Titre : Red Dawn
Disclaimer :
L'œuvre Twilight est la propriété de Stephenie Meyer.
RAR :

Vronik : Et oui, tu es ma toute première review sur cette histoire et j'en suis très flattée ! Je te remercie pour le compliment sur mon écriture, moi qui pensais avoir perdu la main, ça remotive ! Voilà enfin la suite qui, je l'espère, te satisfera autant que le début.

Tif : Que dire… Tout d'abord, je te remercie d'avoir continué ta lecture malgré tout, c'est très motivant et j'adore les challenges ! Ensuite, je comprends parfaitement ton point de vue mais laisse-moi une chance de te faire changer d'avis : ) Si je me suis permise de changer ainsi la nature profonde de Jacob Black, c'est parce que je trouve l'exercice très intéressant, d'autant plus dans un monde qui repose déjà sur des principes disons « fantastiques ». Je dirais donc que l'intérêt premier, c'est de se réapproprier un personnage qui n'est pas à moi d'une façon un peu risquée, certes, mais qui peut rendre la chose justement très personnelle (tout l'intérêt d'écrire une fanfiction et non une œuvre originale, en somme). De plus, des rares fem!character sur lesquels je suis tombée depuis que je me suis mise à la lecture de fanfictions, il y en a très peu qui m'ont convaincue. Je dirais même que je partage ton point de vue en ce sens que je ne vois pas l'intérêt de transformer un personnage féminin en personnage masculin ou inversement, simplement pour le transformer. Soyons clair, ce que je trouve stimulant dans ce genre d'histoire, c'est justement l'épreuve que doit traverser le personnage adopter un nouveau corps, un nouvel équilibre et voir son rapport aux autres changer également. C'est d'ailleurs ce dernier point qui justifie le plus, à mes yeux, ma décision. Je n'ai pas transformé Jacob pour en faire simplement une femme ou un sous-genre de Mary Sue, mais pour analyser, sous un nouveau spectre, ses relations avec le reste des personnages de Twilight. Je tente de conserver son caractère, son histoire, ses choix, mais je le confronte à un rebondissement qui, finalement, se rapproche assez des transformations que subissent déjà les êtres surnaturels du livre. Ce n'est pas pour exploiter un personnage d'un sexe bien défini que j'écris cette histoire, sinon je me serais effectivement tourner vers Leah ou Emily, mais bien pour le personnage de Jacob Black, d'autant que j'aime la difficulté de cette tentative sur un personnage basé sur une virilité aussi triomphante. Du reste, je pense que l'histoire elle-même saura te convaincre mieux que mon blabla un peu capilotracté si vraiment mes arguments sont pertinents mais je suis vraiment ravie d'avoir reçu un commentaire aussi éclairé et intelligent. J'espère sincèrement pouvoir continuer à « discuter » avec toi, c'est typiquement le genre de review qui pousse l'auteur à se dépasser et je t'en remercie. Bonne lecture.

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Chapitre III

Sous la grisaille olivâtre qui nimbait les bois, l'eau de l'étang sur les rives duquel Jasper s'était isolé, paraissait boueuse et marécageuse, à l'image du limon d'idées noires qui engluait son esprit depuis quelques jours. C'était une sensation étrange qui s'était installée en lui petit à petit. Un léger mal-être au début, qui s'était rapidement transformé en une douleur persistante au niveau de la poitrine et un sentiment de solitude extrême. Pourtant, paradoxalement, la compagnie du reste du monde devenait jour après jour un peu plus pesante et le rendait irascible et distant.

Bien sûr, il avait tenté de repérer la source de cette avalanche de sentiments contradictoires et négatifs, mais sans succès. La douleur était trop présente pour le laisser se concentrer alors pour y échapper, il partait pendant des heures se perdre en forêt, au plus loin de ces émotions si intenses.

Autour de lui, tout s'accélérait le mariage de Bella et Edward, la bataille à venir, le pacte avec les loups… L'ambiance ne lui permettait pas de parler de son problème à qui que ce soit alors il préférait fuir et se taire.

Néanmoins, cela aurait été mentir que de penser que personne ne s'en inquiétait. Alice s'inquiétait. Alice s'inquiétait même trop pour lui mais sa présence, plus que n'importe qui, lui devenait intolérable. La sentir si fébrile, si insistante auprès de lui l'exaspérait.

Au début, il s'était senti coupable de la repousser ainsi mais à mesure que la tristesse enflait en lui, les remords se transformaient en rancune et le moindre geste inconvenant prenait des proportions effrayantes. Il perdait lentement mais sûrement le contrôle.

