Hello tout le monde. Voici la suite, quasi aussi longue que le premier chapitre. On retrouve les Weasleys ici! Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser des reviews.

o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0

Chapitre deux: Appréhensions et célébration

Harry passa un été plus agréable qu'il en avait l'habitude – malgré quelques épisodes fâcheux. Au moins n'avait-il pas eu à attendre un mois complet chez son oncle et sa tante pour revoir ses amis et revenir dans le monde auquel il appartenait, car après la mission de recrutement commanditée par Dumbledore, il avait pu aller au Burrow pour le restant de ses congés. Il n'était pas pressé de retourner au Grimmauld Place de toute façon, même s'il n'avait rien contre Melbourne en soi. C'était surtout la perspective de se tenir dans le lieu où avait séjourné son parrain durant une année avant qu'il ne meure qui ne le réjouissait pas. Il ne se sentait pas encore tout à fait prêt à franchir ce pas, nécessaire dans son processus de deuil. Et surtout pas seul.

Au moins était-il entouré de sa famille de coeur… Soit, Ron et Ginny semblaient faire plus ou moins la tête, Fleur Delacour ayant décidé de passer quelques temps chez eux, fiancée à Bill, leur frère aîné. Cela n'avait pas l'air d'enchanter Molly Weasley non plus. Une gentille guerre des ménages était déclarée entre les deux femmes, la première n'appréciant guère l'accueil un peu froid qui lui était réservé et la seconde ayant une appréhension, en soi somme toute légitime en tant que mère, quant à la vie que décidait son fils.

Arthur tentait de la raisonner, ce qui avait le don de la mettre un peu plus en boule qu'elle ne l'était déjà d'elle-même. En même temps, c'était ce trait de sa personnalité qui la faisait craquer d'amour pour son mari. Il ne voyait pas le mal chez les gens. Non pas qu'il fut naïf, quoique… Peut-être qu'il l'était un peu; mais c'était surtout qu'il aimait à croire que les relations entre sorciers, qu'importe leurs origines, leurs langue et culture, on pouvait accepter et tolérer les personnes suivant leurs horizons. Rien de tel que cet exemple tout terre-à-terre d'union maritale pour signifier de manière symbolique qu'ils se refusaient à être soumis à la guerre et aux idéologies du Mage Noir. Là-dessus, Molly partageait le même avis que son mari. Il avait raison et elle était encline à respecter les choix de Bill, comme elle ne voyait pas d'un mauvais œil cette amour avec Fleur, car au fond, même s'il avait décidé de s'unir avec une fille issue d'une famille de Muggles, ou si elle avait été une Squib, aucun problème pour elle. Elle n'y aurait vu aucun souci à cela parce que les histoires de noblesse, de titres ou de pureté de sang n'avaient aucune espèce d'importance face à la force de l'amour et elles ne prédisposaient en rien les personnes quant aux qualités qu'elles développent. Ce qui la chiffonnait se résumait en deux points: la première concernait le fait qu'elle songeait qu'ils allaient trop vite en besogne – et encore, Arthur aimait à démanteler son argument en lui rappelant qu'elle et lui n'avaient pas mieux fait en leur temps, la seconde concernait tout simplement la personne de Fleur – pourquoi elle? Elle allait devoir passer outre ses ressentis, ayant noté, malgré elle, que son enfant semblait le plus sincèrement amoureux de la jeune femme aux origines Vélanes.

Un soir, tandis que la maison commençait à devenir silencieuse après une longue et rude journée rythmée par les allées et venues de ses habitants, le labeur lié aux travaux ménagers et le bruit caractéristique d'une cohabitation d'une dizaine de personnes, Arthur et Molly se trouvaient tous deux dans leur chambre. Ils savouraient le plaisir simple et agréable du repos mérité dans leur lit. Comme de manière régulière, ils s'étreignirent dans un câlin tendre et amoureux, retrouvant avec joie le réconfort et la chaleur de la présence de l'autre dans ce geste. Malgré les soucis de chacun, ils tentaient de couper court à ceux-ci pour profiter encore, tant qu'il était temps et possible, de ces quelques moments de la vie. Cependant, Arthur sentait que son épouse ne lâchait pas l'affaire aussi vite, toute soucieuse et tendue qu'elle était. Il ferma les yeux un instant, soupira, et se plaça sur le flanc pour mirer droit dans le blanc des yeux la femme qui partageait sa vie depuis une trentaine d'années désormais. Il caressa du bout des doigts les traits de son visage: son nez, ses pommettes, son menton, le contour de ses yeux, sa bouche…

- Qu'est-ce qu'il y a, Molly, demanda-t-il dans un chuchotement.

Il n'y avait ni colère ni lassitude dans le ton de sa voix, seulement de l'inquiétude. Molly l'observait en silence, avait aimé sa tendresse, mais elle avait les orbes brillants de soucis et de peur. Sans regarder, elle chercha la main libre de son époux de la sienne, pour sentir ce contact vivant, aimant, rassurant.

