Troisième chapitre :)

Petit prolongement du chapitre prédécent... en espérant que cela vous plaira. N'hésitez pas à laisser un commentaire pour me donner votre avis ^^


III. Amour et haine

Les deux adolescents dormaient paisiblement, dans les bras l'un de l'autre. En l'espace d'une seule journée, ils avaient vécu tellement d'événements éprouvants qu'ils ne savaient plus très bien ni l'un ni l'autre où ils en étaient. La seule chose dont chacun était certain, c'était qu'il tenait à l'autre plus que jamais. Et c'était cette seule chose à laquelle ils se raccrochaient.

Astrid se réveilla la première. Ses muscles étaient un peu engourdis, du fait qu'elle était restée dans la même position toute la nuit. Ou toute la journée, elle ne se souvenait pas. D'ailleurs, était-ce la nuit ou le jour ? Combien de temps avait-elle dormi ? Elle ignorait les réponses à ces questions, mais elle s'en préoccuperait plus tard.

Elle voulut bouger, mais se rappela qu'elle n'était pas seule. Harold avait dormi avec elle. Il dormait toujours d'ailleurs. Elle était dos à lui, et il avait ses bras autour d'elle. Elle tenta de se dégager, délicatement pour ne pas le réveiller. Elle parvint à soulever son bras et à se retourner, puis le reposa et mêla ses doigts aux siens. Elle était maintenant face à lui, tellement proche qu'elle pouvait distinguer les moindres détails de son visage. Ses taches de rousseur, ses paupières délicates, ses lèvres fines légèrement entrouvertes, ses cheveux bruns lui tombant sur le front. Elle y passa doucement une main. Le garçon remua, et Astrid regretta d'avoir perturbé son sommeil. Mais il ne semblait pas s'être réveillé. Astrid se promit d'arrêter de le toucher, et se contenta de l'observer. Son souffle chaud venait de temps en temps lui caresser le visage. Elle fixa sa poitrine, son mouvement régulier. Elle eut envie de le serrer dans ses bras. Mais elle ne voulait pas le réveiller.

Elle réalisa soudain que la situation était bien étrange. Harold l'avait toujours intriguée, aussi ses sentiments à son égard ne cessaient-ils de changer. Elle en avait assez de se demander sans arrêt si elle le détestait ou l'admirait, le méprisait ou l'enviait. Elle savait juste qu'à ce moment précis, elle était bien, avec lui, et que c'était tout ce qui comptait.

Les minutes passaient, Harold dormait toujours et Astrid ne se laissait pas de le regarder. Son esprit divaguait et elle se surprit à repenser à Krokmou. A ce vol magique qu'il lui avait offert. Ce vol qui lui avait ouvert les yeux sur Harold. Elle avait compris un tas de choses, ce soir-là. Elle avait appris à comprendre et à apprécier le fils de Stoïck, tellement sous-estimé par son père. Tout ça grâce à un dragon. Mais le Furie Nocturne n'était plus.

Tout était allé si vite. Elle avait du mal à imaginer ce que le garçon pouvait ressentir. Il devait certainement se sentir perdu, comme abandonné. Seul. Mais elle serait là pour lui à présent. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle voulait son bonheur. Elle n'avait pas supporté de le voir souffrir.

C'était la première personne qu'elle n'avait pas supporté de voir souffrir.

Elle se redressa lentement et posa ses lèvres sur la joue d'Harold. Sa peau était douce et tiède.


Harold sentit quelque chose sur sa joue. Quelque chose de doux et… humide. Il ouvrit les yeux et tourna la tête. Ses lèvres rencontrèrent alors celles d'Astrid. Cette dernière se recula vivement, surprise et gênée.

« Harold. Tu es réveillé. »

L'adolescent émergeait lentement. Il avait les yeux à demi-fermés et ne semblait pas avoir noté l'incident qui venait de se produire. Astrid en profita pour détourner son attention :

« Tu... tu as bien dormi ?

- Oui… répondit-il en s'étirant. Enfin… je crois. Quelle heure est-il ? »

Harold était aussi désorienté qu'Astrid. Il bailla longuement et se frotta les yeux. Son esprit était encore embrumé, mais des bribes de souvenirs lui revinrent en mémoire.

Krokmou. Son père. Astrid. Elle… ils avaient dormi ensemble. Harold venait de dormir dans les bras d'Astrid. Elle l'avait consolé et réconforté.

Il se sentait… bizarre. Oui, c'était ça, il ne savait pas exactement ce qu'il était censé ressentir en ce moment. Il était en fait tiraillé entre son chagrin pour Krokmou, son ressentiment envers son père et le reste du village, et ce qu'il éprouvait pour Astrid. Il était perdu au milieu de sentiments totalement opposés, sans savoir duquel il devait se préoccuper.

Il décida de se concentrer sur le moins désagréable.

« Astrid ?

- Oui ? »

Qu'allait-il bien pouvoir lui raconter ? Il avait tant de choses à lui dire, mais il n'était pas certain de parvenir à y mettre les mots qu'il fallait.

