Chapitre 2 : 12 ans.

Après leur aventure à la plage, les deux garçons étaient rentrés chez eux le cœur beaucoup plus léger. Même les diverses disputes de leurs parents quant aux événements de la soirée ne leur avait pas ruiné le moral, puisque la seule chose dont ils se souciaient pour le moment c'était de savoir comment rester en contact pendant l'année scolaire. Wren disait qu'ils pourraient parler par poudres de cheminette ou par hibou parce que ses parents lui avaient annoncé qu'il irait en pension avec une fausse lettre de Dumbledore, mais même si les garçons auraient bien aimé que cela soit vrai, ils savaient très bien que ce n'était pas une option. Ils allaient être obligé de s'écrire des lettres normales et de les envoyer normalement par la poste comme tout le monde, ce qui les ennuyait énormément. Ils s'étaient donc quittés sur la promesse de s'écrire souvent pour se raconter tout ce que l'autre manquait, ce qui avait beaucoup fait rire leurs mères d'ailleurs. « Vous êtes pires que des gamines de 15 ans qui ne peuvent pas rester l'une sans l'autre. » Ils avaient haussé les épaules en riant, ils s'en foutaient un peu.

Cependant, les jours avaient passés, les semaines aussi, et ils avaient du se rendre à l'évidence, ce n'était manifestement pas le bon moyen de communication. Alors qu'Ezra s'appliquait à écrire de longues lettres, bien détaillées, sur ses journées de cours, sur les amis qu'il n'avait pas parce qu'il était trop timide pour aller leur parler, des filles qui le collaient partout parce qu'il était « trop mignon », Wren de son côté répondait à peine par une dizaine de lignes, vingt s'il s'appliquait, griffonnées à la va-vite sur une feuille de brouillon. Il lui racontait à quel point la pension c'était génial et à quel point tous ses amis étaient merveilleux et à quel point il s'amusait là-bas. Évidemment, Ezra avait un peu de mal à accepter que tout se déroule aussi bien pour Wren. Et il avait surtout du mal à comprendre pourquoi Wren ne prenait pas le temps de lui écrire des lettres aussi longues que les siennes. Quand il lui avait fait la remarque dans une de ses lettres, Wren avait répondu que si c'était comme ça, il n'écrirait plus, ce qu'il avait fait. Ezra lui avait encore envoyé quelques lettres auxquelles Wren n'avait plus répondues puis il avait cessé de le contacter aussi. Il se contentait tristement des nouvelles que lui donnaient ses parents, qui étaient basiquement toujours les mêmes que celles qu'il écrivait avant.

A Noël, Wren n'était pas rentré, il avait préféré rester en Angleterre pour éviter le décalage horaire et parce que la pension préparait un super repas pour Noël, que tous les pensionnaires restaient pour fêter ça ensemble comme une petit famille et qu'il ne voulait pas rater ça. Ezra qui s'était réjoui et impatienté des semaines en avance d'enfin revoir son ami fut évidemment déçu de savoir que finalement ce dernier n'allait pas rentrer. Les vacances de Noël furent non seulement longues et maussades par ce fait, mais en plus Ezra dut les passer à s'occuper de Wesley, Marie étant rentrée en France pour les vacances. L'année scolaire avait fini par toucher à sa fin et les garçons ne s'étaient plus donnés de nouvelles depuis Halloween. Ezra commençait vraiment à douter de la validité de leur promesse l'année dernière sur la plage. Rester meilleurs amis ? S'ils avaient commencé par rester en contact, ça aurait déjà été suffisant. Il ne savait pas pourquoi cela l'énervait autant, ni pourquoi il s'était autant attaché au petit anglais, il aurait pu se faire d'autres amis après tout, mais non, c'est celui-là qu'il voulait comme ami, personne d'autre. Et Wren lui manquait terriblement.

