Il a fallu du temps pour le terminer, beaucoup trop à mon goût.

Bonne lecture !


Le téléphone. Comme un signal de détresse, comme la dernière chose qui relie Shikamaru à la réalité.

Il est à l'hôpital. En train d'attendre et appelle son meilleur ami. Il est 17h.

Temari est entrée aux urgences à 14h 38 exactement, et depuis plus de 2h, Shikamaru attend des nouvelles. Un signe. Quelque chose.

Un détail sur le visage d'une infirmière, un tremblement de la part du médecin.. Un signe.

Quelque chose qui le ramènera a la vie.

« Elle s'est évanouie »

C'est la seule chose qu'il avait réussit à obtenir des visages fermés et stoïques du personnel médical.

Mais quand on est amoureux, ça ne nous suffit rarement pas.


Son meilleur ami l'avait prévenu; cela risquait de se dégrader. De continuer. De devenir omniprésent, jusqu'au point ou elle craquerait. Ou le corps lâcherait sans aucun signe avant coureur.

Mais il ne sait comment réagir. Faut-il l'a rassurer ? Lui dire la vérité sur le triste destin qui l'attend ?

Il a envie de partir en courant et de fuir ces histoires, cette histoire, cette chose qui la ronge depuis longtemps.

Il a envie mais ces jambes ne bougent pas.

Car si il y a bien une chose dont il est sur, c'est que l'amour ça rend vraiment fou.


Elle aimerait dire que la première chose qui l'a frappée quand elle a ouvert un œil était la lumière blanche du ciel. Ou celle du plafond de l'hôpital.

Ou encore que tout n'était que ténèbres et qu'elle avait du crier pour se réveiller.

C'est un plafond couleur vert qui l'accueille, et une tête appuyé contre son lit, aux cheveux noirs.

Elle le reconnaît directement et ne sait pas si elle doit s'énerver tout de suite ou laisser un peu le temps à sa colère de mijoter pour bien choisir chaque mot, phrase, chaque souffle de ces prochaines répliques. Mais finalement elle ne dit rien. Sa respiration s'adapte même a celle du photographe et elle l'observe tout en reprenant doucement des forces, ou en tout cas la possibilité d'ouvrir son second œil puis de bouger un peu ses membres.

Et alors qu'elle veut prononcer un mot, sa gorge se bloque. Que dire face à ce qu'il vient de lui arriver? Que cela le début d'une longue liste d'évanouissement, jusqu'à ce que le corps lâche, que le cœur se vide et que les muscles crient ?

Ou alors qu'elle et tout simplement émue de le voir, ici, a côté d'elle, étalé sur son lit. Depuis combien de mois ne l'a t-elle pas vu ? Cette pensée ne l'effraye pas, elle se sentait libre, indépendante, et ne devait des comptes à personne. A personne sauf à Ana.


Le médecin l'interrompit dans ces réflexions, il avait observé son réveil a travers la porte et ouvrit doucement celle ci pour lui parler.

- Mademoiselle ?

- Oui.

- Vous vous sentez mieux ?

- Je me suis toujours sentie bien.

- Vous êtes vraiment maigre pour votre taille.

- Vraiment ? Merci.

Il fronça les sourcils, de façon tellement subtile que Temari ne le remarqua même pas. Il le savait, il le voyait, le traumatisme était là.

Le son produit par leur conversation fit sortir délicatement Shikamaru de son sommeil. Il ouvrit les yeux, leva doucement la tête et croisa le regard de Temari.


Le temps s'arrêta.

Elle était maigre, trop pour lui, mais tellement fière à le fixer avec ses magnifiques yeux verts. Ses cheveux blonds tombaient sur ses épaules et cela la rendait encore plus belle qu'elle ne l'était déjà.

Il l'aima. D'un amour infini, profond, comme le gouffre où elle s'engouffrait et où il la suivait inflexiblement.

Elle détourna le regard, gênée et le temps repris son cours. Plus vite qu'a la normale.

Le médecin remarqua rapidement que le jeune garçon était réveille et décida de partir. Non besoin d'être discret, la jeune fille blonde ne détachait pas son regard du jeune homme.

« - Tu vas bien ? , demanda Shikamaru, encore un peu endormit.

- Oui.

- On dirait pas.

- Fausse impression.

Elle bailla un peu, comme un reste de son coma, comme un dernier sursaut de ce qui venait de se passer. Shikamaru l'avait longtemps observé endormie et n'avait pas aimé. Il détestait regarder les gens dormir, c'était une action qui ressemblait tellement à la mort qu'il en avait horreur. Malgré la beauté de Temari, il s'était senti mal à l'aise mais n'avait pas réussit à partir. Ou voulu.

Shikamaru détestait toute les situations ou il se sentait mal à l'aise. Quand quelqu'un pleurait devant lui il se sentait perdu et préférait ne rien dire, ce qui n'arrangeais pas forcément les choses.