Serrant les dents, le vampire attrapa une petite pierre ovale à ses côtés, et d'un geste précis, la fit ricocher sur la surface trouble, face à lui. Il ferma alors les yeux et se prit à apprécier enfin le calme des bois autour de lui. Quelques jours plus tôt, il avait trouvé cet endroit après une nouvelle crise et s'étant rendu compte que ce cadre, sous ses dehors glauques, le préservait mieux que n'importe quel autre rempart de la sinistre mélancolie qui planait sur Forks et ses alentours, il n'avait eu de cesse de multiplier ses visites.

« Jasper ? »

Le vampire sursauta au son de la voix de sa compagne et se tourna brusquement. La jeune fille s'approchait timidement de lui, avec l'air inquiet qui ne la quittait plus depuis le brusque changement d'humeur de son amant. Cette vision ne parvint pourtant pas à attendrir Jasper dont le visage se ferma instinctivement alors qu'il se retournait de nouveau vers l'étang.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? » Sa voix était froide et tranchante et il sentit distinctement Alice marquer un temps d'arrêt derrière lui en entendant ces mots.

- Je… Je me faisais du souci… » Murmura-t-elle sans oser s'approcher davantage.

- Et bien tu vois, je vais bien. »

Il l'entendit soupirer et après une hésitation, elle décida enfin de venir s'asseoir à ses côtés, mal à l'aise. Il ne daigna pourtant pas tourner la tête.

« Jasper, je… Je m'inquiète, tu sais ? Tu disparais sans arrêt, tu ne parles plus à personne et… j'ai l'impression que tu me fuis… » Sa voix se brisa presque mais elle parvint à se reprendre à temps, consciente que ses larmoiements ne serviraient qu'à irriter un peu plus son compagnon.

- Alice, je vais bien. J'ai juste besoin d'être un peu seul. » Il avait tenté de faire un effort mais sa voix restait la même.

- Mais Jasper, je- »

Sans lui laisser le temps de continuer, il se releva d'un bond et fit mine de s'éloigner, les mains dans les poches, alors que ses angoisses revenaient au galop, attisées par la détresse de la jeune femme. Cruel, il refusa de la regarder, incapable de soutenir son visage crispé par la tristesse, et ignora délibérément ses appels désespérés :

« Jasper, s'il-te-plait ! Ne me laisse pas toute seule… S'il-te-plait… »

Il accéléra le pas, s'enfonçant entre les cimes jusqu'à disparaitre à nouveau, sous le regard voilé d'Alice qui, impuissante, le laissa s'éloigner avant de tourner elle-même les talons, les épaules basses.


Il avait totalement perdu la notion du temps lorsqu'il revint à proximité de la demeure des Cullen sous un ciel noir et sans étoile. Il avait passé des heures à se perdre au plus haut des montagnes environnantes, soumis à ce sentiment de souffrance qui le suivait de plus en plus loin dans ses errances.

Ce soir en particulier, revenir chez lui coutait. La douleur n'avait jamais été aussi intense.

Passant un pied par-dessus la racine capricieuse d'un arbre, il sentit un vertige le prendre et bascula sur le côté, s'agrippant au tronc avec suffisamment de force pour y laisser des traces. Le pic de douleur qui suivit fut si fulgurant qu'il le plia à genoux, une main crispée sur sa tête comme si elle allait exploser.

« …per ? Jasper ! »

A travers les brumes de la douleur, il sentit une main se poser sur son épaule et un visage entra enfin dans son champ de vision lorsqu'Edward se pencha vers lui, alarmé par son état.

« Ça va… » Grimaça-t-il tandis que le mal se dissipait enfin.

Sous le regard attentif de son frère, il se releva péniblement mais lorsqu'il faillit chuter une deuxième fois, Edward passa d'autorité son bras autour de ses épaules et le saisissant à la taille, l'aida à traverser les derniers mètres qui les séparaient de chez eux.

Un infini soulagement envahit Jasper lorsqu'il put enfin s'asseoir sur le canapé du salon et prendre le temps de se calmer, les coudes posés sur ses genoux et la tête entre les mains. Son frère prit place à ses côtés et attendit patiemment qu'il retrouve ses esprits avant de lui parler :

« Je peux faire quelque chose pour t'aider ?

- Assomme-moi… » Grommela son frère entre ses doigts.

Un rire léger secoua les larges épaules du Cullen qui, rassuré, se renfonça plus confortablement dans le dossier.

