Je me suis trompée en postant le chapitre 3... C'est rectifié et merci à mimiagd de me l'avoir signalé.
La blonde la pria d'attendre encore quelques instants mais la jeune Regina sembla entendre un message tout autre car la porte s'ouvrit dans un grincement. Emma essayait de déterminer par quelle astuce elle pourrait fermer sa chemise.
En prenant conscience de la présence de la jeune brune, elle réalisa subitement la nudité de sa poitrine et plaqua son vêtement contre son torse plat et croisa les bras. La blonde fixa le sol, gênée de se retrouver en pareille situation.
- « Veuillez m'excuser..., commença Regina.
- Non, c'est moi, se permit de l'interrompre Daniel. J'aurais dû me montrer plus pressé pour me vêtir.
- Il ne faut pas être gêné. »
Emma réalisa soudain qu'elle se couvrait la poitrine alors qu'elle était sous l'apparence de Daniel. Il était, certes, étrange et incongru pour un homme de se retrouver ainsi si peu vêtu devant une jeune femme dans la fleur de l'âge mais ce n'était pas si inconvenant que semblait le penser la blonde.
« C'est parce que..., réfléchit Emma tout haut. Et bien... Si quelqu'un venait à nous surprendre en pareille situation, il pourrait se faire de fausses idées. On n'a guère coutume de voir un palefrenier se dévêtir ainsi devant la Demoiselle à qui il loue ses services... services qui ne comportent pas ce genre... de choses. »
Emma ferma les yeux quelques instants et se maudit. Il lui était parfois bien difficile de composer avec ces mots d'un autre âge. Regina riait au dépend du pauvre homme qui se confondait en excuses. Il se faisait de plus en plus maladroit dans son langage et cela l'amusait plus encore.
« Daniel, vous êtes vraiment un être singulier. »
Et elle n'en avait pas idée.
La brune eut bien du mal à gravir ce colosse à quatre pattes. Elle y parvint cependant avec l'aide de Daniel. Elle mit ses pieds à l'étrier et attrapa fébrilement les rennes. Daniel lui prit le pied pour le mettre de manière plus franche dans l'étrier car Regina n'y avait mis que le bout. Si Regina en fut surprise, elle n'en montra rien. Le palefrenier lui donna une petite tape dans le bas du dos car c'était l'endroit le plus haut qu'il pouvait atteindre.
« Redresse-toi. Si tu te tiens trop en avant, tu vas tomber. »
La brune remarqua le tutoiement mais ne réprimanda pas Daniel pour ce que sa mère aurait qualifié de manque de respect. Elle se contenta d'obéir et se tint le dos bien droit.
Daniel s'approcha de nouveau. Il lui prit doucement les rennes pour les nouer autour d'une petite poignée qui prenait naissance sur le devant de la selle.
« Vous pouvez attacher les rennes ici, comme ceci. De cette manière, vous ne perdrez ni les rennes, ni le contrôle de votre cheval. »
Regina hocha la tête signalant qu'elle avait compris.
Emma se recula pour avoir une vision d'ensemble. La jeune femme était un peu raide mais elle semblait déjà plus à l'aise qu'elle sur un cheval. La Sauveuse n'était pas peu fière de son élève. Daniel passa une corde dans l'anneau de la bride de Rocinante.
« Je vais le tenir, de cette manière, il ne vous arrivera rien. Cependant, je vous laisse le contrôler. Je ne suis là qu'en cas de problème. »
Regina hocha de nouveau la tête, le stress l'empêchant sans doute de parler. Elle donna une léger coup sur le flan du cheval et il se mit au pas.
La brune sentir l'importante musculature qui la portait avec aisance. Elle devait faire corps avec lui, être à contre-temps rendait la marche moins agréable. Le palefrenier la regardait avec un sourire bienveillant auquel elle répondit. Elle était heureuse de pouvoir enfin profiter de ce loisir dont elle avait tant rêvé.
La jeune femme et Rocinante décrivait lentement un cercle autour de Daniel qui tenait la longe bien longue afin de laisser seule Regina maitresse de sa monture.
« Vous vous débrouillez très bien, Regina. Faites-le passer à une allure plus pressée. », lui intima le garçon d'écurie.
Elle remarqua qu'il l'avait appelée par son seul prénom, omettant son titre. Elle ne porta pas plus d'attention à cette méprise minime et dirigea toute son attention sur Rocinante. Daniel ne le vit pas mais un fin sourire naquit sur son visage, un sourire qui était sans aucun lien avec le plaisir de l'équitation. Regina était heureuse d'être considérée pour elle-même et non pour le seul titre dont elle était affublée.
