On retrouve Paul dans ce chapitre, soyez contentes !

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Bonne lecture !


Une fois emmitouflée dans ma couette, je songeai à Paul. Le revoir m'avait bouleversée mais je ne voulais pas laisser mes pensées partir dans ce sens. Pendant 3 ans il m'avait manqué et que ce soit lui qui découvre ma présence à Forks était encore un coup du destin, un mauvais coup. Je fermai mon cerveau et me refusai de penser à lui. Et je m'endormis en pleurant.


J'ouvris les yeux, nauséeuse et anxieuse, la nuit avait été difficile. J'avais fait de nombreux cauchemars où se mélangeaient la mort de Jake, le désespoir d'Edward dans sa cellule et la colère de Paul. L'un de ses mauvais rêves était imprimé dans ma mémoire. J'étais dans une allée bordée de fleurs au bras de mon père et j'avançais vers l'autel, l'homme qui m'attendait au bout, changeait de visage sans arrêt, il avait les traits d'Edward, puis ceux de Jacob et pour finir ceux de Paul et quand j'arrivais souriante et lui tendais la main, cet homme sans visage se sauvait en courant et en hurlant.

- Tu ne croyais pas que j'allais épouser la garce qui a tué bébé Jake. Je te hais Bella Swan.

Je m'étais réveillée d'un bond et avais essuyé les larmes qui coulaient en silence. Qu'est ce qui se passait dans mon subconscient pour que je fasse un cauchemar pareil ? Pourquoi un éventuel rejet de Paul me mettait dans cet état ? Il n'y avait qu'amitié entre nous et je m'accrochai à cette idée, ses reproches de la veille m'avaient fait mal mais je les comprenais et j'étais prête à supporter beaucoup pour accepter de faire partie de sa vie, de leurs vies à tous. Mais jamais je n'avais pensé à Paul comme ça, pas comme un petit-ami ou un amant. Il était avec Rachel depuis que je le connaissais et, même s'il hantait mes rêves, je n'avais jamais envisagé autre chose que de l'amitié.

Ce rêve me dérangeait et je fonçai sous la douche comme si ça allait l'effacer. Quand je rejoignis Charlie dans la cuisine, il lisait le journal et je souris, rien ne changeait dans cette maison. J'embrassai son crane et il leva la tête, un peu étonné mais ravi. Nous bûmes le café en silence, puis je me dis que je devais énoncer la question que je n'avais pas osé poser chaque fois que j'étais revenue le voir.

- Papa ?

- Oui ? Il me regarda un peu inquiet, mon ton était sûrement trop sec.

- Il y a une question qui me turlupine depuis longtemps et que j'aimerais te poser.

Il déglutit et je compris qu'il savait de quoi je voulais parler, mais il m'encouragea en posant son journal.

- Est ce que tu vois toujours Sue Clearwater ?

Il but une gorgée de café pour se laisser le temps de la réflexion et je me plongeai dans ma tasse. Je savais que cela ne servait à rien de le brusquer, il parlerait quand il aurait trouvé les mots.

- Non. Cracha-t-il brusquement.

Je m'attendais à autre chose, à plus d'explications, mais c'était à Charlie que je parlais, je ne devais pas l'oublier. Mais j'insistai quand même, je voulais savoir.

- Pourquoi ?

Il soupira, il comprit que je ne lâcherai pas le morceau.

- Parce qu'elle ne veut plus de moi.

- Explique-moi, papa.

Puis soudain une lueur traversa mon cerveau, alors je continuai.

- Ça a un rapport avec Jake ?

Il prit sa tête entre ses mains et je crus qu'il allait se mettre à pleurer tellement il semblait perdu.

- Oui. Elle a rompu le lendemain de l'enterrement.

Alors je me levai et le serrai dans mes bras. Je n'avais jamais pensé que mon père était l'une des victimes collatérales du fiasco de mon passage à Forks. Je me sentais déjà tellement responsable de la mort de Jake, de l'enfermement d'Edward, de la séparation de Billy et Élisabeth, sûrement aussi de la haine de Rachel et voilà que j'apprenais que mon père avait été rejeté parce qu'il était tout simplement mon père.

