3
LE DETRAQUEUR
Le lendemain, Hermione réveilla Megan au milieu de l'agitation qui régnait au Chaudron Baveur. Les Weasley couraient dans tous les sens pour préparer le départ, et Eleyna prenait part au vacarme en hululant joyeusement toutes les dix secondes, sous le regard agacé de Pattenrond. Puis la voix de Percy retentit, accusant Ron d'une histoire de thé et de photo.
Megan s'habilla puis descendit avec Ginny et Hermione prendre son petit déjeuner dans la salle du Chaudron Baveur où Arthur lisait La Gazette du sorcier en fronçant les sourcils. Molly vint s'installer face à Ginny d'un air épuisé.
- Bien dormi, les filles ? demanda-t-elle. C'est le grand jour. Tu révises déjà, Hermione ?
Celle-ci feuilletait machinalement son livre de potions. En voyant le chapitre consacré aux philtres d'amour, le regard de Molly se mit à briller.
- Est-ce que je vous ai déjà raconté que j'ai fabriqué un philtre d'amour lorsque j'étais jeune ? demanda-t-elle.
- Maman ! s'exclama Ginny, mi-amusée, mi-choquée.
- Racontez-nous, Mrs Weasley, la pria Hermione, ravie.
Megan écouta l'histoire de Molly d'une oreille tout en observant Percy arriver d'un pas impérial, son insigne épinglé sur la poitrine, redevenu normal.
Après le petit déjeuner, ce fut à nouveau la pagaille. Tout le monde montait et descendait les escaliers pour amener les valises devant la porte du Chaudron Baveur, puis les cages des hiboux et autres animaux de compagnie. Dans son panier d'osier, Pattenrond laissait échapper des crachements furieux.
- Du calme, Pattenrond, susurra Hermione penchée sur le panier, je te laisserai sortir quand on sera dans le train.
- Certainement pas, trancha Ron. Tu oublies ce pauvre Scabers !
Il montra sa poche dont le renflement indiquait la présence du rat.
- Arthur, qui était resté dehors pour guetter l'arrivée des voitures, passa la tête à l'intérieur.
- Elles sont là, dit-il. Viens, Harry.
Megan suivit Hermione dans la première des deux voitures vert foncé à la carrosserie un peu démodée, conduites par des sorciers à l'air furtif et vêtus d'un uniforme couleur émeraude. Arthur ne cessait de jeter des regards des deux côtés de la rue bondée, mais personne ne semblait faire attention à eux. Megan se retrouva assise sur la banquette arrière, agrandie par magie, avec Potter, Hermione, Ron et Percy.
Le trajet jusqu'à la gare de King's Cross se déroula paisiblement. Les voitures du ministère de la Magie semblaient presque ordinaires, bien qu'elles fussent capables de se glisser dans des espaces d'apparence bien trop étroite. Ils arrivèrent à la gare avec vingt minutes d'avance. Les chauffeurs du ministère leur trouvèrent des chariots à bagages sur lesquels ils disposèrent leurs valises, puis ils soulevèrent leur casquette pour saluer Arthur et s'en allèrent en s'arrangeant pour se retrouver les premiers au feu rouge, malgré l'intensité de la circulation.
A l'intérieur de la gare, Arthur ne lâcha pas Potter d'une semelle. Megan commençait à trouver de nombreux détails troublants : cette attitude paternaliste, le ministre qui avait fermé les yeux sur la tante transformée en ballon, les voitures envoyées par le ministère.
- Comme nous sommes très nombreux, on va passer deux par deux, dit Arthur en surveillant les alentours. Je vais franchir la barrière le premier avec Harry.
Il s'avança vers la barrière magique, entre les quais 9 et 10, en poussant devant lui le chariot à bagages de Potter. Avec un regard entendu, il s'appuya négligemment contre la barrière. Potter l'imita. Un instant plus tard, ils étaient passés à travers l'obstacle de métal. Percy et Ginny coururent ensemble pour traverser la barrière à leur tour. Puis ce fut le tour de Fred et George, de Molly et Ron, et enfin de Megan et Hermione.
Lorsqu'elles arrivèrent sur le quai 9 ¾, la locomotive à vapeur d'une couleur rouge vif soufflait des panaches de fumée qui flottaient au-dessus du quai encombré de sorcières et de sorciers venus installer leurs enfants dans le Poudlard Express.
Percy était déjà parti rejoindre sa petite amie, Pénélope. Dès l'arrivée de Megan et de Hermione, Arthur et Potter ouvrirent la marche jusqu'au bout du convoi où les jeunes trouvèrent enfin un wagon qui paraissait vide. Ils chargèrent les valises à l'intérieur, casèrent Hedwige, Eleynaet Pattenrond dans le filet à bagages, puis redescendirent pour dire au revoir à Arthur et Molly. Cette dernière embrassa ses enfants, puis Meganet Hermione et enfin Harry qu'elle serra contre elle.
- Fais bien attention à toi, lui dit-elle, les yeux étrangement brillants.
Elle ouvrit alors son énorme sac à main et ajouta:
- Je vous ai préparé des sandwiches. Tiens, pour toi, Ron. Ne t'inquiète pas. je n'ai pas mis de corned beef... Fred, où es-tu ? Ah, te voilà...
- Harry. viens voir, j'ai à te parler, dit Arthur à mi-voix.
Megan vit le père de Ron s'éloigner avec Potter en direction d'un pilier où ils eurent une conversation à voix basse. Décidément, il se passait quelque chose, et Megan n'aimait pas ne pas savoir quoi.
Quelques petites minutes avant onze heures, les enfants Weasley, Megan et Hermione montèrent dans le train. Potter était toujours en pleine conversation avec Arthur.
- Salut, Megan !
L'intéressée se retourna et sourit en voyant approcher Lee Jordan, le meilleur ami des jumeaux, ainsi que Kevan Garrow, un autre de leurs amis, avec qui Megan s'entendait particulièrement bien.
- Tu as passé de bonnes vacances ? demanda Lee d'un ton enthousiaste Il parait que tu étais en Egypte aussi !
