Des bruits de voix filtraient jusqu'au salon, et Harry tendit l'oreille. Kingsley, reconnut il, et Tonks… qui discutaient avec Arthur Weasley avec agitation. Et s'ils décidaient d'emmener Snape ? Ce serait probablement la meilleure solution, songea le jeune homme. Mais il doutait que cela arrive… une fois de plus le destin lui jouait un mauvais tour et il n'allait pas se laisser contrer si facilement.

Quelques minutes plus tard, Kingsley et Arthur faisaient leur apparition, visiblement nerveux.

« Harry, tout va bien ? » s'empressa de demander l'Auror.

« Aussi bien que possible, » répondit il avec une grimace.

« Bien que les circonstances soient un peu particulières, permets-moi de te souhaiter un bon anniversaire, » fit chaudement Kingsley sans quitter Snape du regard. « Je vois que ton entrée dans le monde des adultes a été plutôt mouvementé. »

« C'est le moins qu'on puisse dire, » soupira Harry. « Est ce que vous avez une idée de la façon dont je dois procéder ? »

« Il y a un rituel assez simple. Quand tu auras pris ta décision, il suffira de quelques minutes pour l'effectuer. »

« Je… je sais que je dois le faire, d'accord ? J'ai juste besoin d'un peu de temps pour y réfléchir. Ce n'est pas le genre de chose que j'envisage facilement. Qu'est ce que ça implique, pour moi ? » demanda Harry.

« Tu seras légalement propriétaire d'un autre être humain, » répondit Kingsley, « ce qui est assez perturbant en soit. Tu seras entièrement responsable de lui, quoique tu décides, personne ne pourra interférer dans tes décisions concernant Snape, pas même le Ministère. »

Il jeta un coup d'œil à Snape qui se tenait immobile dans un coin sombre de la pièce.

« Tu as le droit de vie et de mort sur lui, » fit il d'un ton grave.

Harry tressaillit.

« Mais… c'est un être humain, je veux dire, un sorcier, je ne peux quand même pas le tuer sans que quelqu'un ait à y redire ? »

« Les gens en diront ce qu'ils voudront, mais personne ne pourra t'en empêcher ni te traîner en justice pour cela. Snape t'appartiendra au même titre que Grimmauld Place ou n'importe quel objet. Tu peux le blesser, le torturer, le détruire, ce seras ton droit le plus absolu. »

« C'est… immonde, » fit Harry d'une voix rauque.

« Si cela peut te rassurer, Harry, c'est une pratique qui n'est pas inconnue dans le monde des sorciers… et je doute que tu parviennes à faire pire que ses précédents propriétaires, quoiqu'il en soit, » commenta Kingsley.

« Hé, mes parents n'étaient pas des monstres, je suis sûr qu'ils n'ont rien fait à Snape ! Ils auraient eu des raisons, pourtant ! » s'indigna Harry.

« Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, » tenta de l'apaiser l'Auror. « Je parlais des Malfoys. Mais quoiqu'il en soit, garde en tête que tu seras entièrement responsable d'une autre personne. Snape n'a aucun droit, aucune identité propre, en dehors de ce que tu lui accorderas. Il ne peut rien posséder, rien décider, son statut est celui d'un objet magique. C'est une énorme responsabilité, Harry, j'espère que tu en as conscience. Le revers de la médaille est qu'il ne pourra plus être jugé pour quoique ce soit, tu seras responsable de ses actions à partir du moment où il t'appartiendra. »

Le jeune homme pouvait sentir son cœur battre dans sa poitrine. Oui, il en avait conscience, un peu plus chaque minute…

« Je n'ai pas le choix, » fit il d'une voix faible.

« Tu as des choix, » rectifia Kingsley. « Mais ce ne sont pas de bons choix. »

« Ma mère a voulu le sauver à tout prix. Je ne peux pas refuser maintenant… »

« Ce serait probablement assez injuste, oui, » fit doucement l'Auror.

« Est-ce que ça changera quelque chose… pour moi ? Snape a ces tatouages… » demanda Harry.

