Titre : Pinkuna Ichigo.
Auteur : Patpat.
Source : Gravitation.
Pairing : Shindou Shuuichi / Yuki Eiri.
Raiting : M.
Genre : UA, Humour, Romance, OOC, Lime et Lemons.
Disclaimer : Je ne possède pas Gravitation, ni ses personnages hélas. Mais l'histoire vient de mon cerveau dérangé et Miri ainsi que la plupart des élèves du lycée en sont également issus.
Notes : Troisième chapitre ! Shuu et Yuki tentent désormais une approche un peu moins frontale. Je n'en dirais pas plus. Voilà, bonne lecture. C'était court, simple et rapide ^^
ATTENTION ! Lime, langage cru et pensées cochonnes (quel pervers ce Yuki !).
Dialogues en gras. Pensées en italique.
Chapitre 3 : Chocolats et Valentin délaissé.
Shuu...
Ce doux nom, comme un murmure dans une bourrasque, se perdit dans le remous de leurs gémissements sensuels. Eiri la tenait serrée contre lui, dans la pénombre d'un des nombreux placards à balais du lycée Tôhoku, son visage niché au creux de son cou à la peau de bébé. Ses cheveux roses et soyeux chatouillaient son nez de façon très agréable tandis qu'il déposait des nuées de baisers dans sa nuque. Ses mains vagabondaient sur le corps de la jeune fille ; la droite sous la chemisette de son uniforme de lycéenne, caressant son dos le long de sa colone vertébrale et la gauche, fermement agrippée à sa cuisse qu'il avait relevée jusqu'au niveau de ses hanches.
Shuu avait ouvert la veste et la chemise du jeune homme et, tandis que sa main gauche jouait avec les mèches dorées de son compagnon, elle faisait courir les petits doigts fins de sa main droite sur le torse imberbe de Yuki. Elle laissait glisser ses doigts ça et là, tantôt sur ses côtes, puis sur ses pectoraux, parfois sur ses abdo si légèrement dessinés... Mais là où elle semblait préférer s'attarder c'était sur ses têtons. Puisqu'elle faisait vingt bons centimètres de moins que lui, elle était juste à la bonne hauteur pour aller les titiller du bout de la langue, les mordiller ou carrément les sucer, les rendant plus durs à chaque secondes qui passait.
Tous deux pouvaient sentir leur corps frissonner, subissant la fièvre tant appréciée qu'était celle du désir... du désir sexuel. Resserrant son étreinte sur la demoiselle, Eiri la plaqua un peu plus contre le mur sur lequel ils se reposaient déjà. Se laissant complètement faire, elle passa ses deux bras autour du cou du blond, et ses jambes autour de sa taille. Il trouva sa bouche et s'en empara avidement, sa langue dansant avec celle de Shuu. Il sentait les gémissements qui échappaient à la jeune femme faire agréablement frémir ses lèvres contre les siennes. Lorsqu'à l'appel de l'air, ils s'écartèrent un peu l'un de l'autre, Eiri plongea son regard dans les yeux violets de celle qu'il désirait tant.
Sa petite bouche légèrement entre-ouverte et son regard voilé de désir, elle demanda d'une voix à peine audible :
Pourquoi tu me veux autant ?
Parce que si tu dois appartenir à quelqu'un, c'est à moi. A moi et à personne d'autre.
Et sans laisser place à plus de questions, il captura de nouveaux les lèvres de Shuu, avec une brusquerie mêlée de tendresse et une possessivité à peine cachée. Serrant un peu plus la jeune fille contre le mur afin qu'elle ne glisse pas, il commença lentement, délicatement et sournoisement à la déshabiller. D'abord il défit le noeud rouge de son col marin, puis lui ôta le pull bleu de son uniforme, et tandis qu'il relevait sa jupette bleue avec sa main gauche, il déboutonnait de l'autre le chemisier blanc. Il apprécia volontiers la beauté de sa gorge dénudée, puis son adorable petite poitrine habillée de dentelle, et son ventre plat, à la peau lisse, avec ce nombril si sexy... Je vais la prendre ici et maintenant. Enfin ! se réjouit-il intérieurement avec un sourire lubrique et carnacier.
BIP BIP BIP ! BIP BIP BIP ! BIP BIP BIP !
Putain de réveil de merde ! s'énerva Yuki en balançant l'appareil profane qui avait osé interrompre son rêve.
Tandis que le pauvre réveil alla se fracasser contre le mur d'en face, le blond se leva en grognant et en bougonnant. Après quelques baillements et étirements rapides, il attrapa sa serviette, sa trousse de toilette, et se rendit dans sa petite salle de bain individuelle où il prit une bonne douche, bien froide. A son retour dans sa chambre, il enfila son uniforme et prépara son sac de cours pour la matinée. Jettant un coup d'oeil à son calendrier pour s'assurer qu'on était bien vendredi afin de ne pas se tromper dans les bouquins à emporter avec lui, il remarqua avec effroi la date : Nigetsu, Kinyoubi Juuyokka. Février, Vendredi 14 ! Le 14 février c'est bien la St Valentin ?! Bordel de merde, je vais encore me faire harceler par ces greluches sans cervelle qui vont me couvrir de chocolats. Alors que j'ai horreur du chocolat ! (1)
C'est donc d'une humeur massacre (Pat : Pour pas changer...) que Yuki Eiri alla en cours. D'abord, ce maudit réveil qui l'empêchait de terminer son rêve érotique avec la fille de ses fantasmes, puis ce calendrier pourri qui lui annonçait qu'aujourd'hui, c'était la journée annuelle où les nanas s'étaient passées le mot pour le faire chier à coups de gloussements et de boîtes roses en forme de coeur. Si encore il recevait des chocolats de la part de Shimizu, il y avait une petite chance pour qu'il fasse l'effort de les accépter et de les manger. Surtout s'ils avaient été faits maison par les blanches mains de Shuu. L'espoir fait vivre, se dit-il en entrant dans la salle de classe de la Terminale C. Et comme il s'y attendait déjà, son pupitre était enseveli sous une avalanche de boîtes de chocolats et autres confiseries. Son estomac se retourna à la simple idée de tout ce sucre.
Arrivé à sa place habituelle, Eiri laissa son sac de cours tomber lourdement à terre, jetant un regard noir et agacé autour de lui. Les filles le fixaient en gloussant comme les idiotes qu'elles étaient, réunies en groupes de trois ou quatre - Sans doute en train d'échanger les derniers ragots avant que j'arrive. De leur côté, les garçons le regardaient avec à la fois envie et jalousie - S'il veulent les chocolats, ils n'ont qu'à se servir ! Mais bien sûr, c'est les filles qui me les ont laissés qu'ils veulent...
Bien décidé à leur montrer - au cas où personne n'aurait compris les deux années précédentes - qu'il n'avait rien à faire de ses niaiseries et des greluches qui allait avec, le blond prit dans ses bras le plus de boîtes de confiseries qu'il put et les emporta avec lui vers le bureau professoral. Ou plus précisément vers la poubelle qui se trouvait juste à côté. Et là, sans plus de cérémonie, il larga son chargement de boîtes roses et rouges dans la corbeille à papiers, aussitôt remplie à raz bord. Il se dirigea vers son pupitre afin d'y récupérer les quelques paquets restant dans l'intention de leur faire subir le même sort, sous les expressions à la fois outrées, véxées et habituées des élèves de la classe. Puis entra Shimizu, un sourire joyeux aux lèvres malgré son air encore un peu endormi du matin.
Eiri dut user de toute sa volonté pour réprimer un sourire. Il la trouvait encore plus mignonne au saut du lit, avec ses yeux violets encore voilés de sommeil, quelques mèches rebelles s'échappant de sa tignasse fuschia malgré le brossage... Une fois, il dut carrément se retenir de rire en remarquant qu'elle avait boutonné son chemisier un peu trop à la hâte puisqu'elle avait accordé lundi avec mardi. Ce matin encore - comme chaque matin à vrai dire, quand il la voyait entrer en classe avec ce petit air perdu et déphasé - il se demanda ce que ça devait être de se réveiller à ses côtés, de voir sa frimousse encore endormie, un léger ronfflement lui échappant, et peut-être même des soupirs de bien-être...
Revenant à lui, Yuki termina sa mission : nettoyer sa table de cet encombrement de chocolats poisseux. Il entamait son deuxième voyage vers la poubelle lorsqu'il remarqua que Shuu s'était arrêtée auprès de Akira, qui lisait un magazine sur l'histoire de l'art européen à la Renaissance. Il s'empressa donc de retourner à sa place pour pouvoir entendre discrètement leur conversation. Qu'on me foudroie sur place si Serizawa me pique Shimizu sous le nez ! grogna-t-il intérieurement en posant son royal popotin sur sa chaise, faisant mine de sortir ses affaires pour le cours à venir.
Ohayo gozaimasu, Akira-kun ! dit Shimizu avec son naturel avenant à l'attention de son camarade.
Ohayo, Shuu-chan. Bien dormi ?
Comme un bébé ! Je suis un peu fatiguée en ce moment alors dès que ma tête touche l'oreiller, je m'éffondre, plaisanta-t-elle.
Encore passé la soirée à réviser pour le contrôle d'Histoire de demain matin ? demanda le garçon, un petit sourire aux lèvres.
Entre autre, oui.
Et alors que Shuu s'installa à sa place sur la gauche de Serizawa, déballant elle aussi ses affaires, Usami Ayaka fit son entrée dans la salle, venant aussitôt se poster devant Eiri.
Salut Yuki !
Levant vers elle un regard désintéressé, à la limite du mépris, Yuki haussa un sourcil inquisiteur, lui demandant silencieusement ce qu'elle lui voulait. Et elle lui répondit en sortant de son sac... Oh Surprise ! Une boîte de chocolats ! Quelle chance !
Joyeuse St Valentin, Yuki, lui dit-elle d'un air qui se voulait séducteur, tout en lui tendant la boîte, battant des cils comme une vulgaire péripapéticienne sur un coin de trotoir, tentant de se trouver un client.
Eiri bassa de nouveau les yeux vers sa trousse, en tira un crayon, puis enfila ses lunettes de lecture. Peut-être que si je l'ignore suffisament longtemps, elle partira toute seule sans que j'ai à gaspiller ma salive pour l'envoyer bouler... songea-t-il en commençant à scribouiller tout et n'importe quoi sur un de ses cahiers.