- C'était bien, acquiesça-t-elle.
Son attention était surtout porté sur Kevan. Un insigne de préfet était épinglé sur la veste qu'il portait. Le jeune homme baissa les yeux sur le petit objet, puis adressa un clin d'œil à Megan.
- Tu viens ? appela Ron qui s'éloignait en compagnie de Ginny et Hermione pour trouver un compartiment.
- J'arrive.
Il y eut un coup de sifflet sonore. Des employés en uniforme avançaient le long du quai en fermant les portières. Potter était toujours avec Arthur, et Molly les pressait d'un ton anxieux.
La locomotive lâcha un jet de vapeur et le train s'ébranla. Potter courut jusqu'à la portière du wagon que Ron avait ouverte et sauta à l'intérieur. Ils se penchèrent alors à la fenêtre en faisant de grands signes de la main à Arthur et Molly jusqu'à ce que le train prenne un virage qui les déroba à leur vue.
- Il faut que je vous parle en tête à tête, murmura Potter à Megan, Ron et Hermione.
- Va-t'en, Ginny, dit Ron.
- Merci, c'est gentil, répondit Ginny d'un air offensé avant de s'éloigner d'un pas raide et digne.
Megan, Ron, Hermione et Potter avancèrent dans le couloir à la recherche d'un compartiment vide, mais ils étaient tous pleins, sauf le dernier, tout au bout du wagon. Celui-ci n'avait qu'un seul occupant, un homme profondément endormi, assis près de la fenêtre. Megan, Ron, Hermione et Potter s'immobilisèrent à l'entrée du compartiment. D'habitude, le Poudlard Express était réservé aux élèves et ils n'avaient encore jamais vu d'adultes parmi les passagers.
L'homme portait une robe de sorcier miteuse, rapiécée en plusieurs endroits. Il semblait malade et épuisé. Bien qu'il fût encore jeune, ses cheveux châtains étaient parsemés de mèches blanches.
- C'est qui, à votre avis ? murmura Ron, tandis qu'ils s'asseyaient à l'autre bout du compartiment après avoir refermé la porte coulissante.
- Le professeur R. J. Lupin, répondit Megan.
- Comment tu le sais ?
- Je lis dans ses pensées ! Et puis c'est écrit sur sa valise.
Elle montra le filet à bagages dans lequel était rangée une vieille valise cabossée, entourée d'une longue ficelle soigneusement nouée. Sur un des coins de la valise était écrit « Professeur R. J. Lupin » avec des lettres qui commençaient à s'écailler.
- Je me demande ce qu'il enseigne, dit Ron, les sourcils froncés, en observant le visage livide du professeur Lupin.
- Ça me paraît évident, murmura Hermione. Le seul poste vacant, c'est la Défense contre les forces du Mal.
Megan, Ron, Hermione et Potter avaient déjà eu deux professeurs dans cette matière et chacun d'eux n'était resté qu'une seule année. D'après la rumeur, c'était un poste maudit.
- J'espère au moins qu'il sera à la hauteur, dit Ron sans grande conviction. On a l'impression qu'il suffirait de lui jeter un sort pour qu'il rende le dernier soupir. Alors, qu'est-ce que tu voulais nous dire ? ajouta-t-il en se tournant vers Potter.
- Hier soir, j'ai surpris une conversation entre tes parents, expliqua Potter en regardant Ron. Et ils disaient que Black s'était évadé d'Azkaban pour me tuer. A priori, Black n'arrêtait pas de dire dans son sommeil « il est à Poudlard ». Ton père voulait m'en parler pour que je sois sur mes gardes, mais ta mère refusait. Elle disait que je serais en sécurité à Poudlard, avec Dumbledore, et les gardiens d'Azkaban qui seraient postés autour de l'école.
Megan dissimula ses sentiments mais elle était effarée. Les gardiens d'Azkaban aux portes de Poudlard ?
- Et toute à l'heure, ton père est venu m'en parler, poursuivit Potter sans laisser Ron ou Hermione l'interrompre. Et il voulait me faire promettre de ne pas chercher à le retrouver.
Ron paraissait abasourdi et Hermione avait les mains plaquées contre sa bouche, effarée. Megan fixait Potter sans laisser transparaître la moindre émotion. Voilà qui expliquait l'attitude du ministère et d'Arthur. Tout le monde tentait de protéger Potter.
- Sirius Black s'est évadé pour te tuer ? dit enfin Hermione. Harry, cette fois, il faut vraiment que tu sois prudent. Ne cherche pas les ennuis...
- Je ne cherche aucun ennui, répliqua Potter d'un ton agacé. Généralement, ce sont les ennuis qui me trouvent.
- Il faudrait vraiment qu'il soit idiot pour aller chercher un cinglé qui veut le tuer, dit Ron d'une voix tremblante.
Tous deux semblaient effrayés par Black.
- Personne ne sait comment il s'y est pris pour s'évader d'Azkaban, reprit Ron, mal à l'aise. Personne n'avait réussi à le faire jusqu'à maintenant. En plus, il était dans un quartier de haute sécurité.
- Ils vont bien finir par l'attraper, non ? dit Hermione d'un ton grave. Les Moldus aussi le recherchent.
Megan, qui était la seule à ne pas se faire de souci, ricana.
- Oh bah si les Moldus sont après Black, on est sauvés !
- Qu'est-ce que c'est que ce bruit ? dit soudain Ron.
On entendait en effet une sorte de sifflement métallique. Ils regardèrent autour d'eux.
- Ça vient de ta valise, Harry, dit Ron qui se leva et alla jeter un coup d'œil dans les bagages.
Un instant plus tard, il sortit de la valise de Potter son Strutoscope. L'objet tournait à toute vitesse dans sa paume en émettant une lumière brillante.
- C'est vraiment un Strutoscope ? demanda Hermione d'un air intéressé en s'approchant pour mieux voir.
- Celui-là est plutôt bon marché, dit Ron. Il s'est mis à tourner sans raison quand je l'ai attaché à la patte d'Errol pour l'envoyer à Harry.
