Vous aimez la musique ? Pour ce chapitre, je recommande We All Fall Down de A-Trak. J'écoutais aussi pas mal de Galantis, en vérité.
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Second cliché
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La journée arrivait à sa fin à Light Art. Naruto rangea ses affaires et salua les assistants avant de quitter son studio. Il sentit son portable vibrer et jeta un coup d'œil à l'écran. Yousei Chi, l'assistant du directeur, lui demandait de passer le voir. Pas pressé pour autant, le photographe partit en direction de son bureau. Il y déposa ses affaires et consulta son agenda pour vérifier qu'il avait bien rempli sa journée. A son soulagement, aucune retouche n'était prévue. Il tourna les pages, arquant son corps en avant, à moitié debout mais un avant-bras à plat sur le bureau. Son emploi du temps était plus chargé que jamais, en raison de festivals de mode qui auraient lieu jusqu'à la fin du mois. Il soupira et se releva. D'un geste de la main, il salua Gaara, un collègue mais surtout un ami, lorsque celui-ci entra. Ils partageaient le même bureau. Les deux photographes étaient inséparables depuis bien longtemps.
- On se retrouve tout à l'heure ? voulut confirmer le rouquin.
- Ouaip !
Les mains enfoncées dans les poches de sa veste à capuche, il se dirigea en trainant des pieds chez le secrétaire. Il connaissait bien l'homme, ainsi que le directeur. Ils étaient tous très à l'aise chez Light Art car la plupart des photographes et du personnel travaillaient dans les studios depuis des années. D'un hochement de tête, il salua quelques personnes sur sa route. Seuls les kouhais les plus récent le saluaient encore d'une révérence formelle. La plupart du personnel savait qu'il était toujours très détendu et que son caractère était complexe. Il détestait les formalités. Jiraiya, le directeur, était pareil. Il appelait pratiquement tous ses employés en utilisant le diminutif 'chan', peu importe l'âge ou la position. Light Art était une société moderne, et très influencée par les méthodes internationales. D'ailleurs, les étrangers travaillant dans le pays venaient souvent chez eux pour prendre leurs photos promotionnelles, car la plupart des photographes et du personnel parlaient un anglais parfait, ainsi que d'autres langues.
Il arriva au bureau de Yousei et poussa la porte, ne prenant pas la peine de frapper. L'homme d'une trentaine d'années jouait sur son téléphone, à moitié assis sur son bureau. Il leva les yeux et croisa le regard ennuyé du blond.
- Ah ! Naruto-chan ! Assieds-toi, assieds-toi, lança-t-il, enjoué.
- Je vais rester debout, répliqua-t-il.
- Quelqu'un est de mauvaise humeur, chantonna le secrétaire en posant son téléphone sur le bureau.
- Tch !
- Garde ton venin, j'ai encore pire ! annonça gaiement Yousei.
Naruto s'adossa au mur, à côté de la porte qu'il ferma d'un coup sec. Il plissa les yeux et dévisagea le secrétaire. Derrière ses sourires et ses démonstrations de charmes, Yousei restait un homme d'affaire. Il aimait l'argent, il aimait le succès, et il aimait encore plus l'embêter si possible.
- Dans deux semaines, tu peux rajouter une séance à ton agenda. Jiraiya a décidé que tu prendrais en charge un mannequin de premier ordre.
- … … … Oy, vieux chnoque, tu perds la tête ? Qu'est-ce-que tu me chantes ?
Yousei était imperméable à son regard mauvais et ses remarques encore plus mauvaises. Il se contenta de poursuivre.
- Naru-chan ! Ecoute-moi d'abord. Il s'agit du célèbre Sasuke Uchiha, rien de moins. Fais un peu confiance à Jiraiya, il sait ce qui t'intéresse, hm ?
- Tu veux mourir ? menaça-t-il froidement.
Non seulement Naruto n'avait pas l'habitude qu'on lui impose qui que ce soit, le petit privilège des photographes de la Light Art qui avait vu le jour grâce à Gaara et lui-même, mais il était soufflé que Jiraiya ose le faire sans lui en parler. Parfois, Jiraiya poussait des clients vers lui, et faisait quelques recommandations, mais jamais encore n'avait-il imposé qui que ce soit à Gaara ou lui-même.
- Dis-lui d'annuler, ordonna-t-il au secrétaire.