« Rien de physique, non, » répondit Shackelbolt, « mais tu pourras sentir certaines choses, tu pourras l'invoquer à tout moment et quelque soit le lieu, et tu auras un accès illimité à son esprit, que tu soit bon legilimens ou pas. »

« Je ne tiens pas à passer mon temps dans l'esprit de Snape ! » s'inquiéta Harry.

« Ce n'est rien d'obligatoire. Simplement une possibilité. Un esclave ne peut rien cacher à ses maîtres, pas plus qu'il ne peut leur mentir ou leur faire de mal. En tout état de cause, tu es en sécurité avec Severus, quoiqu'il arrive. Je dois dire que malgré les évènements récents, je ne suis pas mécontent de ce retournement de situation… c'est un sorcier doué qui fera un excellent garde du corps, » fit Kingsley d'un air songeur.

Harry eut un haut le cœur.

« Je suis désolé, mais je ne vois rien qui puisse plus me déplaire que cette idée ! »

« Tu t'y feras, » affirma Kingsley. « Par ailleurs… je souhaiterai pouvoir l'interroger en ta présence dès que possible, il pourrait avoir des renseignements intéressants concernant Voldemort. Je t'assure qu'il pourra être très utile. Ce n'est pas forcément une si mauvaise chose. Je dois y aller, Harry. Ne tarde pas trop pour le rituel, si tu es décidé. »

« Demain, » acquiesça Harry. « Je ferai ça demain, après mon anniversaire. Je n'ai pas envie de gâcher cette journée. »

« Je comprends, » fit le sorcier. « Je regrette, tout cela doit être difficile pour toi, mais… je suis sûr que tu en tireras le meilleur parti. »

« Je ferai de mon mieux, » grimaça le jeune homme.

« Je n'en doute pas, » fit Kingsley avec un sourire. « Je dois y aller, Harry, je reviendrai rapidement avec les papiers de succession, il y aura probablement d'autres choses à régler… en attendant, profite bien de ta journée. Encore une fois, bon anniversaire ! »

« Merci, » répondit Harry en raccompagnant le sorcier à la porte. « Avec le mariage qui approche, il y a beaucoup de choses à penser, mais je suis content d'être avec les Weasleys pour cette occasion. »

La porte se referma derrière les deux hommes et Severus Snape resta seul dans le salon, tapi dans l'ombre. Cette fois, il y était. Le jour qu'il avait tant redouté était arrivé, et le ciel n'avait pas été assez clément pour faire en sorte de le rappeler avant. Harry Potter… son nouveau maître. Humiliant, bien évidemment, mais moins terrible que de tomber entre les mains de Draco Malfoy, entre autres. Du moins, c'était ce qu'il avait pensé jusqu'à ce soir. Il y avait une noirceur dans les paroles du gamin, dans son regard, qu'il n'avait jamais remarqué auparavant… et qui ne lui disait rien de bon.

De toute évidence, il faisait ressortir le pire chez les mâles de la famille Potter. Et le pire, aux mains d'un adolescent déjà bien traumatisé, pourrait rapidement devenir très inconfortable… il allait falloir renverser cette tendance, et vite. Se rendre utile. Ne pas laisser la moindre occasion à Potter d'être insatisfait ou de le punir. Tout au moins semblait il avoir choisi de lui laisser la vie, pour l'instant. En mémoire de Lily.

Lily… son cœur se serra à cette pensée. Chère Lily. La seule personne qui se soit jamais préoccupé de lui, qui l'ait regardé comme un être humain à part entière, digne d'amitié. Et sa fureur quand elle avait surpris Malfoy le corrigeant, après qu'une de ses potions se soit révélée inefficace… son horreur quand elle avait appris ce qu'il était…

Snape avait été effondré. Certainement, Lily ne le verrait plus jamais de la même façon, et il n'était pas sûr de pouvoir supporter son dégoût ou sa pitié. Mais il avait sous-estimé la jeune sorcière et son amitié farouche… un esclave avait il déjà eu un défenseur aussi dévoué ?

Il s'était parfois demandé si ses fiançailles avec James Potter n'avaient pas caché un autre motif… elle qui avait toujours méprisé le joueur de quidditch fanfaron, prétentieux, elle s'était soudain mise à lui trouver des qualités et un intérêt nouveau.

