Chapitre 2 : L'infection
Le Docteur et Susan se précipitèrent à l'extérieur. Presque immédiatement, la jeune femme lui tendit un masque, que l'autre Seigneur du Temps pris volontiers, sentant déjà ses yeux piquer. Ils arrivèrent rapidement à destination. Une adolescente était couchée sur le sol, respirant difficilement. Son ventre ouvert laissait échapper beaucoup de sang, si bien qu'ils devinèrent facilement qu'il n'y avait plus rien à faire. Susan s'accroupissa à côté de l'humaine et lui posa les deux mains sur les tempes. Le Docteur observait, silencieux, étudiant attentivement les environs.
« Susan, qu'est-ce que tu fais ? demanda le Docteur, tendu.
- J'abrège ses souffrances, murmura cette dernière. »
Dans un dernier râle, la jeune fille ferma les yeux et Susan relâcha sa tête. Elle resta un moment à la regarder, puis elle se leva.
« J'ai coupé la transmission de sang au cerveau. Elle allait mourir de toute façon. On ne doit pas rester là, elle va se réveiller. »
Le Docteur suivit sa petite-fille dans la rue puis se stoppa d'un coup. Comment ça « se réveiller » ? Susan sembla enfin remarquer qu'il ne la suivait pas et se retourna. Elle sut à son regard qu'il voulait des explications. Elle soupira et retourna sur ses pas. Elle prit la main de son grand-père et le tira dans la rue, quand un grognement retentit. Susan le poussa violemment vers une plaque d'égout où tous deux s'engouffrèrent. Le Seigneur du Temps s'assit sur l'échelle et croisa les bras.
« Qu'est-ce qu'il se passe ici bon sang ?! Comment ce gaz tue ? Comment des personnes mortes peuvent-elles se réveiller ?!
- C'est compliqué, répondit froidement Susan, visiblement encore secouée par les récents évènements. »
Des grognements s'élevèrent juste au dessus d'eux. Le Docteur releva la tête juste pour voir la descente vertigineuse d'un homme qui se claqua violemment la tête au sol. Du sang coula le long de ses tempes. Susan tira son grand-père vers le fond des égouts. Elle l'amena dans une embouchure à l'écart, où une statue en marbre traînait. La jeune femme sortit une clé et ouvrit une porte camouflée. Elle s'engouffra à l'intérieur, suivie de son grand-père, toujours perturbé.
Le Docteur fut ébloui par la salle de contrôle du Tardis. Elle était bien plus lumineuse que la sienne, et la taille réduite de la console permettait beaucoup plus d'espace. Elle ressemblait énormément à la salle d'origine de son Tardis à lui, quand il l'avait volé. Peut être avait-elle ressenti un manque quand il était parti comme un lâche en l'abandonnant ? Et bien, c'était fort probable. Il se sentait coupable, une fois de plus. Mais ce n'était pas pour admirer la vue qu'il était venu, c'était pour avoir des explications claires. Susan s'était installée sur un des sièges en cuir entourant la console, le Docteur en fit de même, se mettant un peu en retrait.
« Si tu m'expliquais ce qu'il se passe Susan, ça m'aiderait.
- Ca a commencé il y a trois jours. Des vaisseaux ont débarqué de nulle part, ils se sont mis à tirer sur tout ce qui bouge. Ils sont menacé le Gouvernement d'envahir la planète s'ils ne se soumettaient pas, ils ne se sont pas soumis, ils ont largué le gaz. Il a tué pas mal de personnes… Et puis le gaz a muté, il est devenu vivant. Les morts ont commencé à se réveiller et à attaquer les humains. On est tous infestés, si on meurt, on se transforme. Si on est mordu ou griffer, on se transforme. Et après… Et bien, il vaut mieux courir. Le Gouvernement, l'armée et la police sont tombés, on est tout seuls cette fois. Je ne sais pas si c'était le but premier des Sontariens, mais ils en profitent. Jack m'a montré les installations de Londres. Ils sont en train de créer des centres de clônage, comme sur Sontar, il va falloir les détruire, ils libèrent du gaz en permanence. Je t'attendais pour pouvoir retourner à Cardiff. Jack nous attend. »
Le Docteur hocha la tête. Ca ne l'enchantait pas spécialement de revoir Jack, mais s'il devait passer par là pour sauver le monde, il le ferait. Susan semblait attendre quelque chose de sa part, une réaction, n'importe quoi qui puisse l'aider à comprendre ce que pensait son Grand-père.
