Oui !

J'ai enfin réussi à finir ce maudit chapitre… 6 mois, c'est tout de même un peu long, je vous l'accorde.

Mais entre les vacances, les cours et les autres trucs à coté, j'avoue que je n'ai pas eu trop le temps de m'y consacrer pleinement. Ni l'envie d'ailleurs. Ces quelques phases - nombreuses en réalité - de découragement où je n'arrivais pas à faire passer les émotions que je voulais faire passer ont malheureusement eu quelques effets néfastes sur les fichiers « Harry Potter » de mon ordinateur…

Un conseil : même vous êtes énervé, enragé, prêt à tuer quelqu'un, à l'étrangler, enfoncer vos ongles dans votre peau jusqu'au sang, ou vous arracher les cheveux, n'appuyez pas sur le bouton « vider la corbeille ». Parce qu'il est malheureusement trop tard, généralement quand vous reprenez un semblant de contrôle sur votre esprit, lorsque vous vous rappelez que des fichiers qui ne devaient pas être supprimés étaient tout de même stockés dans ce fichu endroit que l'on appelle « corbeille ».

Et c'est ainsi que mes certains de mes cours de Droit Constitutionnel disparurent à jamais, rayés de la surface de la terre en un clic. *Musique de la Marche Funèbre, sonate n°2 pour piano, Frédéric Chopin*

Amen.

Bref. Chapitre terminé, les autres biens commencés, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Si ce n'est que mes examens commencent la semaine prochaine, mais comme tout le monde s'en fout, je me tais.

Ah oui… une dernière chose, je ne compte pas abandonner cette histoire, même si, il est vrai que d'autres longueurs soient malheureusement envisageables.

Enjoy !


Précédemment dans Lux Aeterna

Lorsque que ses pieds touchèrent le sol, Severus s'autorisa à ouvrir les yeux et mit quelques secondes avant de s'habituer à la pénombre.

« Severus... » siffla le monstre et l'espion sentit des frissons lui parcourir l'échine « nous t'attendions pour commencer les festivités. Encore un peu et j'aurais pensé que tu t'étais perdu… »

Le Mangemort s'obligea à courber le dos devant son maître puis rejoignit le large cercle créé autour d'une fine silhouette aux cheveux hirsutes terrée dans un coin sombre de la pièce.

« Aujourd'hui, mes amis » reprit le Seigneur des Ténèbres d'une voix plus forte à l'attention de tous ses sujets, « est le début d'une ère nouvelle. »

Et soudain la lumière se fit dans sa tête. Une dizaine de flambeaux retenus par des piquets en métal sur les murs de pierre venait de s'embraser.

Derrière son capuchon de Mangemort, ses yeux noirs rencontrèrent des yeux verts brillants d'une peur contenue.

Et à ce moment là, il était sûr que tous les deux avaient la même pensée.

Le début de la fin

Chapitre 3 : Dans les Ténèbres

« Ne nous emportons point contre les hommes en voyant leur dureté, leur ingratitude, leur justice, leur fierté, l'amour d'eux-mêmes et l'oubli des autres : ils sont ainsi faits, c'est leur nature, c'est ne pouvoir supporter que la pierre tombe, ou que le feu s'élève »

Jean de La Bruyère

Harry retomba lourdement sur ses genoux. La poigne qui lui avait presque brisé l'épaule depuis sa lamentable chute sur les miteuses planches de bois de la Cabane Hurlante avait disparue, et lorsque ses pieds avaient rencontré à nouveau un sol dur, ses genoux trop faibles avaient cédé sous le poids de la surprise et de son corps.

Avec un temps de retard, il comprit qu'il venait pour la première fois de sa vie de transplaner. Et il n'était pas sûr, mais alors pas sûr du tout d'aimer ce mode de voyage.

La respiration hachée, il tenta de maitriser tant bien que mal les remous de ses entrailles avant qu'il ne déverse le contenu de ces dernières sur le sol. Déjà qu'elle avaient été fortement ébranlées quand il avait vu les deux silhouettes s'approcher de lui.

Deux silhouettes... De longs cheveux blonds, d'autres noirs qui s'échappaient des mêmes capuchons entrevus dans le cimetière de Little Hangleton… Un jet de lumière esquivé… Une baguette crochue pointée droit sur sa poitrine… Un jet de lumière rouge à nouveau évité... Une planche de bois mal nivelée à l'origine de sa chute et puis… Plus rien.

