Origine : Gundam Wings

Disclaimer : Les personnages principaux ne sont pas à moi, mais à leurs auteurs respectifs. Quand on voit la vie que je leur fais mener, c'est pas plus mal...

Genre : shonen-ai

Couples : 3x4, 1+2

Remarques :

Fic toujours non corrigée, ma bêta ayant autre chose à faire que lire mes bêtises (et je la comprends) ^_^

Merci à toutes les personnes qui m'ont laissé une review, c'est super valorisant de voir qu'une de mes histoires plaît autant ! Dans ce chapitre, pas de jaloux, on va voir tout le monde à tour de rôle !


Chapitre 3

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Lundi 18 décembre 200

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- Et bien, t'arrives pas à te remettre de ta grippe ?

Duo leva le nez de sa tasse de café noir et regarda Léon d'un air passablement bovin. Il avait les yeux injectés de sang, soulignés de valises de diva en déplacement. Il soupira avant de répondre :

- Nan, c'est pas la grippe, je suis complètement guéri depuis mercredi. Mais ça fait une semaine que je fais d'affreux cauchemars qui m'empêchent de dormir.

- Des cauchemars ? De quel ordre ?

- Don't know. Je les oublie dès que j'ouvre les yeux. Mais je sais que je veux pas les revoir.

Léon regarda son mécano, qui se trainait comme un zombie depuis le matin. Il s'approcha de lui, lui posa la main sur l'épaule et lui proposa :

- Veux-tu un jour de repos ? Y'a pas grand chose à faire de toute façon.

- Non, merci. Si je bosse pas, je vais m'endormir, et si je dors, je vais cauchemarder.

- Tu pourrais essayer les somnifères.

- Ah, non ! Hors de question que j'avale a darn drug !

Sur cette exclamation, Duo se leva, finit sa tasse d'un trait et la posa un peu brusquement dans l'évier. Puis, il repartit dans le garage pour s'occuper de la révision d'un cabriolet. Léon soupira en secouant la tête face au caractère buté de son employé, à qui il n'arrivait même pas à faire avaler une aspirine, et sirota tranquillement son café. Quand il eut fini, il lava les tasses et retourna à son bureau, pour préparer les papiers qu'il devait envoyer à son comptable pour la clôture de l'exercice qui aurait lieu fin décembre. Ce n'était pas urgent, mais comme il l'avait dit à Duo, il n'y avait pas grand chose d'autre à faire.

Pendant que Léon grommelait et râlait en cherchant dans ses dossiers pour remettre la main sur les papiers requis, Duo préparait la voiture pour la vidange. Malheureusement, comme c'était une opération de routine, il n'arrivait pas à se concentrer suffisamment pour arrêter ses cogitations. Depuis la semaine précédente et le flash qu'il avait eu en voyant la croix au cou de l'asiatique, il n'arrivait plus à se sortir ce "souvenir" de l'esprit. Et dès qu'il essayait de faire coller ces quelques minutes avec ce qu'il savait de sa vie, il développait une migraine effroyable. Le seul moment où il pouvait y échapper, c'était pendant qu'il dormait. Mais ses récents cauchemars lui enlevaient le seul échappatoire qu'il lui restait. À croire que son cerveau aimait le faire souffrir.

Il n'en avait parlé à personne, car il n'avait pas assez d'éléments tangibles. Certes, il avait des cicatrices là où il avait "vu" des blessures. Mais peut-être était-ce juste son esprit qui avait inventé cette vision à partir des cicatrices qu'il avait récolté lors de son accident. Si c'était le cas, il devrait vraiment retourner voir un psy.

À cette pensée, un énorme frisson le parcouru. Aller voir un psy voulait dire retourner à l'hôpital, et il ne voulait en aucun cas remettre un pied dans cet antre blanc, froid et aseptisé. Et puis, il connaissait déjà le diagnostic : choc post-traumatique. Mais pourquoi maintenant ? Pourquoi son esprit avait-il attendu cinq ans pour réagir ?

Frustré de ne pas trouver de réponse, de quelque façon qu'il prenne la chose, Duo se cogna volontairement la tête contre le carter de la voiture, dans l'espoir d'arrêter ses cogitations. Mais il ne récolta qu'un étourdissement passager et une jolie bosse pleine de cambouis. En désespoir de cause, il se concentra sur son travail et se murmura les différentes étapes et tous les points à vérifier, comme s'il se donnait un cours. Ainsi, il parvint à oublier momentanément son trouble.

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Duo se réveilla en sursaut, le corps en sueur et le cœur battant à cent à l'heure. Il était presque levé, cherchant frénétiquement quelque chose sous son oreiller, lorsqu'il réussit à se remettre les idées en place. Il ne risquait rien, il était dans sa chambre, il venait juste de faire l'un de ces creepy nightmare. Il se laissa retomber au milieu de ses couvertures en geignant. Mais dès qu'il ferma les yeux, un panique sourde l'assaillit. Il les rouvrit immédiatement et tourna la tête vers son réveil. Il n'était pas encore minuit.

Soupirant à fendre l'âme, Duo sortit de son lit. Ça ne faisait même pas deux heures qu'il était allé se coucher. Mais, pour l'avoir régulièrement expérimenté depuis une semaine, il savait qu'il ne se rendormirait pas tout de suite. Le moyen le plus efficace qu'il ait trouvé pour retomber dans les bras de Morphée consistait à regarder la télévision, si possible une émission débilitante qui allait lui vider la tête. Il avait une chance sur deux de finir sa nuit sur le canapé, mais c'était toujours mieux que de se retourner sans fin dans son lit.

Sans faire de bruit, il quitta sa chambre et descendit au salon. Ses parents étaient déjà partis se coucher, aussi il alluma le poste tout en diminuant immédiatement le volume sonore, pour ne pas les déranger. Il se rencogna dans un coin du canapé et mit une chaine au hasard. Il tomba sur une chaine de sport, avec une rediffusion d'une course de vélo. Certes, il était exténué et prêt à regarder à peu près n'importe quoi, mais pas à ce point-là.

Il zappa un moment, et finit par tomber sur une chaine étrangère. Le talk-show était en direct, et apprit à Duo que s'il était presque minuit à Sank, il était seulement 21h à Los Angeles. Le présentateur demanda une ovation pour son invité, le très célèbre Quatre Raberba Winner, dirigeant de la plus grande entreprise de la Terre et des Colonies. Le public obéit obligeamment, pendant que l'éclairagiste et le cadreur combinaient leurs effets pour mettre en valeur le jeune homme blond assis en face du présentateur.

Lorsque les applaudissements se turent, le présentateur commença à poser des questions au jeune homme, lui demandant de parler de sa vie, de son enfance à maintenant. Le blond répondit de bonne grâce et avec un sourire à faire se pâmer la moitié de l'assistance. D'ailleurs, lors des rares vues du public, on voyait que toutes les femmes présentes étaient béates d'admiration devant le plus beau parti du monde.

Duo laissa cette chaine. Après tout, entendre raconter la vie d'un autre lui permettrait peut-être d'oublier la sienne assez longtemps pour s'endormir. Son raisonnement était somme toute assez juste, puisqu'une demi-heure plus tard, l'Américain commençait à piquer du nez sur l'accoudoir. Alors que Morphée lui faisait de grands signes de la main, le présentateur posa une question qui le fit se reconcentrer sur l'écran, sans qu'il sache trop pourquoi.

- Monsieur Winner, une de mes sources m'a dit que vous auriez piloté un gundam pendant la guerre. Est-ce vrai ?

Le jeune homme blond éclata de rire avant de répondre, la voix hachée par son hilarité :

- Votre source est mal renseignée ! Je ne sais même pas utiliser un mixer ! Comment voulez-vous que j'ai pu faire fonctionner une machine aussi compliquée qu'un gundam ?

En entendant cette phrase, un nouveau flash assailli Duo.

Il venait de passer la porte de leur nouvelle planque lorsqu'il entendit des imprécations sortir d'une pièce un peu plus loin sur la droite. Intrigué par le flot de mots inconnus, il s'avança et resta interdit quelques secondes devant la scène dont il était le témoin. Le soit-disant stoïque Chinois menaçait un innocent mixer avec le sabre de ses ancêtres, tout en continuant d'abreuver la pauvre machine de ce qui ne pouvait être que des jurons issus de sa langue natale. Souriant largement à son collègue, Duo attrapa le sabre avant qu'il ne s'abatte sur le mixer et demanda :

- Et bin alors Wuffy, qu'est-ce qu'il t'a fait ce pauvre mixer pour te mettre dans cet état ?

- C'est toujours Wufei, Maxwell ! Et je n'arrive pas à faire fonctionner cette Yúchŭn jī (1) !

- Je suis pas sûr que l'atomiser avec ton sabre le fera mieux marcher. Laisse-moi voir.

De mauvaise grâce, le Chinois lui laissa la place en grommelant et en rengainant son sabre. Quatre passa la porte à ce moment-là, ayant lui aussi été attiré par les jurons. Il demanda à Wufei ce qu'il se passait. Le Chinois allait lui expliquer lorsqu'une exclamation les interrompit :

- Find it !

Duo se redressa en brandissant triomphalement une prise électrique, un grand sourire aux lèvres.

- Franchement, Wuffy, je me demande comment t'arrives à piloter ton gundam si compliqué alors que t'es même pas capable de faire marcher un misérable mixer ! T'avais juste oublié de le brancher !

Wufei avait commencé à virer au rouge dès le début de la moquerie de Duo. La dernière phrase fit en plus exploser de rire le petit blond à côté de lui. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase et il tenta de tailler en pièces cet idiot natté. Duo avait heureusement de bons réflexes et il se baissa à temps pour éviter de se faire décapiter par le sabre chinois. Il se sauva de la cuisine à toutes jambes, souriant comme un dément, et commença à faire le tour de la maisonnette en courant, poursuivi par le Chinois déchainé et le rire clair de Quatre.

Une brusque toux le fit revenir à lui. Le jeune homme interviewé semblait s'être étranglé en riant, et il toussait maintenant tout en essayant de reprendre son souffle. Le présentateur inquiet lui proposa un verre d'eau que l'Arabe accepta avant de boire de longues gorgées. Il s'excusa avec un adorable sourire et l'émission reprit son cours.

Duo arrêta la télévision, secoué. Sa vision lui semblait être contemporaine de la précédente. Et le Quatre qu'il venait de voir, c'était le même que celui de la télévision, avec quelques années de moins, il en était sûr et certain. Comment pouvait-il connaître l'héritier de la toute puissante famille Winner ? Il était orphelin, et avait grandi dans la rue ! Et surtout, plus important, comment pouvait-il connaître un pilote de gundam ? Parce qu'apparemment, ce Wufei, pour tout colérique qu'il soit, en était un !

