Chapitre qui a pour but de visualiser ce que deviennent les autres. Promis, ensuite je rentre dans le vif du sujet. Bonne lecture!

Il y a des jours comme ça où, sans que vous ne sachiez pourquoi, vous avez l'impression que les dieux vous maudissent tout bonnement. Ce jour de septembre, il semblait que ce fut mon cas. Je ne pouvais réagir, incapable de mettre un mot sur les sensations emplies d'amertume qui bouleversaient mon esprit. Etait-ce de la jalousie ? De la peur de l'avoir perdu, lui ? Une prise de conscience concernant notre relation ? Ou alors, comme je préférais me laisser le penser et le croire : une déception féroce qu'il m'ait caché une telle chose.

Ce jour-là, sur le pas de la gare, je l'ai regardé pour ce que je pensais être une dernière fois. J'avais cette sensation étrange et cruelle. Vous savez, celle que vous avez quand un ami vous déçoit énormément. Celle qui vous fait dire : c'est la dernière fois qu'il m'y prend. Celle où vous avez cette petite voix qui met au défi de tenir votre parole, de ne plus le considérer comme votre ami. Celle qui, lorsque vous rentrez chez vous, vous fait hurler de haine.

Oui mais cette fois, mon cœur était en paix avec mon âme, j'en étais sûre, je ne lui pardonnerai pas. Quoique… disons juste que je ne ferai pas le premier pas.

Le problème qui me restait à résoudre, c'était cet appartement, totalement vidé d'âme. Il était incapable de me réconforter : je n'étais pas encore chez moi. Puis, il y avait ces fichus larmes qui ne voulaient sécher. Je m'en voulais désormais d'être partie ainsi. Sans rien savoir de la vie de celui-qui-était-mon-ami. Une vie qui apparemment, était à des miles de celle que je voulais bien lui attribuer.

- Par Merlin, comment a-t-il pu me cacher ça…

Là, j'en étais arrivée au stade où je me parlais à moi-même. Espérant me voir subitement répondre que Ron était un crétin doublé d'une limace dépourvue du moindre cerveau. Oui mais voilà, même ces mots-là ne pouvaient sortir de ma bouche sans me créer un pincement au cœur.

Et, quand on a cette envie d'être seule, on peut être certain que quelqu'un viendra y mettre court. Et c'est ainsi que j'entendis trois coups portés à ma porte. Alors, je m'empressai de sécher mes larmes d'un revers de la manche, je tentai de lisser mes cheveux du bout de mes doigts et j'allai ouvrir cette fichue porte.

Celle qui y apparut ne m'enchanta guère. Oui, je l'adorais… en temps normal. Oui mais voilà… en ce temps-là, ma vue ne pouvait supporter tout ce qui avait des cheveux roux et répondait au nom de Weasley.

- Hermione… ça va ?

Par Merlin, la voilà qui prenait cette voix qui voulait dire : « Je comprends ce que tu ressens et je suis de tout cœur avec toi ». Ginny Weasley, tu étais également une traîtresse à mes yeux. Comment avais-tu pu garder le silence sur ce sujet ? Toi qui, quelques semaines avant mon départ, me faisais prendre conscience, en rigolant certes, que la relation que j'entretenais avec ton frère était plus qu'atypique.

- Bien sûr que non… je suis bête de te demander ça.

Et sans que je n'aie pu avoir le courage de la renvoyer chez elle, je la vis s'avancer, ventre en avant dans mon modeste salon.

Elle était enceinte et je l'avais presque oublié.

- Tu veux qu'on en parle ?

Et ce fut ma première défaite. Celle où ma tête remua de gauche à droite, celle où je me surpris à me laisser croire que celui-qui-m'avait-menti était le seul fautif. En aucun cas, au nom de Merlin ou de Morgane, je ne pouvais en vouloir à sa sœur.

- Pourtant, ça te ferait du bien…

- Ce qui me ferait du bien Ginny, c'est d'oublier un peu tout ça.

- Tu… ne veux rien savoir de plus ?

- S'il y avait des choses que j'aurais dû savoir, quelqu'un me les aurait dites avant !

Par Merlin, je l'avais fait. Je venais subtilement de laisser sortir mon amertume. Oui mais voilà, quand je vis le regard de Ginny s'éclairer après un passage sombre, je m'en voulus d'avoir souhaité la blesser.

- Même si je te dis que cette Helen est une vraie cruche ?

Tiens donc, c'est nouveau ça… Cette chose qui avait poussé mon ex-ami à me mentir avait un prénom ?

Et malgré moi, je me sentis sourire. Oui je sais, j'étais censée tendre l'autre joue, mais bizarrement la rancœur se faisait plus petite. Comme on le disait : « Un ami ce n'est pas celui qui sèche les larmes, c'est celui qui les empêche de couler. » C'était exactement ce que faisait Ginny…

- Parlons d'autre chose, tu veux…

- Je… ok.

