L'humidité, la fraicheur du vent soufflaient sur son visage. Le soleil se levait et Mr Darcy se promenait dans le parc. Il adorait l'aube, ce sentiment d'origine et de plénitude. Il n'était pas particulièrement désireux de se retrouver dans le tumulte des salons, des conversations. La nature et sa solitude lui suffisaient. Ses arbres hauts, cette végétation en croissance, l'air du matin l'emplissaient d'un bonheur simple et inégalé. Les chants des oiseaux l'émerveillaient, la vie innombrable et invisible de la forêt le comblait. Sans doute avait il le désir inconscient de se fondre en elle, de retrouver l'état originel de l'homme des bois. De même il aimait se baigner dans les étangs de Pemberley, de plonger, nu, dans cette eau naturelle, de sentir les plantes aqueuses caresser son dos. Il se sentait comme dans un cocon, isolé de tous et pourtant uni étroitement au monde.

Néanmoins si Darcy avait ce gout de la nature, il se targuait d'être un homme raffiné et cultivé. Un gentleman jusqu'au bout des ongles. Son péché mignon était la chasse, avec ses pairs. Devenir chasseur lui procurait un sentiment d'exaltation ses sens s'aiguisaient, tout son être se tendait vers une seule cible enfin il tirait et l'animal tombait, et l'exaltation aussi. Ce n'était pas la peine de palabrer avec les autres mais le plaisir de chasser était partagé et en sortait décuplé. Un autre plaisir de sa vie était l'escrime. Le mouvement et la rapidité des gestes, le maniement habile de la lame, l'effort de prévoir le prochain coup le rendaient tout fébrile face à son partenaire. La sueur collait ses cheveux et mouillait sa fine chemise. Il avait enfin le sentiment d'habiter pleinement son corps, après ces longues heures passées dans les salons de Londres, habillé de vêtements qui le serraient, étouffé par une cravate trop tendue. Ces salons où les gens ne cessaient d'épier, de critiquer, d'évaluer les chances de mariage d'un tel. Toute cette raideur, tous ces masques, toute cette hypocrisie, il les abhorrait. Gentleman, lui ? certainement, même s'il n'aimait pas ce monde. Ses manières étaient irréprochables, sa naissance etait noble, ses fréquentations choisies. C'était son lot.

Il y avait bien un plaisir, galvaudé, qui lui restait mystérieux : l'amour d'une femme. Non pas qu'il n'eût jamais aimé physiquement, mais le plaisir qu'il en avait tiré était bien loin de ce qu'on lui avait raconté. Et puis ce corps féminin, qui pouvait l'émoustiller lorsqu'il était recouvert, le rebutait dans sa nudité. Toutes ces formes, cette peau exposées, il les voyait comme des choses étrangères et étranges. C'était trop. Il ne ressentait rien d'excitant.

Pourtant, l'amour régissait l'univers. La vie naturelle n'était rien d'autre que cet acte. Aimant la nature, ne devait-il pas aimer ca ? pensait-il. Il en venait à regretter son ignorance, à fantasmer sur cette chose inconnue.

Il foulait l'herbe mouillée, son chien derrière lui. La demeure était là. C'était l'heure du petit-déjeuner. Assis aux côtés de Mr Bingley et face à miss Bingley, il buvait machinalement son café lorsque Miss Elizabeth Bennet fit son entrée.

Il entendit Miss Bingley faire une remarque.

La vision qu'elle lui offrait était merveilleuse.

Une silhouette fine, des vêtements tout froissés par le vent, maculés de boue. Son jupon en était sali et ses bottes toutes recouvertes. Enfin, la chevelure folle parsemée de quelques brindilles, les joues rougies par la fraicheur du matin, les lèvres vermeilles. Et surtout ce furent ses yeux qui frappèrent son cœur. D'une couleur chaude, pétillants, et que de longs cils caressaient.

Il se leva aussitôt et la salua.

- Miss Bennet.