D'une main tremblante, Duo ralluma le poste. Il regarda la fin du talk-show, souhaitant et appréhendant en même temps d'avoir une nouvelle vision. Mais non, le générique de fin retentit sans qu'aucun nouveau souvenir ne vienne troubler l'Américain. Laissant la chaine continuer ses programmes sans plus la regarder, Duo ramena ses jambes contre sa poitrine et les entoura de ses bras. Il posa son menton sur ses genoux et, ainsi ramassé sur lui-même, il tenta de recoller les morceaux de ses deux visions ensemble. Mais il n'arriva pas à les ordonner, ni à trouver à quel moment elles auraient pu se passer. Il continua à se creuser les méninges une bonne partie de la nuit, malgré une forte migraine. Finalement, épuisé et nauséeux, il finit par s'endormir, roulé en boule contre l'accoudoir.

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En acceptant de mauvaise grâce l'invitation à ce talk-show, Quatre n'aurait jamais cru sentir de nouveau les émotions de l'Américain. C'était arrivé en plein milieu de l'interview, et il avait caché sa surprise en faisant semblant de s'étrangler. Ça avait apparemment fonctionné, et il avait attendu la fin de l'émission avec une impatience grandissante. Dès qu'il fut de retour dans sa loge, il attrapa ses affaires et fila à toute vitesse, sans laisser aux caméristes le temps de le démaquiller.

Une fois arrivé dans sa chambre d'hôtel, il prit son portable et appela Heero. Au bout de quelque sonneries, une voix bourrue lui répondit :

- J'espère que t'as une bonne raison pour m'appeler à 2h23 du matin.

- Je l'ai senti de nouveau.

- Quand ça ?

Pour le coup, le Japonais semblait bien réveillé. Quatre entendit des froissements de tissus puis de papiers pendant qu'il expliquait :

- Vers 21h30, heure de Los Angeles. J'étais en train de participer à une émission de télévision en direct quand j'ai senti de nouveau l'esprit de Duo. Il avait toujours l'air surpris, mais également effrayé vers la fin. Puis, je ne l'ai plus senti.

- C'était quelle émission ?

- Monday's Show, sur CBS (2). Si tu veux savoir l'heure exacte, regarde l'émission, c'est lorsque je me suis étranglé.

- …

Le silence au bout de la ligne commençant à s'éterniser, Quatre appela son ami :

- Heero ?

- Je pense savoir ce qui se passe.

- Vraiment ?

- Hn. Duo doit t'avoir vu à la télévision et ça l'a ramené un moment.

- Si c'est vrai, c'est une bonne nouvelle. Alors pourquoi es-tu énervé ?

Heero se passa une main dans les cheveux, amusé malgré lui de l'habileté de Quatre a pouvoir connaître son humeur, peu importe la distance entre eux.

- CBS est diffusée en direct sur plus du quart de la Terre. Ça laisse encore beaucoup de cachettes possibles.

- Ne soit pas si pessimiste. Certes, ça laisse un quart de la planète, mais ça élimine les trois autres quarts et toutes les Colonies. C'est déjà pas mal.

- Hn.

- Et pour la semaine dernière ? J'étais en réunion, pas à la télévision.

- Mais moi, oui. J'étais au discours du Président de l'Alliance avec Réléna. Mais ça ne nous avance pas, l'émission était diffusée sur la Terre entière et également dans les Colonies.

- Alors on va continuer.

- Hn ?

- On va continuer comme ça. J'attends de sentir de nouveau Duo, je te fais part de l'heure exacte et toi, tu cherches dans quelle émission l'un de nous est passé et où elle a été diffusée. Avec un peu de chance et de patience, on arrivera à diminuer la zone de recherche.

- Hn.

- Bon, je pense que je vais te laisser te recoucher. Désolé de t'avoir réveillé.

- Hn. C'est bien toi qui m'avais dit : Les seuls amis dignes d'intérêt sont ceux que l'on peut appeler à quatre heures du matin ?

Quatre pouffa :

- En fait, c'est une citation de Marlène Dietrich, une grande actrice américaine du 20ème siècle.

- Peu importe, je serais un piètre ami si je t'en voulais de me réveiller pour me donner d'aussi bonnes nouvelles.

- Merci Heero. Bonne nuit.

- À toi aussi.

Quatre raccrocha et se prépara pour aller se coucher. Une fois confortablement installé dans le grand lit moelleux, il commença à réfléchir à ce qu'il pourrait faire pour "réveiller" Duo, mais il s'endormit rapidement sans avoir trouvé de réponse.

Quant à Heero, il ne réussit pas à se rendormir, trop excité par ce que Quatre lui avait révélé. Finalement, après s'être tourné et retourné une bonne heure entre ses draps, il finit par se relever et par rechercher et visionner les deux émissions qu'il soupçonnait être à l'origine des brefs retours de Duo, tout en consultant les notes qu'il avait pris lors du coup de fil de son ami.

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Mardi 19 décembre 200

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En se levant ce matin-là, Aurelle trouva son fils endormi sur le canapé, encore. Depuis quelques jours, il finissait presque toutes ses nuits roulé en boule devant la télé allumée. Inquiète, elle caressa du dos des doigts la joue ombrée d'un léger duvet. Sous le toucher délicat, les yeux violets s'ouvrirent immédiatement et Duo se redressa sur son séant, légèrement effrayé. Il se calma rapidement en reconnaissant sa mère adoptive et lui marmonna un bonjour. Plutôt que de le saluer à son tour, Aurelle répondit :

- Duo, si tu veux m'en parler, je suis là, tu le sais ?

En voyant le visage inquiet de sa mère, Duo eut un léger remords. Mais il n'était pas encore prêt à parler de ces satanées visions, aussi il lui fit un sourire contrit et répondit :

- Je sais Maman. Mais je vais bien.

Cette réponse ne rassura pas Aurelle. Résignée à attendre encore pour avoir le fin mot de l'histoire et pour pouvoir aider son fils, elle soupira et se redressa.

- Viens donc m'aider à préparer le petit déjeuner, puisque tu es levé.

Duo poussa un soupir exagéré et suivit sa mère dans la cuisine attenante au salon. Pendant qu'elle préparait le café et les œufs brouillés, il mit la table et du pain à griller. Il finissait de presser du jus d'orange lorsque son père arriva en baillant à s'en décrocher la mâchoire. Il fut surpris de trouver son fils dans la cuisine, habituellement le dernier levé, et il le fit savoir :

- Et bien Duo, tu es tombé du lit ?

Après un rapide coup d'œil à sa mère qui haussa les épaules, Duo choisit de contourner le problème et de ne pas dire l'exacte vérité pour ne pas avoir à expliquer sa présence sur le canapé :

- J'avais plus sommeil.

- Tu n'as pourtant pas l'air très reposé.

Effectivement, les cernes de Duo s'étaient encore accentuées et il avait l'air d'avoir deux yeux au beurre noir. Le natté s'assit devant son bol et remercia sa mère qui le servait avant de répondre à son père :

- Bin, j'ai mal dormi, je fais des cauchemars en ce moment.

- Ils doivent être sacrément effrayants pour te fatiguer autant.

- Sûrement. Je m'en souviens plus quand je me réveille.

Le silence revint dans la cuisine, seulement troublé par le bruit des couverts. Aurelle regardait fixement son fils et semblait mal à l'aise. Elle se tortilla sur sa chaise et se mordilla la lèvre inférieure avant de lui dire :

- Duo, arrête de jouer avec ce couteau, tu vas te faire mal.

Duo la regarda en clignant des paupières, étonné. Puis il reporta son attention sur sa main droite. Un couteau à fruit virevoltait entre ses doigts à une vitesse folle. Sans réfléchir à ce qu'il faisait, il le rattrapait et le relançait en l'air sans temps mort, ou le faisait tournoyer entre ses doigts comme un bâton de majorette. Sans hésitation et sans comprendre comment, il attrapa le couteau par le manche en plein milieu d'une nouvelle figure et le reposa sagement à côté de son assiette en murmurant "pardon". Aurelle fronça les sourcils, non pas de colère, mais d'inquiétude. Elle tendit le bras et posa la main sur celle de son fils pour obtenir son attention.

- Duo, tu es sûr que ça va ?

Ses réponses évasives semblant rendre ses parents de plus en plus inquiets, Duo se décida à leur dire une partie de la vérité.

- J'en sais rien. Il se passe de drôles de choses en ce moment. Je ne comprends pas tout encore, je vous en parlerai quand j'en saurai plus.

- C'est à cause de tes cauchemars ?

Duo réfléchit à la question de son père. Il avait l'intime conviction que ses cauchemars n'étaient qu'une conséquence de ses interrogations et que s'il arrivait à s'en souvenir, ça lui apprendrait beaucoup de choses. Néanmoins, il ne pouvait pas dire cela sans avoir à s'expliquer en détails, aussi il biaisa :

- En partie.

Comprenant qu'ils n'en sauraient pas plus pour l'instant, Aurelle et son mari changèrent de sujet, s'attirant un regard de gratitude du natté. À la fin du repas, Duo fila dans la salle de bain pour se préparer à aller bosser. Tout en se brossant les cheveux, il réfléchit. Il avait maintenant deux "souvenirs", et tous les deux avaient été induits par des gens qu'il avait vu à la télévision. Pourtant, il les avaient déjà vu avant et ça n'avait rien déclenché...

Il essaya de comprendre ce qui avait fait la différence cette fois, mais il ne trouva rien. Il continua à réfléchir sur le trajet et encore toute la matinée. Léon essaya de nouveau de le renvoyer dans son lit et il se cassa de nouveau les dents sur l'entêtement du natté. Ils réceptionnèrent une familiale qui venait pour faire un check-up complet avant de partir pour les sports d'hiver. Duo commença à regarder les différents niveaux tandis que Léon partit avec les roues pour y faire monter des pneus neige. Ils n'avaient pas les appareils adéquats pour le faire au garage et devaient donc sous-traiter ce genre d'opérations.

Puisque Léon n'était pas là pour le distraire, Duo reprit ses cogitations. Mais il dut rapidement se rendre à l'évidence qu'il n'avait toujours pas assez d'éléments pour relier ses visions entre elles. Il ne croyait pas cela possible après ce qu'il avait ressenti en ayant la première, mais il désirait maintenant en avoir rapidement une autre. Il les avaient eu en voyant des personnes spécifiques à la télévision. Il n'avait plus qu'à regarder chaque émission où ces gens passeront.

Il se prit la tête entre les mains. Comment trouver ces émissions ? L'asiatique des Preventers n'apparaissait que rarement à la télévision et le multimilliardaire n'aimait pas y passer, ses apparitions annuelles se comptant sur les doigts d'une seule main. Finalement, il se résolu à regarder chaque émission parlant des Preventers. Qui sait, peut-être reverrait-il l'asiatique à la croix ou une autre personne qui lui déclencherait une vision.

