Auteur: Fire Serendipity
Bêtalecture: Lyly [u]
Fandom: Kingdom hearts
Pairing: NamiKai
Disclaimer: Le blabla habituel à propos des personnages qui appartiennent à Square Enix et de toute façon j'en veux pas 8D C'est mon premier yuri. Je n'en lis pas, et le couple en question est loin de me passionner, mais j'aime beaucoup cette chanson, je voulais écrire dessus et je voyais très bien la situation.
Chanson utilisée : « 30 Minutes », t.A.T.u (non, non, je vais pas toutes les faire !... Quoique…).
Thirty Minutes
Tic…
L'horloge est moche. C'est la seule pensée qui me vient à l'esprit pendant que je regarde la trotteuse compter le temps qui passe. Cette vilaine pendule rose Betty Boop, avec ses grosses aiguilles dorées et son cadre décoré de strass, je l'ai reçue pour mon anniversaire il y a des années. Il fait noir mais elle reste tape-à-l'œil rien qu'avec la lumière des lampadaires qui filtre à travers les rideaux. Et je n'arrive pas à réfléchir à autre chose. Cette pensée occupe tout mon esprit : J'ai toujours eu cet objet en horreur.
Tac.
Il est vingt-trois heures trente. J'ai préparé mes affaires – deux sacs de sport bourrés de fringues et des choses dont je ne veux pas me séparer. Quelques livres, ma trousse de maquillage, plusieurs photos et d'autres babioles qui sembleraient sans importance à n'importe qui d'autre mais qui recèlent les plus importants de mes souvenirs d'adolescente. J'ai écrit la lettre à ma famille, elle est posée bien en évidence sur mon bureau. Je suis assise sur mon lit, la lumière éteinte. La maison dort. La rue, le quartier, la ville, le monde… L'univers tout entier dort. Je suis seule. Aussi seule qu'un grain de poussière d'étoile perdu dans le vide interstellaire. Attendant l'étoile filante, le centre de gravité.
Tic…
Le temps ne s'écoule pas. Ou alors ce sont mes pensées qui vont à la vitesse de la lumière, parce que j'ai l'impression d'avoir pensé à mille et une choses depuis le moment où je me suis dit que j'arrivais pas à songer à quoi que ce soit d'autre que cette pendule hideuse qu'on m'a offerte, et pourtant une seule seconde est passée. J'ai pensé que j'ai toujours trouvé Betty Boop monstrueuse avec sa tête difforme et sa bouche au milieu du menton. J'ai pensé à un tas de choses, à tout sauf ce à quoi je devrais être en train de réfléchir, en fait.
Tac.
Out of sight / Hors de vue
Out of mind / Hors d'esprit
Out of time / Hors du temps
To decide /Pour décider
Tic…
"Je pars cette nuit. Je viendrai te chercher à minuit. Si tu es prête, attends-moi. Sinon… tant pis. Tu n'es pas obligée. Je ne te force à rien… Je veux seulement que tu sois heureuse. »
Heureuse… Tout abandonner, tout laisser derrière moi. Est-ce que je peux vraiment faire ça ? Partir loin de ma famille, de mes amis, de tout ce que j'ai pour une seule personne ?
Bien sûr, ce n'est pas n'importe quelle personne…
Mes parents ne l'ont jamais appréciée. Je crois qu'ils savent depuis le début, même s'ils ne l'ont jamais dit. Ça se voyait dans leur réticence à me laisser la fréquenter, dans leurs regards quand ils la voyaient, à leur refus catégorique de me laisser dormir avec elle, chez elle ou chez moi, à la façon qu'avait ma mère de me dire, « Chérie, laisse la porte de ta chambre ouverte s'il te plaît » avec cette crispation nerveuse des maxillaires. C'est le genre de phrases qu'on dit à une fille qui est avec son petit ami. Pas avec une amie. Mais elle n'est pas juste mon amie. Ça fait bien longtemps.
Tac.
