Bonjour à toutes et à tous!
Voici le chapitre 3 de cette mini-fic! Pour celles qui ont trouvé le chapitre 2 trop court, celui-là est aussi long que le premier :)
J'ai mis du temps à l'écrire, je suis désolée, pas mal prise avec d'autres projets et surtout TVPLM ^^"
En tout cas, j'espère que vous l'aimerez!
Les reviews anonymes gagnent leur réponse à la fin du texte, comme d'hab! ^^
Bonne lecture!
-III-
Hermione ouvrit la porte de son cottage dans un cliquetis de clés. Ah. Drago réprima un sourire narquois. Elle restait très moldue, quand même.
- Après toi, proposa-t-elle poliment.
Mais voyant qu'il n'esquissait aucun geste, elle le devança en lui prenant la main. A sa plus grande surprise, il tressaillit, mais se laissa faire. Un crac ! sonore retentit dans la pièce qu'elle venait de fermer.
- Bon retour à Hermione Granger, Miss ! couina une voix suraiguë.
Hermione sourit en enlevant son manteau ruisselant.
- Bonsoir, Tinky. Nous avons un invité ce soir : je te présente Drago Malefoy. Il va rester avec nous quelques temps, déclara la jeune femme avec un sourire bienveillant.
- Quelques temps ? répéta Drago, hésitant.
Ce n'était pas prévu. Alors, elle comptait réellement le séquestrer et lui soutirer il-ne-savait-quelles-informations ?
- Oui, quelques temps, répondit-elle d'une voix autoritaire. Tu es dans un état pitoyable. Ne crois pas que je vais te laisser t'en aller comme ça.
Il ne dit rien de plus, mais sursauta quand elle essaya de lui enlever sa cape. Instinctivement, il resserra ses mains sur le tissu, comme pour se protéger.
- P-pardon, bégaya Hermione. Est-ce que tu accepterais de me donner ton pardessus ?
Il déglutit, hésita quelques instants, inspira profondément, puis finit par céder. Il grelottait de la tête aux pieds. Lentement, il défit les lanières autour de son cou et laissa glisser la cape le long de ses épaules. Il la lui tendit et attendit. Hermione l'observa et son regard se fit de plus en plus sombre. Il ne portait qu'une maigre tunique et un vieux jean tout troué. A l'évidence, tout était trempé.
- Est-ce que tu veux bien me donner tes autres habits ? Tu vas attraper la mort, dans cette tenue.
Il eut un rictus froid, mais n'esquissa aucun geste. Il grelottait toujours autant. Hermione soupira. Fichue fierté. Elle fit alors apparaître par magie une serviette-éponge sèche et chaude et l'enveloppa précautionneusement. Il tressaillit à nouveau, mais ne fit aucun geste de défense. C'était toujours mieux. Elle frôla ses mains. Elles étaient glacées.
- Tinky, veux-tu bien préparer un bain, je te prie ?
- Tout de suite, Miss ! glapit l'elfe en disparaissant dans un crac ! significatif.
Tandis qu'Hermione s'affairait à le réchauffer en lui administrant des sorts de chaleur, il se frotta les mains en soufflant dessus. Ils ne parlèrent pas pendant de longues minutes. Le silence était ponctué par le cliquetis des aiguilles d'une horloge que Drago entendait au loin. Certainement dans le salon.
- Viens avec moi, fit Hermione d'une voix douce.
Elle lui prit la main et l'entraîna dans la cuisine.
- Assieds-toi.
Il hésita. Elle l'accompagna pour le guider vers un tabouret haut. Ah. Apparemment, Granger avait un comptoir à l'américaine. Il pianota timidement sur le zinc en silence. Il sentait son regard peser sur lui et il se sentait incroyablement nerveux.
Hermione ne pouvait détacher ses yeux de son nouvel invité. Il avait tellement maigri. Si une des dernières images qu'elle avait de lui était ce teint blafard et maladif qu'il affichait en sixième année, lors de sa mission pour Voldemort, ce n'était plus rien en comparaison avec ce qu'elle avait désormais sous les yeux. Un cadavre aurait été plus vivant. Ses joues creusées avaient perdu le peu de couleurs qu'elles avaient et elle pouvait deviner sans trop de peine à quel point il était maigre. Elle soupira, détournant le regard de gêne.
- Tu veux boire quelque chose de chaud ? Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? finit-elle par demander.