Il ne le saurait jamais, bien sûr, et le mariage des Potter, si court soit il, avait été heureux. Et malgré la présence de James, cette période de sa vie avait sans aucun doute été la plus heureuse aussi… jusqu'à ce que tout s'effondre en un seul soir, toutes ses espérances, Lily, l'existence presque confortable qu'il menait…

Et puis cette semi-liberté, ce sentiment qui aurait du être grisant de n'avoir personne de qui dépendre, personne à craindre, être libre de ses mouvements et de ses actes ! Mais il était trop tard pour cela ; à vingt deux ans, Severus Snape était déjà un sorcier usé et brisé, aigri et amer. Dumbledore avait sans doute pensé lui donner une sorte de revanche sur la vie en lui offrant le poste de professeur de potions, mais il en avait détesté chaque seconde et avait éprouvé un plaisir cruel à reporter son amertume sur ses élèves, et plus particulièrement sur le rejeton de Potter. Son futur maître.

Potter tout craché… et la raison, bien trop vivante, pour laquelle Lily était morte.

Il secoua la tête, refusant de penser à tout cela. De penser tout court. La porte s'ouvrit à nouveau et Potter fit son apparition, raide.

« Vous savez quoi, Kingsley a raison ; puisque vous êtes là, vous allez vous rendre utile. Montez la garde dehors cette nuit. Prévenez-nous si vous voyez quoique ce soit d'anormal. »

Snape hocha la tête. En absence de baguette, la mission pourrait se révéler difficile… mais il doutait que les sorts de sécurité en place sur la maison laisse craindre quoique ce soit, dans tous les cas.

« Et pas question de communiquer avec vos petits copains mangemorts ! » lui cria Harry alors qu'il franchissait la porte.

Vraiment, le gamin était irritant, ne venait il pas de lui dire qu'il ne pouvait pas lui porter préjudice, de quelque façon que ce soit ?

Sans prendre la peine de répondre, il sortit dans la fraîcheur de la nuit. Derniers moments de tranquillité avant longtemps, probablement… il ne put s'empêcher de dénuder ses poignets, observant avec un dégoût mêlé de fascination les tatouages qui étaient réapparus cette nuit. Pendant toutes ces années, ils étaient restés presque invisible, délicieusement absents pour quiconque ignorait qu'ils s'y trouvaient.

Il s'avança dans le jardin, réprimant le soupir qui lui montait aux lèvres. Oui, le temps de la liberté était bel et bien fini.

Le soleil était à peine levé et toute la maisonnée Weasley était déjà en effervescence. Se frottant les yeux, Harry tenta de retracer les évènements de la veille et de comprendre les raisons de ce nœud dans ce son estomac… le souvenir lui fit l'effet d'une douche froide. Snape. Un esclave. Le sien. Et pour son anniversaire, rien de moins… grognant doucement, il se leva, en faisant attention cette fois de ne pas réveiller Ron.

Dans la cuisine, Mme Weasley s'activait déjà.

« Harry, mon chéri, bon anniversaire, » fit-elle en lui plaquant un baiser sur le front. Il ne put s'empêcher de sourire de contentement.

« Merci, Mme Weasley. Je peux vous aider ? »

« Absolument pas. Assieds toi, et profite de ton petit déjeuner, c'est ton anniversaire ! Et… » soupirant, elle essuya ses mains sur son tablier. « Je sais qu'il n'a pas commencé comme tu l'espérais, mais je suis certaine que tout rentrera dans l'ordre. Il n'y a pas de problème sans solution, c'est ce que ma mère disait toujours. Ce n'est pas grand chose, mais c'est une tradition pour chaque sorcier de recevoir une montre pour ses dix sept ans, » elle lui tendit un petit paquet qu'il prit avec révérence. « Celle-ci n'est pas neuve, elle appartenait en réalité à mon frère, et il ne prenait pas grand soin de ses affaires, mais… »

Elle fut interrompue par deux solides bras l'entourant et la serrant avec émotion. Elle même émue, elle tapota le dos du garçon.

