Une référence au dessin animé Dragons est glissée dans ce chapitre. Qui saura la trouver ?

Dans le prochain chapitre, on saura enfin qui gagne ce bras de fer. En attendant, Sam et Bucky continuent de compter les points – tandis que Steve ne se doute toujours de rien, joyeux bébé innocent :)

Que dire de plus ? J'aime les topinambours. J'aime le dessin animé Dragons.

Beaucoup de musiques et de chansons en référence aux fics de HyperRaspberry (vous êtes allés la voir ?)

Merci pour vos commentaires, Skaelds, Rose-Eliade, claflincadet et Marion D !


Bras de Fer

PREMIÈRE MANCHE


Bucky : 4 POINTS


Steve avait réussi à coincer Sam et Bucky en même temps dans la cuisine avec le prétexte de leur faire goûter ses topinambours.

En soi, garder Sam et Bucky dans la même pièce n'était pas difficile : ils s'entraînaient tous les jours ensemble. Sam était le seul autre volontaire, avec Steve, pour se battre contre l'ex-Soldat d'Hiver au corps à corps – Natasha avait déjà donné merci bien, Clint prétextait être à la retraite à chaque fois, Pietro et Wanda étaient trop jeunes, Vision trop différent.

Par contre, garder Sam et Bucky dans la même pièce sans qu'ils se disputent relevait de l'exploit. Steve n'avait pas encore réussi. Il considérait ça comme son deuxième défi – le premier étant de réussir à faire équipe avec Tony sans qu'il lui tape sur les nerfs.

Sam touillait son café fumant, les yeux bouffis de sommeil.

Bucky se faisait des œufs brouillés au bacon, les gestes brusques. Un cauchemar l'avait tiré du sommeil au milieu de la nuit sans le laisser se rendormir.

Les topinambours n'étaient qu'un leurre que Steve avait cuisiné en vitesse à quatre heures du matin (aucun commentaire !) ; ce qu'il voulait, c'était connaître la vérité.

"Vraiment les gars, j'ai l'impression que vous vous détestez."

"Pas du tout" croassa Sam.

Il avait la voix si éraillée que Steve ne put déterminer s'il était sarcastique ou non.

"Je ne peux pas vous forcer mais ça me ferait tellement plaisir si vous vous entendiez bien au lieu de vous engueuler tout le temps. C'est bête à dire mais vous êtes mes deux meilleurs amis !"

Tout à sa difficulté de s'exprimer, il manqua le regard exaspéré des deux autres qui s'empêchèrent de lever les yeux au ciel, pensant : On ne veut PAS être ton meilleur ami, Steve.

"Et je ne suis pas le seul à se demander si quelque chose ne va pas entre vous. Si je peux vous aider à améliorer vos relations, si je peux faire quoi que ce soit…"

Captain America se reconvertissait en conseiller relationnel. C'était risible.

Bucky se détourna de sa poêle pour lui adresser un sourire suave. "Voyons Stevie, ne sois pas bête. Sam et moi, on s'entend super-bien, hein Sam ?"

"On essaye" rectifia celui-ci, le nez dans le café.

Il prit le bol, but une gorgée… et recracha tout sur la table – et sur Steve, assis en face de lui, à manger ses topinambours.

"Pouah ! Mais qu'est-ce que c'est que ce truc dégueulasse ?!"

"Ça va ?"

"Désolé Steve, pardon ! C'est infect, beurk ! Qu'est-ce qu'on a foutu dans le café ?!"

"T'énerve pas" dit Bucky d'une voix molle, "C'est moi, j'ai juste voulu mettre un filet de caramel dedans."

"Du caramel ? Mais pourquoi ?!"

Bucky regardait Steve, la moue appliquée, le regard sérieux. "J'ai vu ça à Starbucks. C'est fou tout ce qu'on fait maintenant, café noisette, vanille, caramel, chocolat, de la crème dedans, de la cannelle… Je me suis dit que ça te ferait plaisir, Sam."