« Je… merci, articula-t-il finalement. Merci pour hier… ou aujourd'hui, tout à l'heure, je ne sais plus. Si tu n'avais pas été là… Je ne sais pas ce que j'aurais fait. Merci de… de ton soutien. Ta présence. Je… »

Elle sourit. Elle le trouvait touchant quand il bafouillait.

« Merci à toi, Harold. » répondit-elle simplement.

Le jeune garçon se demanda pourquoi elle le remerciait. Pour avoir pleurniché dans ses bras ? Il avait encore honte de sa crise de larmes, il n'avait pas voulu se montrer aussi faible. Surtout devant elle. Mais…

Elle aussi avait pleuré. Il venait de s'en souvenir. Et il ignorait encore pourquoi.

« Astrid ?

- Oui ?

- Pourquoi tu as pleuré ? » se décida-t-il à lui demander.

La jeune fille ne s'attendait pas à cette question. Prise au dépourvue, elle rougit et tourna le dos à Harold pour éviter qu'il ne perçoive son trouble. Elle ne pouvait pas faire semblant de rien, il connaissait la vérité. Elle ne pouvait pas détourner la conversation, il s'en apercevrait. Elle ne pouvait pas inventer une excuse quelconque, il ne la croirait pas. Alors pour une fois, elle décida d'être sincère. Mais le problème était qu'elle ignorait pourquoi est-ce qu'elle s'était sentie si touchée par la détresse d'Harold, au point de laisser échapper des larmes.

Elle ne pleurait jamais. Sauf quand elle voyait souffrir une personne à qui elle tenait. A qui elle tenait beaucoup. Un proche.

Non. C'était plus que ça.

Quand elle voyait souffrir une personne qu'elle aimait.

Sa détermination en prit un coup. Elle n'était plus sûre du tout de ce qu'elle allait dire à Harold. Elle n'était plus sûre de lui répondre d'ailleurs. Peut-être le silence valait-il mieux que les mensonges.

Elle ne voulait pas lui mentir. Mais elle ne voulait pas lui dire la vérité non plus. Elle n'était pas sûre de la connaître, la vérité. Mais au fond d'elle-même, il existait une certitude, qu'elle s'efforçait de refouler mais qu'elle savait fondée. Il y avait des signes qui ne trompaient pas. Tout était trop logique, trop évident pour le nier.

Mais elle n'assumait pas. Elle avait peur. Peur d'être vulnérable, faible comme elle l'avait été en se laissant aller à son chagrin dans les bras d'Harold. Elle sentait qu'il avait une influence sur elle, et elle n'aimait pas ça.


Les secondes s'écoulaient, et Astrid se sentait de plus en plus perdue. Harold ne disait rien, lui laissant le temps de réfléchir. Il espérait parvenir à voir ce qu'elle cachait sous sa carapace, cependant il savait que cela ne serait pas chose facile. Mais tout comme il n'avait pas pu se retenir et lui avait dévoilé son désespoir, il voulait qu'elle lui laisse entrevoir le sien. Il allait devoir forcer un peu les choses, car Astrid ne semblait pas décidée à lui répondre.

« Astrid ? » dit-il timidement.

Pour toute réponse, elle se retourna brusquement, le regard menaçant, et lui hurla :

« Je te déteste, Harold ! Je te déteste, tu m'entends ? »

Elle marqua une pause, le visage crispé par la colère, avant de reprendre de plus belle :

« Tu veux savoir pourquoi j'ai pleuré ? Je vais te le dire moi : tu m'as fait de la peine ! Je t'ai regardé, et j'ai été triste pour toi, d'accord ? J'ai compris ce que tu ressentais, tellement bien que j'ai fini par ressentir la même chose ! Voilà ! Tu es content ? »

Harold la fixait, bouche bée. Il savait que sa question allait la perturber, et c'en était le but, mais il ne pensait pas que cela irait aussi loin. Il regrettait de l'avoir ainsi poussée à bout, mais il était tout de même satisfait. Elle avait répondu à sa question.

Ne voulant pas non plus abuser de ses nerfs, il ne releva pas. Il ne contenta d'afficher une expression la plus neutre possible, et de s'asseoir sur le rebord de son lit.

Astrid soupira et croisa les bras, furieuse mais soulagée qu'Harold se taise. Elle s'accorda quelques instants pour se calmer, puis s'approcha doucement et s'assit à côté de lui. Il lui jeta un coup d'œil, mais ne se risqua pas à parler.

Après quelques minutes de silence, elle lui dit d'une voix calme mais qu'elle voulait un peu agressive :

« Je te déteste. »

Harold se leva, et se dirigea vers la porte. Avant de partir, il regarda Astrid droit dans les yeux.

« Je sais, Astrid. Je t'aime aussi. »

La porte se referma sur ses paroles, faisant place à un silence qui vînt les confirmer.


Voilà voilà, dans ces deux chapitres je me suis plutôt concentrée sur la relation Harold/Astrid (et ce n'est pas fini, je les adore ces deux-là ^^), mais le prochain sera... différent. Plus court, mais aussi et surtout plus important pour la suite de l'histoire.

A suivre...