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Heero avait retrouvé les deux émissions durant lesquelles Duo s'était manifesté. Il avait noté avec exactitude l'heure à laquelle Quatre s'était étranglé, puis s'était astreint à regarder avec minutie chaque image de l'interview de Réléna. Il se repéra sur l'écran et se rendit compte que la petite croix avait été bien visible quelques secondes. Cette petite croix en or, objet fétiche de Duo, qu'il gardait sur lui comme preuve de son existence. Et si... si c'était cette image qui avait ramené Duo, celle de sa croix ?

Immédiatement, Heero se jura d'être toujours dans le champ de la caméra lors des discours de Réléna, avec son col ouvert. Peut-être cela suffirait-il pour que Duo se manifeste de nouveau ?

Il en était là de ses pensées lorsqu'un coup de sonnette retentit dans le silence de son appartement. Heero ouvrit une fenêtre sur son écran et regarda qui sonnait à sa porte de si bon matin. Il avait installé une petite caméra dans l'encoignure du porche et avait légèrement modifié l'interphone, pour pouvoir ouvrir ou non la porte à ses visiteurs sans avoir à quitter son ordinateur.

Trowa faisait coucou à la caméra, pourtant habilement dissimulée, avec un léger sourire à demi-caché par son éternelle mèche. Heero sourit en retour à son meilleur ami, bien que ce dernier ne puisse le voir, et tapa la ligne de code qui lui ouvrit la porte. Lorsque le Français ne fut plus dans le champ de la caméra, il tapa une autre ligne de code, qui déverrouilla cette fois la porte de son appartement.

Lorsqu'il avait vu le dispositif, Wufei s'était moqué de lui, en lui disant qu'il devenait fainéant. Heero avait rétorqué que c'était juste par souci d'efficacité. Il n'avait plus besoin d'arrêter de travailler pour des désagréments insignifiants. Le Chinois avait abandonné la discussion.

Heero s'était installé au salon, son portable sur les genoux, et travaillait en étant confortablement assis sur le canapé. Trowa entra dans la pièce et salua Heero qui lui répondit d'un signe de tête. Puis, comme le brun retournait à son ordinateur, le Français prit place à ses côtés pour regarder ce qui le passionnait tant.

Plusieurs fenêtres étaient ouvertes sur le bureau, et sur l'une de celles en arrière-plan, Trowa vit une tignasse blonde qu'il lui semblait connaître.

- C'est Quatre ?

- Hn. C'est la vidéo de son interview d'hier soir.

- Qu'est-ce que tu fais avec ça ?

Heero expliqua alors à son ami ce qui s'était passé depuis une semaine et les conclusions qu'ils en avaient tiré.

- On ne vous en a pas encore parlé, car la première fois n'était peut-être rien. Et la seconde est arrivée cette nuit.

Trowa ne répondit rien et se contenta de regarder le Japonais taper des lignes de code à toute vitesse pendant quelques minutes. Puis, soudain, il lui demanda :

- Pourquoi le cherches-tu réellement ?

De saisissement, Heero arrêta de taper. Il posa ses mains sur les côtés du touchpad et redressa la tête pour regarder gravement le Français, qui lui rendit son regard. Après quelques secondes d'observation mutuelle, Heero répondit :

- Tu m'as déjà posé cette question plusieurs fois la première année. Je n'avais jamais rien à te répondre, aussi tu as arrêté. Pourquoi me reposes-tu la question maintenant ?

- Parce que tu as une vraie piste.

Après un grand soupir, Heero se décida à répondre franchement à son meilleur ami :

- Je me suis moi-même souvent posé la question. J'ai fini par trouver une réponse. Je l'aime. Tout bêtement. Et c'était tellement bête que je ne l'ai même pas remarqué avant qu'il ne disparaisse et qu'il m'a fallu beaucoup de temps pour le comprendre ensuite.

Trowa sourit en coin. Il était temps que Heero se rende enfin compte de ce qui était tellement évident pour tout le monde. Même Réléna l'avait compris et avait arrêté de faire de l'œil au Japonais, bien qu'elle soit persuadée de la mort du deuxième pilote. Il reprit :

- Et maintenant ?

- Maintenant quoi ?

- Tu vas retourner tous les cailloux sur la zone de diffusion en direct de CBS ?

Heero grogna d'un air dédaigneux alors que Trowa souriait plus franchement (3), ayant obtenu la réaction escomptée. Le Japonais ignora le sourire narquois de son ami et répondit tout en reprenant son travail :

- On a pas assez d'informations, il va falloir attendre que Quatre le sente de nouveau et qu'on recoupe avec des émissions où l'un de nous sera passée. En espérant que c'est réellement de nous voir à la télévision qui "réveille" Duo.

Le ton de la voix du Japonais indiquait qu'il avait retourné le problème dans tous les sens, que cette explication était la seule qu'il ait trouvé qui lui donne un semblant de piste et qu'il ne souhaitait vraiment pas la voir disparaître. Trowa acquiesça et, après un petit silence, il assena d'une voix mortellement sérieuse :

- Tu sais que si tu as besoin d'aide pour retourner chacun de ces fichus cailloux, tu peux compter sur nous ?

- Hn. Je sais.

Un silence confortable s'installa, seulement troublé par les cliquetis du clavier. Au bout de quelques minutes, avisant l'heure, Trowa se leva et passa dans la cuisine pour leur préparer un petit déjeuner copieux. Lorsque Heero était assigné à la protection de Réléna, ils déjeunaient régulièrement ensemble avant d'aller travailler. En effet, ils habitaient à moins de deux pâtés de maisons l'un de l'autre et le bâtiment de l'Alliance Terrestre était sur le chemin menant à l'École des Arts du Cirque.

Trowa revint quelques minutes plus tard, portant un grand plateau qu'il posa sur la table basse. Il étala les assiettes pleines d'œufs brouillées et de bacon, posa à côté deux verres de jus de fruit et des couverts. Il mit entre les assiettes une pile de toasts, du beurre et de la confiture, puis il repartit vers la cuisine. Il en revint vite avec deux tasses de café noir qu'il n'avait pas pu caser sur le plateau par manque de place.

Heero le regarda faire du coin de l'œil. Il était toujours amusé de voir que son ami, pourtant très attaché à la gastronomie française, ne puisse pas concevoir un petit déjeuner digne de ce nom autrement qu'à la mode britannique. Lorsque Trowa s'assit enfin, Heero avait enregistré tout son travail sur les serveurs des Preventers pour pouvoir y revenir plus tard et il éteignait son ordinateur.

Il prit sa tasse, but une gorgée du liquide chaud et amer et remercia Trowa d'un hochement de tête. Ils commencèrent alors leur repas, toujours en silence. Ils n'avaient pas besoin de le combler avec des mots et appréciaient tous les deux de juste manger de concert. Pourtant, cette fois, Heero voulait profiter que Trowa ait lancé le sujet pour interroger son ami. Tout en continuant de manger comme si de rien n'était, mais en guettant les réactions du Français du coin de l'œil, il reprit la parole :

- Et toi ?

Trowa leva un sourcil, sans répondre ni s'arrêter de manger. Heero précisa :

- Quand vas-tu dire à Quatre que tu l'aimes ?

De surprise, le Français sursauta et faillit laisser tomber sa tasse. Il se tourna vers le Japonais, les yeux écarquillés et bafouilla :

- Co... Comment tu sais ça ?

À son tour, Heero se permit un petit sourire. Il comprenait maintenant ce que ses amis avaient pu ressentir à le voir si évidemment amoureux mais complètement ignorant de ce fait. Il expliqua :

- Tu ne t'en rends sûrement pas compte, mais quand il est dans la même pièce que toi, tu es toujours placé de façon à l'avoir dans ton champ de vision, tu prends plus facilement la parole et tu souris bien plus. Et puis...

Là, Heero hésita. Il savait que ce qu'il allait dire allait grandement embarrasser son ami. Mais il en avait trop dit et ne pouvait plus revenir en arrière :

- Et puis, je vous ai entendu la veille de la dernière bataille.

Trowa s'était figé, les yeux écarquillés et le rouge aux joues. Dans le vide intersidéral qu'était devenu son cerveau, un neurone solitaire se félicitait d'avoir eu la présence d'esprit de reposer la tasse sur la table basse, car sinon, elle se serait écrasée au sol. Heero lui laissa le temps de se remettre en continuant de manger sans le regarder. Au bout de quelques instant, le Français sembla se réveiller. Il tressaillit, battit des paupières et prit une grande inspiration. Il réussit à reprendre son expression habituelle et recommença à manger, tout en continuant la conversation de la même voix que s'il commentait la météo :

- Je pensais pourtant qu'on avait été discrets.

- Vous l'avez été. Si je n'étais pas passé devant ta chambre à ce moment-là, je n'en aurais rien su.

- Wufei ?

- Je ne pense pas qu'il soit au courant. Il était dans le salon à méditer et à se préparer mentalement pour la bataille. Je crois qu'aucun de nous n'a pu vraiment dormir cette nuit-là.

Trowa ne répondit pas tout de suite. Il semblait concentré sur son assiette, mais poussait distraitement ses œufs brouillés du bout de sa fourchette, sans faire mine de vouloir les manger. En fait, il se demandait comment expliquer ce qu'il ressentait à Heero. Finalement, il soupira :

- Ça ne veut rien dire. C'était juste du sexe. On pensait mourir le lendemain.

- Vous en avez reparlé depuis ?

Le faible "Non" que Trowa exhala était chargé de peine et d'une pointe de regret. Le Japonais s'en voulu d'être à l'origine du mal-être de son ami, mais il ne pouvait pas arrêter maintenant, alors que rien n'était résolu.

- Alors comment peux-tu en être sûr ? À moins que ça n'ait été que cela pour toi, du sexe.

- Jamais !

La véhémente dénégation du Français n'eut pour seul résultat que de faire apparaître un regard compréhensif dans les yeux cobalt. Trowa comprit alors que cette dernière phrase n'avait été prononcée que dans le but de le faire réagir. Mi-soupirant, mi-grognant, il se prit la tête entre les mains et reprit d'une voix qu'il aurait voulu moins geignarde :

- Heero. Je ne peux pas lui dire. Nous n'avons rien en commun.

- Vous vous aimez. Tu ne crois pas que c'est suffisant ?

Cette fois, le Français produisit un son qui pouvait aussi bien être un ricanement qu'un sanglot. Heero ne chercha pas à savoir et attendit patiemment la réponse à sa question.

- Je l'aime, oui. Mais lui ? Et puis, même si c'était le cas, je ne peux pas lui en parler. Réfléchis. Je suis professeur dans une école de cirque, et un homme en plus. Comment crois-tu que l'opinion publique prendrait une relation entre nous ?

Il se redressa et regarda Heero dans les yeux. Le petit déjeuner oublié finissait de refroidir sans qu'aucun des deux hommes ne s'en préoccupe. Le Japonais répondit calmement à la question qui lui était posée :

- Qu'est-ce que tu en as à faire de l'opinion publique ?