Il conclut son explication avec un sourire aussi faux que carnassier en direction de l'intéressé.

"Minute, papillon !" s'écria Sam. "De un, tu ne mets rien dans la boisson des autres sans demander leur avis, c'est la base ; de deux, si je voulais un café de Starbucks au caramel, je serais allé le chercher moi-même ; et de trois, c'est tout sauf du caramel ce que t'as mis là-dedans !"

"Ah ?" Bucky se gratta la barbe de trois jours qu'il avait sur le menton et leva le pot sur le plan de travail à hauteur des yeux. "Ah oui, c'est possible que j'ai confondu avec la moutarde…"

Steve se pinça l'arête du nez pour masquer un soupir de lassitude. Encore perdu…

"COMMENT TU PEUX CONFONDRE DU CARAMEL AVEC DE LA MOUTARDE ?"

"Moins fort, Sam, tu vas réveiller les autres" le tempéra Steve.

Bucky répliqua en même temps, toujours faussement nonchalant : "Toi, tu me colles bien un magnet sur le bras, c'est la même chose, un petit moment d'inattention."

Sam nia en bloc : "Je ne t'ai pas collé d'aimant sur le bras !"

"Et l'Ours Soviétique Dévoreur d'Enfants, c'était pas toi peut-être ?!"

"Tu n'as AUCUNE preuve ! Quelle mauvaise foi ! Tu as vu, Steve, tu as vu sa mauvaise foi ?"

Celui-ci avait des topinambours plein la bouche et fit à la place un geste de sa fourchette qui n'impliquait aucune prise de position particulière. Avant qu'il n'ait eu le temps de répondre, son portable sonna.

Il déglutit et le sortit de sa poche.

"Si Maria Hill appelle à cinq heures du matin, c'est probablement…"

"Compris" le coupa Sam pendant que Bucky engloutissait ses œufs en un temps record. "On va se préparer. Avengers, assemblez-vous, blablabla blabla !"


Il fut le premier à quitter la cuisine mais ce fut le dernier à monter dans le Quinjet.

"Sam, qu'est-ce que tu fais ?" demanda Steve dans l'oreillette.

Tous les autres de la résidence étaient déjà assis, ceintures bouclées, prêts à voler vers la Latvéria.

"Je ne trouve pas ma chaussure gauche" pesta Sam dans le communicateurs. "Je ne trouve aucune chaussure gauche." Il poussa quelques jurons supplémentaires pour la forme.

Steve l'entendait fouiller ses placards désespérément.

"Pas grave" soupira Natasha, qui était venue les chercher. "Mets une godasse droite pour une fois et ramène-toi."

"Une chaussure droite sur mon pied gauche ? T'es malade ?!"

"Tu t'en fiches" le taquina-t-elle. "T'as pas besoin de tes pieds pour voler."

"Et pour l'atterrissage, je fais comment, Miss Bonnes Idées ?"

"Prends mes baskets dans mon appart" trancha Steve. "Ok les gars, qui a caché les chaussures de Sam ?"

Personne ne répondit. Bucky se curait les ongles avec un couteau dentelé de trente centimètres de long. Steve lui adressa un long regard suspicieux.

Il finit par répondre, concentré sur ses doigts : "Elles doivent être avec mes chaussettes perdues. Dans le vortex de la résidence. Égarées dans le néant. Pouf."

"Barnes, sérieux ?! Je te l'ai déjà dit, je ne les ai PAS prises, tes foutues chaussettes !"

"Elles sont toutes noires avec une étoile rouge, ne va pas me dire que tu peux les confondre avec les tiennes !"

"Mais-je-ne-les-ai-pas-prises !" Sam hurlait à la mort de frustration.

"Alors c'est peut-être un troll" rétorqua Bucky. "Ils sont fréquents en Russie, tu sais."