- Est-ce que tu avais de mauvaises intentions au moment où ça s'est passé ? demanda Hermione.
- Non !
- Je te rappelle que tu n'avais pas le droit d'utiliser Plumeau, lui rappela Megan. Parce qu'il ne supporte plus les longs voyages.
- Errol, rectifia Ron, agacé par le surnom. Mais qu'est-ce que je pouvais faire d'autre pour envoyer son cadeau à Harry ?
- Utiliser Eleyna.
Ron lui décocha un regard noir.
- Remets-le dans la valise, conseilla Potter, alors que le Strutoscope sifflait de plus en plus fort. Sinon, ça va finir par le réveiller.
Il fit un signe de tête en direction du professeur Lupin et Ron remit l'objet dans la valise, entre deux chaussettes qui étouffèrent le son.
- Je voudrais pas vous inquiéter, dit Megan d'une voix neutre, mais le but du Strutoscope, c'est de nous prévenir d'un danger.
- Il doit être fêlé. On le fera examiner quand on ira à Pré-au-lard, suggéra Ron en se rasseyant. Fred et George m'ont dit qu'ils vendent ce genre de trucs chez Derviche et Bang, le magasin d'objets magiques.
De toute évidence, elle ne les avait pas inquiétés.
- Qu'est-ce que tu sais sur Pré-au-lard ? demanda Hermione avec avidité. J'ai lu que c'est le seul village d'Angleterre où il n'y a pas un seul Moldu...
- Oui, je crois que c'est vrai, répondit Ron d'un ton dégagé, mais ce n'est pas pour ça que je veux y aller. Moi, ce qui m'intéresse, c'est d'aller faire un tour chez Honeydukes !
- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Hermione.
- Une confiserie, répondit Ron avec un regard rêveur. Il paraît qu'ils ont absolument tout... Des Gnomes au poivre, qui te font souffler de la fumée quand tu les manges, et d'énormes Chocoballes pleines de mousse à la fraise et aussi des plumes en sucre qu'on peut sucer en classe en faisant semblant de réfléchir...
- Mais Pré-au-lard est un endroit passionnant, non ? insista Hermione. Dans Les Sites historiques de la sorcellerie, on dit que l'auberge du village a servi de quartier général à l'époque de la révolte des Gobelins en 1612 et la « Cabane hurlante » est une des plus impressionnantes maisons hantées du pays.
- Il y a aussi de grosses boules de sorbet qui permettent de s'élever à quelques centimètres au-dessus du sol quand on les lèche, poursuivit Ron qui n'avait pas écouté un mot de ce qu'avait dit Hermione.
Celle-ci se tourna vers Potter.
- Ça va être bien de sortir un peu de l'école pour visiter Pré-au-lard.
- Sûrement, soupira Potter. Vous me raconterez quand vous en reviendrez.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? s'étonna Ron.
- Moi, je ne pourrai pas y aller. Les Dursley n'ont pas signé mon autorisation et Fudge a également refusé de le faire.
Ron sembla horrifié. Megan trouvait que Potter avait du culot d'avoir demandé au ministre de la magie, la plus haute autorité du monde magique, de signer son formulaire de sortie pour Pré-au-Lard.
- Tu n'auras pas le droit de sortir ? C'est impossible... McGonagall ou quelqu'un te donnera bien la permission...
Potter eut un rire amer. Le professeur McGonagall, la directrice de la maison de Gryffondor, était particulièrement stricte.
- T'inquiète pas, on demandera à Fred et George, dit Megan d'un ton dégagé, avide d'enfreindre à nouveau le règlement, ils connaissent tous les passages secrets qui permettent de sortir du château...
- Megan ! s'indigna Hermione. Je ne crois pas qu'il serait très prudent pour Harry de sortir clandestinement du château avec Black à ses trousses.
- C'est sûrement ce que me répondra McGonagall quand je lui demanderai la permission, marmonna sombrement Harry.
- La prudence..., marmonna Megan.
- Mais si on est avec lui, dit Ron à Hermione d'un ton enjoué, Black n'osera jamais...
- Ne raconte pas de bêtises, répliqua sèchement Hermione. Black a déjà assassiné tout un tas de gens au milieu d'une rue pleine de monde, alors il ne se gênera sûrement pas pour attaquer Harry simplement parce que nous serons là.
- Tout en parlant, elle tripotait la fermeture du panier dans lequel elle avait transporté Pattenrond.
- Ne laisse pas sortir ce truc-là ! protesta Ron.
Mais il était trop tard. Le chat se glissa hors du panier, s'étira, bâilla et sauta sur les genoux de Ron. La poche de Ron se mit à trembler et il repoussa Pattenrond d'un geste furieux.
- Fiche le camp !
- Ron ! Arrête ! s'exclama Hermione avec colère.
Ron s'apprêtait à lui répondre lorsqu'ils entendirent le professeur Lupin bouger. Ron, Hermione et Potterl'observèrent avec inquiétude, mais il se contenta de tourner la tête, la bouche légèrement entrouverte, sans se réveiller.
Le Poudlard Express poursuivait son chemin vers le nord et le paysage, au-dehors, devenait plus sauvage, plus sombre aussi à cause des nuages qui s'amoncelaient. D'autres élèves passaient et repassaient devant leur compartiment au gré de leurs déambulations dans le couloir. Pattenrond s'était installé sur un siège vide, son museau écrasé tourné vers Ron, ses yeux jaunes fixés sur la poche où se trouvait Scabers.
A une heure, une petite sorcière replète apparut, poussant un chariot rempli de boissons et de nourriture.
- Vous ne croyez pas qu'on devrait le réveiller ? suggéra Ron en montrant le professeur Lupin d'un signe de tête. Ça lui ferait peut-être du bien de manger quelque chose.
Hermione s'approcha de lui avec précaution.
- Heu... Professeur ? dit-elle. Excusez-moi, professeur ?
Il ne bougea pas.
