Où il est question de robes couleurs de temps, de lune et de soleil …

Meredith recouvra ses esprits rapidement et se mit à battre furieusement du poing sur la porte … qui finit par se rouvrir si brusquement qu'il faillit frapper le petit bonhomme.

Ce dernier fixait Rodney, visage fermé (et un rien constipé, pensa Meredith) et bras croisés sur la poitrine.

- Alors ? Finit-il par demander.

Meredith fronça les sourcils.

- Alors quoi ?

Sous ses petites lunettes cerclées, la paire d'yeux bleus du petit bonhomme roula vers le ciel.

- Ježíš Kristus ! Alors qu'est-ce que vous voulez ? Je suppose que plus vite nous réglons votre petit problème et plus vite je peux retourner me coucher.

- Oh. Oui, bien sûr vous avez raison … répondit Meredith.

Le silence s'installa.

- Et dooooonc, le problème est … ? S'impatienta le petit homme.

C'était que brusquement Meredith se sentait mal à l'aise. Dire à votre marraine que vous avez besoin d'un coup de main pour échapper à un mariage forcé avec votre propre père était déjà assez difficile mais l'annoncer à un total inconnu c'était tout simplement … humiliant.

Un petit tap-tap le sortit de ses pensées. Le petit bonhomme tapait du pied, signe d'une imminente explosion. Meredith se lança donc :

- LeRoimonpèreveutm'épouseretjenesaispascommentfairepourlerepousser.

Voilà, il l'avait dit ! Meredith soupira tant il était soulagé.

Les yeux du petit bonhomme s'écarquillèrent avant de se durcir.

- Je vois, annonça t-il enfin. Bien sûr, la chose aurait été plus compréhensible avec quelques virgules et autres pauses salvatrices mais je suppose que vue la situation, votre … comment dirais-je … confusion, est bien compréhensible. Entrez et voyons ce que nous pouvons faire pour vous.

Il s'écarta pour laisser entrer Meredith. Il lança un regard bienveillant autour de lui et une fois la porte de corail refermée, tous les esprits de la forêt reprirent leur garde vigilante.


Meredith se demandait s'il avait bien fait d'insister. Ce n'était pas tout à fait ainsi qu'il s'imaginait l'intérieur d'une fée.

Tout y était rouge. De longues tentures aux drapés compliqués étaient tendues le long des murs, couvrant les portes. A terre, se trouvait une multitude de tapis (si épais que Meredith ne voyait même plus ses pieds) recouverts de coussins. Le tout dans un dégradé de carmin qui donnait vaguement la nausée.

On aurait dit un lupanar.

Meredith leva un sourcil réprobateur vers sa « fée ».

Comprenant le message, le petit bonhomme prit un air outragé.

- Hey, je suis un honnête commerçant, je --

Il fut interrompu par une voix féminine.

- Radechounet ! Qu'est-ce que tu fais je t'attends depuis -- oh, tu as de la visite ?

Blonde évidemment.

Et nue (Meredith était fasciné par la petite danse qu'exécutaient les deux seins, lourds et charnus, à chaque fois que la jeune femme bougeait).

- Et bien Radechounet, tu ne me présentes pas ?

« Radechounet » ronchonna un moment dans sa barbe mais obtempéra. D'un geste de la main, il désigna Meredith.

- Mara, le Prince, Prince, Mara, bon et maintenant si nous examinions les –

- Oh ! Un Prince ! Comme c'est … charmant.

Et avec ça, elle éclata de rire, ravie de son petit jeu de mot.

Mara claqua des mains comme une petite fille (quoiqu'aucune petite fille que Meredith connaisse ne possède d'aussi volumineux attributs … comment faisait-elle pour dormir sur le ventre ?).

- Alors, que pouvons nous pour vous ? C'est que Radechounet et moi, nous faisons tous les deux commerces de nos … charmes (ce jeu de mot, pas plus fin que le premier, élicita un nouveau gloussement et une nouvelle samba poitrinaire). La seule différence, c'est que les miens sont TOUJOURS plaisants, susurra t-elle à l'oreille de Meredith.

Radechounet leva les yeux au ciel et décolla (au sens littéral du terme) Mara de Meredith.

- Il est ici pour mes charmes.

- Oh, dommage, répondit-elle avec une moue boudeuse. Et quel est son problème ?

- Oh, pas grand-chose, son père veut juste le mettre dans son lit, répondit distraitement Radechounet (Meredith se demandait si s'était son vrai nom) qui farfouillait dans ce qui lui tenait lieu de bibliothèque (rouge bien entendu).

- Ooooooh, le pauvrichounet ! S'exclama Mara (Ok, Meredith avait sa réponse et chercha à quoi pouvait bien correspondre le chounet du petit bonhomme).

- Oui, oui, oui, le pauvre petit, ah ! Voilà.

Il parcourut un vieux parchemin, soupira et le lança dans un panier plein de papiers.

- Votre système de classement laisse un peu à désirer, fit remarquer Meredith qui, curieux, examinait les différents ouvrages et parchemins amoncelés dans et à côté de la bibliothèque.