Temari n'aimait pas non plus que quelqu'un pleure devant elle. Mais elle se disait souvent intérieurement que si quelque chose de grave lui arrivait, elle aimerait qu'une personne l'écoute. Même si elle pleure.

- Tu vas mourir.

La phrase était mesurée. Précise. Il savait quoi faire en la disant maintenant. Alors Shikamaru osa et déclara ces trois mots, au combien plus puissant et plus dévastateur que les « je t'aime. »

Elle ne trembla pas, ne fit pas un geste. Un de ses cheveux tomba doucement sur son épaule, et Shikamaru se demanda si ce n'était pas une larme caché qui avait fait glisser cette mèche.

- Quand ?

Elle prononça ses mots d'une voix rauque. Elle assimilait doucement mais ne semblait pas y croire. Pourtant elle s'était engagé dans cette voie en le sachant. Ana ne lui disait pas tout, mais Temari avait bien compris que ce régime avait des limites. Et des chutes.

- Les médecins ne savent pas encore précisément.

- Quel intérêt à me le dire alors ?

- Celui de te faire réagir.

- Je ne suis pas malade. De plus si mon corps à des problèmes ça ne te concerne pas.

- Tu as bien raison. Mais entre nous ce n'est pas moi qui me suis évanouie et qui ai appelé l'autre.

- Je n'avais pas d'autres noms à l'esprit.

- Tu n'as pas d'amies ?

- J'en ai..

« J'en ai eu. Avant qu'une personne me détruise le corps et mange doucement mais sûrement la graisse qui l'habitait. Avant j'avais une vie sociale, des amies et des contacts avec ma famille. Maintenant j'ai une amie mais elle s'appelle Ana et ne risque pas de venir. »

Elle n'ajouta rien alors que toutes ses pensées se frayaient une place dans sa tête.

Il se leva, elle devait se reposer et il n'avait plus rien à faire ici. Partir lui faisait mal au cœur, à la tête et au corps mais il n'avait pas le choix.

Elle soutint son regard, comme une bouée de sauvetage, la seule chose qui la relie à un monde encore rond et plein de forme. Il ne dit rien, fait un léger signe de la main et part. C'est mieux comme ça. Il faut mieux ne rien ajouter pour le moment.

En franchissant la porte de l'hôpital, son téléphone se mit à sonner, et il dû fouiller bien 5 minutes pour le trouver dans une de ses poches.

- Allo ?

C'est fou le nombre de temps qu'on gagne en ne regardant pas qui nous appelle et en décrochant tout de suite. C'est fou les surprises qu'on a quand la personne qui vous appelle n'est pas celle a qui vous vous attendiez.

- Allo ? Bonjour M. Nara, c'est le propriétaire de la gallery Polka Photo.

Shikamaru soupira doucement, et ses espoirs discrets partirent avec ce soupir. Comment avait-il pu penser que c'était elle qui allait l'appeler ? Elle ne devait même pas avoir son téléphone dans sa chambre d'hôpital.

- Je vous écoute.

- Nous aimerions exposer votre photo, celle que vous avez chez vous. La jeune fille blonde qui regarde l'objectif.

- Oui je vois très bien, je suis tout à fait partant, j'écoute vos demandes.

- Il nous faudrait le fichier de la photo en haute résolution, votre autorisation écrite et l'autorisation de la fille qui pose dessus. Ainsi que la date de la prise de vue, l'heure et un titre pour le cartel s'il vous plait.

- Je vais faire de mon mieux, envoyez moi votre adresse email par texto s'il vous plait.

- Aucun problème j'attends tout cela avec impatience.

Shikamaru sourit, souhaita une bonne soirée à ce cher monsieur qui venait d'illuminer lentement sa journée et raccrocha. Pour faire demi tour et retourner vers la chambre de la belle au bois dormant.

Temari s'était rendormie, le corps meurtri et complètement inanimé. Le médecin la regardait d'un air inquiet et pouvait presque percevoir la présence de l'anorexie au côté de la jeune fille. Il pouvait sentir la présence de deux bras puissants qui enlaçaient la jeune fille. Non pas cette image de chaîne stupide que les gens avaient coutume d'imaginer. C'était un contraste qui l'avait toujours fait rire, les filles n'étaient pas prisonnières de leurs « maladies ». Elles en étaient l'unique source et l'accueillaient à bras ouvert tant qu'elles ne s'étaient pas réveillées de ce doux rêve.

Alors que le médecin était perdu dans ses réflexions, Shikamaru se glissa discrètement dans la chambre de Temari.

Il constata qu'elle dormait profondément et n'aimant toujours pas regarder les gens dormir il décida de laisser un mot sur sa table de chevet lui signalant qu'il avait besoin de son autorisation pour une photo. Il lui demanderais de le rappeler pour avoir tout les autres détails.

