Il était l'heure où tout le monde allait se coucher, après les histoires racontées par tous les garçons. Il ne restait que quelques personnes autour des faibles braises du foyer.
Je voulais aller à ma tente, lorsqu'Icare m'interrompit.
Il était venu me dire bonne nuit. Il se pencha afin de déposer un baiser sur ma joue. Et vint me chuchoter à mon oreille :
- A tout à l'heure, murmura-t-il.
Katy, n'ayant pas loupé une seule miette du spectacle, vint m'assaillir de questions en très peu de temps.
- Alors, petite cachottière, quand est-ce que tu allais me dire que tu sortais avec Icare ? Fit-elle, joueuse.
Je la voyais venir. Elle tentait de cuisinier afin d'avoir le maximum d'informations. Elle n'aurait rien. Je ne voulais pas vraiment parler de lui.
Je haussai les épaules en guise de réponse.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, m'empressai-je de répondre. C'est un bon ami, rien de plus.
Elle me scruta de la tête au pied, comme perdue dans ses pensées.
- Hum... Si tu vois les choses comme ça, c'est clair que lui non. La façon dont il te regarde, ça en dit long sur ce qu'il pense de toi, ricana-t-elle.
- Katy ! Arrête, je ne veux pas me faire d'illusions à son sujet, alors ne m'en fais pas, s'il te plaît. Et puis, tu l'as vu ? Il a l'air tout droit sorti d'un magazine. Comment tu peux imaginer qu'il puisse être attiré par … moi ? Dis-je, plus en voulant me convaincre moi-même.
- Je t'interdis d'avoir une si mauvaise image de toi. Lâcha-t-elle en me prenant le bras.
- Mouais... Quoi qu'il en soit, j'ai passé toute la journée avec Emily, et puis oui, j'avoue que ça m'est arrivé de rigoler deux ou trois fois avec lui, mais pas de quoi s'imaginer l'amour fou.
Katy se tourna vers Emily, qui nous écoutait non loin de là. Cette dernière acquiesça de la tête pour confirmer mes dires.
- Si vous le dites, dit-elle en roulant des yeux.
Tout le monde étaient vraiment fatigué, et moi de même.
Nous regagnâmes notre tente quelques minutes plus tard. Je devais dormir.
Je voulais être en pleine forme pour faire face à Icare tout à l'heure.
Ce dernier vint me réveiller plus tard dans la nuit. J'eus à peine de le temps de sortir de la tente qu'il s'empressa de m'attraper le bras en me tirant avec force loin des tentes.
Je ne bronchai pas. Je ne voulais réveiller personne, et puis, je devais avouer que j'aimais bien le contact de sa peau contre la mienne. Je n'allais certainement pas m'en plaindre.
Nous prîmes le sentier de terre menant à la rivière où les jumeaux s'étaient baignés il y avait peu, puis, il dut conclure que nous étions assez éloignés, puisqu'il brisa le silence.
- Voilà ! Tu as bien dormi ?
- Oui oui, je n'ai pas besoin de beaucoup de sommeil pour être en forme. Et toi ? Le questionnai-je.
Ma question le fit sourire.
J'avais l'étrange impression qu'il se moquait de moi.
- Quoi ? Rétorquai-je.
- Rien rien, tu ne pouvais pas savoir que je ne dors quasiment jamais après tout.
Il marquait un point. Je ne pouvais pas savoir.
Nous arrivâmes près de la rivière en un rien de temps. Les forts rayons lunaires éclairaient parfaitement bien les lieux, faisant refléter un éclat blanchâtre à la surface de l'eau.
Nous nous essayâmes au bord de l'eau, sur les racines d'un arbre qui poussait à moitié dans le lit de la rivière.
- Hum... Et donc, si j'ai bien compris, j'ai le droit de te poser toutes les questions que je veux ?
- Tu comprends vite, dit-il ironiquement.
