Hey ! Vous êtes tous awesome ! je suis contente que ça vous plaise, j'espère que ça va continuer. Voici le chapitre trois (plus que deux). Bonne lecture !
Le printemps passe, puis l'été. Ces six mois épuisent Bellamy nerveusement. S'il peut toujours compter sur Kane pour appuyer ses décisions et faire exécuter ses consignes, il n'ose demander l'aide d'Abby qu'en dernier recours, car elle saute sur toutes les occasions pour grignoter des miettes de pouvoir. Ce n'est pas qu'il n'a pas envie de partager, c'est surtout que dans ce petit jeu la chancelière a tendance à perdre de vue les intérêts de leur peuple. Bellamy se fout bien de savoir qui commande, du moment que les décisions prises sont les bonnes –et il partage rarement l'opinion d'Abby.
À vrai dire, ils ne s'entendent que sur un point : aussi longtemps qu'ils n'auront pas de nouvelles de Clarke, ils n'iront nul part. Camp Jaha et la montagne, qu'on peut voir au loin par temps clair, sont autant de souvenirs qui empêchent les victimes du Mont Weather de dépasser complètement le traumatisme qu'ils ont vécu. Pour aller mieux, il leur faudra déménager –Bellamy sait qu'ils iront vers la mer et les tribus pacifistes dont leur a parlé Lincoln. Mais pas sans Clarke. Si elle revient après leur départ, elle ne saura pas où les chercher. Alors ils l'attendront, aussi longtemps qu'il le faudra.
Les rescapés des Cent ont passé l'hiver dans le même abri, à veiller ensemble, faire des cauchemars ensemble, dormir les uns contre les autres pour se protéger du froid et de la peur. Ils n'ont pu se résoudre à se séparer avec l'arrivée du printemps, et alors que leur second automne sur Terre est sur le point de commencer, rien n'a changé. Bellamy songe parfois qu'ils sont comme une meute de loups, blottis les uns contre les autres dans leur tanière. Quand l'un d'eux se réveille en criant des bras se tendent pour étreindre, caresser, réconforter, des « shhhh », « ce n'est qu'un cauchemars », « tout va bien » sont murmurés d'un bout à l'autre de l'abri. Ce n'est pas une solution à long terme mais Bellamy n'a pas le cœur de les disperser. Lui-même résiste rarement à la tentation d'aller s'allonger entre Octavia et Jasper, laisse des mains attraper les siennes, fait des promesses de sécurité et de paix dans le noir en priant pour pouvoir les tenir.
(Si seulement Clarke était là.)
Il n'a pas droit à l'erreur, et chaque fois qu'il doit prendre une décision il marque un temps d'hésitation. Que ferait Clarke ? Qu'est-ce qu'elle lui dirait ? Hocherait-elle la tête d'un air entendu, approuvant ses choix ? Ou bien lui crierait-elle dessus en le traitant de tous les noms pour avoir des idées aussi stupides ? L'équilibre de leur co-leadership lui manque. Il a l'impression de porter tout seul un poids prévu pour deux –et il réalise que c'est sûrement ce qu'a ressenti Clarke pendant tout le temps où il était infiltré au Mont Weather, et quelle idée, vraiment, de s'être séparés. Il a beaucoup pensé à ce qu'ils ont fait là-bas, au prix de leur paix et de leur liberté. Ces gens qu'ils ont tués hantent ses cauchemars et il pleure parfois en pensant que personne ne tient la main de Clarke quand elle se réveille des siens. Mille fois il a rejoué tout le scénario dans sa tête, cherchant ce qu'ils ont raté, l'issue qui aurait permis de garder tout le monde en vie. Il n'a pas encore trouvé mais il y a une chose qu'il sait, c'est le point où ils ont fait leur première erreur. Il n'aurait pas dû partir. Ils auraient dû rester ensemble, Clarke et lui, et peut-être que ça aurait été plus long et plus compliqué, mais à eux deux ils auraient trouvé une meilleure solution.
(Il n'a pas envie de l'avouer à qui que ce soit, sûrement pas à lui-même, mais quand Clarke reviendra il ne veut plus jamais qu'on les sépare.)
-THE 100-
Ça arrive en une seconde, sans aucun signe avant coureur, en fin d'après-midi. Le soleil commence juste à descendre, il revient d'une rencontre avec les Terriens –Lexa est toujours aux commandes mais les tribus sont divisées et un conflit gronde. Il est inquiet : il ne veut pas que son peuple soit pris entre deux feux, mais le seul moyen de ne pas se retrouver impliqué dans la guerre qui menace serait de quitter la région, et Clarke est toujours introuvable… Il ne sait pas quoi faire.