- J'ai peur pour mes… Nos enfants, lâcha-t-elle enfin. Entre Bill qui se fiance à Fleur, Charlie qui risque sa vie au quotidien avec les dragons, Percy…, elle se tut un instant, le ressentiment et la tristesse d'avoir perdu le contact avec l'un de leurs petits lui étant très douloureux à supporter, Percy qui… A rompu les liens avec nous, Fred et George qui ont abandonné leurs études pour se lancer sans trop réfléchir dans une branche d'activité qui peut les mettre sur la paille à tout instant, Ron qui se trouve tout le temps mêlé à des choses beaucoup trop complexes et dangereuses qui le dépassent et Ginny qui doit faire face à tout ça et endurer en silence le risque de perdre tout le monde sans sourciller…

Arthur l'embrassa sur la bouche pour la faire taire, la rassurer, la consoler, lui apporter son soutien, partager ses soucis. Lui aussi avait peur, tout comme elle. Tous les matins, il se levait la boule au ventre en se demandant s'il allait revenir à la maison entier le soir-même, s'il n'allait pas apprendre une mauvaise nouvelle en cours de route, s'il allait garder son emploi, s'il allait pouvoir ramener assez d'argent à la maison pour subvenir aux besoins de sa famille, s'il allait pouvoir retrouver sa femme adorée en rentrant pour la serrer dans ses bras, l'embrasser, la chérir, l'aimer… Le temps de paix semblait n'être déjà qu'un lointain souvenir qui avait duré une période ridiculement courte, comme s'ils n'en avaient pas pris toute la mesure, ni assez savouré ni assez profité.

- Moi aussi, j'ai très peur, finit-il par avouer à mi-voix, ce qui fit un grand bien à Molly qui l'entendait le lui dire clairement en face pour de bon. Mais, même malgré la peur, il ne faut pas se laisser guider par elle et continuer à se serrer les coudes. C'est notre rôle de parents. Si nous ne le faisons pas, comment pouvons-nous garantir à nos enfants que, s'ils en expriment le besoin, nous pouvons toujours les accueillir ici, dans ce nid sécurisant et rempli d'amour? Nous sommes leur référence, leur modèle… Nous ne pouvons fléchir, fuir nos responsabilités, les abandonner à eux-mêmes…

- Jamais il ne m'est venu à l'esprit d'abandonner nos enfants, s'exclama son épouse. Je ne peux pas envisager faire ça! Plutôt mourir que de les laisser à leur compte!

- Je sais, Mollynette. Je n'ai jamais sous-entendu le contraire, rassura Arthur. Je sais… et il étreignit sa main. C'est juste que… Je crois que j'avais besoin de l'exprimer et… Aujourd'hui plus qu'un autre jour, nous devons faire face la tête haute et solidaires. On est les Weasley, on n'abandonne jamais, ajouta-t-il décidé, les yeux brillants de détermination. Lorsque je me suis marié à toi, je me suis juré que je te protégerai coûte que coûte, que je protégerai coûte que coûte nos enfants, notre maison… «Pour le meilleur et pour le pire», souviens-toi.

- Serais-tu en train de reformuler tes vœux, mon cher époux?

Il sourit et l'embrassa avec tendresse. Elle le lui rendit, lui passant sa main sur son visage fatigué, las, cerné, soucieux.

- Il me semble que oui, murmura-t-il.

o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0

Une fois n'était pas coutume, Melbourne sortit du Grimmauld Place, décrétant que prendre l'air ne le tuerait pas. Il quitta la demeure des Black avec son sac en besace, le plus vide possible, pour faire un tour au Diagon Alley toute la journée. Il avait prévu de faire un saut à Gringotts, puis de flâner ici et là pour se faire plaisir – ce terme étant presque unanimement lié aux livres. Comme s'il n'en possédait pas assez. Tous les amoureux des bouquins diront qu'ils n'en ont jamais en nombre suffisant.

Le jeune homme atteignit le Leaky Cauldron pour accéder au mur en briques dans l'arrière-boutique. Il salua Tom, le barman, au passage d'un signe de tête poli mais ne s'attarda pas plus, n'étant pas enclin à plus socialiser qu'il était sur le point de faire. Ce fut seulement lorsqu'il tapota la bonne brique pour que le mur créât un passage qu'il analysa l'air grave et sinistre du barman. En fait, il n'y avait pas grand monde dans le bar – du moins, l'on pouvait dire qu'il était désert. Avant, l'on pouvait ouïr un bruit de fond, nourri par des conversations diverses. Là, c'était comme si quelqu'un avait jeté un Assurdiato diablement efficace. Le jeune homme pinça les lèvres et s'engagea par le trou en alcôve qui venait de se former devant lui.