Je préférais ignorer ce genre de commentaire. Je me mis alors à réfléchir. Quelle question allais-je lui poser ?
J'en avais des tonnes. Mais j'étais décidée à ne lui poser que les plus essentielles, pour le moment du moins.
- Hum... A quelle fréquence tu te nourris ?
- Une fois par jour, normalement, enfin que je bois du sang animal. Depuis que j'ai bu...
Il sembla hésiter, mais se décida à continuer sa phrase tout en baissant les yeux. Laissant son regard se perdre dans l'eau qui s'écoulait non loin de nous.
- Ton sang, je n'éprouve toujours pas le besoin de me nourrir, même si l'envie y est.
- Comment ça ? Fis-je perplexe.
- Bah...Disons que je sais faire la différence entre besoin et envie. Répondit-il du même air détaché.
Plus il m'expliquait, plus de nouvelles questions germaient en moi.
- Tu ne te contrôle pas vraiment, alors ?
- J'ai encore beaucoup de progrès à faire, apparemment, dit-il en me prenant le bras pour me montrer la légère cicatrice qui s'estompait déjà.
Il détourna vite le regard, puis finit par se retourner vers moi afin de m'observer.
- Je peux te poser une question, moi ?
- Bien sûre, fis-je, un peut surprise.
Que pouvait-il bien vouloir savoir sur une humaine comme moi ? Sans doute voulait-il satisfaire une curiosité personnelle.
- Pourquoi es-tu si gentille avec moi ? Alors que j'aurais pu te tuer, et je le pourrais encore, si j'en avais envie. Dit-il froidement.
Son ton froid me fit frémir. Mais je ne voulais pas lui montrer que ses remarques, aussi glaciales soient-elles, m'atteignaient bel et bien.
Je finis par hausser les épaules et tentais de lui expliquer mon point de vus.
- Je ne sais pas vraiment... Malgré ce qu'il s'est passé, je n'éprouve aucun sentiment de peur en ta présence... Peut-être parce que je sens que, au fond, tu n'es pas mauvais.
Son expression se détendit, puis il tourna son regard vers le cours d'eau encore une fois.
Le silence régnait. Mes paroles le faisait-il réfléchir ? J'en étais convaincue.
Pour ne pas laisser ce silence pesant trop longtemps, je décidai de prendre la parole.
C'est vrai, après tout je pouvais poser toutes les questions que je voulais.
- Et... Pour tes crocs ? Comment se fait-il que tu ne les as pas en ce moment ?
- Je peux les faire sortir quand je veux, m'expliqua-t-il. Mais lorsque... Je suis trop excité par l'odeur du sang ou... Trop excité tout court, elles sortent de leur propre chef.
Hum... Cela expliquait le pourquoi du comment. Mais une énorme curiosité était en train de me dévorer de l'intérieur. Je voulais les admirer.
- Tu peux me les montrer? Demandai-je, timidement.
J'en avais conscience, hors contexte, cela aurait prêté à confusion.
Ses yeux s'écarquillèrent. Il sembla surpris.
- Tu es bien curieuse, dit-il en souriant, dévoilant ses grandes dents blanches. C'est assez intime tu sais, ce genre de choses...
- Raaaaahh ! Ça va, juste une minute, s'il te plaît !
Icare poussa un long soupire. Mais il finit par ouvrir la bouche et fit glisser ces deux canines hors de sa mâchoire.
J'étais totalement fascinée. Je m'approchai afin de les observer de plus près.
C'était incroyable, elles étaient parfaitement blanches et aiguisées.
- Génial, m'exclamai-je, en approchant un doigt pour les toucher.
Il referma sa bouche aussitôt.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je voulais juste les toucher un peu, c'est interdit ?
Il cacha son rire dans sa main, avant de me répondre d'une voix assez gênée.
- Je t'ai dit que c'était intime, répéta-t-il.
- Oh excuse-moi, dis-je en roulant des yeux.