- Personnellement, je m'en fiche. Mais Quatre ? Son entreprise risque de ne pas survivre à un scandale pareil. Il a déjà eu assez de mal à en reprendre les rênes, je ne vais pas en rajouter. Crois-moi, j'ai retourné le problème dans tous les sens.

- Non. Il te reste une piste à explorer.

Le visage de Trowa montra alors une curieuse expression. Il semblait hésiter entre un étonnement mêlé d'espoir et une incrédulité sarcastique. Heero ne lui laissa pas le temps de décider et continua :

- Tu n'en as pas parlé avec Quatre. Ça le concerne aussi et surtout, à deux, vous trouverez plus facilement une solution.

- Mais...

- Et puis au moins, tu seras fixé.

Ne trouvant rien à répondre, Trowa abandonna la discussion. Jetant un œil sur l'horloge, il commença à ranger les reliefs du repas. Il n'avait plus faim et puis l'heure de partir arrivait à grand pas. Heero l'aida et ils prirent ensuite le chemin de leur travail respectif, changeant volontairement de sujet de conversation pour d'autres plus neutres, comme les préparatifs du gala de Noël de l'École ou le casse-tête que représentait le plan de table de la réception du soir.

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Vendredi 22 décembre 200

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Heero se laissa tomber dans son canapé avec un soupir éreinté. Après un regard fatigué à l'horloge de la box internet lui indiquant qu'il était 4h du matin bien tassé, il ferma les yeux et envisagea sérieusement de s'endormir là, mais l'odeur de fumée et de sang s'élevant de son uniforme réussit à lui donner l'énergie suffisante pour se relever et entrer dans la salle de bain. Il se déshabilla avec des mouvements lents pour ne pas trop tirer sur son épaule endolorie et laissa choir ses vêtements au sol. Il entra dans la cabine de douche et ouvrit à fond le robinet d'eau chaude.

Avec un soupir de plaisir, il laissa l'eau brûlante emporter la suie, le sang et les raideurs musculaires jusqu'à ce que sa peau prenne la teinte d'une écrevisse cuite. Il baissa alors la température sans réduire la puissance du jet et entreprit de se récurer à fond. Tout en se frottant énergiquement, il repensa au chaos de la soirée.

La journée de la veille avait pourtant bien commencée. Réléna était restée au bureau, à écrire et répéter son discours pour la célébration du 25, aussi Heero avait-il pu travailler un peu à un programme pour retrouver Duo. Il l'avait commencé quelques jours avant et avait presque pu le terminer lors de cette matinée dans le bureau d'Albert. Lorsque le programme sera fini, il n'aura plus qu'à entrer une heure et une date, et il obtiendra une liste de programmes de télévision susceptibles d'avoir montré l'image de l'un des anciens pilotes ou d'une de leurs connaissances. Il lui faudra ensuite développer un autre programme qui lui permettra de recouper les zones de diffusion des programmes en question pour réduire la zone de recherche.

Après un déjeuner de travail avec quelques collaborateurs et un après-midi rempli par quelques réunions, Réléna était rentrée chez elle pour se préparer pour un gala de charité de Noël organisé par le roi de Sank en l'honneur des colonies. Ce gala, organisé chaque année à la même période, permettait à l'École du Cirque de présenter en exclusivité à ses principaux mécènes son spectacle de Noël. L'argent récolté pendant cette soirée irait en partie à l'École et en partie à d'autres organisations caritatives des colonies.

Quatre était venu pour représenter la Fondation Maxwell et augmenter l'intérêt de la soirée de par sa simple présence. Et comme en plus Wufei était chargé de l'organisation de la sécurité, tous les anciens pilotes de gundam s'étaient retrouvés au palais royal. Seulement, comme ils n'avaient jamais révélé au public leur implication dans la guerre et donc leurs liens, ils faisaient comme s'ils ne se connaissaient pas lors de ce style de soirée mondaine. Ils en riaient d'ailleurs beaucoup lorsqu'ils se retrouvaient ensuite entre eux.

Milliardo avait fait un discours au début de la soirée, juste avant que les élèves de l'École ne commencent leur présentation. Le spectacle s'était déroulé à merveille, aucun élève n'ayant raté un exercice malgré le stress énorme d'avoir un public composé des plus grosses fortunes du monde. À la fin de la représentation et comme chaque année, les artistes avaient été conviés à se joindre aux invités pour le reste de la soirée.

Comme de coutume, Heero n'avait pas lâché Réléna d'une semelle alors que la jeune femme passait d'un groupe à l'autre. Le Japonais avait eu une mauvaise impression un peu avant que tout bascule. Son instinct de soldat lui avait hurlé de se mettre à couvert et il s'était rapproché de la ministre pour lui faire part que quelque chose ne tournait pas rond. Il n'avait pas fini sa phrase qu'une explosion retentissait dans les cuisines, rapidement suivie par deux autres, une au buffet et la seconde sur l'un des chariots amenant les plats.

Heero s'était jeté sur son amie à la première explosion et lui avait fait un rempart de son corps. D'autres Preventers, attachés à la sécurité du gala ou des personnes présentes, avaient eu le même réflexe. Les explosions avaient été conséquentes, et des morceaux de meubles, de vaisselle et même de maçonnerie avaient plu sur une bonne partie de la salle. Heero avait été touché à l'épaule par un gros morceau de bois en partie carbonisé, reste d'un pied de table du buffet, qui n'avait heureusement provoqué qu'une belle contusion. Le chariot était proche de la scène et donc de la sono lorsqu'il avait explosé. Des morceaux de métal s'étaient fichés dans les enceintes et une partie des fils avaient été arrachés, provoquant un court-circuit et une coupure d'électricité générale dans tout le bâtiment. Le faible éclairage de secours s'était mis en route illico, mais, s'il avait permis de voir ce qu'il se passait, il avait surtout donné des reflets blafards à la scène, rendant l'atmosphère encore plus étouffante.

Après quelques secondes de silence choqué, des pleurs hystériques et des cris de douleurs avaient retentis un peu partout dans la salle. Les Preventers avaient rapidement organisé l'évacuation des invités et des blessés. Comme elle n'était pas blessée, Heero avait mené Réléna à sa voiture et l'avait laissée à la garde de son chauffeur qui avait ordre de l'emmener à l'abri. Puis il était retourné sur les lieux de l'explosion pour aider les autres à organiser les secours. Il avait fait le tour de la salle pour porter secours à d'autres blessés et tenter de trouver les coupables.

La bombe placée sur le buffet n'avait pas fait de victimes, mais celle du chariot avait tuée le serveur qui le manœuvrait et plusieurs des personnes qui étaient dans son environnement immédiat avaient été gravement blessés. La bombe des cuisines avait été bien plus meurtrière, car, étant placée sur un piano directement relié au gaz, les dégâts avaient été démultipliés. Presque tout le personnel de cuisine était mort sur le coup, les rares survivants étant dans un état grave.

Les explosions avaient retenti au début de la soirée et l'incendie de la cuisine avait été circonscrit rapidement, mais Heero n'était finalement rentré chez lui que très tard dans la nuit, après que Lady Une ait décidé que c'était assez pour ce soir et qu'ils ne trouveraient rien de plus dans l'obscurité. Elle avait renvoyé tous ces employés chez eux, avec ordre de se reposer.

Heero avait donc pris le chemin de son appartement, s'étant assuré dès le début que ses amis n'avaient pas été touchés. Wufei n'avait rien eu, car il était alors dans l'entrée avec Lady Une. Ils venaient juste d'entamer leur tournée d'inspection du dispositif de sécurité.

Quatre et Trowa étaient partis à l'hôpital dès le début de l'évacuation des blessés. Au moment de l'explosion, l'Arabe était en train de parler avec des mécènes potentiels, le directeur du Cirque et quelques uns de ses professeurs, dont Trowa. Les deux amis étaient alors côte à côte, sans pour autant faire mine de se connaître plus que ça. Leur petit groupe était assez proche du chariot, et dans un mouvement qu'il préférait faire passer pour un réflexe, le Français avait agit avec Quatre comme Heero l'avait fait avec Réléna, en le jetant au sol et en faisant écran de son corps. Il avait était blessé à l'épaule par un éclat de métal, sûrement un vestige de plat et son dos montrait des marques de brûlures. Quatre avait alors tenu à l'accompagner à l'hôpital, arguant qu'il ne pouvait pas laisser ainsi l'homme qui lui avait sauvé la vie.

Heero avait reçu un message un peu plus tard, lui expliquant que Trowa n'avait rien de grave et qu'il avait été autorisé à sortir de l'hôpital après avoir été soigné. Quatre avait insisté pour qu'il aille passer la nuit chez lui en remerciement. Heero espérait qu'ils allaient en profiter pour parler un peu.

Le Japonais arrêta le jet lorsque l'eau commença à refroidir, signe qu'il avait vidé son ballon d'eau chaude. Ce n'était pas dans ses habitudes de passer autant de temps sous la douche, mais il avait vraiment eu besoin de se délasser sous l'eau chaude. Il sortit de la cabine, se sécha et s'enroula une grande serviette autour des hanches. Il attrapa son uniforme, le fourra dans la panière à linge sale et prit le chemin de sa chambre. Trop fatigué pour songer à chercher une tenue de nuit, il laissa tomber la serviette au pied du lit et s'enroula dans sa couette. Il n'avait pas posé la tête sur l'oreiller qu'il dormait déjà.

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Il courait dans l'obscurité, un couteau à la main. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, et il avait de plus en plus de mal à respirer. Il ne voyait rien autour de lui, mais entendait le bruit de ses pas se répercuter sur des parois métalliques. Soudain, il buta dans un mur, si violemment qu'il tomba à la renverse, étourdi, sans toutefois lâcher son arme. Il se releva et tâtonna devant lui pour trouver les limites du mur qui lui barrait le chemin, sans succès. Maintenant qu'il ne bougeait plus, il entendait un pas tranquille résonner derrière lui et se rapprocher inexorablement.

Il entreprit de calmer sa respiration et les battements erratiques de son cœur et se tourna de manière à avoir le mur dans le dos. Il ne voyait toujours rien, mais il était hors de question qu'il se rende sans combattre. En plus, il avait toute confiance en ses capacités en combat rapproché. Les pas étaient maintenant tous proches et soudain se turent. Duo entendait distinctement la respiration de l'autre personne. Alors, sachant exactement où se trouvait son opposant, il bondit, le couteau en avant. La lame s'enfonça dans la chair et il entendit un gargouillis étranglé avant que le corps de son vis-à-vis ne chute lourdement au sol. Sans s'assurer qu'il était bien mort, Duo l'enjamba et s'enfuit de nouveau, à la recherche d'une sortie dans ce labyrinthe de couloirs.