La place dédiée aux sorciers avait changé d'ambiance. Plusieurs boutiques avaient fermé, la plupart barricadées par des planches, d'autres n'avaient plus cet attrait vivant et joyeux ordinaire et les gens ne s'attardaient plus trop pour discuter les uns avec les autres, le visage fermé, anxieux. Sur l'instant, Melbourne songea qu'il avait eu une mauvaise idée. Il se força à passer outre son ressenti et s'enfonça plus profondément dans l'artère principale, l'énorme bâtiment de la banque des sorciers à l'horizon en ligne de mire. Il prenait néanmoins son temps pour jeter des coups d'oeil à droite et à gauche pour s'imprégner du changement d'atmosphère. Une oppression naissante d'une sorte d'angoisse l'assaillit dans le creux de son estomac. Il se sentait plus dévisagé et observé de travers que d'ordinaire, alors qu'auparavant, très peu de personnes se retournaient à son passage. Son allure dénotait clairement dans le paysage, son refus têtu à s'accoutrer tel un sorcier. Et encore, il lui aurait suffi de porter une cape pour rentrer un peu plus dans les standards de sa communauté, mais il n'aurait lâché pour rien au monde son long manteau de cuir noir, qui avait la particularité de tenir chaud sans coûter un bras. Puis, zut, en tant que fan de rock Muggle… Non, en fait, c'était tout aussi absurde en soi. Il secoua la tête pour chasser ces pensées inutiles et se concentra plutôt sur ce qu'il avait devant lui. Au passage, il acheta le dernier numéro du magasine dédié aux potions, The Practical Potioneer, et l'ouvrit pour consulter le glossaire jusqu'à ce qu'il parvienne au perron de Gringotts.

Les lieux, eux, n'avaient pas changé d'un iota et la circulation humaine était plus dense qu'auparavant. Il y en avait pour aisément quatre heures d'attente. Deux personnes munies de cannes dorées faisaient passer les gens les uns après les autres pour contrôler qui rentrait. C'était des Probity Probes. Le jeune homme finit par entrer, passa les portes en or et celles en argent, avant de se trouver dans le hall immense, jalonné de guichets où des dizaines de Goblins travaillaient d'arrache-pied suivant la tâche qui leur était assignée. Lorsqu'un sorcier eut son renseignement et s'éloigna à sa droite, l'ex professeur de Défenses s'approcha et salua le Goblin qui leva son long nez crochu de son parchemin pour le toiser de derrière sa paire de lunettes.

- Baguette, demanda-t-il simplement après que William se soit présenté et formulé sa requête d'accéder à son coffre-fort.

Le jeune homme la lui tendit, la baguette faisant office de carte d'identité inviolable. Le Goblin s'en saisit avec beaucoup de délicatesse et l'examina sous tous ses angles en murmurant plus pour lui-même qu'à l'adresse de son interlocuteur: «bois d'orme, crin de licorne, d'une ferme flexibilité...». Satisfait du contrôle effectué, le Goblin la lui rendit, chercha dans ses effets bureautiques la clé correspondant au coffre, descendit de son tabouret, disparut un temps de la vue de Melbourne le temps qu'il fasse le tour des comptoirs et le rejoignit pour le guider. Ce fut à cet instant que le jeune homme fut frappé par la tension qui régnait ici. Certes, sorciers et Goblins n'étaient pas dans les meilleurs termes, mais il avait la sensation que le climat était plus électrique que d'accoutumée. Décidément, la nouvelle guerre allait faire des ravages, comme la dernière montée en puissance de Voldemort, et celle de Grindelwald avant lui…

Le chariot les menait plus profond dans les sous-sols de la banque. Rythmés par les secousses et les bruits de rails, agrémentés ici et là de manifestations magiques qui émanaient pour la plupart d'un long crachat de flammes par un dragon – nul doute qu'il devait être énorme, songea le jeune homme qui aperçut les flammèches dans son champ de vision. Enfin, leur moyen de locomotion ralentit de manière brutale avant de freiner d'un coup sec. Un peu plus et Melbourne aurait passé par dessus bord s'il n'avait pas été attentif. Le Goblin et lui sortirent, le premier avec une habileté issue de la force de l'habitude, le second en gémissant de douleur car il avait cru être passé dans un tambour de machine à laver. Il en mettrait sa main à couper que son corps, surtout ses genoux, serait couvert de bleus. Le Goblin le fit sortir de ses plaintes mentales en lui tendant la lampe qu'il tenait de ses deux mains et lui demanda la clé. Melbourne s'approcha de lui pour éclairer le mécanisme d'ouverture. Il y avait quelque chose de fascinant dans le travail d'orfèvre des Goblins rien que dans les rainures, arabesques et reliefs qui ornaient la porte. Tout une mécanique magique complexe. Les banques Muggles devraient s'en inspirer pour se protéger des vols dont elles étaient victimes, songea le jeune homme tandis que la porte devant lui se dématérialisa. Hum, l'obscurité était insondable par ici. Il ne put réprimer un frisson qui parcourut sa colonne vertébrale. Cela aurait été une agonie terrible que d'être coincé dedans. Le Goblin avait repris possession de la lampe pour en baigner le coffre et laisser le client accéder à ses possessions. Melbourne rentra, en tentant d'avoir l'air le plus détaché et nonchalant possible, gardant un maximum de dignité face à la petite montagne de son argent. Il ne roulait pas sur l'or, clairement; mais au moins avait-il toujours eu la sécurité de ses deux emplois qui lui avaient permis d'obtenir un salaire convenable chaque semaine*. Tant mieux pour lui qu'il soit plutôt économe et célibataire au final. Il ne souhaita pas faire durer ce moment et glissa quelque menue monnaie dans une bourse qu'il avait extraite de son sac en bandoulière. Après tout, le Goblin avait d'autres clients qui l'attendaient en haut. Une fois qu'il eut terminé, le jeune homme inclina la tête et remercia le banquier. Ils sortirent tous deux. La porte se referma derrière eux aussi sec. Puis, ils montèrent dans le chariot qui prit le sens inverse en montée. Le trajet du retour parut plus long pour l'ex enseignant de Hogwarts, dont les genoux hurlaient de protestation à cause de l'étroitesse du moyen de locomotion.