« Bon anniversaire, Harry. »

« Merci… pour tout. Et pour la montre. Elle est magnifique, » fit Harry en l'ajustant à son poignet. « Je suis vraiment désolé pour tous les ennuis que je vous cause, Mme Weasley, ce qui est arrivé cette nuit, Snape… je crois que j'attire les problèmes. »

« Oh, tchh, veux-tu bien cesser de dire des bêtises ? A ce sujet, où es Severus ? Je ne l'ai pas encore vu ce matin. »

« Dehors, je pense, » répondit Harry. « Je lui ai dit de monter la garde cette nuit. Autant qu'il serve à quelque chose. »

Molly fronça les sourcils, mais hocha la tête.

« Tu ferais mieux de finir ton petit déjeuner et de monter te laver avant que les filles ne prennent la salle de bain d'assaut. Merlin, je jurerai que ces deux là assècheraient le lac de Poudlard s'il pouvait passer par le pommeau d'une douche ! »

« Et si la pieuvre géante pouvait aussi passer, le problème serait réglé ! » répondit Harry en riant, avant de filer à l'étage, son moral bien plus haut que quand il en était descendu. Après tout, cette journée ne serait peut-être pas aussi horrible qu'elle en avait l'air… il fit de son mieux pour ne pas penser à Snape de toute la matinée, accaparé comme tout le monde par les préparatifs du mariage. La longue discussion qu'il avait eu la veille au soir avec Ron avait suffit à épuiser ses maigres réserves de patience sur le sujet de Snape, et Hermione avait dû harceler Ron pour avoir toutes les informations qu'elle désirait.

L'étape suivante fut bien sûr de se précipiter vers les frères Weasley pour leur soutirer toutes leurs connaissances sur le sort d'esclavage, son aspect légal, son histoire… quand l'heure du repas arriva, c'est une Hermione absolument indignée qui vint mettre la table, pestant tout haut.

« Je n'arrive pas à le croire. En Grande-Bretagne ! J'ai honte d'être une sorcière anglaise ! »

Harry pouvait la comprendre, lui-même avait été choqué d'apprendre cet aspect de leur société. Pour la jeune fille qui militait pour les droits des elfes, ce devait être insupportable.

« Harry, où est-il ? Le professeur Snape ? »

« Heu, dans le jardin, je pense. Il est censé monter la garde, » répondit le garçon. Dans son effort pour oublier Snape, il avait également oublier de le relever… bah, le professeur avait sûrement dormi la moitié de la nuit sous un arbre, de toute façons.

« Il faut lui dire de venir manger, » fit Hermione, s'attirant une bordée de grognements.

« Hermione, esclave ou pas, personne n'a envie de voir sa sale tête ici, les gens aimeraient manger sans qu'on leur coupe l'appétit, » protesta Ron.

« Très bien, » fit la jeune fille, les lèvres pincées. « Je vais lui apporter une assiette. Et tu ferais bien de t'y faire, Ron, parce que de toute évidence, il n'y a aucun moyen d'annuler ce sort. Il devra rester avec Harry quoiqu'il arrive. » Son regard appuyé n'échappa pas à Mme Weasley, et Harry et Ron firent de leur mieux pour afficher un air innocent. Si Molly venait à apprendre leurs projets… nul doute qu'elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour les retenir au Terrier. Et les pouvoirs de Molly en la matière faisaient franchement peur aux adolescents.

Sortant une assiette supplémentaire, Hermione se dirigea vers le jardin, pour revenir quelques minutes plus tard, dépitée.

« Harry, tu vas devoir y aller, il refuse de manger sans ta permission, » fit-elle.

« Quoi ? Qu'est ce que ça veut dire ? C'est ridicule, il fait ça pour nous ennuyer. Il ne voulait probablement pas manger quelque chose d'offert par une sang-de-bourbe, le sale traître, » grommela le garçon.

« Harry ! » s'exclamèrent en même temps les parents Weasley et Hermione.

« Désolé, désolé, » fit il en se levant. « c'est juste la façon dont lui parle… oh très bien, je reviens. »

Vaincu, il prit l'assiette qu'Hermione lui tendait et se dirigea à son tour vers le jardin. Il ne tarda pas à repérer Snape, qui marchait le long de la palissade, les bras croisés.