C'est alors que le cours de ses pensées est interrompu par une explosion dont l'onde de choc fait trembler la terre. L'instant d'après il est allongé à plat ventre dans l'herbe, mains sur les oreilles. Ça n'a pas duré longtemps, c'est déjà fini, il se redresse pour vérifier que tout le monde va bien. Pas de blessés, tant mieux, mais son cœur menace de lui défoncer les côtes, qu'est-ce que c'était ?
- Bellamy !
Il se tourne vers Miller tout en se remettant debout. Le garçon regarde quelque chose derrière lui. Les autres suivent son regard, Bellamy se retourne. Un champignon de fumée fait comme une tour dans le ciel, très loin –trop loin pour Camp Jaha ou un village allié, et il soupire de soulagement.
- Qu'est-ce que c'était ?
- J'en sais rien. Tout le monde va bien ?
Monroe et les trois gardes qui les accompagnent grognent affirmativement, mais leurs regards sont toujours braqués sur le champignon. Bellamy s'interdit de penser à Clarke et remet de l'ordre dans ses troupes.
- On rentre à Camp Jaha immédiatement, ne traînez pas !
Tout le monde s'exécute sans protester et ils parcourent la distance qui les sépare encore de chez eux au petit trot.
-THE 100-
Ils attendent deux jours au cas où l'explosion serait le premier signe avant coureur d'une nouvelle catastrophe, d'une attaque ou de dieu-seul-sait-quoi. Puis Bellamy perd patience, rassemble des volontaires en qui il a confiance, confie Camp Jaha à Kane et à Abby, et part en expédition. Il emmène Octavia, Lincoln, Miller, Monroe et Jasper –si ça ne tenait qu'à lui il embarquerait toute sa petite famille mais il y en a plusieurs qu'il préfère savoir à la maison, soit pour qu'ils y soient en sécurité, soit (et sur ce point il pense à Wick et à Raven) pour y garder suffisamment d'alliés pour être sûr qu'on lui ouvre la porte en rentrant.
Lincoln marche devant, avec lui, ils ont besoin de sa connaissance de la région. Il n'a pas été facile à convaincre : il dit qu'ils vont vers la zone morte, et clairement, il en a peur. Mais Octavia a chuchoté quelque chose en trigedasleng et l'a convaincu de venir avec eux. Bellamy n'essaie même plus de comprendre, leur couple est fonctionnel et rend sa petite sœur heureuse, le reste il s'en fout.
Ils marchent une journée entière et le soir tombe lorsqu'ils arrivent aux portes du désert. À partir de ce point il n'y a plus que du sable à perte de vue. Ils sont pourtant bien dans la bonne direction. Lincoln regarde par delà la crête des dunes avec cet air nerveux qui ne le quitte presque plus depuis Mont Weather. Bellamy soupire. Quoiqu'ils décident de faire, ça attendra, la nuit tombe.
- On va camper ici cette nuit, faîtes du feu et montez les tentes.
Tout le monde s'exécute automatiquement et il les regarde faire avec fierté. Il les a choisi eux parce qu'ils sont aussi disciplinés que des soldats, mais qu'ils ne sont pas des soldats. Les hommes de Kane le suivent parce que leur supérieur et la chancelière l'ordonnent, pas pour lui. Il ne sait jamais si l'un d'eux ne va pas le trahir… Ces gamins traumatisés, au moins, il a confiance en eux, et ils sont là parce qu'ils ont confiance en lui. C'est une responsabilité mais aussi une garantie.
Il prend la première garde et ne la rend pas de la nuit. Le sommeil ne veut pas venir. Un vent chaud souffle du désert. Le ciel est tellement rempli d'étoiles qu'on dirait qu'il va déborder. Comme chaque fois qu'il est seul avec lui-même, ses pensées dérivent vers Clarke.
- Où es-tu ? chuchote-t-il à la nuit. Aide moi, dis moi ce que je dois faire.
(Si on lui avait dit qu'un jour il réclamerait qu'on lui dise ce qu'il doit faire…)
Ça fera bientôt un an que Clarke est partie, et il n'arrive pas à avancer. Kane a raison, il devrait cesser d'agir comme si la situation était provisoire, mais il ne peut pas se résoudre à dire au revoir à Clarke. Il sait déjà qu'avant l'hiver, il partira seul à sa recherche. Il retournera les bois et même le désert s'il le faut, mais il la trouvera. Il faut qu'il la trouve. Sinon il ne sera jamais capable de penser à autre chose. Il passera sa vie à l'attendre en scrutant l'horizon, à courir derrière chaque reflet blond, à faire des rêves et des cauchemars à son sujet, et ça finira par le rendre fou.