Lorsqu'il sortit de Gringotts, Melbourne regretta presque sur-le-champ l'ambiance qui y logeait, même si elle était pesante, car c'était plus sinistre dehors. Il soupira. Si la magie n'interférait pas avec les appareils électriques Muggles, il aurait apprécié avoir un baladeur cassette et mettre des écouteurs pour former une bulle protectrice dans laquelle il n'aurait rien eu à faire du monde qui l'entourait. Tant pis, il allait devoir composer sans. Il avait initialement pensé se balader; désormais, il ne songeait qu'à tout boucler le plus rapidement possible. Il n'en pouvait déjà plus. De ce fait, il se dirigea d'un pas preste vers une librairie moins populaire et moins tape à l'oeil que d'autres. Déjà, il allait mieux en étant entouré de livres. Le fait que cette librairie n'ait pas d'affluence rendait la visite plus agréable. Melbourne ralentit le pas, la tête levée et flâna dans les rayons, baigné dans une lumière tamisée et un silence d'or. C'était difficile d'arrêter un choix lorsqu'on n'avait aucune envie précise. Après une âpre lutte qui avait duré trois heures, Melbourne parvint à sortir, son sac alourdi par trois volumes conséquents qui traitaient des conflits entre les Goblins, les Centaurs, les Elfes, les Géants et les Sorciers. Le professeur Binns en aurait été peut-être ému par cet intérêt aigu de l'Histoire du monde magique… Il aurait perdu ses illusions s'il avait à sa connaissance que le jeune homme s'était débarrassé de cette matière aussi vite que possible. Il préférait apprendre en autodidacte concernant ce domaine particulier.

Enfin, le jeune homme décréta qu'il valait mieux pour lui qu'il se terre à nouveau au Grimmauld Place. Se faire oublier devenait une nécessité. Il s'échappa du Diagon Alley aussi vite qu'il le put, ne s'attarda pas au Leaky Cauldron et se fondit dans la masse Muggle de Londres, la tête entre les épaules, la boule d'angoisse au creux de son ventre ne l'ayant jamais quitté. Gumbling Gargoyles! Tout devenait glauque et sinistre et il n'aimait pas ça. Une peur primale le saisissait tout entier, celle de sauver sa peau. Si cela se trouvait, la demeure des Black était déjà compromise…

Melbourne s'arrêta de marcher d'un coup, au point que les personnes derrière lui le bousculèrent en passant, n'ayant pas anticipé ce geste. Gauche, droite, gauche. Melbourne se raidit davantage qu'il ne l'était de nature, tétanisé. Le contact, par Merlin, le contact! Il ferma les yeux, serra les dents. Reprends-toi, William, reprends-toi, se dit-il tandis qu'il retenait du mieux qu'il pouvait des tremblements nerveux qui naissaient dans son échine. Marche, bordel, sors de là!

Le retour lui parut être un parcours du combattant, infernal et interminable. Lorsqu'il eut atteint la bibliothèque dans laquelle il avait élu ses quartiers privés, il referma la porte derrière lui, s'y adossa et expira très fort. Quelques objets se mirent à trembloter. Oups, sa magie avait été lâchée. Il prit le soin de retrouver une respiration plus lente et régulière, les orbes clos, avant de ne poser son sac qui lacérait son épaule, se faire un thé et de s'écrouler sur le canapé pour ne plus en bouger. Et dire que les choses n'iraient qu'en s'aggravant…

Au terme d'un effort qui puisait dans ses réserves, la raison un peu démesurée, il se leva pour atteindre la table basse où étaient posés des rouleaux de parchemin, des brouillons et des plumes et stylos. La flemme d'attendre que l'encre sèche, l'ex professeur de Défenses passa aux matériaux Muggles sans hésitation et écrivit de manière fébrile. Maintenant, chercher un hibou… Il resta planté là un moment, droit comme un i, le regard dans le vague. Quelle idée de ne pas avoir plutôt acheté un rapace lors de sa promenade ratée au lieu de bouquins poussiéreux? Lui et son sens des priorités…

