Seulement quelques soldats revinrent de la poursuite dans le but de tuer Caspian. Miraz et sa femme profitaient d'un peu de bon temps avec leur garçon, quand le seigneur vit la troupe entrer dans le château. Celui-ci ne se préoccupa guère du petit nombre restant au groupe, mais plutôt à l'étrange paquet caché sous une couverture, sur l'un des chevaux.
Miraz se rendit immédiatement auprès de son général pour voir enfin, ce qu'il croyait être, Caspian.
« Attendez mon seigneur! Ce n'est pas du tout ce que vous croyez! » Se hâta le général Glozelle quand il vit que Miraz se dirigeait sans hésitation vers la masse enfouie sous la couverture.
« Et que cela peut-il bien être alors? » se demanda le seigneur Miraz quelque peu désappointé que Glozelle ait failli a sa mission.
« Si je vous le dirais, vous ne me croiriez pas… » Hésita le général.
« Alors, montrez-moi! » s'impatienta le seigneur Miraz.
Glozelle exécuta son ordre et retira la couverture sur le cheval. Les yeux de Miraz s'écarquillèrent d'effroi. Il pensait dormir debout, car cela ne pouvait être qu'un rêve.
« Je croyais que cela n'était que des légendes… » Murmura-t-il stupéfait.
Après quelques instants, Miraz reprit ses esprits, et concocta un plan parfait pour envahir le peuple Narnien et gagner à coup sûr le pouvoir. De toute façon, il était certain qu'à l'instant même Caspian était mort de la main de ces brutes.
« Et Johanna? Vous n'allez pas me dire que vous n'avez pas réussi à la trouver elle non plus? » Se demanda alors Miraz.
« Nous…l'avons perdue aussi, sire. »
« Quoi?! Mais comment? Vous me dites donc que cette GAMINE a réussi à semer vos troupes sans problème? Mais quelle sorte d'armée d'incompétents vous êtes? » Éclata Miraz de rage.
« Elle doit sûrement être morte en ce moment, mon seigneur… Une demoiselle de son rang ne connaît rien à la survie en forêt et encore moins au combat… » Tenta Glozelle.
Miraz inspira très fort pour estomper sa colère. « Vous avez sûrement raison. Quoique cela me peine énormément d'avoir perdue ma nièce et la marraine de mon fils… Elle en savait bien trop et aurait pu nous trahir. Alors soit, nous allons l'incorporer à mon plan. » Sourit de façon malveillante Miraz.
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Miraz se rendit à la salle du trône et remarqua que tous les autres seigneurs du territoire y étaient déjà. Il savait fort bien qu'ils complotaient contre lui, car ceux-ci n'aimaient pas réellement le fait qu'il devienne l'homme au pouvoir depuis la disparition de Caspian, mais cela ne lui importait guère. Il savait très bien qu'il gagnerait très vite leurs confiances avec son nouvel atout.
« On ne m'avait pas avertit qu'il se tenait un conseil en ce moment. » Dit sournoisement Miraz, ce qui mit tous les seigneurs légèrement mal-à-l'aise.
« Oh, mais ce que l'on vous sait si occupé. » rétorqua d'un même air le seigneur Sopespian.
« Il est vrai que depuis la disparition de notre cher Caspian, je suis plus occupé à gérer le royaume qu'à l'habitude. »
« Il est fort dommage que mon seigneur est perdu son neveu et sa nièce le jour même où celui gagnait un fils… » Ajouta le seigneur Sospesian d'un ton accusateur.
« Fort dommage en effet… Mais heureusement, je sais qui sont leurs assaillants qui les tiennent en captivité.»
« Et qui sont ces traîtres, monseigneur? » demanda un autre seigneur.
« Les Narniens! » répondit Miraz d'un ton remplit de haine.
Toute l'assemblée se mit alors à parler en même temps. L'ordre ne vivait plus dans la salle du trône. On pouvait sentir diverses émotions circuler à travers les maints opinions. De la crainte, du scepticisme, de la moquerie.
« Oh, mais j'ai une preuve… » Ajouta Miraz en indiquant à son général d'un signe de la main de faire entrer la pièce de résistance.
Les portes s'ouvrirent et apparut soudain dans l'antre de la porte, un nain bâillonné et ficelé aux mains et aux pieds. Les pieds étaient attachés si serré qu'il arrivait à peine à marcher. D'ailleurs, le général Glozelle, afin qu'il soit à la vue de tous, lui donna un coup de pied. Celui-ci tomba brusquement sur le sol de marbre et se remit sur ses genoux.
Les seigneurs de la salle furent tous étonnamment surpris. On entendait des exclamations de tous les coins de la salle. De tous les sentiments que l'on pouvait sentir dans la salle à peine quelque instant plutôt, un seul resta : la crainte. Ces mythes, ces légendes étaient donc tous vrais!