Rien d'autre que cette abominable sensation de terreur qui lui enserrait la gorge tels des crocs acérés se refermant sur leur proie.

Entre deux coups d'œil partiellement flous, Harry entrevit une lumière blanche se diriger à pleine vitesse vers sa poitrine. Il tomba à la renverse, déstabilisé par la violence du choc, incapable de le prévenir.

Un rire froid et cruel l'accueillit, rapidement suivi d'un deuxième, plus aigu et peut-être encore plus monstrueux.

"Alors c'est tout ? C'est tout ce qu'Harry Potter, le héros du monde sorcier, le Garçon-Qui-A-Survécu, le petit protégé de Dumbledore sait faire quand il se fait attaquer par un tout petit sort de déstabilisation ?"

Cette voix, calme et claire, glaciale et moqueuse, Harry la connaissait bien, trop bien même à son goût.

Voldemort.

Assis nonchalamment sur son trône, ses yeux rouges brillaient d'une lueur démentielle. L'homme caressait distraitement un immense serpent du bout de son ongle tandis que de l'autre main se trouvait une baguette, tenue paresseusement entre de longs doigts cadavériques. A ses cotés, de part et d'autre, se trouvaient les deux individus qui l'avaient enlevé.

Le premier était Malfoy. Lucius Malfoy. Aucun doute n'était possible. Les cheveux longs cheveux blonds, le dos droit, les deux mains posées élégamment sur le pommeau de sa canne et l'air de profond ennui qu'abordaient ses yeux gris étaient des caractéristiques si semblables à celles de Draco, que si quelques rides n'avaient pas pris place par-ci par-là sur le visage de l'homme, Harry aurait pu le prendre pour son ennemi juré.

Ce n'était que le père. Quoi qu'il doutait que ce serait mieux.

Le deuxième était plus compliqué. A en juger par les talons, Harry devinait qu'il s'agissait d'une femme. De longues boucles brunes pendaient autour de son visage, caché derrière un masque. Grande, toute vêtue de noir, il lui était cependant impossible de distinguer quoi que ce soit qui puisse le mettre sur la piste d'un nom connu. Seuls les yeux gris, si différents de ceux de Malfoy tant par la couleur que par la lueur qui y brillait, lui semblaient étrangement familiers.

Une petite voix à l'intérieur lui souffla, tout à fait innocemment, qu'il était dans une très mauvaise posture.

Très, très mauvaise.

"C'était un combat à la loyale, pourtant » continua Voldemort, "tu as ta baguette, j'ai la mienne, tu es face à moi, je…"

"Qu'est ce que vous voulez ?" demanda Harry d'une voix qui se voulait forte, parfaitement conscient qu'il venait de couper la parole au Mage Noir considéré comme l'un des plus puissant du monde. Il se releva péniblement, sa baguette pointée devant lui, sans véritable enthousiasme, sachant pertinemment bien que face à Voldemort et à deux de ses sbires, il n'avait aucune chance. "Où est Sirius ?"

Si une trace de colère apparut soudainement dans les yeux de l'homme à la face de Serpent, tout comme une fugace brûlure au niveau de sa cicatrice - déjà particulièrement douloureuse -, celle-ci fut vite remplacée par un amusement malsain.

Parce que son instinct de conservation, aussi peu développé soit-il, lui hurlait qu'il venait de faire une monumentale erreur, Harry serra les fesses.

Oui, étrange, alors que beaucoup auraient déjà resserré leur prise au niveau de leur baguette, Harry serrait les fesses. Mais, Harry n'était pas normal et tout le monde le savait. Rita Skeeter se faisait même un plaisir de le raconter dans la presse. Et puis…être poursuivi pas un mage noir depuis la naissance n'était pas non plus quelque chose d'excessivement normal, il fallait bien le reconnaître.

La femme sembla aussitôt s'insurger, prête à le déchiqueter, à le réduire en bouillie pour avoir osé couper la parole. Elle fit un pas menaçant vers lui et Harry se força à ne pas en faire deux en arrière.

"Comment oses-tu…"

Voldemort leva calmement sa main pour la faire taire. La Mangemorte interrompit aussitôt sa tirade qui, au ton des premières syllabes, s'annonçait particulièrement haineuse. A la place, elle murmura des excuses d'une voix étrange, mélange d'admiration sans limites et de peur retenue.