Et maintenant, elle n'en peut plus de se cacher. Pas seulement de mes parents, pas seulement pour nous. Pour elle, de sa famille, de ses amis, de tous les gens qu'elle connaît qui la jugent alors qu'elle n'a encore rien dit. Parce qu'elle porte toujours des jeans élimés et des T-shirts blancs sans aucun apprêt, parce que son joli visage n'est jamais maquillé, parce que ses cheveux blonds restent toujours lâchés et sans chichis, parce qu'elle est incapable de marcher avec des chaussures à talons et qu'elle coupe ses ongles courts. Parce qu'elle a tapissé sa chambre des portraits de moi qu'elle a dessinés, parce qu'elle roule à moto comme un garçon, parce qu'elle a travaillé dur pour pouvoir se la payer, plus dur encore pour pouvoir acheter le side-car qui va avec. Parce que tout ça, ce sont des « trucs de garçon manqué et qu'elle devrait se comporter un peu plus comme une fille. » Parce qu'elle veut être elle-même, elle s'en va. Parce que même si ailleurs on la jugera aussi, les regards désapprobateurs ne seront pas ceux des personnes qu'elle aime et dont elle ne veut pas voir la déception. Elle s'en va, et elle m'a demandé de partir avec elle.
Tic…
Même si je ne la suis pas, ça ne fera que reporter le problème. Parce que même si je ne peux pas être certaine qu'elle est celle que j'aimerai toute ma vie, même s'il est possible que je me remette de notre séparation, le jour où je tomberai à nouveau amoureuse, ce sera exactement la même histoire. Me cacher, avoir peur, avoir honte toujours de ce que je suis. Savoir que ma mère pleurera à l'idée que je ne lui donnerai pas le bonheur d'être grand-mère, savoir que mon père sera en colère et que le reste de notre famille se détournera d'eux… Alors, est-ce que ça vaudrait vraiment la peine de la perdre ?
Tac.
Do we run? / On s'enfuit?
Should I hide? / Devrais-je me cacher?
For the rest / Pour le reste
Of my life / De me vie
Tic…
Ce serait lâche de m'enfuir comme ça. Ce serait lâche aussi de rester et de me cacher. Je pourrais au moins avoir la force de mes convictions et le prouver en partant. Je sais que je serais heureuse. Et même si ça devait ne durer qu'un temps, ce serait génial. Ce serait comme de quitter le nid en m'envolant. On est comme des oiseaux, toutes les deux. Des oiseaux qu'aucune nichée n'accueillera jamais à bras ouverts s'ils sont honnêtes, des oiseaux qui doivent construire leur propre nid dans le plus isolé de tous les arbres pour trouver le bonheur.
Tac.
Mais rien n'est fait, et il est vingt-trois heures quarante-deux. Qu'est-ce que je fais ? Je reste ? La solitude, la douleur de la perdre, le retour à la case départ pour que le jour où je serai guérie de cette blessure, le même problème se pose. Je pars ? C'est risquer de tout perdre pour rien. Ce n'est pas gagné d'avance. Rien ne sera jamais facile, on peut se perdre, on peut tout faire planter et se rétamer en beauté, rentrer les oreilles basses et la queue entre les jambes. Tout ça peut s'avérer être un fiasco total. Peut-être qu'on n'aura pas le courage nécessaire, que ce sera encore plus difficile comme ça. Peut-être…
Tic…
Peut-être que ce sera l'extase. Le bonheur. Peut-être que la liberté nous suffira.
Can we fly? / On peut voler?
Do I stay? / Est-ce que je reste?
We could lose / On pourrait perdre
We could fail / On pourrait échouer
Tac.
On a fait beaucoup de projets. On a rêvé pendant des heures. Des nuits entières. On a tiré des plans sur tant de comètes, construit des dizaines de châteaux en Espagne… Quand on fait ça, on ne pense pas qu'on peut se tromper. On ne se dit pas qu'on pourrait faire le mauvais choix et gâcher sa vie, qu'on pourrait tout simplement faire un erreur, que c'est comme de jouer à pile ou face, mais on a tellement pensé à notre avenir… Aux difficultés qu'on s'est promis de surmonter ensemble. On a la Foi. Mais rien ne garantit qu'on ait raison.
In the moment / Au moment précis
It takes / Qu'il faut
To make plans / Pour faire des projets
Or mistakes / Ou des erreurs
Tic…
On dirait que l'horrible pendule a décidé de rattraper son retard. Il est maintenant minuit moins le quartet je me lève de mon lit. Je vais m'assoir à ma coiffeuse. C'est vraiment un beau meuble, elle fait partie des choses que j'aurais voulu emporter mais qui ne tiennent pas dans mes bagages de fugueuse.