- Oh papa, je suis désolée, pourquoi ne m'as tu rien dit ?

- Ce n'est pas de ta faute, Bella. Rien n'est de ta faute. Tout cet énorme gâchis est dû à la bêtise humaine, à la haine de l'autre, à la peur de l'inconnu. Je me suis retrouvé pris dans cette folie et je n'ai rien pu faire pour la convaincre.

- Mais pourquoi ? En quoi votre relation était elle impossible ? A cause de moi ?

Ma voix chevrotait, il recula sa chaise et je m'assis sur ses genoux comme quand j'étais une petite fille. Il me frottait le dos un peu durement mais je voulais l'apaiser, lui dire que j'étais là, maintenant. J'avais été tellement absente pendant 3 ans et même quand je venais, je n'étais pas la fille la plus attentionnée de la terre. Je m'étais enfermée dans ma propre douleur et j'avais occulté celle des autres, de mon père et de mes amis et je m'en voulais pour cela, en plus du reste.

- Tu sais, les gens ne sont pas tendres et elle a dû subir des réflexions parce qu'elle n'était pas avec un quileute. La mort de Jake a exacerbé les haines. Je sais que Billy lui a dit de rester avec moi, de faire le dos rond pendant quelques semaines, le temps que les gens se calment, mais elle n'a pas voulu. Puisque lui ne pouvait pas être heureux, elle ne voulait pas l'être et lui jeter notre bonheur au visage.

- Je comprends pour Billy et Élisabeth mais pas pour vous deux. Tu dois être si malheureux mon pauvre papa.

Il me fit un sourire triste.

- Je n'ai pas de chance avec les femmes, ça doit être mon karma.

- Je suis désolée de ne pas avoir été près de toi pour te soutenir.

- Ne t'en veux pas, Bella. Arrête de culpabiliser pour tout ce qui se passe autour de toi. Sue a pris sa décision toute seule, comme une grande et même si elle a été influencée, ce n'est pas toi qui lui a dit de me quitter alors arrête ça tout de suite.

Il me serra encore plus contre lui et nous restâmes un moment chacun perdu dans nos pensées.

- Alors tu savais pour Billy et Élisabeth... Dit-il soudain.

- Oui, Jacob m'en avait vaguement parlé et nous n'étions pas d'accord sur ce sujet.

- Je me doute qu'il n'était pas d'accord avec son père.

- Non, il disait qu'elle voulait les asservir, les transformer et qu'ils perdraient leurs coutumes et ce qui fait leur différence, mais ce n'est pas l'impression qu'elle me donnait et je sais maintenant que j'avais raison.

- Tu la vois toujours ?

Sa question sonnait plus comme une affirmation et je souris, mon père était le chef de la police et il devait obligatoirement savoir où sa fille passait son temps quand elle venait à Forks.

- Oui, comme Billy, chaque fois que je suis venue, je lui ai rendue visite et d'ailleurs, je bois le café chez elle tout à l'heure.

- Tu as eu raison ma fille. Je suis fier de toi et de ce que tu es devenue. Tu seras bientôt professeur, tu as essayé de soutenir les deux personnes les plus touchées par cette tragédie malgré ton propre chagrin. Et maintenant que tu es plus forte, tu as repris contact avec tes amis, c'est bien.

Je me levai, le moment de tendresse entre nous avait assez duré, nous n'avions pas ce genre de relation père-fille qui m'obligeait à être câline avec lui. Cela nous convenait mais parfois comme aujourd'hui cela nous était nécessaire pour continuer notre route. J'aimais mon père tendrement et je me rendais compte que j'avais besoin de lui, comme lui avait besoin de moi dans sa vie.