"Barnes, j'te déteste." Sam était résigné, sa voix était plate et morne. Il savait le combat perdu d'avance.

"Buck, s'il te plaît" souffla Steve exaspéré du retard que prenait la mission.

"Les trolls, ça existe" fit remarquer Pietro en sourdine. "Moi aussi, ils volent mes chaussettes. Mais les gauches uniquement. J'me demande pourquoi…"

Sam faisait heureusement la même pointure que Steve mais les bottes rouges de Captain America juraient avec son costume.

Les combats en Latvéria étaient toujours violents, impitoyables, à forces égales. Cependant, malgré les DoomBots enragés qui fusaient en tous sens, Sam réussit l'exploit de coller, sur la prothèse métallique de Bucky, dix-huit magnets aimantés. Entre autres, un drapeau de l'URSS proclamant I Love Communism, un fusil qui disait Free Weapons for WASP, une caricature de Donald Trump, une tranche de pizza, un drapeau des Yankees alors que Bucky supportait l'équipe de baseball des Mets… Et en prime, un autocollant de La Reine des Neiges qui mit une semaine à se décoller sous la douche.

Steve commençait à se dire qu'il était plus facile de supporter Tony que de demander à Sam et Bucky de se côtoyer sans animosité.


Barnes était absent lorsqu'il remporta sa quatrième victoire, si spectaculaire et si absolue que Sam fut prêt à se retirer de la compétition illico.

La journée avait pourtant parfaitement commencé.

Déjà, la veille, il avait emprunté le portable de Barnes et il avait remplacé sa sonnerie lambda par Another Bites The Dust de Queen. Le message avait le mérite d'être clair : un autre va mordre la poussière. Sous-entendu : toi. Et comme Barnes luttait toujours contre la technologie – pire encore que Steve – il n'avait pas réussi à modifier la sonnerie. C'était hilarant.

Il faisait exprès de l'appeler en incognito rien que pour le plaisir d'entendre Barnes écumer de rage lorsque résonnaient les premières paroles :

[Toum toum toum]

Another one bites the dust

Another one bites the dust

Ce matin, Sam avait réalisé son meilleur temps de la semaine sur le tapis de course, petite victoire personnelle, et il s'offrait un petit-déjeuner gargantuesque, heureux d'avoir retrouvé la forme athlétique qu'il avait à vingt ans, lorsqu'il n'était que para-sauveteur en Afghanistan.

Steve vint le voir alors qu'il regardait un documentaire sur le condor des Andes.

"Je vais rendre visite à Jim Morita. Est-ce que ça te ferait plaisir de venir ?"

Sam faillit s'étrangler avec son pancake. "Tu rigoles ?! Il est d'accord ?"

Steve acquiesça, avec un sourire en coin face à la surprise de Sam. "Je lui ai parlé de toi ; il t'a vu aux infos, il te trouve trop cool."

Sam faillit renverser son plateau en se levant précipitamment. "Je vais me changer, attends-moi d'accord ?!"

Sam avait été, comme nombre d'enfants aux États-Unis (et en Europe), un fervent admirateur des Howling Commandos. Dans sa jeunesse, on les voyait encore à la télévision, lorsqu'ils étaient invités pour des émissions spéciales ou des reportages historiques. Ils étaient déjà vieux mais les photos du temps de la guerre et les vidéos en noir et blanc faisaient le reste.

Sam avait adulé ces soldats dans sa jeunesse et à quinze ans, après la mort de son père, pétri de colère et de frustration, il s'était replongé de nouveau dans les légendes de son enfance. À force de faire des exposés et des dissertations sur les Howling Commandos, cela avait influencé son choix d'entrer dans l'armée.

Mais aucun membre des Commandos n'était dans l'armée de l'Air. Son préféré était Gabe Jones, évidemment, mais il était mort à soixante-quinze ans, longtemps auparavant. Jim Morita était le dernier vivant aux États-Unis, il était une légende vivante et Sam n'allait pas laisser passer sa chance de lui parler.