Tu ne les prends pas ? finit par demander la fille.
On dirait que non ; je vais devoir la rembarer moi-même, se dit-il, encore plus agacé.
J'ai déjà jeté les boîtes de toutes les autres filles de la classe, c'est pas pour accépter la tienne.
Mais ceux-là sont vraiment bons tu sais, et puis, ils viennent de Suisse. Ca me ferait plaisir si -
Je me moque de ce qui te ferait plaisir, et je me moque encore plus de la provenance de tes sucreries. Elles pourraient venir de Mars que ça me ferait le même effet. Arrête d'agir comme si on sortait ensemble parce que ça n'arrivera nulle part ailleurs que dans tes rêves, la coupa-t-il d'un ton cinglant, ses yeux ne quittant pas une seule seconde son cahier.
Remballée proprement mais surtout blessée dans sa fierté, Usami releva la tête, rangea les chocolats dans son sac et s'installa à sa place. Tandis que le calme semblait être revenu dans l'entourage d'Eiri, une exclamation soudaine attira son attention. Du coin des yeux, il remarqua Akira et Shuu, le premier avec une jolie peluche en forme d'ourson dans les mains, avec une poche ventrale transparante au travers de laquelle on pouvait voir des bonbons et des chocolats.
Fallait pas ! dit simplement le garçon en admirant la peluche.
Mais si, c'est normal ! T'es toujours si gentil avec moi ! Je t'offre ces chocolats pour te remercier. C'est un cadeau d'amis mais j'ai simplement profité de la St Valentin et des réductions sur les confiseries pour te l'offrir, répondit Shuu en souriant de bon coeur.
Ses sourirs... Pourquoi ne les offrait-elle jamais à Eiri ? Pourquoi n'étaient-ils toujours réservés qu'aux autres ? Et pourquoi ne lui avait-elle pas offert de chocolats à lui ? La réponse était simple : il aurait obtenu tout ça, et même peut-être plus, s'il ne s'était pas comporté comme le dernier des idiots quand elle lui avait gracieusement proposé son amitié.
Donc, tu ne veux pas sortir avec moi ? en déduit Serizawa.
Non, enfin... C'est pas que tu n'es pas un garçon super et mignon et tout ça... C'est juste qu'à mes yeux, tu es un super pote.
C'est domage, moi qui comptait te proposer d'aller faire un tour à Odaiba avec moi ce weekend, répondit le jeune homme, sans pour autant être véxé de la réponse de son amie.
C'est vrai ? Odaiba ? J'ai toujours voulu y aller ! s'enthousiasma la jeune fille.
Alors on peut y aller ensemble, même en tant qu'amis. Ce ne sera pas un rendez-vous. Juste une sortie entre potes.
A ces mots, Eiri serra son crayon si fort entre son index et son pouce que le bâtonnet se brisa en deux. Pas un rencard, mon cul ! Evidemment, cette réaction n'avait pas échappée à Ayaka qui remarqua l'expression de colère et de jalousie sur les traits de son voisin de table. Yuki venait de lui donner sans même le savoir une raison de plus de haïr Shimizu et de s'en prendre à elle. Après tout, cette garce voulait lui piquer son mec !
Honnêtement, Akira, j'aurais adoré mais je suis assez occupée les weekends. Cependant, on peut toujours se faire un restaurant ou un cinéma samedi en soirée, j'ai rien de prévu pour une fois !
Cool ! On choisira un film. Y'a le dernier Die Hard qui est sorti ! Tu aimes les films d'actions ?
Ouais, j'adore ! s'exclama la demoiselle, ce qui ne fit qu'ajouter de l'huile sur le feu en ce qui concernait la colère de Yuki.
Heureusement, alors qu'il sentait approcher le point de non-retour, où il finirait par démolir Serizawa et giffler Shimizu, le professeur entra dans la salle pour le début du cours. En effet, la simple idée que Shuu se retrouve dans une salle obscure, assise à côté d'Akira, lui retournait les neurones. Dans ce genre de situation, c'était facile pour un garçon de glisser son bras autour des épaules d'une fille, puis de l'embrasser... Et ensuite, ça tournait au vrai rendez-vous d'amoureux. Et ça, c'était hors de question ! Pas avec Shuu ! Shuu était à lui et à personne d'autre.
Jetant un coup d'oeil à la voisine de droite d'Usami, cette fille avec un prénom à la con - C'est quoi déjà son nom ? Chocobo ? Noidecoco ? Ochobo ? Oui, c'est ça, Ochobo... - fixait Shimizu avec colère et jalousie, une boîte de chocolat pas encore offerte entre les mains. A l'évidence elle en pinçait pour Akira et comptait lui offrir les confiseries, mais ne supportait pas l'amitié entre la petite nouvelle et son valentin. Bienvenue au club, Ochobo.
XXX XXX XXX
Les premiers cours de la journée étaient passés plutôt vite, même si du point de vue de Yuki, ce n'était pas forcément une bonne chose. Qui disait "pause-déjeuner", disait "toutes les filles du bahut sur les talons", encore plus le jour de la St Valentin.
Ainsi, lorsqu'il entra dans la salle de réféctoire en espérant, même un tout petit peu, qu'il pourrait manger en paix, tous les regards de la gente féminine se tournèrent vers lui. Tentant de les ignorer du mieux possible, il alla se servir puis se trouva une place dans un coin tranquille. Le seul endroit potable à ses yeux était à une table où certains garçons de sa classe étaient assis, discutant et plaisantant. En s'approchant de la place restante, en bout de table, il remarqua que, bien qu'il ait reçu des boîtes de chocolats de la majorité des filles du lycée, nombre des mecs avaient également eu leur petit lot de sucreries.
Et c'est à toi qu'elle a offert des chocolats ? entendit-il.
Ouais, je m'y attendais vraiment pas, répondit Akira.
Donc tu vas sortir avec elle ? T'as de la chance !
Mais non espèce de nouille. Elle est juste mon amie.
Puis, l'arrivée d'Eiri fut remarquée par les autres mecs et l'un d'eux, Usagi, celui qui avait des dents de lapin et une tronche de fouine (2), lui demanda :
Eh Yuki ! Comment tu fais pour rester si froid face aux avances de toutes ces filles ?
Je sors pas avec des truites, se contenta-t-il de répondre en entamant son Cury.
Evidemment, l'ensemble des garçons éclata de rire. Etait-ce la froideur et le ton détaché de Yuki, ou bien la réalité des faits qui les avait fait rire comme ça ? Allez savoir. En tout cas, pendant le reste du repas, le blond parvint à avoir à peu près la paix - même s'il avait du repousser les avances de certaines filles qui s'acharnaient. De plus, depuis sa place, il avait eu un très bon point de vue de Shuu, installée un peu plus loin à une autre table avec ses amies Kira et Rikku.
La regarder plaisanter, s'amuser, rire avec les autres créait en lui une sensation étrange. Comme un pincement au coeur. Il était jaloux de ces garçons et de ces filles qui étaient tous bien plus proches de Shuu qu'il ne l'était. Il avait beau essayer, se convaincre de faire un effort et de se montrer plus agréable avec elle... Il n'y parvenait pas. Chaque fois qu'il la voyait, soit il succombait à la tentation de lui dire des choses blessantes, soit il la regardait en silence, dans son coin, sans rien oser dire, se contentant de la voir partager avec les autres sa joie et sa bonne humeur. Le pire était aussi quand il devait assister sans rien dire aux avances que d'autres garçons lui faisaient. Parfois aussi, il entendait des porcs parler d'elle comme si elle était une catin, détaillant dans les moindres détails où, quand et comment ils voudraient la prendre, de force ou consentante. Aux yeux de certains, elle ne valait pas mieux que les nombreuses filles faciles qu'on trouvait dans ce lycée.
Il devait admettre qu'au début, pour lui aussi ce n'était qu'une simple et vulgaire attirance sexuelle. Mais maintenant, il voulait vraiment sortir avec elle. Ses envies et ses désirs, toujours bien présents, se transformaient cependant en quelque chose de plus sérieux. C'était la première fois qu'il éprouvait ça et ça l'intriguait. Sa curiosité le poussait jusqu'à l'obsession et la possessivité quand il s'agissait de Shuu. Il devait trouver un moyen de sortir avec elle.
C'est avec ces pensées en tête qu'il quitta la cantine après avoir débarassé son plateau. Absorbé par ses pensées, il en fut tiré par les murmures des filles sur son passage dans les couloirs. Toutes ricannaient et gloussaient, mais Eiri garda son calme. Il se contenta de les ignorer, purement et simplement, son expression impassible et son regard de glace au visage. Il savait bien sûr qu'en s'affichant avec une attitude aussi imperturbable, il renforçait son image de beau gosse cool, attirant davantage encore - si c'était possible - l'attention des filles, et même de certains mecs connus pour l'ambiguïté de leur penchants sexuels.
Arrivé à son casier pour récupérer quelques bouquins qu'il devrait rendre à la bibliothèque dans l'après-midi, il posa son sac à ses pieds puis composa son code sur le cadenas. Mais à peine eut-il ouvert la porte de son petit placard qu'un nombre incalculable de boîtes de chocolats lui dégringola dessus, l'ensevelissant sous une montagne de confiseries. Je hais le chocolat ! grogna-t-il intérieurement tandis que les gloussements autour de lui s'étaient renforcés. Sortant la tête tant bien que mal que cette amoncellement de boîtes en carton rose à la recherche d'un peu d'air, il en vint à se demander par quel miracle toutes ces conchonneries sucrées étaient parvenues à tenir dans le casier. Et surtout, comment ces idiotes de filles avaient pu trouver son code à 6 chiffres pour ouvrir ledit casier.
Il se tirait comme il pouvait de ce tas de confiseries quand une main secourable lui fut offerte. Sans trop chercher à savoir qui l'aidait si gentiment, Eiri accepta volontiers la main tendue. Une fois sortie de sa prison rose, il entendit un petit rire cristalin. Se décidant enfin à regarder en face son sauveur, il découvrit qu'en fait, il s'agissait d'une sauveuse.