Je montai me doucher et je travaillai tout le matin sur ma présentation orale et vers 13h, je me rendis chez Masen. La maison n'avait pas changé, seule la propriétaire ne ressemblait pas à la charmante femme vive que j'avais rencontrée le premier soir où Edward m'avait invitée. Elle m'attendait sur le seuil de la porte et ouvrit ses bras pour que je me jette dedans. Elle avait vieilli et elle était marquée par la douleur mais elle continuait à se maquiller et à s'habiller de façon très chic. Je savais qu'elle ne recevait pratiquement aucune visite, mais elle m'avait dit s'obliger à le faire pour se donner le courage de vivre et d'aller voir Edward au parloir.

Ces visites à son fils la détruisaient, elle ne supportait de le voir entre ces murs, mais jamais elle n'avait refusé la sentence, elle m'avait même dit, une fois, qu'elle n'aurait pas accepté qu'il s'en sorte sans punition. Elle gardait la tête haute malgré tout, être la mère du meurtrier n'était pas facile à vivre, mais elle disait qu'elle, elle avait la chance de serrer son fils dans ses bras, ce que Billy ne pourrait plus jamais faire avec Jacob.

Elle me parla de l'agrandissement du foyer pour jeunes qu'elle avait financé, elle retrouva son enthousiasme quant elle me décrivit les nouveaux aménagements. Je fus surprise d'apprendre qu'elle avait confié la gestion de ce centre à Sue Clearwater et à Tiffany Call. J'aurai juré que ces deux femmes ne voulaient plus entendre parler d'Élisabeth Masen.

- Elles ont commencé par refuser mon aide mais elles ont tout de même fini par comprendre que mon argent pouvait les aider et elles ont cédé. Bien sur tout est traité par l'intermédiaire de mon avocat, je n'ai pas le droit d'aller à la Push, je n'y suis plus la bienvenue. Alors je gère tout ça de loin, mais c'est mieux que ne rien faire.

J'étais vraiment désolée pour elle, cette femme avait consacré sa vie à aider les autres et aujourd'hui elle vivait seule dans sa si grande maison, mais sans ami, sans famille et je me mis à craindre de finir comme elle, avec l'argent en moins. L'après-midi passa très vite et vers 17h30, je pris congé, mais il y eut la question, celle qu'elle hésitait toujours à me poser.

- Comment va-t-il, Bella ? Sincèrement. Sois franche.

Son regard me scrutait et je n'y lisais rien d'autre que l'espoir, cela me fit mal comme à chaque fois.

- Il va du mieux qu'il peut, il semble apaisé, mais je sais que ce n'est qu'une façade qu'il offre aux autres. Souvent les larmes coulent sur ses joues quand il parle de Jacob, il est comme toi, détruit de l'intérieur et rien ne le réparera. Je me demande ce qui lui permet de tenir le coup, peut être Rachel.

- Sûrement, tant qu'on a un enfant en vie, on doit continuer... pour celui qui reste.

Elle souffrait de savoir Billy aussi malheureux, elle l'aimait toujours, une fois elle m'avait raconté leurs projets et leurs rêves, ils auraient pu être heureux.

- Et Rebecca, toujours pas de nouvelles ?

- Je ne crois pas, il n'en parle jamais, comme si elle était...

Je me tus et elle soupira.

- Élisabeth, je dois partir, j'ai rendez-vous à la Push ce soir.

- Tu vas le voir, bien sur. Bougonna-t-elle.

Elle savait que je rendais visite à Billy aussi souvent qu'à elle et elle était heureuse que je sois une sorte de relais entre eux, mais quelque part au fond d'elle, elle m'en voulait de pouvoir être proche de l'homme qu'elle aimait.

- Non, j'ai rendez-vous avec mon amie Angela, et tous les copains de Jacob.

- Oh, tu as repris contact avec eux. Bien Bella, je suis heureuse pour toi... et pour eux, tu as dû leur manquer.

Elle me sourit et sembla réfléchir un instant.

- Tu comptes revoir aussi les amis d'Ed... enfin de mon fils ?