Drago se raidit. Etait-ce à nouveau un piège ? Mais il ne décelait aucune trace de moquerie dans son timbre. Il réfléchit sérieusement à sa question. Ce qui lui ferait plaisir ? Voilà une phrase qu'il n'avait pas entendue depuis bien longtemps. Ce qui lui ferait plaisir… A vrai dire, il ne savait même plus ce qu'il lui faisait plaisir. Il avait éradiqué de son être toute notion potentielle de plaisir. Avait-il seulement connu ce sentiment ? Boire quelque chose… Ah oui, c'est vrai. Il y avait plusieurs boissons. Il n'y avait pas juste que l'eau javellisée des toilettes publiques et l'alcool fort qui circulait parmi les résidents du pont. Il y avait aussi des boissons chaudes. Mais pour être honnête, il ne se souvenait même plus du goût qu'elles avaient.
- Un chocolat, s'entendit-il dire d'une voix d'outre-tombe.
Il ne vit pas le sourire soulagé d'Hermione, qui s'activa. En faisant chauffer le lait, les effluves du cacao en poudre vinrent lui chatouiller les narines et il se sentit partir dans un autre monde. Le monde des vivants. Le monde qu'il avait oublié ou plutôt, qu'il avait pris un soin particulier à rayer de sa mémoire. De longues minutes s'écoulèrent. Ils ne disaient rien. Il n'y avait rien à dire.
- Et voilà.
La tasse se posa devant lui avec un léger tintement. Lentement, il avança sa main gauche et frôla la petite cuiller. Il s'en saisit, hésitant, pour la reposer sur le comptoir. Il prit la tasse dans ses mains. Elle était chaude. Juste ce qu'il fallait. Il respira avec délice les vapeurs qui l'enivraient. De la cannelle. Elle avait mis de la cannelle. Il esquissa un pâle sourire. Il adorait la cannelle. Depuis quand ne s'était-il pas senti aussi bien ? Aussi… considéré ? Il but une gorgée. Le breuvage n'était pas brûlant. Il était juste à point. Un délice pour les papilles. L'odeur du chocolat lui emplit les narines et il ferma les yeux pour graver à jamais cette senteur sucrée et colorée dans sa mémoire. C'était doux et crémeux. Il dégusta le chocolat jusqu'à la dernière goutte. Elle le regarda boire lentement chaque gorgée, s'humectant les lèvres avec un plaisir évident. En silence.
- Merci.
Sa voix était rauque. Il venait de la remercier à voix basse. Mais cette fois, loin d'être désabusé ou dépassé par les événements de la vie, Hermione percevait de la sincérité dans ce mot. Elle soupira en silence. Soulagée. Elle s'apprêtait à parler, mais un crac ! l'en empêcha.
- Tink vient dire à Hermione Granger que le bain est prêt, miss ! couina une voix nasillarde.
Hermione sourit.
- Merci, Tinky.
- Tinky va faire le dîner, si cela convient à Hermione Granger!
L'elfe la regardait avec des yeux larmoyants.
- Avec plaisir, mais je vais t'aider, remercia la jeune femme dans un sourire tendre.
Elle se tourna vers Drago qui reposait la tasse.
- Je vais t'accompagner dans la salle de bain. Le bain te fera du bien.
Sans lui laisser le temps de riposter, elle lui empoigna le bras avec douceur et le mena au premier étage. La salle de bain était la deuxième porte à droite. Elle le mena à l'intérieur.
- As-tu besoin d'aide pour te déshabiller ?
Il secoua la tête. Elle comprit. Quand on se retrouve handicapé, la pitié des autres est la dernière chose que l'on souhaite. Cette fierté de pouvoir encore se débrouiller tout seul est tout ce qui reste d'un passé autrefois plus glorieux. Elle en avait pris conscience en côtoyant Alloces.
- La baignoire est juste là, dit-elle simplement.
Elle lui fit toucher le rebord et il acquiesça.
- Si tu as le moindre souci, n'hésite pas à nous appeler, Tinky ou moi. Les serviettes sont juste à côté.