« Nos ancêtres ont donné leurs vies pour détruire cette vermine! Et eux, pendant que nous fêtions à notre victoire, se reproduisaient comme des coquerelles sous une pierre pour pouvoir mieux nous attaquer!» S'exclama-t-il pour accroître l'esprit de guerre des seigneurs.
Il regarda ensuite le nain de haut et lui flanqua un coup de poing au visage, ce qui fit descendre le bâillon légèrement, mais assez pour que celui-ci puisse s'exprimer.
« Et vous vous demander pourquoi on vous déteste autant? » dit-il avec mépris.
« Et je vais tous vous exterminer. » répondit cruellement Miraz.
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Johanna ouvrit les yeux péniblement. Elle avait un mal de tête atroce. Lorsque sa vue devint moins embrouillée, elle remarqua qu'elle était couchée sur un tout petit lit, bien moelleux. Elle tourna sa tête et vit qu'à côté d'elle il y avait…une paire de bottes? Elle se leva légèrement sur ses coudes et vit qu'à l'autre bout du lit, juste à côté d'elle, il y avait son frère Caspian. Elle émit presque un cri de joie, mais une voix dans sa tête lui dit que ce n'était sûrement la chose la plus intelligente à faire.
Elle se leva délicatement pour ne pas faire craquer le lit et s'approcha du visage de son frère. Celui-ci avait un bandage sur son front. Qui peut bien nous avoir amené ici, installé dans leur lit et soigné Caspian?
Au même moment où elle se posa cette question, elle entendit des voix venir de la salle juste à côté de celle où elle se trouvait. Elle supposa qu'il y avait deux personnes, car elle n'entendait que deux voix. D'ailleurs, ces deux personnes semblaient avoir un différent, vu le ton de leur voix. L'un semblait plus doux et rationnel et l'autre plus colérique. Sa curiosité était piquée, elle devait savoir ce qui se passait et où elle était. Elle voulait savoir si elle était vraiment en sécurité, également. Cette conversation m'en dira certainement plus. Se dit-elle.
Elle enjamba son frère, en faisait toujours attention de ne faire aucun bruit. Elle ne contourna pas le lit, car elle se serait faite immédiatement repérée. Elle marcha très lentement vers le passage qui séparait les deux pièces, s'accroupit et écouta la conversation.
« Nous devrions les tuer pendant qu'il est encore temps! Avant qu'ils ne se réveillent! » Dit la personne colérique.
Le cœur de Johanna bondit dans son torse. Ils veulent nous tuer…
« Nous ne pouvons pas les tuer à présent. Pas après que nous les ayons transporté ici, que nous ayons bandé la tête du jeune garçon, et tout, et tout. Ce serait comme tuer des invités! »
Il marque un point.Pensa Johanna qui appréciait déjà beaucoup plus l'autre personne qui qu'elle soit.
« Pourquoi lui avoir mis des pansements à la base? Pourquoi les avoir amenés ici? Ce sont nos ennemis! Si on ne les tue pas immédiatement, c'est eux qui vont nous tuer! » S'exclama le premier personnage.
« C'est totalement faux! » Dit tout haut Johanna cette fois en sortant de sa cachette, se tenant debout entre les deux pièces. Ah bravo, ça c'est intelligent Johanna. Pensa-t-elle amèrement.
Elle regarda alors les deux personnages qui se trouvaient devant elle. Un nain… et un blaireau? Qui parle? Elle se souvint alors du nain qui avait sorti étrangement d'un arbre et qui se dirigeait à toute vitesse vers elle. La peur reprit possession de son corps. Elle n'arrivait plus à bouger tellement elle était sous le choc.
« CASPIAN! RÉVEILLE-TOI! CASPIAN!! » Cria-t-elle de toutes ses forces alors que les larmes coulaient sur ses joues.
Elle était terrifiée. Terrifiée à l'idée de se faire attaquer brutalement par ces créatures et à l'idée de mourir.
Caspian se réveilla en sursaut et ne prit même pas le temps d'analyser ou de comprendre la situation qu'il se lança au devant de sa sœur pour la protéger, les deux poings bien fermés et prêt au combat. Il regarda rapidement autour de lui vit un tisonnier et le prit, en guise d'épée.
« Si vous osez toucher un seul cheveu de ma petite sœur, vous aurez de graves ennuis! » Grogna-t-il d'un ton menaçant.
Le nain et Caspian se mit à combattre à l'intérieur de la petite maison. Johanna elle se tenait derrière son frère sans bouger, toujours figé par la peur.
« Arrêtez, mais arrêtez! » Tenta d'interrompre le blaireau sans succès, puisque le combat lui fit échapper le bol de soupe qu'il tenait dans ses mains. « Oh! Mais regarder ce que vous avez fait! Cette soupe a mijoté toute la journée, quel gâchis incroyable! » S'attrista le blaireau.
