Chapitre 3
Padmé se retrouva face à sa garde-robe et sélectionna une robe violette très simple. Elle devait porter des apparats élaborés toute la journée. Le soir, elle aimait se sentir à l'aise chez elle. Aujourd'hui, le choix de la robe lui avait pris un peu plus de temps. Elle devait recevoir un Jedi bien particulier et elle ne put s'empêcher de vouloir lui plaire. Encore.
- Sombre idiote, murmura-t-elle en se brossant une dernière fois les cheveux.
Après ce qu'elle lui avait fait, chercher à lui plaire était complètement inadéquat. Elle avait perdu ce droit le jour où elle lui avait brisé le cœur.
Padmé sortit de sa penderie et alluma le dispositif d'éclairage de son salon. Anakin était déjà là et l'attendait, accoudé au mur de l'entrée.
- Je ne veux pas savoir comment tu es rentré sans alerter mes gardes, n'est-ce pas ? demanda-t-elle en croisant ses bras autour de sa poitrine.
- Les Naboo construisent d'excellents droïdes astroméchano, répondit-il en souriant. Pour la sécurité… c'est autre chose. On ne peut pas être bon partout.
Padmé s'avança vers lui en riant. Il lui avait horriblement manqué. La force de ses sentiments la frappa de plein fouet alors qu'ils se retrouvaient enfin seuls, après toutes ces années.
- J'espère que ta mission avec moi ne te dérange pas.
- Padmé…
Il peinait à trouver les mots justes pour s'exprimer.
- Ecoute, ça n'a pas à être comme ça. Nous pouvons travailler ensemble sans que cela soit un problème. Je ne veux pas qu'il y ait de gêne entre nous. Et je suis très heureux de te revoir.
- Je pense la même chose, répondit-elle en souriant. Mais je te dois quand même des explications.
- Ce n'est pas nécessaire, répondit-il sombrement.
Ce sujet était le seul qui puisse le mettre mal à l'aise. Il était fort et avait supporté les horreurs de la guerre et la tentation du Côté Obscur. Il pouvait faire beaucoup de choses. Mais il ne voulait pas repasser par la douleur que le rejet de Padmé avait provoquée.
- Lorsque je t'ai dit que je t'aimais sur Geonosis, je le pensais vraiment. Mais une guerre venait de débuter. Nous étions tous les deux nécessaires pour faire cesser les conflits et je ne pouvais pas me permettre de nous éloigner de notre devoir pour des raisons personnelles et égoïstes.
- Tu m'as déjà dit tout ça, murmura-t-il avec amertume.
- Je sais. Mais je ne t'ai jamais dit à quel point j'étais désolée que les choses se soient passées ainsi. Je n'ai jamais voulu te blesser.
Anakin croisa les bras autour de sa poitrine et ne put contenir un petit rire sarcastique qui n'avait rien d'agréable. Sa fierté avait été sévèrement touchée lorsqu'elle l'avait repoussé. Alors qu'il se trouvait face à elle, il ne pouvait s'empêcher de ressentir un mélange de colère et de fascination.
- Tu ne me crois pas, constata Padmé avec un certain agacement.
- J'aimerais bien te croire.
- Les choses étaient compliquées. Ce n'était pas le moment pour se lancer là-dedans, et nous le savons tous les deux.
Anakin hocha de la tête, sans pour autant réellement approuver ce que Padmé disait. Pour lui, n'importe quel moment aurait été le bon s'il avait pu le passer avec elle.
- Je ne peux pas changer ce qui a été fait. Je voulais juste te dire que je suis désolée si je t'ai blessé. Ça n'a jamais été mon intention.
- Et maintenant ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Tu me dis tout ça. Mais qu'est-ce que tu veux de moi exactement ?
Padmé ne s'était pas attendue à ce qu'on le lui demande. Elle n'avait jamais cessé d'aimer Anakin de tout son cœur. Mais était-il possible qu'ils puissent se réconcilier après tout le mal qui avait été fait ?
- J'aimerais que tu sois heureux, répondit-elle, faute d'une meilleure réponse. Je l'ai toujours voulu.
- Tu savais ce qu'il me fallait pour être heureux.
Cette réponse brisa le cœur de Padmé. Evidemment, elle l'avait toujours su. Et après tout ce qu'elle lui avait fait endurer, elle peinait à croire qu'il puisse toujours la vouloir.
