Note de l'auteur : Je vous envois plein d'affection.


The house song.


- Blaine ?

La main de Kurt tira sur la sienne, mais Blaine n'y prêta pas vraiment attention. Le spectacle que lui offrait le salon qui se trouvait devant ses yeux l'obnubilait complètement et même si son petit-ami s'était métamorphosé en dragon, il n'était pas certain qu'il aurait réussi à détourner le regard de la pièce.

- Hum ?

- Blaine !

Le vendeur s'arracha à la contemplation de la bibliothèque en chêne qui recouvrait deux murs et où étaient incrustées quatre fenêtres, faisant ressortir le parquet marron, pour se tourner vers Kurt, légèrement agacé.

- Oui, mon Amour ?

Un sourire illuminait le visage de Kurt, qui continuait de tirer sur sa main, comme un enfant impatient.

- C'est lui. C'est l'appartement que l'on cherche depuis trois mois.

Le modéliste et le vendeur avaient prit la décision de s'installer ensembles, après de longues conversations et mois de réflexion. L'idée leur était apparue lorsque les deux jeunes hommes avaient réalisé que, depuis deux ans, ils passaient toutes leurs soirées ensembles et que, les week-ends ou les vacances, ils étaient toujours fourrés dans l'un ou l'autre de leurs appartements. Et Kurt avait réussi à convaincre Blaine qu'acheter était une bonne solution parce que cela leur coûterait moins cher que de louer toute leurs vies, finalement.

Blaine se sentait prêt à s'engager, parce qu'il avait maintenant vingt sept ans et, surtout, parce qu'il voulait construire une relation durable avec Kurt. Et les encouragements de ses amis, dont le châtain gagnait peu à peu la confiance, l'avaient conforté dans son choix, ainsi que l'enthousiasme dont Quinn faisait preuve quand elle décrivait, au téléphone, sa nouvelle vie entre les mêmes murs qu'Artie. Quant à sa famille, ils ne savaient rien et Blaine n'était même pas certain qu'ils connaissent le prénom de son petit-ami. Mais c'était mieux ainsi, car Tom Anderson ne pourrait pas le salir en commentant la vie « débraillée » de son cadet.

- Je sais, déglutit le vendeur.

Blaine l'avait su depuis le moment où il avait passé le seuil, trente minutes plus tôt, dans le dos de l'agent immobilier portant une improbable chemise rose fluorescente. Il était aussitôt tombé sous le charme de cet appartement qui combinait une architecture moderne et une décoration évoquant les années mile neuf cent soixante. Et la cage d'escalier en fer noir qui zigzaguait le long de la façade lui avait immédiatement évoqué l'appartement de la série F.R.I.E.N.D.S, dans laquelle il avait toujours adoré les liens qui unissaient les personnages qui vivaient presque tous ensembles. Cela l'avait fait aussitôt se sentir en terrain ami, comme si Monica ou Joey allaient apparaître au détour d'une porte.

- C'est lui que je vois dans mes souvenirs, quand je m'imagine me remémorer le passé sur mon lit de mort.

- Moi aussi.

Kurt se mordilla délicatement la lèvre inférieure et Blaine tapa doucement sur le dos de sa main afin qu'il cesse de se torturer ainsi. Mais il savait ce qui inquiétait le châtain, et il voyait de nouveau les ombres noires danser dans ses yeux, figures maléfiques que Blaine détestait et dont il commençait à comprendre la danse, échos des pensées qui ricochaient dans l'esprit du modéliste.

- Quel est le prix de ce bien ? demanda le vendeur à l'agent immobilier qui observait la rue de la fenêtre.

Blaine ne se faisait pas vraiment d'illusions et il était venu visiter cet appartement sur Bleecker Street, parfaitement conscient que le prix du mètre carré était exorbitant. Greenwich Village était devenu un endroit huppé, prisé par les nouveaux riches en quête d'une ambiance moins impersonnelle que celle de l'Upper East Side ou encore de l'Upper West Side. Et les biens immobiliers s'y arrachaient comme les articles du Walmart, le premier jour des soldes.

- Deux millions cinq cent soixante quinze mille dollars, répondit l'agent immobilier en se tournant vers eux et en croisant les bras.

Deux millions cinq cent soixante quinze mille dollars ? Ils ne pouvaient pas se permettre de dépenser autant d'argent, même pour un appartement qui répondait parfaitement à leurs attentes, comme spécialement construit pour eux. Blaine ne pouvait pas demander une somme aussi importante à sa banque, parce que le banquier lui rirait au nez en voyant son misérable salaire, qui ne suffirait pas à rembourser une somme aussi imposante, même s'il travaillait jusqu'à quatre vingt ans. Et même Kurt, avec son salaire plus que correct, ne pouvait pas prétendre demander un million, parce qu'on lui répondrait qu'avec un travail dans la mode, il n'avait pas la stabilité de l'emploi.

- C'est impossible, Kurt, soupira Blaine en secouant la doucement la tête. Nous allons devoir faire un énorme emprunt.

Il s'attendait à ce que son petit-ami se renfrogne mais les yeux de Kurt devinrent brillants et il prit les mains de Blaine entre les siennes.

- Je demanderai à mon père une avance sur mon héritage.