Puis, elle referma doucement la porte et le laissa seul. Drago atterrissait avec difficulté. Il ne savait plus quoi penser de cette soudaine situation. Il resta immobile quelques minutes, se demandant s'il rêvait. Lentement, il enleva la serviette et la déposa sur ce qui semblait être le lavabo. Il se dégagea de ses vêtements, et tâtonna pour trouver la baignoire. Il glissa un pied, puis l'autre. L'eau était brûlante mais au lieu d'être insoutenable, la chaleur était accueillante et l'envahit totalement. Le bain lui fit le plus grand bien. Le contact de cette eau chaude délia ses muscles courbaturés et il s'amusa un moment avec la mousse. Ça sentait bon. Un parfum de vanille flottait dans l'air. Depuis combien de temps ne s'était-il pas senti aussi bien ? Depuis combien de temps n'avait-il pas pris de bain ? Il avait pris l'habitude des douches rapides que leur offrait de temps à autre le patron de la station-essence, à l'entrée de la ville. C'était bien le seul moment où il pouvait oublier ce qu'il était.
Il n'avait jamais apprécié les bains, étant enfant. Il ne les avait jamais appréciés, à leur juste valeur. Pourquoi faut-il tout perdre pour que tout prenne un sens ? Pourquoi c'est toujours trop tard qu'on se rend compte de ce qu'on a perdu ? Il serra les poings et crispa sa mâchoire. S'il avait pu, il en aurait pleuré. Il aurait pleuré sur lui-même, sur sa condition et sur ce qu'il était devenu. Mais ça faisait bien longtemps qu'il avait perdu la faculté de créer des larmes, ne serait-ce que la façon de faire. Ses yeux se voilèrent de tristesse.
Il secoua la tête et attrapa un savon, à force de tâtonnement. Le savon sentait la lavande. Une odeur légère d'une fin d'été, comme un après-midi ensoleillé. Celui qu'il utilisait à la station-service ne sentait rien. Il tendit la main et déboucha ce qui ressemblait à une bouteille de shampoing. Il passa une main dans ses cheveux. Par Merlin, était-ce réellement ses cheveux ? Secs, sales, emmêlés et terreux ? D'un mouvement rageur, il frotta, faisant shampoing sur shampoing. Sentir à quel point il était sale le dégoûtait au plus haut point. Lui qui auparavant était toujours tiré à quatre épingles, il était décidément tombé très bas. Il frottait. Pour oublier. Oublier à quel point il avait été humilié. Oublier son malheur. Oublier la rue. Il s'immergea totalement dans l'eau. Ne plus rien penser. S'il pouvait mourir comme ça, noyé, peut-être que tout irait mieux ? Il retint sa respiration et attendit. Longtemps. Après tout, personne n'irait le rechercher. Personne n'irait le pleurer. Il n'y avait plus personne, maintenant.
Ses pensées se dirigèrent sur elle. Il reprit une bouffée d'air et sortit précipitamment la tête hors de l'eau. Dans sa hâte, il avala une gorgée d'eau savonneuse et toussa bruyamment. Il se cramponna au rebord de la baignoire. Non, il ne pouvait pas mourir. Pas ici. Pas chez elle. Ce n'était pas correct.
Il se figea. Pas correct ? Depuis quand se souciait-il de ce qui était correct ou non ? Il s'était promis de tout foutre en l'air. Toutes ces conventions figées et démodées. Ce qui l'avait formé et ce qui l'avait poussé au fond du gouffre.
Oui, mais il ne pouvait décemment se suicider chez elle. Elle ne méritait pas ça. Il sembla reprendre peu à peu ses esprits. D'ailleurs, c'était plutôt grand pour être chez elle. Vivait-elle seule ? Qu'est-ce qu'elle faisait dans cette maison ? Et pourquoi ? Pourquoi faisait-elle ça pour lui ? Qu'est-ce que ça lui rapportait ? Qu'est-ce qu'elle gagnait ? Est-ce que quelqu'un lui avait demandé de s'occuper de lui ? Ou est-ce qu'elle avait juste une pitié saisissante quand elle le regardait, minable sur son trottoir ? Cette Granger était un mystère.
Au bout d'une heure, l'eau n'était toujours pas refroidie et Drago soupçonna Granger d'avoir lancé un sort sur ce pauvre robinet. Avec une pointe de regret à quitter les lieux, il consentit à se relever et sortit de la baignoire, revigoré.
Il tendit la main et sentit la texture spongieuse d'une serviette de qualité. Elle trônait sur un radiateur et il apprécia la chaleur qu'elle dégageait. Drago s'enveloppa entièrement dans le tissu, quand un éclair de lucidité le transperça. Allait-il devoir remettre ses habits dégueulasses ?
On toqua à la porte. Drago se raidit. Les dernières fois où on avait toqué à sa porte, ça n'annonçait rien de bon. Il déglutit, silencieux.
