Lights

Partie 4

L'aube venait tout juste de couvrir la ville de ses rayons rosés lorsque Sena rouvrit les yeux. Il poussa un soupir et tira ses bras de sous la couette afin de se frotter les yeux. Il se retourna sur l'autre flanc et sursauta avant de sourire à la vue du blond calé contre lui.

Les bras du quaterback l'entourait et ses jambes s'emmêlaient avec les siennes. Sa joue portait la marque des plis de l'oreiller, ce qui fit pouffer le brun.

Sena se serra contre le torse de son capitaine et fit remonter sa main le long de sa colonne vertébrale, un simple frôlement du bout des doigts. Il était bien. Il se sentait à sa place. Et cela ne l'effrayait même pas.

Hiruma se tortilla quelque peu sous l'administration que lui prodiguait le running back, et il ouvrit les yeux en grognant. Le visage de Sena apparut dans son champ de vision et il poussa un nouveau grognement, de contentement cette fois.

C'était la première fois qu'ils passaient la nuit entière ensemble.

La main du blond se leva et repoussa quelques mèches brunes qui tombaient devant les yeux de Sena, avant de glisser contre sa joue et la prendre au creux de sa paume. Le plus jeune ferma les yeux et appuya sa tête contre le contact, un sourire aux lèvres.

« Yoichi-san… Chuchota-t-il. Ce n'était ni une question, ni une quelconque affirmation. C'était un simple constat. Sena faisait rouler le prénom sur sa langue comme s'il s'agissait d'un bonbon. Un bonbon acide à l'extérieur mais sucré à l'intérieur. Son sourire s'élargit.

Hiruma se pencha en avant pour l'embrasser, mais Sena ne put s'empêcher de reculer la tête.

-Ah… Désolé, mais comme je viens tout juste de me réveiller, je me suis pas lavé les dents et mon haleine doit être…

-Mais qu'est-ce qu'on s'en fout. Le coupa Hiruma avec un reniflement dédaigneux, avant de le tirer de force pour l'embrasser. Sena poussa une exclamation, puis se détendit. En fait, ce n'était pas aussi horrible qu'il avait pu l'imaginer.

Il ferma les yeux et se relaxa dans l'embrasse de son amant, avant de retourner le baiser et se raffermir sa prise dans le dos du blond.

Lorsqu'ils se séparèrent, Sena plongea ses yeux noisette dans ceux verts, presque bleus, du capitaine et se contenta de le fixer pendant un bon moment. Hiruma lui rendit la pareille, sans dire un seul mot non plus.

Puis, soudain, le running back ouvrit la bouche et murmura :

-Merci.

Un des sourcils du blond se haussa.

-Pourquoi ça, fucking chibi ?

Sena sourit devant l'appellation et repris son sérieux afin de s'expliquer :

-Merci de l'avoir forcé à porter l'uniforme… Ce jour-là. Sinon, je n'aurais jamais connu le foot américain. Je n'aurais jamais eu de but dans la vie. Et je…

Il fit une pause et se mit à rougir.

-Je ne t'aurais jamais rencontré.

Hiruma continuait de le regarder, avec la même expression qui avait suivi sa déclaration d'amour la veille.

-Yoichi-san. Avec toi je me sens… Utile et à ma place. Comme si j'avais toujours été destiné à être là.

-Tu l'es. Tu es fait pour ce sport. Ça coule dans tes veines.

-Je parle d'être avec toi, Yoichi-san.

-…

Sena eut un petit sourire devant le manque de réaction de son quaterback. Il leva la main et caressa sa joue encore marquée des plis de la taie.

-Je t'aime, Yoichi-san. Répéta-t-il avec tout le sérieux dont il était capable.

Les yeux en amande le sondèrent encore quelques secondes avant de se détourner vers le plafond.

-Tch. Fit le blond en roulant sur le dos, sans pour autant retirer la main du brun de son visage. Celui-ci se redressa sur un coude et étudia, l'air inquiet, l'expression du blond. Il avait les sourcils froncés et se mordillait l'intérieur de la lèvre inférieure.

