Bonjour à tous, bon dimanche et bonne lecture !
Disclaimer : les personnages et l'univers appartiennent à JKR.
Chapitre 3. Commerce 405 : négociations sur le marché sorcier depuis 1973
Hermione n'avait pas eu de nouvelles de l'Italie depuis quatre jours. Elle ne souhaitait pas s'en formaliser – son travail et sa vie personnelle étant prioritaires – mais elle ne pouvait s'empêcher de penser à Malefoy dans un coin de sa tête. Cette situation ne présageait rien de bon. La Gazette du Sorcier avait eu vent de son arrestation et avait écrit une dépêche très trash à ce sujet – signée Rita Skeeter, évidemment.
La dernière tête royale tombée
Rita Skeeter
Le 18 septembre 2002, Drago Malefoy a été vu entraîné chez le centre des Aurors italiens, à Rome. Après cinq ans passés en fuite, il sera exécuté par les autorités italiennes. L'exaltation est à son comble dans la nation qui a vu naître et mourir Bianchi, leur Voldemort personnel – un homme certes sadique, mais qui était tout de même doté d'un nez.
L'héritier de la dynastie Malefoy, fils de Lucius et Narcissa, devenu Mangemort à l'âge de seize ans, était le dernier suiveur de Voldemort en fuite, à la connaissance du Ministère. Il a entre autres participé au meurtre d'Albus Dumbledore et aux ravages de l'école de sorcellerie Poudlard par le lancer d'un Feudeymon.
La Gazette du Sorcier vous tiendra au courant de tous les développements de cette histoire. N'hésitez pas à vous abonner pour le prix d'une noise.
Hermione posa le journal en secouant la tête d'indignation. En plus de tartiner les faits de mensonges destinés à éveiller les passions chez les sorciers anglais, la journaliste-vipère avait frappé fort en comparant les physiques de Voldemort et Bianchi. Quelle harpie¸ songea la sorcière en se remettant au travail.
Aux alentours de sa pause déjeuner, Hermione reçut un hibou de Ginny, lui proposant de venir dîner au Terrier le soir même. L'avocate répondit avec enthousiasme, songeant qu'elle n'avait pas vu ses amis depuis un moment, tant son travail l'accaparait. Elle termina son sandwich, épousseta les miettes, et but une gorgée de son jus de citrouille, quand un second hibou arriva. C'était une chouette hulul majestueuse, au plumage soyeux et au regard distant. Un hibou d'une telle beauté ne pouvait qu'appartenir à Blaise Zabini – et la lettre qui lui fut tendue lui donna raison. La cire l'attachant était d'un vert profond et portait les armoiries du sorcier italien.
Granger,
J'ai réussi à convaincre Drago de te parler. Pourrais-tu venir dimanche, en début d'après-midi ? L'aéroport a un réseau de cheminettes à disposition des sorciers qui arrivent en avion. Le manoir où je réside est le Bellevue, dans la région des Castelli Romani, non loin de Velletri et Lanuvio. Essaie de ne pas arriver après 16h, si possible. Merci,
Blaise Zabini
L'avocate se hâta de répondre et de prendre un billet d'avion pour Rome dès dimanche. Il lui faudrait préparer un solide argumentaire légal d'ici-là, mais elle aurait tout le loisir de le faire samedi – en espérant qu'elle ne rentrerait pas trop tard du Terrier la veille.
Molly accueillit la jeune sorcière les bras ouverts. « Hermione chérie, je ne t'ai pas vue en tellement longtemps ! » dit-elle en l'étouffant dans un câlin maternel. Hermione sourit et ne s'en plaignit pas.
Ses rapports avec Molly Weasley avaient été très tendus ces dernières années. Après sa rupture avec Ron, qui l'avait laissé dévasté et dans une colère noire, Hermione n'avait pas été la bienvenue au Terrier. Elle s'était sentie très isolée, puisque son cercle d'amis gravitait autour de Ron et qu'ils avaient pris son parti pendant les mois ayant suivi leur rupture. Hermione avait été très blessée, en particulier vis-à-vis de Harry qui, bien qu'il partageât un lien fraternel avec Ron, n'était pas un Weasley, et aurait pu être plus présent pour elle. Les choses avaient mis un an à se calmer, avant de se réparer graduellement. Depuis, Hermione ne se plaignait plus de l'attitude de mère couveuse de Molly – c'était quelque chose qui lui avait beaucoup manqué.