À vrai dire, il était si surexcité dans la voiture que Steve posa une main sur son genou. "Du calme."

Sam renversa sa tête sur le siège avec un sourire béat.

Jim Morita était tout vieux et tout ratatiné mais il était hilarant, doté d'un humour cinglant et caustique que même la vieillesse n'avait pas érodé. Steve présenta Sam et les laissa discuter tous les deux pendant une demi-heure. Morita raconta quelques anecdotes sur les Howling Commandos inconnues du grand public, Steve ajoutait parfois des précisions et Sam se tordait de rire sur le canapé.

"Le bon vieux temps" soupira Morita en se renfonçant dans son siège. "Bientôt, il ne restera plus que toi, Steve. J'ai entendu dire que Carter était morte."

"Au printemps dernier. Elle a été enterrée à Londres, avec toute sa famille."

"Je suis désolé. Je sais qu'elle comptait beaucoup pour toi."

Steve acquiesça silencieusement.

"Et paraît que t'as ramené le Sergent Barnes d'entre les morts ?!" demanda Morita.

Steve eut un sourire sombre. "Il a fait la une des infos, hein ?!"

"Ouais, mais c'était une erreur, non ? Il a été innocenté, n'est-ce pas ? Barnes n'aura pas fait ça."

Steve haussa les épaules. "C'était un coup monté. Buck reste avec moi – avec les Avengers – mais il est toujours en période de probation."

"C'était un homme bon" se rappela Morita, le regard songeur. "Doué au fusil et bien organisé. J'imagine que c'est vous qui avez pris sa place, Wilson ?!"

"Heu…" Sam se pinça les lèvres. "Pas vraiment, non."

"Mmmh… Bucky Barnes et Steve Rogers…" soupira Morita, perdu dans ses souvenirs, "Vous en avez fait des belles ! Carter devenait folle, à récupérer vos bourdes sur le terrain."

"Ça n'est pas arrivé tant de fois que ça" protesta Steve.

"Toujours ensemble. Comme cul et chemise, disait Dum-Dum ! Tu t'rappelles ?!"

"Je me rappelle." Steve était calme, apaisé par les souvenirs revenus du passé. "Bucky n'a pas changé" dit-il avec affection.

"C'était quoi déjà, votre grand rêve à tous les deux ?" Morita scrutait Steve avec attention et celui-ci écarquilla les yeux.

"Aller voir le Grand Canyon ! Tu t'en rappelles ?"

"Bah oui, on peut dire que vous nous avez bassiné avec ça…! Surtout lui, tiens ! L'Arizona ! Toujours fourré dans ses bouquins. Vous y êtes allés ?"

Steve secoua la tête. "Pas encore. On a le temps."

"Mouais." Morita fit la moue. "Vous rattrapez le temps perdu j'imagine… Barnes qui voulait voir des voitures volantes, il doit être déçu du futur."

"Oh m'en parle pas !" s'exclama Steve. "Il veut que je tanne Tony – un ami ingénieur – pour qu'il lui fabrique c'te stupide voiture parce qu'il n'ose pas demander lui-même !"

Morita éclata de rire. "Le Sergent et ses rêves plein la cervelle ! Et toi, tout le temps à te lancer dans des combats débiles, t'as pas changé d'un pouce non plus ! Tu te rappelles le feu fourni de la bataille en Autriche, quand tu t'étais jeté dans le tas en hurlant Je vais faire diversion ! Le cri qu'avait poussé Barnes !"

Steve et Morita éclatèrent de rire.

Sam tentait de faire coller les images provoquées par Morita avec celles du Barnes d'aujourd'hui. Impossible. Néanmoins, il avait compris quelque chose : le fossé entre lui et Barnes qui le séparait de Steve. Une faille infranchissable, une falaise trop élevée pour la gravir. Tout ce qu'il lui manquait pour être à la hauteur. Même avec ses ailes, il ne pourrait jamais voler assez haut pour les rattraper.