-Yoichi-san… ? Questionna-t-il doucement, ses yeux cherchant à entrer en contact avec ceux de son aîné. Qui l'évita délibérément.

-Chibi. Sena. Si y'a bien une personne qui doit des remerciements ici, c'est moi. Pour t'avoir rencontré. Sans tes putains de jambes… Jamais on n'aurait été là où on est. Jamais on n'aurait eu d'équipe comme celle-ci. Le Christmas Bowl était un rêve complètement inaccessible jusqu'à aujourd'hui.

Et cette fois, il tourna son regard vers son petit amant et le plongea directement dans le sien.

-Et aussi pour avoir été capable de… M'accepter comme je suis.

Sena ouvrit la bouche de surprise. Hiruma crut qu'il voulait parler parce qu'il agita la main pour le couper.

-Je suis un connard. Je suis un démon. J'utilise n'importe moyen pour arriver à mes fins et je flanque la trouille à tout le monde –sauf peut-être la fucking manager. Je dois posséder la moitié de la terre au creux de ma main. Je n'attendais rien du côté des relations humaines et de toute façon, j'en avais rien à battre. C'était bien comme ça. Je n'espérais rien. Et pourtant…

Il détourna de nouveau les yeux et Sena garda la bouche ouverte, complètement stupéfié par ce qu'était en train de lui révéler le blond.

Un silence de quelques secondes s'écoula, avant qu'Hiruma ne tourne de nouveau la tête vers Sena et murmure en un faible souffle :

-Merci.

Le brun sentit un picotement dans les yeux, et il dû combattre les larmes qui menaçaient de couler. Un sourire incontrôlable s'étira sur sa bouche et il se pencha au-dessus du blond pour l'embrasser.

Il sentit les mains de ce dernier se glisser dans sa nuque pendant le baiser, et il réalisait qu'elles tremblaient.

Oh. Oh.

Hiruma n'attendait que ça. Que quelqu'un lui demande les clés des grilles. Sauf que personne n'en voulait. Sena avait été le premier.

Le cœur du brun s'emballa à cette pensée et il fit glisser son corps en entier sur celui du blond, passant ses jambes entre celles de l'autre garçon.

Torse contre torse, il se décolla de la bouche additive du blond et voulut l'embrasser le long de la mâchoire, mais Hiruma le força à revenir contre ses lèvres.

Il l'embrassa avec beaucoup de force, une force qu'on aurait pu appeler du désespoir si l'on ne connaissait pas la personne. En se séparant de Sena pour le besoin d'oxygène, le capitaine chuchota quelque chose à Sena à travers sa respiration désordonnée, tout près des lèvres du brun.

-Je t'aime, Sena. Je t'aime.

Et cette fois, le brun ne put retenir les chaudes larmes qui roulèrent sur ses joues pour s'écraser sur celles du lycéen en dessous de lui. Il se mit à sourire comme un maniaque, et de l'embrasser avec une ardeur renouvelée, jamais expérimentée auparavant, et de lui répondre encore et encore, jusqu'à en perdre le souffle.

Au bout d'un moment, Hiruma avait roulé pour emporter le brun sous lui et leurs baisers s'étaient transformés en de sensuelles caresses, accompagnées de légers soupirs et gémissements.

Ce fut un coup d'œil au réveil sur la table de nuit qui fit redescendre Sena sur Terre, assez brutalement somme toute.

-Je vais devoir retourner dans la chambre… Si jamais les autres se réveillent et que je ne suis pas là, ils vont s'inquiéter….

-Mmmh, on les emmerde… Marmonna Hiruma, le nez dans le cou de son amant, les mains sur ses fesses.

Sena poussa un couinement lorsque Hiruma serra un peu sa main droite, et il se tortilla en bégayant :

-M-mais… Mais si jamais ils dé-découvrent que… Nous deux… Ah… Yoichi-san. Supplia-t-il en fin de phrase.