Le reste du temps en sa compagnie était passionnant. Nous avions beaucoup parlé, beaucoup ri. Nous apprenions à nous connaître mutuellement via plusieurs sortes de questions.
Je me sentais bien plus proche de lui dans des moments pareils. J'avais l'impression d'avoir trouvé un véritable ami, une personne que je n'échangerais pour rien au monde. Même si cette dite personne est un vampire. Un vampire très séduisant, je devais l'avouer.
Icare m'apprit qu'il n'était pas immortel, mais que la croissance des vampires, stagnait lorsqu'ils atteignaient l'âge de 21 ans.
J'appris aussi que son père était un vampire également.
- Et ta mère ? Demandai-je, curieuse.
-Elle était mi-succube, mi-drows.
Je n'avais aucune idée de ce qu'était un drows, mais je me demandais plus particulièrement, pourquoi est-ce qu'il parlait de ses parents au passé. Leur étaient-ils arrivés quelque chose ?
Je décidai de me taire, je ne voulais pas lui remémorer de mauvais souvenirs. Et si j'avais raison ? Et bien j'attendrais qu'il soit prêt à m'en parler de lui-même.
- Alors... Il peut y avoir des mélanges ?
- Oui, ça arrive très souvent... Mais c'est beaucoup plus complexe que ça, chaque génération transmet certaines caractéristiques ou pouvoirs à la suivante. Enfin, bref c'est le hasard de la génétique.
C'était fascinant. Je ne me laissait pas d'apprendre de nouvelles choses à propos du monde que côtoyait Icare. D'une certaine manière, cela me faisait sentir comme plus proche de lui. Pas que ça me déplaise, bien au contraire.
Un long silence avait à nouveau pris place entre lui et moi.
Des questions, j'en avais beaucoup, je n'osais simplement pas les lui poser.
Mais la soif de savoir était forte. Trop forte.
- A mon réveil dans les bois, un peu plus tôt, tu m'as dit que tu n'étais pas tout à fait toi-même lorsque tu m'as...
Il comprit rapidement le sens de ma question et s'empressa de me répondre.
- Oui...C'est mon instinct sauvage qui prend le dessus lorsque je suis affamé. Vois ça comme un instinct animal, mais un instinct très sournois. Le problème, c'est que je ne me contrôle plus vraiment à ce moment-là. C'est comme être piégé à l'intérieur de son propre corps.
Icare prit une grande inspiration avant de continuer son récit. De mon côté, je ne perdais pas une seule miette de ses mots.
- Lorsque je t'ai attaquée... Pendant que je buvais ton sang, je m'efforçais à m'arrêter. C'était un vrai combat contre moi-même. Mais c'est grâce à ça que j'ai su m'arrêter à temps.
Plus il m'expliquait la complexité de la chose, plus j'étais compatissante à sa situation.
Il semblait vraiment regretter ce fâcheux incident dans les bois.
- Un monstre ne mérite pas la gentillesse de la personne qu'il a blessée. Finit-il par lâcher.
- Je t'interdis de dire ce genre de bêtise. Je suis persuadée que tu restes quelqu'un de bien, malgré ta nature.
Sa réaction ne se fit pas attendre.
Il tourna son visage vers moi. Ses sourcils étaient froncés, quant à son regard, il exprimait une colère noire.
- Tu ne comprends absolument rien, dit-il, avec un regard froid. Même au moment où on se parle, des horribles pensées traversent mon esprit. C'est dégoûtant. Je me dégoûte.
- Quelle genre de pensées ? Risquai-je, en lui mettant une main sur l'épaule pour tenter de l'apaiser.
- Je ne peux pas m'empêcher de penser à quel point tu sens bon, que ton sang était délicieux... Je déteste ça, alors que je t'ai fait souffrir.
Il se leva alors subitement. Les poings serrés, il s'avança vers moi.
- Comment peux-tu supporter ça ? Rajouta-t-il en haussant la voix.