- Oy, Naruuu-chaaan, regarde au moins sa photo ! lui intima Yousei.
- Pourquoi, il est si bon que ça ? Tu te ranges du côté de Jiraiya ?
- Ahem, je ne sais pas si je réponds à ta question, mais oui, je pourrais totalement me le faire. Il est à croquer !
Naruto fusilla le secrétaire pervers de ses yeux. Lui et Jiraiya étaient pareil. Deux sales débauchés libidineux. Yousei rit un moment, et passa sa main dans ses cheveux châtains. L'homme était plutôt agréable à regarder. Grand, musclé, le sourire ravageur et une personnalité amicale. Pas étonnant que les petits ambitieux tombaient dans ses filets comme des abeilles dans du miel. En réalité, sa cible préférée n'était pas les célébrités elles-mêmes, mais plutôt leurs agents. Cet homme était le champion pour mettre mal à l'aise n'importe quel agent avec ses sous-entendus douteux. Light Art n'était pas une partie de plaisir pour les gens trop sérieux. N'importe qui dans ces studios était extravagant, bizarre, fou à lier, ou bien les trois en même temps. Le charme des artistes, comme répétait Sai. Bien sûr, lui-même n'échappait pas à la règle.
Yousei lui tendit un portrait de plein pied du mannequin. Quelque chose se brisa dans le cerveau de Naruto. Ses neurones refusèrent de fonctionner, et son esprit refusa d'assimiler la chose.
- C'est une blague ?
- Quoi, toi aussi tu le trouves irrésistible ? Tu n'es qu'humain Naru-chan. L'Uchiha est ton type, pas vrai ?
Ses yeux restèrent bloqués sur l'air supérieur du jeune homme brun qu'il reconnut immédiatement comme l'abjecte personnage qui avait interrompu sa séance photo plus tôt dans la journée. Oui, l'Uchiha était beau comme un dieu. Mais son expression était détestable. Naruto en voyait tous les jours, des arrogants imbus de leur petite personne, se sentant au-dessus de tout le monde. C'était en partie cela qui l'avait décidé à purement et simplement refuser des séances photos. Il méprisait ce genre de personne de tout son être. Et son caractère impétueux n'aidait pas. Il n'était pas doué pour obéir ou se contraindre à quoi que ce soit.
- Pas moyen, lâcha-t-il d'un ton catégorique.
- Oh, Naru-chan… Mais Jiraiya a déjà signé, tee-hee !
Yousei lui tira la langue et prit un air faussement embarrassé, grattant sa nuque d'une main. La colère bouillit en lui, déchirant tous ses organes au passage.
- 'Tee-hee' ? Vraiment ? Jiraiya va m'entendre ! beugla le photographe.
- Haha, Naru-chan, tu es bien trop mignon pour ton propre bien. Quand tu gonfles tes joues comme ça, je ne te donne pas plus de six ans et demi !
Ses instincts meurtriers prirent le dessus, et il se jeta sur Yousei qui l'esquiva avant de le prendre dans ses bras, se collant dans son dos.
- Oy gamin, je sais très bien que tu es plus chatouilleux qu'une écolière. Accepte ton destin, et en route !
Yousei le reconduisit à la sortie de son bureau, prit la photo de ses mains, lui adressa un grand sourire Colgate, et claqua la porte. Naruto resta un moment face à la porte fermée, immobile. Il retira ses lunettes d'une main, et passa l'autre main sur son visage, las.
'Heureusement qu'on étudie des concepts ce soir.' pensa-t-il
Il revint sur ses pas. Autour de lui, les derniers employés quittaient les studios et les bureaux, prêts à rentrer chez eux. Bientôt, le silence retomba sur le couloir. La plupart des lumières avaient été éteintes. Au fond du couloir, là où son studio et son bureau se trouvaient, la lumière était encore allumée. Sai sortit d'un studio et entra en même temps que lui dans le bureau ou Gaara les attendait. Le brun le contempla un instant, surpris.
- Quelque chose ne va pas, Naru-chan ? demanda-t-il, inquiet.
- Je vais… avoir besoin d'alcool, soupira-t-il.
- Sortez le sake, s'écria joyeusement Gaara en levant les mains en l'air.