Après cette tâche faite, il se retourna vers elle, et l'observa juste quelques instants. Quelques instants qui donnèrent lieu à une étrange certitude pour lui.

Voulant mimer les célèbres films d'amour, il se baissa lentement vers elle, s'approchant de ses lèvres. Il constata encore une fois qu'elle avait vraiment maigrit et que cela allait continuer, allait de pire en pire.

Et comme dans un rêve éveillé, ou dans une réalité parallèle ou les gens ne sont plus les mêmes, il l'embrassa. Pressa délicatement ses lèvres sur les siennes pour obtenir ce lien physique si important, et à la fois si simple.


Retenant sa respiration, il tenta de profiter de ce moment. Un moment teinté de bips électroniques et de pas dans le couloir. Un moment ou le silence se fit dans l'esprit de Shikamaru. Son moment.

Temari ne réagit pas, profondément endormie. Son rêve changea juste un peu et elle eu l'impression que rien de grave n'était arrivé dans sa vie. D'ailleurs c'était le cas lui murmurait Ana, rien de grave n'était arrivé.

Le médecin, appuyé sur la porte rigole. Il rigole de voir ce jeune homme embrassant cette jeune fille. Il rigole par ce qu'il sait qu'avec un ami, un amour, un soutien, tout est plus facile.

Shikamaru rompit le baiser et se releva doucement. Les bips de l'hôpital étaient toujours là, le médecin était plongé dans ces papiers mais pour lui, le monde avait changé.

Il voyait presque une mélodie dans ces bips et il savait que malgré la force de son amour pour Temari, il reviendrait dans ses murs pour un ultime évanouissement de la part de sa bien aimée.

Il espérait juste que ce jour n'arrive jamais.


Temari sortit quelques heures plus tard de l'hôpital, un mot dans la poche signé de son photographe « obligatoire » et toujours rien dans l'estomac.

Ana la nourrissait assez.

De haine surtout envers les autres et envers elle même.

Temari avait toujours détesté les mêmes choses depuis qu'elle avait pris du poids il y a quelques années.

Elle avait toujours détesté entendre les garçons dirent qu'une fille était « bonne ». Elle les haïssait pour cette expression qui résumait en un mot vulgaire la personnalité et le physique d'une fille inconnue. Pour contrer cette expression elle avait commencé à l'utiliser de façon ironique. Cela n'avait pas marché, elle avait arrêté.

Elle détestait aussi la pratique de certaines filles qui consistait à échanger leurs vêtements.

Sans le vouloir, et même si elle aimait beaucoup les filles en question elle trouvait que c'était une véritable épreuve ou les différentes filles se jugaient malgré leurs amitiés sur la qualité des vêtements, des sous vêtements et de la cohérence de l'ensemble.

Elle avait refusé de le faire, on l'avait peu à peu exclue. Comment leur dire qu'elle ne risquait pas de rentrer dans leurs vêtements ?

Et par dessus elle détestait les filles qui en faisant du 34 en taille de pantalon se sentaient « grosse ».

Temari aurait voulu leurs prêter des kilos juste pour une journée, pour qu'elles comparent. Qu'il est dur de courir avec 70 kilos dans les jambes et dans le ventre.


Ana savait très bien tout cela et l'exploitait au maximum. Dès qu'une jolie fille passait a côté de Temari dans la rue, Ana lui murmurait que toute façon cette fille n'était pas assez maigre et que Temari le serait bientôt.

Alors celle ci se mit à détester les gens sans aucune raison.

Sauf Shikamaru.


Il fallut seulement une semaine à Shikamaru pour avoir des nouvelles de Temari. Elle lui laissa un message sur son répondeur avec comme seule indication une heure et un lieu de rendez vous. Elle voulait lui parler du projet d'exposition et de sa photo.

Au son de sa voix, et de ses intonations, Shikamaru devina qu'il y aurait fort à faire. Elle ne semblait pas du tout d'accord qu'on l'expose ainsi aux regards de tous et vu sa situation il comprenait parfaitement. Mais il ne pouvait s'empêcher de se dire que un jour, cette photo servirait de déclic à Temari pour qu'elle se dise « Je suis belle ». Il faudrait énormément de temps mais il ne désespérait pas. Loin de là.

Le rendez vous était fixé dans le courant de la semaine prochaine, Shikamaru se préparant déjà mentalement à affronter une pierre, fixée sur ses idées, résistant au grès du vent.

Son meilleur ami l'invita à une soirée, invitation que Shikamaru déclinait aimablement la plupart du temps, mais une soudaine envie de se changer les idées le poussa en avant et il accepta.