Une aubaine, un pur fruit du hasard qui aurait pu rendre les choses plus louches si on y repensait, lorsqu'il se rendit compte que l'aigle de Snape attendait derrière la fenêtre. Melbourne chassa ses idées aussitôt avaient-elle germé dans un coin de son esprit parce qu'elles étaient absurdes, et préféra retenir la maxime «les grands esprits se rencontrent». Après tout, ce n'était pas la première fois que le Maître des Potions lui sauvait la mise. En soi, il valait mieux qu'il ne le sache pas, sinon il aurait cessé aussi sec et lui fasse payer cette chance insolente. Le jeune homme s'arracha encore une fois de son siège de pensées pour ouvrir à l'oiseau de proie. Ce dernier, après avoir pris le dossier du canapé comme perchoir, glatit, content de revoir une tête familière. Melbourne le toisa: alors que son maître était tout bonnement asocial et exécrable par moments, il fallait que son familier se comporte différemment! Soit, dut accepter le jeune homme, un sourcil levé à la fois perplexe et amusé. Il le cajola un peu, car il fallait l'admettre: il aimait les animaux, qu'importe s'ils appartenaient au Corbeau. L'animal se laissa faire et tendit et tourna même le cou pour lui indiquer où le caresser, les yeux fermés, et glatissant par instants de contentement. Puis, l'animal le rappela à l'ordre en lui mordillant le doigt avec douceur, presque avec affection, et lui tendit la patte où un rouleau de parchemin attendait sa lecture. Le jeune homme fourra son papier dans une poche de son jeans et déroula le courrier de Snape, un air interrogateur peint sur le visage. Après tout, que lui voulait le Death Eater? S'il y avait bien une seule personne dont il aurait attendu des nouvelles, c'était Dumbledore, pas lui. Depuis la mésaventure au Ministère en juin, l'homme ne s'était guère gêné à lui exprimer son ras-le-bol de le baby-sitter, et dès qu'il avait évalué avoir accompli sa mission, il était parti sur Hogwarts sans demander son reste. Melbourne comprit bientôt pourquoi. Les deux hommes avaient échangé sur le refus de Melbourne à reprendre son poste et Snape lui proposait une solution somme toute correspondante à ce qu'il s'apprêtait à adresser au Directeur. Les grands esprits se croisaient, cela il finirait par en tatouer son bras à ce rythme, tant cette métaphore s'avérait vraie. Pour être sûr qu'il avait bien compris, il relut la lettre.

Melbourne,

Monsieur le Directeur m'a fait part de votre désistement à reprendre le poste de Défense contre les Forces du Mal pour cette année scolaire, échange spontané que nous avons eu lors d'une réunion de fin d'année entre collègues après que les élèves soient partis pour les congés estivaux. Nous avons tous trouvé un arrangement sur ce fait-là, donc j'espère que vous n'êtes pas en train de vous torturer l'esprit tel une victime qui croit que tout ce qu'il décide provoque des cataclysmes, ou la prochaine fois je viendrai de moi-même vous dicter une conduite qu'on attend d'un adulte.

Soit, nous nous reverrons sous peu pour notre réunion de club usuelle. Nous pourrons discuter de vive voix de la proposition que le Directeur a aimablement formulé lors de la même réunion professorale, qui est comme suit: au vu de la tournure des événements, nous avons songé que notre collègue Charity Burbage puisse bénéficier d'une retraite anticipée et de ce fait, que vous preniez la suite de ses fonctions en qualité d'enseignant des Etudes Muggles. Si Bolt (cela doit être le nom de son aigle, tiens, avait songé Melbourne) est arrivé à temps, vous aurez cinq jours pleins pour y réfléchir. En souhaitant que vous ne prendrez pas peur cette fois-ci, car peu de personnes «compétentes» dans ce domaine se trouvent dans chaque coin de rue.

Severus Snape, Professeur de Potions de l'école Hogwarts

p.s.: ne gâtez pas trop Bolt. Il est bien nourri et bien traité.

Melbourne mit du temps à réaliser que l'amertume typique du Corbeau avait été diluée dans ce courrier, même si le terme compétences avait été écrit entre guillemets. Il avait dû marquer cette citation qui venait d'autrui. Le jour où il prononcerait un réel compliment n'était pas prêt de poindre. Néanmoins, il s'était plus ou moins retenu, chose qu'il ne faisait jamais, car pourquoi se priver d'enquiquiner quelqu'un dès qu'il en avait l'occasion? Quoique, peut-être se réservait-il pour leur rencontre, si l'Ordre se réunissait dans cinq jours ici. En soi, il aurait préféré être prévenu autrement mais, l'un dans l'autre, ce n'était pas plus mal d'avoir regroupé toutes les informations dans une unique lettre, au vu de la tendance qu'avait le Ministère pour les contrôler. Le jeune homme sortit ensuite son papier de sa poche, le défroissa un peu pour se relire et décida de laisser tomber. Il avait été influencé par la peur, et la peur n'était pas le meilleur conseiller à suivre. Il le jeta, revint vers la table basse sur laquelle il posa le parchemin écrit par le Maître de Potions et attrapa un autre feuillet pour adapter son discours en conséquence. Quand il eut fini, il le plia, l'attacha avec soin à l'une des pattes de Bolt – d'ailleurs, pourquoi Bolt? Il n'avait rien d'un éclair, cet aigle. Il était petit, noir et blanc, et… véloce. Ah! Voilà qu'il comprenait la logique de Snape désormais. Super, maugréa-t-il mentalement. Qui mieux que cet homme à décrypter? Un éclair avait une vitesse d'apparition fulgurante, si ses vagues souvenirs d'introduction à la physique en Primary School n'étaient pas incorrects. Puis, c'était quoi, cette insinuation en post scriptum? En rien ne gâtait-il son familier. Les animaux avaient cette nature même d'être moins farouches lorsqu'ils sentaient que l'humain en face d'eux avait l'air correct; et Melbourne avait une relation plus aisée avec eux qu'avec les hommes. Le jeune homme cessa ces pensées puériles en secouant la tête et invita l'oiseau à s'envoler après lui avoir grattouillé le dessous du bec, là où les plumes étaient les plus soyeuses. L'aigle glatit une unique fois, content, avant de déployer ses ailes pour s'en aller. Le soir tombait. Et l'estomac de l'ex professeur de Défense se manifesta – une fois n'était pas de coutume, surtout en grande période de stress. Il soupira, souffla, se balança les bras, dépité, et descendit en cuisines pour se préparer un truc à grignoter. Il souhaitait encore ne pas réveiller le portrait de Mrs Black, agacé de se faire invectiver à cause de ses origines. Cela l'irritait de plus en plus. Imaginez, un Muggle-born pouilleux qui osait squatter dans la noble et ancienne maison des Black… Quel sacrilège!