Les vacances d'été finirent par arriver et le retour de Wren aussi. Ezra n'en dormit pas la nuit tellement il était stressé par ces retrouvailles. Il ne savait plus quoi penser. Il s'était retourné dans son lit toute la nuit, réfléchissant à la manière dont il devait se comporter le lendemain. Après tout, il avait douze ans maintenant, il fallait arrêter de se conduire comme un gamin. Pour tenter de s'occuper, il avait lu la moitié d'un livre ou plus exactement il avait tourné les pages, sans vraiment lire ce qui était écrit dessus. Mais même ces derniers n'arrivaient pas à le distraire, il continuait de penser à Wren. Il y avait tellement de choses qu'il aurait aimé lui dire et lui montrer de cette année sans lui, mais Wren semblait avoir changé, il semblait même l'avoir complètement oublié. Il ne savait pas comment il allait devoir se comporter avec lui, quand ils se reverraient le lendemain. Toute cette histoire lui prenait bien la tête et il se mit presque à regretter l'époque où il ne le connaissait pas encore et où tout était plus simple. Il maudit également son livre, ce dernier aurait du le distraire, c'était fait pour ça un livre non ? Vous occuper l'esprit. Mais apparemment, ce soir rien ne fonctionnait comme prévu. Il attrapa son iPod sur la table de chevet et commença à écouter de la musique, essayant de penser à autre chose, mais les mêmes pensées continuaient de tourner en boucle dans sa tête. Le lendemain matin, quand les parents de Wren proposèrent à sa mère de l'emmener avec pour chercher ce dernier à l'aéroport, il n'eut aucun mal à faire croire à sa mère qu'il était malade. Il avait tellement peu dormi qu'il avait l'air d'un zombie et il stressait tellement qu'il en avait mal au ventre. Et il avait une grosse boule dans la gorge aussi.

Quelques heures plus tard, Wren posait enfin les pieds sur le territoire américain. Il souriait gaiement, n'ayant qu'une hâte, celle d'enfin arriver à Rosewood pour aller voir Ezra, il avait des milliers de choses à lui raconter, et il devait lui faire ses excuses, pour avoir cessé de répondre aux lettres. Mais c'était une longue histoire et il ne savait pas encore trop bien comment la formuler. Il espérait juste qu'Ezra ne l'avait pas oublié, en pensant qu'il était devenu un de ces petits bourges snobinards. Il arriva au bout du hall quand il vit ses parents qui l'attendaient, l'air sévère, et son sourire disparu. Oups, il fallait croire que la lettre du pensionnat était arrivée. Quelle lettre ? Celle qui annonçait son renvoi de l'établissement, évidemment.

« Salut papa, salut maman, on va chercher ma valise ? » demanda-t-il rapidement, sans oser les regarder dans les yeux.

« Tu n'as rien à nous dire, par hasard ? » toussota son père, tandis qu'ils se dirigeaient vers les bagages.

« Euh.. Vous n'avez pas pris une ride ? Ou hum.. Ezra n'est pas là ? » commença Wren en se massant la nuque, cherchant délibérément à éviter le sujet.

« On est très contents de savoir qu'on a pas pris une ride, maintenant tu peux nous expliquer comment tu as fait pour te faire renvoyer ? » gronda son père, visiblement agacé.

« OOOOH, c'est de ça que vous vouliez parler... Oh, bein, c'était pas ma faute... »

« Bien sûr, comme tu étais innocent on a décidé de te renvoyer.. Non mais ça va pas Wren, pour qui tu te prends, te battre contre tes camarades de chambre?! » s'énerva sa mère à son tour.

« Mais c'est eux qui ont commencé, je vous juuure... » dit-il en fronçant les sourcils, l'air abattu.

« Peut-être, mais ce n'est pas une raison, la violence ne résout jamais rien mon garçon ! » soupira son père, pensif.

« Tu seras donc puni, pas de sorties pendant les vacances. Et à la rentrée tu resteras à Rosewood pour qu'on puisse te surveiller. Tu me fais honte, Wren, toute la famille est passé par ce pensionnat. » siffla sa mère, alors qu'ils arrivaient devant les valises.

Wren baissa la tête et poussa un petit soupir soulagé, son plan avait marché. Il allait rester à Rosewood. Parce qu'il avait monté ce coup avec ses amis du pensionnat, ces derniers avaient bien voulu lui rendre ce service, moyennant quelques billets. Toutes ses économies y étaient passées, mais il pouvait rester à Rosewood et retrouver son meilleur ami alors le reste importait peu. Il s'inquiéta alors soudain.