- Monsieur ? Monsieur ! C'est Tinky ! Je vous apporte des vêtements propres. Puis-je entrer ? couina une voix à travers le panneau de bois.
Drago se détendit.
- Oui… Entrez, articula-t-il d'une voix grave.
Une poignée qui se tournait, un grincement de porte. L'elfe apparut dans l'encadrement et ses petits pieds sautillèrent sur le carrelage de la salle de bain, jusqu'à se retrouver devant le jeune blond.
- Voici un pantalon et une chemise, Monsieur, dit Tinky en lui tendant les vêtements. Normalement, ça devrait aller à Monsieur. Oh, et un sous-vêtement.
Drago avança la main et l'elfe lui mit les habits à sa portée. La texture était douce, soyeuse. Ça sentait bon. Il entendit le grincement de la porte. L'elfe était reparti. Il avait droit à son intimité. Une ombre de sourire flotta sur son visage, tandis qu'il enfilait les pièces de tissu.
Il retourna dans le couloir, et descendit prudemment les marches de l'escalier, en se tenant à la rampe.
Une délicieuse odeur de rôti flottait dans l'air. Hermione était en train de remuer une marmite d'où se dégageait une senteur de pommes de terre rissolées. Ce fut suffisant pour lui rappeler ô combien il avait faim. Drago resta planté près du comptoir, ne sachant trop que faire. Elle allait peut-être remarquer sa présence. Il se sentait terriblement gêné. Il ne savait pas comment aborder une conversation normale avec elle. Surtout… Surtout depuis ce qu'il s'était passé, ce jour-là. Ils ne s'étaient plus revus, après. Le silence régnait toujours. Apparemment, elle ne l'avait pas entendu descendre. Il toussota discrètement. Elle sursauta et se retourna. Elle lui offrit un sourire, bien qu'elle sût pertinemment qu'il ne la voyait pas.
- Tu… J'ignorais que tu avais un elfe.
Ah. Il aurait pu la complimenter sur le dîner qui sentait divinement bon. Il aurait pu la remercier pour le bain ou pour les habits. Mais non. Tout ce qui lui était venu aux lèvres, c'était le sujet de cet elfe de maison. Parce qu'évidemment, c'était très surprenant de la part d'Hermione Granger d'avoir à sa disposition une telle créature. Ce n'était pas la seule chose surprenante, il y avait beaucoup de choses qui le surprenaient depuis qu'il était entré ici. Mais c'était la première qui lui était venu à l'esprit. Hermione perdit son sourire, fronçant les sourcils.
- Oui, mais c'est une elfe libre, répondit-elle, sur la défensive. Je la paie et elle ne fait rien qu'elle n'aime pas faire.
Il eut un rire discret. Presqu'étouffé. Comme un murmure. Il n'avait plus l'habitude. Ses lèvres se crispèrent. Il sentit le regard lourd de reproches de la jeune femme et reprit un visage de marbre.
- Ce n'était pas une critique, Granger. Je suis juste… surpris.
Elle se détendit. Ses épaules s'affaissèrent et elle lui sourit avec douceur. C'était la première fois qu'elle voyait Drago Malefoy aussi vulnérable. C'était aussi la première fois qu'elle se tenait face à lui, seuls. Elle aurait aimé le presser de questions, mais elle savait pertinemment que l'assaillir de cette façon était le meilleur moyen pour qu'il se sauve. Et c'était ce qu'elle souhaitait le moins. Elle ne savait pas pourquoi elle faisait ça pour lui, pour être franche. Elle n'en avait pas la moindre idée. Mais c'était ainsi. Elle avait été mue par une force incroyable. Une force qui dépassait l'entendement. Il avait besoin d'aide. Elle avait été là. Ce n'était pas du hasard. Elle en était certaine. Tout comme pour lui, sa cécité. Rien n'était dû au hasard. Un silence s'installa entre eux. On n'entendait que les bruits de la cuiller en bois qu'Hermione avait dans les mains et qui heurtait de temps à autre le fond de la marmite sur le feu. Drago se glissa sur un tabouret haut.
- Tu habites ici toute seule ? finit-il par demander.
Hermione tourna la tête vers lui.
- Tu es surpris ? questionna-t-elle, étonnée.
Une autre chose qui l'interloquait, c'était l'absence de Weasley. Pourtant, après la guerre…
- C'est plutôt grand pour une seule personne, rétorqua-t-il en haussant les épaules. Je ne savais pas que tu aimais les grands espaces.