Icare semblait en proie au désarroi. Je n'aimais pas le voir dans un tel état.
Il serrer ses poings tellement fort, que ses avant-bras ne s'arrêtaient pas de trembler.
Je préférais largement le voir sourire.
Je me levai alors à mon tour et m'approchai de lui, afin d'enrouler mes bras autour de sa taille.
Sa respiration, qui était chaotique, se calma automatiquement.
- Calme-toi, chuchotai-je. Tu es comme ça... C'est ta nature, qu'est-ce que tu veux faire contre ça ? Tu n'y peux rien . Alors, ne te blâme pas pour quelque chose que tu ne peux pas empêcher.
Il paraissait plus apaisé. Ses tremblements venaient de cesser.
- Merci... Je n'en avais jamais discuté avec personne avant. Finit-il par dire, en refermant ses bras autour des mien à son tour après plusieurs minutes de silences.
- J'imagine que les amis servent à ça.
Être ainsi dans ses bras, à un tel moment et dans un endroit comme celui-ci, me donnait une grande sensation de béatitude. Oui, j'étais heureuse en sa compagnie. Un sourire scintillant refusait de quitter mon visage.
Quelque minutes plus tard, j'étais paniquée. Ma montre affichait six heures trente-sept. Ce n'était pas bon signe du tout, mademoiselle Hélène allait se réveiller d'une minute à l'autre.
- Il faut qu'on se grouille de retourner au campement ! Dis-je, en accélérant le pas.
Icare ne paraissait absolument pas paniquer, il me suivait, tranquillement, l'air de rien.
Décidément, il se fichait pas mal de m'attirer des ennuis ?
- Icare ! Allez ! Je ne veux vraiment pas avoir de problèmes. Le pressai-je.
- Tu ne comprends toujours pas hein ? Fit-il en soupirant.
- Hein ?
Il s'approcha délicatement de moi et vint me chuchoter quelque chose à l'oreille.
- Accroche-toi.
Il m'attrapa d'une main et me fit rouler sur son dos. Cela me surprit, mais je n'eus même pas le temps de contester. Le paysage autour de nous se mit à défiler alors à une vitesse folle. L'air frais me frappait tendrement le visage, comme une caresse nuancée par la chaleur que me procurait le dos du vampire.
Nous fûmes arrivés au camp en quelques minutes seulement. C'était rapide.
Icare m'aida alors à descendre doucement. J'avais l'étrange impression qu'il était en permanence en train de se contenir lorsqu'il me touchait. Je suis une humaine, fragile, d'accord. Mais quand même !
Heureusement pour nous, personne n'était encore réveillé.
Il vint alors m'enlacer dans ses bras.
- Merci pour ce moment avec toi, à ce soir. Me chuchota-t-il à l'oreille.
Puis, il fila sous sa tente, me laissant là, complètement larguée.
Certes, je ne m'attendais pas à une étreinte. Mais... « à ce soir ».
Ses mots résonnaient encore dans ma tête. Cela voulait dire que notre petit rendez-vous nocturne, allait se renouveler ce soir ?
C'est folle de joie que je regagnai ma tente à mon tour. M'installant confortablement dans mon duvet, le cœur encore battant la chamade.
Pourquoi un simple mot, ou une simple phrase qu'il prononce me mettait dans un tel état de joie ? Je n'avais jamais connu cette sensation. Jamais personne ne m'avait fait me sentir ainsi.
Ce séjour en forêt arriva bien vite à son terme. Évidemment, Icare et moi avions continué de nous voir tous les soirs.
Plus le temps passait, plus je me sentais proche de lui, et commençais à trouver sa présence indispensable.
Notre rapprochement ne passait pas inaperçu. Katy et Emily n'arrêtaient pas de me questionner à propos d'Icare. Bien que je ne savais pas vraiment quoi leur répondre. Je n'étais pas du genre à exposer les moindres événements qu'il se passe dans ma vie.