"Allons, allons, Harry" dit l'homme d'une voix déçue qui sonnait particulièrement faux "Dumbledore ne t'a t-il donc pas appris les règles élémentaires de politesse ? Il est particulièrement impoli de couper la parole à tes aînés et, au contraire, il serait intéressant de remercier ton hôte pour t'avoir aimablement invité dans sa demeure. Même si, je dois le reconnaître, qu'il ne s'agit pas de la mienne à proprement parler… Mais tu as raison, ne nous embarrassons pas de toutes ces âneries" continua t-il en agitant la main comme pour chasser un mouche agaçante. "Droit et direct. Fier et brave. C'est ce que Dumbledore t'a enseigné, n'est-ce pas ? Alors pour répondre à ta question, mon cher Harry, ton bien-aimé parrain est…" il hésita quelques millièmes de secondes de trop pour que cela paraisse naturel. Le cœur d'Harry s'emballa face à l'angoisse grandissante, le sourire malsain de Voldemort amplifiant sa crainte. "là où il était ce matin. C'est à dire chez lui je suppose" termina t-il avec un sourire cruel.

Et les deux Mangemorts éclatèrent d'un rire froid et sinistre, tandis que Voldemort continuait de caresser paisiblement le serpent.

La respiration d'Harry se coupa.

Sa vision se fit trouble.

Des larmes lui brulèrent les yeux. Larmes de rage et de désespoir. Larmes de peur et d'horreur.

Tout n'était qu'un piège destiné à le capturer. Et il était tombé dedans, sans rien avoir vu venir.

"Lucius, ton bras" ordonna Voldemort d'un ton sec et sans appel en tendant le sien dans un mouvement impérieux.

Les deux Mangemorts arrêtèrent instantanément leurs ricanements bien qu'une lueur de folie animait toujours les yeux gris de la femme.

Dans ceux de Lucius, Harry cru percevoir un soupçon de peur, si étranger à la lueur arrogante habituelle.

Malfoy s'avança respectueusement et s'agenouilla devant son maître, tournant ainsi le dos à Harry. Il tendit son bras gauche dont la manche qui le recouvrait avait préalablement été relevée.

Là, la Marque des Ténèbres y était gravée. Au feu, sur la chair et dans la souffrance.

Voldemort enroula sa main autour du poignet de Lucius, sans prêter la moindre attention à la respiration bruyante de ce dernier, et pointa son index cadavérique sur le tatouage. L'aristocrate laissa échapper un gémissement tandis qu'une douleur suraiguë transperça à nouveau la cicatrice d'Harry qui plaqua ses deux mains contre son front dans l'espoir de l'atténuer. Terriblement inefficace.

Quand les palpitations diminuèrent enfin, Harry releva lentement les yeux. Les deux Mangemorts s'étaient déplacés ; Lucius s'était relevé et couvrait à présent de sa manche la Marque, devenue noire, qui bougeait doucement sur sa peau pâle. Si Harry parvint à retenir un grognement d'horreur, il fut en revanche incapable de prévenir une salve de frisson.

Salve de frisson qui augmenta quand Voldemort se leva de son siège de toilette sur lequel il l'avait accueillit. Siège des toilettes, même si dans l'absolu, c'est vrai, l'assise ressemblait plus à un trône qu'autre chose avec le bois finement ciselé et deux serpents aux yeux dorés en guise d'accoudoirs.

Mais Harry ne pouvait se résoudre à le nommer comme tel. Cela aurait donné trop d'importance à l'homme qui avait tué ses parents et tant d'autres innocents.

Voldemort, qu'Harry dénommait désormais Face-de-Serpent parce qu'il fallait bien avoir de l'humour précisément quand ce n'était pas le moment, s'avança élégamment vers lui, ses pieds nus claquant sur le sol de pierre. Le Griffondor, dont la plus grande envie était de s'enfuir, grimaça ; Le souvenir de la vision entrevue de ce matin s'imposa à lui, et la bile fit peu à peu son chemin vers sa bouche.

« Je suis content de te revoir Harry, tu sais " siffla Voldemort en tournant autour de lui, tel un animal marquant son territoire. Les deux Mangemorts tressaillirent distinctement. Il parlait Fourchelang. Harry se força à se tenir droit et à relever le menton, dans un ultime signe de défi. " Tu m'a donné beaucoup de fil à retordre, je dois le reconnaître. Je dois aussi avouer que pour un vieux sénile, Dumbledore est encore plutôt vaillant. "

" C'est le plus grand sorcier du monde " répondit aussitôt Harry, en espérant à moitié que Fawkes apparaisse comme pendant sa deuxième année lors de sa confrontation avec l'écho de Voldemort dans la chambre des Secrets.