- Je ne sais pas encore mais je crois que oui, j'aimerais revoir Kate, Tanya, Alice, Rosalie mais aussi Emmett et Jasper, je les aimais bien, mais je ne sais pas trop par où commencer.

- Ne bouge pas. Tu sais, j'ai la visite d'Emmett et Rosalie de temps en temps, Alice et Jasper me téléphonent souvent, ils sont à Seattle.

Elle était partie dans sa cuisine et elle revint avec un calepin, elle nota sur un bloc les numéros de téléphone qu'elle avait ainsi que les adresses. Je souris, elle aurait pu me les dicter pour que je les mette directement sur mon i-phone. Tout cela m'avait retardée et il était près de 18h, je fonçai chez moi. Je me précipitai sous la douche et me lavai rapidement. Je venais juste de couper l'eau quand la sonnette de la porte retentit dans la maison vide.

Je ne savais pas où était mon peignoir alors je m'enroulai dans une serviette et dégringolai les escaliers. Je jetai un regard à la pendule, il n'était que 7h moins quart, ça ne pouvait pas être Paul. Je grognai contre cet intrus qui allait me mettre encore plus en retard et je fulminai en ouvrant la porte. Et mon cœur s'arrêta de battre. Le sourire éclatant sur le visage de Paul s'estompa rapidement, il me déshabilla du regard et je ne savais plus comment me comporter. L'eau de mes cheveux glissaient dans mon cou et je ne bougeai pas, j'étais envoûtée.

Il avança d'un pas, ses mains s'approchaient de ma serviette, mais il eut un mouvement de recul et je remarquai que ses yeux étaient noirs, la pupille se confondait avec l'iris. J'étais totalement incapable de discerner ses pensées ou ses intentions. Puis il recula encore et sa mâchoire se contracta.

- Tu n'es pas encore prête ! Putain Bella, on est attendu ! Bouge tes fesses ou je t'emmène comme ça...

Tandis que je me poussais pour qu'il entre, je suis sure de l'avoir entendu bougonner « et si je te saute dessus, ne viens pas te plaindre ». Je lui indiquai un fauteuil dans le salon et courus dans ma chambre.

- C'est de ta faute, tu es en avance. Mais je me dépêche, promis. Ajoutai-je pour que notre conversation ne dégénère pas.

- Ouais, ouais, vous dites toutes ça et on attend des heures ! Gronda-t-il.

Je frottai vigoureusement mes cheveux pour les essorer, puis j'attrapai les premiers sous-vêtements que je trouvais et par chance, ils étaient coordonnés. Je me fis la remarque que moi seule le saurait puisque je n'avais pas l'intention de faire un strip-tease à qui que ce soit. Puis j'enfilai rapidement la robe que j'avais laissée sur le lit, je n'avais pas le temps de faire des essais comme je l'avais prévu, je voulais prouver au grincheux qui était dans mon salon, qu'une femme peut être rapide, même pour trouver une tenue de sortie. Après un passage éclair dans la salle de bain où je mis du fard à paupières, du mascara et un peu de gloss et me coiffai, je dévalai les marches, perchée sur des talons de 10 cms, et me plantai devant lui.

Il se leva, me contourna et sortit de la maison sans un regard, sans un mot. Alors je ramassai mon sac, décrochai mon blouson et le suivis en traînant les pieds. Le trajet jusqu'à la réserve se déroula dans un silence de plomb, j'étais très mal à l'aise mais je n'osai pas prononcer une parole. Paul paraissait à cran, et à cet instant, je craignais sa réaction, je n'avais pas tellement envie de me retrouver abandonnée sur le bas-côté de la route.

Il s'arrêta devant une jolie maison très bien entretenue, des fleurs de toutes les couleurs décoraient les abords et les fenêtres, celui ou celle qui habitait là, avait la main verte. Paul descendit de la voiture et se dirigea vers la porte d'entrée sans se préoccuper de moi. Je ne bougeai pas, la peur de tous les revoir s'emparait de moi et la colère due aux agissements de mon conducteur s'infiltrait dans ma peau.