Hiruma daigna enfin lever le nez :

-Je m'en fous. Qu'ils le découvrent s'ils le veulent.

Les yeux bruns du plus jeunes s'agrandirent. Il n'était pas sûr d'être prêt pour annoncer ça au reste de l'équipe.

-Non, Yoichi-san… Je… Je n'ai pas vraiment envie de le dire aux autres…

Hiruma se redressa sur les coudes, posés de chaque côté de la tête de son homologue.

-Vraiment ? Demanda-t-il d'un ton sacarstique en haussant un sourcil. Il fit un mouvement de menton vers le mur qui les séparait de la chambre adjacente et ajouta :

-Pourtant, cette nuit, tu n'étais pas particulièrement silencieux, tu n'avais pas l'air de te soucier qu'il entende ou non…

Sena se mit à rougir furieusement.

-Je m'en souciait, d'abords ! C'est juste que… Que…

-Que je suis trop bon pour que tu t'en empêches, je vois.

-Que… Non ! S'exclama Sena qui aurait été plus convaincant s'il n'avait pas gémi en même temps. Hiruma ricana et donna un coup de langue le long de la clavicule du brun.

Tandis que ce dernier se débattait pour rester à la surface et ne pas succomber aux caresses qu'était en train de lui prodiguer le blond, il parvint à articuler, déjà haletant :

-Je n'ai juste pas envie… Oh… Pas envie de partager ce qu'on vient de découvrir entre nous. J'ai peur que les gens-AH ! Oh, Yoichi-san. Les gens… J'ai peur que les gens critiquent et veulent s'interposer entre nous. Et ça, je n'en ai pas envie.

Hiruma cessa ses attouchements et se redressa une nouvelle fois, examinant le visage du garçon sous lui avec une sorte de moue ennuyée. Il savait parfaitement que qui le brun était réellement en train de parler.

-Va bien falloir qu'elle le sache un jour. Je vais pas me la coltiner tous les jours si je dois passer ma vie avec toi. Grogna-t-il en affichant un air qui ne laissait pas supposer qu'il venait de laisser entendre quelque chose d'aussi important. Les yeux de Sena s'écarquillèrent légèrement avant qu'il ne reprenne :

-Je lui dirais. En temps voulu.

Quand je serais assez fort.

Hiruma le fixa encore quelques secondes avant et se pencher et de déposer une très légère pression des lèvres sur le front du running back. Puis il se redressa et roula afin de s'asseoir sur le bord du lit.

-Retourne dans la chambre. On se voit tout à l'heure. Dit-il en se penchant pour attraper son boxer, encore empilé sur son pantalon. Il attrapa au passage celui de Sena et le lui lança. Le brun rattrapa son sous-vêtement avec un rougissement et se dépêcha de l'enfiler. Puis il se leva et fit le tour du lit, se penchant de çà de là pour ramasser ses vêtements. Une fois complètement habillé, il se tourna vers le blond qui était resté en boxer assis sur le bord du lit, les coudes sur les genoux et le menton dans les mains, ses yeux suivant avec un air appréciateur chacun des mouvements du brun. Celui-ci se sentit rougir de nouveau, mais il y avait une note de plaisir et de complaisance cette fois. Il aimait quand Hiruma le regardait ainsi.

Il ne put s'empêcher d'aller lui donner un dernier baiser avant de se diriger vers la porte. En l'ouvrant, il entendit la voix de quaterback dans son dos :

-Sena.

-Oui ?

Il se retourna, et attendit que Hiruma lui dise ce qu'il avait à dire. Mais ce dernier resta silencieux, puis ouvrit finalement la bouche pour dire, avec un de ses gigantesque sourire :

-Nan, rien. À tout à l'heure.

Sena sourit.

-À tout à l'heure, Yoichi-san. »

Fin

À vrai dire, il y a un épilogue. Ne partez pas tout de suite !