« Alice et Esmée risqueraient de m'en vouloir. » Jasper secoua doucement la tête en frottant ses tempes. « Elles s'inquiètent pour toi, tu sais.

- Je sais. Mais elles ne devraient pas.

- Et moi ? » Pris au dépourvu, Jasper tourna un regard suspicieux vers le visage calme de son frère qui haussa les épaules. « Après t'avoir vu dans cet état, il y a de quoi s'inquiéter. »

Cette fois, Jasper ne se braqua pas mais soupira.

« C'est juste que… Depuis quelque temps, je ressens des choses…

- Des choses ? » Edward se pencha en avant, à la recherche du regard de son frère qui s'était perdu dans le vide, face à lui.

- Il y a quelqu'un qui souffre près d'ici mais… C'est tellement intense que je n'arrive pas à savoir d'où ça vient… »

Edward fronça les sourcils, soucieux. Quelqu'un qui souffrait ?

« Quand est-ce que ça a commencé ?

- Deux semaines, peut-être un peu plus… Mais c'est de pire en pire.

- C'est pour ça que tu t'isoles depuis quelques temps ? »

Jasper passa ses mains sur son visage, fatigué.

« Je n'arrive pas à m'en défaire. J'ai de plus en plus de mal à faire la différence entre ses émotions et les miennes. » La sincérité de ses propos le surprit lui-même.

Pourtant, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'il se confie à Edward. La similarité de leurs dons et leur complémentarité les avaient beaucoup rapprochés au sein de la famille Cullen, et ce depuis des années. Ils se comprenaient. Avec un léger sourire – le premier depuis longtemps -, il observa le profil pensif de son frère.

« Cela dit, tu n'as pas l'air d'être en meilleur forme.

- Je ne peux rien te cacher.

- C'est la bataille qui t'angoisse ou… ton mariage ?

- Un peu des deux… » Il eut un rire sans joie. « Enfin, pour tout te dire, je ne pense pas beaucoup à la bataille en ce moment.

- Pourtant elle n'a jamais été aussi proche… »

Edward acquiesça sombrement. Les deux frères se perdirent dans leurs propres pensées et le silence s'installa quelques longues minutes. Oui, la guerre était à leurs portes et même s'ils s'y préparaient un peu plus chaque jour, l'issue n'avait rien de certain.

Les réflexions de Jasper s'arrêtèrent là lorsqu'il réalisa que la demeure semblait totalement vide.

« Où sont Carlisle et les autres ?

- Partis chasser, il y a un peu plus d'une heure.

- Tu ne les as pas accompagnés ?

- Non, je… Je suis parti voir Bella, avant qu'elle ne s'endorme.

- Je vois. » Puis avec une certaine hésitation, il demanda : « Et elle ? Que pense-t-elle du mariage ?

- Elle… Tout semble si simple pour elle…

- C'est l'amour qui la guide. » Edward secoua doucement la tête puis passa une main dans la masse de boucles dorées qui retombaient sur ses yeux.

- L'amour, hein…

- Tu n'y crois pas ?

- Si, bien sûr mais… Parfois, je me demande si c'est bien moi qu'elle aime, ou ma condition.

- Que veux-tu dire ?

- Elle est encore si jeune… Mince, c'est encore une enfant ! Elle aime le mystère, l'interdit mais… M'aimera-t-elle toute une éternité ? Pour ce que je suis et pas… pour ce que je suis devenu.

- Tu penses que ce mariage serait une erreur ?

- Je ne sais pas. Et puis de toute façon, il est trop tard pour faire marche arrière.

- Carlisle te le dirait sûrement mieux que moi mais… Il n'est jamais trop tard, tu sais ?

- Non. Je ne peux pas prendre le risque de la mettre… de vous mettre en danger. » Il eut un sourire amer et détourna les yeux, honteux. « Du moins, plus que je ne l'ai déjà fait. »

La main de Jasper vint trouver son épaule qu'elle serra dans une vaine tentative de réconfort mais lui-même ne trouva rien à dire. Bien sûr qu'il les avait mis en danger mais être vampire était déjà un risque de tous les jours après tout.

« Quel que soit ton choix, Edward, je suis sûr que ce sera le bon. »


« Jay ? »

Avec douceur, Emily repoussa la porte de la chambre dans laquelle son invitée surprise reprenait des forces et découvrit avec tendresse le visage endormi de Seth qui reposait sur le bord du matelas. Jacob, qui ne l'avait pas encore remarquée, passait et repassait le bout de ses doigts dans les cheveux du garçon avec une délicatesse presque maternelle, absorbée par l'examen qu'elle faisait de ses traits fatigués, de ses cernes violacés et de ses joues creuses.