- T'as l'intention de passer la soirée dans ma caisse ? Siffla-t-il.

- Pourquoi tu me traites comme ça ? Criai-je soudain.

Je n'avais pas eu l'intention de hurler, mais son comportement me déroutait et la rage avait pris le contrôle. Je le vis serrer les dents puis hausser les épaules.

- Excuse-moi, Bella. Allez viens, fais pas ta gamine boudeuse, t'as passé l'âge.

Il était revenu vers la portière et il me regardait, ses prunelles étaient toujours aussi sombres et maintenant il avait l'air fatigué et contrarié. Mais je n'en avais pas fini avec lui.

- Tu vas me traiter comme ça toute la soirée ? Parce que si c'est ton idée, je rentre chez moi.

- A pied ? demanda-t-il d'un ton moqueur.

- Oui, s'il le faut. Ou je peux appeler mon père et aller chez Billy attendre qu'il ait fini son service.

- Billy est là, derrière cette porte, tu as oublié que cette soirée est en l'honneur de Jacob ?

Je m'arrêtai de respirer, il ne m'avait pas prévenue, le traître.

- Tu ne m'avais pas dit cela, Paul. Je ne sais pas… je ne devrai pas être là…

- Billy est tellement content que tu sois là, que tu participes, enfin, à une soirée en l'honneur de son fils, avec nous. Reste Bella, déjà que Rachel n'est pas là, tu ne peux pas faire ça à Billy.

- J'ai l'impression d'être tombée dans un traquenard.

Il baissa la tête et se pinça les lèvres, il m'avait sciemment caché le but de cette soirée.

- C'est un peu vrai, mais si je t'avais dit la vérité, tu n'aurais jamais accepté, même en échange de l'adresse d'Angela.

- Et tu as raison ! Je n'ai rien à faire ici !

Je hurlai maintenant et j'étais prête à décamper du plus vite que mes jambes pourraient me porter.

- Bella, on ne fait rien de spécial, on est juste ensemble, histoire de fêter son anniversaire avec un jour de retard. Viens, je t'en prie.

Paul qui me suppliait, cela aurait du me faire sourire, mais je le trouvais pathétique et ça me donnait encore plus envie de fuir. Tout à coup, la porte de la maison s'entrouvrit et Angela passa sa tête. Elle me fixa puis elle se retourna d'un bond. Je la vis secouer son bras et apparemment se dégager de la poigne qui la retenait, elle sortit en courant et se précipita vers moi.

- Tu vas sortir de cette voiture, Bella ou je te jure sur ce que j'ai de plus cher, que plus jamais je ne t'adresserai la parole.

- Angie, ma place n'est pas ici. Murmurai-je.

- Et pourquoi ? Tu ne l'aimais pas ? Dis que tu n'aimais pas Jacob et je te laisse tranquille.

Bien sur que je ne pouvais pas dire cela et elle le savait. Alors je la suivis à contrecœur dans la maison. J'entendis soupirer Paul quand je lui écrasai volontairement les pieds en passant devant lui. Mon côté puéril sûrement. Quand je franchis le seuil, les conversations se tarirent et toutes les têtes convergèrent dans ma direction. Je cherchai Billy du regard, lui seul pouvait m'offrir son soutien et je le remarquai enfin, dans un coin de la pièce. Son sourire était si semblable à celui de Jacob que je faillis me mettre à sangloter, mais je fus soulevée de terre par deux grands bras.

- Bella, Bella, Bella ! Tu es revenue, je suis si heureux de te revoir ! C'est génial.

Je n'avais pas l'impression que tous ceux qui étaient dans cette pièce partageaient cette opinion, mais la joie de Quil me fit sourire et je lui rendis son étreinte avec conviction. Il me fit tournoyer jusqu'à ce que Leah le calme.

- Tu veux bien la lâcher qu'on puisse lui dire nous aussi ce qu'on pense de son retour.