A moitié parce que l'autre savait que c'était vain.

" Ah oui ? " s'enquit Voldemort d'un ton faussement étonné après quelques instants.

Le Serpent avait quitté sa place et ondulait à présent dans leur direction, son immense corps laissant une trace gluante sur le sol. Plus liquide que la morve de Troll, toutefois.

" Alors dis-moi pourquoi tu te trouves ici, en ce moment même, à trembler pour ta vie comme un misérable Moldu. "

"Je n'ai pas peur " marmonna Harry entre ses dents.

Sauf que c'était un mensonge, et ils le savaient tous les deux. Il était terrifié. Voldemort s'arrêta devant lui. Plus grand, il le dominait de toute sa hauteur. Ses narines, dilatées par l'excitation, renvoyaient l'effluve de son souffle dans les yeux d'Harry. Le Griffondor en lui le força à regarder les deux fentes rouges sans cligner des paupières.

Voldemort sourit doucement, dévoilant des dents aiguisées tels les crochets d'un Serpent.

" Tu as peur, Harry Potter "

Ce n'était pas une question. C'était une constatation. Douce et amère, à la fois.

Dans un mouvement théâtral, Voldemort plaça délicatement, avec une lenteur insupportable, la pulpe glacée de son doigt sur la cicatrice d'Harry. Ce dernier retint un sifflement de douleur. Il était sûr que sa tête allait exploser. L'image du corps torturé de la vision s'imposa dans son esprit. Le corps s'arquait dans des positions improbables, une grimace de souffrance déformant ses traits mais aucun son ne sortait de la bouche, pourtant grande ouverte. C'était inutile, Harry les avait encore parfaitement en tête.

L'homme ou le monstre, Harry ne savait plus, eut un petit rire satisfait. Puis, il ôta son doigt, doucement, presque à regret.

" Tu as peur "

Le serpent avait à présent atteint leur hauteur. Il monta sur les épaules de son maitre, de sorte que sa tête soit juste en face du visage d'Harry.

Les fentes rouges de l'animal étaient plantées devant ses yeux. Le serpent se rapprocha encore. Harry arrêta de respirer, comme suspendu dans le vide.

Nagini tendait millimètre par millimètre le cou, dans un bruissement d'écailles. Il restait 5 millimètres. 5 millimètres et ses narines frémissantes toucheraient celles pétrifiées d'Harry. Elle s'immobilisa. Le temps sembla s'arrêter.

Le sang qui cognait contre ses tempes lui donnait presque le vertige. Ses battements de cœur résonnaient tel un tambour dans une salle vide. Tous ses muscles étaient contractés à l'extrême. Harry se força à ne pas reculer, à ne pas fermer les yeux tout en tentant de refouler les larmes qui menaçaient d'en/d'y jaillir.

« Tu as peur »

La langue fourchue toucha le bout de son nez. Une salve de frisson parcourut l'ensemble de son corps, réveillant chaque fibre de son être et lui assurant au passage qu'il était encore bien vivant.

Sauf qu'il ne savait plus vraiment s'il voulait l'être.

Puis, le serpent descendit des épaules de son maitre et retourna lentement sur le trône. Voldemort le regarda encore quelques secondes, un sourire terrifiant accroché à ses lèvres. Il inclina légèrement la tête, comme pour observer un nouveau jouet de Noël et fit lui aussi demi-tour pour reprendre place aux côtés de ses serviteurs.

Quelques secondes plus tard, à peine après avoir eu le temps de reprendre un semblant de contrôle sur sa respiration, des CRAC résonnèrent dans la salle. Des vapeurs noires apparurent et laissèrent peu à peu place à des sorciers tout de noir vêtus, cachés derrière le même masque que portaient les deux ravisseurs.

Avant de se disposer en cercle autour d'Harry, ils s'inclinaient respectueusement devant leur maître lui susurrant parfois des éloges qui en devenaient ridicules tant les mots prononcés étaient en contradiction avec leur destinataire. Voldemort ne leur adressait mot mais la lueur dominatrice présente dans ses yeux affirmait qu'il n'en était pas pour le moins satisfait. Les espaces parfois laissés entre les Mangemorts se comblaient au fur et à mesure de leur arrivée, et bientôt le cercle fût complet, mis à part un espace encore vide pour une personne, à gauche de Voldemort.