« Jay ? » Insista la jeune femme en refermant silencieusement le battant.

- Hm ? » Jacob prit quelques secondes avant de détourner la tête de l'adolescent, un vague sourire aux lèvres.

- Je suis désolée de te déranger mais… ton père est là. »

Son sourire s'évanouit aussitôt et son expression se transforma soudain en quelque chose de plus anxieux.

« Déjà ? » Murmura-t-elle, presque pour elle-même.

- Oui, il se faisait beaucoup de souci pour toi.

- Est-ce qu'il sait… » Elle fut incapable de finir sa phrase, la gorge nouée par l'appréhension.

- Ce qui t'est arrivé ? Sam lui en a parlé, oui. J'espère que tu ne lui en veux pas. » S'inquiéta aussitôt Emily.

- Non, non. Bien sûr que non. » En réalité, elle lui en était même profondément reconnaissante. « Comment a-t-il réagi ?

- Je te l'ai dit, Jay. Il s'inquiète pour toi. »

Trop occupées discuter, aucune des deux femmes ne remarqua les grands yeux noirs qui papillonnèrent près de Jacob. Du moins jusqu'à ce que le jeune éphèbe ne se redresse, dévoilant une frimousse encore adorablement endormie sous ses cheveux en désordre.

« Jay… ? Jay ! T'es réveillée ! » Il s'était levé d'un bond, les yeux pétillants. « J'ai eu tellement peur, je… je suis désolé… » Les expressions s'enchaînèrent si vite sur son visage poupon que Jay resta coite. La tête basse, il semblait attendre une sentence, les larmes au bord des yeux. « Ce qui t'est arrivé… Tout est de ma faute…

- Ta faute ?

- Si je n'avais pas réagi comme ça, si tu n'étais pas venu me chercher, si j'étais resté lorsque tu m'as appelé, tu… tu… »

Sentant les pleurs arriver, Jacob lui attrapa le bras et le força à s'asseoir auprès d'elle.

« Ecoute-moi bien, Seth. Je ne veux plus t'entendre dire une chose pareille. Rien de ce qui s'est passé ce soir-là n'est de ta faute, c'est clair ?

- Mais-

- Pas de mais, Seth. Ce qui se trouvait là-bas… aurait bien fini par en sortir un jour ou l'autre. »

L'adolescent renifla en hochant timidement la tête, mais parvint à retenir ses larmes sous les yeux ébahis d'Emily. Quelle étrange relation que la leur.

« Allez, aide-moi à me lever. »

A nouveau, Seth bondit sur ses pieds et se précipita vers la chaise de bureau sur laquelle se trouvait une laine beige qu'il apporta à Jacob qui se redressait sur le bord du lit, aidée d'Emily. La jeune femme prit le temps de s'emmitoufler confortablement à l'intérieur avant de se lever, soutenue de chaque côté par ses deux amis. Avec une profonde inspiration qui, elle l'espérait, lui donnerait du courage, elle sortit enfin de la chambre. Ses jambes marquèrent presque malgré elles un arrêt avant la porte qui menait au salon, là où s'élevaient des bruits de conversation et la voix, reconnaissable entre mille, de Billy.

Par chance, celui-ci se trouvait dos à elle, ce qui lui donna un ultime sursit avant qu'elle n'ouvre la bouche :

« Bonjour papa. »

Elle le vit se crisper et un instant, elle redouta plus que tout sa réaction lorsqu'il se tourna lentement vers elle. Pourtant, ce ne fut ni le dégout, ni la colère, ni même la surprise qu'elle découvrit sur son visage parcheminé, mais un infini soulagement.

« Jacob… »

Interdit, il l'observa des pieds à la tête avant de faire rouler son vieux fauteuil jusqu'à elle. Lentement, il leva sa main vers elle et elle sentit son cœur s'apaiser en sentant cette paume si familière et chaleureuse caresser sa joue. Elle s'y lova tendrement et se permit même un sourire.

« Papa… »

Autour d'eux, Sam, Emily et Seth s'étaient tus pour respecter leurs retrouvailles. Les yeux clos, totalement abandonnée au réconfort que ce simple contact lui procurait, Jacob ne vit pas son père sourire à son tour.