La voix de Leah était neutre et toutes mes craintes réapparurent en masse, j'essayais de retrouver mes esprits, ayant le cerveau en lambeaux à cause des acrobaties que m'avait fait subir Quil. Je vis enfin la quileute, elle me fixait intensément.

- Je te déteste, Bella Swan, pour m'avoir laissée si longtemps sans nouvelles, je pensais que tu partais pour quelques semaines et il t'a fallu trois ans pour retrouver le chemin de la réserve. C'est impardonnable !

Mais je détectai un petit sourire moqueur qui s'élargissait au fur et à mesure qu'elle parlait. Quand elle eut fini son laïus, elle m'empoigna rapidement dans une étreinte maladroite, je retrouvai une autre amie et cela me comblait.

Sam, qui se tenait derrière elle, me fit un petit rictus qu'on pouvait assimiler à un sourire avec beaucoup d'imagination. Jared vint me serrer la main, mais son visage resta impénétrable. D'autres jeunes quileutes que je connaissais de vue me saluèrent gentiment. Seth se tenait près de Billy et quand je croisai son regard, je fus scotchée par la haine qui en débordait. Il eut un mouvement de recul quand je m'approchai, il se pencha vers le père de Jacob, lui murmura quelques mots et sortit. Mon cœur se serra, le rejet de Seth me touchait particulièrement car je l'aimais bien, même si nous n'avions pas eu le temps de faire vraiment connaissance.

Je discutai un peu avec tout le monde et ils m'acceptèrent avec plus ou moins de sincérité, moi la « sang-mêlé ». Au bout de deux heures, je m'aperçus que je commençais à vaciller sur mes jambes et que mon élocution perdait de sa fluidité. Angela qui ricanait sans cesse, se moqua de moi parce que je n'arrivais plus à me souvenir des noms des villes italiennes que j'avais visitées. Je grognai et attrapai un verre, j'ignorai totalement ce qu'il y avait à l'intérieur mais j'adorai l'état d'euphorie dans lequel cela me mettait.

J'en descendis une bonne moitié puis je trinquai pour la dixième fois de la soirée avec Quil qui était mon fournisseur de boisson, attitré. Soudain je remarquai la musique, je quittai mes chaussures et me mis à danser. Quil et Angela qui étaient dans le même état que moi, me suivirent puis nous fumes rejoints assez rapidement, par d'autres personnes. Je reconnus Leah qui me dit en secouant la tête :

- Demain, tu vas avoir la gueule de bois.

- On s'en fout, c'est trop cool ! Répondis-je d'une voix de petite fille.

Et je recommençai à me déhancher de plus belle. Mon verre était vide et je me dirigeai vers la table où Sam les remplissait. Je voulus en prendre un mais mon bras était bloqué pour une raison inconnue, je gloussai en me traitant d'incapable et retentai d'accéder au précieux liquide, en vain. Je baissai la tête et vis qu'une grande main brune entourait mon poignet.

- Je savais bien qu'il y avait un truc de bizarre avec mes membres. Je suis un peu pompette, mais quand même. Bafouillai-je en contemplant les doigts fins mais assurément masculins.

- Un peu pompette ? Tu es complètement bourrée et tu ne vas pas tarder à rouler sous les tables ! Persifla une voix sensuelle qui me fit frissonner.

Mais je me rebellai contre cet énervant personnage qui m'empêchait de boire.

- Oh, le roi des emmerdeurs a encore décidé de s'en prendre à moi. Dis donc, Paul, tu ne veux pas aller voir ailleurs si j'y suis ?

- Bella, arrête ! Tu as assez bu pour ce soir ! Gronda-t-il et je frissonnai encore.

- Dis donc, c'est pas parce que tu travailles avec mon père que tu dois te croire obligé de le remplacer !

Il leva les yeux au ciel et continua à m'interdire l'accès à mon saint Graal. Je lui filai un coup de pied dans le tibia, mais j'avais oublié que j'étais pieds nus et c'est moi qui souffris le plus ! Mais il avait été surpris par ma tentative d'agression et il relâcha sa prise assez longtemps pour que prenne un verre et le boive cul-sec. Sa réaction ne se fit pas attendre, il me souleva et me jeta sur son épaule. Je criai en me débattant.