Hormis ce petit détail, ce séjour m'avait beaucoup plu et allait rester graver dans ma mémoire pendant longtemps.
Le bus chargé de nous ramener en ville, pointa le bout de son nez aux alentours de dix-sept heures.
Je fus la première à monter à bord, et c'est sans surprise qu'Icare se mit à côté de moi.
- A part toi, je ne me sens pas spécialement proche de quelqu'un ici. Se justifia-t-il.
- Pauvre enfant... Dis-je en lui tapotant l'épaule d'un air compatissant.
- Ne commence pas à me chercher ici, ça sera pas très beau à voir.
- Houuu ! Des menaces ?! Je n'ai pas peur de toi.
Il s'approcha dangereusement de mon visage, après s'être assuré que personne ne nous remarquerait, avant de sortir ses crocs.
Un long frisson me parcouru. Je n'avais pas peur, j'étais juste très surprise.
- C'est pas juste, ça ! Râlai-je.
- Il se contenta de m'observer tout sourire, d'un air triomphant. Puis il finit par éclater de rire en me tapotant légèrement le sommet du crâne. Oui, Oui, comme un chiot.
Mais j'aimais tellement l'entendre rire, que je ne pouvais pas lui en vouloir.
Le retour à la maison fut bref. Ma mère, accompagnée de ma sœur, était venue me chercher toutes les deux, sur le parking du lycée.
J'étais totalement épuisée, cette excursion m'avait vraiment secouer. C'était le moins que l'on puisse dire.
Je montai dans ma chambre aussitôt arrivée, pour défaire mon sac.
Puis je m'écroulai littéralement sur mon lit.
C'était le début du week-end, qu'allais-je bien pouvoir faire ?
Je soupirai intérieurement, ces petits moments passés en compagnie d'Icare et des autres allaient me manquer.
Après avoir raconté mon séjour à ma famille durant le repas, je m'excusai et sortis de table assez rapidement. Je voulais vraiment me reposer.
Je pris alors une rapide douche, avant de me glisser confortablement dans mon lit, et de sombrer dans un profond sommeil.
Cette nuit-là, je fis un rêve étrange. Je ne voyais rien à part du feu. Tout ce qui était autour de moi était en proie aux flammes. La chaleur me brûlait ardemment tout le corps, mais je ne pouvais pas m'enfuir. J'étais comme attachée à quelque chose qui m'empêchait de faire quoi que ce soit. C'est alors qu'un cri strident me fit sursauter et me tira de mon sommeil.
Ce rêve m'avait parut tellement réel.
- Fichu cauchemar, grognai-je.
J'observai alors l'heure qu'affichait mon réveil. Il était huit heures trente.
Je me levai alors et décidai d'aller prendre mon petit déjeuner. Ma mère était très matinale, elle devait sûrement déjà être réveillée.
- Coucou ma chérie, lança ma mère en me voyant descendre des escaliers. Tu as bien dormi ?
- Oui, oui ! Mentis-je en m'asseyant à côté d'elle.
Je ne la connaissais que trop bien. Je voulais éviter de l'inquiéter pour rien. Ma mère avait tendance à toujours sur-réagir quand il s'agit de ma sœur et moi.
Après son petit-déjeuner, Avery vint vers moi afin de me supplier de l'emmener à la plage cette après-midi.
Il est vrai que, depuis que nous avions emménagé sur cette île, je n'avais pas particulièrement passé de temps avec elle. Je ne voulais pas qu'elle se sente délaissée. Et puis je n'avais rien de particulier à faire, autant lui faire plaisir après tout.
C'était donc après-midi soleil, coquillage et eau salée qui se profilait à l'horizon. J'allais sûrement en profiter pour prendre des couleurs.
J'accompagnai donc Avery à la plage durant toute l'après-midi. Enfin, une partie de l'après-midi, des nuages noirs avaient commencé à pointer le bout de leur nez, ce qui ne présageait rien de bon. J'avais un très mauvais pressentiment.