« Tu ressembles tellement à ta mère, ainsi… »

Surprise, elle rouvrit les yeux mais ne sut jamais si cette remarque lui avait échappée ou si elle lui était véritablement adressée. Alors avec douceur, elle se déroba à cette grande main paternelle et partit s'asseoir sur le canapé, tout près de lui. Seth vint immédiatement prendre la place à côté d'elle, à la manière d'un chaton suivant sa mère, tandis qu'Emily disparaissait pour remplir la cafetière à nouveau. Sam, lui, s'installa sur le rebord de la table basse.

« Raconte-moi ce qui s'est passé là-bas, Jacob. »

Les explications durèrent de longues minutes autour des tasses fumantes que leur servit Emily, plongeant Billy dans d'interminables réflexions et Seth dans une profonde culpabilité.

« Les Yashee, hm. » L'aîné se gratta pensivement le menton, le regard vissé au plancher comme s'il espérait y trouver une réponse. « Cela n'a aucun sens.

- Que sais-tu sur ce peuple ? » Insista Jacob, penchée vers lui.

- Pas grand-chose hélas.

- Et à propos de cette « énergie » dont elle parlait ? » Cette fois, c'était Sam, de son air grave, qui avait pris la parole.

- Selon les légendes amérindiennes, l'homme est constitué d'énergies contradictoires et son devoir et d'en trouver l'équilibre parfait. » Il se renfonça dans son siège et croisa ses grandes mains abimées sur ses jambes inertes. « Dans les anciennes tribus, c'était au chaman de manipuler les énergies négatives, notamment pour soigner certains maux ou blessures.

- Manipuler les énergies ? Mais comment ?

- Par des rites, des cérémonies ou encore l'utilisation de certaines plantes. » Sam eut un ricanement plein de hargne

- Ce n'est pas du chamanisme ça, c'est de la sorcellerie. » Il se redressa en saisissant sa tasse et celle de Billy qu'il partit remplir auprès d'Emily. « Comme si la présence de ces foutus sang-froid n'était pas suffisante…

- J'ai quelques livres sur les us et coutumes des premiers amérindiens, si cela peut t'aider à y voir plus clair. » Continua le patriarche sans prêter attention à la mauvaise humeur de son hôte qui lui rapportait déjà du café chaud. « Quant aux Yashee… Tu devrais pouvoir te renseigner à la bibliothèque municipale de Forks.

- Merci papa… » Murmura la jeune femme en posant sa main sur celle de son père. A ses côtés, Seth avait baissé la tête, incapable de soutenir le regard de Billy.

- Que se passe-t-il, mon garçon ? » La question le tira de ses lamentations intérieures dans un sursaut malgré la voix calme et basse de son propriétaire. L'air déconfit, il rencontra alors pour la première fois depuis son arrivée, le regard soucieux du père de Jacob.

- Je… R-Rien ! »

Billy se contenta de dresser un sourcil équivoque.

« Tu es sûr ?

- Oui, je… Oui. »

A ses côtés, Jay aussi se mit à l'observer d'un air suspicieux mais elle préféra garder le silence. Seth l'en remercia mentalement en se calfeutrant dans le canapé comme s'il cherchait à se fondre dedans et à disparaitre. Quant à Billy, il n'eut pas le loisir de poursuivre son introspection que déjà, la porte de l'entrée s'ouvrait à la volée sur un concert de rires semblables à des aboiements qui précédèrent les trois grandes silhouettes de Jared, Paul et Embry. Ce fut Cameron qui, le premier, s'arrêta net en remarquant soudain l'assistance dans le salon, et notamment la présence de Billy. Call et Lahote, toujours plongés dans leur hilarité, lui rentrèrent dedans l'un après l'autre et Paul s'apprêtait à lui hurler dessus lorsqu'il réalisa à son tour qui se trouvait devant eux.

« Euh, bonjour Billy. » Tenta Jared avec un sourire crispé sous le regard désapprobateur de son Alpha. Le patriarche étouffa un rire amusé sous un digne toussotement avant de répondre :

- Bonjour Jared. Paul, Embry. » Il les salua d'un hochement de tête auquel ils répondirent de la même façon.

Jay dressa le même sourcil moqueur que son père avant que les trois hommes ne la remarquent enfin.

« Jay… C'est vraiment toi ? » C'était Jared qui venait de parler, les yeux ronds de surprise.

- Il semblerait.

- C'est incroyable… » Murmura Paul, toujours en retrait.