« Allons-y alors, dit-elle en soupirant. »
Elle se mit à actionner manettes et commandes de pilotage. Le Docteur l'observait de son siège, admiratif. Elle n'avait pas eu besoin de lui pour apprendre à piloter son vaisseau. Lorsqu'elle était plus jeune, Susan était tellement avide d'apprendre de nouvelles choses que ça ne l'étonnait guère. Elle avait certainement appris tout ça dans les livres. Le Tardis atterrit enfin, dans un bruit de machine à laver rouillée. Susan attrapa un long manteau bleu que le Docteur identifia rapidement comme celui de Jack. Il lança un regard suspicieux à sa petite-fille. Si le Capitaine avait osé mettre la main sur sa progéniture, il allait le regretter. Les deux Seigneurs du Temps sortirent de la statue. Jack Harkness était déjà posté devant la porte, sautillant sur place, ravi. Susan lui fit un salut militaire avant de lui tendre son manteau.
« Tout juste sorti de la machine à laver ! dit-elle en souriant. Il en avait bien besoin. Faites gaffe la prochaine fois que tu exploseras un Sontarien. Maintenant tu sais qu'ils ont le sang vert.
- Ah, merci. »
Sous le regard médusé du Docteur, Jack plongea sur sa petite-fille et l'embrassa. Il se sentit tout drôle. Certes, Jack restait Jack. Mais là, ce n'était pas une de ses compagnes, c'était une part de lui. Il sentait la jalousie grimper tout doucement en lui.
« Alors Docteur, encore un nouveau visage ? » Le Docteur sursauta violemment, sorti de ses pensées par la voix de son ancien compagnon. Il releva les yeux vers lui. Jack fronça les sourcils en voyant sa tête.
« Quelque chose ne va pas ? demanda le Capitaine, perplexe.
- Ah. J'ai peut-être oublié de te dire quelque chose Jack, chuchota Susan, en tirant sur la manche du leader de Torchwood.
- Quoi ?
- Je suis la petite-fille du Docteur. Et tu viens de m'embrasser devant lui. Ca semble avoir installé une certaine tension. »
Le visage de Jack se décomposa. Il se mit à se gratter nerveusement la tête gêné, tout en lançant un regard vers Susan qui signifiait clairement « Tu n'aurais vraiment pas pu le dire avant ? ». Le Docteur secoua la tête.
« Je ne t'en veux pas Jack. Mais fais attention. Je mords.
- Ouh, j'aimerai bien voir ça, répliqua Jack, tout sourire. Allez, suivez-moi, on a du travail. »
Les trois personnes se mirent en route. Le hub de Torchwood était devenu un vrai refuge. Des personnes trainaient ici et là, enveloppés dans des couvertures. Des enfants les suivaient, curieux de savoir qui étaient les inconnus. Un homme bondit soudain devant Jack, lui bloquant les bras.
« C'est qui ça ? grogna t-il. On a déjà assez de mal à subvenir à nos besoins, on a pas besoin de bouches à nourrir en plus.
- Il est là pour nous aider Jim, retourne avec ta femme. »
Jack lança un regard désolé aux deux Seigneurs du Temps et se fraya un passage vers son bureau. Deux personnes attendaient, installés sur les fauteuils. Susan partit immédiatement les saluer. Le Docteur restait en retrait, mal à l'aise.