Je forçai donc ma petite sœur à rentrer, malgré les caprices de cette dernière. Nous fûmes alors, rentrées plus tôt que prévus.
- Alors, comment était la plage ? Demanda ma mère, en nous voyant rentrer subitement.
- Plutôt bien, mais des nuages ont fait leur apparition, il va certainement pleuvoir. Tu veux bien expliquer ça au petit monstre ?
Je pointai du doigt Avery, qui avait décider de bouder et de ne plus m'adresser la parole.
- Lydia ! Je t'ai déjà dit de ne pas l'appeler comme ça ! Se fâcha-t-elle.
- Oui, je sais. Désolée, fis-je en roulant des yeux. Je vais prendre ma douche je te la laisse.
Plusieurs minutes plus tard, l'eau chaude me recouvrait le corps. Je passai plus d'une demie heure à rêvasser dans ma baignoire. C'était tellement apaisant.
Une fois bien propre, je sortis du bain, et laissai échapper toute l'eau de la baignoire dans le siphon.
La pièce était chargée de buée, il faisait une chaleur pesante.
J'enroulai à la vas-vite une serviette autour de ma taille, avant de sortir pour pouvoir m'habiller comme il se devait.
Cependant, je ne m'attendais absolument pas à retrouver Icare,là, patientant sûrement jusqu'à ce que je termine ma douche, dans un coin de la chambre.
Je poussai alors un petit cri de surprise. C'est à cet instant qu'il se retourna avant de se figer net devant moi. Droit comme un bâton.
Il finit par réagir au bout de quelques instants. Il plaqua subitement sa main sur ses yeux avant de tourner la tête dans la direction opposée. Icare ne devait certainement pas s'attendre à me voir dans cette tenue.
- I...Icare ! Mais qu'est-ce que tu fais ici, dans ma chambre ?! Lâchai-je, surprise.
- Je suis... Désolé, je voulais te demander quelque chose m...Mais ça peut attendre, bégaya-t-il.
Il fit demi-tour sur lui-même et s'apprêta à s'en aller, toujours avec sa main sur les yeux.
Même si la situation était assez... Insolite, je ne pouvais pas arrêter ce sentiment de joie qui était en train de m'envahir. Il était venu chez moi, dans ma chambre, juste pour me parler ? Je n'allais pas le laisser filer aussi facilement.
- Non ! Attends, ne pars pas... C'est rien, je vais juste chercher de quoi m'habiller et je serais toute à toi. Enfin... C'est pas ce que j'ai voulu dire...
Je pris vite les vêtements qui étaient dans mon armoire, avant de retourner dans ma salle de bain, comme une folle. Qu'est-ce qui m'avait pris de sortir des âneries pareilles ? C'était à coup sûr l'embarras qui me montait à la tête.
Lorsque je rejoignis Icare, après m'être assurée d'être présentable, je le retrouvai toujours les yeux clos. Il n'avait pas bougé d'un pouce.
- C'est bon, je suis habillée, lâchai-je timidement.
Il sembla hésiter, mais finit par soupirer et ouvrit les yeux peu à peu.
- Alors comme ça, tu es toute à moi ? Se moqua-t-il.
- Hein ?! Tu sais bien que je ne parlais pas de ça, répondis-je en croisant mes bras sur ma poitrine d'un air sévère.
Je voulais cacher mon embarras. Rien de mieux que de feinter l'énervement.
Il rigola lorsqu'il vit que je n'étais pas crédible. J'avoue que je ferais une piètre comédienne.
- D'ailleurs, comment tu es rentré ici ? Ma mère t'a ouvert ?
L'intéressé arqua un sourcil, avant de me répondre de la façon la plus naturel qu'il ne m'ait jamais été donné d'entendre.
- Bah... Non, j'ai juste escaladé ton balcon. Rien de bien difficile, tu sais, les trucs de vampire, tout ça.