Je me doutais bien que tu avais du succès après des filles mais j'étais loin de m'imaginer à quel point, ricana Shuu en désignant les boîtes de chocolats derrière lui.
Sans trop savoir pourquoi, le blond se sentit légèrement rougir à cette remarque. Il remarqua qu'il tenait toujours fermement dans sa main celle de la demoiselle. Agissant un peu brusquement, comme si on venait de lui mettre un tisonnier chauffé à blanc dans les mains, il lâcha prise.
A l'évidence, son geste fut très mal interprêté puisque sur un ton agacé et véxé, Shuu lui dit :
Je sais qu'on ne s'entend pas très bien mais t'es pas non plus forcé d'agir comme si j'avais la gale. Ca m'apprendra à vouloir me montrer gentille.
Elle amorça un pas pour s'éloigner de lui et reprendre son chemin quand il répondit :
Merci du coup de main.
Sur le coup surprise, elle s'arrêta. Puis elle se tourna lentement vers lui en lui adressant un regard étonné. Finalement, son expression s'adoucit et elle revint vers lui, un petit sourire au coin des lèvres. Elle s'apprêta à parler lorsque la cloche sonna, annonçant la reprise des cours pour l'après-midi. Une fois la sonnerie terminée, Shuu lança sur le ton de la plaisanterie :
On ferait peut-être bien d'aller en cours ou on risque d'arriver à la bourre. Et si en entre ensemble dans la classe après quelques minutes de retard, les autres élèves et leurs idées tordues pourraient bien s'imaginer qu'on faisait des trucs cochons.
Un sourire amusé naquit sur les lèvres de Yuki lorsqu'il repensa aux trucs cochons dont il avait rêvé cette nuit. Un placard à balais, de l'intimité, et la plus belle fille du lycée... Acquiesçant à la proposition de Shimizu, Yuki récupéra son sac, ferma son casier, et entama son chemin jusqu'à la salle de classe de la Terminale C en compagnie de la jeune femme. C'est alors qu'ils entendirent :
Hep ! Vous deux !
Faisant volte-face, ils reconnurent le proviseur Kouga Satoshi accompagné d'un pion (un de ceux qui avaient toujours une dent contre Yuki, en plus !). Les deux adultes s'approchèrent d'eux et le premier dit :
Non seulement vous traînez dans les couloirs au lieu de vous trouver en classe avec vos camarades, mais en plus vous laissez derrière vous tout ce bazarre !
Ca vient pas de nous ! répliqua aussitôt Eiri, qui partait toujours au quart de tour quand il s'agissait de faire face aux autorités de l'établissement.
Tiens donc ? Pourquoi ai-je tant de mal à vous croire, Yuki-kun ? Tout ceci se trouve devant VOTRE casier, et VOUS vous tenez juste à côté.
Ca ne prouve rien du tout, intervint Shimizu, à l'évidence énervée.
Si vous étiez là depuis plus longtemps, Shimizu-san, vous sauriez que Yuki Eiri est le seul garçon de tout le lycée à provoquer autant "d'enthousiasme" de la part de la gente féminine. Il n'y a donc que lui qui puisse recevoir autant de chocolat pour la St Valentin. C'est comme ça chaque année, lui expliqua le proviseur, s'adressant à elle comme à une attardée.
J'ai jamais demandé à ce que ces filles mettent tout ce chocolat dans mon casier ! D'ailleurs, je ne sais toujours pas comment elles ont réussi à l'ouvrir, répondit le blond, un peu sur la défensive.
C'est pas comme si tu te plaignais de l'attention qu'elle te porte. Fais pas comme si ça te dérangeait de recevoir leurs cadeaux, lui lança le pion d'un air moqueur.
D'abord j'ai horreur du chocolat, alors non, j'aime pas recevoirs ces trucs. Ensuite, c'est pas parce que je suis mignon que j'aime être collé 24 heures sur 24 par des greluches.
Surveillez votre langage, jeune homme ! le réprimanda le directeur de l'établissement.
De toutes façons, vous ne pouvez pas le punir à cause de ces boîtes de chocolats puisque c'est lui qui subit cette espèce de harcellement. Vous devriez vous en prendre à celles qui ont empiété sur sa vie privée en ouvrant son casier sans son accord, fit remarquer Shuu.
Vous avez raison, Shimizu-san, je ne peux pas le punir pour ça. Mais je peux le punir, ainsi que vous d'ailleurs, pour votre retard en classe. Et votre punission sera de me débarasser de ces boîtes immédiatement ainsi que de nettoyer dans les moindres recoins la salle de musique et ses instruments.
QUOI ?! s'exclamèrent en même temps les deux adolescents.
Vous avez très bien entendu alors mettez-vous au boulot ! Je vais prévenir vos professeurs de votre absence aux cours de cette après-midi, répondit le pion.
C'est du n'importe quoi ! On ne serait même pas arrivés en retard si vous ne nous aviez pas retenus ici ! s'offusqua la fille aux cheveux roses.
Laisse tomber, Shimizu, intervint Eiri en les voyant partir en ignorant la remarque de Shuu. Ils s'en prennent à moi dès qu'ils en ont l'occasion parce que ma tête d'étranger leur revient pas.
C'est de la discrimination ! En plus t'es même pas étranger !
Je sais bien. Mais faut dire aussi que je fais tout pour les faire chier dès que j'en ai l'occasion. C'est ma petite vengeance personnelle. Ils t'ont punie parce que tu as pris ma défense ; ce que je trouve plutôt sympa de ta part, d'ailleurs. Stupide, mais sympa.
Visiblement étonnée d'entendre quelque chose d'à peu près gentil à son égard sortir de la bouche de son camarade de classe, Shuu haussa un sourcil interrogateur, s'apprêtant à parler. Mais finalement elle se ravisa.
On devrait commencer maintenant où on n'aura pas fini avant ce soir, fit le blond, épuisé avant même d'avoir commencé.
Oui, t'as raison.
Et tous deux commencèrent à ramasser les boîtes de chocolats, dans le silence le plus studieux. Shuuichi détestait le silence, c'était bien connu. Alors sans trop s'en rendre compte, il commença à fredonner diverses mélodies, à la recherche de celle qui pourrait correspondre aux paroles qu'il avait écrites quelques jours plus tôt. Celles-là même que Yuki avait jugées "merdiques". Eiri ne remarqua pas tout de suite non plus les quelques notes marmonnées par le chanteur. Mais lorsqu'au bout de dix bonnes minutes il s'en rendit compte il demanda :
Je croyais que tu ne savais pas chanter.
Je ne chante pas, je fredonne. Je ne chante que sous ma douche et les seuls à pouvoir m'entendre sont ma bouteille de shampooing et mon gel douche, répondit simplement Shuu sans pour autant regarder Yuki. Au fait, je ne t'ai jamais entendu chanter toi... T'as quel genre de voix ?
Le genre que je préfère garder pour moi.
Tsss... T'es bien obligé de chanter en cours de musique, non ? s'enquit la jeune fille en se relevant, emportant avec elle une petite quinzaine de boîtes.
Je me contente de rester dans mon coin. Les profs ont depuis longtemps abandonné l'idée de me forcer à participer à leur cours. Ils ont essayé les colles, les punitions, les corvées, les devoirs supplémentaires... Mais je continue à n'en faire qu'à ma tête et ça les énerve.
Ca peut se comprendre. Je crois que je m'arracherais les cheveux si j'avais un élève comme toi, ricana Shimizu alors qu'elle jetait les boîtes dans la poubelle la plus proche.
Eiri se redressa à son tour avec son lot de boîtes et fit de même. Puis il dit :
Personne n'a jamais entendu ma voix mais, si tu veux, quand on sera dans la salle de musique, je chanterais pour toi.
Sur le coup complètement choqué, Shuuichi lâcha les boîtes qu'il s'était baissé pour collecter. Hein ? Il... Il va chanter pour moi ? Quoi ? Une sérénade ? C'est un plan drague son truc ou quoi ?! paniqua-t-il. Face au silence de la demoiselle, Eiri ajouta :
Bien sûr en échange, tu devras chanter aussi. Même si c'est faux.
Qu'est-ce qui te fait dire que j'ai envie d'entendre ta voix, Yuki ?
Bah, si tu chantes vraiment comme une casserole, j'ai pas plus envie d'entendre la tienne. Simplement tu m'as repproché la dernière fois de toujours te chercher des poux dans la tête alors je me suis dit que partager cette espèce de... point commun - à savoir qu'on chante faux tous les deux - pourrait nous rapprocher un peu.
Visiblement, l'idée de se "rapprocher un peu" d'Eiri n'enchantait pas vraiment Shuu à en juger par l'expression de son visage. Ok... Je l'énerve donc au point qu'elle refuse maintenant toutes tentatives de ma part d'enterrer la hache de guerre. Alors toutes mes chances avec elle sont définitivement nulles ?
Mais avant qu'il n'aille plus loin dans sa lamentation intérieure, Shuu marmonna :
Je suppose que ça peut être un bon point de départ... Et le fait de chanter comme des caisses tous les deux est un point commun comme un autre...
En entendant ces mots qui lui apportèrent aussitôt le soulagement et la paix de l'esprit, Eiri esquissa un minuscule sourire en coin, que Shuu lui rendit volontiers. Sans parler beaucoup plus, les deux adolescents finirent de débarasser le couloir de la montagne de boîtes de chocolats et allèrent vider les trois poubelles désormais pleines jusqu'à la benne à ordures derrière la cantine. Puis ensemble, ils montèrent les escaliers jusqu'à la salle de musique.
A peine la porte coulissante ouverte, les deux lycéens la refermèrent. Les yeux clos, priant pour que ce qu'ils venaient de voir ne soit qu'une hallucination, ils inspirèrent profondément. Yuki compta même jusqu'à dix tout bas pour calmer les palpitations de son coeur. Finalement Shuu, qui fut la première à rouvrir les yeux, chuchota :
Tu crois que c'est possible qu'il y ait eu un tremblement de terre très localisé qui n'aurait eu d'effet que sur cette salle ?
Bien sûr que non, espèce d'abrutie, gronda Eiri entre ses dents. Même si je dois admettre que j'ai pensé un instant que c'était une vision post-apocalyptique résultant du passage d'une bonne demi-douzaine de catastrophes naturelles.
