Auteur : Duuduu encore et toujours hein ^^
Note : l'apparition de mon héroïne ^^ vous avez intérêt à l'aimer parce que vous allez vous la coltiner pendant toute l'histoire maintenant ! xD
DEUX ANS PLUS TARD …
II
Elle resserra son sac autour de son épaule frêle. Tenant tout juste debout, la jeune femme poussa la porte de l'immeuble. Dans l'entrée bien sûr, allongés sur les premières marches de l'escalier, trois hommes qui avaient dû connaître la jeunesse avant la drogue. Cela ne l'étonnait plus, pourquoi s'en inquiéter ? Il en crevait un, une fois par semaine. Elle se racla la gorge et ils s'écartèrent un peu. Elle grimpa comme au ralenti, leurs yeux aux pupilles grand ouvertes la scrutant comme une créature angélique qui apparaîtrait dans leur rêve indécent d'héroïsme, héros pour trois heures. Ses talons hauts résonnèrent sur les marches. Son long manteau sombre volait derrière elle comme une cape, elle ressemblait à une hallucination, un ange dans cet enfer, dans ce ghetto. Ses boucles blondes s'agitèrent lorsqu'elle continua à gravir pas à pas et, quelques instants, leur parfum parvint aux faux héros cinq mètres plus bas. Son ascension silencieuse la mena jusqu'au sixième étage … la plus haute tour de Midgar ...
Poussant la porte toujours ouverte, elle sursauta. Dans l'embrasure, un homme avait eu l'idée inverse. Costard noir et blanc, à peine décoiffé, essoufflé –il venait de finir certainement– il resserrait sa cravate convenablement :
« Pardonnez-moi monsieur mais j'aimerais rentrer chez moi », bredouilla-t-elle.
A ses mots, il s'écarta poliment puis sortit d'un pas rapide sans un regard derrière lui. Dans la pièce, deux autres comme lui, mais qui venaient d'arriver, l'odeur de l'argent collant à leur beau costume. L'immonde parfum de la luxure, les cris sans cesse plus violents et plus choquants, Ella crut vomir en se rendant compte d'où elle vivait. Partout des vêtements, de la dentelle, du satin, de la soie, rouge, bleu, noir, blanc, tout étalé au sol comme recouvert d'un tapis provocant et troublant. Ici l'homme redevenait animal. Ici, sur les canapés, les chaises, les commodes, tout empestait le pêché originel le plus cru. Se retenant de pousser un cri, comme pour se réveiller du cauchemar, elle fit un pas dans la mer obscène qui l'attendait. En passant près du sofa central du salon, elle remarqua le cendrier qui débordait : beaucoup de consultations aujourd'hui. Dans les trois chambres à sa gauche, deux étaient occupées et servaient à recevoir. Réception bien au goût des plus fortunés. Les poches pleines de fric, nombreux étaient ceux qui accouraient pour s'éloigner de Midgar. Cinquante jils pour une heure d'oubli. Plus efficace et plus ruineux qu'une heure d'artifice hypnotique avec un marabout. Rien n'est trop beau –ni trop cher– pour devenir un héros …
Elle ouvrit la petite pièce à droite : sur la table à manger encore six coupes de champagne qui traînaient, pas entièrement vides certaines. Elle ouvrit le réfrigérateur et attrapa un bol sur l'étagère du haut. Pas d'entorse au règlement. Si on danse, on assume. Si on danse presque nue, on prend soin de soi pour le client.
D'un pas rapide, horrifiée par la réalité qui lui conférait l'envie quasi-irrépressible de hurler, lui donnait la nausée, elle regagna le séjour –les deux hommes avaient mystérieusement disparus dans les chambres de ses colocataires et trois autres en sortaient– pour se diriger vers la chambre du fond, sur sa droite, sa pièce, le seul endroit où le rappel à l'existence physique était moins brutale. Elle en claqua violemment la porte mais ne réussit pas à faire plus de bruit que l'ambiance embrasée qui régnait à côté. Elle déposa son sac sur son lit et s'y effondra. Des images se mirent à tourner dans sa tête …
…
Elle rentrait chez elle, tout s'était bien passé cette nuit. Et puis elle l'avait vu, ça lui avait fait du bien.
Elle frissonna comme toujours lorsqu'elle pénétrait dans le séjour, la salle d'attente. Un homme en costume trois pièces eut un sourire en coin en la reluquant de haut en bas :
« Toi aussi tu couches ? » avait-il demandé.
…
La scène était éclairée par les spots. Ses contorsions épousaient la musique. Tous ces regards brûlants sur son corps et tout ce désir autour d'elle, elle avait manqué s'évanouir cette fois-ci. Ils n'avaient jamais été aussi excités ni autant en appétit. Elle avala sa salive et enfin le dernier moment arriva, la mélodie s'éteignit brutalement, fin du show. Elle se releva et se rapprocha du bord de la scène, ils glissèrent les billets sales là où ils purent avec leurs doigts épais. Elle regarda ailleurs pendant qu'ils remplissaient son compte en banque.
…
« Ecoute si tu couches ce soir, tu peux te faire un max de pognon.
- Je ne veux même pas entendre la suite.
- Si ce soir tu le fais, tu vas ramasser plus de tunes que tu n'en as jamais rêvé ! Et ne me mens pas je sais que tu en as grandement besoin …
- Revenir dans le vert contre mon intégrité ?
- On m'a dit que tes colocataires étaient des prostituées, c'est tout ce que tu as trouvé ?
- … Allez vous faire foutre ! »
…
Elle s'en souvenait parfaitement. Son absence. Sa déchéance. Son souhait. Mourir.
Puis le cachet qui s'était imposé dans son esprit comme la porte de sortie. Le sucre sur sa langue. Les premières impressions déroutantes. Le monde multicolore. Les hallucinations divines. L'envie de prolonger le paradis. Qui s'interrompt brutalement pour laisser place au jardin des horreurs. Il disparaîtrait progressivement. Puis le réveil.
Plus rien ne retenait son image et elle finirait par s'effacer dans son cœur, elle finirait par s'effacer de ses pensées, par s'évanouir parmi les fantômes de son passé.
Oui, elle avait voulu en finir. Et puis elle avait replongé dans l'obscurité du présent.
…
En entendant à nouveau les plaintes étouffées qui traversaient toutefois les cloisons, elle se boucha les oreilles, finit par mordre son poing pour ne pas crier et les larmes coulèrent sur ses joues pâles.
Cette vie de merde n'a que le goût du sucre sur une langue brûlée par l'amertume.
Oui, un ange dans un enfer.
A suivre …