Soudain, un CRAC plus fort que les autres se fit entendre. La vapeur noire se dissipa peu à peu et laissa place à une silhouette sombre. La personne s'avança et, bien que vêtue des mêmes robes et du même masque que les autres, Harry la reconnut tout de suite grâce à sa démarche. Tant haïe, si redoutée.

Une salve d'émotion déferla dans sa poitrine, aucune d'entre elle ne dominait réellement.

" Severusssss " siffla le Voldemort. Snape continua de marcher vers l'homme à la face de Serpent sans une once d'hésitation. " Nous t'attendions pour commencer les festivités. Encore un peu et j'aurai pensé que tu t'étais perdu. "

Le ton employé sous-entendait quelque chose de terrible.

Snape s'inclina respectueusement sans prononcer la moindre parole mais Voldemort s'en contenta. Le Maître des Potions combla ensuite la place vide aux cotés de son Maitre, indifférent aux regards et murmures des autres Mangemorts.

" Aujourd'hui, mes amis" déclara Voldemort d'une voix forte, couvrant ainsi le bruit de ses serviteurs qui furent réduits en un instant au silence " est le début d'une ère nouvelle. "

Harry sentit son sang se glacer. Une dizaine de flambeaux retenus par des piquets en métal sur les murs de pierre s'embrasèrent.

Il leva les yeux vers son professeur et regarda entre les trous de son masque.

La surprise illumina l'espace d'un court instant les yeux sombres et habituellement glacials de l'homme comme si finalement, ils pensaient à la même chose.

Le début de la fin.

LUX_AETERNA

Severus Snape ne jurait pas beaucoup, pour ainsi dire jamais.

Les mots vils étaient réservés aux petites terreurs qui sévissaient dans son quartier, aux ivrognes étendus sur les trottoirs ou encore aux imbéciles n'ayant aucun répertoire vocabulairique.

Il n'était pas de ceux là.

Sauf que là, malgré tous les mots compliqués qu'il connaissait pour décrire des situations toutes plus différentes les unes que les autres, aucun ne correspondait à celle qu'il était en train de vivre.

Sauf un

Merde

Il était dans une merde immense.

Et le pire, c'est qu'il y avait sauté à pieds joints dedans : Potter disparu, il n'avait même pas flairé l'entourloupe alors qu'elle sentait à des milliers de kilomètres à la ronde.

Qu'avait encore fait cet imbécile de gamin pour se retrouver ici ? A en croire son air complètement effrayé, le gosse ne savait pas non plus. Severus n'en était même pas étonné.

Et dire que la journée avait plutôt bien commencé…

Savoir qu'il la démarrait avec les 5ème années Griffondor - Serpentard avait contribué à le mettre de bonne humeur. Toute relative, bien sûr. Mais qui disait 5ème année, disait Potter. Et qui disait Potter, disait vengeance. Alors évidemment, une fois vengé, Severus se sentait incontestablement mieux.

Pour 5 minutes.

40 points en moins pour Griffondor et une retenue pour Potter par cours, c'était la moyenne. Au delà, il risquait de s'attirer les foudres de Minerva et Dumbledore. Et tandis que celles du Directeur consistaient à lui rappeler d'un ton paternel que Potter était un adolescent au passé pas facile et gnagnagna-et-gnagnagna-et-gnagnagna, Severus évitait autant que possible celles de Minerva.

Parce que là, ses oreilles en prenaient un coup. Et sa tête aussi. D'ailleurs, une potion contre la migraine ne suffisait généralement pas. C'est comme si les crises de la vieille lionne étaient non guérissables magiquement. En tout cas, c'était la seule explication au fait que malgré toutes les potions testées - et crées pour l'occasion, et Merlin, il en avait eu -, le bourdonnement incessant de ses oreilles ne prenait véritablement fin qu'une semaine plus tard.

Alors Severus se restreignait de retirer davantage de points, parce que s'il savait qu'il ne vivrait pas vieux, il ne voulait pas vivre sourd.

Encore que, pour vivre sourd, fallait-il avoir une tête. Et la sienne, tout comme celle de Potter était en ce moment même, terriblement compromise à en croire la situation dans laquelle ils étaient.

"Mes chers amis," commença le Seigneur des Ténèbres après avoir replacé les sorts de protections autour de la demeure, d'un rapide et discret mouvement de baguette. Merlin soit témoin, Severus avait toujours admiré l'agilité dont faisait preuve l'homme dans ces situations. Le mouvement était si fluide, presque imperceptible et pourtant… pourtant, l'effet grandiose était là. C'était l'alliance parfaite entre crainte et beauté. Et il l'admirait encore, ce mouvement, oui, il l'admirait encore… Même s'il, Severus le savait, venait de signifier sa perte. Leur perte. "Enfin ensembles, enfin réunis…" Il marqua une nouvelle pause, observant son auditoire avec une attention obstinée. Le silence était l'arme préférée du Seigneur des Ténèbres... Après la baguette.