« Je pourrais quand même voir Ezra, hein ? » demanda-t-il d'une toute petite voix tandis qu'ils se dirigeaient vers la voiture.

« Non, tu es punis. » répondirent en choeur ses parents.

A ce moment là, Wren eut envie de pleurer.

Le trajet se déroula en silence. Sans musique, ses parents ne parlaient pas et Wren regardait tristement défiler le paysage par sa fenêtre. Il n'avait plus tellement envie de rentrer à Rosewood, finalement. Sans Ezra avec qui passer l'été, ce ne serait plus aussi passionnant. Pour lui Rosewood c'était Ezra, il n'avait pas passé un jour sans lui ici. Ils s'étaient rencontrés le premier jour où il avait mit les pieds à Rosewood et ils ne s'étaient plus quittés. Ezra était un peu le frère qu'il n'avait jamais eu et qu'il n'aurait jamais. C'était avec lui qu'il avait eu ses plus grands fous rires et qu'il avait vécu ses plus belles aventures. Il avait vraiment l'impression qu'un lien particulier s'était établi entre eux, surtout depuis qu'il lui avait sauvé la vie, l'an passé. Et il s'en voulait d'avoir arrêté de lui écrire et d'avoir en quelques sorte renié sa promesse, mais il avait été obligé. On se moquait de lui là-bas, on lui piquait ses lettres et on en lisait des passages à voix haute. Wren avait détesté ça, pas tellement pour lui, mais surtout parce qu'il haïssait qu'on se moque d'Ezra. Le pauvre lui racontait vraiment toute sa vie et ces abrutis ne se gênaient pas pour la dévoiler publiquement et railler ce petit américain qui allait dans une école publique, le top de la honte pour ces snobinards d'anglais qu'il y avait dans ce pensionnat. Bien sûr, ils n'étaient pas tous comme ça, mais certains étaient vraiment affligeant. C'est pour ça qu'il avait préféré couper les ponts avec Ezra, d'une manière abrupte, certes, mais il ne savait pas comment lui expliquer. Maintenant il s'en voulait. En plus, avec la punition, Ezra allait vraiment penser qu'il ne voulait plus lui parler.

Alors qu'ils entraient dans Rosewood puis dans leur rue, il brisa le silence qui régnait dans la voiture.

« Maman ? » demanda-t-il d'une toute petite voix.

« Quoi ? », répondit-elle sèchement.

« Est-ce que... Est-ce qu'Ezra n'est plus mon ami ? » demanda-t-il tristement.

Son père gara la voiture et sa mère se retourna vers Wren qui regardait l'air pensif la maison d'Ezra à travers la fenêtre de la voiture.

« Mais non, c'est toujours ton ami. Pourquoi il ne le serait plus, vous étiez pires que des bestah sistah ou je ne sais pas ce qu'on dit de nos jours. » lui dit-elle doucement, en roulant des yeux.

« Pourquoi.. pourquoi est-ce qu'il n'est pas venu aujourd'hui alors ? » demanda à nouveau Wren, la gorge serrée.

« Parce qu'il est malade, Wren. Il préférait dormir. » expliqua son père.

« D'accord... » soupira Wren, l'air à moitié soulagé.

Ils sortirent de la voiture, récupérèrent les bagages dans le coffre et commencèrent à se diriger vers leur maison. Wren marchait tête baissée, l'air accablé comme si le poids du monde reposait sur ses épaules.

« Bon... » soupira son père, en échangeant un regard avec sa femme. « Vas le voir ton copain, mais après ça, plus de sorties. »

Un grand sourire éclaira le visage du jeune adolescent qui se jetta dans les bras de ses parents en les remerciant.

« Vas y vite avant qu'on change d'avis. » rit doucement sa mère.

Wren hocha la tête et se dirigea en courant vers la maison d'en face. Il respira un grand coup et frappa à la porte. Ce fut la mère d'Ezra qui ouvrit la porte.

« Oh, Wren, ça fait plaisir de te revoir, tu es bien rentré ? » sourit-elle gentiment.