Prenant son courage à deux mains, le blond rouvrit la porte, cette fois très lentement, comme de peur de brusquer une bête sauvage. J'ai surtout peur que ce spectacle atroce agresse mes rétines...
Je t'en prie, Yuki, dis-moi qu'à tes yeux cette salle est très bien rangée et qu'il n'y a qu'un coup de balai à passer. Pitié, Kami-sama, faites que ce ne soit qu'un mirage, gémit Shuu.
Hélas, on ne nous épargne plus rien. C'est bel et bien la vérité : cette salle de classe est dans le chaos le plus total.
Et en effet, on ne leur épargnait plus rien. La souffrance les attendait dans cette salle de cours devenue une chambre de tortures. Une chose était sûre : en sortant d'ici, ils seraient bon pour un abonnement d'an pour de la rééducation avec un kinésithérapeute de renommée mondiale, parce que des courbatures, ils allaient en avoir pendant un momet. Les quelques tables et chaises étaient renversées, le tableau noir était couvert de graffitis faits au marqueur indélébile blanc ou à la bombe rouge, les instruments étaient entassés les uns sur les autres dans un coin de la pièce, et une épaisse couche de débris et de saletés était étalée un peu partout. Les fenêtres étaient pour leur part tâchées de partout, comme si quelqu'un s'était amusé à y jeter du lait, de l'eau sale, des oeufs, ou peut-être à cracher dessus tout simplement. Il y avait aussi des gribouillis sur les murs précédemment d'un vert immaculé, tous contenant leur lot d'obcénités.
J'étais pourtant passé à la salle de musique hier pour m'entraîner un peu avec le piano. Elle n'était dans cette état-là ! Regarde, on dirait un vieux squat abandonné !
Qu'est-ce que tu sais des squats, Miss Toute-Propre ? lui répondit Eiri en analysant d'un peu plus prêt une étrange tâche qui était en fait une espèce de truc gluant et blanchâtre ressemblant à... Du sperme ? Quel débile aurait voulu tirer son coup là-dedans ? Et qui a fait ça de toutes façons ?
Je ne sais pas mais je crois que l'une de ces personnes ne me porte pas vraiment dans son coeur... marmona Shuu en lisant l'une des inscriptions écrites sur les murs.
Intrigué par les mots de sa camarade, Yuki la rejoingnit et lut par-dessus son épaule ce qui ressemblait au premier abord à une comptine.
"Shimizu la putain !
Elle aime les bons coups de reins...
Qu'on lui tripote les seins.
Elle frétille et elle mouille bien.
C'est sûr, c'est pas un coup pour rien.
C'est une bonne baise et elle suce bien.
Je vais la monter comme un chien."
Après avoir lu ces quelques vers d'un raffinement et d'une spiritualité jamais égalés, Yuki ne sut comment réagir. Il bouillonait littéralement de colère. Quel était le batard qui avait osé écrire ces saloperies sur cette fille si jolie et si douce ? Une chose était sûr, s'il retrouvait ce salaud, il ne vivrait pas assez longtemps pour avoir de la descendance. Et même s'il survivait au traitement de choc que lui infligerait Eiri, ses burnes n'en ressortiraient pas indemnes...
Peut-être aussi qu'il y a une autre Shimizu dans le lycée... C'est un nom de famille assez courant, non ? dit Shuu d'une toute petite voix, à l'évidence blessée par ces mots.
Evidemment qu'elle est blessée ! Qui ne le serait pas à sa place ? Finalement Eiri opta pour la vérité et la "gentillesse"... Si de gentillesse on est capable quand on s'appelle Yuki Eiri et qu'on est bien connu pour sa méchanceté et sa froideur qui n'ont d'égales que celles des méchants dans les manga et autres fictions. C'est sûr que je vais pas lui déblatérer tout un tas de trucs à l'eau de rose pour la consoler... Je vais juste essayer de limiter les dégâts et éviter qu'elle pleure.
Je crois que les seuls Shimizu à Tôhoku à part toi sont les frères Shimizu, en Première D et en TerminaleA, lui expliqua-t-il. Celui qui a écrit ça n'est qu'un con. Faudrait être bête pour y accorder la moindre importance.
Alors je dois être vraiment très bête...
Shuu, qui lui tournait le dos jusqu'à lors, s'écarta de lui en tentant de ne pas montrer son visage, faisant mine de se mettre au travail. Elle ôtait la veste de son uniforme pour facilité ses mouvements quand Eiri s'approcha et la saisit par le bras, la forçant à lui faire face. Et ce qu'il redoutait était là, sous ses yeux. Le visage de Shuu... innondé de larmes. Ses grands yeux violets n'avaient jamais été aussi beaux qu'à cet instant, brillant des larmes qu'elle continuait de verser silencieusement. Elle était belle quand elle était malheureuse. Pourtant, cette vision de la jeune fille en proie à la peine et aux pleurs était insoutenable pour Yuki qui sentait monter en lui une nouvelle vague de rage. Celui qui avait marquer tout ça allait souffrir l'enfer.
Eiri chercha des yeux une chaise dans ce bordel. Il finit par en trouver une alors il la prit et la ramena à la demoiselle. Il attrapa un des vieux chiffon qu'ils avait été chercher à la loge avant de monter ici, et la dépoussièra avant de faire s'asseoir Shuu dessus. La jeune fille s'était laissée faire, visiblement encore perdue dans son chagrin.
Tu sais, commença-t-il d'une voix peu assurée, peu importe qui a marqué ça, c'est un salaud. Je suis sûr qu'il a écrit ça pour passer le temps ou un truc dans le genre... Dans un sens, c'est un peu flâteur, non ? Je veux dire qu'au moins sa prouve que tu es sexy et qu'il y a des mecs qui fantasment sur toi. Après, c'est sûr qu'il y a de quoi avoir la nausée à l'idée qu'un porc pareil fantasme sur toi mais, tu peux rien y faire.
Sa tentative d'effacer les pleurs de Shuu était très maladroite ; il fallait dire aussi que les sentiments ce n'étaient pas son fort. Il n'avait jamais eu le besoin de consoler qui que ce soit avant ça, ou du moins il n'en n'avait jamais éprouvé l'envie. Mais là, il était prêt à essayer...
Ce mec ne te connais pas. T'es pas une putain... Enfin je pense pas. T'es une fille plutôt gentille et amicale... Enfin, quand tu ne me traîtes pas de sadique et d'éventreur de chats...
A cette remarque, il parvint à arracher un petit ricanement à Shuu. Ca y est, il y était arrivé... Il était sur la bonne voie. Il fallait lui rendre le sourire et il y était presque. La jeune fille renifla bruyament - ça casse un peu son image de jolie demoiselle... - et essuya d'un revers de manche son visage humide. Quelques mèches de ses cheveux fuschia étaient collées sur ses joues tant elles étaient mouillées. Repoussant les quelques cheveux qui la dérangeaient, Shuu sourit. Un vrai sourire. Pur et radieux. Un de ceux que Yuki se languissait de voir. Et celui-là, c'est à moi et rien qu'à moi qu'elle l'a fait...
Ima, daijôbu ?
Hai, ii desu, répondit-elle d'une petite voix encore émue.
Eiri se leva enfin, ses jambes lui faisant mal pour être resté accroupi pendant près de dix minutes. Mais le sourire qu'il avait obtenu valait bien tous les efforts. Putain ! J'aurais quand même bien voulu prendre une chaise moi aussi. Pourquoi c'est toujours les filles qui profitent de tout ? (Pat : Les hommes se doivent d'être un minimum galants !). Pfff !
Finalement, les deux adolescents se mirent au travail et Eiri prit sur lui de commencer par nettoyer ce foutu mur jusqu'à ce qu'il n'y ait plus une seule trace de cette comptine débile, ainsi que des nombreuses autres remarques désobligeantes, concernant majoritairement des filles. Durant tout l'après-midi, et jusqu'en début de soirée, les deux élèves frottèrent, astiquèrent, briquèrent et époussetèrent. Lorsqu'ils eurent enfin fini, la salle de musique était comme neuve, brillant de mille feux à la lumière de cette nouvelle propreté.
Tu sais, je pense qu'on aurait dû utiliser la fraîcheur océane pour les sols, au lieux de zest citronné, lança Shuu.
Fraîcheur océane, c'est ce qu'ils mettent dans les toilettes des mecs. Franchement, j'ai pas envie d'assister à un cours si la salle pue les chiottes.
Et zest citronné c'est ce qu'ils mettent dans les toilettes des filles...
Yuki esquissa un sourire amusé qu'il ne se fatigua même pas à cacher à Shimizu. A croire que partager les corvées et faire le ménage ensemble les avait beaucoup rapprochés... Il faut dire qu'ils avaient l'impression d'avoir fait la guerre des tranchées ensemble en rémettant la salle en ordre, alors ils étaient comme des frères d'armes maintenant. Même si Eiri aurait préféré un autre genre de relation avec la demoiselle, c'était toujours mieux que l'animausité perpétuelle qu'ils se vouaient avant.
Bon, bah maintenant on va chanter, dit le blond, rappelant à Shuuichi sa part du deal.
On n'a plus le temps. Il est 19h30 passées et la cafétériat ferme à 20h. Si on veut pouvoir manger -
N'essaye pas de te défiler. On a passé un accord, non ? Alors chante.
Et merde, j'avais carrément oublié cette histoire, se lamenta Shuuichi en se grattant la tête. Il prit un air niais et innocent, et demanda :
Tu es vraiment sûr de vouloir entendre ma voix horrible ?
Allez, te fait pas prier. Je suis sûr que tu chantes pas si mal que ça. Après tout, ton cousin est un des meilleurs chanteur au monde, non ?