Le nain et Caspian arrêtèrent leur combat. Caspian s'assit sur la petite marche surélevé séparant la chambre de la cuisine et reprit son souffle. Johanna s'assit à côté de son frère, mais regardait toujours le nain d'un regard méfiant, car elle ne lui faisait pas confiance. Le nain lui retournait bien, évidemment.
« Vous êtes quoi au juste? » demandait Caspian à l'animal.
« Vous n'avez donc jamais vu un blaireau? » se moqua-t-il légèrement.
« Oui… mais pas qui soit doté de l'usage de la parole. » expliqua-t-il.
« Oh mais, ce n'est pas toutes les créatures de Narnia qui soit doté de cet usage. Certains l'ont perdu, au fil des ans, à force d'être traité comme de vulgaires animaux, ils le devinrent. Mais assez parler de cela! Vous devez reprendre des forces, voici un autre bol de soupe pour chacun de vous. »
« Tu t'es reconverti en auberge pour Telmarins, Chasseur-de-Truffes? » demanda le nain, plein de mépris.
« Nikabrik… Ces humains étaient poursuivis, peut-être ne sont-ils pas autant nos ennemis que les autres Telmarins? »
« Pourquoi en voulez-vous autant à notre peuple…? » dit d'une petite voix Johanna, qui prenait très peu de place à côté de son frère.
« Pourquoi? AH! » S'esclaffa-t-il de façon ironique. « Parce que votre peuple a massacré le notre, voilà pourquoi! Grâce à vous, on vit comme des bêtes sauvages, cachés sous terre. »
« Mais…je croyais que… » Tenta-t-elle.
« Que quoi? Que c'était nous les méchants? » Coupa le nain.
Johanna baissa la tête de honte.
« Pourquoi étiez-vous poursuivi, au fait? » s'intéressa Chasseur-de-Truffes.
« Le seigneur Miraz, mon oncle, désire ma mort… Je suis le prince Caspian le dixième du nom, héritier au trône. En se débarrassant de moi, celui me succède au trône. » Répondit-il avec une certaine tristesse.
En si peu de temps son monde s'était effondré et il n'avait même pas eut réellement le temps de le réaliser, puisque tout se passa si vite depuis sa fuite.
« La situation est donc la même pour votre sœur? »
Soudain, c'est comme si Caspian réalisa réellement que sa sœur était avec lui dans cette maison enfoui sous un arbre de la forêt Narnienne.
« Non… pas du tout… Mais que fais-tu ici Johanna? Pourquoi n'es-tu pas au château? » S'inquiéta Caspian.
« Je… J'avais fait un cauchemar et j'avais besoin d'un peu de réconfort… J'ai donc été te voir et j'ai tout vu… les draps complètement déchirés par l'attaque. J'ai tenté de fuir avant de me faire apercevoir, mais il était trop tard… »
Elle n'eut pas à dire plus pour que Caspian comprenne la suite. Il lui serra un peu la main en signe de compassion. Même si leur situation changerait définitivement, au moins ils seraient ensemble à traverser cette épreuve.
« Cette nouvelle me réjouit. Si ce n'est pas mon peuple qui vous tue, ce sera alors vos soldats.» Se satisfit le nain qui laissa échapper un petit rire mesquin.
« Justement! Nous devons quitter pendant que nous le pouvons encore! »
Caspian remit ses diverses protections en vitesse et tira Johanna par la main pour sortir de la petite maison.
Celle-ci se laissait tirer sans aucune réaction. Elle était totalement sous le choc. Tous ces contes sont donc vrais! Ces créatures existent! Et nous les avons tous chassés, massacrés…
« Attendez! » s'exclama le blaireau. « Savez-vous au moins ce que c'est que cela? » dit-il en soulevant légèrement la trompe magique avec ses petites pattes délicates.
« Non… Pas vraiment, je sais seulement qu'elle est supposé être magique… » Répondit Caspian.
« Une magie très puissante! On dit que, lorsque l'on souffle dans cette trompe, nous demandons de l'aide à nos rois et reines des anciens temps. Jadis, lorsqu'ils régnaient sur Narnia, le monde entier vivait en paix et notre royaume était prospère. »
« Ces rois et ces reines…ils sont comme… vous? » demanda timidement Johanna qui ne voulait offusquer personne.
« Non, comme vous. Il s'agit de fils d'Adam et d'Ève. Et étrangement, il s'agit d'un fils d'Adam qui a soufflé dans la trompe, il ne s'agit certainement pas d'un hasard. Je crois que vous allez avoir un rôle important dans la libération de notre peuple.
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Note : Ne désespérez pas, les rois et reines devraient bientôt rencontrer Caspian et Johanna! Ahah! :)