« Eh, vous ! c'est quoi, votre problème ? » l'interpella t il. Snape tourna vers lui son visage impénétrable.

« De quel problème parlez vous, monsieur Potter ? » fit il d'une voix qui parvenait difficilement à cacher l'ironie sous-jacente.

« Vous ne voulez pas de la nourriture qu'Hermione vous apporte, c'est ça ? Toujours aussi snob ? Si ce n'est pas assez bien pour vous, vous pouvez bien vous passer de repas ! » lança Harry, que la vue et la voix de l'homme avaient suffit à mettre en colère.

« Le repas de Mlle Granger était tout à fait admissible à mon goût. J'ignorais simplement si j'avais la permission d'y toucher. »

« C'est parfaitement crétin, » fit Harry en lui fourrant l'assiette dans les mains. Au second coup d'œil, Snape n'avait pas l'air si frais ce matin… peut-être avait il réellement monté la garde toute la nuit après tout, il semblait plus pâle encore qu'à l'ordinaire, les cercles violets sous ses yeux ressortant d'autant plus. Il sembla à Harry que la main qui prenait l'assiette tremblait légèrement. « Vous n'avez pas besoin de ma permission pour manger. Mangez, c'est tout, et arrêtez de tout compliquer. »

Sans attendre de réponse, il tourna les talons et se dirigea vers la maison, un vague sentiment de culpabilité au creux de l'estomac. Il y avait quelque chose de dérangeant chez Snape, quelque chose qui n'allait pas, mais qu'il n'arrivait pas à cerner… peu importe. Sa majesté était servie, qu'on le laisse maintenant finir son repas en paix.

La remarque d'Hermione ne fit que renforcer la volonté de Mme Weasley de les garder séparés les uns des autres, mais cette fois, Harry lui en fut secrètement reconnaissant. Il ne voulait pas entendre parler de Snape, ne voulait pas en parler, ni y penser, dans la mesure du possible… il aurait presque réussi à trouver son anniversaire satisfaisant, en réalité, si le nouveau ministre n'était pas intervenu pour leur remettre les legs laissés par Dumbledore. Un de plus. Harry avait serré les dents… Scrimgeour n'avait pas dit un mot sur Snape, et il doutait qu'il soit encore au courant. Selon toutes probabilités, Kingsley aurait fait en sorte de garder tout ce qui concernait son autre héritage bien caché du Ministère…

Et maintenant, ce maudit vif d'or avait commencé à le rendre fou, au moins autant que Ron et Hermione leur propre cadeau. L'objet devait forcément avoir un lien avec les horcruxes, ou Snape, quelque chose qui l'aiderait à comprendre, à avancer, mais quoi ? Comment le fichu objet était il sensé s'ouvrir ? Quant au briquet de Ron et au livre d'Hermione… eh bien, il espérait qu'ils auraient plus de chance que lui.

La nuit était déjà tombée quand Hermione lui fit remarquer que Snape, une fois de plus, n'avait toujours pas mangé et se trouvait toujours à son poste de garde dans le jardin. Même si Harry trouvait plutôt judicieuse l'idée de lui faire monter la garde, il supposait que deux nuits d'affilée était peut-être un peu excessif… bien qu'il n'ait jamais paru épuisé quand il les avait surpris, Ron Hermione et lui-même, à roder la nuit dans les couloirs !

Soupirant, il réunit une large assiette de restes et se dirigea vers le jardin, cherchant des yeux la silhouette noire. Mais Snape n'était nulle part en vue… Harry sentit son cœur se mettre à battre plus fort. Et s'il avait réussi à s'enfuir ? Si tout ceci n'avait été qu'un piège ?

« Snape ? » cria t il. « Snape ? Vous êtes là ? »

« Ici, » lui répondit une voix rauque au niveau du grand chêne. Harry s'avança avec précautions, pour trouver l'homme assis par terre, adossé au tronc. Si Snape lui avait paru fatigué ce matin, ce soir il paraissait littéralement décomposé… son visage était crispé et couvert de sueur, sa respiration courte.

« Qu'est ce que vous avez ? » demanda Harry en grimaçant.