Rougissant légèrement à ce compliment, le musicien hésita encore un peu. Il avait fait d'énormes progrés avec Yuki et ce serait bête de réduire tous leurs efforts à néant. Il était persuadé que s'il revenait sur sa parole maintenant, le blond le prendrait très mal. Certes, ils ne s'étaient jamais bien entendus depuis leur rencontre. En fait, c'était même plutôt la troisième guerre mondiale quand ils se disputaient. Mais depuis l'incident au dernier cours de musique, quand Shuuichi avait critiqué Yuki sur son apparence physique, le chanteur s'en était beaucoup voulu. Cette expérience lui avait donné l'occasion de voir que derrière le masque de froideur du garçon, il y avait aussi des sentiments et un coeur qu'on pouvait blesser - même s'il y avait aussi une grande part d'orgueil dans la réaction qu'avait eu le blond. Quoi qu'il en soit, à partir de ce jour-là, Shuuichi s'était dit qu'il vaudrait peut-être la peine de retenter une approche amicale. Alors maintenant qu'il y était parvenu, ce n'était pas le moment de faire marche arrière.
D'accord, je vais chanter. Mais Shimizu Shuu est loin d'avoir le talent vocal de Shindou Shuuichi tu sais. Je veux dire... C'est pas parce qu'on est cousins que je sais bien chanter.
Eiri se contenta d'acquiescer, donnant le feu vert à Shuu pour commencer. Alors, mettant toute la mauvaise volonté du monde dans sa voix, Shuu entonna les premières notes d'une comptine. Mon Dieu... C'est pire que le hurlement d'une banshee... remarqua Eiri, une grimace de douleur au visage tandis qu'il faisait son possible pour s'abstenir de plaquer ses mains sur ses oreilles dans une vaine tentative de protéger ses pauvres tympans. Evidemment, Shuu ne resta pas insensible au malaise de son camarade et mit un terme à la torture.
Alors ?
C'était...
Horrible. Je sais. Je ne vèxe même plus, ce serait nier l'évidence. Je n'ai aucun talent vocal. J'ai beau voir comment mon cousin travaille, je n'y arrive pas. Il m'a pourtant donner tout un tas de techniques pour m'améliorer mais rien à faire. Ma voix ne suit pas le mouvement.
Faisant mine de s'être résignée à la fatalité, Shuu s'approcha de Yuki et lui demanda :
C'est ton tour maintenant, il me semble.
J'ai pas envie de chanter, répondit le garçon.
Quoi ?! On avait fait un pacte non ? Si je chantais, tu chanterais pour moi en retour.
Peut-être bien, oui. Mais le deal ne tient plus. T'as pas chanté pour moi, tu m'as torturé, c'est pas pareil.
Je te l'avais bien dit pourtant, que je ne savais pas chanter ! Mais tu as insisté ! J'y ai mis tout mon coeur !
S'il te plait, n'importe quelle greluche sait pousser la chansonette, pourquoi pas toi ?!
Passant d'un extrême à l'autre, Shuu était maintenant énervée à son comble. Elle répliqua acidement :
Peut-être bien parce que je ne suis pas n'importe qu'elle greluche ! J'ai mes qualités et mes défauts ! J'y peux rien si je chante comme une porte qui grince !
Ca je sais bien que t'es pas n'importe quelle greluche... marmona Eiri si bas que Shuu l'entendit à peine.
Choisissant d'agir comme si elle n'avait pas entendu, elle ramassa sa veste, son sac de cours et lança par-dessus son épaule en se dirigeant vers la porte :
Je me demande pourquoi je t'ai tendu la main tout à l'heure ! Si j'avais su, je ne me serais pas retrouvée dans ce bordel avec toi et tu te serais démerdé tou seul comme un grand ! Voilà ce qu'on gagne à vouloir se montrer gentil...YE.
Réprimant un grognement de frustration et d'agacement, Eiri la rattrapa avant qu'elle ne quitte la pièce, la tira vers l'intérieur et referma la porte. Sans aucune préparation, il se mit à chanter. Sa voix douce et grave était assez agréable à entendre malgré les quelques fausses notes ça et là. Il avait une voix de bariton qui surprit Shuuichi au plus haut point. Non seulement il est beau mec mais en plus il a une voix magnifique... Il faudrait lui apprendre à l'utiliser... En l'entendant chanter, j'ai envie de chanter avec lui... Le chanteur professionnel eut toutes les peines du monde à contenir ses instincts et à se retenir d'accompagner le blond dans son interprêtatipon de "Lilium", un chant en latin... (3).
Sans trop savoir pourquoi, Shuuichi s'approcha de Yuki et lui fit signe de continuer alors qu'il allait s'arrêter. Sans poser de questions, le blond reprit son chant, un peu moins assuré qu'au début maintenant que la fille de ses rêves se tenait si près de lui. Le musicien leva la main vers le torse du blond qui sentait son coeur s'emballer et sa gorge se serrer, rendant difficile son chant. Mais lorsque la petite main de Shimizu appliqua une légère pression au niveau de son estomac, étrangement les sons sortirent tout seuls de sa gorge, comme si on venait débloquer quelque chose en lui. Sa voix s'était stabilisée et pouvait maintenant monter un peu plus haut.
Lorsque finalement il arriva au bout de la chanson, Eiri s'arrêta, légèrement essouflé. Il haussa un sourcil interrogateur, demandant silencieusement à la demoiselle ce qu'elle lui avait fait pour qu'il chante comme ça.
Tu chantes avec tes poumons, ce qui restreint considérablement tes capacités. Il faut que tu chantes avec ce que tu as dans le ventre, autant au sens propre qu'au figuré. Tu auras plus de souffle et tu tiendras plus facilement tes notes, expliqua Shuu.
Comment tu sais ça ?
Je te l'ai dit, mon cousin m'a appris plein de truc sur le chant. En tout cas, toi tu es vraiment doué.
Ne sachant trop quoi répondre, Eiri resta silencieux. Ce n'est qu'en entendant le petit rire amusé de la jeune femme qu'il réagit, remarquant qu'il avait stupidement rougi comme un ado timide tout ça à cause d'un simple petit compliment de rien du tout. Grognant et ronchonnant, il s'écarta de la fille et alla récupérer ses affaires.
Je te raccompagne à ton dortoire, répondit-il sèchement.
Gardant aux lèvres un petit sourire amusé, Shuu quitta la salle, prenant soin de bien fermer derrière elle, ne se souciant pas un instant (pas plus que Yuki d'ailleurs) de ramener à la loge les produits d'entretien et le matériel de ménage. Ils étaient déjà à mi-chemin du dortoire des filles quand la jeune fille parla enfin.
C'était sans doute la plus étrange St Valentin que j'ai passée. Personne ne m'a offert quoi que ce soit, j'ai pactisé avec mon pire ennemi, j'ai raté les cours pour faire le ménage et j'ai raté l'occasion d'avoir un bon dîner pour pousser la chansonnette avec un blondinet bougonneur...
A t'entendre tu n'es pas satisfaite de ta journée.
Je le serais plus si j'avais reçu un petit cadeau...
Je sais qu'en occident les garçons et les filles s'offrent tout un tas de cadeaux pour la St Valentin mais ici, c'est aux filles d'offrir des cadeaux aux garçons. Surtout des chocolats.
C'est nul ! décida Shuuichi. Quand j'ai quitté le Japon y'a deux ans, j'étais pas encore en âge de m'intéresser aux f -- mecs. Ouf, j'ai failli dire une connerie, moi ! songea-t-il avant de reprendre comme si de rien n'était. Mais maintenant que je suis revenue, j'ai l'impression d'être arrivée sur Mars. Je ne sais vraiment pas comment m'y prendre.
Avec les garçons ? demanda Eiri, inquiet que Shuu ait déjà quelqu'un en vue - parce qu'il était évident que ce "quelqu'un" ne pouvait être lui.
Avec tout ! Le Japon c'est tellement différent des Etats-Unis ou de l'Europe. Je suis complètement paumée.
T'es partie qu'à peine deux ans pourtant.
Mais ces deux ans ont été les plus importants dans ma vie, insista Shuu. J'ai beaucoup grandi... je veux dire... à l'intérieur. Avant j'était capricieuse, égoïste, immature. Je ne dis pas qu'aujourd'hui je suis forcément quelqu'un de bien mais je pense être devenue une meilleure personne.
Et quel genre de personne ? demanda Eiri en s'arrêtant, alors qu'ils venaient d'arriver devant l'immeuble des dortoires des filles.
Je sais pas... répondit simplement Shuu.
Après un étrange silence entre eux, elle poussa un soupir fatigué et dit :
Bon, je vais rentrer, prendre une douche et dormir. Je me sens toute dégoûtante et j'ai mal partout. Je me demande encore d'où venait toute cette saleté et ce que c'était que ce truc gluant...
Vaut mieux pas que tu saches.
Ouais, sûrement.
Mais bon, au moins, demain aprem ce sera le weekend et on pourra se reposer tranquillement.
Parle pour toi ! Je passe mes weekend à bosser chez NG avec Shuuichi. Bon, à demain matin.
Et là-dessus, Shuu monta les quelques marches qui menaient au hall d'entrée du bâtiment, puis disparut au détour d'un couloir. Yuki soupira. Oyasumi nasai, Shuu-chan. Et d'un pas las, il alla jusqu'à son dortoire où il prendrait lui aussi une bonne petite douche avant de s'emmitouffler dans ses draps. Il avait eu, pendant toute la première partie de la journée, l'impression d'être le valentin délaissé de Shuu. Mais même si elle ne lui avait pas offert de chocolats, le fait de pouvoir passer l'après-midi avec elle - même dans de telles circonstances - était un cadeau en soit. Et puis, Yuki n'était pas un romantique dans l'âme alors peu importait vraiment. Au moins, ils s'étaient un peu rapprochés, c'était le principal.
Des questions restaient cependant encore en suspend : Qui avait pu saccager la salle de musique à ce point ? Et pourquoi les profs n'en avaient-ils rien dit ? N'était-ce pas dans l'habitude du proviseur de chercher l'élève fautif jusqu'à ce qu'il soit envoyé à Guantanamo pour dégradation de bien public ? A moins qu'il tente de protéger le fautif...
XXX XXX XXX
Le lendemain matin...
Eiri était encore épuisé de son ménage de la veille, son dos, ses jambes et ses bras étaient tout courbaturés. Heureusement, il aurait le weekend entier pour se remettre en forme avant le cours de sport de lundi, avec ce malade échappé de l'armée, j'ai nommé Tokugawa-sensei. Sans trop se presser, Eiri s'habilla, prépara son sac pour la matinée, boucla sa valise pour le weekend, se donna un rapide coup de peigne et embarqua sa brosse à dents avec lui. En effet, tout fainéant qu'il était, il préféra aller à la salle de bain en partant et garder sa brosse à dents dans son sac toute la matinée, plutôt que de faire quelques pas pour retourner la ranger dans sa chambre avant d'aller en cours.