Une petite pression des étriers et le cheval allongea le pas pour se mettre au trot. Ceci se révéla moins aisé et la jeune élève dut s'adapter à ce nouveau rythme. Elle sentit la douce brise ainsi créée par le mouvement de l'animal passer dans ses cheveux et caresser son visage.
Daniel laissa quelques instants son élève pour aller chercher d'épais sacs de toile contenant les victuailles de la propriété. Il les disposa espacés de quelques mètres chacun puis il demanda à la brune de passer entre eux. Celle-ci s'exécuta sous le regard admiratif de son jeune professeur.
Les jours se suivaient, les cours s'enchaînaient. Emma commençait à se prendre au jeu et à oublier les véritables raisons de sa présence en ce temps. Elle attendait une mort qu'elle savait prochaine mais n'avait aucune idée de quand, la faucheuse l'emporterait.
Hook avait bien noté cet incroyable changement. Emma avait d'abord eu quelques difficultés à se faire à ce nouveau prénom qu'on lui attribuait. A présent, elle ne daignait tourner la tête qu'au prénom de Daniel.
Le Ténébreux, sur la demande de l'intéressée, lui redonnait son véritable corps lorsqu'elle rentrait le soir. Ses demandes avaient fini par se faire de plus en plus rares. Et lorsqu'elle retrouvait son corps aux courbes féminines, elle attachait toujours ses cheveux en une haute queue de cheval, de sorte que ses boucles blondes n'effleurent jamais ses épaules. Sentir le poids de sa chevelure retomber le long de son dos avait fini par devenir une sensation étrangement dérangeante.
Ses demandes s'étaient raréfiées encore et encore, jusqu'à finalement ne plus être. Emma choisissait de garder le corps de Daniel ou peut-être était-ce le palefrenier qui retenait la Sauveuse prisonnière en son cœur.
Son attitude même avait changé et rien de ce que Killian pouvait dire ne parvenait à la raisonner. Elle fuyait délibérément toute confrontation avec le pirate. Elle qui était réticente à ce subterfuge et qui partait le pas trainant il n'y a pas encore quelques mois, courait presque à présent. La blonde semblait se languir de Regina. Lorsqu'elle devait demeurer au château du Ténébreux, son prénom demeurait sans cesse à ses lèvres à tel point que Hook, bien qu'il ne la voyait jamais, avait Regina en horreur.
La jeune Regina s'avérait plus confiante, plus douce que la Mairesse que la blonde connaissait. Elle prenait plaisir à parler en sa compagnie, sans cette lueur de défi ou de hargne dans ses yeux. Cette jeune femme ne semblait pas endurer la souffrance qui transparaissait dans la Regina du futur.
Ceci angoissait Emma car elle se demandait parfois, si elle n'en était pas ou n'en serait pas la cause... Elle chassait alors ces pensées dérangeantes pour se concentrer sur le moment présent.
Un jour, après un autre cours d'équitation, Henry s'approcha de Daniel.
- « Daniel, vous n'êtes pas sans savoir que ma fille semble vous tenir en haute estime.
- Oh...je..., balbutia la blonde, décontenancée.
- Ne vous inquiétez pas, fit le père de Regina dans un sourire. Je me demandais si vous accepteriez de me rendre un service.
- Oui, bien sûr, mon seigneur.
- Une fête est donnée au village ce soir. Des forains y donnent des spectacles et il se murmure qu'il y aura des feux d'artifices. Voudriez-vous y emmener Regina ?
- Oui, ce serait avec joie. Mais Madame...
- Ne vous occupez pas d'elle, je me chargerai de détourner son attention. »
Le Prince Henry repartit visiblement satisfait d'offrir à sa fille un moment de détente et d'amusement. Emma se sentit bizarrement promue au rang de garçon de compagnie.
Une des servantes s'était proposée de donner à Regina une robe simple, dépourvue des fioritures qui couvraient habituellement ses riches robes. C'était peut-être une guenille, mais ainsi elle n'attirerait pas l'attention des villageois.
« Comment me trouvez-vous ? »
Regina se saisit d'un pan de sa robe d'une main et attendit. Sa servante lui dit qu'elle passerait inaperçue et qu'elle ne s'attirerait aucun désagrément de la part du petit peuple. Cependant, Regina ne prêtait guère attention aux propos sensés, plein de bons sentiments de sa servante. Son regard s'attardait sur Daniel qui pour l'occasion était vêtu d'une tenue plus soignée qu'à l'accoutumé.
