Chapitre extrêmement court, ne vous réjouissez pas trop vite !
_IACB.
[Blaise]
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« Or do you not think so far ahead?
'Cause I been thinkin' 'bout forever »
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Theodore.
J'ai pensé l'appeler. Des millions de fois. Peut-être même plus. Passé la barre du milliard, j'ai arrêté de compter. Il m'avait donné son numéro que j'avais recopié dans mon agenda de 5e. Cet agenda, j'ai remué ciel et terre pour le retrouver dans les cartons qu'avait fait ma mère après notre départ précipité de Leeds. Et une fois la feuille d'agenda déchirée (mercredi 6 février 2006) enfin entre les mains…eh bien je n'ai rien fait.
Absolument rien fait.
C'est hallucinant, quand j'y repense. J'étais là, des nuits entières, la feuille dans les mains, le combiné posé à côté de moi. Et je n'ai jamais trouvé le courage de l'appeler. De lui expliquer. De m'excuser d'être parti sans lui expliquer. De le supplier de me pardonner.
Et je ne sais même pas pourquoi je pense à ça mais j'y pense. J'y pense seulement.
Ca s'est passé il y a cinq ans. Cinq années. Rien à faire. Toujours cette même douleur, ce même sentiment de culpabilité, de déchirure, cette irrépréhensible envie de chialer lamentablement toutes les larmes de mon corps.
Il doit me détester maintenant. Me haïr. Je sais pas. Putain, j'ai pas envie de penser à ça. Pourquoi est-ce qu'il faut que je pense tout le temps à ça ? !
Et puis c'est lui, d'abord, qui aurait dut m'appeler. (Vraiment Blaise ? C'est lui qui aurait dut le faire ?) Non. Non, bien sûr. Bien sûr que non.
Merde.
Merde. Merde. Merde. Merde.
Il doit me haïr. (Ne pleure pas). Il doit vraiment me haïr. (Blaise, ne pleure pas). A sa place, c'est ce que j'aurais fait. Quoi, ton prétendu meilleur pote avec qui tu partage presque jusqu'à tes slips déménage du jour au lendemain sans plus jamais te donner de nouvelle et tu continues à l'apprécier comme avant ? (Blaise…) Pas un seul coup de fil. Pas un seul. Pas eu le courage. Même pas foutu de composer les chiffres du début à la fin puis d'enclencher la touche d'appel. (Calme-toi…). Et puis l'appeler pour lui dire quoi ? Que…non. C'était mieux comme ça. L'appeler dans quel but ?
Ouais, c'est mieux comme ça. C'est mieux. Il y aurait eu plusieurs tonalités, il aurait décroché mais je n'aurais rien eu à lui dire. Il aurait fait 'allo, allo' mais j'aurais toujours eu la gorge nouée. Je me connais. Alors il aurait raccroché. Il m'aurait raccroché au nez.
(Arrête de pleurer).
Cinq ans. Cinq ans, bon sang, et…et ça me…toujours…ça…putain. (Blaise, arrête).
Ca y est. Ca recommence. Merde. Il faut que j'arrête. Bon sang, il faut que j'arrête. (Respire, respire).
Il faut que je dorme.
(Respire).
Il faut que je dorme.
[Hermione]
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« I'll be floatin' in the sky
I'll be floatin' in the sky
I'll be floatin' in the sky… »
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« …je veux dire… »
Je portais la cigarette à ma bouche. Cigarette sur laquelle je tirais une longue taffe de fumée. Fumée qui descendit dans ma gorge. De ma gorge jusqu'aux poumons. Des poumons jusqu'au cerveau.
« …il y a tellement, tellement de galaxies, de systèmes, d'étoiles, de comètes, de planètes encore inconnues…tellement de particules infiniment petites, microscopiques, qui, en s'assemblant, forment un tout…tant de… »
Je toussais.
« …tant de mystères, bon sang, ça me sidère ! A quoi…à quoi bon aduler un…un être humain, être fan de tel ou tel chanteur, acteur ou je ne sais quel autre profession à la con…qu'est-ce qu'ils ont d'extraordinaire ? ! Rien. Ils savent chanter, jouer, faire rire. Waouh. Tout le monde sait le faire. Ils sont communs. Banals. Peut-on même comparer le plus talentueux d'entre eux à la merveille de l'univers ? Au grand mystère de l'existence de la Terre ? Au Néant ? ! »
La fumée m'embrasa de nouveau la cage thoracique.
« Acteurs, chanteurs, présidents, prostituées. Même bateau. Nous finirons tous de la même façon et, comme il est dit dans la Bible : Tu es né poussière et tu repartiras poussière. Alors rien ne sert d'aduler un être vivant. Autant s'aduler soi-même. Mieux vaut s'émerveiller de quelque chose qui en vaut la peine. La nature, par exemple. Le mystère de la vie. Je sais pas. Putain, je pense trop. Tu crois que je pense trop ? »
Draco prit mon visage entre son pouce et son index et je me retrouvais, la seconde d'après, nez à nez avec lui. Il m'examina en fronçant des sourcils, ses pupilles encerclées de l'océan cyan houleux de ses iris étant plus dilatées que la signification même du terme. Mais lui partait évidemment moins en vrille que moi. Evidemment.
