Quand Sherlock entra dans la petite maison de banlieue de Gail Hyde, il s'attendait à tout sauf à découvrir une maison décorée avec goût et avec des matériaux plutôt nobles. Il s'était peut être trop attaché à l'image dégradée des banlieues et de ses habitants toujours plus proches du RMI plutôt que du FMI.

Il s'était trop cantonné à l'apparence comme une quelconque personne lambda – il souffrait très fort au fond de lui mais il ne voulait pas le montrer – et c'était pourtant le mode de vie de Gail Hyde. Elle qui semblait vivre au-dessus de ses moyens afin de retrouver l'éclat glorieux de son ancienne vie qui la hantait, afin d'oublier les erreurs commises autrefois c'était humain après tout de vouloir retrouver son petit confort, chérir ses espoirs passés comme s'ils étaient toujours d'actualité, se fourvoyer dans des illusions qui faisaient du bien au cœur pour oublier le quotidien triste à en mourir.

D'après le blabla du collègue de Lestrade – c'était quoi déjà son nom ? –, Gail Hyde avait du venir habiter chez sa mère après avoir été renvoyée d'un grand hôtel de luxe il y a de cela 5 ans pour, soi-disant, faute professionnelle Gail avait toujours nié une quelconque faute, elle avait toujours fait le même job en 20 ans d'ancienneté.

Depuis, elle n'avait pas trouvé de job stable et avait enchaîné les petits boulots mal payés et aidait sa sœur à payer son loyer et à subvenir aux besoins des enfants de Madeleine. Mais la cohabitation était devenue de plus en plus difficile au fil des années dû à une vie toujours plus chère, à cette sensation d'être étouffé(e) dans cette petite maison, aux jugements qui n'avaient jamais cessé de déferler depuis peu, une ambiance glaciale s'était installée à la maison.

Sherlock remarqua que les deux femmes avaient bannis les hommes de cette maison, acceptant simplement le garçon de Madeleine, car aucunes photos d'un mari n'étaient accrochées ou encadrées comme ça, elles avaient des airs d'amazones. Les seuls endroits où il y avait une possible trace des hommes étaient sur des papiers de jugements de Madeleine.

Il y avait une belle photo de famille réunissant Madeleine, Gail et les deux enfants de Madeleine, il y avait un sourire sur chaque bouche et ils transpiraient tous le bonheur, il y avait juste Madeleine qui avait encore les restes d'un coquard qu'elle avait tenté de dissimuler derrière du maquillage. Cette photo semblait symboliser un nouveau départ dans une famille unie et indivisible mais Sherlock avait bien vu que cette famille était unie que pour les apparences – encore – et ne semblait pas capable de l'être réellement, il y avait une fracture sous la surface qui ne cessait de s'agrandir au fil des années et ce secret consumait la famille Hyde à petit feu sans que personne ne s'en rende compte.

Gail les avait accueilli avec un sourire charmant mais celui-ci avait vite disparu en entendant Lestrade lui proposer d'aller s'asseoir et que leur venue concernait sa sœur son visage n'avait, alors, cessé de se creuser et de s'assombrir au fur et à mesure de la discussion.

Lestrade commença par aborder que c'était une hypothèse que ce soit Madeleine qui ait été retrouvé mais que cette hypothèse était sûre à 99 % vu que c'était Sherlock qui l'avait pointé du doigt.

– Y avait-il des circonstances spéciales lorsque Madeleine a disparu ? (demanda Lestrade alors que l'inspecteur Lockhart avait sorti un carnet et un stylo)

– Non, elle semblait aller bien, et le fait qu'elle est retrouvée un travail lui faisait du bien, elle retrouvait le goût de parler aux gens et partager des choses avec eux. Elle me paraissait heureuse en fait (sanglota Gail)

– Elle n'entretenait plus aucune relation avec son ex-mari, qui d'après ce que j'ai pu lire, était un homme violent.

Les enfants ne regardaient personne dans les yeux mais suivaient, la tête basse, les mouvements de Sherlock dans la pièce, scannant chaque détail sans vraiment faire attention, et observant chaque geste qui pourrait trahir la petite famille Hyde. Sherlock ressemblait alors à un rapace en train de regarder ses proies encore insouciantes et il ne semblait pas le seul à regarder les enfants car le lieutenant Lockhart, entre deux notes, jetait des coups un œil sous ses lunettes teintées.