Il se redressa brusquement, affolé de sentir qu'il n'avait plus son couteau à la main et ne comprenant pas comment il avait pu le perdre. Alors qu'il cherchait frénétiquement autour de lui pour le retrouver, il s'aperçut qu'il distinguait des formes dans l'obscurité. Après quelques secondes, son cerveau réussit à remettre tous les éléments en place. Il était dans sa chambre, assis dans son lit. Il venait indubitablement de faire l'un de ces cauchemars maintenant habituels. Mais cette fois, il s'en souvenait. Ce n'était apparemment pas un souvenir, mais la scène lui avait pourtant semblé normale ou du moins, familière. Comme s'il parcourait régulièrement des labyrinthes de couloirs vides avec un couteau à la main en découpant les gens sur son passage, comme une espèce de souris de laboratoire psychopathe.

Duo grimaça en regardant l'heure, il était à peine une heure du matin. Sachant pertinemment qu'il ne pourrait pas se rendormir, il se leva et se prit les pieds dans sa couette, qui était tombée au sol alors qu'il se débattait avec son cauchemar. Grommelant des jurons étouffés, il la remit en boule sur le lit et se rendit dans le salon. Là, il alluma la télévision et s'installa dans le canapé. Il mit la première chaine nationale et tomba sur le journal télévisé. Étonné qu'il y ait une édition si tardive, mais ne souhaitant pas regarder quelque chose susceptible d'alimenter ses cauchemars, il zappa. Mais de nouveau, il tomba sur un journal. Il passa alors sur la troisième chaine nationale, et de nouveau, des images d'actualité étaient à l'écran. De plus, elles ressemblaient beaucoup à celles qu'il avait vu sur les autres chaines.

Et soudain, la lumière se fit dans son cerveau. Quelque chose de grave était arrivé pour que toutes les chaines passent des éditions spéciales de leur journaux. Intéressé malgré lui, il resta sur la troisième chaine et écouta le commentaire de la voix off parlant d'un incendie meurtrier, tandis que des images de flammes et d'ambulances prises par un téléphone portable étaient diffusées. Peu après, un journaliste, posté devant ce qui se révéla être le palais royal, reprit pour les téléspectateurs le déroulement de l'attentat. Duo reconnu le baragouin journalistique utilisé pour combler les trous de la version officielle et transformer le moindre détail en scoop.

Puis, alors que le journaliste parlait toujours, le cadreur déplaça légèrement le champ de la caméra, pour prendre en plus les mouvements de quelques agents des Preventers. Duo vit alors un asiatique qui semblait donner des ordres par gestes, ce qui était confirmé par les galons de colonel qu'il arborait sur sa manche. Le journaliste, sûrement alerté de ce qu'il se passait par le cadreur, se tourna en direction des opérations et tenta de donner un sens aux ordres. Duo s'aperçut immédiatement que les explications données ne correspondaient pas aux mouvements et que le journaliste s'était trompé sur le grade.

Ça lui fit un choc. Comment pouvait-il comprendre aussi bien les galons et signes militaires (4) ? Remettant à plus tard l'examen de ces nouvelles connaissances, il se pencha vers la télévision. Semblant répondre à son souhait, le cadreur choisit ce moment pour zoomer sur les opérations et surtout sur le colonel, que son collègue continuait d'appeler capitaine. L'asiatique semblait très jeune malgré les reflets bleus et rouges des gyrophares des ambulances et des véhicules de police autour de lui qui vieillissaient son visage fermé et sévère.

Et d'un coup, Duo le reconnu. C'était le Wufei qu'il avait vu dans sa seconde vision, avec quelques années de plus. Soudain, le Chinois fit une série de gestes à quelqu'un hors du champ de la caméra, pour demander le statut d'une autre personne, qu'il désigna en se cachant la moitié du visage de la main gauche.

La base n'était éclairée que par les gyrophares rouges des alarmes, un éclairage à mi-chemin entre celui d'une discothèque et celui d'une chambre noire. Les alarmes en elles-mêmes empêchaient toute communication orale par leur niveau sonore. Alors, plutôt que de devoir se hurler dans l'oreille, ce qui ne manquerait pas d'alerter les ozzies, Wufei et lui "parlaient" par signes. Justement, le Chinois venait de lever le poing pour arrêter leur progression au travers de l'entrepôt et l'attrapait par le poignet pour l'entraîner à couvert. Une fois à l'abri derrière un empilement de caisses, il signala qu'il avait entendu du bruit en mettant sa main en cornet contre son oreille.

Wufei était coincé entre Duo et le mur, aussi l'Américain se pencha légèrement pour voir derrière leur cachette. Le bruit que Wufei avait entendu avait été provoqué par l'ouverture d'une porte et plusieurs personnes en sortaient. Bingo, c'était ce qu'ils cherchaient. Pour une fois qu'ils n'auraient pas à parcourir toute la base en long, en large et en travers !

Un officier d'OZ marchait en tête, suivit par deux gardes qui trainaient plus qu'ils n'escortaient Trowa. La mission avait pour but de récupérer le troisième pilote, entre les mains d'OZ depuis deux bonnes semaines.

Une explosion lointaine suivie du bruit caractéristique d'une mitrailleuse lourde leur apprirent en plus que les gundams de Heero et Quatre, chargés de faire diversion, s'approchaient de leur position. Duo se tourna vers son voisin et résuma la situation en quelques gestes, levant trois doigts avant d'attraper son poignet, pour symboliser les trois ennemis, puis en levant la main de façon à cacher la moité de son visage, ce qui était leur signe pour désigner Trowa.

Le natté sortit un couteau, se désigna puis mit trois doigts sur son bras, formant comme des galons. Il fit ainsi part à son camarade de son intention de s'occuper du leader. Wufei fit signe qu'il avait compris et raffermit sa prise sur son pistolet équipé d'un silencieux. L'action de Duo ne lui donnerait que quelques secondes de stupeur pour s'occuper des deux autres gardes.

Néanmoins, Duo n'attaqua pas immédiatement. Les gardes approchaient, ils pouvaient suivre leur progression au claquement des souliers ferrés de l'officier. Il marchait quelques pas avant les autres et fut donc le premier dans la ligne de mire de l'Américain. Sans un bruit et sans sortir du couvert des caisses, il lança son couteau dans le cou de l'officier, directement dans la carotide.

L'officier leva la main à son cou, comme s'il tentait de tuer une mouche qui l'aurait piqué, et paru surpris de sentir un manche de couteau et un liquide poisseux sous ses doigts. Il s'arrêta et regarda, totalement incrédule, sa main rouge de sang. Sa vue de brouilla et il chancela. L'un des gardes se précipita vers son supérieur, laissant un Trowa à demi-inconscient reposer entièrement sur son collègue.

Wufei lui logea une balle dans la tête dès qu'il fut dans sa ligne de tir. L'alarme ayant couvert le léger bruit du silencieux, le deuxième garde vit tomber ses deux collègues exactement en même temps sans avoir la moindre idée de ce qui les avait eu ni d'où cela provenait. Il commença à trembler de tout son corps. C'était sa première affectation, il ne s'était pas engagé pour se faire tuer aussitôt. Il vit un jeune garçon, probablement de l'âge de celui qu'il soutenait, sortir de derrière une caisse et lui pointer une arme droit sur la tête.

Paniqué, il lâcha le prisonnier, qui s'effondra à genoux, et leva les mains en l'air en signe de reddition. L'adolescent s'approcha en souriant largement. Le soldat fut terrifié par ce sourire. Si la mort en avait un, ce serait sûrement le même. Il ferma les yeux et commença à prier. Duo s'arrêta devant le jeune soldat tremblant. Il hésita une seconde, puis leva la crosse de son arme et le frappa à la tempe de toutes ses forces, l'assommant proprement. Il ne pouvait pas tuer de sang froid un homme sans défense, même s'il faisait partie d'OZ.

Duo cligna des yeux. Encore une... Bon, maintenant, il avait la certitude que ce Wufei était bien un pilote de gundam, tout comme Quatre Raberba Winner. Mais il avait maintenant deux personnages en plus, Heero et Trowa. S'il devait en croire les images du journal télévisé, Wufei et Trowa se voyaient encore, puisque le Chinois s'inquiétait pour lui. Il devait sûrement faire des signes à un autre ancien pilote de gundam, car personne d'autre n'est sensé connaître ce signe.

Il soupira, éteignit la télévision et se leva pour aller chercher un calepin et un crayon dans le tiroir du bureau trônant dans un coin du salon. Il commençait à avoir une nouvelle migraine à force de se triturer les méninges, un support visuel lui permettrait peut-être d'avoir un plan d'ensemble. Il se rassit dans le canapé et commença à mettre à plat ses visions.

Il inscrivit les noms et/ou surnoms dont il se souvenait sur la gauche de la page. Puis, il mit en face ce qu'il savait de chacun d'eux. Il hésita un instant à ajouter "pilote de gundam" devant chaque nom, mais comme c'était évident qu'ils l'étaient tous et que cela n'apportait aucun indice supplémentaire, il abandonna. Il considéra un moment le résultat final en faisant la moue :

soldat parfait : pointilleux, colérique ?
Kitty-Cat : plus sympa, ami ?
Wuffy/Wufei : Chinois colérique, colonel chez les Preventers, bon tireur
Quatre : Raberba Winner
Trowa : n°3, dans les Preventers aussi ?
Heero : ?

Tout ça ne l'aidait pas beaucoup. Il se voyait mal débarquer chez les Preventers en demandant à voir le colonel Wufei ou encore tenter d'obtenir un rendez-vous avec Quatre Raberba Winner sous prétexte qu'il avait eu des visions où ils étaient tous des pilotes de gundam. Ça risquait fort de lui valoir un séjour au poste de police voire à l'hôpital psychiatrique.

Il avait six personnes sur sa liste. Or, d'après ce qu'il savait, il y avait eu 5 gundam. Il se souvenait avoir entendu en cours qu'ils avaient été détruits tous ensemble pendant qu'il était dans le coma. Ils avaient été envoyés vers le soleil pour être sûr que personne ne pourrait jamais les utiliser à de mauvaises fins. Donc, en le comptant, il avait 7 personnes et 5 gundam. Soit il y avait des mécanos dans le lot, soit les deux premiers étaient les surnoms qu'il utilisait pour deux des quatre autres.

Il se prit la tête entre les mains et grogna. À quoi ça lui servait de savoir qui était ces gens ? Il ne savait même pas comment il aurait pu les rencontrer, et encore moins quand ! Plus il avait d'éléments, moins il comprenait. Il avait l'impression de n'avoir que trois pièces d'un puzzle qui en comptait 10 000, et aucune n'appartenait au bord !

Il arracha la feuille, la roula en boule et l'expédia dans la corbeille à papier à côté du bureau en un lancer impeccable. Lassé de se poser encore et toujours les mêmes questions, il se leva, rangea le calepin et retourna dans son lit.