Sai rit et alla chercher des bouteilles dans un placard. Les trois sortirent ensuite et ouvrirent une salle, la dernière du couloir. C'était leur studio privé, réservé uniquement à leur usage personnel. Naruto, Gaara et Sai avaient une place particulière chez Light Art. Ils étaient les trois génies des studios, et même les photographes plus âgés et ayant plus d'expérience les respectaient. La salle était un énième studio, plus petit que les autres, mais aussi plus cosy. C'était leur petit univers, leur jardin secret à tous les trois. En réalité, c'était aussi leur laboratoire. Les trois amis inséparables testaient en ces lieux des concepts qu'ils voulaient expérimenter avant d'utiliser. Ils étaient alors leurs propres modèles. Depuis le nombre d'années qu'ils fonctionnaient ainsi, ils étaient devenus mannequins eux-mêmes.
Le rouquin ouvrit une première bouteille de sake et remplit trois verres qu'il déposa sur une table basse dans un coin, babillant comme un enfant. Sai, lui, ouvrit une autre salle fermée à clé, celle où ils entreposaient leurs propres costumes, accessoires et maquillage. Sur les murs du vestiaire, une série de photos éparpillées sur les briques blanches les mettaient en scène dans différents décors. Ils apparaissaient, tantôt seuls, tantôt ensemble, sensuels, féroces ou innocents. Naruto vint aux côtés de Sai observer certains clichés. Il fallait avouer qu'ils étaient tous les trois très photogéniques et charismatiques, ce qui n'était pas évident à distinguer dans leur vie de tous les jours. Mais derrière l'objectif apparaissait ce qu'ils pouvaient êtres sans effort : élégants, attirants et séduisants.
- Naru-chan, aide-moi à choisir, appela Gaara depuis l'autre pièce.
Il rejoignit le rouquin et tourna les pages d'un volume énorme rempli de clichés, de morceaux de tissus et de croquis. Il se pencha derrière son ami et posa sa tête sur son épaule gauche.
- Hmmm, après. Voilà, le guida-t-il.
- Ca y'est, ça me revient, confirma Gaara. Ah ! Et bien là, on peut y aller avec l'alcool !
- Top, confirma Naruto.
Les trois amis prirent un verre, portèrent un toast à leur séance et burent cul-sec leur boisson. Gaara les resservit directement. Sai alla chercher quelques vêtements qu'il leur tendit. Naruto s'occupa d'aller placer les appareils photos et d'arranger le décor. Des draps pourpres et taupe s'entrelaçaient dans le fond, et il amena un canapé vintage en cuir rouge foncé sur lequel il déposa un châle noir et une table basse en bois massif finement sculptée sur lequel il déposa un panier de fruits en osier. A force d'alcool, de blagues et d'essayages, les trois amis furent prêts après une demi-heure à débuter leur séance.
- Naru-chan, canapé, ordonna Gaara en se plaçant derrière un appareil sur trépieds.
Le blond dansa jusqu'au canapé, faisant rire ses amis, et s'affala dedans. Il portait du khôl aux yeux, et avait pâlit ses lèvres avec du maquillage. Il était vêtu d'une chemise noire ouverte, dévoilant son torse musclé, et d'un pantalon gris souris, légèrement baissé pour dévoiler ses reins. Il ne s'était pas embarrassé de chaussures. D'abord, il avait de très beaux pieds. Ensuite, il n'avait aucune idée d'où étaient passé ses baskets, alors il n'allait pas en plus chercher d'autres chaussures. Étendu sur le canapé, il se positionna sur le ventre, le dos arqué sensuellement. D'un geste lascif, il tendit le bras en direction de la table, et vint y prendre une cerise qu'il apporta à sa bouche. Il laissa la cerise reposer sur le bout de sa langue, et tourna ses yeux vers Gaara, lançant un regard suave à l'objectif.
- Ahem…
Gaara leva sa tête au-dessus de l'appareil, le teint rosit par la combinaison de l'alcool et de son regard libidineux.
- Naru-chan… me regarde pas comme ça, j'vais bander !
Naruto esquissa un sourire mesquin, et reprit sa pose avant de gémir sensuellement. Gaara fronça les sourcils mais prit plusieurs photos, le laissant décider de ses propres poses, écoutant les suggestions de Sai. Ses amis alternèrent les rôles. Ils étaient habillés similairement à lui, mélangeant le rouge sang, le noir, le taupe et le gris. Les poses s'enchaînèrent, et bientôt ils utilisèrent le minuteur sur plusieurs appareils réglés différemment pour prendre des photos de groupes, prenant l'avantage du canapé vintage pour explorer des combinaisons différentes. Après plusieurs heures, les amis avaient vidé plusieurs bouteilles de sake et rempli la mémoire de leurs appareils photos. Ils rangèrent distraitement le matériel, jouèrent et plaisantèrent encore, puis se séparèrent.