Gail ne répondit pas à la question de Lestrade et jeta un coup d'œil aux deux enfants qui ne cessèrent alors de s'enfoncer dans le canapé orange sur lequel ils étaient assis.

– Maman a vu que Papa allait peut être sortir de prison et on pensait pouvoir faire quelque chose (commenta la fille Hyde)

– « Elle a vu », c'est-à-dire ?

– Elle se documentait souvent sur la situation de son ex-mari (répliqua Gail) c'est assez normal après tout, non ?

Et alors que les questions continuaient à être posées, Sherlock avait disparu du salon et s'était promené jusqu'aux chambres de la tante et des deux gosses. Il fouina


Quand elle entra dans le café, Young ne la remarqua pas au premier coup d'œil. En fait, elle ne la remarqua pas du tout comme la plupart des gens peuplant ce café silencieux, parfait pour travailler et se vider la tête devant une tasse fumante de son péché mignon.

Young était retournée à son ordinateur, surfant sur internet, lisant des articles de journaux internationaux, des pages wikipedia, des thèses de grands professeurs, des vidéos de chiens en train de faire des bêtises et les dernières nouvelles sur twitter. Son nez en trompette se retroussait souvent à chaque fois qu'elle lisait quelque chose car elle ne comprenait, car cela paraissait irréel, car cela était contre ses idéaux, car cela était un aberration enfin, Young fronçait souvent les sourcils et son nez bougeait dans tous les sens. Et alors qu'elle allait ouvrir une page word, elle remarqua qu'une jeune fille était assise en face d'elle.

Elle sursauta bien évidemment car la surprise était bien réelle. Elle avait sans doute lever les yeux il y a même pas une minute et cette adolescente n'était pas encore assise. Ou elle n'en était pas sûre et c'était bien ça le problème, elle n'avait aucun repère afin de se rassurer, afin de se dire qu'elle n'était pas une victime et qu'elle n'était pas une accro à son pc. Afin, quelqu'un venait de s'asseoir en face d'elle, cette fille aurait pu la tuer en lui mettant entre les deux yeux une putain de balle, cette fille aurait pu la poignarder Young venait de se rendre compte que certaines personnes étaient tels des fantômes.

C'est vrai. Elle n'avait pas été alerté par la présence de cette fille, elle ne l'avait même pas entrer dans le café, elle ne l'avait pas entendu pousser la chaise, elle n'avait pas entendu la tasse de chocolat chaud de la fille se poser contre la table en bois laqué. Cette fille était un putain de fantôme, une ombre qui vivait dans celle des autres, une existence que l'on pouvait comparer à un souffle ou à un clignement de paupière. Et cette fille semblait tout faire pour continuer à paraître comme un spectre : elle était vêtue comme n'importe qui, elle avait juste cette capuche sur sa tête dissimulant ses cheveux roux elle était comme n'importe quelle fille de quinze ans, elle était un parfait copy-cat.

Young n'osa pas parler, encore surprise par cette intrusion dans son espace personnel. La fille ne semblait pas vouloir parler, elle n'en avait sûrement pas besoin peut être.

Elle posa sur la table une clef USB et but une gorgée de son chocolat sous le regard noisette de Young.

– Qu'est ce que c'est ?

– Vous êtes journaliste, non ?

– Oui et … ?

– Vous saurez alors quoi en faire.

– Pourquoi tu me donnes ça ?

– Je ne suis qu'une coursière, et je n'ai pas envie de te spoiler.

Young allait dire quelque chose mais la fille se leva et partit du café. La jeune femme ne fit pas un seul mouvement pour l'arrêter, peut être qu'elle n'en avait pas envie après tout, car cette clef USB avait attiré sa curiosité. Et cette fille n'avait plus aucun intérêt étant donné qu'elle n'était qu'une coursière et que la personne qui lui avait donné cette clef n'allait pas être à la portée de la toute petite Clara Young.