- Ne t'en fais pas, ma chérie, dit la sorcière qui tendait à Potter un gros paquet de gâteaux. S'il a faim quand il se réveillera, je serai en tête du train, avec le machiniste.
- J'imagine qu'il est simplement endormi, dit Ron à voix basse lorsque la sorcière eut refermé la porte du compartiment. J'espère qu'il n'est pas mort ?
- Mais non, il respire, balaya Megan d'un ton léger.
La présence du professeur indifférait Megan. Elle pensait plutôt à ce que Potter leur avait raconté. Black se serait évadé pour le tuer, mais pourquoi ? Et par quel miracle était-il parvenu à échapper aux gardiens d'Azkaban ? Megan avait lu beaucoup de choses sur la prison des sorciers : la forteresse avait tout d'abord été la demeure du sorcier Ekrizdis, fou et avide de torturer les marins Moldus qu'il attirait jusqu'à lui. Après sa mort, le souci majeur était de décider ce qu'il fallait faire de l'endroit, considéré comme maléfique et infesté de Détraqueurs, et l'impossibilité de s'accorder sur le sujet avait mené le monde magique à laisser la forteresse à l'abandon pendant de nombreuses années. Mais après l'application du Code international du secret magique, le ministère de la Magie avait décidé que les petites prisons pour sorciers disséminées un peu partout dans plusieurs villes du pays étaient un risque pour la sécurité. Ce fut le ministre de la magie Damocles Rowle qui choisit de faire d'Azkaban la prison des sorciers, en utilisant les Détraqueurs comme gardiens afin de faire économiser du temps et de l'argent au ministère. Dès lors, les prisonniers qui n'étaient ni fou ni dangereux avant leur incarcération le devinrent rapidement, et beaucoup se mirent à mourir de désespoir. La prison existait depuis près de cinq siècles et jamais encore il n'y avait eu d'évasion. Personne n'échappait aux Détraqueurs.
Vers le milieu de l'après-midi, alors que la pluie commençait à tomber, brouillant le paysage de collines que le train traversait, il y eut des bruits de pas dans le couloir. Se montrèrent alors à la porte du compartiment trois personnes que Megan aurait préféré ne pas voir, pour son propre moral : Draco Malfoy, entouré des inséparables Vincent Crabbe et Gregory Goyle.
Megan n'avait plus vu Draco depuis le banquet de fin d'année, au cours duquel elle avait passé tout son temps à se réjouir de la guérison de Hermione et de la victoire de Gryffondor sur les trois autres maisons. Elle retint sa respiration pour contrôler ses émotions.
- Tiens, regardez qui voilà, lança Draco en ouvrant la porte du compartiment. Potter et son poteau.
Crabbe et Goyle s'esclaffèrent avec un rire de troll.
- Alors, Weasley, j'ai entendu dire que ton père avait enfin réussi à se procurer un peu d'or, cet été, dit Draco. J'espère que ta mère n'est pas morte sous le choc ?
Ron se leva si brusquement qu'il fit tomber par terre le panier de Pattenrond. Le professeur Lupin émit un grognement.
- Qui c'est ? demanda Draco en reculant machinalement d'un pas à la vue du professeur.
- Un nouveau prof, dit Potter qui s'était levé à son tour au cas où il aurait fallu retenir Ron. Qu'est-ce que tu disais, Malfoy ?
Draco plissa ses yeux pâles. Il n'était pas suffisamment idiot pour provoquer une bagarre sous le nez d'un professeur.
- Venez, marmonna-t-il à Crabbe et à Goyle d'un ton hargneux.
Après avoir jeté un coup d'œil à Megan, tous trois s'éloignèrent dans le couloir. Ron et Potter se rassirent. Megan s'autorisa enfin à respirer.
- Cette année, je suis décidé à ne pas me laisser faire par Malfoy, dit Ron avec colère. Et je ne plaisante pas. Si jamais il fait encore une remarque sur ma famille, je lui casse la tête...
Ron fit mine de donner un violent coup de poing.
- Si tu crois que tu as une chance contre lui, c'est que tu es aussi idiot qu'il le croit, répliqua sombrement Megan.
Il était beaucoup plus facile de choisir le camp des Weasley et de se détourner des Malfoy quand Draco n'était pas devant elle.
- Ron ! Megan ! chuchota Hermione en montrant le professeur Lupin. Faîtes attention...
Mais le professeur était toujours profondément endormi.
La pluie s'était intensifiée, recouvrant les fenêtres d'une surface grise et luisante qui s'obscurcissait peu à peu à mesure que la nuit tombait tandis que des lanternes s'allumaient dans le couloir et au-dessus des filets à bagages. Le train grinçait dans un bruit de ferraille, la pluie martelait les fenêtres, le vent sifflait, mais le professeur Lupin continuait de dormir.
- On doit être presque arrivés, dit Ron en se penchant vers la fenêtre pour essayer de voir quelque chose à travers la vitre devenue complètement noire.
A peine avait-il fini de parler que le train commença à ralentir.
- Parfait, dit Ron qui se leva pour jeter un coup d'œil au-dehors en contournant soigneusement le professeur Lupin. Je meurs de faim. Vivement le festin !
- On est pas arrivés, dit Megan en fronçant les sourcils.
- Alors, pourquoi on s'arrête ?
Le train continuait de ralentir. A mesure que le bruit des pistons s'estompait, on entendait plus distinctement la pluie et le vent se déchaîner contre les vitres. Potter, qui était le plus près de la porte, se leva pour aller regarder dans le couloir.
Le train s'arrêta brusquement et des chocs lointains indiquèrent que des bagages étaient tombés de leurs filets. Puis toutes les lampes s'éteignirent d'un coup et le convoi fut plongé dans une totale obscurité.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda la voix de Ron.
- Ouille ! s'exclama Hermione. Ron, tu m'as marché sur le pied.
Megan entendit Potter retourner s'asseoir.
- Tu crois que le train est en panne ?
- Je n'en sais rien...
Megan vit la silhouette sombre de Ron qui essuyait la fenêtre du plat de la main pour essayer de voir au-dehors.