Aucun ne bougeait. Personne n'osait. La tension était à son comble. L'attention aussi. Bellatrix semblait suspendue à ses lèvres comme une petite fille devant le Père Noël. Potter le fixait, une expression hagarde sur le visage. Severus renforça ses barrières occlumenciques.

"Pourquoi avez-vous encore vos masques ? Pourquoi ne puis-je pas voir vos visages ?" demanda soudainement le Seigneur des Ténèbres en plissant des yeux. Tout du moins, ses fentes verticales qui lui servaient de canal optique. "Ne nous considérons-nous pas comme une famille ?"

Merlin, il y avait du venin dans la voix, beaucoup de venin. Mais c'était la malice à peine dissimulée qui alarma le Maitre des Potions.

"Nott !" interpella brusquement le Mage Noir en faisant sursauter l'intéressé. Et beaucoup d'autres de ses serviteurs. "Pourquoi as-tu encore ton masque ?"

"Pour le garçon Potter, mon Maître" répliqua le vieil homme d'un ton incertain, en lançant un regard de biais à l'adolescent qui regardait la scène, bouche ouverte, yeux exorbités, sans véritablement comprendre de quoi il en retournait.

Personne d'ailleurs, ne semblait réellement saisir le jeu du Seigneur des Ténèbres, pas même Severus, il fallait se l'avouer. Et s'il y avait quelque chose que le Professeur détestait par dessus tout, c'était bien n'avoir aucune prise sur les évènements.

"Le garçon Potter ?" répéta t-il en suivant le regard de Nott. Ses yeux s'éclairèrent d'un amusement malsain, tandis que sa bouche se tordait dans un demi rictus sadique. "Ah, tu veux parler d'Harry ! Mais ce n'est pas le garçon Potter, c'est Harry ! Ca fait plusieurs fois qu'on le rencontre, non ? Tu peux bien l'appeler par son prénom ! Il fait partie de la famille après tout, n'est ce pas Harry ?"

Toute couleur avait définitivement déserté le visage blême du garçon. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. La pièce était glacée.

La salle resta silencieuse. Personne ne semblait savoir quoi faire. Les Mangemorts se regardaient entre eux, scrutant le moindre indice pouvant déterminer une possible conduite à adopter.

"Qu'attendez-vous, donc ! Allez, enlevez-moi ces masques !" hurla le Monstre d'une voix aigue particulièrement désagréable, ses traits déformés par la colère.

Du coin de l'œil, le Professeur vit Potter grimacer et porter instantanément sa main sur sa cicatrice. Cicatrice qui, Severus venait de le remarquer, était beaucoup plus boursouflée d'habituellement... Non pas que le Maître des Potions aimait admirer le visage de Potter plus que de raison, loin de là, mais étant pratiquement quotidiennement dans la une de tous les journaux du monde sorcier, la célèbre marque ne lui était tout de même pas étrangère.

Un abominable pressentiment acheva de liquéfier ses entrailles, processus entamé dès qu'il s'était rendu compte de l'identité de l'invité d'honneur du Seigneur des ténèbres. Main sur une cicatrice boursoufflée ? N'était-ce pas exactement la même scène que le matin même ? Ce matin… Potter était tombé pendant son cours… Et puis, il s'était relevé, main sur son front…

S'il n'avait pas douté de l'honnêteté de son malaise, le professeur avait pensé qu'il avait sur joué son rétablissement. C'était tout de même typique Potter : Toujours au centre de toute attention. Toujours à vouloir se faire remarquer. Toujours à…

Mais là… la certitude devenait doute… Et Severus détestait le doute, plus que tout. On ne doutait pas ! Jamais ! Douter, c'était s'exposer. S'exposer, être faible. Etre faible, mourir.

Mais là…le doute prenait pourtant place, s'infiltrait dans tous ses pores à la manière d'un poison mortel : trois questions envahissaient son esprit. Trois questions terribles et puissantes qu'il ne parvenait pas à refouler derrière la même couche de haine et d'indifférence qui lui avait permis de tenir jusqu'alors.

