« Wendy ! Que fais-tu ici ? Tu aurais dû téléphoner, nous ne t'attendions que pour dans trois jours ! »

Wendy offrit à son frère John qui se tenait devant elle, un sourire où se trouvait contenu tout l'amour du monde. Toute sa fatigue aussi, si on savait regarder.

« Je sais, John. Je suis désolée mais je n'ai brusquement plus pu supporter d'attendre. Alors je me suis dit « Pourquoi pas ? » ».

Alors qu'elle plongeait ses yeux bleus lumineux dans ceux de son frère sans ciller, image même de la sincérité, Wendy se fit la réflexion que des années à raconter des histoires pour s'endormir lui avaient tout de même servie à quelque chose. La capacité de mentir sans sourciller, et de faire avaler le plus gros bobard à l'être le plus méfiant de la terre.

« Et tu as bien fait. Sourit John en la serrant brièvement mais chaleureusement dans ses bras. « Donne-moi ça. » Ajouta-t-il en attrapant à deux mains la valise que tenait sa sœur. « Et ne restes donc pas dehors ! Viens, entre. C'est Michaël qui sera heureux de voir. »

Wendy sourit à nouveau, et suivit son frère cadet –mais pouvait-on toujours considérer qu'il l'était ? Techniquement, à présent, John était âgé d'à peu près cinq ans de plus qu'elle- dans le couloir de la petite maison où il vivait avec l'autre frère de Wendy, Michaël.

« Tu aurais dû nous téléphoner, continuait John. « Nous serions venus t'attendre à l'aéroport. »

« Je sais, acquiesça-t-elle en s'arrêtant un instant dans sa progression pour observer une photo accrochée au mur qui les représentait, les trois enfants Darling, souriant chez Granny. « Mais c'est stupide, je n'y ai pas pensé. »

Ce n'était pas exactement comment cela s'était passé. En réalité, une fois arrivée aux contrôles de sécurité, comme le garde lui demandait de déposer ses objets en métal ou électroniques sur le tapis roulant prévu à cet effet, Wendy avait réalisé que lors de son brusque départ de Londres, elle avait omis de prendre avec elle son GSM. La jeune fille avait beau se maudire de sa propre stupidité, elle se retrouvait donc sans téléphone portable. Jusqu'à ce qu'elle ait l'occasion (et les moyens financiers) de s'en payer un nouveau.

Ce n'était pas grave en soi, cependant suite à sa disparition, ses frères avaient développés une légère tendance paranoïaque et surprotectrice à son égard, et Wendy ne désirait pas que John s'inquiète pour rien.

Elle le faisait déjà bien assez elle-même. Elle sursauta et se retourna vers John comme celui-ci approuvait :

« C'est juste. J'ai tendance à oublier que tu n'as pas toujours les réflexes qu'amène la technologie, à cause de …. » Il se tut et lui jeta un regard en coin.

Wendy lui sourit à nouveau et dit doucement :

« Tu peux le dire, tu sais. Je peux le supporter. »

John hocha de la tête pour approuver mais n'ouvrit plus la bouche jusqu'à ce qu'ils soient tous les deux parvenus à l'ancienne chambre de Wendy. Celle-ci n'avait absolument pas changé, et la jeune femme ne put s'empêcher de rire, touchée. Ses frères étaient sincèrement adorables.

Elle s'approcha d'une étagère et passa distraitement son doigt sur les couvertures de vieux livres de cours à elle.

« Je te laisse t'installer. Tu n'auras qu'à me rejoindre en bas lorsque tu seras prête. »Fit son frère dans son dos.

Wendy l'entendit se diriger vers la porte et en tourner la poignée mais il se stoppa avant de l'avoir franchie.

« Oh et, Wendy…bienvenue à la maison. »

Maison.

Elle lui tournait le dos, aussi John n'eut-il pas la possibilité de voir sa sœur fermer douloureusement les yeux, et sa main caressant les livres s'immobiliser sur son manuel de géographie.

« Merci, John. » Souffla-t-elle.

Un instant plus tard, la porte se refermait. Wendy demeura là où elle était.

Maison.

Cet endroit n'était pas sa maison, aussi confortable soit-il. Pas plus que son petit appartement de Londres d'ailleurs. Elle n'y logeait que depuis quelques mois et n'y passait que le temps nécessaire pour dormir, manger et se laver. Elle ne parvenait pas à se sentir à l'aise dans cette petite boîte de béton qui lui rappelait trop sa cage.

Maison.

C'était la résidence Darling, sa maison. Or, cette dernière n'existait plus. On y avait fait construire une gare à la place. Wendy y avait été. Une grande gare moderne avec un toit de verre. John et Michaël n'avait rien pu faire puisqu'ils étaient considérés comme mort depuis des années par les autorités.

Wendy n'avait plus de maison.

« Ma maison est là où ma famille est. » Se murmura-t-elle, pour se convaincre.

Elle se détourna de l'étagère et se frotta les bras de ses mains. Son lit n'était pas fait. Il faudrait qu'elle aille chercher des draps dans le couloir.

« Allez Wendy, au boulot. »

Wendy passa une demi-heure dans la chambre, installant ses quelques affaires, dépoussiérant et nettoyant une ou deux babioles. La seule chose qu'elle ne fit pas fut aérer. Cela demandait de laisser la fenêtre ouverte.

