Scarlett: Un grand merci pour tes commentaires ! Voici la suite ;)


IV

Seth Clearwater

Stratégie. Tout est stratégie. J'élabore des stratégies pour déchiqueter les vampires, j'élabore des stratégies pour étudier en temps et en heure malgré ma condition de loup, mais je n'ai aucune stratégie pour approcher mon imprégnée. Je me suis inscrit aux cours de peinture, et je partagerai désormais trois heures par semaine avec elle. Mais à part l'espionner par sa fenêtre et vérifier son Facebook toutes les trente minutes, je ne sais pas comment m'y prendre.

Embry m'a expliqué ce qui s'est passé pendant le cours de sport, alors je surveille également Rick Howards désormais, même si je dois faire des efforts inhumains pour ne pas lui exploser le crâne. Collin m'a dit de lui offrir un nouveau tee-shirt Bon Iver. Je pensais que c'était une bête marque de vêtement, mais en réalité c'est un chanteur et j'ai adoré son style musical.

Anya me plaît tellement.

Je déambule dans le magasin, cherchant le fameux tee-shirt Bon Iver, mais ne trouve rien de rien.

- Bonjour, puis-je vous aider ? me demande une voix suave.

Une assistante très mignonne me sourit. Comme par magie, elle me semble fade, comme toutes les autres filles que je croise depuis que je me suis imprégné. On pourrait croire que c'est frustrant, mais ça ne l'est vraiment pas. En réalité, rien ne me rendrait plus heureux que l'idée de passer ma vie entière avec une personne telle que Anya.

- Je cherche un tee-shirt Bon Iver pour dames, je lui répond poliment.

Elle acquiesce.

- Suivez-moi.

Je m'exécute et elle me montre trois différents modèles. Je ferme les yeux et imagine mon imprégnée portant chacun des vêtements. Soudain, j'en remarque un bordeaux décoré d'un loup. Il est parfait, tout comme elle. La voir porter ça, ce serait tellement symbolique, comme un signe d'appartenance. Je veux celui-là.

Je paie et roule vers la réserve afin de prendre mon tour de garde. Demain, j'aurai cours de peinture et je ne veux pas d'horribles cernes pour parler à mon imprégnée.


Les odeurs d'huiles, de toiles et de pigments me relaxent à chaque fois que j'entre dans cette classe. Mais celle que je préfère, c'est la fragrance douce et enivrante de mon imprégnée. Le lilas, le matin de printemps, le soleil sur la forêt... elle a l'odeur fraîche et addictive de la beauté, de la liberté et de la nature.

Elle est assise à sa place habituelle, le coin à l'extrême gauche de la classe près de la baie vitrée. Elle range ses pigments, toujours dans le même ordre, un ordre de couleur d'une justesse impressionnante. Elle nettoie encore ses pinceaux, les essuie et les dispose par ordre de précision, avec une concentration si intense que c'en devient drôle.

Puis, elle ajuste ses chevalets avec patience et minutie. Elle passe un coup de chiffon sur sa toile, s'installe plus confortablement sur son siège, boit de l'eau et fait un chignon négligé. J'adore quand elle fait ça. Elle dégage son adorable cou doré, fin, long, qui semble si doux et délicat, et ses cheveux sont rassemblés en un enchevêtrement de boucles ébènes pareilles à une oeuvre d'art.

Je ne sais par quel miracle l'élastique usé parvient à retenir ces longues ondulations, mais il y arrive, libérant parfois une adorable boucle qui vient caresser sa joue et qu'elle rabat distraitement derrière son oreille, une ride de concentration entre les yeux. Parfois aussi, elle passe la langue sur sa lèvre inférieure, lorsqu'elle est appliquée à l'extrême, ou elle la mord en observant le rendu, longtemps, se déplaçant dans la classe, tournant la toile dans tous les angles possibles pour trouver le petit détail à modifier.

Elle est adorable.

Pour ma part, je ne suis pas mauvais en peinture. Je suis bien meilleur en dessin pour être honnête, d'ailleurs il a fallu que je montre des croquis à madame Red pour être accepté dans la section, mais je ne suis quand même pas aussi bon que la majorité des gens de cette classe. Cependant, j'ai décidé de peindre Anya. Comme ça, j'aurais toujours son adorable visage auprès de moi. Et au moins, je suis sûr d'être motivé pour mon dessin. Je suis pile à sa diagonale. Je ne fais que l'observer, et j'avoue m'aider de photos d'elle sur les réseaux sociaux.

Les écouteurs aux oreilles, elle semble en transe, folle de la musique qu'elle écoute. Son corps ondule lentement, gracieusement, lorsqu'elle mélange ses pigments. Elle les renifle avec un petit sourire au coin des lèvres et semble ivre d'un bonheur indescriptible. C'est adorable. Elle est belle. Le garçon à ses côtés la regarde en souriant, amusé. Elle le remarque et rit puis lui dit d'arrêter de l'observer.

Quelque chose brûle soudainement dans ma poitrine et je serre les poings, empoignant mes pigments rouges. Que veut cet imbécile ? Je ferme les yeux et respire doucement, tentant de me calmer. Nul ne peut résister à l'imprégnation. Elle m'aimera un jour.

La fin du cours sonne et, déçu, je pars déposer ma toile sur une plaque pour la faire sécher. Je traîne volontairement, et lorsque je reviens, il n'y a plus que moi, Anya et la professeure. Ces deux dernières parlent à vive voix d'un certain Caravage. La main droite d'Anya remet sans cesse une ondulation rebelle derrière son oreille. Je brûle d'envie de le faire à sa place. Mon imprégnée détache ses cheveux et glisse l'élastique à son poignet. Une douce odeur de fleur d'oranger me parvient. Même son shampoing est irrésistible.

La prof sort de la classe. C'est ma chance. Anya se retourne et range minutieusement ses pigments et ses pinceaux dans diverses boîtes et trousses. Elle prend son temps, agissant précautionneusement comme si son matériel était fait de verre.

Je me racle la gorge.

- Salut !

Elle ne répond pas et continue à ranger. Je me sens blessé mais décide d'insister. J'attrape son coude.

- Hey !

Elle sursaute violemment et se retourne vers moi. Elle enlève ses écouteurs et je comprends la raison de son silence.

- Salut ! Excuse-moi, je ne voulais pas te faire peur.

Je crois voir apparaître de légères rougeurs sur ses pomettes. Elle remet une fois de plus sa mèche derrière l'oreille.

- Oh, c'est rien, salut.

- Tiens, lui dis-je en lui tenant un sac en carton. Je m'excuse d'avoir fichu en l'air ton t-shirt l'autre fois.

Elle paraît sincèrement surprise et jette un oeil dans le sac.

- Oh, mais c'est rien ! Il ne fallait pas... merci, finit-elle par dire avec un splendide sourire.

- Je te valais bien ça. Alors comme ça, t'écoutes Bon Iver ?

- Oui, toi aussi ?

- Oui, ça fait des années que j'écoute ça.

- Trop bien ! T'es la première personne que je recontre qui connaisse ce chanteur.

Je me sens mal de lui mentir.

- Ouais, c'est particulier comme musique.

Elle hoche la tête et me sourit légèrement.

- Je dois y aller, j'ai cours de français. À plus ! elle me fait un petit signe de la main.

- Ouais, à... à plus, je dis en l'observant s'éloigner.

Au moins, on a un peu discuté.