« Le sort, » répondit difficilement le sorcier, « il doit estimer que vous avez décidé de ne pas accepter ma servitude et agit donc en conséquence. »

« Merlin, » siffla Harry, « je n'ai rien décidé du tout ! Je veux dire… oui, j'accepte, c'est bon, qu'est ce que je dois faire ? »

« Le rituel… » haleta Snape

« D'accord, mais comment ? »

Lentement, ses mouvements saccadés, l'homme vint à nouveau s'agenouiller devant lui, tête courbée. Puis, sans préavis, il saisit la main d'Harry qui tenait sa baguette et la posa sur sa nuque.

« Répétez… Servitus Capio, » fit Snape.

La main légèrement tremblante, Harry déglutit.

« Servitus Capio, » balbutia t il. Qu'il ait prononcé correctement ou non, le sort sembla comprendre, car l'instant d'après un jet de lumière rouge sang s'échappa de sa baguette et vint s'enrouler autour du cou du maître des potions. Surpris, il retira vivement sa main, et Snape ne chercha pas à l'en empêcher. Le jet de lumière s'intensifia, le long fil partant de la baguette comme une langue de feu, avant de finalement disparaître dans un sifflement.

Mécaniquement, Snape leva ses mains vers son nouveau maître, poings serrés, poignets exposés. Harry ne put s'empêcher de sursauter en apercevant le filet de sang qui s'écoulait, recouvrant les tatouages. Qu'est ce que ce fichu sort venait de provoquer ? Il était censé sauver Snape, bon sang, pas le saigner à mort ! C'était comme si les motifs imprimés sur les poignets de l'homme avaient été découpés soigneusement à la pointe d'un couteau… sans réfléchir, Harry posa ses propres paumes sur les blessures pour arrêter le flux de sang.

« Servus meus es, » murmura Snape. « Répétez. »

« Servus meus es, » fit Harry d'une vois tremblante.

Il sentit aussitôt que les blessures avaient cessé de saigner, et la lueur rouge qui s'était effacée quelques secondes auparavant réapparut, les enveloppant tous les deux cette fois. Elle ne resta que quelques instants à nouveau, avant de se rétracter jusqu'à littéralement coller à la peau des deux sorciers. Puis elle disparut, semblant se fondre en eux, et laissant Harry assommé et ahuri.

Il l'avait fait. Snape était à lui. Et d'après l'expression sur le visage du sorcier, l'idée lui était tout aussi répugnante qu'à lui… réalisant qu'il tenait toujours Snape par les poignets, il lâcha vivement prise tout en se relevant.

« Voilà, je l'ai fait, » fit il d'une voix rauque. « Je vous ai sauvé la vie. Ne dites jamais que je n'ai rien fait pour vous… »

Mais Snape ne fit pas même l'effort de relever la tête. Il se contenta de rester là, agenouillé, la respiration difficile, et Harry sentit un vague sentiment de pitié le parcourir. Une seconde seulement, le temps qu'il se rappelle qui était l'homme qui se tenait devant lui.

« Votre repas est là, » fit il en désignant l'endroit où il avait posé l'assiette. « Demain, ce sera le mariage de Bill et Fleur. Débrouillez-vous pour que personne ne vous voit. Vous n'avez qu'à vous installer dans la remise, transformez ce que vous voulez en lit et restez y jusqu'à la fin du mariage. Et mangez ce qu'on vous apporte, peu importe qui vous l'amène. Si vous avez besoin de quelque chose, venez me trouver, mais j'aimerai autant ne pas gâcher la fête, alors essayez d'être discret. Compris ? »

Snape hocha la tête sans faire le moindre geste pour bouger. Mal à l'aise, Harry se trémoussa.

« Ca va aller ? »

« Oui, maître, » répondit le sorcier d'une voix sans ton.

Ce fût assez pour faire tressaillir Harry qui se tourna aussitôt vers la maison.

« A demain, dans ce cas. »

Et sans plus attendre, il fila vers la lumière réconfortante du Terrier, laissant derrière lui son nouvel esclave.

A peine eut il passé la porte qu'il fut pris d'assaut par la famille Weasley et Hermione.

« Tu as fait le bon choix, Harry, je suis fier de toi, » déclara M. Weasley en lui tapotant maladroitement l'épaule.