Certes, Monsieur Hummel pourrait leur faciliter grandement l'achat s'il accordait cette faveur à son fils. Avec son garage dont les activités ne cessaient de prospérer, la somme d'argent qui revenait à Kurt était conséquente. Mais…

- Ça ne suffira pas, affirma Blaine. Si nous achetons cet appartement, il va falloir renoncer à beaucoup de choses durant un certains temps.

- Blaine…

Kurt entrelaça ses doigts aux siens et ses yeux se fixèrent dans ceux de Blaine, pour aller appuyer sur un endroit précis de l'esprit du vendeur. Ce dernier savait très bien que la modéliste s'affairait en ce moment même à faire sauter toutes ses défenses et ses argumentaires. Il détestait lorsque Kurt faisait cela parce qu'il parvenait toujours à ses fins et le faisait céder, bien que souvent Blaine n'opposait pas de véritable résistance car heureux de faire plaisir à son petit-ami. Et les rares fois où le châtain ne parvenait pas à le prendre par les sentiments, il le prenait par la ceinture. Alors Blaine devina que, d'une manière ou d'une autre, il ne joutait plus que pour le plaisir, connaissant déjà le nom du vainqueur.

- Peu importe si l'on doit vendre tous nos meubles pour le financer, continua Kurt, dormir sur un matelas à même le sol pendant deux ans et manger simplement des pommes de terre à chaque repas.

Un sourire apparut sur les lèvres de Blaine parce qu'imaginer Kurt sommeiller sur un simple matelas alors qu'il se plaignait que le lit du vendeur était trop bas, lui donnant la sensation de passer ses nuits sur « le matelas de la maison du castor de Narnia » était drôle. Il imaginait parfaitement les longues minutes de discours sur les bienfaits d'un sommier sur-élevé qui suivraient son réveil.

- S'il te plait, Kurt, souffla Blaine en levant les yeux au plafond. Tu râles déjà quand on mange des pâtes plus de deux fois par semaine.

- Mais… bafouilla le châtain tandis que son front se plissait et que ses yeux cherchait un soutien invisible autour de lui. Je… Ce n'est…

Il prit une profonde inspiration et plongea de nouveau ses iris bleu dans celles de Blaine, qui sentit sa poitrine se gonfler joyeusement tandis qu'il se laissait couler dans ce regard qui ne cessait de le secouer, même après deux ans de vie presque commune.

- Je ferai un effort, je te le promets.

- Tu es conscient que tu vas devoir renoncer aux habits de créateurs, s'amusa le vendeur.

Une moue se forma sur les lèvres du modéliste et Blaine dû se retenir pour ne pas déposer un baiser sur elles. Un sourire s'étendit sur son visage tandis que le nez de Kurt se retroussait, faisant comprendre au vendeur qu'il était contrarié.

- Blaine ! s'écria le châtain. C'est notre vie future qui est en jeu. Alors, il est évident que je renoncerai au luxe pour notre bonheur !

- Kurt…

Sa respiration se coupa momentanément devant cette déclaration, comme si Puckerman venait de surgir de nul part et de lui lancer un uppercut dans l'estomac. Il savait ce que représentait le luxe pour son petit-ami.

- Idiot, bougonna joyeusement Kurt. Je t'aime.

Son petit-ami embrassa tendrement son front, tandis que l'agent immobilier se raclait la gorge afin que les deux jeunes hommes n'oublient pas sa présence. Les joues de Kurt prirent une délicieuse teinte rose et Blaine passa ses bras autour de sa taille, avant de se blottir contre sa poitrine, ce qui sembla provoquer une crise aiguë de toux chez l'agent immobilier, pour le plus grand amusement du vendeur.

- D'accord, Kurt, murmura-t-il en enfouissant son nez dans les plis de son T-shirt.

Il déposait les armes aux pieds du modéliste et cela le soulagea parce qu'il désirait vraiment vivre entre ses murs.

- Pour l'appartement ?

- Oui.

Kurt repoussa Blaine, un immense sourire sur les lèvres, et sautilla sur place en battant des mains, ressemblant à un enfant qui venait de convaincre ses parents de lui acheter le jouet qu'il désirait. Le vendeur ne pu qu'éclater de rire à la vue de son petit-ami émettant des sons qui étaient des cris de joie étouffés, tandis que l'agent immobilier les regardaient avec méfiance, tels deux fous. Puis, après quelques secondes, Kurt se précipita de nouveau dans les bras de Blaine, le serrant si fort que cela lui coupait le souffle.

- Je vais tout faire pour essayer d'obtenir une promotion, Blaine, fit Kurt d'une voix soudainement grave. J'appellerai mon père dès que l'on sera chez moi et je vendrai les pièces haute-couture que je ne porte plus. Certaines valent une petite fortune, tu sais.

Blaine n'en doutait pas et il songea que Kurt devait vraiment vouloir cet appartement pour se séparer d'une partie des trésors qui se cachaient au sein de son armoire.

- On sera heureux ici, murmura le châtain juste contre le lobe de l'oreille de Blaine, je te le promets. Et chaque jour sera un petit morceau du paradis tombé du ciel.

- Je te fais confiance, Kurt. Je te fais confiance.