Elle salua l'assemblée présente dans le salon et, remarquant Harry dans le jardin, partit le rejoindre.
- Salut, toi, dit-elle, un grand sourire sur ses lèvres.
Sourire qui retomba aussitôt qu'elle comprit pourquoi il s'était isolé dans le jardin.
- Tu fumes ! s'exclama-t-elle en lui assénant une claque derrière la tête.
- Oh, Hermione, fous-moi la paix, ça me calme, répondit-il en se frottant le crâne.
- Tu sais ce qu'il y a des ces saloperies, Harry ? Du goudron, pour commencer ! Ça va jaunir tes doigts, des dents, s'imprégner dans tes cheveux. Tu vas tousser, et si tu crois pouvoir bien jouer au Quidditch avec ce poison dans tes poumons, tu te trompes ! pestiféra-t-elle.
- Hermione, chérie, j'ai survécu à Voldemort, c'est pas la clope qui va me tuer, répondit-il en inspirant une bouffée conséquente de sa cigarette.
La jeune femme insista, trépigna, mais rien n'y fit. Harry l'ignora et termina sa cigarette en paix. Il avait beau aimer Hermione et la considérer comme sa sœur, il ne supportait pas ce côté moralisateur qu'elle avait depuis l'enfance. Leur habitude à déroger aux règles avait quelque peu adouci ce côté chez la jeune femme, mais l'arrivée en fac de droit magique l'avait à nouveau rigidifiée.
Ils finirent par rejoindre les autres à l'intérieur, qui étaient en train de faire léviter les plats de la cuisine à la table de la salle à manger. Comme toujours, une chaise vide avait été laissée à côté de George, en mémoire de Fred. Cependant, cette habitude ne mit pas à mal le repas, qui se déroula dans la bonne humeur.
Vers minuit, les assiettes vidées, nettoyées et rangées, Molly et Arthur couchés, Ginny suggéra à Ron, Harry, Hermione, George et Angelina de sortir. Une nouvelle boîte de nuit, La Sirène Enchantée, avait célébré son ouverture sur le Chemin de Traverse, et la rouquine souhaitait aller y danser. Hermione voulut d'abord refuser, mais elle songea qu'elle sortait peu ces derniers temps, et que ça ne pouvait que lui faire du bien. Ils transplanèrent d'un commun accord et se retrouvèrent dans la file quelques minutes plus tard.
La boîte était bondée. Hermione sut immédiatement que l'ambiance lui déplairait. Elle se dit qu'elle resterait une demi-heure pour faire plaisir à ses amis avant de rentrer chez elle. La perspective de son lit, un bon roman et une tasse de thé lui faisait beaucoup plus envie. Elle se mit à danser avec Ginny – ses gestes manquaient clairement de conviction, mais au moins elle essayait. Ginny avait l'air de s'éclater, Ron était parti draguer une inconnue, et George et Angelina étaient au bar, une bière à la main. Harry s'était absenté, sûrement pour fumer une cigarette sur la terrasse.
Au bout de trois quarts d'heure, Hermione s'excusa auprès de ses amis, prétextant un accès soudain de fatigue. Elle transplana chez elle, se sentant un peu coupable de les laisser derrière. Depuis la fin de Poudlard, elle sentait un éloignement progressif entre elle et les Weasley (et Harry). Ils n'avaient aucun intérêt en commun, et la lutte qui les avait tant rapprochés n'était plus. Leur seule proximité relevait de ce passé si lourd, si pesant. Hermione n'aurait même pas su dire ce qui l'avait rapprochée de Harry et Ron en premier lieu – au-delà de leur maison à Poudlard et des classes qu'ils partageaient. Pourquoi eux plutôt que Lavande, Parvati ou Dean ? Elle n'en savait rien, et ce questionnement la taraudait de plus en plus au fil des années. La vie professionnelle les empêchait de se retrouver aussi souvent, et même si le trio travaillait au Ministère, Hermione n'était pas dans le même département que ses deux meilleurs amis, qui étaient quant à eux dans la même équipe. Si elle aurait pu croire au début que la séparation entre Ron et elle était ce qui avait tant miné leur dynamique, elle réalisait à présent qu'il y avait autre chose, quelque chose de plus fort, de plus profond, de plus intrinsèque à leur relation.
Chassant ces doutes, elle alla se coucher, sentant soudain une fatigue immense affecter son corps et son esprit. Elle y réfléchirait une autre fois – en attendant, elle devait se soucier du cas de Malefoy.
