pas après tous ? » Songea-t-elle amèrement. Il est temps de mettre un point final à cette histoire. « Les regrets me tuent… et pas seulement au sens figuré si je ne parviens pas à convaincre Athos ! » Réalisa-t-elle dans un cocktail d'humour et de cynisme.
Epaules basses, l'air aussi épuisé qu'elle, le mousquetaire s'assit à ses côtés et pendant un instant, aucun mot ne fut prononcé. Les pensées des 2 amants étaient revenues au Domaine de la Fère, au quotidien paisible qu'ils avaient partagé, bercé par la certitude qu'ils étaient tout l'un pour l'autre, que rien ne pouvait donc les atteindre. Puis Milady revit le jour où Thomas, frère cadet du Conte de la Fère, était revenu de son école militaire, jeune, beau, fier… Le jeune homme l'avait inquiété dès les premiers instants. Il était trop désireux de plaire et trop certain d'y parvenir. Les paysans, les domestiques, les nobles alentours, tous ne juraient que par le charme du cadet des De La Fère. Elle se souvint qu'Athos avait doucement sourit le jour où ils avaient évoqué les impressions de la jeune femme, trop habitué qu'il l'était à ce que son frère soit le favoris de son entourage. « Mais que m'importe-t-il aujourd'hui que le monde entier le préfère ?! Avait-il sourit. Puisque moi, je t'ai toi ! ». Et Milady avait souri. Et elle avait oublié ses craintes. Elle s'était noyée dans le bonheur qu'elle partageait avec Athos.
Jusqu'à ce matin de juin où Thomas l'avait rejointe dans le champ de myosotis, où elle passait ses matinées lorsqu'Athos visitait ses gens. Elle aimait s'isoler dans ce champs coloré et baigné de soleil, si loin de la misère et des rues sombres de Paris qu'elle avait connu avant ça. Thomas, comme toute la domesticité, le savait pertinemment, aussi ne le vit-elle arriver qu'avec agacement et méfiance.
« Peut-être est-ce que j'aurais dû prétendre le trouver plus charmant qu'en réalité ! » souffla-t-elle tandis qu'elle narrait son histoire au mousquetaire. Peut-être qu'alors sa vanité n'aurait pas été blessée et sa court moins assidue… »
- Sa court ? S'étonna Athos.
Milady lui adressa un sourire triste.
- Je ne voulais pas que la vérité te blesse à l'époque. Expliqua-t-elle.
- Mais… Thomas se montrait entreprenant avec toi ? Bafouilla son époux, lutant visiblement pour croire à ce récit.
La jeune femme eu un sourire amer.
- Au début, c'était discret. Il cherchait juste mon approbation sur tous les sujets, croisait mon chemin « par hasard », recherchait ma compagnie… J'aurais pu croire à une certaine naïveté de sa part si je n'avais pas déjà croisé quantité d'homme dans son genre… avant.
- Et ? Se força à demander Athos.
- Et, il a commencé à tenter de m'enlacer, de m'embrasser lorsque nous étions seuls. Il se prétendait fou amoureux de moi et parlais de nous enfuir loin de toi…
Athos se leva brusquement, furieux. « Non, jamais ! Jamais Thomas ne lui aurait fait ça ! ». Après la mort de leurs parents, Thomas était resté sa seule famille, Athos l'avait élevé, choyé, protégé. « Jamais son cadet ne l'aurait trahit ainsi ».
Restée assise, Milady n'esquissa pas un geste. Elle avait trop souvent imaginé cette scène pour espérer qu'Athos la croit instantanément… Et, peu à peu, elle vit la vérité s'imposer au mousquetaire. Il connaissait Thomas, mieux que personne. Il savait que son cadet était habitué aux égards et aux compliments. Il était séduisant et le savait. Il était charmant et en usait quotidiennement. Mais Athos avait aussi su que son frère était égoïste et d'un tempérament colérique. Il avait simplement refusé de l'admettre à l'époque…
Le mousquetaire se laissa retomber sur le lit. Etourdi et blessé, il dissimula son visage d'un bras. « Bien sûr que Thomas avait tenté de séduire Anne. Comment aurait-il pu supporter qu'une femme aussi belle et fascinante me préfère à lui ? Moi le laid, le sérieux, le raisonnable… ?! »
- Navrée ! Ne put s'empêcher de souffler Milady.
Elle avait beau luter, la détresse d'Athos la vrillait aussi surement - plus surement même - que si elle avait été sienne.
Toujours dissimulé sous son bras, il reprit :
- Et ensuite ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Tu sais ce qui s'est passé. Souffla Milady, refusant d'ajouter à la peine de son compagnon par un récit détaillé de l'attaque de son cadet.
- Dis le moi ! Insista-t-il en se révélant, plongeant un regard volontaire dans les yeux émeraude de sa compagne.
- Tu venais de partir visiter les gens du village… Reprit-elle alors en détournant les yeux, incapable d'être le témoin de sa souffrance. C'était un soir, je me souviens que tu avais parlé d'une rixe entre 2 commerçants sur la place du bourg. Je m'étais isolée dans la serre quand il est apparu, à moitié ivre. Furieux, je ne sais pas pourquoi. Il a essayé de m'enlacer, menaçant de te révéler ce qu'il avait appris de moi si je me refusais à lui… ça n'était pas la première fois qu'il brandissait cet ultimatum, mais… Ce soir-là, j'étais moins disposée à me montrer conciliante, à le calmer – je ne sais pas pourquoi en particulier. Alors je lui ai dit de le faire, que j'avais foie en toi, que tu comprendrais…
Malgré elle, Milady laissa échapper un sourire amer en songeant à sa naïveté de l'époque. Athos détourna les yeux vivement, la culpabilité le poignardant à nouveau.
- Ça l'a mis dans une rage folle ! Reprit la jeune femme.
« C'était si étrange de raconter tout ça » Réalisa-t-elle, presque avec étonnement, tandis qu'elle poursuivait son récit. C'était comme d'ouvrir quelque chose au tréfonds de sa poitrine, une porte lourde et ancienne, qu'elle avait résolument refusé de déverrouiller dès les premiers instants, de peur de se laisser submerger par la souffrance qui s'en échapperait. Et, à présent que les mots franchissaient ses lèvres, qu'elle voyait la réalité s'imposer à Athos, qu'elle percevait – au-delà de la surprise - la compassion et la tendresse de ce dernier à son égard, ses émotions la submergèrent. A la fin de son récit, un torrent de larmes noyait ses yeux et ravageait ses traits. Et elle eut beau se mordre les joues, serrer les dents, rien n'y fit : Cette déception, cette peine, qui aurait dû lui broyer le cœur 6 ans plus tôt, la submergèrent finalement. Suffoquante, en larmes, elle préféra détourner le visage.
Abasourdi, Athos voyait la jeune femme comme jamais elle ne s'était autorisée à lui apparaitre, même du temps de leur mariage. Et la souffrance, ce qu'elle avait enduré par sa faute, le déchirait…
Il passa un bras autour des épaules de Milady et l'attira contre lui, la serra contre lui comme s'il avait pu, par sa force, lui faire oublier ses épreuves d'antan. Et, stupéfait, il la vit se lover contre lui et noyer ses sanglots contre sa chemise, comme si ce n'était pas lui qui était responsable de tout ce qu'elle avait traversé, comme si elle lui pardonnait de l'avoir abandonner, de l'avoir trahit, de l'avoir condamnée…
- Je t'aime Anne. S'entendit-il souffler… Je n'ai jamais cessé de t'aimer…
Et, aux sanglots de la jeune femme, se mêla un sourire resplendissant.