Naruto sentait encore l'effet de l'alcool sur son organisme. Son corps était léger, mais il voulait s'effondrer dans son lit au plus vite. Il regarda ses amis s'éloigner. Il était trop tard pour attraper le dernier train. Il faudrait donc qu'il appelle un taxi. Il marcha dans le froid de la nuit, serrant sa veste autour de lui. Tokyo ne dormait jamais. Tout était encore allumé et animé autour de lui. Il leva le bras et appela un taxi qui approchait. Il ne remarqua pas l'individu, caché par un bâtiment plus loin, qui focalisa son objectif sur lui et vola quelques clichés du photographe.
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S'il avait eu un cœur, il aurait peut-être eu pitié pour la fille. Ayako s'était séparée d'eux, épanouie, sur son petit nuage, fière d'avoir débuté sa première journée à Light Art. Mais il était un Uchiha. Il n'avait pas de cœur. Il laissa simplement sa curiosité imaginer combien de mois où d'années l'innocente recrue mettrait à réaliser dans quel monde hideux elle avait mis les pieds. Restait à savoir si le regret ou l'ambition habiteraient l'âme de la jeune mannequin à ce moment.
- Bien, une bonne chose de faite. Uchiha, tu me suis, appela Kasaki.
- Hn.
Sasuke suivit son agent sans broncher. Il devait à présent se rendre chez un associé de la LuckyStar pour signer un prochain contrat publicitaire. Son téléphone vibra, mais il l'ignora. De toute façon, il savait déjà qu'il s'agissait très probablement de son frère. A part lui et l'agence, personne n'avait son numéro. Il continua de suivre Kasaki, écoutant d'une oreille distraite ce que l'homme avait à dire à propos du contrat. Les détails ne l'intéressaient pas. Seules deux choses comptaient à ses yeux : se faire de l'argent, et si possible se faire souffrir inutilement. Après tout, il se détestait profondément.
Il se sentait un peu fatigué, sûrement parce qu'il n'avait encore rien avalé de la journée. Sasuke ne souffrait pas à proprement parler d'un trouble alimentaire, il s'occupait juste si peu de lui-même qu'il oubliait tout bonnement de se sustenter de temps à autres. Les journées chargées comme celle d'aujourd'hui, où il enchaînait les activités, ne lui laissait pas assez de répit pour qu'il se souvienne de ce qu'était la nourriture.
- En route, plaisanta Kasaki en lui ouvrant la portière.
Cette fois-ci, c'était l'agent qui conduisait. Il prit donc place sur le siège passager de la voiture noire. Tokyo la nuit était presque réconfortante. Tout était aussi animé que la journée, mais plongé dans l'obscurité du ciel noir. Enfin, pas tout-à-fait noir. Trop de lumières et de néons empêchaient d'apercevoir la moindre étoile.
- J'étais surpris que tu insistes pour obtenir une séance chez Light Art, remarqua Kasaki. C'était avec ce… quoi encore déjà, Uzumaki-san ? Pour une fois que tu prends une initiative…
- Hn, répondit-il, par pure politesse.
- Cela ne te ressemble pas, mais je suis bien content que Yubi-san ait accepté. Cela ne pourra que faire du bien à ton book. Ils sont décidément les meilleurs. Je regrette n'avoir pas eu de contacts chez eux plus tôt. Si je peux me permettre, pourquoi Uzumaki-san ?
- Hn.
- Je vois, rit Kasaki, habitué au caractère du mannequin. Pas étonnant qu'on t'appelle Heikina-san dans ton dos, monsieur Impassible !