Allongé sur le dos, il fixait le plafond enténébré en repassant sans fin ses trois visions. Et soudain, il percuta. Il avait tué un homme. C'était un ennemi, certes, mais il l'avait exécuté sans états d'âme. Pris d'un haut-le-cœur, il se releva en vitesse et se précipita aux toilettes où il vomit tripes et boyaux. Il glissa au sol lorsque la nausée se fut calmée. Tremblant, il se demanda ce qui n'allait pas chez lui pour qu'il ne s'en soit pas rendu compte avant. Et s'il avait vraiment été pilote de gundam, alors ce n'était pas le seul meurtre qu'il avait sur la conscience. Pris d'une nouvelle vague de nausée, il se pencha de nouveau au-dessus de la cuvette, mais ne put que régurgiter de la bile amère, son estomac étant complètement vide.

Il tenta une nouvelle fois de se calmer, mais il revoyait le flot de sang jaillir de la gorge de cet officier d'OZ dès qu'il fermait les yeux. Il fut tenté un instant de retourner devant la télévision pour s'abrutir et enfin s'endormir, quitte à ce que sa mère le retrouve de nouveau endormi sur le canapé. Mais il eut brusquement peur d'avoir une autre vision et d'apprendre qu'il avait encore plus de sang sur les mains.

Alors qu'il cherchait une autre solution, son regard tomba sur le petit placard contenant les médicaments. De guerre lasse, il se leva, l'ouvrit et sortit une petite boite contenant des somnifères. Il ne voulait pas en prendre, mais son esprit ne lui laissait pas le choix. Avec une grimace de dégoût, il sortit un comprimé de la première plaquette, le cassa en deux et remit une des moitiés dans le logement. Il était tard, il travaillait dans quelques heures et il n'avait rien dans l'estomac, un demi-comprimé suffirait amplement.

Il ouvrit le robinet du lavabo, se rinça la bouche pour enlever le goût de bile et avala une grande gorgée d'eau avec le comprimé. Puis, il retourna dans sa chambre et n'eut que le temps de se remettre entre ses draps avant que les effets de la drogue se fassent sentir.

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Quatre regardait Trowa dormir au milieu du grand lit. Il l'avait installé dans la chambre qui jouxtait la sienne, et n'avait pas quitté son chevet depuis qu'il l'avait couché, un peu après minuit. Le Français avait eu droit à une anesthésie locale pour recoudre sa plaie à l'épaule et à des analgésiques pour ses brûlures. Le mélange des deux avait été assez puissant pour qu'il s'endorme avant même d'avoir fini de se préparer pour la nuit.

Quatre avait alors terminé à sa place, en tremblant un peu tout de même. Il ne lui avait pas mis de haut et l'avait couché sur le côté, pour que rien ne vienne toucher ses blessures. L'Arabe ne s'était pas attendu à ce que ces simples gestes lui fassent aussi mal. Il rêvait depuis tellement longtemps de glisser ses mains sous sa chemise, mais il avait fallu qu'il attende que Trowa soit blessé et inconscient pour pouvoir de nouveau déshabiller son... ami ?... amant ?... amour ?

Il ne savait pas comment le désigner. La veille de la dernière bataille, persuadé de mourir le lendemain, il avait trouvé la force de faire le premier pas. Mais il n'avait prononcé aucune parole. De toute la nuit, les seuls sons qui avaient franchi ses lèvres avaient été des gémissements et des soupirs. Il ne savait pas ce que cette nuit avait représenté pour le Français, ni pourquoi il avait répondu à ses avances.

Après la bataille, leur inquiétude pour Heero, puis leurs recherches pour retrouver Duo avaient fait passer cette discussion au second plan. Et ensuite... et bien, Quatre avait eu peur. Il n'avait pas osé entamer cette discussion avec Trowa, attendant le bon moment. Et les jours, les mois puis les années avaient passé. Quatre avait fini par se persuader que le Français ne ressentait rien pour lui, parce que sinon, il en aurait parlé, non ?

Mais voilà, ce soir, c'est lui que Trowa avait protégé de l'explosion. Quatre avait commencé par se sentir offensé. Après tout, il était aussi un ancien pilote, il aurait pu se protéger tout seul. Puis, l'odeur de Trowa lui était parvenu aux narines et son cœur s'était emballé dans sa poitrine. Le poids du Français sur lui avait ravivé le souvenir de cette nuit, jusqu'au moindre détail, et il avait rougit, la chaleur qui se répandait dans ses membres n'ayant rien à voir avec les flammes qui montaient du chariot.

Leurs regards s'étaient rencontré, et Quatre aurait juré voir le même trouble qui brûlait dans les yeux émeraudes de Trowa. Puis, celui-ci avait grimacé de douleur, et l'instant était passé. Quatre s'était dégagé de sous lui et l'avait aidé à sortir. Il avait ensuite insisté pour l'accompagner, utilisant son nom pour convaincre l'infirmier de le laisser faire. Lorsque la secrétaire qui l'accompagnait toujours dans les soirées mondaines avait tenté de le dissuader à son tour, il avait répliqué sèchement :

- Cet homme m'a protégé d'un attentat ! Je ne peux pas le laisser ainsi alors qu'il a été blessé à ma place !

- Mais, Monsieur, vous avez peut-être respiré des fumées toxiques, vous devez...

- CE N'EST PAS À VOUS DE ME DIRE CE QUE JE DOIS FAIRE !

Le hurlement de Quatre avait attiré le regard de toutes les personnes présentes, et l'Arabe avait pris une grande inspiration pour se calmer et reprendre le contrôle de ses nerfs. Puis, il avait repris à un volume plus normal, mais la voix toujours cassante comme du verre :

- Nous allons dans un hôpital ! Je me ferai examiner là-bas.

La pauvre secrétaire avait regardé ses pieds en tremblant. Elle ne l'avait que rarement entendu employer ce ton et elle espérait de tout cœur qu'elle ne venait pas de signer son renvoi définitif pour faute grave. Fortement remonté, Quatre avait grimpé dans l'ambulance et son seul visage fermé mettait quiconque au défi de lui dire quoique ce soit. Le pouffement de Trowa avait vite été transformé en toux étranglée devant les yeux noirs que lui fit l'Arabe. Mais sa colère s'était dissipée sur le trajet, remplacée par l'inquiétude.

Lady Une les avaient envoyés à l'hôpital des Preventers, où Sally était leur médecin attitré. Cette disposition avait été prise dès la fin de la guerre, pour leur permettre de cacher leur passé de pilote et étouffer toutes les questions que n'auraient pas manqué de soulever leurs nombreuses cicatrices. En voyant d'autres ambulances arriver après eux, Quatre avait comprit que le général Une avait envoyé tous les blessés au même endroit, dans le but de camoufler le traitement spécial dont ils bénéficiaient. L'Arabe s'était fait la réflexion qu'il devrait la remercier le lendemain.

Puis, lorsque Sally avait autorisé Trowa à rentrer chez lui, Quatre avait profité que son ami soit un peu dans les vapes pour lui faire accepter de venir passer la nuit chez lui, sous prétexte de le surveiller. Son but inavoué avait été de lui demander pourquoi il l'avait protégé, voire même de glisser une allusion à ses sentiments, mais Trowa s'était endormi avant qu'il ne trouve le courage d'entamer la conversation.

Quatre avait envoyé un message rapide à Heero pour le tenir au courant et avait appelé un des Maganac pour lui demander de venir les chercher incognito. Il savait que les journalistes n'avaient pas le droit de s'approcher du QG et de l'hôpital des Preventers, mais cela ne s'appliquait plus dès qu'ils auraient franchi l'enceinte sécurisée. Il ne tenait pas à ruiner tous les efforts faits par ses amis pour conserver le secret sur leurs liens en prenant un taxi avec Trowa. Abdul était arrivé un peu plus tard au volant d'une voiture dont les vitres étaient en verre noir dépoli. Ils avaient donc pu rentrer au manoir Winner sans craindre qu'un paparazzi trop zélé ne se doute qu'il y avait plus d'une personne à l'arrière du véhicule.

Trowa bougea et grogna dans son sommeil, cherchant une meilleure position. Quatre reporta son attention sur lui, prêt à intervenir s'il faisait mine de se mettre sur le dos. Mais non, il se contenta de ramener ses mains près de sa tête et de s'enfoncer un peu plus dans l'oreiller. Son visage se trouva alors caché à moitié par le coussin et à moitié par sa mèche. Saisi d'une audace qu'il n'aurait jamais eu si Trowa n'avait pas été assommé par les médicaments, Quatre entreprit de dégager la mèche de cheveux du visage du dormeur. Et comme il ne réagissait pas, l'Arabe en profita pour effleurer la tempe d'une caresse aérienne du revers des doigts.

Trowa poussa un soupir de plaisir et, d'un mouvement rapide, il captura la main qui le frôlait. Quatre s'immobilisa immédiatement, haletant. Mais le Français ne s'était pas réveillé et continuait de dormir comme si de rien n'était. L'Arabe tira un peu sur son bras pour récupérer sa main. Mais Trowa ne voulu rien savoir et resserra sa prise. Mieux, il tira dans l'autre sens, faisant tomber Quatre sur le matelas à côté de lui. Puis, ayant plus de mou, il attrapa le bras de l'Arabe et le serra contre lui, plaçant la main de façon à ce qu'elle touche son visage. Ainsi installé, il poussa un gros soupir de contentement et ne bougea plus.

Mortifié, Quatre tenta de nouveau de récupérer son bras, tout doucement, pour ne pas réveiller le Français et avoir à expliquer sa position. Mais la poigne de fer de Trowa ne se desserra pas. Résigné à devoir lui servir de doudou jusqu'à ce qu'il bouge de nouveau dans son sommeil, Quatre s'allongea auprès de Trowa.

Il ne fallait surtout pas qu'il s'endorme, ou il devrait expliquer sa présence dans ce lit le lendemain. Mais il n'y avait pas beaucoup de risques, vu comment son sang courrait dans ses veines, en réponse à l'excitation qui le gagnait à être allongé près de celui qu'il aimait et à respirer son odeur à pleins poumons.

Il avait de nouveau tenté de se dégager plusieurs fois, sans succès, quand il sentit de nouveau la présence de Duo. Sursautant, il regarda sa montre pour connaître l'heure exacte de l'apparition de son ami. 1h14. Quatre tira de nouveau sur son autre bras, pour essayer de se lever pour prévenir Heero, mais rien n'y fit, Trowa ne le laissa pas partir. Aussi, l'Arabe se focalisa-t-il sur les sentiments qui agitaient l'Américain. Encore une fois, c'était principalement de la surprise, mélangée avec un peu de peur et, inexplicablement, une petite pointe de satisfaction.

