Attention, là ça devient corsé!
BONNE LECTURE
La lune brillait à travers la fenêtre de la chambre. Malgré la fatigue, Roy n'arrivait pas à dormir: il avait beau se dire que le problème dans lequel il se trouvait avec Ed avait forcément une solution, il ne se croyait pas lui-même. Il se tournait et se retournait dans le lit sans trouver le sommeil. Il finit par se lever et alla vérifier si Ed dormait. Ce dernier était affalé sur son lit, la tête dans l'oreiller. Roy n'avait qu'une envie: appeler son meilleur ami Hughes, qu'il lui remonte le moral et l'aide à trouver une solution, qu'il blague et rigole, même qu'il lui montre des photos d'Elicia, n'importe quoi plutôt que rester seul et avoir peur.
Mais il ne pouvait même pas lui écrire une lettre…
Il décida de descendre et de continuer les recherches. Beaucoup d'alchimistes avaient écrit sur la transmutation d'âme, mais c'était toujours vers des objets ou des corps inanimés. C'est dans cette pratique que résidait la transmutation humaine car on a démontré que seuls les hommes possédaient une âme: un alchimiste du nom de Flamel a transmuté des prisonniers vers des animaux, ils ont instantanément et très violemment rejeté l'âme humaine avant de mourir quelques instant plus tard (damned!). Le seul moyen était de tenter des expériences diverses et variées en priant pour ne pas activer le rejet ou perdre la vie…
Roy écrivit sur une feuille les possibles solutions qu'il pourrait voir:
Tenter une transmutation avec cercle.
Faire appel à un tierce pour transmuter les deux corps.
Attendre….
Il posa le crayon et soupira: il savait parfaitement que ces idées étaient impossibles. Transmuter avec cercle pouvait les mener à la Porte et ils pourraient disparaître dedans. Ils avaient déjà assez de problème à deux pour ne pas risquer la vie d'une autre personne. Attendre… ils le font déjà. Roy avait épuisé toutes les idées possibles et bien qu'il en cherchât d'autre, il demeurait dans un brouillard total. Il déchira la feuille et, instinctivement, la brûla. Il eut une nouvelle absence. Une salle sombre où flottait une fumée nauséabonde, une douleur inimaginable à la jambe, ou plutôt ce qui lui restait de jambe!
-Al! Où es-tu? Al! Al! criait-il. Maman!?
Un souffle rauque s'échappait de la vapeur. Il sourit, crispé, en voyant une main s'agiter. Mais son sourire le transforma en une grimace horrifiée devant le spectacle de ce corps décharné, inhumain. La chair à vif laissait échapper une odeur de sang et chaque mouvement de la créature se suivait de craquements atroces. L'être, avança le bras vers lui et aussitôt, il se mit à crier, à hurler. Effrayée, la créature recula et se colla au mur. Pinako ouvrit la porte et, de l'arme qu'elle tenait dans les mains, tira sur le monstre. Il se crispa, ramena ses membres sur lui et s'immobilisa. Son dernier râle hantait encore les oreilles de Roy quand il revint à lui.
Le souffle court, les yeux paniqués il attendit de s'être calmé. Il se leva, vacillant sur les jambes tremblantes. Il tenta de remonter dans sa chambre et s'allongea sur le lit. Il avait vu, en tant que militaire, la mare de sang et le cercle de transmutation, mais il ne s'était jamais imaginé la créature en elle-même. Cette vision à elle seule lui avait donné la peur de sa vie, et sûrement celle de Ed. Mais malgré sa compassion habituelle, Roy ne put s'empêcher une pensée: "déjà à l'époque il ne faisait pas attention aux conséquences de ces actes! Il va falloir lui apprendre que tout n'est pas réalisable! On croirait un enfant!". Il retira immédiatement ce qu'il avait dit: bien sûr que c'est un enfant. Du moins il l'était.
Il commençait à somnoler et s'endormit rapidement écrasé sous le poids de la fatigue et des émotions.
Ed, lui, se réveilla assez tôt (ce qui n'était pas dans ses habitudes). Il alla voir si le colonel était réveillé. Il ouvrit la porte et vit son propre corps couché et endormit. Il ne s'habituait pas à voir son corps bouger et parler comme cet abruti de colonel. Le voir faire le salut militaire l'avait totalement écœuré, l'entendre approuvé et argumenter un militaire encore pire! Il ne pouvait déjà pas supporter le colonel de loin, l'avoir constamment avec lui relève de la traversée des enfers! L'avantage était qu'actuellement, il dormait à point fermé. Ed décida de se laver en attendant qu'il se réveille.
