4.
En service sur la passerelle du Firestarter, Oshryn Ludjinchraft consulta sa montre.
- Il est toujours là, Rahog ?
- Oui, lieutenant. Le colonel visionne de façon accélérée tous les rapports de Mission, il se rafraîchit la mémoire, professionnellement parlant.
- Toujours à saisir le taureau par les cornes et à ne pas se ménager, murmura le blond second du Destroyer. Il ne se facilite jamais la tâche. J'en connais d'autres qui préfèrent larmoyer, geindre et se perdre dans le passé.
- Quelqu'un dans nos Archives, lieutenant ? Pardonnez mon indiscrétion, me répondez pas !
- Si, d'ailleurs en connexion avec Toshiro et sa formidable intelligence, vous trouveriez tous les deux vite la réponse ! Ce triste sire est mon père, le capitaine de la Cynique, capitaine oui car il n'a jamais eu l'envergure de plus ! Tout comme sans doute moi je serai toujours lieutenant et second – et moi c'est parce que je suis honoré d'être l'ami et le bras droit du colonel Rheindenbach !
Oshryn pianota sur les claviers de sa console.
- Route toujours sûre devant nous, Rahog ? préféra-t-il alors interroger.
- Oui, bien que…
- Bien que l'Onde soit indétectable, nous avons été payés pour le savoir, Alérian le premier !
De rage, le jeune homme martela ses accoudoirs, ayant quelques jurons malséants.
De sa place, Skemdel se leva, s'approchant pour venir étreindre et embrasser son mari.
- Nous sommes tous sur le même Destroyer, Osh ! On va faire notre boulot et seconder notre colonel, amnésique ou non !
Assis dos au mur, Alérian leva une fois de plus les yeux sur la colonne abritant Rahog le super-ordinateur de son Destroyer.
- Tu te sens mieux ? questionna ce dernier.
Alérian haussa un sourcil surpris.
- Depuis quand tu t'investis à ce point dans la vie privée des membres d'équipage ?
- Vous n'êtes pas un simple membre de cet équipage. Et puis, au contact de l'Ame immortelle du Pr Toshiro Oyama j'ai dû développer de nouvelles capacités sans seulement m'en rendre compte. Et Toshy vous adore, encore bien plus qu'il n'aime votre père, car vous êtes, avec vos fils et filles à venir, la trace concrète de son existence ! Toshiro n'a eu aucune descendance, il vit au travers des balafrés à qui il a voué sa vie et sa confiance !
- Bien résumé. Bien que je ne comprenne pas tout encore, soupira Alérian en passant les mains sur son visage.
Le jeune homme se releva rapidement, réalisant soudain justement la nouvelle souplesse de son corps.
- Zunia, tu m'as régénéré ! Toutes les séquelles des combats précédents… Ils ont été effacés ! Je suis en pleine forme, physiquement frais, trente-cinq ans, mais ma renaissance le fut à plus d'un point de vue ! Merci, ma Zunia !
Un bip fit tressaillir le jeune homme.
- L'œuf d'Or est en train d'éclore ! annonça Oshryn.
S'agitant, tentant d'esquiver les sautillements, Alérian n'en finit pas moins par rugir !
- Je ne suis pas ta maman, ton père, ou qui que ce soit ! Arrête de me mordiller, ça fait mal ! Et d'abord, qui es-tu, Dragon Vert ?
- Je suis Denver ! Pas le dernier dinosaure, mais simplement un Dragon !
- Un dinosaure ?
Denver rit.
- Je me suis réincarné tant de fois ! Une fois, ce fut même sous la forme d'un dinosaure dessin animé, avec une guitare ! Mais je suis de toute éternité un Dragon ! Et dans cette vie, je suis né du sacrifice de Fulgor, et je suis en dépit de ma taille un des plus puissants Dragons qui soit !
- Ca me semble difficile à croire…
Alérian éclata de rire, le Dragonnaud de moins de trente centimètres voletant autour de lui après lui avoir copieusement renfilé les chevilles, mordillé les mollets ainsi que les miches !
- Tu es adorable. Quelle que soit ta taille, tu es né sur mon Destroyer, j'ai à prendre soin de toi. Je connais désormais les besoins des Dragonnauds de ton âge. Bien que là je pense qu'un simple steak de un kilogramme suffira !
- Je pourrais en dévorer plusieurs tonnes !
- Non, pas cette fois, et je ne dispose pas de cette réserve de nourriture. J'ai un équipage à ravitailler ! Mais je vais te nourrir. Je te le promets.
- Je n'en doutais pas, Alérian.
Et en un geste irréfléchi, machinal, profond d'amitié soudaine, Alérian embrassa le museau du Dragonnaud vert !