En ouvrant la porte de sa chambre, prêt à partir, il manqua de marcher sur une petite boîte rouge. Intrigué, il se pencha pour la ramasser. Il s'agissait d'une boîte de pokkii à la fraise, avec un post-it violet collé dessus. "On sort pas ensemble mais c'était une St Valentin sympa. Comme t'aimes pas le chocolat, j'ai opté pour les pokkii."
Et là, miracle ! Un sourire s'étira sur ses lèvres. Les quelques garçons qui étaient eux aussi dans les couloirs du troisième étage et qui eurent la chance d'être touchés par la grâce de ce sourire en furent presque aveuglés. Yuki Eiri ? Qui sourit ? C'est la fin du monde ? Remarquant l'attention qu'il avait attiré sur lui, Eiri reprit son expression dure et froide, semblable à celle d'un tueur à gage. Aussitôt, tous les témoins de ce bref instant de douceur fuirent, terrorisés, comme un troupeau d'antilopes tentant d'échapper aux lions. Tous avaient compris le message : "Répétez à qui que ce soit que vous m'avez vu sourir et je vous flingue direct." Gageons que personne n'en lâcherait un mot, même sous la torture.
Une fois sa magnifique dentition récurée, il passa vite fait par le coin distributeur dans le hall d'entrée du dortoir des mecs afin de s'y prendre un café bien noir qui, accompagné des pokkii si généreusement offerts, lui tiendrait guise de petit-déjeuner. C'est donc d'une humeur plutôt bonne que le blond arriva en classe, avec son goblet de café fini en route et qu'il jeta dans la corbeille. Il alla s'installer à sa place, bien tranquille au fond de la salle, dans son petit coin près de la fenêtre.
Il était encore tôt et rare étaient les élèves déjà arrivées. Usami Ayaka, bien qu'elle soit externe, arrivait assez tôt elle aussi. C'est donc avec son habituel sourire de gamine pédante et pourrie-gâtée qu'elle pénétra dans la pièce, la tête haute et le regard méprisant. Une expression de déléctation s'afficha sur son visage lorsqu'elle repéra Yuki, assis, croquant distraitement un de ses pokkii et remplissant une grille de mots-fléchés. Prenant une démarche des plus assurées, elle vint s'installer à sa place habituelle, juste à droite du blond.
Du coin des yeux, Eiri l'avait remarquée arriver avec sa démarche de prostituée, et la jupe de son uniforme suffisament raccourcie pour que son derrière invite les yeux des mecs. Et après elle fait la Sainte Nitouche quand des mains baladeuses lui tripotent les miches alors qu'elle n'attend que ça, se moqua Eiri, sans même lever les yeux de son crayon. J'espère qu'elle fait pas ça dans l'intention de me rendre jaloux parce que c'est raté.
Bientôt, les filles commencèrent à arriver, les garçons ayant pour la plupart la faucheuse habitude de trainer dans les couloirs avant de pointer le bout de leur nez enfariné en classe juste au moment de la sonnerie. Evidemment, qui dit filles dit commérages et très vite, elles se réunirent en petits groupes pour échanger les derniers racontards sur certains élèves du bahut. Eiri n'y fit pas trop attention jusqu'à ce qu'il entende son nom ainsi que celui de Shimizu dans la même phrase.
T'es sûre ?
Oui, j'te dis. Je les ai vu moi-même, depuis la fenêtre de ma chambre au dortoir. Yuki-kun et la nouvelle, Shimizu, main dans la main. Apparament, Yuki-kun la ramenait au son dortoir.
C'est mignon.
Tu rigoles ? A peine arrivée et cette fille nous vole Yuki !
D'un autre côté, il a jamais vraiment été à nous...
Ouais mais quand même !
En tous cas ça explique pourquoi ils étaient absents tous les deux hier. Qu'est-ce que tu crois qu'ils faisaient ?
A ton avis ? De trucs coquins évidemment.
Une des ex de Yuki qui était en Terminale A l'année dernière m'a dit qu'il savait faire pleins de trucs avec sa langue !
C'est bon ! Remue pas le couteau dans la plaie !
Eiri ne put s'empêcher de ricaner discrètement en entendant tout ça. "Main dans la main"... "Des trucs coquins"... J'aurais bien aimé. En tous cas ça y va gaiement sur les rumeurs, ce matin. Même si, pour une fois, je préfèrerais qu'elles soient plus que ça. Il avait déjà fait les trois quarts de la grille de mots-fléchés quand Serizawa Akira vint le trouver.
Salut, Yuki.
Hum... lui répondit Eiri, ne se donnant pas la peine de lever la tête pour le saluer proprement.
Tu restes sur Tokyo ce weekend où tu rentres à Kyoto ?
Je restes. Pourquoi ?
Parce que j'aurais aimé que tu me files un coup de main pour mon anglais, j'ai encore un peu de mal avec le Present Perfect.
Eiri finit par poser son crayon et regarda Akira dans les yeux. Il soupira, étirant ses bras au-dessus de sa tête.
Je suis pas là cet aprem alors demain en début de soirée, je pense qu'on aura le temps de travailler ça, proposa-t-il.
Ok, merci c'est sympa, répondit Serizawa avec un hauchement de tête avant de retourner à sa table.
Eiri laissa de côté ses mots-fléchés pour continuer à grignotter ses pokkii, bien conscient du regard insistant d'Usami sur lui. Vraiment, cette gonzesse mérite des baffes ! se dit-il. Mais au même moment, Shimizu fit son entrée dans la pièce. Pas besoin d'une tonne de maquillage, d'une tenue provocante ou d'un déhanché de strip-teaseuse pour qu'elle se fasse remarquer. Aucun artifice ne lui était nécéssaire. Sa joie naturelle et la bonne humeur que reflettait son visage suffisait à illuminer la pièce. Malgré ce petit air fatigué qu'elle arborait toujours en début de matinée, elle restait adorable.
Immédiatement, plusieurs garçons lui lancèrent des "salut", des "coucou" et autres exclamations de bienvenue. Ses deux amies, Umeda Kira et Mizushiro Rikku vinrent aussitôt la retrouver pour lui parler avec enthousiasme des dernières news people qu'elles avaient trouvées dans les magazines. Ces filles-là n'étaient pas particulièrement superficielles mais à côtés de Shimizu, il était clair qu'elles en faisaient trop, se comportant comme des fangirls hystériques à chaque fois qu'elles entendaient le nom d'un des musiciens de Bad Luck, ou d'autres chanteurs ou acteurs en vogue.
J'ai entendu dire que la petite soeur de Shindou allait venir étudier ici, à Tôhoku ! Elle a trop de chance d'être la soeur d'un beau mec comme lui ! s'exclama Rikku.
C'est clair ! approuva Kira. Il parait que si elle vient ici c'est parce que ses parents habitent le quartier. Ca veut dire que Shindou vient souvent dans le coin !
Les pauvres, si elles savaient que Shuu est la cousine de Shindou, elles en feraient une attaque à coups sûrs... songea Eiri en observant la scène.
Je trouve que Kitazawa a trop de chance d'être la batteuse de Bad Luck... Imagine un peu... Passer toutes ses journées entourée par trois purs beaux mecs ! Le pied !
J'ai hâte d'être au concert du Tokyo Dome !
Shimizu s'était contentée d'acquiescer et de sourire, visiblement heureuse de la bonne humeur de ses amies. Elles papotèrent encore quelques instants puis la jeune fille aux cheveux fuchsia les laissa pour aller à sa place, s'installer et sortir ses affaires. Mais à mi-chemin, Akira l'arrêta et la salua à son tour :
Ohayo !
Ohayo, Akira !
T'étais où hier ? On t'a pas vu de l'aprem, t'as séché les cours ?
Non, pas vraiment...
La réponse évasive de Shimizu sembla titiller la curiosité du garçon - ainsi que celle de Usami qui écoutait avec attention, à l'affut du moindre potin intéressant. Akira insista davantage, s'asseyant sur le rebord de son pupitre.
Yuki n'était pas là non plus et vu que vous vous disputez pas mal, je me suis un peu inquiété.
De quoi ? Y'a pas mort d'homme. Et puis Yuki-kun n'est pas si méchant qu'il y parait, il ne m'aurait pas frappé si c'est ça que t'a inquiété à ce point. Je ne pense pas qu'il soit du genre à lever la main sur une fille quelle qu'elle soit d'ailleurs.
Alors t'étais avec lui ? Tout l'apres-midi ?
Oui, répondit simplement Shuu, ne voyant pas quel mal il pouvait y avoir là-dedans.
Usami, en revanche, bouillonnait de colère. Cette nunuche de Shimizu avait passé l'après-midi avec SON Yuki ?! Mais pour qui se prenait-elle ? Il n'y avait aucune chance qu'elle la laisse avoir Yuki si facilement ! Eiri, de son côté, sourit. Voir la réaction d'Usami l'amusait beaucoup. Mais évidemment, il était loin de s'imaginer à quel point les filles pouvaient être mesquines et sournoises entre elles...
Heu... Shuu... Tu as séché les cours pour rester avec Yuki ? Tu as pris un coup sur la tête ou quoi ? Si le proviseur apprend ça...
Le proviseur le sait. C'est lui qui nous a dit de ne pas aller en cours. Il nous a surpris ensemble alors qu'on devait aller en classe, alors il nous a punis et on a passé l'aprem à faire du ménage.
Punis ? Pourquoi ? Qu'est-ce que vous faisiez "ensemble" avant ça de toutes façons ?
Rien. Laisse-tomber.
Avec ça, il y avait sûrement de quoi faire beaucoup de ragôts au sujet d'une éventuelle relation entre Shuu et Eiri, c'est sûr. Punis par le proviseur en personne pour avoir été pris ENSEMBLE. Shuu qui en revient avec une nouvelle ESTIME pour Yuki. Et puis, qui pouvait garantir qu'ils n'avaient fait que du ménage cet après-midi là ? Personne. Surtout que Yuki était réputé pour "savoir faire pleins de trucs avec sa langue".