- Il y a du mouvement, commenta-t-il. On dirait que des gens montent dans le train.
La porte du compartiment s'ouvrit soudain et quelqu'un tomba lourdement sur les genoux de quelqu'un.
- Désolé. Vous savez ce qui se passe ? Ouille ! Pardon...
- Salut, Neville, dit la voix de Potter.
- Harry ? C'est toi ? Qu'est-ce qui se passe ?
- Aucune idée ! Assieds-toi...
Il y eut alors un sifflement enragé et un gémissement de douleur. Neville avait essayé de s'asseoir sur Pattenrond.
- Je vais aller voir le machiniste pour lui demander ce qui arrive, dit la voix d'Hermione.
Megan vit son amie se lever, puis elle entendit le bruit de la porte suivi de deux cris de douleur.
- Hermione ? appela Megan d'une voix un peu inquiète.
- Qui est là ?
- Ginny ? appela Ron.
- Hermione ? insista Megan.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je cherchais Ron, répondit la voix de Ginny.
- Entre et assieds-toi.
- Pas ici ! dit précipitamment Potter. Je suis là !
- Ouille ! dit Longbottom.
- Silence ! lança soudain une voix rauque.
Le professeur Lupin semblait enfin s'être réveillé. Megan l'entendait bouger dans son coin.
Tout le monde se tut.
Il y eut un faible craquement et une lueur tremblante éclaira le compartiment. Le professeur Lupin tenait au creux de sa main une poignée de flammes qui illuminaient son visage gris et fatigué. Il avait les yeux vifs, cependant, et un regard en alerte.
- Restez où vous êtes, dit-il de sa voix rauque.
Il se leva lentement en tenant les flammes devant lui. Mais la porte du compartiment s'ouvrit avant que le professeur ait eu le temps de l'atteindre.
Debout dans l'encadrement, éclairée par les flammes vacillantes, se dressait une haute silhouette enveloppée d'une cape, le visage entièrement dissimulé par une cagoule. Le nouveau venu était si grand qu'il touchait presque le plafond. Une main dépassait de la cape, une main luisante, grisâtre, visqueuse et couverte de croûtes, comme si elle s'était putréfiée dans l'eau... puis la main disparut dans les plis de l'étoffe noire. Puis le Détraqueur prit une longue et lente inspiration qui produisit une sorte de râle. On aurait dit qu'il essayait d'aspirer autre chose que de l'air. Un froid intense envahit te compartiment. Megan sentit son propre souffle se figer dans sa poitrine. Le froid lui traversait la peau et se répandait dans tout son corps. Un crépitement semblable à une chute d'eau retentit dans ses oreilles. Elle avait l'impression qu'on la tirait par les pieds à mesure que le grondement de l'eau s'intensifiait... Puis soudain, elle fut de retour dans la maison dévastée, le soir de son anniversaire, et elle entendait sa mère lui livrer ses derniers mots. Elle était paralysée, elle se sentait vide, elle n'allait pas s'en sortir.
Soudain elle s'aperçut que le brouillard froid et terrible dans lequel elle s'enfonçait disparaissait petit à petit. Le Poudlard Express était reparti et les lumières s'étaient rallumées. Ron et Hermione étaient agenouillés autour de Potter, qui avait glissé de son siège.
- Je vais prendre l'air, marmonna Megan.
Elle enjamba Potter avec la plus totale indifférence et erra dans les couloirs du train. Tout ce qu'elle avait lu sur les Détraqueurs était vrai : ils replongeaient leurs victimes dans les pires moments de leur vie, les vidaient de toute forme de bonheur, ils étaient l'incarnation du désespoir.
Sa déambulation la mena jusqu'au wagon où Draco, Crabbe, Goyle, Théodore Nott et Pansy Parkinson se goinfraient de friandises. Elle les observa dans l'obscurité du couloir où plus personne n'osait sortir. De toute évidence, le passage du Détraqueur ne les avait pas beaucoup atteints. Que pouvait-il y avoir de triste dans l'existence de ces êtres ? Draco avait cependant l'air plus pâle…
Elle resta là à les regarder s'amuser pendant un laps de temps indéterminé. Ni Ron, ni Hermione et encore moins Potter ne savaient ce qui était arrivé à ses parents, tandis que Draco, lui savait. Il la connaissait.
Lorsqu'elle revint dans son compartiment, Potter s'était rassis, tout le monde était pâle, surtout Ginny.
- Ça va, Megan ? s'enquit Hermione d'une petite voix.
- Très bien, répondit-elle sans la regarder.
Elle récupéra sa place près de la fenêtre et se mura dans le silence jusqu'à l'arrivée du train en gare de Pré-au-Lard. Les élèves se précipitèrent sur le quai dans une grande cohue : les hiboux ululaient, les chats miaulaient et le crapaud que Longbottom avait caché sous son chapeau lançait des coassements sonores. Sur le quai minuscule, il faisait un froid glacial et un rideau de pluie fine et froide tombait sans relâche.
- Les première année, par ici, lança une voix familière.
Megan, Ron, Hermione et Potter se tournèrent vers la gigantesque silhouette de Hagrid qui se tenait à l'autre bout du quai et faisait signe aux nouveaux élèves apeurés de le suivre pour la traditionnelle traversée du lac.
— Ça va, tous les quatre ? cria Hagrid de loin.
Ron, Hermione et Potter lui firent de grands signes de la main, mais la foule était trop compacte pour qu'ils puissent s'approcher de lui. Megan et les trois autres suivirent les autres sur un chemin boueux où une centaine de diligences attendaient les élèves. Megan se sentit encore un peu plus mal en regardant les Sombrals, les squelettiques chevaux noirs aux yeux blancs et aux ailes de chauve-souris. Aux yeux de la plupart des autres élèves, les diligences avançaient d'elles-mêmes, car on ne pouvait les voir que si on avait vu la mort, et comme le lui avait rappelé le Détraqueur, elle avait vu sa mère mourir.