- Ecoute Padmé. Je te l'ai déjà dit, nous n'avons pas besoin d'en parler. C'était il y a quatre ans, oublions tout ça, ajouta-t-il fermement.
Padmé hocha de la tête en signe d'approbation. Tout avait été dit. Il était inutile de se laisser aller à la culpabilité. Elle était trop heureuse de le revoir en vie pour se lamenter.
L'homme qui se trouvait en face d'elle était très différent de celui qu'elle avait connu il y a quelques années. Il avait grandi et était plus mature. Son visage était plus dur. Ses cheveux légèrement plus longs le rendaient encore plus attirants qu'avant. Une cicatrice s'étendait du haut de son œil jusqu'à sa joue. Anakin était également bien plus musclé et plus imposant. La guerre n'était pas passée inaperçue sur lui.
- Parlons de ton protocole de sécurité. Le travail qui a été fait par ton équipe est lamentable… c'est un miracle que rien ne te soit arrivé pendant les conflits !
- C'est pour ça que tu es là, répondit-elle en souriant. Je te fais confiance. Tu peux faire toutes les modifications qui te semblent nécessaires.
Anakin se dirigea vers le panneau de commande qui se situait près de la porte et activa la console holographique. Le plan de l'appartement de l'appartement de Padmé se dessina et il l'étudia attentivement.
- Il va falloir changer le codage des portes de sécurité. Je me chargerai de ça demain. Je pense qu'il faudra aussi t'installer quelques détecteurs de mouvements dans les couloirs. Ne t'en fais pas, nous réglerons tout ça rapidement, ajouta-t-il l'air distrait.
Anakin désactiva la console et adressa un sourire à Padmé.
- Je suis désolé d'être venu aussi tard et sans prévenir. J'étais juste… impatient de te revoir. Je vais te laisser maintenant. Je suis certain que tu as des tas de choses à faire.
- A vrai dire, non, répondit-elle en secouant la tête. Pour la première fois depuis des années je n'ai absolument rien à faire.
- Ça ne doit pas t'arriver souvent.
- J'ai quitté mon poste de sénatrice et ma position de Vice-Chancelière ne prendra effet que la semaine prochaine. J'ai plusieurs jours pour moi et aucune idée de quoi faire.
Padmé se rendit rapidement compte de ce que sa réponse impliquait. Elle ne voulait pas qu'il parte tout de suite. Anakin l'avait très bien compris. Il la regarda en souriant, heureux de constater que même après toutes ces années, elle ne l'avait pas complètement oublié.
La jeune femme se dirigea vers son balcon et s'accouda à la barrière qui surplombait l'imposante capitale de la République. Anakin la suivit et s'installa à ses côtés. L'air était frais et agréable.
- Je te remercie pour tout ce que tu as fait, murmura-t-elle les yeux perdus dans le vague.
- Et qu'est-ce que j'ai fait exactement ? demanda-t-il, surpris.
- Tu as passé quatre ans à te battre à l'autre bout de la galaxie pour le bien des autres. La République est sauvée et c'est en partie grâce à tes exploits. Les gens perdaient espoir, mais ils croyaient en toi.
Anakin secoua le visage tristement. Pour lui, les combats auxquelles il avait pris part ne devaient pas être considérés comme des exploits. Certes, il n'avait jamais caché son attrait pour l'action et le danger. Il était également assez orgueilleux et avait assez muri pour le reconnaître. Mais les batailles qu'il avait vues étaient sanglantes et meurtrières. Et cela n'avait rien d'exceptionnel.
- J'ai entendu que tu as mené un assaut sur Umbara et que tu as libéré la planète de l'invasion Séparatiste. Et l'attaque de Christophis ! s'exclama-t-elle, les yeux pétillants de fierté. Détruire le bouclier magnétique de l'armée droïde depuis l'intérieur de leurs défenses était une idée brillante.
- Comment est-ce que tu connais toutes ces histoires ? demanda-t-il en riant de la voir réciter par cœur ses missions passées.
- Ani, tout le monde le sait ! Tu es sur l'Holonet pratiquement tous les soirs. Et puis, je n'allais quand même pas te laisser partir à l'autre bout de la Galaxie sans te surveiller ! répondit-elle en riant.
Ani. Ce surnom provoqua en lui un frisson. Elle ne l'avait pas appelé comme ça depuis très longtemps. C'était un diminutif qu'elle était la seule à employer.