« Docteur, dit Jack, je vous présente Gwen Cooper, Lilian Silverpool et Harry Killigan. C'est mon équipe.
- Tu as recruté de nouvelles personnes ? La dernière fois que je t'ai vu, tu n'avais pas l'air dans ton assiette, rétorqua le Docteur.
- Ianto nous a quittés, dit sombrement Jack. J'ai été forcé de passer à autre chose. Gwen m'a beaucoup aidé pour reconstruire tout ça. Si on n'avait pas reconstruit le hub, on serait tous morts aujourd'hui.
- Jack, c'est qui ? demanda Gwen sur la défensive.
- C'est le Docteur.
- Mais… Il a changé de tête ?
- Longue histoire, répondit Jack. Lilian, Harry, allez vous occuper de la distribution des repas, le temps que je parle avec le Docteur. »
Les deux agents hochèrent la tête et quittèrent la pièce. Jack indiqua les deux fauteuils au Seigneurs du Temps. Gwen s'assis sur le bureau.
« Vous êtes déjà au courant pour les rôdeurs ? demanda Gwen.
- Oui, répondit le Docteur. On en a croisé quelques uns à Londres.
- Le Monde entier est touché, grogna Jack. On a organisé plusieurs camps de réfugiés. Il y en a un à Cardiff, un sous Londres, un à New York, sous Unit, un à Washington et un sous Pékin, en Chine. Les autres survivants se sont réfugiés dans des bunkers, dans leurs sous-sols. On estime les pertes humaines à 45%. Mais ce nombre augmente avec les transformations. Les rôdeurs tuent les gens. Le seul moyen de les tuer, c'est de viser la tête. On en a enfermé dans les cellules, au sous-sol. Lilian, notre scientifique, essaye de comprendre le phénomène.
- Et donc ? demanda le Docteur.
- Le cerveau meurt, toute connexion est coupée. Et d'un seul coup, dans une durée de cinq minutes à huit heures, une zone se réanime. Et le patient revient à la vie pour essayer de tuer. Ils n'ont plus aucun instinct de survie, on en a vu continuer d'avancer dans des cas de faiblesses extrêmes, certains les boyaux sortis. On n'arrive pas à comprendre Docteur. Notre science est impuissante face à l'invasion. Tous les vaccins ont échoués. On doit juste les tuer.
- Comment ça se fait qu'il y en a qui se réveille après cinq minutes ?
- On ne sait pas. A chaque fois qu'on pense avoir une certitude, elle est ruinée par l'apparition de nouveaux symptômes. On doit faire attention avec les réfugiés. Si l'un d'eux développe une maladie et en meurt, on risque d'être envahis de zombies. J'espère que vous allez pouvoir nous aider Docteur. »
Le Seigneur du Temps resta silencieux. Susan baissa la tête. La situation était désespérée. Qu'est-ce qu'ils allaient pouvoir faire ? La moitié de la population humaine avait été anéantie. Il ne restait plus rien à sauver. Les villes appartenaient aux morts.
« Montrez-moi les morts, dit le Docteur sur un ton ferme.
- Pas si vite, l'interrompit Susan. Il faut vous équiper avant. J'ai étudié les rôdeurs de mon côté. Si on est mordus, on risque la mort nous aussi. J'ai testé avec mes cellules, la morsure annule les régénérations. Et on revient aussi. Il vaut mieux t'équiper, juste au cas où. Je n'ai pas envie de te voir zombifier grand-père.
- Elle a raison. Il faut prendre beaucoup de précautions, dit Jack. Je me suis déjà fait mordre, et je peux vous dire que c'est violent. Vous sentez votre corps se transformer petit à petit, votre sang bouillir. Heureusement que je suis immortel, le virus n'a pas le temps de se développer.
- Très bien… Je veux étudier le virus moi-même, on verra bien ce qu'on peut en sortir. »