Une vague odeur de paille et de moisi flottait à l'intérieur des diligences. Megan se sentait nauséeuse et aurait voulu échapper à cet espace confiné où elle était serrée à côté de Potter, à qui Ron et Hermione ne cessaient de lancer des regards de côté, comme s'ils avaient peur qu'il s'effondre. Pauvre petit Potter, les Détraqueurs ne lui réussissaient pas non plus.
Lorsque la diligence s'approcha en bringuebalant du magnifique portail en fer forgé, flanqué de colonnes de pierre surmontées de sangliers ailés, Megan vit les hautes silhouettes, masquées par des cagoules, de deux autres Détraqueurs qui montaient la garde de chaque côté. Une vague glacée et nauséeuse faillit l'engloutir à nouveau. Elle ferma les yeux et tenta de lutter contre le froid et l'angoisse le temps que la diligence ait franchi le portail. Celle-ci prit ensuite de la vitesse le long de l'allée en pente douce qui menait au château. Hermione, penchée à la minuscule fenêtre de la portière, contemplait les innombrables tours et tourelles qui se rapprochaient. Enfin, la diligence s'arrêta en oscillant sur ses roues et Hermione descendit, suivie des trois autres. Potter venait de quitter la diligence le dernier lorsque la voix de Draco vint renforcer le malaise qui étouffait déjà Megan :
- Alors, il paraît que tu es tombé dans les pommes, Potter ? C'est vrai ce que dit Longbottom ? Tu t'es vraiment évanoui ?
Draco écarta Hermione d'un coup de coude pour barrer le chemin à Potter sur les marches de l'escalier de pierre. Il avait le visage réjoui et une lueur narquoise animait ses yeux pâles. Megan ne réagit même pas, elle les regardait d'un œil absent, luttant pour rester debout.
- Dégage, Malfoy, dit Ron, les dents serrées.
- Toi aussi, tu t'es évanoui, Weasley ? lança Draco d'une voix sonore. Il t'a fait peur, ce vieux Détraqueur ?
- Qu'est-ce qui se passe, ici ? demanda alors une voix douce.
Le professeur Lupin venait de descendre d'une autre diligence. Draco se tourna vers lui, contemplant d'un air insolent sa robe rapiécée et sa vieille valise.
- Oh, rien... heu... professeur, répondit-il d'un ton légèrement sarcastique.
Puis il adressa un sourire goguenard à Crabbe et à Goyle et monta l'escalier en leur faisant signe de le suivre.
Poussés par Hermione, Megan, Ron et Potter se joignirent à la foule qui monta les marches, franchit la gigantesque porte de chêne et s'engouffra dans l'immense hall d'entrée éclairé par des torches enflammées. Là, un magnifique escalier de marbre donnait accès aux étages. A droite, une porte ouvrait sur la Grande Salle où Megan suivit les autres élèves. A peine y avait-elle pénétré qu'une voix appela:
- Potter ! Buckley! Granger ! Je voudrais vous voir, tous les trois !
Surpris, Megan, Hermione et Potter se retournèrent. Le professeur McGonagall, qui assurait les cours de Métamorphose et occupait également la fonction de directrice de la maison des Gryffondor, leur faisait signe de la rejoindre. C'était une sorcière d'apparence sévère, les cheveux retenus en un chignon bien serré, les yeux perçants derrière des lunettes carrées. Se demandant ce qui allait encore lui arriver ce soir, Megan suivit les deux autres parmi la foule.
- Inutile d'avoir l'air si inquiet, je voulais simplement vous parler dans mon bureau, leur dit-elle. Vous pouvez rester ici, Weasley, je n'ai pas besoin de vous.
Ron regarda le professeur McGonagall s'éloigner de la foule bruyante en compagnie de Megan, Hermione et Potter. Ceux-ci la suivirent dans le hall d'entrée, puis dans l'escalier de marbre et le long d'un couloir. Lorsqu'ils furent arrivés dans son bureau, une petite pièce avec un grand feu de cheminée, le professeur McGonagall fit signe aux trois élèves de s'asseoir avant de s'installer elle-même derrière sa table.
- Le professeur Lupin m'a envoyé un courrier par hibou spécial pour m'informer que vous avez eu un malaise dans le train, Potter, dit-elle d'emblée.
Avant que Potter ait eu le temps de répondre, quelqu'un frappa discrètement à la porte et Madame Pomfrey, l'infirmière, surgit dans la pièce. Potter devint écarlate, mais Megan n'eut pas le cœur à ricaner. Au moins, ce n'était pas sa réaction vis-à-vis du Détraqueur qui attirait l'attention.
- Je vais très bien, dit Potter, je n'ai besoin de rien...
- Ah, c'est vous, dit Madame Pomfrey en se penchant sur lui pour l'observer de près. Vous avez encore fait quelque chose de dangereux, j'imagine ?
- C'est un Détraqueur qui a provoqué le malaise, dit le professeur McGonagall.
Elles échangèrent un regard et Madame Pomfrey hocha la tête d'un air désapprobateur.
- Poster des Détraqueurs autour d'une école, marmonna-t-elle en posant une main sur le front de Potter. Il n'est pas le premier à s'évanouir. Ah oui, il est un peu fiévreux, je le sens. Terribles, ces créatures. Elles ont un effet désastreux sur les personnes un peu fragiles...
- Je ne suis pas fragile ! s'exclama Potter avec colère.
- Bien sûr, bien sûr, dit Madame Pomfrey d'un air absent en lui prenant le pouls.
- De quoi a-t-il besoin ? demanda le professeur McGonagall d'un ton cassant. De repos ? Peut-être devrait-il passer la nuit à l'infirmerie ?
- Mais je vais très bien ! protesta Potter en se levant d'un bond.
Megan aurait été ravie de se moquer de Potter en cet instant, mais sa propre réaction face à la créature la préoccupait suffisamment. Elle non plus n'était pas fragile !
- Il faudrait au moins lui donner du chocolat, dit Madame Pomfrey qui examinait ses pupilles.
