- Mange au moins un peu.

- Je n'ai pas faim.

- Pour me faire plaisir…

- Je n'ai pas faim !

Aphrodite soupira. Misty n'avait rien dans le ventre depuis la veille mais il refusait de se nourrir. Il remporta l'assiette pleine à la cuisine. Voilà prêt de deux heures que le Lézard était au douzième temple et il n'avait presque rien dit. Le Poisson revint dans la salle à manger et s'assit en face de son jeune ami.

- Si tu m'expliquais ?, demande-t-il d'une voix douce.

Misty releva le regard pour fixer celui presque identique de son aîné. Il lui avait toujours tout dit. Ses peurs, ses joies… même pour sa relation avec Astérion il avait été le premier au courant. Il était bien plus qu'un ami à ses yeux, il était comme un frère et ce depuis qu'il était arrivée au sanctuaire.

Le Lézard se leva, contourna la table et fit également quitter sa chaise à Aphrodite.

- Qu'y a-t-il ?, questionna ce dernier.

Misty ne répondit pas. Il n'avait pas besoin de mots pour l'instant. Il se blottit simplement contre le torse de son grand frère qui ne mit guère longtemps pour l'entourer de ses bras.

- Misty, chuchota-t-il. Tu m'inquiètes quand tu es comme ça.

Il entraîna le jeune Français vers le canapé pour l'y installer plus confortablement. Une fois tous deux assis, il dégagea quelques mèches qui voilaient le regard terne et embrassa légèrement sa joue.

- N'ai pas peur et dis-moi tout.

Alors Misty lui expliqua tout depuis la veille : les portes, sa nuit cauchemardesque, les phénomènes dans le bureau ce matin et le fait qu'Astérion préférait l'éloigner du pavillon le temps qu'ils trouvent le coupable de ces très mauvaises plaisanteries.

- Etrange, déclara Aphrodite à la fin des explications.

- Qui ou quoi que se soit, c'est moi qui suis visé.

- Ce n'était peut être qu'une coïncidence.

- Je ne sais pas… Je n'ai plus envie de parler de ça.

Aphrodite lui sourit et passa tendrement la main dans ses cheveux dorés.

- Ne t'inquiète de rien, le rassura-t-il. Restes ici le temps que tu veux et je suis persuadé que tes amis trouveront la solution.

Quelques mots, un sourire, un autre baiser sur sa joue… Le Suédois connaissait les techniques pour lui faire retrouver un minimum sa bonne humeur.

- Je ne veux surtout pas te gêner…

- Tu sais ce que tu dois faire si tu ne veux pas me gêner ?

Misty avisa l'œil pétillant du Poisson. Dans ces cas là il était facile de voir clair dans ses intentions.

- Je dois manger quelque chose ?

- Exact petit frère !

Et le sourire rayonnant du maître des lieux gagna bientôt les lèvres du Lézard. A croire que c'était contagieux.

Pour faire plaisir et parce que finalement il avait faim, Misty mangea ce que lui avait préparé Aphrodite sous le regard turquoise de celui-ci.

- C'est bon, je mange. Ne me dévisage pas comme ça.

- Tu manges et tu t'en mets de partout, ironisa le Suédois.

- C'est faux.

Cela dit, il essuya tout de même les coins de ses lèvres du bout de sa langue pour en effacer les taches de sauce.

- J'ai une question, fit finalement Misty en relevant les yeux de son assiette.

- Je t'écoute.

Le Lézard pointa du doigt un lustre accroché au plafond qui ne semblait plus tout jeune.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

Aphrodite suivit le regard de son cadet.

- Il ne te plaît pas ? Il est beau pourtant. Je l'ai trouvé au village la semaine dernière.

- Il sent le moisi.

Le Suédois se retourna vers lui, haussant un sourcil. Il posa le bout de son doigt dans l'assiette que Misty tenait toujours et où il restait un fond de sauce puis le lui appuya sur le nez.

- Hey !, protesta le Lézard.

Avec un rire clair, Aphrodite reprit l'assiette et se leva.

- Va te laver le visage, tu t'en es mis de partout.

Le Lézard lui tira la langue comme le ferais un gamin et fila dans la salle de bain alors que son ami disparaissait dans la cuisine.

Il se passa de l'eau fraîche sur le visage et la nuque. Peut être qu'ici il pourrait se détendre un peu. Relevant le nez du lavabo, Misty interrogea son reflet du regard vérifiant également qu'il ne lui restait aucune trace de son repas. Non, son minois était parfait, même marqué de cernes. Un mouvement rapide attira soudain son attention. Il se retourna vivement… mais il n'y avait rien. Devenait-il fou ?

Misty sortit de la salle de bain, il avait besoin de soleil.

- Aphro' je sors dans ton jardin.

- Je te rejoins, lui répondit la voix du Suédois depuis la cuisine. Ne va pas au fond.

- Je sais.

Les roses empoisonnées que cultivait son ami poussaient contre le mur du fond. Bien entendu, personne d'autre que lui-même ne s'en approchait.

Le Lézard passa la porte et inspira longuement l'air chargé du doux parfum de la roseraie. Sans réellement aimer les fleurs ils avaient toujours adoré cet endroit. Tout était calme ici et il y faisait si chaud. Chaud ? Pourquoi y avait-il de l'air froid alors ? Et pourquoi le Français sentait-il de l'air alors que rien ne bougeait pas même le plus léger pétale des rosiers ? La porte se referma d'un coup sec dans son dos.

- Pas ici, murmura le Lézard. Je vous en prie, pas ici.

Il se retourna lentement… il n'y avait personne. Le vent d'air froid se fit plus violent et cette fois-ci, il souleva pétales et feuilles qui se mirent à voler en tous sens. Ne sachant plus où porter son regard, il ne la vit que trop tard…

La fatigue depuis la veille, la douleur soudaine et lacérante… le Français s'écroula, inconscient, sous le cri d'effroi du propriétaire de la rose qui s'était enfoncée dans sa poitrine.


Ne me frappez pas pour cette brusque interruption, la suite va arriver. Donc:

A suivre