Dimanche matin, Hermione se hâta de se rendre à l'aéroport. Elle avait pris avec elle un porte-documents et un sac avec quelques affaires au cas où elle devrait passer la nuit là-bas. Elle s'était renseignée, et le réseau romain proposait un service de portoloins qui partaient toutes les heures vers diverses destinations européennes, dont Londres. Elle se doutait que la discussion avec Malefoy serait longue et houleuse – la défense qu'elle avait mise en place pour le moment était solide mais dépendait entièrement de la coopération du sorcier, coopération sur laquelle elle n'était pas encore sûre de pouvoir compter. Elle préférait être préparée.
Elle fit tranquillement son chemin jusqu'à la porte d'embarquement, où il fut annoncé que son vol serait retardé d'une heure. Heureusement, toute prévoyante qu'elle était, elle avait pris un vol tôt le matin – elle ne serait pas en retard. Elle en profita pour sortir ses notes, qu'elle avait passé la veille à travailler. L'ensemble de sa stratégie reposait sur l'éventualité du refus de l'extradition. Elle savait que les juges italiens étaient particulièrement inflexibles face aux personnes arrêtées pour crimes de guerre, et elle n'avait aucun doute qu'aussi brillante et qualifiée qu'elle fût, elle n'arriverait pas à les convaincre et essuierait un refus. Il fallait donc que la défense de Malefoy soit solide afin de lui éviter une mise à mort. La seule impasse véritable était l'impossibilité d'obtenir une décision qui ne relève ni de l'acquittement ni de l'exécution. Comment acquitter un Mangemort avéré ? En Angleterre, elle pouvait lui obtenir une peine intermédiaire – quelques années à Azkaban, voire une simple assignation à domicile et des travaux d'intérêt général. Mais à Rome, tout était incertain. Elle poussa un long soupir et rangea ses notes. Ce n'était pas la peine de se causer du stress supplémentaire alors qu'elle n'était même pas face à Malefoy. Ce type allait faire monter sa pression artérielle à lui seul pour les quinze années à venir. Elle sortit un livre et attendit d'embarquer. Elle ne le reposa qu'une fois arrivée à Rome.
Après avoir quitté l'aéroport, Hermione rejoignit le réseau de cheminettes. Elle paya le guichetier trois mornilles et disparut dans un nuage de cendres, espérant avoir prononcé l'adresse de Zabini correctement.
- Granger, entendit-elle alors qu'elle atterrit brusquement sur le sol, tu es arrivée !
- Oui, Zabini, je suis là comme promis, répondit-elle en se relevant, avant de remarquer que ce n'était pas le sorcier italien qui s'était adressé à elle, mais Drago Malefoy.
- Surprise ? ricana-t-il.
- Un peu, dit-elle en s'époussetant, vu le drame que tu m'as fait la dernière fois.
Il eut l'air gêné l'espace d'un instant, mais reprit rapidement contenance.
- Blaise a préparé un gratin de courgettes, ça te dit ?
Hermione réalisa soudain qu'elle avait très faim. Elle accepta avec plaisir.
Alors qu'elle suivait Malefoy, elle se demanda ce qui avait bien pu le rendre si cordial. Il lui avait jeté un regard si haineux, si pesant lors de sa dernière visite. Il lui avait craché des horreurs à la figure et il n'avait même pas supporté d'être en sa présence l'espace de quelques secondes. Quelque chose clochait – mais elle n'aurait pas su dire quoi. Cette situation la perturbait, mais elle préféra attendre le moment fatidique de la mise en place de la stratégie légale pour évoquer ce changement abrupt.
Le repas se déroula dans une ambiance cordiale. Hermione ne prêta que moyennement attention aux deux sorciers, préférant se concentrer sur le contenu de son assiette. Elle était titillée par ce sentiment gênant que quelque chose n'allait pas, qu'il y avait anguille sous roche. Lorsque Zabini déposa le tiramisu devant elle, elle crut comprendre ce qui se déroulait. Elle attendit que Malefoy s'absente pour se faire un café et prit Blaise à part.
- Zabini, tu lui as promis quoi ? lâcha-t-elle soudainement.
- Calme-toi Granger, je lui ai juste dit que tu allais lui sauver la vie et le réunir avec ses parents, répondit-il nonchalamment.