Pourquoi le gosse s'était-il effondré ? Pourquoi avait-il touché sa cicatrice ? Les deux évènements avaient-ils un lien ?

La réponse à la dernière question paraissait si évidente que Severus se serait bien cogné la tête contre un mur dans l'espoir d'expier son imbécillité.

Il n'y avait pas de mur et Severus n'était plus vraiment sûr d'avoir une tête.

Qu'avait fait Potter ?

D'un coup de baguette, sans prévenir, mais c'était bien là le but d'un effet de surprise, le Seigneur des Ténèbres fit disparaître le masque de Goyle. Ou plutôt, l'arracha du visage de l'homme. Littéralement.

Pur produit de la magie noire, fascinant et terrifiant à la fois – n'en déplaise aux simplets étroits d'esprit, totalement bornés à voir le logo « made-in-Seigneur-des-Ténèbres » sans discerner le pur génie du produit-, le masque avait cette particularité originale qu'il était magiquement collé à la peau de son propriétaire, précisément conçu afin d'éviter qu'il ne tombe lors des raids et qu'une identification puisse être établie.

Pourtant, c'est bien ce même masque qui tomba sur le sol dans un bruit métallique assourdissant, tandis que plusieurs Mangemorts ne purent retenir un halètement horrifié alors que la peau du visage de Goyle eh bien… n'était plus sur son visage.

Il y avait quelque chose d'étrange, Severus trouvait, dans le fait de rire à gorge déployée quand il s'agissait de torturer un petit enfant Moldu sous le regard impuissant de sa mère et de ne pouvoir retenir un frisson à l'égard d'une "victime" qui passait son temps à être (un) bourreau.

Goyle s'effondra à genoux sous le regard courroucé du Seigneur des Ténèbres, le visage entre les mains, de pitoyables gémissements s'échappant de sa bouche.

Bon d'accord, le résultat n'était pas particulièrement beau à voir. Même, franchement horrible ; du sang coulait entre les doigts boudinés dudit Serpentard et des lambeaux de peau arrachés gisaient toujours dans le masque, désormais à terre.

Le professeur de Potions se hâta tout de même d'ôter le sien, comme les autres Mangemorts à ses cotés, aucun ne voulant subir le même sort que Goyle.

Potter croisa le regard de Severus. Le dégout et l'horreur étaient clairement inscrits sur son visage. Severus détourna le sien. Il savait.

"Parfait…N'êtes vous pas mieux ainsi ? " demanda calmement le Seigneur des Ténèbres. Le ton employé était le même que celui utilisé pour commenter une recette de gâteau au chocolat. Severus ne les aimait pas. "Goyle, relève-toi" ordonna t-il froidement. "Cela m'aura prit du temps, c'est vrai…" admit le Seigneur des Ténèbres d'une voix froide et claire, indifférent aux tremblements du Mangemort qui s'exécutait avec difficulté, "mais j'ai finalement atteint mon but. Harry Potter est devant moi. Et cette fois, il ne pourra m'en ré-échapper. N'est-ce pas Harry ?" questionna t-il en plantant ses fentes rouges dans les yeux verts du garçon.

Menton fier, dos droit, torse légèrement bombé, qu'attendre de plus d'un Potter, prisonnier du plus Grand Mage Noir du siècle, qui venait tout juste de torturer un de ses propres serviteurs devant ses yeux ?

Rien, ce n'était plus une surprise depuis longtemps.

Le Seigneur des Ténèbres sourit doucement, la lumière des flambeaux accentuant cette espèce de lueur démentielle qui brillait dans ses yeux.

"Vous devez tous, encore une fois, vous demander comment j'ai réussi à attraper le petit protégé de Dumbledore. Evidemment, la question ne devrait même pas se poser. Ce que Lord Voldemort veut, Lord Voldemort a."

Potter renifla bruyamment. Severus retint le sien. Pour l'imbécillité du garçon et l'arrogance démesurée de l'homme.

"Mais, je dois dire que certains éléments inattendus m'ont aidé à prendre l'avantage. J'ai pu assister à ton cours tout à l'heure, Harry" l'informa le Seigneur des Ténèbres, un sourire diabolique accroché à ses lèvres.

Le Professeur se tendit ; ses entrailles venaient définitivement de disparaître.