- J'en ai déjà eu, dit Potter. Le professeur Lupin m'en a donné, il en a même donné à tout le monde.
Sauf à Megan. Voilà qui expliquait pourquoi elle semblait être la seule à être encore sous le choc.
- Ah, très bien, approuva Madame Pomfrey. Nous avons enfin un professeur de Défense contre les forces du Mal qui connaît les bons remèdes.
- Vous êtes sûr que vous vous sentez bien, Potter ? demanda sèchement le professeur McGonagall.
- Oui, assura Potter.
- Dans ce cas, attendez-moi dehors, j'ai quelque chose à dire à Miss Buckley et à Miss Granger à propos de leurs emplois du temps, ensuite nous descendrons participer au festin.
Potter quitta la pièce avec Madame Pomfrey tandis que Megan se redressait légèrement. Elle savait de quoi allait leur parler le professeur McGonagall.
- Comme vous l'avez lu cet été, je vais vous remettre un Retourneur de Temps, dit-elle sans détour. Vous en aurez besoin pour pouvoir assister à tous vos cours : chaque fois que vous retournez le sablier, vous revenez une heure en arrière. Je vous demande de n'en parler à personne sous aucun prétexte ! ajouta-t-elle d'un air sévère.
Hermione hocha frénétiquement la tête, Megan acquiesça.
- J'ai écrit de très nombreuses lettres au ministère pour vous l'obtenir, je leur ai assuré que vous étiez deux élèves modèles et que vous ne vous en serviriez que dans le cadre de vos études, poursuivit-elle sans se départir de son air sévère. Je compte sur vous pour être extrêmement rigoureuses dans votre usage de cet objet.
De nouveau, Hermione hocha frénétiquement la tête et Megan acquiesça.
- Modifier le cours du temps est dangereux, plus que tout ce que vous connaissez. Ne revenez jamais plus de cinq heures en arrière. En 1899, la sorcière Eloïse Roulet-Bouley, dans le cadre d'une expérience temporelle, s'est retrouvée bloquée pendant cinq jours en 1402 à son retour en 1899, son corps avait vieilli de cinq siècles, elle est morte peu après, et l'existence de toutes les personnes qu'elle avait rencontré en 1402 fut changée de manière irréversible, entraînant la disparition de vingt-cinq de leurs descendants, leur naissance ayant été « annulée » dans leur passé. Et suite au retour d'Eloïse, une journée dura deux jours, et une autre quatre heures.
Hermione écarquilla les yeux de terreur. Megan se sentit ravie. Le professeur McGonagall sortit d'un tiroir de son bureau une très longue et très fine chaîne d'or à laquelle était accrochée un minuscule sablier. Elle le tendit à Hermione qui s'empressa de le passer autour de son cou et de le cacher sous le col de sa robe.
- Je compte sur vous, conclut McGonagall. Vous pouvez aller dîner, je vous accompagne.
Hermione et Megan quittèrent le bureau d'un pas vif. Megan se sentait mieux. Potter les attendait dans le couloir, mais n'osa rien leur demander avec le professeur qui fit le trajet avec eux jusque dans la Grande Salle où les élèves étaient rassemblés pour le festin de début d'année. Un véritable océan de chapeaux noirs et pointus s'étendait devant eux. Les élèves, répartis selon leur maison, étaient assis à de longues tables, le visage illuminé par la clarté de milliers de chandelles qui flottaient dans les airs. Le professeur Flitwick, un minuscule sorcier à la tignasse blanche, emportait un vieux chapeau et un tabouret hors de la salle.
- Oh, on a raté la cérémonie de la Répartition ! murmura Hermione.
Les nouveaux élèves de Poudlard étaient répartis dans les différentes maisons grâce au Choixpeau magique qu'ils devaient mettre sur leur tête et qui annonçait à haute voix le nom de la maison la mieux adaptée à chacun (Gryffondor, Serdaigle, Poufsouffle ou Serpentard). Le professeur McGonagall alla s'asseoir à la table des enseignants et Megan, Hermione et Potter prirent discrètement la direction de la table des Gryffondor. Les autres élèves les regardèrent passer au fond de la salle et quelques-uns montrèrent Potter du doigt. L'histoire de son évanouissement à la vue du Détraqueur avait déjà dû faire son chemin. Hermione et lui s'assirent de chaque côté de Ron qui leur avaient gardé la place tandis que Megan prenait place face à eux.
- Alors, qu'est-ce qu'elle voulait ? demanda Ron à Potter.
Celui-ci commença son récit, mais il fut interrompu par le directeur qui se leva pour faire un discours.
Le professeur Dumbledore était un sorcier d'un grand âge, que les Malfoy considéraient comme un vieux sénile. Megan savait cependant que le directeur de Poudlard n'était pas sénescent, mais elle avait beaucoup de rancœur envers ce vieil homme manipulateur. Le regard sombre, elle regarda Dumbledore avec ses longs cheveux argentés, sa longue barbe, ses lunettes en demi-lune et son nez aquilin, celui que beaucoup décrivaient comme le plus grand sorcier de son époque : il semblait ravi de voir tous les élèves de l'école rassemblés devant lui. Il exerçait un tel pouvoir au sein de cette école qu'il y avait de quoi être ravi.
- Bienvenue à vous tous, dit Dumbledore, la barbe scintillante à la lueur des chandelles. Bienvenue pour une nouvelle année à Poudlard ! J'ai quelques petites choses à vous dire et comme l'une d'elles est très sérieuse, autant s'en débarrasser tout de suite avant que la bonne chère ne vous plonge dans une euphorie peu propice à la gravité...
Dumbledore s'éclaircit la gorge et poursuivit:
- Comme vous avez pu vous en apercevoir en les voyant fouiller le Poudlard Express, l'école a dû accueillir quelques Détraqueurs d'Azkaban qui nous ont été envoyés par le ministère de la Magie.
Il marqua une pause. De toute évidence, Dumbledore n'était pas plus ravi que Megan de voir les Détraqueurs surveiller l'école.