En tout cas, tout le monde remarqua le large sourire que Shuu adressa à Eiri et l'espèce de petit sourire en coin que ce dernier lui rendit en croquant dans un pokkii à la fraise. Sans rien dire de plus, Shimizu posa son sac à terre, s'assit à sa table et commença à débaler ses affaires. Akira s'était assis à sa place lui aussi et il fut le premier à parler, demandant à la jeune fille si elle était toujours d'accord pour le cinéma le soir-même.
A en juger par le regard meurtrier que Usami lançait à Shimizu, ceux qui l'avait remarqué - ainsi que Yuki - se demandèrent comment la fille au cheveux roses faisait pour ne pas ressentir cette espèce d'aura maléfique venant de derrière elle. Puis ce fut au tour d'Eiri... Kouga Jun, le bellâtre prétentieux du lycée, débarqua dans la classe, balança son sac sur sa table et se précipita vers le blond, une expression de rage déssinée sur ses traits.
Yuki, viens avec moi, j'ai deux mots à te dire.
Et moi je veux rien entendre. Dégage.
A son tour étonné et intrigué par la soudaine montée d'agressivité derrière lui, Shuuichi se retourna. Génial... Une bataille entre les deux "mâles" de la classe. Qu'est-ce qu'ils veulent ? Savoir lequel émet le plus de testostérone ? Mais il avait beau prendre la chose à la légère, au fond de lui le chanteur se doutait qu'il y avait quelque chose de plus sérieux.
Fait pas le malin, Yuki. Lève ton cul et suis-moi.
C'est sûr que si tu le demandes si gentiment, j'aurais envie de le faire...
Réprimant un grognement agacé, Kouga serra les poings et contracta sa mâchoire.
S'il te plait, lâcha-t-il comme si ça lui avait écorché la bouche de s'abaisser à tant de diplomatie avec son principal rival.
C'est bien, il sait que c'est moi qui commande en fin de compte, songea Eiri, amusé, en consentant enfin à se levé. Remarquant que Shuu le suivait du regard, il lui lança un clin d'oeil tout en suivant Kouga dans le couloir. Derrière la fille de ses rêves, Ayaka faisait pâle figure, surtout avec son visage crispé par la colère. La pauvre, on dirait qu'elle est constipée. Shuu, elle, avait rougi comme une pivoine, sans trop savoir pourquoi.
Une fois dans le couloir, c'est un Kouga hors de lui qui attrapa Yuki par le col pour le plaquer avec force contre le mur. Là où ils étaient, aucun élève de la classe ne pouvait voir ce qui se passait ou entendre ce qui se disait, alors forcément, autant en profiter. Après tout, quand on est le fils du proviseur et le délégué des élèves, on peut se permettre de faire certaines choses tout en sachant qu'on sera au-dessus de tout soupçon. Eiri savait que s'il allait se plaindre - ce qu'il ne ferait jamais puisqu'il avait beaucoup trop d'orgueil pour ça - ce serait sa parole contre la sienne. Et dans ce cas-là, on choisit toujours de croire la version du fils du directeur, si gentil et serviable, plutôt que celle d'un délinquant désobéissant et irrespectueux.
Calmement mais fermement, Eiri saisit le poignet de Kouga. Cependant, les doigts de Jun restaient bien resserrés sur sa chemise. Si tu veux jouer au jeu de soumission (4), tu vas perdre mon p'tit gars, songea le blond en attrapant avec plus de force le poignet de son adversaire, jusqu'à que la douleur fasse lâcher prise à Kouga.
Qu'est-ce que tu m'veux ? gronda Eiri, son regard froid et dur fixant le brun avec animausité.
Que tu t'éloignes de Shuu. Elle est à moi.
Mais bien sûr, se moqua le blond en repoussant le fils du proviseur.
Toutes les filles te tournent déjà autour. T'as le choix. Mais je ne te laisserais pas poser tes sales pattes d'étranger sur elle.
Evidemment, cet idiot avait abordé le sujet qui fâche et Yuki vit rouge.
Je suis japonais, siffla-t-il.
A qui tu veux faire croire ça, franchement ?
Ne le frappe pas, Eiri ! Ca va encore se retourner contre toi ! se répétait le blond. Face à lui, Kouga arborait un sourire victorieux. Il savait que quoi qu'il fasse, il s'en sortirait. Il n'était pas spécialement petit, environ un mètre 80, et il était tout de même assez barraqué, genre joueur de football américain. Yuki n'était encore jamais allé jusqu'à se battre avec lui alors il ne savait pas vraiment si c'était jouable. Il était peut-être plus grand et plus agile et rapide, mais ce serait serré. Et de toutes façons, quelque soit l'issue de la bagarre, Eiri finirait renvoyé du lycée. Et qui dit renvoie dit retour à Kyoto et gestion du temple familiale. Il n'en fallut pas moins pour calmer les nerfs d'Eiri qui décida de jouer sur le tableau du chantage.
Je sais que tu as saccagé la salle de musique, sûrement avec quelques copains... Je ne crois pas que Shimizu serait contente d'apprendre ça. C'est une fille qui aime les garçons respectueux, tu sais.
Sur le coup étonné, Kouga se rattrapa vite, tentant de montrer qu'il n'avait rien à craindre même si ce n'était pas tout à fait vrai. Il doit se dire que c'est ma parole contre la sienne et il n'a pas vraiment tort là-dessus, même si je sais que Shuu sera plus encline à me croire moi, songea le blond.
Alors te fais pas d'illusions, Yuki, elle sortira jamais avec toi, répliqua-t-il.
Tu as l'air bien sûr de toi...
Qu'est-ce que tu veux dire par là ?! grogna aussitôt Jun.
Je veux dire... Regarde-toi ! Et regarde-moi ! T'es peut-être mignon mais moi j'ai la classe. Je suis un pur beau gosse. Et visiblement, tout le monde trouve qu'on forme un très joli couple à en croire les rumeurs qui circulent dans la classe.
Tu... Tu sors avec elle ? enragea le brun, ses yeux brûlant de haine à l'égard de Yuki.
Héhé... On dirait que tu es arrivé trop tard.
Là-dessus, Eiri s'écarta de ce boulet de Kouga, lui donnant "maladroitement" un coup d'épaule au passage, accompagné d'un sourire mauqueur et provocateur. En retournant dans la salle, son manque absolu de bonne conscience en matière de vérité évita à Eiri de se sentir coupable pour avoir menti en prétendant être le petit ami de Shuu. C'est pas moi qui ait inventé ça ! Quand ai-je dis "Oui, je sors avec Shimizu" ? Jamais. Libre à lui, ainsi qu'au reste du bahut d'interprêter mes paroles comme ils veulent, se dit-il en regagnant sa place. Le mensonge par omission ou le détournement de la vérité était une de ses spécialités.
Quelques instants plus tard, le professeur Ohara Eiji-sensei (5) entra dans la classe en même temps que Kouga. A en juger par le regard de l'élève, Yuki allait avoir le proviseur encore plus souvent sur le dos. Jun alla également à sa place, arracha un bout de papier d'un de ses cahiers, gribouilla quelque chose dessus, puis le fit passer. Bientôt, le papier allait faire le tour des concierges de la classes, à savoir la majorité des filles et des garçons, excéptés Kira, Rikku, Akira, Shuu elle-même, et les quelques élèves trop sérieux pour s'intéresser aux potins de la Terminale C. C'est bien... Fait passer le mot, Kouga-kun ! Propage bien la rumeur. Bientôt, tout le monde saura que Shimizu est à moi et à moi seul.
Le cours allait commencer mais avant, leur professeur fit une annonce :
La semaine prochaine, ce sera la rentrée des classes de Seconde et de Première, donc les clubs ouvriront. Délégué ? Venez au tableau inscrire ceci.
Kouga se leva et prit la feuille que l'enseignant lui tendait.
Il s'agit de la liste des clubs qui seront ouverts cette année, et des dates limites d'inscriptions. Vous pourrez trouver les formulaires à compléter au secrétariat ou en salle des profs, ajouta-t-il avant de commencer à sortir de sa sacoche son manuel et ses notes pour le cours.
De leurs côtés, les élèves intéressés reportaient les informations dans leur agenda. Soudain, une exclamation indignée se fit entendre. Tous tournèrent la tête, cherchant le ou la responsable. Il n'eurent pas à chercher bien longtemps puisque Shuu se leva, visiblement hors d'elle. Elle dévisagea un moment Kouga, sous les regards interloqués des autres élèves.
Shimizu-san ? Vous avez un problème ? demanda le professeur.
Mais la demoiselle ne répondit pas. Elle rassembla ses affaires à toute vitesse et quitta la salle sans plus d'explications.
Shimizu-san ? Shimizu ! Revenez en classe immédiatement !
Intrigué et inquiet, Eiri se tourna vers Akira et l'interpella tout bas :
Oy ! Serizawa ?
Akira se retourna aussitôt, visiblement surpris lui aussi.
Qu'est-ce qui lui a pris ?
Je sais pas, répondit l'ami de Shuu. Elle a marmonné un truc genre "Quel porc !" puis elle s'est levée.
Fronçant les sourcils, Eiri chercha à comprendre la réaction de la jeune fille. Son regard se porta sur Kouga qui, après s'être interrompu un instant, avait recommencé à écrire au tableau. Ecrire... Mais oui ! C'était son écriture ! C'est lui qui a marqué ces saletés sur Shuu dans la salle de musique. Puisqu'il y était, c'était évident. J'me disais bien avoir déjà vu cette écriture quelque part avant. Et aussitôt, Eiri remballa à son tour ses affaires et quitta la classe, son sac sur l'épaule.
Yuki-kun ?! Ou allez-vous ?
A la superette du coin m'acheter des Tampax, pauvre con, répondit le blond sans prendre la peine de regarder Ohara-sensei en lui balançant sa petite pique.
La majorité des élèves explosèrent de rire - évidemment - tandis que l'enseignant appelait encore et encore Eiri, le sommant de revenir en cours ou il appelerait son père. Vas-y, appelle mon vieux ! Qu'est-ce que tu veux qu'il me fasse ? Qu'il me mette une fessée ? Faudrait déjà qu'il bouge son gros cul jusqu'à Tokyo !