Une fois ses affaires installées, Wendy descendit les escaliers pour rejoindre son frère. Elle le trouva dans la petite cuisine aux murs jaunes, en train de se préparer une tasse de café. Son frère se tourna vers elle comme elle entrait. Il avait passé un gilet de laine noire pour se protéger de la fraîcheur ambiante.

« J'ai appelé Michaël. Il ne va pas tarder à rentrer. Inutile de te préciser qu'il est heureux à l'idée de te voir ? »

Wendy s'assit à table et John la rejoignit, une seconde tasse entre les mains. Wendy le regarda avec reconnaissance.

« Merci. Je suis contente de le voir aussi. Où est-il ? »

« Au travail. Il a pris sa journée pour te voir. »

La jeune femme hocha de la tête et posa ses lèvres contre le rebord de la tasse. Elle fut surprise du goût. Ce n'était un café que John lui avait préparé, comme elle l'avait cru, mais un thé noir.

Elle ferma les yeux pour savourer le goût. Wendy n'avait jamais réellement adopté le café comme semblaient l'avoir fait ses frères, qui en buvaient plusieurs tasses par jours. Elle, elle restait attachée au bon vieux thé anglais traditionnel. Mais bon, songea-t-elle, un Earl Gray comme celui-ci était aussi le bienvenu.

« Alors, que veux-tu faire ? Autant profiter des jours où tu es là pour passer le plus de temps possible ensemble. Nous pourrions aller manger dehors, aller au parc ou rendre visite à… »

Wendy eut un petit rire.

« John ! Je viens tout juste d'arriver. Je n'ai pas envie de déjà ressortir. » Le coupa-t-elle gentiment.

Elle laissa passer un instant avant de poursuivre, adoptant un air dégagé.

« Mais puisque tu en parles, j'aimerais parler avec Emma. »

« Pourquoi ? »

Wendy prit une nouvelle gorgée du breuvage.

« Parce que c'est grâce à elle et à sa famille que je suis là aujourd'hui, et je lui en serai toujours reconnaissante. »

Et encore un nouveau mensonge. Mais Wendy ne voulait pas confier ses soupçons, peut-être totalement infondés, à son frère. Elle devait le protéger.

Cette fois-ci pourtant, so histoire ne parut pas être avalé sans le moindre doute par John. Celui-ci fronça légèrement les sourcils et la dévisagea un instant. Quand il se tenait comme ça, John faisait beaucoup plus vieux que son âge. Beaucoup plus sage aussi. Et malheureusement, plus perspicace.

« Pourquoi me regardes-tu comme ça ? » Interrogea Wendy, mal à l'aise.

Faite qu'il n'ait pas compris que je racontais n'importe quoi.

« Wendy, es-tu sûre que tout va bien ? Tu sais que tu peux nous en parler si tu as un quelconque problème… »

« Je vais parfaitement bien, ne t'en fais pas. C'est juste…C'est juste que ma visite à la tombe de Papa et Maman m'a fait me rappeler de profiter du temps qu'on a auprès de ceux que nous aimons. Dit-elle, sentant sa gorge se serrer et ses yeux commencer à s'humidifier. Elle regarda le plafond, afin d'éviter que ses larmes ne s'échappent. « Et Emma est une très bonne amie à moi. Elle m'a sauvée. Elle connaissait Bae, elle connait le capitaine Hook et Tink. ».

Elle connaissait Peter.

Son frère tendit le bras et attrapa sa main dans la sienne.

« Je comprends. »

Son regard accrocha celui de Wendy et la jeune femme hocha de la tête, gardant son regard plongé dans le sien. C'était un moment solennel, important. Ils en avaient tous les deux conscience. Ils restèrent un moment comme cela, grande sœur et petit frère, ou petite sœur et grand frère, au fond cela n'avait pas tant d'importance que cela, l'un près de l'autre.

Et progressivement, au fur et à mesure que les secondes s'égrenaient, la grande main de John réchauffant la sienne, Wendy sentit la tension accumulée s'en aller doucement. Les muscles de ses épaules se relâchèrent alors qu'elle n'avait même pas conscience qu'ils étaient contractés.

Elle sourit une nouvelle fois à son frère.

Soudain, le bruit caractéristique d'un porte qu'on ouvre et que l'on referme leur parvint, et Wendy tourna la tête en direction du hall. L'instant d'après, la silhouette de Michaël, plus petite que celle de John, se découpait dans l'encadrement de la porte.

Encore un instant plus tard, le jeune homme attrapait Wendy loin de sa chaise, la soulevant dans les airs, et la faisait tourner dans ses bras à l'en faire étouffer.

« Wendy ! Tu es enfin rentrée ! Tu nous avais manqué »

« Toi aussi, Mickey. »

Son frère finit par la relâcher, à sa demande, et tous trois s'installèrent.

« Alors dis-nous sœurette, tu ne supportes plus le froid de Londres ? »

« Michaël, si c'était pour la chaleur que j'étais venue, tu peux me croire que je serais déjà repartie ! »

Alors que la petite cuisine résonnait des rires d'elle et de ses deux frères, assise dans la cuisine, Wendy se sentit plus légère, remisant de côté ses craintes. Une douce chaleur envahit son être et elle s'enfonça plus confortablement dans son siège. Tout irait bien du moment qu'ils étaient ensemble.

C'était cela la famille.

C'était cela la maison.