Vladislav Boyanovich Vorotnikov était un gamin des rues. Un orphelin qui avait échappé à l'aide à l'enfance pour ne pas se retrouver dans une famille d'accueil ou pire : un foyer ou un orphelinat. Il avait 14 ans. Plus personne ne voudrait l'adopter à cet âge là. Personne ne voudrait d'un adolescent.
Alors il vivait dans les rues, dormant sous les bennes à ordures, se faisant passer pour plus vieux l'hiver pour ne pas mourir de froid dehors et dormir dans les foyers d'accueil pour sans-abris, fouillant les poubelles pour trouver de quoi manger. C'était une vie dure, très dure.
Il avait vite apprit à ne faire confiance à personne. Dans les rues de Moscou, la moindre erreur pouvait être fatale. Et s'attacher à quelqu'un pouvait être fatal.
Aussi quand ce géant était apparu, Vladislav s'était tout de suite méfié. Il souriait tellement que c'était vraiment douteux.
"Je suis Ivan Braginski et tu sais qui je suis ?"
'Vous venez de le dire, imbécile.' pensa Vladislav en fusillant Ivan du regard. Il l'avait coincé dans une impasse, en pleine nuit. L'adolescent savait que s'il réussissait à s'enfuir, il mourrait de froid dans la nuit. On était en décembre. Moscou était couverte d'une épaisse couche de poudreuse. Et s'il se cachait toute la nuit, on le retrouverait à l'état de glaçon d'ici l'aube.
"Je suis ton père adoptif !" chantonna joyeusement Ivan.
Vladislav fronça les sourcils. Mais est-ce que ce type était tombé sur la tête ? Qu'est-ce qu'il lui chantait ? Son père ? Il était sérieux ?
"Je t'ai adopté ce matin. Je te cherchais partout. Tu es un petit malin, toi."
"Qu'est-ce que vous me voulez ?"
"Moi ? Juste que tu viennes avec moi. Je suis ton père adoptif, je ne peux pas te laisser dans la rue." s'offusqua Ivan. "Comment tu t'appelles ?"
"... Vladislav Boyanovich Vorotnikov... Monsieur..."
"Allons, appelle moi Ivan, ou 'papa' !"
Vladislav grogna et Ivan leva les mains en signe de paix. Il comprenait.
"Je ne te veux aucun mal, Vladoushka. Mais tu dois venir avec moi. Fais moi confiance."
L'adolescent se leva et suivit Ivan jusqu'à une voiture qui les attendaient. Ils montèrent dedans et Ivan conduit un moment. Vladislav regarda le paysage défiler. Ils arrivaient au centre de Moscou, dans les quartiers politiques. Des quartiers où Vladislav n'était jamais allé.
La voiture s'arrêta devant une maison plus petite que les autres. Un maison plutôt simple, avec une porte bleue. Ivan ouvrit la porte et le fit entrer. Vladislav fut tout de suite frappé par la chaleur de l'endroit. C'était vraiment... agréable. Et la décoration l'était aussi. Un mélange de tradition russe et chinoise qui plut beaucoup au jeune garçon. Il n'avait jamais vu ça.
"Voici notre maison. Je vais te montrer ta chambre."
Vladislav suivit Ivan à travers le salon jusqu'à un couloir de taille modeste, plutôt large, avec plusieurs portes.
"Celle-là, c'est la salle de bain et les toilettes. Juste à côté, c'est ma chambre. Et en face, c'est la tienne. Vas y, entres."
Vladislav ouvrit la porte blanche et écarquilla les yeux. La chambre était belle, vraiment belle. Un lit simple, plutôt haut, dans un coin, une armoire, une étagère, une bibliothèque, une fenêtre. Tout était noir, blanc et crème. C'était à la fois moderne et typiquement adolescent.
"Est-ce que ça te plaît ?"
"... Oui ?"
"Je sais que ça peut être difficile pour toi. Mais c'est ta maison maintenant. Tu es ici chez toi."
Ivan sortit de la pièce après un 'on dîne dans 10 minutes' et laissa Vladislav seul dans sa nouvelle chambre.
Le jeune garçon enleva son manteau et le déposa sur le lit. Il faisait vraiment chaud ici, par rapport à la rue. Il pouvait voir la neige tomber et s'amasser sur le rebord de sa fenêtre. C'était confortable, se dit-il en s'asseyant sur le lit. Confortable, joli, chaud, tout ce sur quoi il avait fait une croix en s'enfuyant de l'orphelinat. Mais apparemment, on l'avait retrouvé, puisqu'il avait été adopté. D'ailleurs, il faudrait qu'il demande à Ivan pour voir les papiers, histoire de ne pas se retrouver avec un fou furieux psychopathe qui l'aurait enlevé.
Vladislav sortit de sa chambre et explora la maison. C'était propre et bien ordonné, 'totalement feng-shui, même' pensa-t-il. L'harmonie entre les meubles, les styles russe et chinois, tout cela était très... chaleureux ? Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire cette maison. Elle était chaleureuse.
Il ouvrit un peu les portes qu'il rencontrait. L'une ouvrait sur une grande chambre typiquement chinoise, avec un immense lit (probablement pour Ivan). L'autre sur la salle de bain, tout aussi grande et moderne, avec douche italienne et toilettes, ainsi que deux lavabos et deux miroirs. Ainsi, soit Ivan vivait seul dans une maison pour deux, soit quelqu'un d'autre vivait ici. Restait la dernière porte pour le confirmer. Il l'ouvrit et s'arrêta.
La chambre était aussi grande que la sienne, avec des murs gris clairs, du parquet blanc et du mobilier tout aussi blanc et rose pâle. Un lit de princesse, une commode, une coiffeuse avec miroir et tabouret, des rideaux et des tapis pour habiller le sol et les murs. C'était beau. Quiconque avait décoré cette chambre avait du goût. Il y aurait donc une petite fille qui vivrait ici, avec Ivan. Avec lui aussi. Était-ce pour elle, le deuxième miroir dans la salle de bain ? Ou pour lui ? Ou pour une quatrième personne peut-être ?
Dix minutes devaient s'être écoulées mais Ivan ne l'avait toujours pas appelé. Vladislav décida de descendre pour voir le reste de la maison. Les escaliers n'étaient pas dangereux, peut-être pour la petite fille, avec une rampe plutôt basse. Le salon était de taille moyenne, très bien décoré et tellement chaleureux... Des canapés à l'air moelleux, une table basse, une grande télévision, des décorations diverses aux murs. Sur le mur de l'escalier, Vladislav vit des cadres remplis de photos disposés de manière assez géométrique. Sur les clichés, des personnes diverses, mais récurrentes. Souvent, Ivan lui-même était sur l'image, à sourire, avec un petit... homme ? Oui, un homme asiatique qui souriait lui aussi. Ils avaient l'air proches.
"Oh, Vladoushka. Le dîner est prêt, j'allais t'appeler." sourit Ivan.
Vladislav se détourna des photos et vit le sourire heureux de son peut-être père adoptif.
"C'est qui ?" demanda-t-il en pointant du doigt l'homme asiatique qui souriait particulièrement sur un cliché avec d'autres personnes qui lui ressemblaient.
"C'est Yao. Mon mari."