Fugueuse… Je viens d'avoir dix huit ans. Mes parents vont me chercher, évidemment. Peut-être même me retrouver mais ils ne pourront pas me forcer à rentrer. Ont-ils donc perdu toute autorité sur moi du jour au lendemain ? Je ne me sens pas plus indépendante pourtant, pas différente. Mais ça veut dire que la Loi m'autorise à m'enfuir avec elle, que je peux partir de chez moi en pleine nuit sans prévenir personne et que c'est légal, qu'on ne risque pas de se faire arrêter par la police qui nous ramènerait chez nous par la peau du cou.
Le temps passe vite. Je cligne des yeux et l'aiguille me donne l'impression d'avoir fait un bond. Il ne me reste plus que treize minutes ! Treize petites minutes, treize fois soixante secondes, je ne vais pas perdre le temps que je n'ai pas à calculer combien ça fait….
Tac.
Encore quelques poignées de «Tic » et de « Tac » pour prendre une décision qui va changer nos vies à tout jamais.
Tic, tac, tic, tac, oh mon Dieu ça va tellement vite ! Plus que douze minutes ! Comment savoir ? Comment décider, comment choisir ? C'est un tel risque à prendre, la solution la plus sûre me semble être mauvaise, mais la « bonne » est… c'est comme de me jeter dans le vide sans savoir si je vais tomber ou si on me rattrapera.
Tic…
Oh mon Dieu. Mon reflet dans la glace me fixe dans la pénombre, les lèvres blanchies et les yeux écarquillés sous la visière de ma vieille casquette de base-ball. Je me suis déjà préparée pour le voyage comme elle m'a dit de le faire, en mettant des vêtements qu'elle m'a prêté. T-shirt usé, jean délavé, veste élimée, queue de cheval et casquette. J'ai l'air d'un garçon… C'est à peine si je reconnais le visage dans le miroir… Et c'est le but.
Tac.
Je suis terrorisée.
30 minutes, a blink of an eye / Trente minutes, un battement de cils
30 minutes,to alter our lives / Trente minutes, pour changer nos vies
30 minutes,to make up my mind / Trente minutes, pour faire mon choix
30 minutes,to finally decide / Trente minutes, pour enfin prendre ma décision
Tic…
- Naminé…
Je soutiens le regard de l'adolescente qui me regarde d'un air effaré. Je voudrais qu'elle soit près de moi en ce moment, qu'elle m'aide à prendre ma décision. Mais j'ai honte aussi de ma faiblesse, et je sais que je dois la surmonter et faire mon choix seule. Sans quoi si jamais ça ne marche pas, je lui en voudrai à elle, alors que je suis aussi responsable de mes actes. Hors de question de tout laisser reposer sur ses épaules.
Plus que sept minutes. Je dois être forte pour elle.
Tac.
J'essaye d'imaginer deux vies différentes. Celle que je deviendrai si je reste ici, et celles que je peux devenir si je passe cette fenêtre ce soir. Elles sont nombreuses, les futures Moi nées de la fuite. Elles sont belles ou laides, certains des sont heureuses et d'autre tristes, il y en a qui sont fatiguées, il y en a même une qui me donne envie de pleurer tant elle est maigre et tant ses yeux sont cernés… Je pourrais devenir ça ?
Tic…
J'ai peur de l'admettre mais même cette image squelettique et grise de moi-même me plaît plus que la fille quelconque et refoulée qui m'attend de l'autre côté. Je sais que si je pars je serai heureuse, même si ça ne dure qu'un temps. Si je reste, je deviendrai une menteuse, je me cacherai, je ne pourrai jamais réellement aimer quelqu'un…
Tac.
30 minutes,to whisper your name / Trente minutes, pour murmurer ton nom
30 minutes,to shoulder the blame / Trente minutes, pour encaisser la honte
30 minutes,of bliss, thirty lies / Trente minutes de bonheur, trente mensonges
30 minutes,to finally decide / Trente minutes, pour enfin prendre ma décision
Tic…
Si je pars avec elle j'aurai au moins ça et je pense que ça vaut bien tout le reste. Je serai avec elle, on roulera vers l'inconnu, on dormira à la belle étoile, on pointera les nuages du doigt en imaginant voir des chandeliers ou des théières, je serais sans doute même contente d'y voir cette horreur de Betty Boop pourvu que sa main soit dans la mienne.