« Oui, super ! Ezra est là ? » demanda-t-il plein d'espoir.

« Il se repose, il ne se sentait pas très bien ce matin. » expliqua-t-elle fermement, puis elle ajouta devant la mine déconfite de Wren : « Mais vas-y, monte le voir, je suis sûre que vous avez pleins de choses à vous dire. » Elle sourit doucement.

Wren la remercia avant de s'engouffrer dans la maison, de grimper les escaliers quatre à quatre, d'ouvrir la porte de la chambre d'Ezra à la volée et de sauter sur le lit de ce dernier en hurlant.

« COUCOU C'EST MOIIIIII ! »

Ezra grommela, sortant la tête de sous les couvertures.

« Je me doute que c'est toi, je connais personne d'autre qui ne sait pas frapper aux portes. » répliqua-t-il d'un ton grinçant.

Le sourire de Wren disparu aussitôt.

« Excuse-moi, je pensais que tu serais content de me voir, mais je vais te laisser alors, si tu préfères. » dit-il la tête basse.

« A vrai dire, pour ça tu as quelques mois de retard. » répondit sèchement Ezra, en croisant les bras.

Wren s'agenouilla au pied du lit, l'air pensif.

« Je suis désolé, de ne pas être rentrer à Noël et tout. »

« C'est bien. »

« Quoi ? Qu'est ce que tu veux que je fasse... que je me mette sous ta fenêtre et que je te chante la sérénade pour me faire pardonner ? Si tu veux que je le fasse, je le ferai ! Allez, sois redeviens mon ami s'il te plaiiiiiiiit ! » Il fit sa tête de chien battu.

Ezra eut du mal à réprimer un sourire et l'idée de voir Wren lui faire la sérénade était assez amusante. Cependant, il ne répondit pas, attendant de voir ce qu'allait faire Wren. Un long silence s'installa, pesant. Aucun des deux n'osait ou ne voulait le briser cependant. Finalement Wren reprit la parole.

« Ecoute, je sais que j'ai failli à notre promesse, mais je m'en veux terriblement. Je m'en voulais même tellement que je me suis fait renvoyer de ce pensionnat pour rester avec toi l'année prochaine. Parce que tu sais, c'était plutôt sympa là-bas quand les grands ne faisaient pas de ta vie un enfer et je m'y plaisais plutôt bien, mais je me sentais coupable de m'amuser sans toi. Parce que tu es mon meilleur ami, non ? Et c'est avec toi que je dois être. J'ai pas envie que tu me racontes comment tu as emballé ta première fille dans une lettre, je veux être là pour le voir. » Il rit légèrement en voyant Ezra rougir à ces mots. « Tu sais bien qu'écrire c'est pas mon truc, moi je veux être médecin. »

A cette remarque, Ezra éclata de rire.

« Je te pardonne, à une condition. »

« LAQUELLE ? » demanda Wren tout content.

« Tu me racontes toute ton année dans le moindre détail maintenant, puisque tu n'as pas voulu le faire par écrit. » répondit-il, un sourire machiavélique sur le visage.

Wren se mit à rire et commença son récit de bon cœur. Il n'avait qu'une journée pour rattraper le temps passé après tout, et c'était si bien d'avoir son meilleur ami à nouveau avec soi. Avant la fin de la journée, ce fut comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Et quand Wren s'en alla, ils avaient déjà mis au point plusieurs moyens pour communiquer le reste de l'été, et même plusieurs plans pour que Wren puisse s'échapper de sa maison par moment. A la fin de la journée, Ezra n'avait plus mal au ventre, plus de boule dans la gorge, il était juste heureux. La vie reprenait son cours normal, comme elle devait être. Au moment où Wren allait passer le pas de la porte, il se retourna une dernière fois.

« Eh, Ezra ? »

« Mmmmh ? »

« Tes lettres étaient vraiment géniales, tu seras un super écrivain. »

Il lui fit un clin d'œil en souriant avant de refermer doucement la porte et de rentrer chez lui. Ezra se rallongea dans son lit, un grand sourire sur le visage, les joues légèrement roses. Wren était de retour, c'était tout ce qui comptait.