Et là, nous passâmes quelques longues secondes à tourner la tête autour de nous, regardant mon appart', et tentant de commenter chaque chose par de vagues phrases. Réellement, on n'avait rien à se dire et ça commençait à en devenir gênant. Alors, quand nos regards se croisèrent par hasard, je la vis sourire de la même manière que je le fis. Et sans un mot, nous nous installâmes sur mon canapé et mon regard se posa sur son ventre plus que proéminent. J'en avais raté des choses dans mon exil. Et voilà entre autre ce qui m'avait poussé à revenir : voir la naissance de celui que je croyais être le premier de la dernière génération Weasley.

- C'est pour bientôt ?

- Dans le mois… et tout est déjà prêt. Jusqu'au premier pyjama qu'elle portera. Tu sais, je ne savais pas Harry aussi matérialiste, il aurait voulu tout régler, jusqu'au jour de sa naissance…

- Ca ne m'étonne pas, tu vois… j'ai toujours imaginé Harry un peu… papa poule. Un peu comme…

Je ne devais pas laisser mon esprit divaguer, je ne devais pas me laisser à penser qu'un jour j'avais imaginé qu'il pourrait être le père de mes enfants…

Rapidement, je repris mes esprits et le fil de notre conversation.

- Tu as bien dit elle ?

- Au grand désarroi de Harry… Notre premier enfant sera une fille.

- Il est si déçu que ça ?

- Au point de vouloir me faire boire un philtre de révélation tous les soirs durant une semaine… Mais bon, je te rassure… ça a bien changé depuis.

J'avais encore du mal à imaginer à quel point la vie avait changé ici. Harry et Ginny allaient être parents… et moi… j'étais toujours la même.

Je fus sortie de mon spleen par l'arrivée de Shakespeare, le hibou grand duc que je m'étais offert pour mes envois personnels. Voilà ce qui me raccrochait à la vie française : le bout de parchemin bleu qu'il tenait entre ses pattes. D'un geste rapide, je le défis de son fardeau et commençai à lire, un sourire aux lèvres…

Chère Hermione,

J'espère que ton retour en France s'est bien passé, mon arrivée fut, elle, des plus chaotiques. Je n'imaginais pas que la langue française était si compliquée, rien à voir avec la théorie (très bonne, je n'en doute pas) que tu m'avais enseignée.

Néanmoins, je suis agréablement surpris par le logement qu'ils m'ont offert. Une vue imprenable et un voisinage des plus calmes.

Je te laisse profiter de tes retrouvailles avec tes amis et je te dis à la rentrée, sur notre nouveau lieu de travail.

Je t'embrasse,

Pierre.

- Et bien, je ne sais pas de qui il s'agit, mais j'ai l'impression qu'il t'a remis le moral d'aplomb…

Je sursautai malgré moi. Et dire qu'elle aurait pu surprendre cette lettre. J'essayais néanmoins de reprendre un air des plus naturels et répondis :

- Oh, c'est un ami français… Un collègue plus exactement.

- Un collègue qui te fait sourire jusqu'aux oreilles !

- Ginny, n'y pense même pas…

- Et bien quoi, tu as le droit d'être heureuse ! Dis-moi, il est plutôt comment ? Grand… je suis sûre qu'il est grand, tu as toujours aimé les grands ! Grands, avec des yeux sombres ou… non, des yeux bleus ! Oui, c'est ça, des yeux bleus. Et des cheveux… plutôt longs… blonds… non bruns ! C'est ça, hein !

Comment faisait-elle pour connaître autant de choses ? Un moment et j'aurai pu croire que les cours de divination étaient réellement utiles.

- C'est ça ?

- Même si c'était le cas, ça changerait quoi ?

Surtout ne pas lui laisser voir ce que mon cœur voulait tant garder pour lui. Je me concentrai et fermai mon esprit. Cette femme d'auror ne pourrait pas lire dans mon esprit.

- Tu n'es même pas drôle, Hermione !

Je haussai un sourcil et elle en fit de même avec ses épaules.

- Bon, je vais devoir y aller… Harry va rentrer et il risque d'être un peu contrarié de ne pas me voir à la maison. C'est irresponsable selon lui de sortir alors que le bébé risque de pointer le bout de son nez…

- C'est un peu le cas…

- Hermione ! Je suis enceinte, pas malade ! A propos, je suppose que ta cheminée n'est pas encore reliée au réseau ?

- Pas encore…

- Bon et bien j'ai plus qu'à transplaner !

Pas le temps de lui dire que ça, c'était réellement irresponsable, qu'elle avait déjà disparu dans un floc, me laissant seule avec l'envie inavouable d'explications. Mais il ne le fallait pas… il ne gagnerait pas sur ce terrain.