- Ils sont postés à chaque entrée du domaine, continua le directeur, et tant qu'ils resteront là, tout le monde doit être bien conscient qu'il sera rigoureusement interdit de quitter l'école sans permission préalable. Les Détraqueurs ne se laissent pas abuser par des déguisements ou des ruses quelconques, pas même par les capes d'invisibilité, ajouta-t-il d'un ton amusé.
Megan haussa un sourcil. Cette remarque leur était directement adressée, à Ron, Hermione, Potter et elle.
- La nature des Détraqueurs ne les porte pas à prendre en considération les excuses ou les sollicitations. Je conseille donc à chacune et à chacun d'entre vous de ne jamais leur donner l'occasion de vous faire du mal. Je m'adresse tout particulièrement aux préfets, ainsi qu'à notre nouveau préfet-en-chef et à son homologue féminin, pour qu'ils veillent à ce qu'aucun élève ne prenne l'initiative de contrarier les Détraqueurs.
Percy, qui était assis à quelques mètres de Megan, bomba le torse et regarda autour de lui d'un air qu'il voulait impressionnant. Dumbledore s'interrompit à nouveau en observant avec une extrême gravité les élèves attablés. Il régnait un silence total qu'aucun geste, aucune parole ne vint troubler.
- Pour continuer sur une note plus joyeuse, reprit-il, je suis heureux d'accueillir parmi nous deux nouveaux enseignants. Tout d'abord, le professeur Lupin qui a bien voulu se charger des cours de Défense contre les forces du Mal.
Il y eut quelques applaudissements plutôt tièdes. Seuls Ron, Hermione, Ginny, Longbottom et Potter applaudirent de bon cœur. A côté de ses collègues vêtus de leurs plus belles robes de sorcier, Lupin avait l'air singulièrement miteux.
Megan remarqua alors l'attitude de Snape, le maître des potions, qui fixait Lupin. Nul n'ignorait que Snape désirait depuis longtemps le poste de professeur de Défense contre les forces du Mal, mais jamais encore il n'avait regardé son concurrent avec cet air de dégoût qui déformait alors les traits de son visage maigre et cireux. Cette expression était proche de celle qu'il réservait d'ordinaire à Potter.
- Quant à la seconde nomination, reprit Dumbledore lorsque les applaudissements se furent évanouis, je dois tout d'abord vous informer que le professeur Brûlopot, qui enseignait les Soins aux créatures magiques, a pris sa retraite afin de pouvoir s'occuper plus longuement des derniers membres qui lui restaient. Je suis cependant ravi de vous annoncer que cette discipline sera désormais enseignée par Rubeus Hagrid qui a accepté d'ajouter cette nouvelle responsabilité à ses fonctions de garde-chasse.
Megan, Ron, Hermione et Potter échangèrent un regard stupéfait puis ils se joignirent avec enthousiasme aux applaudissements tumultueux qui accueillirent la nouvelle, en particulier à la table des Gryffondor. Megan vit le visage de Hagrid : le teint écarlate, les yeux baissés sur ses énormes mains, il avait un large sourire que dissimulait sa barbe noire et hirsute.
- On aurait dû s'en douter, s'exclama Ron en frappant du poing sur la table. Qui d'autre aurait pu nous faire acheter un livre qui mord ?
Lorsque Dumbledore reprit la parole, Megan, Ron, Hermione et Potter remarquèrent que Hagrid s'essuyait les yeux avec un coin de nappe.
- Je crois vous avoir dit l'essentiel, conclut Dumbledore. Que le festin commence !
Les assiettes et les gobelets d'or alignés sur les tables se remplirent alors de mets et de boissons. Megan sentit la faim s'éveiller en elle et s'empressa de se servir de tout ce qu'il y avait autour d'elle.
Le festin fut délectable. La Grande Salle résonnait du bruit des conversations et des rires, auxquels se mêlait le cliquetis des couverts. Megan, Ron, Hermione et Potter avaient hâte cependant que la fête prenne fin pour pouvoir parler à Hagrid. Ils savaient ce que signifiait pour lui sa nomination à un poste de professeur. Hagrid n'avait pas tous ses diplômes de sorcier : il avait été renvoyé de Poudlard au cours de sa troisième année d'études, pour une faute qu'il n'avait pas commise. C'étaient Megan, Ron, Hermione et Potter qui avaient définitivement établi son innocence l'année précédente.
Enfin, lorsque les derniers morceaux de tarte à la citrouille eurent disparu des plats en or, Albus Dumbledore annonça qu'il était temps d'aller se coucher et ils en profitèrent pour se précipiter vers Hagrid.
- Bravo, Hagrid ! s'écria Hermione en arrivant à la table des professeurs.
- C'est grâce à vous quatre, dit Hagrid qui essuyait son visage luisant à l'aide de sa serviette. Je n'arrive pas à y croire... Un grand homme, Dumbledore... Il est venu me voir dans ma cabane dès que Brûlopot a déclaré qu'il en avait assez... J'en avais toujours rêvé...
Submergé par l'émotion, il enfouit son visage dans sa serviette et le professeur McGonagall leur fit signe de partir.
Megan, Ron, Hermione et Potter rejoignirent le flot des élèves de Gryffondor et gravirent les marches de marbre, puis s'engouffrèrent dans un dédale de couloirs et d'escaliers jusqu'à l'entrée secrète de leur tour.
- Le mot de passe ? demanda le portrait d'une grosse femme vêtue d'une robe rosé.
- J'arrive, j'arrive ! s'écria Percy au bout du couloir. Le nouveau mot de passe est Fortuna Major !
- Oh, non... soupira Longbottom avec tristesse.
Il n'arrivait jamais à se souvenir des mots de passe.
Les élèves franchirent le simple trou qui permettait d'accéder à la salle commune, puis les filles et les garçons montèrent les escaliers de leurs dortoirs respectifs. Megan alla s'allonger sur le lit qu'elle occupait depuis deux ans. Des Détraqueurs aux portes de Poudlard et un prisonnier évadé pour tuer Potter il était certain qu'elle ne s'ennuierait encore pas cette année.