C'était une soirée étudiante organisé par le comité de la fac de médecine, mêlant plus des gens de l'extérieur que d'étudiants en médecine même. L'alcool coulait à flot, les gens mélangeant la bière avec le whisky sans aucun problème. On entendait déjà certaines personnes vomir, d'autres chanter à pleins poumons et la dernière catégorie des inconnus qui s'embrassent au bout de 10 minutes dans le couloir.

Shikamaru n'avait pas besoin de beaucoup boire pour être dans l'univers. Il n'aimait pas danser, ni faire la fête mais il y avait un petit quelque chose dans cette soirée qui lui donnait un élan de « folie ».

Il s'abandonna sur la piste de danse avec une jeune fille très aimable dont il ne se souvenait même plus le nom. Elle avait discuté avec lui quelques minutes puis l'avait finalement entraîné danser. Il l'a trouvé jeune mais il s'en fichait, il aimait passer pour un homme mature dans certaines situations. Il protégeait cette jeune fille comme il aurait aimé protéger Temari. Mais cela il ne se l'avouerait jamais.

La jeune fille déclara avoir 18 ans, lui beaucoup plus. Il lui dit et elle rigola bêtement, comme une adolescente avant de continuer à danser.

Elle l'embrassa, ou lui, il ne se souvient pas des détails. Il se souvient de l'alcool, de ses lèvres sur les siennes qui lui faisait penser à celle de Temari.

Elle avait un corps tout à fait différent par rapport à celui de Temari, il le découvrait au fur et à mesure que ses mains se baladaient au rythme de la musique. La jeune fille inconnue avait une taille fine, des jambes fines..elle était bien foutue comme le disait si bien son meilleur ami. Elle n'avait pas beaucoup de poitrine mais cela s'accordait bien avec le reste de son corps. Il se laissa porter, même quand elle l'emmena dans une chambre à l'étage.

Ils s'installèrent sur le lit et au fur et à mesure des baisers, des odeurs de boissons qui enrobaient la pièce, Shikamaru lâcha prise.

Il se réveilla quelques heures après dans le même lit, pratiquement nu, la jeune fille nue à ses côtés.

Petit soupir de la part de Shikamaru.

Il se leva, calmement, reprit ses vêtements et commença à s'habiller.

- On sort ensemble ? , demanda une voix

- Pardon ?

C'était la jeune fille. Son nom lui échappait toujours mais il se demandait si elle lui avait vraiment dit ou si il avait rêvé.

- Bah on a couchés ensemble, on se plaît, on devrait sortir ensemble.

Shikamaru resta bouché bée. Il n'y croyait pas. Lui qui pensait partir gentiment se retrouvait à se trimballer une jeunette de 18 ans obsédé par le fait d'avoir un copain. Il ne voyait que ça. Elle voulait sûrement se vanter d'avoir un « boyfriends » plus âgé, prêt à faire n'importe quoi...

Il n'était pas de ce genre là.

- Non, tu me plaisais mais là j'ai pas envie d'avoir une copine.

Il ne lui laissa même pas le temps de répondre et sortit de la chambre. De la maison, de la vie de cette jeune fille. Il commençait déjà à se haïr pour sa lâcheté et pour son caractère. Mais il ne voulait pas se laisser marcher sur les pieds.

Et c'est en sortant une clope de sa poche, en l'allumant qu'il se rendit compte qu'il n'y a pas si longtemps il aurait dit oui. Que si Temari n'était pas tombée dans les pommes, si il ne l'avait pas revu, il aurait dit oui à cette jeune.

Il se sentit misérable et courba la tête.


Temari avait passé la soirée devant son ordinateur à lire des sujets de forums parlant de livres, de films ou d'autres sujets artistiques qu'elle aimait particulièrement. Elle ne voulait pas faire un tour sur les forums pro ana, elle ne comprenait pas comment les filles pouvaient afficher pour le monde entier leurs méthodes.

Elle refusait d'aller sur ces sites, cela voudrait dire accepter le fait qu'elle était « anorexique ».

Malgré ce que lui avais dit les médecins, elle n'y croyait pas. Elle n'était pas malade. Elle faisait juste un petit régime. Plus efficace que les autres c'est tout.

Le rendez vous avec Shikamaru approchait à grand pas et elle ne savait toujours pas si elle allait le laisser utiliser cette fameuse photo, celle qui les reliait d'un lien plus fort que tout. Un lien que Ana rongeait sans cesse, qu'elle souhaitait voir disparaître et qui se solidifiait à chaque fois que Shikamaru entrait de nouveau dans la vie de Temari.

Ana restait alors patiemment à attendre le jour où celle ci tomberait sous son emprise total.

Baissent, baissent les kilos.

Enfonce toi plus profondément,

Mange, mange la poussière,

Descend descend dans le noir.


Pour toi, C.

Une bonne année à tous, et si je continue à prendre autant de temps.. à l'année prochaine! ( Non non je rigole.)