Chapitre 4
Gabrielle avait pensé que quitter les appartements de Mickaël en plein jour, sans se faire repérer, serait beaucoup plus ardu.
Mais non! Au contraire, elle avait eu la bonne fortune de choisir un moment durant lequel tous les domestiques étaient occupés à vaquer ailleurs que dans les couloirs pour filer en douce. Et elle fut plus que soulagée une fois qu'elle eut refermé derrière elle la porte de ses propres appartements.
Elle poussa un gros soupir, avant d'aller tout droit dans sa salle de bain. Et ouvrit en grand les robinets de la baignoire, car pour elle, un bon plongeon dans l'eau valait mieux que toutes les thérapies psychologiques de l'univers.
Il fallait aussi avouer qu'elle en avait bien besoin, à cause du fait qu'elle se sentait plus que mal depuis qu'elle s'était réveillée, de surcroît dans le lit de Mickaël, réalisant par conséquent qu'elle n'avait rien rêvé de ce qu'elle avait fait la veille.
Comment avait-elle pu faire une chose pareille? Comment avait-elle pu se permettre de violer un telle interdiction? Elle pensait avoir commis là le pire des péchés: l'Orgueil. Surtout en croyant qu'elle pouvait, en toute impunité, aller tripoter comme ça Mickaël.
À cette pensée, elle sentit se former aux coins de ses yeux des larmes brûlantes de dégoût envers elle-même. Car Mickaël n'était pas seulement que son binôme et meilleur amis: il était avant tout Le Grand Mickaël. Le Prince des Cieux et de la Lumière. Le plus parfait de tous les anges, et dont la puissance était reconnue par Dieu lui-même, et redoutée par le Diable. Et elle, elle avait osé aller souiller un être aussi illustre.
Elle, qui n'était d'ordinaire en aucun cas impulsive, éprouvait en cet instant la furieuse envie de tout casser dans ses appartements. Mais fort heureusement, elle jugea préférable de ne pas le faire pour ne pas attirer l'attention de tous ceux qui se seraient trouvés non loin. Et au lieu de péter les plombs, elle alla prendre son bain dans lequel elle se serait volontiers noyée si les anges avaient pu mourir.
-Mickaël? Je sais qu'on vit dans les nuages. Mais depuis ce matin, j'ai l'impression que tu y es au propre comme au figuré, signala Raphaël au concerné, alors que celui-ci semblait vouloir se faire tenir sur la pointe – sans utiliser ses pouvoirs – un stylo sur la table de la salle de réunion N°1.
-Hum? -répondit-il en levant paresseusement la tête vers son interlocuteur.
-Tu es sûr que tout va bien? Parce-que tu n'as vraiment pas l'air dans ton assiette aujourd'hui, relança Uriel.
-Comme je vous l'ai déjà dit: j'ai simplement mal dormi, s'agaça légèrement Mickaël, car cela faisait au moins la quatrième fois qu'il le leur répétait depuis qu'ils étaient venus le tirer du lit.
Et puis, le fait de prétendre qu'il avait mal dormi n'était pas faux. C'était seulement qu'il ne leur disait pas pourquoi.
Il était vrai qu'il n'avait encore jamais dormi avec quelqu'un collé à lui. Mais ce n'était pas ça qui le dérangeait. Ils s'en fichait même royalement de ce que Gabrielle avait fait. C'était plutôt de savoir comment elle en était arrivée là qui l'inquiétait. Elle qui avait toujours été si forte, qui avait toujours fait preuve d'une sagesse et d'un sang-froid extraordinaire, et qui tout à coup, s'était écroulée tel un château de cartes.
Mickaël n'aurait jamais cru que les siens pouvaient, tout comme les humains, avoir des coups de déprime. Mais là, le destin avait voulu que ça tombe sur Gabrielle.
… à suivre