Elle mit la clef USB sur son ordinateur. Il n'y avait qu'un document avec plusieurs fichiers, des photographies, des vidéos et des notes. C'était dense malgré le peu de fichiers présents et plus Young lisait et regardait les fichiers qu'elle ouvrit, plus ses yeux s'agrandissaient, son cerveau semblait avaler goulûment ces informations nouvelles et réfléchissait à l'utilité de celles dans un futur proche. Son cerveau affichait un dessin animé mué en ce moment même où une vache en salopette peignait sur un fond noir une livre sterling blanche entourée de points d'exclamations c'était ça son futur et son futur allait se produire dans l'heure à venir.


Quand il entra dans l'appartement, ce fut comme si un loup venait de rentrer dans la bergerie avec sur lui une peau de mouton encore ensanglantée.

Sherlock l'avait défié du regard dès que son grand frère avait posé un pied dans l'appartement. Il avait vu le regard plein de dédain de son frère sur chaque personne dans cette pièce, il avait vu la supériorité qu'il se permettait au fond de Sherlock, quelque chose se passait, une rage sourde longtemps réprimée née de cette confrontation constante, née de cette différence intellectuelle, née de cet ego mal placé.

Sherlock sentait l'haleine du loup, encore parfumée par quelques secrets et quelques complots, encore dégoulinante d'un dernier carnage.

Et Sherlock savait que la présence de Mycroft n'était pas un hasard car il n'y avait jamais de hasard lors de ses visites.

Il se mit à l'endroit où tout le monde pouvait le voir et il s'appuya nonchalamment sur son parapluie. Son regard sonda Sherlock et nota les désastres que causaient chez lui l'ennui et l'inactivité, puis s'attarda longuement sur Mary et John, remarquant quelques changements apportés par la vie de couple et les difficultés traversées, Lestrade et ses blessures superficielles qui le faisaient souffrir, Lockhart accablé par le poids du monde sur ses épaules. Mais au fond, il n'était pas venu pour s'occuper des problèmes personnels des proches de Sherlock, il avait un gouvernement à supporter et des problèmes bien plus graves qu'une amourette incapable de survivre à la réalité si cruelle.

– J'ai lu que Londres avait été secouée.

– Tu n'as pas déjà trouvé les coupables ? (demanda Sherlock)

– Les femmes et les hommes de Scotland Yard reçoivent un salaire, autant qu'ils le méritent un peu. (Mycroft regarda Lestrade) Alors ?

– La victime a été choisi, c'est une certitude.

– Une vengeance ?

– Non. (La réponse de Sherlock trancha et laissa un blanc de quelques secondes. Il en profita pour se lever et fit quelques pas) Le mobile est plus une demande de reconnaissance, le meurtrier voulait que Londres voit qu'il existe, il voulait la faire trembler et lui montrer qu'elle n'était pas l'abri du chaos.

– Tu es en train de me dire qu'une femme battue a provoqué cette histoire de recherche de reconnaissance ?

– Elle n'est qu'un maillon dans la chaîne, tu le sais autant que moi.

– Il faut bien l'expliquer à tout le monde. (Le regard de Mycroft se perdit dans le vague pendant quelques secondes, comme s'il fixait un point invisible, comme s'il cherchait un regard perdu dans l'incompréhension) Et tu vas continuer à enquêter ?

Bien évidemment que le petit Holmes allait continuer à enquêter. Il n'y avait pas juste Sherlock Holmes comme nom sur cette affaire, il y avait aussi John Watson et pour ça, il allait continuer à creuser, pour John et sa présence si importante, il allait continuer à chercher car il se sentait vivre de nouveau, car il était de nouveau le plus grand détective que l'époque ait connu.

– Le mari peut être lié d'une manière ou d'une autre tout comme les enfants ou la sœur. Et Molly n'a pas fini tous ses tests.

Un sourire discret fit bouger les lèvres de Mycroft. Il pivota autour de son parapluie, tournant le dos à l'assemblée et déclara :

– Sherlock, si tu veux enquêter, je te conseille de te dépêcher car cette chère Madeleine a été utilisé afin de mettre le feu au poudre et quelque chose de gros va arriver, Londres va être mise à genou et tu seras une cible.

– C'est là qu'est l'intérêt du jeu, non ?