Seul Embry eut la décence de garder ses commentaires pour lui, mais il sembla à Jacob que ce n'était pas sa nouvelle situation qui l'intéressait mais quelque chose qui se trouvait juste à sa droite. Soupçonneuse, elle se tourna vers Seth et eut la surprise de le découvrir tendu, le nez si bas qu'elle ne voyait même plus ses yeux, et les mains serrées entre ses cuisses. Il semblait au supplice. Décidant de remettre ses questions à plus tard, elle revint vers la discussion qui animait le reste des Quileutes.

« Comment ça, rien ? » Grogna Sam, déjà passablement irrité par l'attitude un peu trop nonchalante des membres de sa meute et dont les réponses à ses questions ne le satisfaisaient nullement.

- Je suis désolé Sam, mais on a retourné la forêt dans tous les sens.

- Aucune trace d'une quelconque cabane. » Acheva Jared en tournant un regard désolé vers Jay.

- C'est impossible… » Murmura le chef de meute en se frottant le menton.

- Ce n'est pas si étonnant. » Soupira la jeune Black. « Nous connaissons tous cette forêt par cœur et jamais personne n'y a trouvé d'habitation, même abandonnée.

- Alors quoi ? » S'impatienta Uley, à vif.

- Alors je ne sais pas, Sam. C'est incompréhensible.

- Peut-être que tu as imaginé cette cabane… » Hasarda Paul.

- Bien sûr. Et mon état actuel, je l'imagine aussi ? » Gronda la Quileute en retour.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire…

- Alors abstiens-toi la prochaine fois. » Fit Sam du tac au tac en le couvant d'un regard noir qui fit se renfrogner l'impertinent.

- Et toi Embry ?

- Hm ? »

L'interpellé n'avait pas décroché ses yeux de l'adolescent et sembla sortir d'un rêve lorsqu'il reporta enfin son attention sur Sam.

« Non mais vous vous foutez de moi, aujourd'hui, vous trois ? » La voix de Sam se fit grondante, animale alors qu'il réduisait la distance entre lui et Call, les sourcils sévèrement froncés.

- Quoi ?

- Je t'ai posé une question. » L'Alpha avait pris soin de détacher chaque mot, vibrant de colère face à l'insubordination du jeune homme.

- Et je ne t'ai pas entendu. » Répondit Call sur le même ton.

Embry soutint son regard de longues secondes, rendant la tension palpable dans la pièce. Réduits au silence face à ce règlement de compte inattendu, les autres membres de la tribu étaient sur leurs gardes, prêts à intervenir au moindre dérapage. Pourtant, plus rien ne semblait exister autour des deux belligérants qui continuaient de se fixer en chien de faïence.

Néanmoins, ce fut Embry qui détourna les yeux le premier en soupirant bruyamment.

« Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Qu'as-tu vu dans cette foutue forêt ?! »

Une nouvelle ombre voila le regard d'Embry mais cette fois-ci, ce fut celle de la commisération tandis qu'il reportait son attention vers la malheureuse.

« Il n'y avait rien là-bas, Jay.

- Je ne comprends pas… » Murmura-t-elle en plongeant son visage entre ses mains sous les yeux peinés de son père qui posa une main compatissante sur son épaule.

- Ecoute-moi, Jacob. Ce que tu es en train de vivre n'est pas une expérience facile, il te faudra du temps pour remettre de l'ordre dans tout cela mais pour le moment, tu dois te reposer et faire le vide dans ton esprit. »

Jay soupira, le regard fixé sur le plancher comme si elle y cherchait une solution à tous ses problèmes.

« Tu as sûrement raison. » Ramenant d'une main sa longue crinière de jais en arrière, elle se força à inspirer.

- Bien. Quant à toi, » Continua Billy en se tournant vers Sam. « …je compte sur toi pour garder un œil sur elle, c'est clair ? »

D'abord surpris par le ton autoritaire qu'avait pris son aîné et qui lui était si inhabituel, il hocha finalement la tête. Après tout, Jacob était son second. Du moins, sa seconde désormais, et il était absolument hors de question de l'abandonner dans un tel moment de crise.

« Sur ce, je vais vous laisser. » A la force de ses bras, il dégagea son siège du coin dans lequel il se trouvait et s'apprêtait à partir lorsqu'il s'arrêta une dernière fois pour se tourner vers Jay qui s'était levée du canapé et l'observait partir de son regard brillant d'une tendre reconnaissance. « Passe me voir dès demain, je te donnerai tout ce que je pourrai trouver sur les légendes de notre peuple.

- Merci papa. Fais bien attention en rentrant.

