Quelques temps plus tard…

« Teresa ?

_ Oui. »

Le moment était venu. Malgré un démarrage en douceur, Lisbon ne s'était pas trompée en prédisant que les mois suivant la déclaration d'intentions de Jane seraient épiques. Le consultant californien s'était d'abord contenté d'emménager à nouveau au Sunny Cottage et de lui tenir compagnie les soirs où elle se trouvait en ville. Rien de bien méchant en apparence.

En apparence seulement. Il profita de son temps libre abondant pour organiser son attaque. Il démissionna d'abord du CBI – expliquant succinctement à Cho lors d'une conversation téléphonique que son avenir résidait désormais en Floride – puis fouina discrètement afin de découvrir la future adresse de l'enquêtrice. Lorsqu'il y parvint, il s'employa à dénicher un logement tout proche du sien, si chanceux dans sa quête qu'ils deviendraient voisins de palier – courtoisie d'un vieux monsieur qui ne supportait plus de devoir grimper des escaliers cinq ou six fois par jour. Il ne lui resta alors qu'à organiser son déménagement et le rapatriement de ses dernières affaires encore sur la côte est.

Lisbon ne découvrit le pot aux roses qu'une quinzaine de jours après sa prise de fonction au FBI, le croisant par hasard un matin tandis qu'elle se rendait à son travail. Dire qu'elle fut surprise serait un euphémisme, elle qui l'attendait davantage sur le front professionnel en premier. Elle fit de son mieux pour maintenir ses distances et repousser l'invasion, ce qui fonctionna, un moment.

Quand Jane fut assuré qu'elle ne se tenait plus si fermement sur ses gardes, il entreprit d'avancer ses pions un à un, grignotant par-ci par-là un petit service, un repas, une soirée. En un clin d'œil, ils (re ?)devinrent les meilleurs amis du monde, toujours hors de la sphère professionnelle. Il ne franchit cette limite que lorsqu'elle lui demanda de l'aide pour une enquête particulièrement déconcertante.

Elle ne s'opposa pas à la décision de ses chefs lorsqu'ils offrirent de l'engager à son tour comme consultant spécial, forts de leurs observations et de leurs petites vérifications préliminaires. Il accepta. Elle ne remplit pas plus de paperasses pour autant. Bien que toujours aussi imprévisible, il semblait plus soucieux des conséquences qu'auparavant et veillait à rester dans de justes limites.

Un soir, ils sortirent dîner, puis un autre. Une nouvelle habitude qui se répétait deux à trois fois par semaine. Ils finissaient la soirée chez l'un ou chez l'autre, devant un bon film et une tasse de thé. Sauf ce soir-là où, en plaisantant, Lisbon reconnut sa défaite, face à l'acharnement de Jane de les réconcilier, de ne pas abandonner. Ses mots, pas les siens. Ce dernier refusa les éloges, arguant qu'il n'était pas encore parvenu à ses fins. Elle le regarda sans comprendre.

« Je vous avais pratiquement demandée en mariage. Pour quelle autre raison tout abandonner et vouloir rester à vos côtés ? »

Elle en demeura sans voix. Dénier serait mentir. Pour quelle autre raison, en effet ? Brady l'avait compris bien avant elle. Un homme ne parcourt pas près de 4000 km dans un vieux tacot seulement pour réclamer des réponses. Ou alors il prend l'avion. Et quand une femme tolère les lubies d'un homme…

« Y penserez-vous ? Teresa ?

_ Oui »