- Tu as menti et tu le sais ! Je ne sais pas si je peux obtenir son extradition, encore moins son acquittement ! Et ses parents croupissent en prison, tu le sais bien, vociféra-t-elle.
- Oui, je le sais, et lui aussi. Je lui ai pas promis la liberté, Granger, je lui ai promis Azkaban. Et il serait bien content de ça, tu vois.
Hermione lâcha un rire moqueur. Pourquoi diable Malefoy serait-il heureux de croupir à Azkaban ? Il n'était ni courageux ni digne – la mort devait forcément lui sembler meilleure. Elle n'eut cependant pas le temps de répliquer – l'intéressé était revenu, un pot de café fumant dans la main droite, trois tasses dans la gauche. Il prit place et les servit tous les trois.
- Alors, Granger, le Ministère ? demanda-t-il innocemment.
- On va passer les banalités, Malefoy, je doute que le sujet t'intéresse. On va discuter stratégie. Enfin, déjà, on va discuter confidentialité.
- Tout ce qui se passe ici est confidentiel, non ? demanda Zabini.
- Pas encore… vous ne m'avez pas engagée. La confidentialité ne fonctionne qu'entre un avocat et son client. Techniquement, Malefoy n'est pas mon client, pas plus que toi Zabini. Je me suis montrée conciliante parce que j'étais dans le flou, mais maintenant qu'il s'agit de mettre les choses à plat et de parler stratégie, il faudrait d'abord qu'on convienne des termes de mon engagement, répondit-elle.
- Je te paierai ce que tu veux, Granger, je signerai ce que tu veux, mais qu'on fasse ça vite ! pressa son hôte.
Elle sortit le contrat qu'elle avait préparé et le présenta à Malefoy. Il signa sans un mot, visiblement peu concerné par le déroulement des choses. Il avait l'air sous l'emprise d'une potion, ou peut-être d'un sortilège – un filtre de paix ? une potion calmante ? Ou pire… un Imperium ? Elle inspecta rapidement ses yeux et vit en effet qu'un léger voile gris les couvrait, prouvant qu'il était à la merci d'un autre sorcier et qu'il ne prenait aucune décision de son libre arbitre.
- Zabini ! hurla-t-elle. Tu croyais que j'allais pas m'en rendre compte ? Tu m'as prise pour une idiote ? Lève le sort tout de suite.
- C'est hors de question, Granger. Il refusait de m'écouter, il fallait bien que j'agisse ! Je le fais pour son bien, je compte pas le laisser crever parce que la justice italienne a décidé d'être complètement obtuse. Il mérite de vivre, pas de mourir. Tu voulais un client docile, qui suivrait ta stratégie au doigt et à l'œil ? Et bien tu l'as ! Le voilà, le Drago Malefoy 2.0 ! Franchement, je ne sais pas de quoi tu te plains, rétorqua-t-il.
- Déjà, c'est illégal, espèce de bouse de dragon. Le sort en lui-même est illégal, d'une part, et d'autre part, un avocat n'a pas le droit d'influencer son client par des moyens magiques ! Tu crois pas que les salles où se tiennent les procès lèvent tous les sortilèges dès que tu y fous un pied ? Parce que, crois-moi, elles le font. Et tu ne veux pas savoir ce qu'il va se passer quand Malefoy va se réveiller d'un coup face à un juge, moi à ses côtés, après avoir réalisé que toi, son meilleur ami,l'a ensorcelé. Donc tu vas lever le sort, je vais me planquer pendant qu'il t'assassine, et on va discuter tous les trois, comme des adultes.
Elle ne laissa pas à son interlocuteur le temps de répondre, décidant de rejoindre la cuisine en attendant que Malefoy ne soit plus sous l'emprise du sortilège impardonnable. Elle se barricada derrière la porte, mais entendit tout de même les hurlements stridents de son client, qui semblait sur le point de tuer son meilleur ami. Au bout de quelques minutes, elle n'entendit plus un bruit. L'espace d'un instant, elle crut que Zabini était bel et bien mort – avant de se rappeler que le bracelet d'assignation à domicile bridait la magie de Malefoy et qu'il ne savait rien faire de ses dix doigts. Elle leva doucement les enchantements qu'elle avait lancé à la porte et fit son entrée prudemment dans la salle-à-manger. Les deux hommes étaient attablés calmement.
- Je ne suis pas satisfait de cette situation Granger, mais allons-y, finit par dire Malefoy.
Voilà ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez en review.