Le jeune Jedi ferma les yeux un instant et soupira. Elle ne lui rendait pas la tâche facile. Rester ainsi à côté d'elle sans la toucher était insupportable. Anakin avait compris depuis longtemps qu'il ne réussirait jamais à l'oublier. Elle s'était emparée de son cœur avant même qu'il n'ait eu le temps de devenir un homme. Il lui appartiendrait pour toujours. Vivre sans elle était atroce. Être près d'elle était pire.
Padmé l'observa un instant. Il semblait troublé. Elle comprit que sa présence l'affectait énormément. Anakin semblait toujours éprouver des sentiments puissants pour elle. La jeune femme pouvait le sentir. Ce constat provoqua chez elle une sensation de soulagement et de joie qu'elle peinait à comprendre. Pendant toutes ces années, elle s'était battue contre ses sentiments en invoquant sa raison et son devoir. Ils étaient tous les deux nécessaires à la République. Aujourd'hui, la situation était complètement différente. Et elle était toujours follement et profondément amoureuse de lui. C'est alors que la réalité de la situation frappa Padmé de plein fouet. Elle ne cesserait jamais de l'aimer. Leur amour dépassait la raison et il ne pouvait pas être contrôlé. Qui était-elle pour dénier cela à celui qu'elle aimait ? Il était Jedi et le Code lui interdisait cette relation, certes. Mais toutes ces années de loyaux services ne leur donnaient-elles pas le droit de prendre une décision égoïste ?
Padmé se tourna vers Anakin et passa son bras derrière sa nuque pour l'attirer vers elle. Il était plus grand et elle ne pouvait pas lui faire face sans le tirer contre son visage. Elle ferma les yeux et déposa un baiser tendre et timide contre les lèvres du jeune homme. Il ne tarda pas à lui rendre son étreinte et entoura la femme qu'il aimait d'un bras protecteur. Anakin rendit son baiser à Padmé avec plus de ferveur, se laissant entrainer dans cette passion qui lui avait tellement manquée. Padmé décolla ses lèvres de celle du Jedi, la respiration haletante. Elle resta collée contre lui, les yeux toujours clos.
- Je suis désolée, murmura-t-elle en tremblant.
Anakin s'éloigna d'elle et la dévisagea, l'air surpris. Tous les deux s'étaient déjà retrouvés dans cette situation. A plusieurs reprises. Sur Geonosis, elle avait déclaré l'aimer. Quelques jours plus tard, elle lui avait demandé de la laisser tranquille et de ne plus essayer de la contacter. Tous ces actes cruels n'avaient pas suffi à anéantir les sentiments qu'Anakin éprouvaient pour elle, mais ils l'avaient rendu méfiant. Une part sombre de lui se rendait également compte que son amour pour elle était désormais mêlé à de la rancœur. Elle l'avait blessé comme jamais encore personne ne l'avait fait. Ces années passées loin d'elle l'avait rendu amer. Il avait besoin de réfléchir. Il ne pouvait l'aimer sans se débarrasser de cette colère qui l'habitait désormais.
- Je ferais mieux de partir, murmura-t-il en relâchant la jeune femme. Ashoka m'attend, je lui ai promis de ne pas faire long.
Padmé hocha de la tête. Une larme solitaire coula le long de sa joue. Anakin l'essuya délicatement de son visage en souriant. Elle était encore plus belle que dans ses souvenirs. Il n'arrivait toujours pas à comprendre comment cette femme pouvait exercer un tel pouvoir sur lui. Il aimait être maitre de son destin et ne supportait pas le contrôle et l'autorité. Pourtant, avec Padmé, il se laissait simplement aller. Il n'essayait pas de comprendre pourquoi rien ne pouvait altérer ses sentiments. Il ne voulait pas savoir comment elle avait acquis un tel contrôle sur lui. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il l'aimait. Et que cet amour était sans limite.
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La brise d'air qui parcourait la capitale de la République était apaisante et rafraîchissante. Anakin rentra au Temple Jedi tard dans la nuit, mais il n'était pas fatigué. Il se rendit sur le grand balcon du niveau supérieur et ne fut pas surpris d'y retrouver Ashoka, son ancienne apprentie. Elle était étendue sur une grande banquette et observait les étoiles
- Des problèmes pour dormir ? demanda-t-il en s'installant à côté d'elle.