Sa seule réponse fut un grognement inarticulé de la part de "Radechounet".

Meredith soupira et s'installa sur l'un des poufs.


Radechounet passa ce qui semblât être des heures à fouiller de fond en comble la bibliothèque, sans succès, jusqu'à ce que Mara réapparaisse (vêtue d'une longue chemise transparente qui accentuait ses formes bien plus que ne le faisait sa nudité) avec un plateau.

- Vous devriez boire et manger un peu. Toi aussi Radechounet, tu sais bien que tu travailles mieux le ventre plein. Et aussi après une bonne séance de …

Elle fit danser ses sourcils de manière entendue et se mit à rire, puis elle déposa le plateau sur une table basse et servit Meredith. Le thé était chaud et sucré. Tout ce qu'il lui fallait.

- Merci.

- Oh de rien mon lapin (Meredith n'était pas sûr de préférer Lapin à pauvrichounet). Bon alors, qu'est-ce que vous cherchez ? Demanda Mara qui grignotait un gateau.

- N'importe quoi … je veux juste gagner un peu de temps … ne pas lui dire oui, ne pas lui dire non, vous voyez.

Mara hocha la tête mais le vague dans ses yeux laissait clairement voir qu'elle ne comprenait pas grand-chose. Et sans savoir très bien pourquoi, Meredith raconta à Mara son entrevue avec le Roi, son père.

- Huuuuum, fit Mara. Si vous aviez été une fille, je vous aurais conseillé de lui demander l'impossible. Vous ne lui dites oui que s'il consent à vous donner quelque chose qu'il ne pourra jamais se procurer, comme par exemple … elle fit claquer ses doigts, une robe couleur de temps ! Ou … ou de Lune. Oh, non, je sais, couleur de soleil. Certainement aucun tailleur ne pourra la confectionner. J'adore les robes, mais Radechounet me préfère sans, ce qui --

Un rapide claquement de doigts leur fit à tous les deux tourner la tête.

- Mais oui, c'est ça : une robe couleur de temps ! S'exclama Radechounet.

Mara fut sur ses pieds en un instant. Elle passa ses bras autour du cou de Radechounet et l'embrassa (goulûment pensa Meredith).

- Oh, Radek ! Tu veux bien m'acheter une robe, c'est vrai ? J'en veux une avec de la dentelle, beaucoup de dentelles, et des rubans, en satin bien sûr et --

- Tstststs ma gazelle, tu sais bien qu'un rien t'habille.

Radek (c'était donc ça son vrai nom !) avait appuyé sur le mot rien et Mara soupira.

- Je me disais aussi …

Elle se rassit en boudant et engouffra deux autres pâtisseries.

- Humpf, de toute manière ma toute belle si tu continues à t'empiffrer ainsi, je doute que tu puisses entrer dans une robe … la taquina Radek.

Mara lui tira la langue.

- Moui, bon, revenons en à notre affaire, maugréa Radek en arrangeant ses lunettes. L'idée est bonne, excellente, que dis-je parfaite. Mais bien entendu, il ne peut être question de robe, n'est-ce pas ?

- Après tout, si son père veut l'épouser, une robe ça peut être une bonne idée, proposa Mara.

Elle fut immédiatement foudroyée par deux paires d'yeux bleus.

- Ok, je me tais (et elle se jeta, dépitée, sur un autre gâteau).

- Non, le Roi aime la technologie, parfait, ce sera l'objet de notre petit défi : qu'il vous construise un objet capable de changer l'été en hiver, l'automne en printemps, bref, de changer le temps. Voilà, dites lui qu'avant que vous consentiez à son … amour, il vous faut un tel objet. Pour ce que je sais du SGC, leurs joujoux sont plutôt du genre qui explose, il devrait donc s'écouler un long moment avant qu'ils ne parviennent à créer une telle machine, si tant est qu'ils y arrivent tout court ! Aaaah, je suis un génie, et le génie a besoin … de réconfort, allez ouste Prince, vous avez assez troublé ma nuit !

Meredith fut promptement mis dehors (il avait encore sa tasse de thé fumant à la main) et bien que la porte de corail fut fermée, il pouvait clairement entendre les gloussements de Mara. Le rire cristallin de la jeune femme l'accompagna jusqu'aux portes du palais.


Le lendemain matin, c'est le cœur battant que Meredith consentit à la décision de son père à la condition qu'il lui fasse un présent, rien de bien extraordinaire : une machine pouvant changer le temps.

Le silence qui suivit sa demande pesait si lourd que pendant un moment Meredith se demanda si le plafond du palais ne leur était pas tombé dessus. Il avait en tous les cas du mal à respirer comme si un grand poids lui comprimait la poitrine.


Le Roi n'aimait pas les surprises. Il aimait que les choses se passent comme il les avait décidées. Il plissa les yeux. Meredith se tenait devant lui, tête baissée.

Le Roi descendit de son trône et s'approcha de son fils. Il prit son menton dans sa main gantée et releva son visage vers lui.