Le Ténébreux avait fait cadeau à Emma d'une belle chemise d'un blanc cassé et d'un nouveau pantalon de cuir. Le palefrenier se devait d'être élégant sans exhiber les codes d'une richesse dont il ne possédait pas le statut. La blonde rajustait sa chemise pour la énième fois. Voyant que la brune semblait déterminée à obtenir un quelconque avis de sa part, elle se risqua :
« Il est vrai que vous semblez vous méprendre à une paysanne... Vous allez vous fondre dans le décor. »
Regina baissa la tête. Elle semblait déçue. La servante toisa Daniel d'un regard dur et leva ostensiblement les yeux aux ciel en soupirant discrètement. Le palefrenier était confus : il n'avait fait que la complimenter sur son déguisement pour la soirée.
Regina avait réussi à sortir et elle se baladait joyeusement avec son palefrenier au milieu des gens. Elle se sentait normale, libre.
La jeune femme fut choisie au hasard pour participer à un tour de passe-passe qu'on appelait tours de magie. Elle s'émerveilla en voyant le magicien lui présenter la carte qu'elle avait tirée puis replacée dans le paquet.
Ils regardèrent un spectacle de marionnettes où un prince étourdi parvint, malgré tous les obstacles qui se présentaient à lui, à détourner l'attention du dragon pour sauver la princesse. La jeune brune rit de ces péripéties insensées, le rire Emma l'accompagnant.
Les deux jeunes gens, qui apparaissaient aux yeux de la foule comme des tourtereaux, s'avancèrent vers un stand où un homme vendait des « pommes-bonbons ». C'était la nouvelle sucrerie et la grande curiosité de ce festival. Les pommes écarlates et brillantes de sucre faisaient saliver de nombreux passants. Daniel en acheta deux et ils se baladèrent encore au milieu de la cohue.
- « C'est délicieux, lança Daniel alors qu'aucun des deux n'avait encore croqué dedans.
- Comment le sais-tu ?, s'étonna Regina.
- Un ami à moi a déjà eu l'occasion d'en goûter, argumenta habillement le palefrenier.
- C'est aussi délicieux pour les papilles qu'exquis pour les yeux, dit la brune après en avoir goûté une bouchée.
- Elles sont aussi rouges que les fruits du pommier de ton jardin... On dirait des boutons de roses.
- ...ou des cœurs... fit encore la jeune femme, non sans grimacer à cette pensée.
- Oui ! Ce sont des cœurs d'amour, non des pommes d'amour ! » plaisanta le garçon d'écurie.
Emma l'ignorait mais elle venait une fois encore d'influencer l'histoire. Elle venait d'esquisser ce par quoi le destin de sa mère serait scellé : une pomme empoisonnée. Ce fruit n'avait pas été choisi de manière fortuite. Cette pomme écarlate évoquait pour Regina et l'Evil Queen, une époque où il fait bon vivre, où le bonheur était sien, où le bonheur était incarné par un fruit sucré. C'est pourquoi condamner Snow-White au sommeil éternel à l'aide d'une pomme n'était pas le fruit du hasard. C'était honorer la mémoire de Daniel et ranimer un souvenir vivace où elle pouvait profiter de sa compagnie.
Ils assistèrent encore à des spectacles de jonglages et de cabrioles plus ou moins spectaculaires. Ils virent même un homme avec un chien déguisé en princesse qui marchait sur ses deux pattes arrières.
Tout à coup, ils furent séparés par la foule. Emma s'en inquiéta de suite. Elle se voyait déjà annoncer à Henry et à Cora qu'elle avait perdu leur unique fille. Cora la tuerait, c'en était certain. La Sauveuse chercha pendant ce qui lui sembla un bout d'éternité sans parvenir à retrouver la jeune Regina.
La blonde palefrenière se fit attraper par la manche. Elle se tourna naturellement vers la personne, priant pour que ce soit Regina.
« Bonjour, beau brun, tu veux que je t'aide à te divertir ? Tu sembles tellement...tellement tendu... »
La voix se voulait mielleuse et espérait sans doute susciter des envies plus ou moins indécentes. Emma ne comprit pas tout de suite où cette femme voulait en venir. Son esprit était entièrement tourné vers Regina, aussi elle ne comprit pas les avances pourtant fort peut délicates de cette marchande d'amour.
Elle pensa d'abord que cette femme était ivre ou folle mais ne songea pas qu'elle avait devant elle une femme de petite vertu. Pourtant son maquillage outrancier et sa robe qui ne laissait nulle place à l'imagination auraient dû être des indices suffisants pour qu'Emma devine la profession de cette femme.