Sasuke n'avait que faire de ce que les autres pensaient de lui. Qu'ils parlent dans son dos. Il restait numéro un en faisant un effort pour rester courtois avec ses partenaires. Le reste importait peu. Il ne rejetait pas le mépris des autres, il s'en nourrissait. Il soupira et tourna sa tête vers l'extérieur, laissant Kasaki faire la conversation. Son agent n'était qu'un hypocrite de plus. Dans ce monde sans pitié, les managers ne faisaient pas exception. Ils aimaient l'argent et utilisaient des jeunes gens pour leur profit personnel. Sous ses airs amicaux, Kasaki Uri était aussi abject que tous les autres requins du milieu. Il prenait un plaisir pervers à se tenir au courant des scandales qui ruinaient la réputation des compétiteurs de la LuckyStar, et il n'avait que faire du bien-être de ses « protégés ». Il n'avait que des yens dans les yeux quand il s'adressait à lui, Seiro ou Neji. L'ambition sans fin de Seiro était peut-être ce qui permettait aux deux hommes de s'entendre si bien. Et l'attitude nonchalante de Neji, similaire à la sienne, expliquait que les deux arrivent à supporter un homme aussi avide et égoïste que Kasaki.
Lorsqu'ils arrivèrent à destination, pourtant, même l'agent devint silencieux. Il guida l'Uchiha en dehors du parking, jusqu'à un ascenseur. Sasuke frissonna. Il faisait froid en sous-sol. Il s'engouffra dans l'ascenseur. Une musique huit-bit jouait faiblement. Kasaki appuya sur un bouton, et les portes se refermèrent.
- Ce contrat vaut beaucoup d'argent, Uchiha. Tu me comprends ?
- Hn.
Kasaki ne l'appelait jamais autrement que par son nom de famille. Peut-être la seule chose qui l'intéressait chez lui. L'ascenseur parut prendre un temps infini à grimper. Ou bien l'immeuble avait bien plus d'étages que ce qu'il pensait. Lorsque les portes s'ouvrirent enfin, ils entrèrent dans un couloir. Des deux côtés, de rares bureaux étaient encore ouverts. Le bâtiment regroupait plusieurs publicitaires de renommée sur trois étages. La plupart d'entre eux s'occupaient de marques de luxes, de biens comme de l'horlogerie, des vêtements de marque, des marques de cigarettes et autre. Sasuke ne travaillait pas pour des marques bas de gamme. Il était numéro un, après tout. Cela supposait des contrats plus classieux. Et aussi des méthodes bien différentes pour parvenir à un accord fructueux.
Kasaki s'arrêta, et frappa à une porte. Comme tout le reste du couloir, la porte était sombre. Une voix d'homme les invita à entrer. Kasaki passa une main dans son dos, le laissant entrer le premier.
- Uri-san ! Comme je suis heureux de vous revoir, lança grassement un homme en costume.
La cinquantaine, les cheveux grisonnants, un cigare à la main. Il était l'archétype de l'homme d'affaire ayant réussi et qui roulait maintenant sur l'or et les prostituées. Il était bâti comme un taureau, et Sasuke remarqua même une dent en or dans le sourire parfait.
- Matsuda-san, le plaisir est mien, répondit Kasaki de sa voix mielleuse.
L'homme rit encore, un rire faux et tonitruant, puis les invita à s'asseoir. Si Sasuke avait regardé les films de son frère, il aurait pu penser se retrouver dans le bureau d'un chef de la mafia. Des bibliothèques immenses encadraient les deux côtés de la salle. Dans un carré creusé au sol, un mini-salon accueillait quelques canapés immaculés et une table basse en verre, le tout disposé sur un immense tapis shaggy beige. Dans le fond de la pièce, devant les larges baies vitrées, un bureau massif trônait. Il était tellement lustré qu'on pouvait sûrement y voir son propre reflet.
Sasuke s'installa aux côtés de Kasaki dans l'un des canapés, et l'homme dans un autre. Il leur servit aussitôt un verre de scotch.
- Je vous présente Uchiha Sasuke, notre numéro un, annonça Kasaki en motionnant vers lui.
- Oui, bien sûr. Enchanté, Uchiha-san. Je suis Satoshi Matsuda, responsable commercial pour la marque Jeiki que tu vas bientôt représenter. Uri-san, vous parliez d'un contrat d'un an renouvelable ?
- C'est exact, confirma l'agent.