Steve et Barnes avait construit une amitié indéfectible, bâti une confiance indestructible, ils avaient noué entre eux un lien tissé d'absolu que rien ne pouvait trancher.

Sam ne pouvait pas se battre contre ça. Sa défaite était aussi prévisible qu'évidente.

Il baissa la tête et resta silencieux le reste du rendez-vous.


"Sam est bizarre ces temps-ci, tu ne trouves pas ?" demanda Steve alors qu'ils partageaient la salle de bain.

Il se brossait les dents et articula sa question avec de la mousse tout autour des lèvres. Bucky était en plein milieu d'une tâche des plus ardues : se raser alors qu'il n'était même pas huit heures du matin. Il mit un peu de temps à répondre.

"Bizarre, je ne sais pas. Je ne le connais pas trop…"

"Arrête, il est carrément muet aux repas, il ne raconte plus une seule blague et il ne réagit plus à mes piques ! En fait, j'ai l'impression qu'il m'évite. On n'est pas allé courir ensemble depuis dix jours…"

"Peut-être qu'il en a marre de vivre ici" postula Bucky en attaquant la gorge – le plus dur – tout en masquant un sourire victorieux.

"Mmmh." Steve fit une moue de chiot triste.

Bucky résista à l'envie de poser son rasoir et le câliner – l'embrasser. Il posa une main sur le bras de Steve.

"T'inquiète pas, mon vieux ! Sam est costaud, c'est juste une passade. Quoi qui le tracasse, il s'en remettra."

Et intérieurement, oh comme il jubilait !


Sam : 4 POINTS


Bucky était absent aussi le jour où le vent tourna. Sam broyait du noir et préférait la compagnie de sa solitude plutôt que celle de Steve, trop douce-amère. Il volait en solo, il appelait régulièrement sa sœur pour parler de tout et de rien, juste pour le réconfort d'entendre sa voix, il tentait d'étouffer ses sentiments sous les cendres. Cependant, ce matin-là, une nouvelle rafale ranima les braises et les refit flamber.

Après son jogging, Steve était allé chercher des donnuts Chez Bernie et il les rapportait pour tenter d'appâter Sam – et lui sortir les vers du nez. À la vue du sac en papier kraft, Sam s'arrêta dans son élan, interloqué et affamé par deux heures de vol matinal.

"Prends-en si tu veux" proposa Steve, occupé à préparer un milkshake.

Son tee-shirt trop moulant était sec comme s'il rentrait d'une balade autour du complexe, pas comme s'il avait couru trente bornes à cinquante kilomètres/heure.

"Est-ce que tu vas bien ?"

Sam s'arrêta en pleine bouchée vorace et roula des yeux. "Impec' Cap."

"J'ai l'impression que tu nous évites" dit Steve.

Ses yeux bleus implacables n'offraient aucune échappatoire. Sam haussa les épaules et offrit le premier prétexte qui lui vint à l'esprit : "Toi et Barnes, vous devez avoir envie de passer du temps ensemble, tous les deux, entre vous. Je ne veux pas m'incruster."

Il pensait souvent à Riley ces temps-ci.

Mélancolie et nostalgie d'une amitié cimentée aux dimensions de son cœur.

Steve était perspicace. Il parlait peu et, par conséquent, il savait percevoir chez les autres les doutes tapis et les silences révélateurs.

Il donna une pichenette dans le plastique du mixer à milkshake. "Ne sois pas bête, Sam. Sûr, j'ai envie de rattraper le temps perdu avec Buck mais ça ne veut pas dire que – Je n'ai pas des masses d'amis, tu sais. Et toi, tu es…"

"Ouais."