- « Hein ? Comment ça ?, fit Daniel en fronçant les sourcils.
- Laisse-moi te montrer...Viens... ».
La femme s'approcha de celui qu'elle voyait déjà comme son futur client. Elle passa lascivement une main sur le torse de Daniel, qui frissonna de gêne. Emma perdait tous ses moyens : elle ne savait repousser cette femme sans se montrer incorrecte. Elle essaya de bredouiller une excuse mais son discours fut incohérent et la femme continua sa manœuvre d'approche en vu de coller son corps contre le sien. Le palefrenier tentait péniblement de se dérober à ces caresses mais plus il reculait, plus il lui semblait que cette belle-de-nuit embrassait son corps.
« Je vous conseille d'arrêter tout de suite. »
Emma reconnaissait cette voix et ce ton dur qui n'accepterait aucune réplique. Elle leva les yeux vers la brune dont le visage était durci par la colère. Regina était plus petite et plus jeune que la femme qui essayait de séduire Daniel mais à cet instant, elle avait plus d'aura et de prestance que n'importe qui. Sa voix n'avait été qu'un murmure parmi la foule bruyante mais on l'entendait distinctement. Regina s'approcha dangereusement de la femme de joie qui s'éloigna de Daniel. Elle paraissait se décomposer à chaque pas de plus que la brune faisait vers elle.
« Disparaissez. »
L'ordre avait été donné sèchement, appuyé par un regard noir. La femme avait baissé la tête et avait fui sans demander son reste. Regina la suivit du regard jusqu'à ce que la foule la dérobe à sa vue. Elle se retourna vers Daniel. Emma se sentait étrangement fière, flattée de son intervention mais aussi... coupable alors qu'elle n'avait rien fait de mal. La jeune femme semblait bouillonner de colère mais était déterminée à la dissimuler. Pour la première fois ici, la Sauveuse vit de la douleur dans son regard.
« Daniel, je veux rentrer. Immédiatement. »
Emma ne dit rien et exécuta l'ordre énoncé par la jeune Regina. Le chemin du retour se fit dans un silence qui était plus que pesant pour la blonde. Une boule de gêne se forma dans sa gorge et elle eut du mal à énoncer ces mots alors qu'elle ramenait la brune devant chez elle :
- « Je souhaite m'excuser pour mon comportement.
- ….
- Je... C'était inconvenant de ma part. J'aurais dû être plus attentif et ne pas vous perdre. J'aurais dû être plus réactif et repousser cette... cette femme.
- Vous être libre de batifoler comme bon vous semble, cracha Regina avec dédain.
- Quoi ? Mais non ! Je ne batifole pas avec n'importe qui !
- Peu m'importe. Ceci ne me regarde pas de toute manière. »
Elle allait franchir la porte sans un regard pour le palefrenier. Emma la retint par le poignet. Regina se tourna vers elle ou plus exactement vers un Daniel qui affichait un air plus que sérieux :
« Je peux vous assurer que rien n'est plus important pour moi que ma tâche. Vous êtes primordiale et je ne saurais me détourner de vous. »
Emma ne voulait pas être en mauvais terme avec cette Regina aussi. Se faire haïr dans son présent était une chose, se faire détester par cette jeune Regina dans son passé était définitivement inconcevable. Elle voulait se rattraper mais en essayant de s'exprimer avec un langage désuet, il semblait qu'elle ne s'était pas vraiment faite comprendre du moins pas comme elle l'aurait souhaité.
Regina sourit, paraissant satisfaite de cette révélation. De sa main que Daniel tenait toujours, elle y entrelaça ses doigts et se rapprocha de lui. Elle fit glisser son autre main sur la joue du garçon d'écurie et approcha son visage du sien. Le souffle d'Emma se bloqua dans sa poitrine. Elle était surprise de ce comportement incongru qu'elle n'aurait jamais pu prévoir. Elle n'osait plus parler ni bouger. Fière de son effet, Regina approcha ses lèvres de celles de son palefrenier. Au dernier moment, la brune décida de déposer son baiser, quelque peu appuyé, à la commissure de ses lèvres. Emma lâcha un soupir mais nul ne sut dire si c'était d'aise ou de soulagement.
« Bonne nuit, Daniel ».
Et Regina l'abandonna ainsi sur son perron.
Notes :
Les "pommes d'amour" étaient appelées les "pommes-bonbon" dixit wikipédia.
Vous aurez peut-être reconnu le spectacle de marionnettes des parents d'Archie lors de la fête.