o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0

- Vous en avez profité pour faire des bêtises pendant que j'étais occupé ailleurs…. Honnêtement, à quoi dois-je m'attendre d'autre comme boutade venant de vous, gronda Snape qui avait saisi l'arête de son nez dans la plus grande exaspération, la colère soudaine qui avait implosé en lui le faisant trembler un peu.

Melbourne ne répliqua rien, à la fois gêné d'être engueulé comme s'il avait été encore un étudiant, et à la fois irrité par la tendance de la part de son collègue à lui sauter à la gorge à la moindre occasion qui lui était offerte.

Les deux hommes se situaient dans la petite bibliothèque du premier étage de la demeure des Blacks, l'aîné debout, trop nerveux pour daigner s'asseoir, le benjamin carré dans le canapé, tendu. Entre eux, un service à thé servait de barrage, tel la frontière coréenne.

- Vous n'en seriez pas arrivé à cette extrémité si vous aviez fait preuve de bon sens dès le départ, poursuivit le Maître de Potions qui dardait son vis-à-vis de ses prunelles d'onyx désormais.

Le silence de la part du jeune homme se justifiait également par le fait que le Corbeau avait raison: sur ce plan-là, il avait manqué de bon sens comme il le disait. Même si les circonstances à l'époque auraient pu être atténuantes, il n'en demeurait pas moins qu'il avait les capacités intellectuelles de réfléchir à ce genre de détails – comme son Head lui avait implicitement seriné.

- Cette excuse m'a permis en plus de couvrir la raison selon laquelle ma demande d'arrêt maladie émanait de vous, souffla Melbourne. Bien que je sois blanchi dans l'affaire Umbridge, la circonspection à mon égard n'a pas baissé d'un iota, et sur l'instant, il me semblait que c'était la seule justification que je pouvais leur fournir pour endormir leur méfiance… Sans attendre, évidemment, votre avis sur la question, ajouta-t-il de manière précipitée alors que le Death Eater le fixait durement et s'apprêtait à répliquer d'un ton virulent sa non consultation sur le propos.

- Je ne sais toujours pas comment vous parvenez à vous en sortir avec cette chance insolente…. A croire qu'avoir côtoyé Potter vous a indéniablement influencé, se moqua au final Snape.

Pour couper court à cette conversation redoutée jusqu'à ce qu'elle se déroule et glissant vers l'irrationalité, le jeune homme lui tendit une tasse de thé que le Maître de Potions accepta en silence, une grimace de dédain peinte sur son visage, de telle sorte qu'il lui annonçait qu'il ne digérerait pas de sitôt le coup pendable qu'il lui avait fait.

Snape était de ces hommes qui n'oubliait jamais et pardonnait encore moins. Néanmoins, Melbourne lui démontra un autre pan de sa personnalité qui énervait son interlocuteur:

- Avouez que dans tous les cas, vous exécrez Spinner's End, énonça-t-il avec cynisme.

Il comprit à la réaction de son aîné qu'il était plus amusé qu'agacé cette fois-ci lorsque le Maître de Potions lui assena un coup sur la tête avec le premier livre qu'il s'empara en route.

o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0

Le surlendemain, Melbourne eut l'étonnante surprise de voir au perron de la vieille maison Arthur et Molly Weasley, tous souriants. Le jeune homme était d'autant plus déstabilisé par cette visite impromptue que l'Ordre se réunirait dans les jours à venir, comme Snape le lui avait communiqué. Cependant, il eut la courtoisie de les inviter à l'intérieur et de partager un thé dans la cuisine encastrée en sous-sol et toujours aussi sombre malgré la chaleur plus marquante qu'elle n'avait eu droit jusqu'ici depuis l'été 1995 lorsque toute la famille Weasley avait retapé la demeure.