Tac.
Carousels / Des manèges
In the sky / Dans le ciel
That we shape / Qu'on dessine
With our eyes / Du regard
Tic…
Plus que quatre minutes. C'est être trop optimiste de croire qu'un bonheur sans tache nous attend, mais au fond, ne devrait-on pas trouver notre amour encore plus fort dans l'adversité ? Bien sûr l'avenir est plein de zones d'ombres, et qu'on souffrira. La vie, c'est comme le ciel. Parfois il est bleu, il peut être aveuglant de lumière, sans aucune ombre au tableau. Parfois il se couvre, ombrageux comme s'il se fâchait, il fait des éclairs et du tonnerre comme s'il criait de colère. Et parfois il est caché derrière des nuages humides et pleut comme l'homme pleure, comme s'il épanchait une immense tristesse. On dit que la pluie ce sont les anges qui pleurent.
Tac.
Quand j'étais petite j'y croyais.
Under shade / Sous les ombres
Silhouettes / Des silhouettes
Casting shade / Jettent une ombre
Crying rain / Pleurent de la pluie
Tic…
Deux minutes. C'est elle mon ciel. Le visage dans le grand miroir est lisse maintenant. Les yeux calmes. Je n'ai plus peur. Il est minuit moins une. Je pense qu'elle doit sûrement déjà être là, et mon cœur loupe un battement à cette pensée. Je me sens bizarrement apaisée. Je me lève du petit tabouret assorti à la coiffeuse et je tourne lentement sur moi–même en regardant autour de moi. Faire mes adieux à ma chambre, à ma maison, à ma famille. Derrière ce mur, mes parents, derrière celui-ci, la chambre de mon frère.
Je n'ai plus d'hésitation, j'ai choisi. Je vais à la fenêtre et j'écarte lentement le rideau.
Tac.
Je n'ai plus peur.
Can we fly? / On peut voler?
Do I stay? / Est-ce que je reste?
We could lose / On pourrait perdre
We could fail / On pourrait échouer
Oh… Elle est là ! Je ne l'ai pas entendue arriver, évidemment. On se doute qu'histoire de ne pas réveiller tout le voisinage, elle à poussé sa moto jusqu'ici. Elle regarde vers ma fenêtre.
Elle porte aussi une casquette, un vieux blue-jean et des baskets. Je ne peux pas voir son regard mais il est tourné vers ma fenêtre, je le sais. Je sais aussi que ses cheveux sont relevés comme les miens mais que demain, elle s'arrêtera dans le premier salon de coiffure venu pour se les faire couper.
J'ouvre la fenêtre. Elle lève la main et l'agite lentement dans ma direction, je réponds.
Je vais prendre mes deux sacs de sport et je les largue par-dessus bord. Ils tombent l'un après l'autre sur l'herbe avec des bruits sourds.
J'effleure une dernière fois la lettre d'adieu. Il est minuit.
Je passe par la fenêtre. J'ai déjà fait le mur une ou deux fois, avant. Je suis assez agile pour descendre le long du treillis et assez légère pour qu'il supporte mon poids. Par contre, la glycine souffre de mon passage.
Quand j'arrive en bas les bagages sont déjà chargés dans le side-car et elle me tend mon casque.
Silence. Elle prend un côté de la moto, moi l'autre, on pousse.
Deux rues plus loin, elle enfourche la machine. Je la regarde remplacer sa casquette par son casque et la fourrer dans une poche de son blouson.
- Nami… ?
Elle repousse la visière et mes regarde avec ses grands yeux pâles.
- Où est-ce qu'on va ?
Je ne vois pas sa bouche mais des plis de sourire se forment aux coins de ses yeux.
- Vers la liberté.
- Et c'est loin ?
Elle me fait signe de monter. Je m'exécute, j'enfile mon casque. Avant de rabattre la visière, je l'entends me répondre :
- C'est devant nous.
Either way / Un autre chemin
Options change / Les possibilités changent
Chances fail / Occasions manquées
Trains derail / Trains qui déraillent