La jeune femme cligna des yeux, mais ne répondit rien, préférant retourner à sa casserole.
- J'imagine aussi que tu gagnes bien ta vie ? Le ministère doit se montrer plus généreux…, reprit Drago avec une pointe d'agressivité dans la voix.
La cuiller en bois tomba brutalement sur la cuisinière. Hermione se retourna vivement et le dévisagea avec colère, les mains sur les hanches. Elle le toisa longuement.
- Tu cherches quoi, Malefoy ? articula-t-elle lentement.
Oui, il cherchait quoi, au juste ? Il n'en savait rien. C'était parti tout seul. Il s'en mordait déjà les doigts.
- Moi ? Rien, répondit-il du ton le plus dégagé qu'il pouvait. Juste à faire un brin de causette.
Elle soupira en fermant les yeux. Un silence lourd s'installa entre eux.
- Eh bien, rétorqua-t-elle avec froideur. Si c'est pour me cracher au visage ton amertume et ta jalousie, je me passerais bien de tes commentaires.
Un nouveau silence les enveloppa. Drago contracta ses mâchoires. Son rythme cardiaque s'accéléra. Sa jalousie ? Stupide Granger. Qu'il fût amer, oui, certainement. Mais jaloux ? N'importe quoi. Jaloux d'une employée du ministère ? Plutôt crever. Il se releva.
- J'ai compris.
Il commença à se diriger vers la porte d'entrée. Hermione comprit ce qu'il comptait faire et sa colère retomba illico.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle d'une voix blanche.
- Je m'en vais. Personne ne t'a demandé de me récupérer.
Sa voix claqua dans l'air comme un coup de fouet. Elle ne l'avait pas entendue depuis bien longtemps, cette voix traînante qui lui donnait la chair de poule et l'agaçait. Drago frissonna de colère. Finalement, il n'aurait jamais dû accepter d'aller chez elle. Elle était tout ce qu'il voulait définitivement oublier. Elle était son passé, ses fantômes. Tant qu'il la verrait, il ne pourrait être bien. Il ne pourrait aspirer à un calme intérieur. Il fallait qu'il s'en aille.
- Je ne t'ai pas récupéré.
Il atteignit le hall. Hermione courut à sa suite.
- Reste, lâcha-t-elle.
Elle avait un ton suppliant. Mais il se força à ne pas l'écouter. Ça n'avait aucun sens. Une partie de lui-même voulait rester, à tout prix. Et l'autre l'encourageait à prendre ses jambes à son cou et à déguerpir vite fait. Il sembla hésiter quelques secondes, puis un rictus se dessina sur ses lèvres.
- Comme si j'allais t'obéir.
Elle s'approcha de lui. Lentement. Elle posa une main sur son bras. Il se figea, retint son souffle. Son cœur s'accéléra. Tout doucement, Hermione se posta en face de lui et le regarda dans les yeux. Ses yeux voilés qui la traversaient sans la voir. Elle déglutit. Elle approcha sa main libre de son visage et la posa sur sa joue. Il tressaillit, mais n'essaya pas de se dégager. Il semblait attendre la suite. Avec appréhension. Ils ne parlaient plus. Il n'y avait plus besoin de mot. Ses cheveux étaient encore humides et quelques gouttelettes tombaient irrégulièrement sur ses épaules et son front. Ils restèrent un moment comme ça. L'un en face de l'autre. Attendant que l'autre rompe le contact. Mais ils ne semblaient pas se décider.
A regret, Hermione dissipa le silence.
- Reste.
- Pourquoi ? interrogea-t-il d'une voix tremblante.
Une voix basse, presque timide. Elle ferma les yeux, inspirant longuement.
- Je me suis emportée. C'était stupide. Pardonne-moi.
Il affichait une expression singulièrement dubitative. Elle esquissa un mouvement pour le ramener dans la cuisine. Il se laissa faire. Elle le fit se rassoir et elle reprit son plat. C'était prêt. Tinky avait mis le couvert. Elle eut un sourire.
- Pourquoi ? redemanda Drago d'une voix cassée.
Nouveau silence. Elle ne répondit pas, mais lui lança un regard éberlué. Il avait baissé les yeux et serrait les poings.