Il entra dans la salle de bain et faillit crier en voyant son reflet. Il s'apaisa en remarquant qu'il était toujours Roy sous la barbe naissante qui lui avait poussé durant la nuit. Il fouilla dans la valise que Hawkeye avait préparé pour lui et trouva l'objet qu'il n'avait jamais été amené à utiliser: un rasoir. Après vingt minutes de tortures et de coupures incessantes, il parvint à comprendre comment se raser sans écorcher la peau (ça lui servira plus tard). Il prit une douche. Enfin, il s'habilla en civil (histoire de voir à quoi ressemblait le colonel quand il n'en était pas un). Il fut étonné de voir que les vêtements civils lui allaient mieux que l'uniforme militaire.
En prenait un pull, il entendit un bruit dans la valise, comme un objet qui cogne contre une vitre. Il sortit un cadre et une boîte à musique à manivelle. La photo montrait Mustang et Hughes souriants en chemise avec les manches retroussées et visiblement très sales. Mustang avait passé son bras sur les épaules de Hughes et tenait un verre (pas d'eau) à la main. Hughes posait sa main sur les cheveux du colonel et levait le pouce. Roy paraissait très jeune sur la photo tandis que Hughes avait des airs de supérieur.
Ed posa la photo et s'intéressa à la boîte à musique. Il tourna la manivelle et une musique douce s'échappa. Elle semblait mélancolique et avait pourtant des notes de fond militaires. Le colonel ne répondrait pas à la question qui lui apparut alors: que signifie cette musique?
Il pouvait cependant y répondre… il joignit les mains et eut le vertige. Une rue en ruine lui apparut, le général de brigade Grant se tenait devant lui et circulait à travers les rangs en récitant un briefing:
-Messieurs, vous vous êtes engagé dans l'armée pour servir ce pays. Vous êtes à la fois l'épée et le bouclier de l'état, c'est votre responsabilité de le protéger des attaques extérieures et de tout ennemi de l'intérieur. Désormais, vous êtes soldats en guerre. Tout Ishbal que vous rencontrerez sera votre ennemi. Ne laissez aucune chance à un Ishbal de vous tuer. Toute personne que vous épargnerez sera considérée comme preuve de désobéissance à l'état.
-Que devons-nous faire des femmes et des enfants? Demanda une version jeune d'Armstrong.
-Vous m'avez entendu, aucun prisonnier, pas de quartier.
Un malaise passa parmi les troupes. Le général de brigade passa devant Ed:
-Quelque chose à ajouter, major Mustang?
-Rien, monsieur.
-Et vous, lieutenant Kimblee?
-Juste une question: quand commence-t-on?
-Immédiatement. Vous devez nettoyez le quartier Est devant vous. En avant!
En rang, les soldats avançaient dans les rue puis se dispersèrent vers la ville. Il rencontra des guérilléros Ishbals qu'il tua avant qu'ils ne pointent leur arme sur lui. Puis il rencontra des hommes non armés, les adolescents, des femmes, des enfants, qu'il tuait machinalement.
-Major, cria un militaire, un sniper nous dégomme! Il est dans cet immeuble!
Ed leva le bras, claqua des doigts. Une explosion souffla le bâtiment comme s'il s'agissait d'un château de carte. On vit un corps tomber parmi les décombres. Ed vit la jeune femme, ange déchu mais superbe, les cheveux dans le vent et le fusil en main. Il s'approcha des ruines et vit le corps inerte. Son ventre était arrondi. A côté d'elle, une enfant, sûrement sa sœur, avait dans ses petites mains les munitions qu'elle devait lui tendre, une boîte à musique à manivelle se trouvait entre elles. Ed la prit, la mit dans sa poche et continua son travail. Arrivé au bout du quartier, il put en voir un autre, démoli par les balles et l'alchimie de ses prédécesseurs. Un bâtiment encore debout servait de QG. Il y entra et alla dans une pièce vide. Il ne devait pas porter les mains à ses yeux pour ne pas humidifier ses gants. Un morceau de miroir restait accroché au mur et Ed put voir le colonel comme il l'avait vu sur la photo. Son visage était impassible mais des larmes coulaient le long de sa figure sale, laissant une traînée boueuse sur chaque joue et lui donnaient des airs d'enfant. Il avait pleuré durant toute l'opération. Ed revint à lui, bouleversé.
Lequel va crier le plus sur l'autre, la suite... pas tout de suite. (laissez à mes doigt le temps de taper!)