Ah... Oui. C'était un vampire. J'avais tendance à beaucoup trop souvent oublier ce petit détail. Mais pour ma défense, Icare paraissait très humain, enfin, sans sa force et son habilité démesurée, ainsi que ses crocs et tout le délire de « je bois du sang pour me nourrir ». Tout à coup, tous mes arguments venaient de partir en fumée.
- Hum... Je vois, soupirai-je. Et qu'est-ce que tu voulais me dire, alors ?
Il s'avança dans ma direction, toujours armé de son sourire irradiant.
- Eh bien... Je me disais que... Hésita-t-il.
- Oui ? Continuai-je
- Comme notre séjour en forêt est terminé, je voulais savoirs si, par hasard... Tu voudrais bien que l'on continue à se voir certains soirs ? Tu sais... J'apprécie vraiment ta compagnie, Lydia.
Mon cœur s'affola lorsque j'entendis ces mots. Dire que j'étais heureuse serait un euphémisme. Il n'y avait aucun mot pour décrire ce que je ressentais en cet instant précis.
J'étais aux anges. Littéralement. Il appréciait ma compagnie ?!
Hum... Il était évident qu'il sollicitait ma présence, qui suis-je pour refuser une telle demande ?
- Hum.. Oui, pourquoi pas... Finis-je enfin par articuler après plusieurs minutes à rêver intérieurement. Quand ?
- Ce soir, vingt-deux heures trente, dans le parc juste à coté de chez toi.
Sa rapidité à me répondre était déconcertante. Il avait déjà tout planifié bien avant que je n'accepte sa proposition ?
Mais, aussi tard, sérieusement ? Comment allais-je pouvoir sortir à cette heure-là ? Mes parents ne me laisseraient jamais sortir aussi tard. C'était du suicide.
Néanmoins, si cela rimait avec passer, ne serait-ce que quelques petits moments en plus en compagnie d'Icare, je me débrouillerais le moment venu.
- Parfait ! Je te promets d'être là, tu n'a pas intérêt à arriver en retard, le menaçai-je.
Il ne répondit que par un énième sourire avant de disparaître de ma chambre.
Mon pauvre petit cœur, à force de s'affoler ainsi, allait finir par me lâcher. Icare me faisait de l'effet. Beaucoup trop d'effet à mon goût. Mais j'imagine que ce genre de choses, ne se contrôlait pas vraiment...
Je descendis de ma chambre tout excitée à l'idée de voir Icare ce soir. Je me dirigeai vers le canapé du salon, lorsque ma mère apparut, habillée de sa veste.
- Oui, d'accord. J'arrive tout de suite attends-moi là-bas. Dit-elle en raccrochant le téléphone que je venais de remarquer.
- Maman ? Qu'est-ce qu'il y a ? M'enquis-je, en voyant son empressement soudain à chercher les clés de sa voiture.
Aucune réponse. Elle n'avait même pas dû remarquer ma présence.
- Maman ?! Repris-je, plus fort cette fois.
- Ah ! Tu tombes bien ma puce, ton père a eu un problème avec sa voiture, elle refuse de démarrer. Je dois aller le chercher à son boulot, alors tu es toute seule jusqu'à ce que l'on revienne. Je t'ai laisser de l'argent sur la table de la cuisine, fait-toi livrer une pizza. Je ne sais pas quand est-ce que l'on rentrera.
- Hein ?! Mais... Mais Avery ? Demandai-je.
- Elle vient de partir. Ta sœur était invitée chez la voisine pour une pyjama-party.
Une fois ses clés en poche, elle vint me faire une accolade avant de refermer la porte lors de son départ. Le dernier son que je pus alors entendre, était le bruit du moteur de sa voiture s'éloigner au loin.
Je n'avais même pas eu le temps de réagir. C'était si... Précipité.