Les premiers temps furent dédiés à prendre des nouvelles des uns et des autres. Ainsi, Mrs Weasley déplora la maigre santé de Melbourne malgré le fait qu'il allait bien mieux depuis la bataille au Ministère – sans doute son apparence émaciée qu'il avait toujours eue. Puis, vint le moment où Mr Weasley annonça qu'il avait obtenu une promotion grâce à Scrimgeour, chose qui ne lui était jamais arrivé bien qu'il travaillait au sein de l'institution politique depuis plus de vingt ans.

Le jeune homme trouvait cela limite louche, cette soudaine promotion ne pouvant que servir à des fins politiques; or, comme il avait dans son champ de vision la joie immense de la femme, il n'exprima que ses félicitations, car malgré tout, l'homme méritait amplement ce changement de poste, important qui plus est.

- Nous n'avons pas pu le faire jusqu'ici, mais nous avons décidé de célébrer cet événement, annonça Mrs Weasley. Et nous avons pensé vous y convier, dans le sens où vous êtes seul ici depuis plusieurs semaines….

Mais qu'avait le commun des mortels à songer que vivre en solitaire presque ermite dans cette société était un signe d'aliénation ou d'anormalité inquiétante pour s'enquérir de provoquer des socialisations? Melbourne était bien dans sa solitude la plus totale (soit, se trouver seul dans une immense baraque glauque empreinte de magie noire le faisait flipper par moments), et cela dut se voir un tantinet sur son visage, car son interlocutrice se mit à bégayer qu'elle ne pensait pas à mal en disant ce qu'elle avait oralisé, qu'elle ne considérait nullement cela comme problématique, bien qu'elle songeât son besoin de voir de temps en temps du monde.

Bloody Hell, non, bien sûr que non; et ses visites à Diagon Alley l'avait nettement refroidi, tout comme ses passages au Ministère.

- Euh… Je vous remercie, bredouilla le jeune homme, incapable de prononcer quoique ce fusse d'autre à ce stade – parce qu'au fond de lui, la seule solitude choisie qu'il avait aimée avait été le jardin au cottage parental à Reading lorsqu'il avait été enfant.

- Oh, cela me fait vraiment plaisir que vous acceptiez! Et je suis sûre que les enfants vont être ravis de vous voir, exulta Mrs Weasley, les mains jointes et le sourire jusqu'aux oreilles.

Lorsque le couple partit quelques temps plus tard, après que le thé eut été consommé, Melbourne grimpa au premier à moitié sonné par cette visite et angoissé à l'idée de socialiser. Cette peur ne l'avait pas frappé avec une telle vivacité depuis très longtemps qu'elle lui parut terrible à surmonter.

Il passa ainsi toute la soirée perché au rebord de la fenêtre en fumant clope sur clope, chose qui ne lui était pas survenu depuis très longtemps non plus. Son regard se perdit quelques temps sur l'intérieur de la pièce et ce qui se jeta à sa figure fut l'absence totale d'appropriation pour se sentir un temps soit peu chez lui. Toutes ses affaires étaient encore en grande majorité rangées. Une autre chape de plomb se posa sur celle qui le rongeait déjà.

o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0

Une fois de plus, Melbourne confirma le fait qu'il n'aimait pas du tout Transplaner. A peine eut-il senti le sol herbeux sous ses pieds, le jeune homme vacilla quelque peu pris d'une nausée et dut respirer longuement l'air frais de cette soirée pour faire passer sa désagréable sensation. Puis, il jeta un œil circulaire autour de lui et nota qu'il était plus ou moins dans un trou perdu, des champs de maïs immenses étendus derrière lui, et des collines au loin à l'horizon. S'il n'y avait pas le Burrow qui se tenait fièrement à quelques centaines de mètres de lui, il aurait cru s'être trompé de destination. Ensuite, il prit quelques minutes de plus pour lui à observer l'architecture atypique de la maison des Weasleys dans le but de calmer un temps soit peu l'angoisse sourde qui se fracassait en lui depuis quarante-huit heures. Une analogie avec la Tour de Pise lui vint à l'esprit pour le côté penché de la demeure; par contre l'aspect purement original ne lui évoquait rien, si ce n'était que ces sorciers s'étaient débrouillés par leurs propres moyens pour offrir un toit à leur grande famille. Malgré sa tendance à aimer les choses droites et concrètes, pour évacuer toute angoisse potentielle, il eut un coup de cœur pour cette structure, lui rappelant l'apparence indisciplinée du jardin parental à Reading. Enfin, il marcha d'un long pas pour atteindre la limite de leur terrain. Le caquètement des poules lui vint aux oreilles et il crut entrapercevoir des gnomes filer ici et là, avant qu'il se trouve sur le perron et tape sur le pan de la porte d'entrée. Un remue-ménage et des voix étouffées lui indiquèrent qu'on s'empressait à l'accueillir, subséquemment, une grande silhouette lui ouvrit.

- Oh, Bill, ça va, lâcha l'invité en tendant sa main à l'aîné de la fratrie dont le visage se barra d'un grand sourire et qu'il accepte de lui serrer la paluche.

- Eh bien, William, t'en as pris un coup depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, se moqua gentiment Bill en le faisant pénétrer dans le vestibule.

- Tu verras quand tu frôleras les trente ans, répliqua dans un rire bref Melbourne.