- Je n'arrive pas à retrouver mon calme. Nos dernières missions ont été remplies d'aventures et de dangers. Je suis heureuse de voir la guerre prendre fin, mais retrouver la paix de manière si abrupte c'est… troublant, expliqua-t-elle, comme si elle avait honte de cette révélation.
- Je comprends, répondit Anakin en soupirant.
- Comprenez-moi bien, je suis ravie que les conflits aient pris fin ! Mais comment est-il possible que tout s'arrête si soudainement, en une journée ? Nous nous battions sans relâche et quelques paroles, accompagnées de la mort d'un seul homme, ont suffi à mettre un terme à une guerre galactique ?
Anakin esquissa un sourire à cette remarque. Ashoka ne savait pas à quel point ce constat tourmentait son ancien Maitre. En ce qui concernait la guerre, évidemment, mais également au sujet de sa vie personnelle. Comment la paix pouvait-elle s'installer à nouveau, après tout le mal qui avait été fait ?
- Je sais. C'est toute la beauté de la politique, répondit Anakin avec sarcasme.
- Vous avez sans doute raison. Il n'empêche que c'est complètement déraisonnable. Si tout s'est joué à la folie d'un seul homme, quelle garantie avons-nous que ces événements ne se répètent pas ?
- Nous n'avons aucune garantie. Il faut simplement espérer que des politiciens plus sages sauvegardent les intérêts de la République.
Encore une fois, le paradoxe de la discussion était troublant. Quelle garantie avait-il que Padmé ne le rejette pas à nouveau ? Elle n'avait jamais hésité à le mettre de côté, invoquant des raisons qu'il ne pouvait pas comprendre. La fin des combats semblait pour lui se situer autant au niveau politique qu'affectif. Et tous ces changements étaient troublants.
Ashoka médita un instant sur cette discussion. Son ancien maitre n'avait pas tort. La sagesse était leur seule alliée. Elle espérait pouvoir continuer à servir loyalement la République et les Jedi pour éviter qu'un tel conflit se reproduise un jour.
L'ancienne padawan détourna son regard des étoiles pour fixer son maitre avec curiosité. Il s'agissait d'un homme compliqué et difficile à cerner. Depuis qu'elle l'avait rencontré, il avait suscité chez elle une fascination qu'elle ne pouvait expliquer. Anakin pouvait être sombre et dangereux, mais il avait également un grand cœur. Il avait été blessé par le passé mais il refusait catégoriquement d'en parler. Pourtant, ce soir, quelque chose semblait avoir changé. Ashoka ressentait un sentiment en lui qui était peu commun. Le Maitre Jedi était troublé mais… heureux ?
- Et vous, Maitre ? Vous ne trouvez pas le sommeil ?
- J'ai besoin de réfléchir, répondit-il avec honnêteté.
Ashoka ne renchérit pas tout de suite. Elle tenait à choisir ses mots avec soin. Obi-Wan et elle étaient les deux personnes les plus proches d'Anakin. Son ancien Maitre faisait preuve de plus de retenu et ne questionnait pas souvent Anakin. Ashoka, elle, n'avait pas cette décence. Elle aimait parler avec lui et espérait qu'il finirait par se livrer.
- La Vice-Chancelière Amidala et vous êtes amis ? demanda-t-elle d'un ton qu'elle espérait innocent.
Anakin se retourna vers son ancienne apprentie et la dévisagea avec surprise. Jamais encore il n'avait parlé de Padmé avec elle.
- Nous nous sommes connus enfants. Lorsque je l'ai rencontrée, j'avais neuf ans et elle en avait quatorze. Elle était Reine de Naboo et sa planète avait des ennuis.
- Je vois, répondit Ashoka d'un ton qui trahissait son arrière-pensée. Et ensuite ?
- Ensuite quoi ? demanda Anakin d'une voix agacée.
- Eh bien vous l'avez revue ?
Le ton d'Anakin trahissait ses pensées. Il connaissait la Vice-Chancelière Amidala bien mieux qu'il ne voulait l'admettre. Ashoka avait eu ses soupçons lors de leur retour de mission. Anakin et Padmé s'étaient regardés avec une intensité que la jeune fille n'avait encore jamais observée nul part ailleurs. Elle comprit instantanément que cette femme était importante pour son ancien Maitre.
- Où est-ce que tu veux en venir, Ashoka ? demanda-t-il, un peu énervé.
La jeune fille le regarda en souriant. Elle n'avait pas besoin de poser plus de questions ni d'en entendre d'avantage. Son agacement parlait pour lui.