« Je crois plutôt que la prochaine fois, tu essaieras d'y aller mollo avec ça. » finit-il par soupirer en relâchant ma figure de l'emprise de sa main droite pour me piquer le roulé illicite des doigts.
Il tira une longue taffe en fronçant des sourcils et rejeta sa tête en arrière, quelques secondes plus tard, pour expirer des ronds grisâtres de fumée. Puis, la seconde d'après, je me retrouvais à califourchon sur lui, ses mains me maintenant fermement les hanches, le joint perché négligemment sur ses lèvres.
« T-t-t-t-t » fit-il alors que je tendais ma main pour le récupérer.
Sourire narquois. Il tira une nouvelle fois dessus, très longtemps, en me regardant droit dans les yeux, rien que pour m'énerver, puis rapprocha félinement sa tête de la mienne et, l'instant d'après, nos bouches se rencontrèrent.
La fumée s'infiltra puissamment dans mes voies respiratoires, me faisant décoller plus haut que je ne l'étais déjà. La langue de Draco frôla la mienne, doucement, sans insister, tandis que ce que ma mère qualifiait de drogue de délinquant coulait à présent abondamment dans mes veines, contribuant chaque seconde à me dissocier du monde terrestre. Draco se détacha brièvement de ma bouche, tourna sa tête de côté et, à partir de cet instant, prit les choses en mains comme un Roi.
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Accoudée contre la ballustrade en bois du balcon, je fumais ma quatrième cigarette. L'air froid de la nuit battait contre mes jambes nues sans que cela ne me coupe l'envie d'assouvir mes désirs de nicotine. D'une main, je fermais grossièrement la chemise de Draco dont je m'étais revêtue, froissant les deux pans opposés du tissu contre ma paume par simple paresse de fermer chaque bouton. «
Plus qu'une et puis après je rentre.
Je me répétais ça depuis une bonne demi-heure. Au bout du sixième mégot balancé par-dessus bord, je me résolus à coulisser la baie vitrée pour rentrer.
Draco dormait toujours à poings fermés, sa bouche entrouverte en O, tous ses traits détendus, quelques mèches blés tombant désordonnément sur son front.
Trois ans passés ensemble et cette vue m'arrachait toujours ce même sourire, un brin attendri.
Je me couchais à côté de lui et fixais le plafond. Longtemps. Trouvant finalement le silence étouffant, je pris la télécommande et allumais le home-cinema, appuyant le plus vite possible sur la touche coupant le volume. Je zappais, d'un bout à l'autre des chaînes du câble, et n'y trouvait rien d'intéressant.
Mais je ne supportais pas d'être seule. Enfin, seule…il y avait Draco à côté de moi mais sa respiration était si imperceptible que cela revenait à dire qu'il n'y avait que moi dans cet énorme lit king size drapé en coton égyptien. Je voulais au moins un bruit de fond, histoire d'être rassurée. De ne pas me sentir seule – encore ce mot. Je mettais le volume à 4 puis me recouchais, les images projetant un camaieu de reflets bleus dans toute la pièce.
Je me tournais de côté et observais Draco, totalement abandonné dans les bras d'une Morphée qui me boudait depuis plusieurs années. Je passais doucement mon doigt sur son front lisse, la courbe abondante de ses cils, son nez droit, ses joues piquantes puis ses lèvres. Puis, caressant toujours l'encolure de sa bouche, mon regard s'immobilisa sur le réveil posé sur la table de nuit derrière sa tête. Les chiffres 04 :09 clignotaient au rythme des secondes.
Il fallait que je dorme.
04 :10. Draco se retourna de l'autre côté, emportant presque toute la couverture avec lui.
Il faut que je dorme.
Au bout d'une dizaine de minutes, je pensais alors aller fumer une autre cigarette mais, me rappelant avoir fini et chiffonné le paquet pas plus tard que quelques minutes plus tôt, je m'en remettais à ma contemplation du plafond plâtré de la chambre.
Pitié, il faut que je dorme, faites que je puisse dormir…
J'écris au compte goutte le quatrième chapitre. Il arrive, ne vous inquiétez pas. Ce texte devait initialement en faire partie mais, je sais pas, ça collait pas ou êut-être que mon esprit ne voulait pas que ça colle donc je préférais poster ça séparément.
En espérant que cela vous ait quand même plu…
_IACB.
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Sources des paroles de chanson citées (par ordre) :
1. « Thinking About You » - Frank Ocean
2. « Floatin' In The Sky » - Kid Cudi ft NORE