- Paul, je suis en robe. T'es pas obligé de montrer mes fesses à tout le monde !

- Arrêter de bouger, je la tiens, ta foutue robe et personne ne voit tes jolies fesses ! Railla-t-il.

- Dis Bella ! Ça veut dire que t'as pas de culotte ? Ajouta Quil en se tordant de rire.

Paul me porta dehors tandis que j'insultai copieusement Quil pour sa remarque idiote. L'air frais venant de l'océan me saisit et je grelottai dans ma tenue légère. Une fois sur la plage, Paul me jeta sur le sable comme un vulgaire sac. Je grognai qu'il n'était pas gentil et que je me vengerai. Je l'entendis rigoler qu'il aimerait bien voir ça. Je réussis à m'asseoir mais je claquai des dents et je ne me rappelai pas si j'avais pris un blouson.

Paul posa sa veste sur mes épaules et s'installa à côté de moi. Je bredouillai, de mauvaise grâce, un vague merci. J'enfouis ma tête dans le tissu et appréciai l'odeur musquée et virile qui en émanait. Comme je tremblai toujours, il m'attira contre lui et je le laissai faire, je n'étais pas en état de me battre. Nous ne parlions pas, seules les vagues qui venaient mourir à nos pieds troublaient le silence de la nuit à la Push. J'étais bien, je ne sentais plus le froid et j'aurai pu somnoler contre lui s'il n'avait pas, soudainement, retrouvé l'usage de la parole.

- Alors t'es contente ? T'as pris une bonne cuite ? Et ça t'arrive souvent de boire autant ?

Je sursautai sous le ton agressif mais me rebiffai.

- Non, je ne suis pas devenue alcoolique !

- Qu'est ce que j'en sais ? Les gens changent en trois ans !

- Tu vas me le reprocher chaque fois qu'on va se voir ?

Je grognai, je voulais m'éloigner et enlever son bras de mes épaules mais la lassitude et aussi, le bien-être me retenaient contre son corps chaud.

- Jusqu'à ce que j'ai appris à connaître la nouvelle Bella.

Je n'avais plus envie de me chamailler avec lui, je rêvais de mon lit et de ma couette. J'avais la sensation d'être à bord d'un bateau et ce n'était pas facile de suivre une conversation avec ce roulis dans ma tête.

- Pendant ton tour du monde, ça t'est arrivé parfois de penser à moi ? Lança-t-il soudain.

Prise de court par sa question, je tressaillis et me tournai vers lui. Je n'avais pas réalisé que sa tête était aussi proche de la mienne et je sentis son souffle chaud sur mon front. Et là, sans réfléchir, je relevai la tête et me jetai littéralement sur sa bouche.

Au début, il ne bougea pas puis il prit les commandes, Paul Lahote ne se laissait pas embrasser par une fille, Paul Lahote se devait de contrôler la personne qu'il tenait dans ses bras. Il me mordilla les lèvres, insinua sa langue, força le barrage de mes dents et je gémis quand sa langue trouva la mienne. Je perdis le contrôle du reste de mon corps, je n'avais conscience que de sa bouche brûlante et de ce baiser passionné qui aspirait mon souffle.

Il me pressa contre lui et mon cœur battait la chamade contre son torse. J'avais l'impression qu'il avait plus de deux mains, je les sentais dans mes cheveux, dans mon dos, sur mes cuisses, et j'étais incapable de savoir ce que faisaient les miennes. Je me faisais l'effet d'une empotée, mais quand je l'entendis grogner dans ma bouche, je me rendis compte que certains de mes doigts caressaient la peau de son dos alors que les autres jouaient dans sa nuque.

J'ouvris les yeux et je vis son regard empli de désir et je savais qu'il pouvait lire la même chose dans le mien. Et ce fut la dernière chose cohérente dont je me souvins avant de sombrer totalement dans ses bras.