« Oui, c'était vraiment la seule chose à faire, même si c'est horrible, » approuva Hermione.

« Assieds toi, Harry, » fit Mme Weasley en le poussant vers un fauteuil. « Tu es tout pâle. »

Pâle ? Il pouvait bien l'être.

« Vous avez vu ? » demanda faiblement Harry.

« Oui, vieux, » répondit Ron. « C'était plutôt impressionnant, même vu d'ici. Tu, heu, veux quelque chose à boire ? »

« Non, ça ira. En fait, je crois que j'ai juste envie de dormir. Je suis un peu… sonné. »

« Dans ce cas je vais apporter une Biéraubeurre au professeur Snape… si ça ne te dérange pas, » ajouta Hermione.

« Fais comme tu veux, » fit Harry avec humeur. « Je veux juste ne plus en entendre parler. »

« Harry, je sais que tu es encore sous le coup de la mort d'Albus, » commença Molly Weasley, compatissante, « mais je doute que la situation soit facile pour Severus non plus. L'as-tu questionné sur ses récentes activités ? Il y a fort à parier que la mort d'Albus n'a pas été son choix. Il ne pouvait pas tuer son… eh bien, la personne qui avait autorité sur lui. »

« J'étais là, je l'ai vu, » répondit Harry d'une voix rauque. « Je sais ce qu'il a fait, et Dumbledore l'a supplié de ne pas le tuer, et cette espèce d'ordure l'a assassiné de sang froid. Je me fiche du reste, de ses raisons… »

« Harry, mon garçon, ne sois pas irrationnel, » protesta Arthur Weasley. « La vie n'est pas blanche ou noire. Interroge Severus, je suis certain que tu apprendras beaucoup de choses. Peut-être même des choses que tu seras content de savoir. »

« Plus tard, » fit le jeune homme en tournant le regard. « Pour l'instant je veux juste dormir. Ce sort m'a vidé… »

« Une bonne nuit de sommeil ne sera probablement pas de trop pour que tu t'accommodes, en effet, » acquiesça Arthur.

« Harry, » fit Hermione en pénétrant à nouveau dans le salon, « Snape m'a dit que tu lui avais ordonné de dormir dans la réserve, c'est vrai ? »

« Oui, c'est vrai, » répondit le garçon avec lassitude. « La maison est pleine de toute façon, et je ne veux pas que les invités le voient demain… Merlin, il ne pouvait pas choisir un plus mauvais moment. Ca va, Hermione, il sera très bien là bas, et arrêtez de me regarder comme si je venais d'égorger un bébé licorne, d'accord ? C'est Snape pour l'amour du ciel ! »

« Moi, je suis tout à fait d'accord avec toi, » le soutint Ron. « Après toutes ces années à nous tyranniser dans les cachots, il ne l'a pas volé. Et de toute façon, la maison est pleine. »

« La vengeance n'est jamais une solution, » fit Arthur Weasley d'un ton sévère.

« Pourtant, c'est ce qu'il a fait, lui, » rétorqua Harry. « Il me l'a dit. Il s'est vengé de ses anciens maîtres et probablement même de moi par avance. C'était méchant, injuste et cruel. Tout ce que j'ai fait pour l'instant, moi, c'est faire de mon mieux, pour tout le monde. »

M. Weasley hocha la tête. Le garçon, ou plutôt le jeune adulte, était fatigué et toujours sous le coup de la mort de Dumbledore. Il ne pouvait guère le lui reprocher, connaissant l'histoire d'Harry et l'importance que la protection d'Albus avait eu pour lui… mieux valait le laisser se reposer. Demain serait un autre jour.

Dans la poche de sa robe, les doigts du père de famille jouèrent avec la baguette de bois noir qu'il avait ramassé sous le chêne, au fond du jardin. La baguette que Snape avait offert à Harry en signe de soumission, et que celui-ci avait dédaigné puis oublié.

Il soupira, envoyant les adolescents vers leurs chambres respectives.

Oui, demain serait un autre jour. Et ce soir, il irait rendre une petite visite au sorcier qui ne devait pas dormir, dans sa remise…