Les deux hommes l'ignorèrent complètement et parlèrent affaires. Cela lui convenait parfaitement. Les verres de scotchs s'alignèrent. Bientôt, il ne sentit plus ses orteils. Il avait envie de dormir plus qu'autre chose. Les voix des deux hommes l'en empêchaient. Il entendait leurs rires faux. L'alcool leur était monté à la tête, aussi ils avaient haussé la voix depuis un moment. L'homme finit par sortir un étui de métal d'une poche intérieure de sa veste. Kasaki dénoua légèrement sa cravate. Matsuda ouvrit l'étui, et prit une pilule qu'il avala aussitôt, avant d'en proposer à ses invités. Kasaki refusa poliment, et tendit l'étui à Sasuke à la place. Lui se sentait cotonneux.
- Uchiha, sers-toi.
Il s'exécuta machinalement, et prit une pilule blanche avant de la mettre dans sa bouche. Il la fit passer avec le fond de son verre de scotch et se réinstalla un peu plus confortablement dans le canapé. Il ouvrit les premiers boutons de sa chemise, tentant de chasser la chaleur ainsi, et regarda dans le vide devant lui.
- Il est vraiment exceptionnel, commenta Matsuda à l'intention de Kasaki. Et sans chirurgie ?
- Sans chirurgie, confirma Kasaki, une pointe de fierté dans la voix.
- Bien, alors concluons notre accord, Uri-san.
Sasuke entendit les deux hommes se lever pour rejoindre le bureau de Matsuda. Le bruit du papier lui parvint aux oreilles comme étouffé. Il s'éventa de la main, et essuya son front sur lequel des gouttes de sueurs perlaient. Le bruit des chaussures de cuir des deux hommes lui parut lointain. Soudain, Kasaki le prit par le bras, le forçant à se lever.
- Je vous laisse donc en compagnie d'Uchiha. Prenez votre temps pour… discuter du contrat, conclut l'agent sans émotion dans la voix.
Il prit ses épaules, l'obligeant à lever le regard vers lui.
- Tu vas rendre Matsuda-san très, très, satisfait de son contrat maintenant, Uchiha. Je reviens dans une heure.
Une porte s'ouvrit et se ferma. Il réalisa que Kasaki venait de quitter la pièce. Ses bras ballants semblaient trembler légèrement. Il prit enfin conscience qu'il n'avait pas mangé de la journée.
'Oups.' Fut sa seule pensée.
Son regard fut attiré par l'autre présence dans la pièce. Il leva la tête à nouveau, et aperçut Matsuda. L'homme le dévisageait d'un œil gourmand. Il trouvait ça répugnant, comme toujours. Le fourbe commercial s'approcha de lui. Il prononça quelques mots que Sasuke ne comprit pas. Puis, lorsque l'autre fut assez près, il entendit finalement.
- Ne traînons pas, je suis un homme occupé, Uchiha-kun, expliquait l'homme.
Il sentit le souffle alcoolisé de l'homme sur son visage et plissa son nez de dégoût. Deux mains vinrent le saisir, agrippant son fessier sans ménagement.
- Un corps vraiment exceptionnel.
Sasuke sentit l'homme frissonner de plaisir contre lui. Il avait la nausée.
- Retire ton pantalon, et rejoins-moi au bureau, lança Matsuda d'un ton sec.
Sa conscience s'éparpilla dans la salle avant de lui revenir. Il s'exécuta machinalement et jeta son pantalon et son boxer à terre. D'un pas léger, il rejoignit l'homme à son bureau. Le commercial le jeta contre le meuble et se colla dans son dos, respirant l'odeur de ses cheveux. Ses bras furent placés sur le bureau, ses poignets emprisonnés par les mains gigantesques de l'homme. Il entendit dans son dos le bruit d'une ceinture qu'on débouclait. Son regard se perdit sur les détails du bureau. La trace d'un verre, une tache d'encre, un impact. Il ne vit que le bureau en face de lui, et évita surtout de relever la tête, de peur de voir son reflet dans la baie vitrée.