Tous deux s'arrêtèrent dans leur conversation lorsqu'ils remarquèrent qu'un petit comité les fixait assez étonné de la familiarité entre les deux William. La contemplation cessa lorsque Molly sortit de la cuisine en trombe et saisit Melbourne dans ses bras en le remerciant avec force d'être venu. Le jeune homme se figea d'un coup, comme pétrifié, et il supplia en silence quiconque autour d'eux de le tirer de là.

- Vous vous connaissez, s'étonna Ron, qui était descendu entre-temps, accompagné de Hermione et de Harry qui le fixaient également, tandis que Mrs Weasley lâcha son étreinte sur leur invité.

- On a eu partagé quelques retenues infligées par Snape, lui répondit son frère aîné, une lueur amusée dans ses orbes. Sinon, l'on ne se croisait pas plus que cela.

- Y avait de quoi tisser des liens de solidarité au vu du nombre conséquent de punitions qu'on s'est pris, rigola Melbourne. Tu te rappelles la première fois?

- Ouais, tu m'avais dit qu'on portait le nom de quatre monarques britanniques, c'est ça, répliqua Bill à moitié hilare. Et Snape qui nous demande de nous taire ou il nous aurait fait boire la tasse dans nos chaudrons!

Ces quelques mots surprirent les plus jeunes qui avaient eu le jeune homme comme enseignant l'année écoulée, car se rendre compte tout à coup que Melbourne avait été un étudiant avant d'être un adulte, avec des anecdotes telles qu'il avait été lui aussi puni n'avait rien d'un processus mental naturel pour eux.

- Et Charlie est arrivé en cours de route, hein Charles, interpella son aîné alors que ce dernier venait de paraître un air interrogateur peint sur son visage strié des réminiscences de blessures infligées par les dragons.

- N'ajoute surtout pas que Charles premier a été décapité ou je te plaque au sol, gronda Charlie qui n'aimait pas du tout qu'on l'appelle par son prénom de baptême.

- Au moins, il se rappelle du cours d'histoire que tu nous a dispensé, plaisanta Bill pas du tout appréhensif de la menace, fausse évidemment, émanant de son frère.

- Vous avez été en retenue tous les trois en même temps, questionna Ginny qui en avait les yeux ronds de surprise. Mais qu'est-ce que vous avez pu faire pour être coincés par Snape?

Le sourire de Melbourne se fissura quelque peu le temps de quelques secondes avant qu'il se reprenne, tandis que les aînés de la jeune fille lui répondirent en imitant au mieux le ton doucereux de leur Maître de Potions que les enfants Weasleys étaient de terribles Gryffindors turbulents et brailleurs qu'il fallait calmer sur-le-champ.

-Le problème étant qu'avec moi, il a appris que les gosses pénibles ne se cantonnaient pas qu'à Gryffindor, conclut d'un ton badin le jeune homme.

- Et il a dû réviser son jugement lorsque nous sommes arrivés à Hogwarts, ajoutèrent Fred et George en même temps, avant de convier tout le monde à s'asseoir dans le salon pour trinquer.

Ce fut l'occasion idéale pour Melbourne de revoir ses anciens élèves et de se rendre compte de l'état moral de Potter par lui-même. La mort de Black le marquait indéniablement, cependant, l'adolescent semblait plus posé. Sans doute cela était dû à la présence des personnes qu'il chérissait le plus, de ce que le jeune homme avait pu déduire de la manière dont il avait été intégré dans cette grande famille qu'était les Weasleys. Même Granger avait été admise dans ce cercle familial, ancrant son pilier affectif dans la communauté sorcière. Jusqu'ici, la jeune fille n'avait intervenu dans les échanges auxquels les autres avaient participé lors de l'arrivée de leur ex enseignant de Défense. Elle avait bien entendu été surprise d'ouïr que son professeur avait été régulièrement puni par Snape – or, de la tranche d'âge apparente des deux hommes, elle s'imaginait mal l'un en position de précepteur par rapport à l'autre. C'était limite bizarre, comme schéma mental à effectuer. Ceci dit, ce ne fut pas cette préoccupation qui lui fit prendre la parole alors que tout le monde avait trinqué et sirotait sa boisson, Melbourne se cantonnant de manière prudente à la Butterbeer.

- Vous avez vraiment parlé des rois Muggles à Bill et Charlie, s'exclama Hermione, les sourcils haussés d'étonnement.

- Accidentellement ou non, Fred et George aussi portent des noms de monarques, lui répondit le jeune homme avec sourire. Et Percy celui d'un chevalier de la table ronde, si ma mémoire est bonne.

Le prénom honni dans la demeure jeta un froid dans l'ambiance, or le temps que Melbourne se rende compte qu'il avait commis un impair involontaire, d'affreuses secondes défilèrent. Heureusement que Mr Weasley toussota et changea de sujet de manière drastique pour étouffer le malaise ambiant en racontant des anecdotes de son travail passé qui se fit tordre de rire son excellent public.

o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0

* en Grande-Bretagne, les salariés touchent leurs revenus chaque semaine et non chaque fin de mois comme en France.