Il arriva dans le parc, vêtu de son long manteau de tweed noir et de son écharpe bleue, se demandant où pouvait bien se trouver Shuu. En y réfléchissant un peu, elle devait sûrement être près du dortoire des filles, puisqu'elle devrait y repasser pour récupérer sa valise avant de rentrer chez elle pour le weekend. Il emprunta donc le chemin pour se rendre au bâtiment des filles. Mais il eut la surprise de trouver Shuu, assise sur un banc non loin du réverbère sous lequel il l'avait surprise à écrire des paroles de chanson. Elle était bien emmitoufflée dans son joli manteau bleu ciel, ses mèches roses encadrant son adorable visage. Ses yeux exprimaient à la fois de la colère, du dégoût et de la peine. Et des larmes - sans doutes provoquées par le même coktail de sentiments - roulaient sur ses joues rosies par le froid mordant de l'hiver.
Il alla s'asseoir à côté d'elle, laissant tomber son sac entre ses jambes, s'adossant pleinement contre le dossier du banc.
Qu'est-ce que tu viens faire là ? marmonna-t-elle.
Te tenir compagnie. Tes amis sont tous trop sérieux pour rater un cours alors je m'y suis collé.
Si c'est une corvée pour toi, retourne d'où tu viens.
T'es vache avec moi. J'ai quitté le cours rien que pour toi... fit Eiri, faisant mine de se faire plaindre. Bon, tu me diras, c'est pas la première fois que je me casse d'un cours en claquant la porte au nez d'un prof après l'avoir traité de con. Mais je suis déjà un cas désespéré alors un peu plus ou un peu moins...
T'as vraiment fait ça ? T'as claqué la porte à la tronche du prof ?
Non, mais je l'ai traité de con.
Et encore une fois, il parvint à faire sourire Shuu.
J'aurais dû rester pour voir ça, dit-elle.
Si tu étais resté tu n'aurais rien vu puisque je n'aurais pas eu à le faire, baka, fit remarquer le blond.
C'est vrai, concéda la jeune fille en réprimant un frisson.
Pendant un instant, aucun d'eux ne parla, laissant un silence calme et reposant s'installer. Seuls quelques grelottements échappant à Shuu se firent entendre. Finalement, Eiri décida de passer un bras autour des épaules de la demoiselle, la rapprochant de lui suffisament pour qu'elle se blottisse contre ses flancs. Aussitôt, celle-ci se raidit.
Qu'est-ce que tu crois que tu fais, là ? demanda-t-elle durement.
Je te réchauffe. Chaleur corporelle, tu connais ?
Tu me prends pour un nul ?
Un nul ? se répéta Eiri, cherchant ce qui sonnait faux. Pourquoi elle utilise le masculin ? De son côté, ayant remarqué sa bourde et l'expression étonnée sur le visage du blond, Shuuichi tenta de faire diversion en relançant le sujet.
T'as pas répondu. Pourquoi tu me sers contre toi ?
Pour renforcer la rumeur, mon ange, eut envie de répondre Eiri. En effet, quiconque les verrait ainsi ne mettrait plus en doute les ragôts affirmant que Shimizu et Yuki sortaient ensemble. Surtout pas après avoir vu le "méchant" Yuki partir en plein cours en courant après sa petite chérie pour la réconforter... Mais Eiri se contenta de dire :
J'en ai mare de t'entendre claquer des dents.
Ils restèrent encore un moment comme ça, sans bouger, dans le silence glacial de l'hiver. Le parc du lycée était resté blanc de la neige tenace qui était tombé au début de la semaine. C'était agréable de profiter de la beauté de la chose sans avoir à se prendre la tête. Shuuichi commençait sérieusement à apprécier la compagnie de Yuki qui, même s'il restait vraiment très agaçant à le provoquer pour un rien, s'était révélé être une personne sur qui on pouvait compter en cas de besoin. Mais bon, quelque chose au fond de lui lui disait que Yuki n'agissait pas forcément comme ça avec tout le monde et qu'il serait bien capable de laisser n'importe qui crever la bouche ouverte, pour peu que ça l'intéressait. Mais alors si je ne suis pas n'importe qui pour lui, qu'est-ce que je suis ? se demanda-t-il.
Tu as dit que devais travailler chaque weekend, hier. Tu te reposes jamais ? demanda soudain Eiri, rompant le silence, ce qui fit légèrement sursauter Shuu.
Rarement en fait. Y'a bien des fois où je rentres voir ma famille mais je ne reste pas longtemps parce qu'entre le lycée et le boulot...
Je vois. Tes parents ne sont pas un peu agacés de ne jamais voir leur fille ?
Parents ? Est-ce que Shuu à des parents ? s'enquit Shuuichi. Il n'avait jamais vraiment songer à créer un passé allant avec sa fausse identité. En fait, il s'était contenté de broder un peu à chaque fois qu'on lui posait des questions du genre, comme lorsqu'il avait inventé que Shuu était la cousine de Shuuichi et Maiko Shindou. Mais là, il s'agissait d'inventer des parents...
Je suis orpheline. Je vie avec mon oncle, ma tante et mes cousins depuis toute petite, dit-il de but en blanc.
C'était un mensonge simple et facile à retenir. Et comme ça, personne ne s'étonnerait de ne jamais voir les Shimizu venir chercher leur fille au lycée ou assister à une réunion de parents d'élèves. Quant à l'inscription, c'était Seguchi qui s'en était chargé pour lui, se portant garant. Ca pourrait passer sans problème puisque techniquement, Seguchi Tohma était l'employeur de Shuu... Et tout bon employeur ferait ça pour une de ses employés, encore mineure et orpheline. Génial, Shuuichi ! Pour une fois, tes mensonges tiennent la route !
C'est pour ça que tu es si proche de Shindou et de sa soeur ? en déduit Eiri.
Oui. On a grandi ensemble. Et toi ? Akira m'a dit que tu passais la plupart de tes weekend ici, au pensionnat. T'as pas de famille ?
Si hélas.
Alors pourquoi tu ne vas pas les voir ?
Mon vieux est un con. Il habite à Kyoto alors j'ai profité du fait que ma soeur et son mari habitent sur Tokyo pour venir y étudier. Mais je retourne là-bas de temps en temps pour voir mon petit frère.
Et ta soeur ? Tu ne profites pas du weekend pour aller la voir ?
C'est une chieuse. Je me contente d'aller déposer mon linge sale chez elle quand je vais faire un tour dans le centre ville.
Shuu réprima un petit rire et demanda :
A t'entendre, le monde entier te fait chier, Yuki Eiri ! Qui trouve grâce à tes yeux ?
Les personnes comme toi, répondit Eiri, même s'il se serait bien contenté de ne dire que "Toi". Les moutons et les mous du bulbe m'énervent. Toi, tu as du caractère, tu sais ce que tu veux et tu es prête à te battre pour l'avoir.
C'est un compliment ?
Prends ça comme tu veux.
Pendant un moment, un nouveau silence s'installa. Shuuichi aurait pu passer sa journée comme ça, assis sur ce banc, bien au chaud dans son manteau et dans les bras de Yuki. A cette pensée, il rougit un peu, mais heureusement pas assez pour que le blond le remarque. Finalement, il se décida à demander :
Pourquoi tu as décidé de me suivre ? Rien ne t'y obligeait. Et ne me dis pas que c'était pour te dégourdir les jambes.
J'ai compris pourquoi tu es partie.
Cette réponse se suffisait à elle seule. Pourtant, Eiri se sentit obligé d'ajouter :
Ne pense plus à cette espèce de poème.
J'y pense plus. Je suis en train de penser à un moyen de castrer ce connard.
Les deux adolescents échangèrent un petit sourire complice.
Au fait, comment tu as trouvé les pokkii ?
A la fraise, répondit Eiri. A question stupide...
... Réponse stupide. Hiro me le dit souvent.
J'ai toujours pas pigé ton message sur le post-it.
C'était pourtant clair. Qu'on le veuille ou non, on a passé la St Valentin ensemble. Donc on est des valentins. Et en bonne valentine que je suis, je t'ai offert des sucreries. A la bourre, certes, mais mieux vaut tard que jamais.
Après cette petite explication de la part de la jeune fille, Eiri eut un petit sourire intérieur ; finalement, le sentiment d'avoir était un valentin délaissé avait été compensé par une boîtes de pokkii à la fraise et quelques sourires de la part du plus joli des chocolats. Quelle pensée idiote et romantique... C'est pas bientôt fini, la praline ?! (Pat : Oh, la ferme !).
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Ndla : (1) A la St Valentin au Japon, c'est la coutume que les filles offrent des chocolats à leur petit copain ou au garçon qui leur plait. Et vers le 14 mars, ce sont les garçons qui doivent offrir un cadeau à la fille de leur coeur, généralement un ruban blanc. On appelle ce jour le White Day. (2) Usagi était celui qui, dans le premier chapitre avait annoncé l'arrivée de la nouvelle élève. (3) "Lilium" est l'opening de "Elfen Lies", série tout simplement magnifique. (4) Dans les sports de combat, comme le catch ou la lutte, la soumission consiste à user d'un point de pression (généralement des articulations) sur lesquels on applique une force particulière. On peut s'en servir pour désarmer quelqu'un, l'immobiliser, ou le faire lâcher prise. Je m'en sers souvent contre mon frère, héhé ! (5) Vous vous rendez compte que mon soucis d'exactitude m'a poussé à reparcourir le tome 1 de Gravitation pour chercher le nom du prof d'histoire de Shuu ? Vous savez, on le voit dans la scène où Mika vient le kidnapper en pleine interro... D'ailleur, Tôhoku est également le nom du lycée de Shuuichi dans le manga.
Notes : On dirait que ça s'améliore pour Yuki et Shuuichi, héhé ! Désolée pour l'attente, je vais faire de mon mieux pour vous satisfaire, mes lecteurs adorés ! La suite au prochain chapitre...
Lexique :
Ima : Maintenant.
Daijôbu : Ca va ? (forme familière de "Daijôbu desuka?" qui signifie Est-ce que ça va ?)
Hai : Oui.
Ii desu : C'est bon. C'est bien.
Oyasumi nasai : Bonne nuit (du verbe "yasumu", se reposer)
Baka : Idiot, crétin, andouille, abruti.