La besogne faite, il s'essuya avec quelques mouchoirs qu'il jeta distraitement dans une poubelle. Ses pas mal assurés le guidèrent lentement vers les canapés. Toute la pièce tournait autour de lui depuis un moment déjà. Il lui fallut se concentrer un moment afin de repérer son pantalon et son boxer abandonnés négligemment au sol. Il se rhabilla et se rassit dans le canapé. La sensation désagréable qui le prenait aux tripes sembla se calmer légèrement une fois qu'il fut assit, mais sa vision ne s'arrangea pas pour autant. Quelqu'un frappa à la porte. Kasaki et Matsuda parlèrent un moment, puis Kasaki tira Sasuke de son état léthargique pour le traîner en dehors de la pièce. Il entendit son agent remercier gracieusement le commercial. Le ton de sa voix l'écœurait. Il s'écœurait lui-même. Il était plus nauséeux que jamais. De retour dans l'ascenseur, il pensa à sa misérable existence. Un doux sentiment de satisfaction l'emplit. Il avait encore une fois réussi à se détruire un peu plus. La douleur psychologique était comme un aphrodisiaque pour lui. Il en était dépendant. Les personnes innocentes comme Ayako le faisaient rire. Il n'était pas certain d'avoir jamais été innocent. Il n'était qu'un être dégoûtant de plus, perdu dans les méandres d'un cauchemar immonde et obscène. Il était perdu dans les ténèbres. Mais il embrassait ces mêmes ténèbres, les faisant siennes.
De retour dans l'ascenseur, il s'adossa contre le fond, comme à son habitude. Il songea que, bientôt, son existence serait si hideuse qu'il en viendrait à dégoûter la mort elle-même, qui ne voudrait peut-être plus de lui. L'idée le fit glousser intérieurement. Il lâcha un soupire de bien-être et se laissa aller contre la paroi de l'ascenseur. Kasaki l'ignora, trop occupé à lire les détails du contrat à plusieurs millions qu'il venait de signer.
Satoshi Matsuda. Encore un nom que Sasuke pourrait ajouter dans son carnet. A l'encre rouge.
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Et bien, c'était la joie tout ça. xD
Bonjour et bienvenue dans la suite de Ton Visage. En espérant que le chapitre vous a plu. Naruto est presque entièrement basé sur ma personnalité je m'en foutiste dans cette histoire :P !
Sentez-vous la pile d'ennuis arriver pour Naruto ?
Sasuke vous fait-il peur ?
Que pensez-vous du personnage de Yousei Chi ?
Le saviez-vous ? Ecrire un nom à l'encre rouge, en Corée, est quelque chose à ne vraiment pas faire ! Cela est réservé pour les personnes décédées, alors si vous le faites pour une personne encore en vie, cela peut être perçu comme une menace de mort. Aouch. Ici, j'étends juste la superstition au Japon pour signifier que Sasuke n'apprécie pas vraiment les noms qu'il écrit de la couleur du sang. Mo-ha-ha.
En réponse au commentaire de Bibis: Ciel, mais j'ai failli me pisser dessus en lisant ton commentaire ! xD Tu as réussi à me faire réagir en anglais ET en coréen, ce qui est... quelque chose ! Tu hais la ponctuation à ce point ? Ou tu tapes avec des moufles avant de frapper sans vergogne le bouton 'envoyer' ? Oh, cette jeunesse, Gai t'en ferait une description fougueuse. Contente que le début t'ait plu. J'ignore ce qu'est une deguerie, quelque chose de positif j'imagine, même si dans mon esprit c'est un mixe entre dingue et dégueuler haha ! :')
1) Et tu régulières, et elle régulière, et nous régulièrons... (du verbe réguliérer) xD Désolée, mais c'est trop ! (les blagues de linguistes, ahem.) Pour répondre sérieusement, non, la constance et l'assiduité ne font définitivement pas partie de mes qualités.
2) Non, cette histoire ne comporte ni petit cochon sauvage, ni enfant sale, pour couvrir tous les sens de 'goret'. :') La réponse sérieuse est en note d'auteur du chapitre précédent :P !
3) Absolument :D ! (du SasuNaru) Je prends le kiss et le nyaa et je les range précieusement dans une boîte à douceurs, merci pour ton commentaire :3 !
Après ce commentaire, je me devais de faire la pub du site et page faceboobs 'Bescherelle Ta Mère'. Allez voir ! C'est hilarant. Parce qu'il vaut mieux en rire qu'en pleurer, et rire, ça, c'est garanti sur ce site ! Je suis absolument accro :P (et ça apprend des trucs, au pire!)
Si vous suivez Ange Déchu: Euh... Je viens de finir le chapitre 19 aujourd'hui. Cependant, comme j'aime me laisser le temps de relire, corriger, modifier, je ne posterai que demain au plus tôt ! tee-hee ^^"
Et bien ! C'était long ! Merci aux nouvelles personnes qui suivent, et à celles qui ont commentées ! A la prochaine ! :D