Moins d'une minute plus tard, il avait de nouveau disparu, bien que, si Quatre réfléchissait bien, il semblait un peu moins "loin" qu'avant. Il tenta encore d'échapper à la prise de Trowa, mais sans succès. Il décida alors d'attendre pour prévenir Heero. De toute façon, avec l'attentat, il n'avait sûrement pas le temps de s'en préoccuper. Oui, il valait mieux qu'il attende le matin. C'est sur cette pensée qu'il s'endormit, malgré toutes ses bonnes résolutions.

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Il ne savait pas vraiment ce qui l'avait réveillé, mais il n'avait pas envie d'ouvrir les yeux et d'affronter une nouvelle journée de travail. Aussi, il se blottit un peu plus contre le corps chaud et musclé à côté de lui en grommelant. Un bras vint s'enrouler autour de sa taille et le rapprocha encore plus. Quatre sourit contre les pectoraux de... euh... Qui était-ce ? Et que faisait-il au lit avec quelqu'un ?

Quatre battit le rappel de ses neurones pour rassembler ses souvenirs. Voyons voir, hier soir... C'était le gala de Noël de l'École du Cirque... Et soudain, tout lui revint, les explosions, Trowa qui l'avait protégé, l'ambulance, l'hôpital, Trowa dans le lit de la chambre d'ami, Duo qui s'était manifesté et... Trowa qui ne voulait pas lui lâcher le bras...

Merde. Lui qui ne voulait pas s'endormir... Et maintenant, il fallait qu'il puisse sortir de ce lit sans réveiller Trowa. Ce qui s'annonçait difficile, vu leur position. Prenant son courage à deux mains, il ouvrit les yeux et leva la tête. Trowa était bien réveillé et son visage était aussi impassible que d'habitude.

Ils se regardèrent sans bouger d'un cil pendant quelques secondes qui parurent des heures à Quatre. Puis, il tenta de s'expliquer. Il raconta ce qui s'était passé la veille depuis qu'il l'avait mis au lit, en bafouillant et hésitant beaucoup. De plus, il n'arrivait pas à empêcher ses joues de virer au rouge.

Le visage de Trowa s'adoucit et un sourire tendre fleurit sur ses lèvres. Dérouté, Quatre s'arrêta en plein milieu d'un mot et regarda le Français avec étonnement. Lorsqu'il s'aperçut qu'en plus, il s'approchait de lui, il questionna d'une voix étranglée :

- Euh, Trowa, qu'est-ce que...

Il n'eut pas le temps de finir qu'il se faisait bâillonner de la plus douce des manières. Le baiser fut au départ très chaste, un simple accolement de leurs lèvres. Mais alors que Trowa se reculait, Quatre attrapa le Français par la nuque et approfondit leur échange. Au diable les hésitations et les explications ! Il en mourrait d'envie depuis trop longtemps, et c'était aussi le cas de Trowa s'il en jugeait à l'avidité avec laquelle il répondait.

Imperceptiblement, Trowa les fit basculer pour se retrouver allongé sur Quatre. Trop perdu dans le baiser, ce dernier ne se rendit compte de rien, jusqu'à ce que les mains du Français viennent se poser sur sa peau nue. Quand lui avait-il enlevé sa chemise ?

Puis, alors que les grandes mains sur lui commençaient à esquisser des caresses de plus en plus poussées, Quatre réussit, non sans mal, à reprendre le contrôle de ses sens et à décoller ses lèvres de celles de Trowa. Avec un dernier sursaut de self-contrôle, il réussit également à stopper les mains baladeuses en lui attrapant les poignets.

Intrigué, Trowa le laissa faire, une question au fond de ses yeux d'un vert plus soutenu et brillant que d'habitude. Quatre reprit son souffle, autant pour calmer les battements frénétiques de son cœur que pour réfléchir à ce qu'il pouvait dire. Mais il prit apparemment trop de temps, car Trowa se pencha soudain et s'attaqua au cou de l'Arabe, mordillant sensuellement un endroit dont il se souvenait de la sensibilité. Il sourit en entendant le gémissement de pur plaisir qui répondit à son action.

Cela eut aussi pour conséquence de faire desserrer la poigne de Quatre, et Trowa en profita pour recommencer ses caresses. Mais Quatre, sentant qu'il ne résisterait pas à un autre assaut de ce type, préféra entamer la discussion, même s'il n'était pas sûr de pouvoir conserver un ton approprié :

- Trowa, non, s'il te plait...

Effectivement, sa voix était à la fois rauque et plaintive. S'il n'y avait pas eu un "non" dans sa phrase, ça aurait pu passer pour une demande d'aller plus loin. Néanmoins, Trowa releva la tête et le regarda, attendant patiemment qu'il finisse, tout en lui caressant lentement les abdominaux et les flancs. Quatre s'éclaircit la gorge, dans l'espoir de perdre cette intonation sensuelle :

- Arrête, on ne peut pas...

Trowa ne lui laissa pas le temps de finir, et tout en posant sa main sur l'évidence du désir de Quatre, il lui susurra à l'oreille d'une voix très basse :

- Pourtant, tu en as autant envie que moi.

Mais Quatre n'eut pas la réaction escomptée. Au lieu de céder, il se mit en colère, repoussa violemment Trowa et se redressa en position assise. Sous la poussée de l'Arabe, Trowa avait dû s'asseoir sur ses talons pour ne pas tomber, aussi se retrouvèrent-ils face à face, assis chacun à une extrémité du lit. Si Quatre n'avait pas été aussi énervé, il n'aurait pas manqué de rire à l'air de chiot perdu qui apparaissait sur le visage du Français. C'est d'une voix grondante qu'il reprit :

- Oui, j'en ai envie, et depuis tellement longtemps que je ne veux pas recommencer comme il y a cinq ans. Je ne veux pas être un amant occasionnel, juste parce que je suis là au bon moment. Il faut d'abord qu'on parle de cette nuit-là avant toute chose, comme...

- Je t'aime.

- ...on aurait dû le faire depuis... Quoi ?

Quatre avait posé la dernière question comme s'il n'était pas sûr de ce qu'il avait entendu. La colère avait totalement déserté ses traits, laissant place à un étonnement total. Trowa planta ses yeux dans les turquoises de son vis-à-vis et reprit d'une voix calme, posée et mortellement sérieuse :

- Je t'aime, Quatre. Et ce, depuis notre première rencontre.

- Mais... Pourquoi...

La voix de Quatre était très faible et l'Arabe semblait tellement perdu que Trowa préféra ne pas l'obliger à finir sa phrase :

- Pourquoi je n'ai rien dit avant ?

Quatre ne se sentait pas capable de parler, aussi hocha-t-il la tête pour acquiescer. Trowa soupira, se frotta la nuque pour se donner une contenance, avant de répondre :

- Avant la dernière bataille, c'était parce qu'on était en guerre, et que chacun de nous pouvait mourir à n'importe quel moment. Si je t'avais déclaré mes sentiments, ça nous aurait rendu plus vulnérables.

L'ancien soldat en Quatre comprenait tout à fait le raisonnement, ayant eu le même à l'époque. Ce n'était que la proximité d'une mort certaine qui lui avait donné l'occasion de laisser parler ses sentiments. Néanmoins, il ne répondit rien, laissant Trowa aller au bout de son explication.

- Et après... Et bien, d'abord, on avait autre chose en tête, avec Heero dans le coma et Duo disparu. Ensuite, tu as commencé à reprendre les rênes de l'entreprise de ton père. Tu as eu du mal à t'imposer face aux anciens conseillers, et je ne voulais pas te déstabiliser plus. Et puis, le cirque ne s'était pas encore fixé à Sank. Et enfin, quand tu as été assuré de garder ta position et après notre intégration à l'École, j'avais eu le temps de réfléchir.

Là, Quatre ne put s'empêcher d'intervenir. Il craignait énormément ce que Trowa allait lui dire, et sa voix cassée en était la preuve :

- Comment ça, réfléchir ?

Trowa soupira et pour la première fois, il baissa les yeux :

- L'opinion publique s'était acharnée sur toi lorsque tu as commencé à remplacer un à un les conseillers de ton père. J'ai réfléchi à ce qui risquait de se passer si tu commençais à sortir avec un homme, un simple saltimbanque en plus. Ça aurait empiré, et tu aurais été dans une position plus que difficile. Je ne voulais pas te créer d'ennuis.

Pendant toute la déclaration de Trowa, Quatre s'était sensiblement rapproché, bien que le brun ne s'en soit pas rendu compte, car il regardait obstinément les draps devant lui. Il sursauta lorsque Quatre posa doucement sa main sur sa joue pour lui faire relever les yeux. Puis, avec un sourire très doux, l'Arabe l'embrassa tendrement. Trowa ne répondit pas au baiser, trop abasourdi pour réagir. Quatre le comprit très bien, aussi il posa son front sur celui du Français, et les yeux rivés dans les siens, il prit la parole à son tour :

- Je t'aime aussi Trowa. Et peu importe ce que pense l'opinion publique, je ne veux plus me contenter de ton amitié.

- Mais ça va faire un scandale...

- Pas plus que ça.

Quatre haussa les épaules pour appuyer ses propos et se redressa pour s'asseoir également sur ses talons, avant de continuer :

- Et puis, je ne serai pas le premier homme d'affaire à faire mon coming-out. En plus, en la jouant finement, on pourra utiliser l'attentat comme base pour le début de notre histoire d'amour, et tous les romantiques seront de notre côté.

Et pendant que Quatre, de nouveau dans son rôle de l'homme d'affaire le plus puissant de l'univers, continuait à échafauder le plan de communication pour tourner le scandale en avantage, Trowa souriait de façon de plus en plus prononcée. Il adorait voir l'homme de sa vie réfléchir à voix haute, il était alors tout simplement adorable. Alors qu'il était en train d'imaginer les réponses appropriées à différentes critiques, l'Arabe capta soudain le regard mi-tendre mi-amusé de Trowa. S'arrêtant en plein milieu d'une phrase, il demanda :

- Quoi ?

Trowa sourit largement et lui caressa gentiment la joue, tout en répondant d'une voix très rauque :

- Dois-je en conclure que tu acceptes de sortir avec moi ?

Quatre se pencha pour lui donner une tape sur l'arrière du crâne, puis, alors que le Français produisait un "aïe" indigné, il lui sauta au cou et l'embrassa passionnément. Entre deux baisers, l'Arabe lui souffla :

- Évidemment, imbécile.

À ces mots, Trowa referma ses bras sur le corps de son amant et, tout en le faisant basculer en arrière, il lui réaffirma son amour, avant d'entreprendre de le lui démontrer physiquement. Et cette fois-ci, Quatre ne l'arrêta pas, bien au contraire.

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Un éclat de voix le réveilla. Tout d'abord, il ne comprit pas pourquoi son lit était si dur et surtout pourquoi son plafond était si bas et couvert de tuyaux noirs. Puis, Duo comprit qu'il n'était pas dans son lit, mais sur la planche à roulettes sous une voiture dans le garage de Léon. C'était la deuxième fois aujourd'hui qu'il s'endormait sans prévenir. Il prit une seconde pour maudire les somnifères avant de chercher à comprendre ce qui l'avait sorti du sommeil.