Oh oui, il était exquis. Les yeux étaient d'un bleu profond, les cils qui les bordaient étaient longs, comme ceux d'une fille, et sans fard, les joues étaient cependant délicatement empourprées … et sous la longue tunique brune, quels trésors se cachaient encore ?

Le Roi sentit une étrange passion l'enflammer et, emporté par son désir, accorda son souhait à Meredith.


Contre toute attente, le Roi ne mit guère plus de 48 heures à satisfaire les souhaits de son futur époux. Et c'est avec effroi que Meredith fut témoin des essais du prototype.

Le Roi commanda tout d'abord une tornade (qui dévasta une bonne centaine de champs cultivés) puis une averse de grêle (qui finit de détruire ce que la tornade avait épargné) avant de faire enfin revenir le soleil.

Meredith fixait les dégâts, incapable de dire quoique ce soit, bouche ouverte et yeux écarquillés. Il était complètement bouleversé : il était responsable de ça …

Le Roi observait ses réactions qu'il prit pour de la fascination (et non du dégoût) et en fut tout ému. Enhardi par la preuve de ce qu'il estimait être de l'amour (à tout le moins de la satisfaction), le Roi prit son fils dans ses bras …

… et l'embrassa.

Et d'une peau-de-wraith.

- VOUS DEVEZ M'AIDER ! Hurlait Meredith qui postillonnait sur Radek, ecnore sous le choc du baiser que lui avait donné son père (sur la bouche ! Avec la langue !).

Radek ôta ses lunettes, fit une grimace et les essuya sur sa manche avant de les reposer sur son nez.

- Avez-vous essayé … hum, euh. Il claqua ses doigts. Une machine qui --

- NON PLUS D'IDEES TECHNOLOGIQUES ! Ces … ces fous au SGC ne semblent capables que de produire des armes de destruction massive ; à moins que ce ne soit tout simplement mon cher père qui ne voit en ces machines que des armes de destruction.

Radek fronça les sourcils.

- Même une machine pour attraper la lune. C'est romantique promettre la lune à l'être aimé, comment cela pourrait-il être dangereux ?

Meredith leva les yeux au ciel.

- Que croyez vous qu'il se passe lorsque vous déplacez la lune, gros malin !

Meredith s'écroula sur le petit pouf rouge.

- Toutes les villes en bord de mer seraient victimes d'un tsunami.

- Oh, fâcheux, en effet. Et une machine à --

Meredith le stoppa net.

- Non, plus de trouvailles stupides et dangereuses ! Trouvez autre chose ! Comment se peut-il que ma marraine, qui était une vraie fée, elle, ne vous ait pas laissé un sort capable de m'aider ?

- Pourquoi pas la peau de cette affreuse bête qui fait peur à tout le monde, annonça Mara qui se faisait tranquillement les ongles allongée sur le canapé (plus exactement affalée sur le canapé, et toujours nue). Je ne vois pas comment cela pourrait être dangereux, au contraire, cela débarrassera le royaume de son plus terrible danger. Sa jolie frimousse se mua en une affreuse grimace. Et en plus, ça sentira moins mauvais dans le palais … elle sourit, montrant une rangée de petites dents, blanches comme autant de petites perles fines.

- Mais jamais mon père n'acceptera de sacrifier son wraith ! Il tient à cette bête comme à la prunelle de ses yeux. C'est grâce à elle qu'il a assis son pouvoir fit remarquer Meredith.

Radek qui, vexé par la remarque du Prince avait plongé son nez dans un énorme grimoire le referma brusquement.

- Mais justement, la voilà la solution ! Demandez la peau du wraith en échange de votre main. Votre père ne pourra que refuser et vous serez ainsi libéré de votre serment.

Meredith ouvrit la bouche pour dire combien il trouvait cette idée comme les autres complètement stupide mais il la referma avec un clap sonore. Après réflexion, ça pouvait marcher. Son père considérait le wraith comme une sorte d'animal familier. Il ne le mettrait jamais à mort pour lui, n'est-ce pas ! Il ne l'aimait pas à ce point.

Il se précipita sur Radek qu'il serra contre lui.

- Oui ! Ca peut marcher, non, non, non, pensée positive : ça va marcher. Encore merci.

Et il sortit en courant.

- Humpf, c'est même pas drôle, c'est moi qu'il aurait du embrasser, après tout c'est moi qui ait eu l'idée, ronchonna Mara.

- Mais ne t'inquiète pas ma toute belle, maintenant que nous sommes sûrs de ne pas revoir notre inopportun Prince, je vais passer toutes mes soirées à t'embrasser.

Et cette fois, Meredith ne fut pas le témoin (si ce n'est visuel, à tout le moins auditif) des ébats qui se tinrent derrière la porte de Corail. Il fallut le bruit de coups furieux frappés contre la dite porte au plein cœur de la nuit pour mettre fin aux jeux amoureux.

Un Radek absolument fou de rage ouvrit la porte …

… Sur un Meredith qui portait dans ses bras la dépouille du wraith.

Radek soupira, se frotta les yeux et laissa entrer le malheureux prince.

A suivre ….