Steve se força à continuer : "Si je n'avais pas pu compter sur toi pour le retrouver, je serais devenu fou. Tu comptes énormément pour moi, d'accord ?!" Il planta ses yeux dans ceux de Sam en disant cette dernière phrase.

Celui-ci, la bouche sèche, la langue figée et les paillettes plein les prunelles, acquiesça comme un idiot.

Steve but la moitié de son milkshake en une gorgée, Sam entama un autre donnut.

"J'ai un rendez-vous en ville ce midi mais… Ça te dit de m'accompagner faire une course avant ?"

Sam haussa les épaules mais il se savait incapable de refuser. Fichu Steve Rogers et ses yeux de chien suppliant. "Pourquoi pas ? C'est quel genre de course ?"

Il s'avéra que c'était un shopping inoffensif, Dieu merci. Steve voulait aller faire les magasins. Sam le regarda avec une expression si bizarre qu'il dut se justifier.

"J'ai besoin de matériel spécifique, ok ! Attends, d'après le plan…"

"T'as une carte sur ton StarkPhone et tu sais l'utiliser ! Steve, je suis impressionné."

"Hilarant. Ah, on y est !"

"Un magasin d'art ?" Sam était perplexe.

Steve lui tint la porte en parfait gentleman et, avec un soupir blasé, Sam entra le premier. Il fut frappé par l'odeur de peinture, d'encre et de papier qui flottait dans la boutique.

"Qu'est-ce qu'on fait là ? Tu veux reprendre le dessin ?"

"Yep. J'avais recommencé à crayonner mais là, j'aimerais faire ça dans les règles."

Steve bondissait à chaque pas, sa tête montait et descendait entre les rayons comme un bateau sur les vagues. Sam le regardait acheter des pinceaux et de l'aquarelle, la mine rêveuse.

"Je dessinais pas mal dans le temps. C'était quelque chose que je pouvais faire malgré ma liste de handicaps longue comme le bras. Pour dessiner, pas besoin d'être parfait ; faut juste avoir un cœur."

"Tu voulais être dessinateur ?"

"Je n'sais pas. Ouais peut-être. Dessiner des comics, j'aurais bien aimé… Mais j'étais réaliste. Tu préfères quelle couleur ?"

"Le rouge."

Steve reposa le carnet noir sur l'étagère. Sam le couvait des yeux et lui se concentrait sur les pinceaux du rayon d'à-côté.

"Je voulais te voir en fait" avoua Steve, qui préférait parler tout en achetant ses articles.

"Ah ouais ?!"

"Mmmh. Je n'en ai pas parlé à Bucky – il ne comprendrait pas – mais j'aimerais bien te parler de quelque chose…"

"Vas-y." Sam fit un geste de la main, le cœur palpitant.

Steve prit une profonde inspiration et, les yeux rivés sur les pastels, demanda : "Comment tu réagirais si tu étais amoureux d'un membre de l'équipe ?"

Sam était au bord de l'implosion. "Pardon ?!" murmura-t-il d'une voix rauque.

Steve secoua la tête, les yeux baissés, la nuque rouge ébouillantée. Pudeur de jeune homme mal cachée. "Rien, oublie."

Il souriait bêtement.


Bucky avait touché la victoire du doigt, il avait pu sentir l'odeur du triomphe pendant une semaine ; ce qui le frustrait d'autant plus qu'il ne comprenait pas pourquoi Sam était revenu à la charge. Il était tout sourire et tout de bonne humeur depuis hier et c'était anormal. Il était supposé porter le masque de la défaite, pas toiser Bucky avec une lueur de défi dans l'œil.

Bucky fit craquer ses jointures de la main droite, le poing contre sa paume métallique.

Le combat final approchait.

Ça allait saigner. À la guerre comme à la guerre.

Un seul vainqueur.


Alors ? Le suspens est à son comble ! Le combat est plus violent que jamais ! Êtes-vous prêtes pour la finale ?