- Ne t'en fais pas pour moi. Et repose-toi. »

Enfin, la porte claqua et tandis que la plupart des regards se tournait vers Sam, dans l'attente de la prochaine directive, deux d'entre eux se rencontrèrent et le temps sembla se figer pour Seth. Les sensations. Toutes les sensations qu'ils avaient ressenties quelques semaines plus tôt, ce fameux jour, ressurgirent en lui avec la force d'un ouragan. Il eut l'impression d'être traversé par un éclair, mis à nu par le regard d'Embry qui se posait enfin sur lui et c'était à la fois la chose la plus exaltante et la plus terrifiante qu'il ait vécue jusque-là. Il n'y avait plus rien autour d'eux. Il n'y avait plus rien entre eux. Ils étaient seuls sur la terre et… et…

Sam ouvrait tout juste la bouche pour parler lorsque le frère de Léah se releva d'un bond pour se précipiter à l'extérieur tête baissée. Il bouscula Jay au passage qui faillit basculer en arrière mais parvint, par un réflexe salutaire, à se raccrocher à la vieille console en bois qui se trouvait près du canapé.

« Seth ! » Elle voulut se lancer à sa poursuite mais elle fut trahie par son équilibre encore précaire et retomba pour de bon sur le canapé dans un « ouch » douloureux. « Et merde !

- Mais qu'est-ce qui se passe encore ? » Grogna Sam entre ses dents mais alors qu'il faisait volte-face dans l'idée de rattraper le fugitif, Embry le devança et disparut comme un courant d'air par l'entrebâillement de la porte. Ahuri, l'Alpha se tourna vers le reste de sa meute : « Bon sang mais est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qui se passe ?! »

Il n'eut pour seule réponse qu'un mouvement d'épaules de la part de Paul et Jared, et le silence de Jay qui n'avait pas quitté la porte des yeux, inquiète.


Le cœur battant à tout rompre, Seth s'était une nouvelle fois élancé en direction de la forêt. Une foule de sentiments se bousculaient en lui et l'empêchait de réfléchir. Tous ses sens s'étaient brusquement mis en alerte dès qu'Embry était entré dans la pièce, il n'avait senti que son odeur, n'entendu que sa voix et même s'il s'était efforcé de baisser les yeux et de se concentrer sur la conversation, c'était comme s'il n'y avait plus qu'eux dans la pièce. Tout ce qui n'était pas lui avait peu à peu perdu de sa substance, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien distinguer d'autre. Sa présence l'avait envahi comme un raz-de-marée, jusqu'à ce que le jeune loup n'ait plus conscience que de lui.

Le loup en lui avait brusquement quitté son long sommeil et rejaillit comme pour se tendre désespérément vers son âme sœur, le mettant au supplice. Perdu dans sa course effrénée, il entendait encore la bête geindre comme un animal blessé dans son esprit.

Son sang pulsait si rageusement contre ses tempes qu'il n'entendait plus rien et ses larmes lui voilaient les yeux. Il faillit tomber à plusieurs reprises avant que ses jambes ne le trahissent vraiment, le laissant à genoux, le souffle court et à bout de force. Secoué de sanglots, il ploya la nuque et ferma les yeux tandis que ses doigts se refermaient sur la poussière.

Pris d'une soudaine pulsion, il abattit son poing contre le sol en gémissant. Le loup continuait de hurler de douleur en lui. Si fort…

« Sors de ma tête ! » Hurla-t-il d'un seul coup en agrippant ses cheveux de toutes ses forces.

- Seth ! »

Surpris par cette voix qu'il aurait pu reconnaître entre mille, il se redressa d'un bond et se tourna vers Embry. Celui-ci était enfin parvenu à le rattraper et le fixait d'un air si inquiet qu'il fit se stopper son cœur dans sa poitrine.

« Em… Embry… » Bégaya-t-il, soudain démuni.

Le temps sembla se figer autour d'eux et ils restèrent à se regarder ainsi ce qui parut être une éternité à Seth. Ce fut l'aîné, lorsqu'il amorça un pas dans sa direction, qui brisa cet instant. Comme tiré d'un rêve, le jeune Clearwater sentit la panique revenir brusquement en lui et tenta à nouveau de s'enfuir mais cette fois-ci, Embry fut plus rapide.

« Attends ! »

D'un bond en avant, il le rattrapa et se saisit, peut-être un peu trop fort, des épaules du plus jeune qui se débattit comme un diable jusqu'à ce que son dos ne heurte violemment le tronc le plus proche.

« Laisse-moi partir ! Lâche-moi !