Une conversation avait lieu dans le garage. Pensant qu'il s'agissait d'un client qui parlait avec Léon, Duo allait reprendre son travail quand une exclamation le convainquit de ne surtout pas faire connaître sa présence :

- Putain ! C'est pas ma faute si la bombe a explosé trop tôt !

Vérifiant rapidement qu'il était bien invisible sous la berline, Duo tourna la tête vers l'endroit où devaient se trouver l'auteur de l'éclat de voix. Il vit une paire de baskets à côté d'une paire de mocassins de cuir fauve, mais ne vit pas trace des gros godillots de Léon. Les deux clients étaient donc persuadés d'être seuls, ce qui expliquait la teneur de la conversation. Duo se concentra sur ce qu'ils disaient, notant en pensée tous les détails.

L'auteur de l'exclamation dut se rendre compte que le sujet était trop sensible pour continuer à hurler, car il baissa la voix pour développer :

- Elle était mise dans le socle d'un plat de poulet froid. Comment voulais-tu que j'imagine que ces abrutis de cuistots allaient faire réchauffer l'ensemble ? La chaleur a provoqué la mise à feu, et comme les autres bombes étaient réglées pour sauter en même temps, elles sont toutes parties en avance.

L'autre homme, un peu plus vieux à la voix, prit alors la parole :

- N'empêche qu'à cause de ça, on ne peut plus revendiquer l'attentat.

- Bin pourquoi ?

- Réfléchis, imbécile. Le Front Anarchiste se bat pour libérer le peuple de la tyrannie du pouvoir. Or, cet attentat n'a pas tué un seul dirigeant. Ce serait de la contre-publicité.

Il y eu une petite pause, puis l'artificier reprit :

- Il faudrait peut-être le mettre sur le dos de quelqu'un d'autre, alors. Comme ça les soupçons ne se tournerons pas vers nous.

- Tu as raison. Mais on ne peut pas décider de ça dans notre coin. Il faut réunir le groupe pour décider de la meilleure stratégie à adopter. Envoie-leur un message, qu'ils y réfléchissent de leur côté.

- D'accord, chef. Et je mets quoi comme lieu et date de rendez-vous ?

- Comme d'habitude, au QG. Et demain soir, 17h. Ça nous laissera le temps de réfléchir.

Duo essayait de ne pas respirer trop fort, pendant que les bips d'un clavier de portable résonnaient dans le garage. Ce qu'il venait d'apprendre était tout simplement ahurissant. L'attentat dont il avait entendu parlé durant la nuit serait donc le fruit de ces deux hommes !

Il ne pouvait pas laisser passer ça. Il ne pouvait pas non plus faire quoique ce soit dans l'immédiat. Des hommes qui ne reculaient pas pour installer des bombes pendant un gala organisé par le roi ne réfléchiraient pas trois secondes avant d'abattre un mécanicien qui aurait eu le malheur d'entendre leur conversation.

Il se demandait encore comment sortir de là-dessous sans se faire tuer lorsque des pas se firent entendre à l'entrée du garage. Le nouvel arrivant s'arrêta en voyant les deux hommes et la voix de Léon s'éleva :

- Bonjour, messieurs. Mon mécanicien s'occupe de vous ?

Le chef répondit, avec une légère tension dans la voix en apprenant qu'ils n'étaient peut-être pas aussi seuls qu'ils le pensaient :

- Bonjour. Non, nous n'avons vu personne.

- Bizarre. Duo ?

Duo préféra faire comme s'il dormait encore profondément, et ne répondit rien. Léon s'approcha de la berline, seule voiture en attente dans le garage et se pencha pour regarder dessous. Duo avait refermé les yeux et s'était remis dans la position qu'il avait lors de son réveil, un peu plus tôt.

- Duo ? Mais qu'est-ce que tu fais là-dessous ?

Duo ne bougea toujours pas, bien que Léon ait parlé assez fort pour le réveiller en temps normal. N'obtenant aucune réaction, Léon cria le nom de son mécano tout en tapant un grand coup sur la portière. Duo fit mine de s'éveiller en sursaut et se tapa la tête contre le pot d'échappement. Il n'y était pas aller de main morte, ayant mal estimé la distance entre sa tête et le pot, et c'est complétement étourdi qu'il répondit à son patron :

- Ouch ! What ?

- Eh, gamin. Ça va ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Je me suis endormi.

- Encore ?

L'exclamation de Léon montrait autant d'incrédulité que d'inquiétude. Il tendit la main à son mécano pour l'aider à sortir de sous la voiture. Duo accepta volontiers. Il avait la tête qui tournait un peu à cause du choc. Il jeta un œil aux deux hommes qui le regardaient suspicieusement. Il fit mine de ne se rendre compte que maintenant de leur présence pour qu'ils s'imaginent qu'il n'avait rien entendu.

- Oh, bonjour messieurs. Pardon de ne pas vous avoir entendu entrer.

Léon lui prit le visage pour regarder la jolie bosse qui commençait à se former sur son front et le forcer à le regarder pendant qu'il l'interrogeait :

- C'est la deuxième fois aujourd'hui que tu t'endors comme ça. Je suis d'accord que ce matin, c'était presque normal, la paperasse a souvent cet effet. Mais là, franchement... Qu'est-ce qui se passe ?

- Tu te souviens de m'avoir conseillé des somnifères pour lutter contre mes insomnies ?

- Oui.

- Et bien, j'ai suivi tes conseils.

- Et t'as pris combien de cachets pour t'endormir encore dans l'après-midi ?

- Un demi.

Léon le regarda avec un tel air d'incrédulité que Duo éclata de rire, avant de s'arrêter brusquement en grognant, un mal de crâne s'étant déclaré en traitre. Léon le lâcha et lui montra la salle de repos avec un grand geste du bras :

- Va te faire un café très serré, ça ira peut-être mieux. Pendant ce temps, je vais m'occuper de ces messieurs, d'accord ?

Duo marmonna un assentiment avant de se rendre dans la petite pièce. Il prépara une cafetière, pressentant qu'il en aurait encore besoin pour finir la journée, et s'assit à la table en attendant qu'elle passe. Le bruit de l'engin suffit à couvrir le bruit de la conversation qui avait lieu à côté, et Duo réfléchit à ce qu'il avait entendu et à ce qu'il devait faire.

Cette information devait absolument être transmise à la police. Mais s'il se pointait ainsi, ils risquaient de ne pas le croire, surtout que le Front Anarchiste avait une assez bonne réputation, pour un parti politique ayant un nom pareil. Et s'il s'adressait directement aux Preventers ? Après tout, ils se vantaient de n'être affilié à aucun gouvernement ou parti politique.

Mais c'est pareil, s'il s'adressait à l'accueil, personne ne le croirait. Il devait y avoir des tas de personnes qui devaient faire la queue pour dire qu'ils avaient vu ou entendu quelque chose à propos de cet attentat, même si ce n'était pas le cas. Et puis, son histoire n'était quand même pas trop crédible. Franchement, une bombe dans un plat de poulet ? S'il ne l'avait pas directement entendu, il aurait lui-même cru à une blague.

La cafetière se tut et Duo se leva pour se servir une pleine tasse de café. Il avala quelques gorgées de liquide brulant et reprit sa place à la table. Alors qu'il se demandait comment faire savoir ce qu'il avait entendu, il repensa à sa vision de la nuit. Ce Wufei semblait bien le connaître et surtout lui faire entièrement confiance. En plus, il était maintenant colonel chez les Preventers, et avait semblé être le chef des opérations de sauvetage sur les lieux de l'attentat.

Mais il revenait à son problème de la nuit. Il ne pouvait pas juste débarquer comme une fleur en demandant à le voir, alors qu'il ne savait toujours pas où il l'avait rencontré. Il venait de décider qu'il était plus simple de lui écrire une lettre lorsque Léon entra dans la salle. Duo sortit de ses cogitations et lui demanda :

- So, que voulaient-ils ?

- Ils voulaient qu'on leur répare leur voiture. Mais ce n'est que de la tôle froissée, apparemment un accrochage en sortant de leur garage ce midi, alors je les ai envoyés chez Mac.

Mac était carrossier, et un grand ami de Léon. Ils s'envoyait régulièrement des clients, quand ils ne pouvaient pas s'occuper eux-mêmes du problème. Léon se servit une tasse et s'assit en face de Duo. Il but une gorgée, grimaça devant l'amertume du breuvage et rajouta un sucre.

- Si t'arrives à dormir après ce café, ton cas est désespéré !

Duo pouffa et but à son tour. Léon se rembrunit et reprit, tout en se perdant dans les profondeurs de sa tasse :

- Ça s'arrange pas, tes cauchemars ?

- Non. C'est même de pire en pire. Le somnifère, c'était le dernier recours.

- Et tu ne sais toujours pas ce qui les cause ?

Pendant un instant, Duo eut envie de lui dire. Mais il n'avait pas assez d'éléments pour arriver à expliquer correctement le problème. Et, si cette histoire de gundam était réelle, il était hors de question qu'il implique d'autres personnes. Aussi, il se contenta de hausser les épaules. Léon n'insista pas et ils finirent leurs cafés en silence. Puis, Duo retourna sous la berline pour finir son travail. En même temps, il réfléchit à ce qu'il allait mettre dans la lettre pour le colonel.

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To Be Continued


(1) Yúchŭn jī : stupide machine en chinois, selon google traduction. Bon, je parle pas chinois, alors ne me demandez pas comment ça se prononce. Si c'est faux, dites-le moi, je le changerai immédiatement.

(2) L'émission n'existe pas, mais la chaine si. Vu que c'est l'une des plus grandes chaines américaines, je me suis dit qu'elle avait sûrement survécu à la colonisation.

(3) C'est à dire qu'il releva le deuxième coin de sa bouche. C'est Trowa, tout de même, on va pas lui demander de faire un sourire jusqu'aux oreilles ^_^

(4) Si vous voulez connaître les différents signes utilisés lors des opérations commandos, allez donc là : http : / / www . lefande . com / hands . html, ce sont ceux que j'ai utilisé, assez facilement compréhensibles, bien que les légendes soient en anglais.

Notes de l'auteur :

J'espère que ça vous plait toujours. Quelque soit la réponse, ça me fera plaisir de le savoir, et pour ça, rien de mieux qu'une petite review ^^

Bon, plus qu'un chapitre ! Avec de la chance, il sera fini pour vendredi prochain. Oui, je sais, j'avais dit que je ne posterais plus d'histoire en cours d'écriture, mais j'avais vraiment trop hâte de savoir ce que vous en penseriez... Vous m'avez bien rassurée pour les premiers chapitres, j'espère réussir à tenir mes délais pour vous remercier ^^