- Pourquoi, Granger ? Pourquoi tu viens me chercher dans la rue ? Pourquoi tu m'offres un toit ? Pourquoi tu as pitié de moi ? Qu'est-ce que ça t'apporte ? Tu as tout, non ? Pourquoi tu t'encombres d'un poids mort comme moi ? Et pourquoi c'est toi qui t'excuses ? Pourquoi ? Est-ce que ça te réjouit tant que ça de me voir dépendre de toi ? Est-ce que c'est une vengeance ?
Il tapa du poing sur le comptoir et resserra les doigts. Son dos se voûta. Il se trouvait incroyablement faible. Il n'aurait jamais pensé qu'il tomberait aussi bas. Dépendre d'une fille pareille. C'était assurément la pire des choses qui pouvait lui arriver.
Hermione ne disait rien. Elle assista à la scène, impassible. Alors, il se sentait aussi mal que ça ? Il avait donc un brin de remord ? Elle eut comme l'ombre d'un sourire et baissa les yeux, à son tour.
- Je pense que tout le monde a droit à une seconde chance… Tu n'es pas d'accord ?
Il déglutit avec difficulté. Une seconde chance ? Comme si on lui avait inculqué ce genre de foutaises. Comme s'il avait pu croire une seule seconde qu'un mauvais choix ne pouvait pas forcément donner des mauvaises choses ? Qu'on pouvait se tromper, et apprendre de ses erreurs ? Qu'on pouvait faire autre chose de sa vie ? Qu'on avait le droit ?
Il eut un rictus désabusé.
- Comme ce fameux jour ?
Hermione perdit son sourire. Oui. Comme ce fameux jour. Et cet autre jour. Ce qui avait marqué la fin d'une ère. Rien qu'à ce souvenir, Hermione frissonna. Elle secoua la tête. Il valait mieux ne plus y penser. Affichant un sourire de convenance, elle commença à servir les assiettes.
- J'espère que tu aimes le rôti de bœuf…, dit-elle d'un ton enjoué.
Il l'arrêta d'un mouvement de main. Son regard vide se posa l'espace d'une seconde sur ses yeux noisette. Elle se tut.
- Tu ne devrais pas te forcer, déclara-t-il d'un air entendu. Ton timbre de voix te trahit.
Il hésita. Elle continuait de servir les assiettes. Le bruit sourd du bois sur les assiettes le sous-entendait, en tout cas. Il n'avait jamais été proche de Granger, sauf ce jour-là. Ce jour fatidique. Ce jour qui avait marqué la fin d'une ère. Et qui avait commencé le long et pénible déclin de sa triste existence. Ce jour-là, avec Weasley.
Hermione renifla. Il releva la tête : il était persuadé qu'elle pleurait. En silence. Il tendit la main, mais se rétracta à la dernière minute. Qui était-il pour la consoler ? Après tout, il avait déjà commis l'erreur une fois, il n'allait pas recommencer.
- Tu sais, Granger, dit-il d'une voix hésitante, malhabile.
Elle releva les yeux vers lui, tout embués de larmes. Il semblait très mal à l'aise, ne sachant comment terminer sa phrase. Il inspira longuement pour se donner du courage.
- Avec moi, tu n'as pas à prouver quoi que ce soit.
Elle cligna des yeux. Puis, secouant la tête, elle posa la gamelle dans l'évier. Avec sa baguette magique, elle découpa par magie le rôti en petits morceaux pour facilité la tâche à Drago qui, évidemment, désirait se débrouiller seul. Ils mangèrent en silence. Seul le bruit des couverts animait la conversation.
Ce n'est qu'à la fin du repas qu'il entendit la voix étouffée d'Hermione. Un seul mot. Si bas qu'il aurait presque pu croire qu'il avait rêvé.
- Merci.
Merci de votre lecture et de votre patience!
N'hésitez pas à me donner votre avis, vous êtes géniaux! (géniales! =p)
Merci à Araym: Merci de ta review, ravie que cette histoire te plaise! A bientôt! :D
Merci à Eliie Evans: Merci de ta review! J'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances!
Merci à Anabetha: Merci de ta review et de ton engouement! J'espère te voir au rendez-vous pour le prochain chapitre! :D
Merci à Capuche: Merci de ta review! Alors alors, tout d'abord, ravie de te voir encore là, ton commentaire m'a fait super plaisir! Mais mais mais, je suis aussi super triste de ne pas avoir réussi à te transporter comme le premier chapitre! Argh, je vais essayer de me rattraper pour le prochain chapitre! ^^"
Au plaisir!
Kumi