L'aube le trouve dans la même position que le crépuscule : assis en haut de la dune derrière laquelle ils campent, les yeux à l'horizon. Quand il redescend pour réveiller les autres, Octavia grogne :
- Pourquoi tu ne t'es pas fait relever ?
Il ne répond rien et comme personne d'autre ne pose de questions, ils lèvent le camp.
- On va marcher un jour dans la direction de l'explosion, on fera un point ce soir.
- On va manquer d'eau, souligne Lincoln.
- On économisera, et on fera demi-tour demain si on ne trouve rien.
Les autres acquiescent, chacun charge son bagage sur ses épaules, et Bellamy donne le signal du départ. Jasper arrive en haut juste après Octavia, et balaye l'horizon du regard en attendant Miller et Monroe. Ces derniers viennent de les rejoindre lorsque le garçon s'écrie :
- Y a des gens là-bas, Bellamy, regarde !
Tous scrutent le désert dans la direction pointée par Jasper. Miller sort une paire de jumelles de son sac.
- Il a raison, je vois deux personnes qui portent quelque chose sur la crête, là-bas.
- S'il ne nous ont pas vu, autant les éviter, suggère Lincoln.
Bellamy prend quinze secondes pour y penser, puis secoue la tête.
- Non, ils savent peut-être quelque chose et ils ne sont que deux. Il faut qu'on leur parle. Toi, Jasper et Octavia, restez en arrière pour nous couvrir au cas où, Miller et Monroe, marchez devant avec moi.
Ils descendent prudemment de leur propre dune et marchent jusqu'au pied de la suivante. Les deux silhouettes sont déjà en train de la dévaler, ils les ont définitivement vu et quoiqu'ils leur veuillent, ils sont déterminés. Bellamy tient sa carabine à deux mains, il a un drôle de pressentiment. Miller jette un nouveau coup d'œil dans ses jumelles, et s'étrangle.
- Murphy ?
- Comment ça, Murphy ?
Bellamy lui prend les jumelles pour voir par lui même. Pas de doute, c'est bien Murphy qui marche devant, il semble transporter quelqu'un sur un brancard. L'autre personne en porte l'autre extrémité, Bellamy fait le point sur son visage et lâche pratiquement les jumelles. Chuchote, incrédule :
- Clarke ?
- Clarke ? répètent Octavia et Jasper d'une même voix.
Murphy et Clarke courent tous les deux dans la pente, Bellamy en vient à craindre qu'ils tombent et se cassent une jambe. Il ne sait pas par quel miracle la personne qu'ils transportent n'est pas encore tombée de son brancard. Clarke… Il n'y croit pas mais il n'ose pas regarder de nouveau dans les jumelles. Il les rend à Miller d'un air absent, alors que les deux miraculés atteignent le pied de la dune et titubent vers eux. Murphy tombe en premier sur les genoux, Clarke suit, moins pour équilibrer le brancard que parce qu'elle est tout aussi à bout de forces que lui. Monroe et Octavia sont les premières à bouger, et rattrapent Murphy alors qu'il tombe sur le côté. Octavia se penche pour entendre ce qu'il marmonne –ses lèvres sont complètement desséchées, comme la peau de son visage…
- De l'eau… Pitié…
- De l'eau ! hurle Monroe.
Ça sort les autres de leur torpeur : Jasper lance une gourde à Octavia, Bellamy se précipite vers Clarke avec la sienne. Elle tombe pratiquement dans ses bras, au bord de l'inconscience. Il l'aide à boire, elle tremble, ils ont dû marcher des jours sans s'arrêter.
- Eh ! C'est Jaha !
Miller s'est penché sur le brancard. Bellamy jette un coup d'œil dans sa direction, et reconnaît l'ancien chancelier malgré la barbe épaisse qui lui mange le visage. Il note les bandes de cuir qui attachent ses poignets au travois. Miller fait un geste pour les défaire, Clarke et Murphy s'exclament d'une même voix :
- Le détachez pas !
- Pourquoi ? demande Bellamy.
- Il est fou… Le détachez pas… Il est fou… De l'eau…
- Tiens.
Cette fois elle est capable de tenir la gourde toute seule, elle la vide presque entièrement avant de s'arrêter pour respirer. Il la regarde. Elle le regarde.
- Hey.
- Hey.
- C'est bon de te revoir.
- C'est bon de te revoir aussi.
À suivre…