"C'était très intéressant. Je dois avouer que j'ai été très étonné. Tu as d'immenses pouvoirs. Pour ceux qui ne le savent pas," reprit le Mage Noir d'une voix puissante mettant un terme aux quelques murmures qui se faisaient entendre, "Harry ici présent a attaqué ce matin son professeur de Potions, qui n'est autre que Severus après que celui-ci l'ai provoqué en… insultant la mémoire de ses parents, si je ne m'abuse ?" demanda t-il en tournant son visage de serpent vers Severus, une lueur narquoise au fond de ses yeux.

Les rires des Mangemorts retentirent dans la salle et le professeur discerna quelques insultes dont celles de Bellatrix, qui, il fallait l'avouer, étaient d'un cru assez rare ; qui d'autre que Bellatrix Lestrange pour insulter le statut de sang d'un prisonnier alors que celui de son Maitre est exactement le même ?

"Oui, maître" murmura Severus en courbant la tête, ses cheveux lui coupant momentanément la vue du garçon en face de lui. En vérité, ce n'était pas la cause principale, si cause il devait y avoir, mais Severus ne pensa même pas à le faire remarquer. On ne contredisait pas le Seigneur des Ténèbres.

Et dans l'absolu, c'était faux. Il n'avait pas insulté la mémoire de ses parents. Seulement de son père. Et pour insulter la mémoire d'un défunt, encore fallait-il que ledit défunt vaille la peine qu'on l'honore. Si, donc, on suivait la logique du professeur de potions, aucun mal n'avait été fait.

" Hum… Lord Voldemort a sentit que tu avais hésité à lancer un Cruciatus, Harry. Tu n'aurais pas dû" admonesta t-il doucement, d'une voix que Severus avait rapidement catalogué comme étant l'une des plus dangereuses : Le serpent endormait sa proie avant de l'attaquer.

L'ex-mangemort pensa à faire un geste vers sa baguette afin de lancer un Protego et protéger ainsi le garçon du Crucio qui allait inévitablement s'écraser sur sa poitrine d'ici quelques secondes, mais question crédibilité, s'il voulait tout faire pour que le gamin s'échappe sain et sauf de cet endroit tout en préservant sa supposée loyauté – et accessoirement sa vie -, Severus supposa que ce n'était pas la meilleure solution.

Il ne bougea pas. Pas un geste. Pas même quand Potter lui lança un regard en coin.

"Je suis déçu. Laisse-moi te montrer comment on fait, d'accord ? Après tout, ton professeur t'a insulté… Crucio !"

Ce n'est que tardivement qu'il s'aperçu que le sort lui était destiné, quand le jet de lumière rouge toucha sa poitrine pour être exact.

Il y avait quelque chose de particulièrement humiliant dans le fait de se faire torturer par le Seigneur des Ténèbres.

Surtout devant un élève.

Surtout quand cet élève en question s'appelait Harry Potter.

Aussi, Severus se mordit la lèvre pour s'empêcher de crier de douleur. Aujourd'hui n'était définitivement pas un bon jour. Il s'effondra à genoux alors que des milliers d'aiguilles s'enfonçaient sur chaque millimètre carré de son corps. Ses nerfs étaient en feu, sa tête allait exploser.

Quand il entendit des cris inhumains résonner dans la salle, sa seule pensée fut de se dire que ses camarades étaient bien idiots de montrer leur douleur à leur maitre.

Quand il se rendit compte que c'était ses propres hurlements… Il ne pu se résoudre à se traiter d'idiot, oublia toute sa dignité et hurla comme il n'avait jamais hurlé.

Merde.

Fin du Chapitre 3 : Dans les Ténèbres


La suite, bientôt…

Bonne journée !

PS: J'ai corrigé toutes - ou la plupart - des fautes d'orthographes contenues dans les deux chapitres précédents sur les fichiers originels. Cependant, un bug sur ce site ne me permet pas d'ajouter plus de 9055 mots -très exactement- dans le "doc manager", ne me demandez pas pourquoi, j'en sais rien. En conséquence, mon avant-dernière phrase se retrouve coupée et je suis incapable de rajouter un mot de plus. Peu reconnue pour ma patience légendaire (mon écran d'ordinateur a failli valser dans la pièce ce matin tellement j'était énervée), j'ai décidé de poster ce chapitre et de m'atteler à ce problème ensuite, histoire de calmer mes nerfs. Je m'excuse une nouvelle fois pour les horribles fautes qui s'y trouvent (et oui c'est bien le "marc de café" et non pas le "mare de café" mais pour le coup, je soupçonne la correction automatique de word -employée à foison je l'avoue- de me l'avoir modifiée). Ah là là, et dire que sur support papier, je ne fais pratiquement jamais de fautes...