- Calme-toi ! »

De ce rugissement presque bestial ou de leur soudaine proximité, Seth ne sut jamais ce qui le réduisit au silence à ce moment-là. Figé, les yeux écarquillés de stupeur, il se perdit dans les deux grandes prunelles noisette qui le clouaient sur place et qui se tenaient brusquement si près. Si près…

Puis comme si Embry se rendait compte à son tour de leur position, son visage perdit toute sa hargne et sa poigne se fit plus douce sur les bras de l'adolescent. Ses yeux voyagèrent sur chaque trait du visage de Seth, comme s'il le voyait pour la première fois et il émit un son étrange, comme le souffle d'une voix qui s'éteint. Leurs respirations se firent plus lourdes, sans accélérer pour autant, et à nouveau, Seth ressentit ces sensations si étranges, ce cocon de douceur qui les enveloppa et amollit chaque muscle de leurs corps comme un anesthésiant.

Presque malgré lui, il ferma les paupières, laissant le loup en lui s'enivrer de cette sérénité après des semaines de torture, et ne s'aperçut pas qu'Embry comblait peu à peu l'espace entre eux. Lorsqu'il parla, ils étaient si proches qu'il sentit son haleine brûlante caresser ses joues :

« Seth… » Murmura-t-il, la voix rauque. « Tu as… »

Il ne termina pas sa phrase et les prémices de la peur ramenèrent peu à peu le jeune loup à la réalité. Pourtant, il ferma les yeux un peu plus fort et se recroquevilla sur lui-même. Bien sûr, maintenant qu'il savait, il allait le rejeter.

« Seth… » Insista Embry en glissant une main sur la nuque de l'adolescent transi. « Regarde-moi. » Ses maxillaires jouèrent sous la peau brune de sa mâchoire lorsqu'il serra les dents, sensible au trouble du Clearwater. « Je t'en prie… »

Docile, le plus jeune rouvrit les yeux mais baissa la tête, incapable de soutenir le regard qu'il redoutait tant. Avec une infinie douceur, l'autre loup le força à remonter la tête jusqu'à ce que leurs nez se frôlent et que leurs fronts se collent l'un à l'autre.

« Pourquoi… Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

- Parce que je… je ne voulais pas… déranger… » La voix brisée par les sanglots qu'il retenait difficilement, Seth renifla tandis qu'une larme roulait sur sa pommette.

- Depuis tout ce temps, tu… » Embry inspira brusquement, le cœur supplicié, et vint effacer la larme d'une caresse du pouce. « Je suis tellement désolé. Je n'ai rien vu… »

Seth secoua la tête, voulut parler mais sa gorge nouée ne lui permit pas de prononcer le moindre mot.

« Je vais tout arranger. » Continua Embry en prenant son visage en coupe. « Je te le promets. Laisse-moi juste le temps de régler… certaines choses et je te promets qu'après cette foutue bataille, je m'occuperai de toi, d'accord ? Je te le promets. »

Prenant peu à peu conscience de tout ce que les mots d'Embry impliquaient, Seth écarquilla lentement les yeux et murmura d'une voix chevrotante, sans oser y croire :

« Q- Quoi ? Mais tu…

- Chuut… »

Toujours empreint de cette même tendresse, l'aîné glissa ses pouces derrières les oreilles de l'adolescent pour y caresser la peau si sensible tandis qu'il se fendait d'un sourire qui fut, pour Seth, la plus belle chose au monde.

« Ne dis rien, d'accord ? Je sais maintenant, et… » Il se força à déglutir et lentement, combla enfin les derniers centimètres qui les séparaient, sans chercher à finir sa phrase. Seth ferma précipitamment les yeux, fébrile, exalté, mais à sa grande surprise, ce ne fut pas sur sa bouche mais à la commissure de ses lèvres que se posèrent celles d'Embry. Ce simple contact fit exploser quelque chose en lui, pulvérisant chaque incertitude et chaque angoisse qui le dévoraient depuis des mois, au profit d'un bouillonnement intense de bonheur et frustration. Enfin ! Enfin, il le touchait…

Les mains du jeune garçon s'agrippèrent presque brutalement au t-shirt du plus âgé lorsque celui-ci fit mine de s'écarter et il ne put empêcher un gémissement pitoyable de passer la barrière de ses lèvres quand il s'éloigna pour de bon. Pourtant, tout ce tumulte d'émotions fut instantanément balayé par une infinie sérénité, qui lui parut presque factice tant elle était soudaine, lorsque ses yeux rencontrèrent à nouveau ceux d'Embry, pleins de promesses et d'un avenir qui lui sembla tout d'un coup bien lumineux.

A suivre...