L'idée de me retrouver toute seule chez moi ne me dérangeait absolument pas.
Mais, passer ses soirées à regarder des films d'horreurs ou à lire des histoires d'épouvantes n'aidait en rien ma situation.
Je fus néanmoins soulagée lorsque je compris que ma petite escapade de ce soir allait être du gâteau. Avec personne à la maison, c'était un crime de ne pas en profiter, n'est-ce pas ?
- Mouhahahaha ! M'esclaffai-je avant de m'écrouler dans mon canapé.
J'observai l'horloge du salon, elle affichait dix-huit heures douze. Il me restait encore pas mal de temps avant de retrouver Icare.
Je décidai alors de me divertir devant la télévision en attendant que le temps passe.
Et pour passer, il était passé sacrément vite. Je m'étais assoupie devant un programme pour enfant. Il n'était plus dix-huit heures, mais bien vingt-et-une heure trente passées.
Je me levai du canapé, afin de me diriger vers ma chambre pour me préparer, lorsqu'un bruit retint mon attention.
De l'eau ?
- Oh non ! Pensai-je, soudainement.
J'ouvris la porte d'entrée. C'était bien ce que je redoutais.
Il pleuvait des trombes d'eau.
Je levai les yeux au ciel pour apercevoir d'énormes nuages gris juste au-dessus de la région.
Le vent, la pluie, il ne manquerait plus que les orages et là, j'aurais décroché le jackpot.
Un frisson s'empara de ma colonne vertébrale à cette pensée.
Depuis que j'étais enfant, j'avais une peur bleue des éclairs. Ils me terrifiaient.
Je devais au plus vite avertir Icare que je ne pouvais pas venir, du moins pas ce soir.
Mais pour lui dire quoi ? Que la fragile humaine que j'étais avait une phobie aussi insignifiante ? Que j'étais tétanisée à l'idée de mettre un pied dehors ? Il en été hors de question. Je n'allais pas le laisser connaître mon plus grand point faible. Ma fierté en prendrait un sacré coup.
Et puis... Je n'avais aucun moyen de le contacter. C'était vraiment délicat.
Mais non ! Je devais me faire du souci pour rien. Icare n'était pas idiot, il verrait bien que ce n'était pas un temps convenable pour une sortie. J'étais plus ou moins sûre qu'il ne viendrait pas non plus.
Au fond de moi, je l'espérais vraiment.
Je lâchai un long soupir. J'étais déçue, mais résignée. Je ne pouvais pas changer la météo, après-tout.
Sentant encore la fatigue de ma mini-sieste, je décidai alors d'aller me coucher.
J'enfilai à la vas-vite mon peignoir après m'être soigneusement déshabillée et me glissa chaleureusement sous mes couvertures.
C'était si doux et réconfortant. La chaleur que me procurait ma grosse couette rouge me faisait du bien. Je ne pensais plus du tout au mauvais temps qui faisait des siennes à l'extérieur. Sans perdre de temps, je m'assoupis à nouveau très rapidement.
Toc, toc, toc...
Toc, toc, toc...
Un bruit étrange me réveilla en sursaut. C'était encore un de ces affreux cauchemars ?
Toc, toc, toc...
Non, ce bruit-là était bien réel, et il se faisait de plus en plus insistant.
Je ne voyais absolument rien dans la pénombre de ma chambre.
Toc, toc, toc...
Encore... C'était comme si quelqu'un se tenait là, debout devant la porte de la baie-vitrée et cognait sur la vitre.
Je regardais attentivement alors dans la direction du bruit.
Je me figeai net lorsque j'aperçus une silhouette se tenant sur mon balcon.
Mon premier reflex fus de me réfugier sous ma couverture, priant tous les dieux possibles et inimaginables de faire fuir l'individu. Je ne pouvais pas m'arrêter de trembler. C'était plus fort que moi.
- Bon sang, Lydia ! Ouvre-moi, c'est Icare !
Hein ?!
