Chapitre IV Le plan du Seigneur des Ténèbres

La lune s'élevait haut dans le ciel ce soir-là, éclairant d'une lueur blafarde le vaste manoir des Malfoy. Celui-ci était plongé dans l'obscurité, telle une gigantesque sentinelle de pierre montant la garde au milieu de l'immense propriété protégée par les sorts censés arrêter toute attaque de l'Ordre de Phénix. Tout était calme, le vent remuant faiblement les arbres noirs et sinistres de la forêt entourant la demeure, les corbeaux n'osant pas rompre ce silence de mort.

A l'intérieur du manoir, dans le vaste sous-sol qui s'étendait profondément sous la demeure, l'ambiance était toute aussi froide et silencieuse. Une grande table de marbre noire trônait au centre d'une superbe pièce de style gothique, un feu illuminant les visages anxieux et pâles des Mangemorts qui prenaient part à la réunion. Ce genre de réunion avait beau être fréquente, ils ne savaient jamais comment elles allaient se passer ou si l'un deux ne partirait pas de la salle. Ils étaient tendus et avaient hâtes de quitter cette pièce. Leurs ombres dansaient sur les épais murs de pierre. L'assemblée était constituée d'une vingtaine de personnes, toutes enveloppées dans d'épaisses capes noires, attendant patiemment. Mais une seule semblait retenir toute l'attention. Une seule semblait être la cause de ce silence glaciale. Une grande silhouette se tenait assise sur une chaise finement ouvragée à une extrémité de la table, le visage aussi blanc que la neige contrastant avec ses yeux rougeoyants.

A sa droite se tenait Severus Rogue, qui avait été hautement récompensé pour avoir tué Dumbledore et semé la panique et la confusion à Poudlard. Il était aussi pâle que Voldemort, son visage encadré par des cheveux noirs et gras, auréolé d'une impression de pouvoir et de gloire. Peu de Mangemorts l'appréciaient et plusieurs ne lui faisaient pas confiance. Mais à présent, les rumeurs s'étaient tues. Les accusations avaient disparues. Tous savaient l'estime que lui portait Voldemort. Tous savaient les pouvoirs qu'il avait reçus du Seigneur des Ténèbres.

A sa gauche était assis Lucius Malfoy. Sa famille avait récemment subi la terrible colère de Lord Voldemort. Son fils, Draco, avait été froidement exécuté par Voldemort lui-même pour avoir échoué dans la tâche qui lui avait été donné. Sa femme, qui avait essayé de protéger son fils de son Maître, avait subi le même sort. Lucius n'avait en revanche pas fait la même erreur. Il savait qu'il n'était pas prudent de se dresser contre la volonté du Seigneur des Ténèbres. Il s'était tu et avait assisté au meurtre de sa famille. Sans bouger. Sans protester. Et lorsqu'il vit son fils puis sa femme frappés par les sortilèges et s'effondrer sur le sol, il avait alors ressenti la même haine qui l'habitait lorsqu'il était plus jeune, lorsqu'il faisait ses premiers pas de Mangemort au côté de son Maître. Il se rappelait à présent ce qu'il ressentait. Sa vie confortable dans son domaine l'avait quelque peu ramolli. Il n'était plus l'homme conquérant qui le caractérisait à ses débuts. Mais la haine qui sommeillait en lui s'était à présent ravivée, plus tenace et vivace que jamais. Une haine qui ne lui laissait aucun répit et réclament vengeance. Une haine dirigée contre un seul homme.

Mais pas contre Voldemort. C'était grâce à lui qu'il avait appris à manipuler les arts noirs, et qu'il avait acquis une si haute place dans la société. Sans sa protection et son aide, il n'aurait jamais acquis les pouvoirs qu'il possède. Il devait tout à Voldemort. Et pour être honnête, Voldemort avait agi contre sa famille comme à son habitude, comme Lucius s'y était attendu en prêtant allégeance au Seigneur Noir il y a déjà si longtemps. Il savait alors les risques encourus, et il les avait accepté tout comme sa femme. Il savait ce que cela signifiait pour sa famille. Gloire, pouvoir et honneur, mais aussi la mort en cas de trahison ou d'échec. La soif de pouvoir de Lucius avait été plus forte que tout le reste et il s'était engagé sans hésitation sur le chemin du Mal. Sans jamais regretter son choix. Sans jamais vouloir revenir en arrière. A présent, sa haine toute entière était dirigée contre Rogue, cet extraordinaire legilimens, qui avait tué Dumbledore alors que Draco en avait eu la possibilité. Rogue lui avait volé sa gloire. Il lui avait volé son fils. Et sa femme. Lucius ne supportait pas cette infamie, et il jura de faire payer à Rogue le meurtre de son fils et de sa femme. Il ferait absolument tout pour regagner les faveurs de Voldemort, comme autrefois, afin d'évincer Rogue, de le voir tomber, puis de le tuer et de prendre sa place.

Le silence était total dans la pièce, tout le monde attendant que Voldemort prenne la parole.

- Avons-nous enfin quelqu'un au Ministère qui est sous notre contrôle ? demanda-t-il enfin, sa question aussi audible qu'un murmure.

Tout les Mangemorts se regardèrent, aucun n'osant parler, tous connaissant parfaitement la réponse. Après un court moment, l'un deux se décida à parler. Il le fit avec une voix faible et hésitante.

- Je n'ai pas réussi à soumettre un employé quelconque à l'Imperium, mon Seigneur, s'excusa Dolohov. Toutes mes tentatives échouent. Ils ont dû trouver un moyen de détecter l'Imperium.

- La rumeur serait donc vraie, murmura Voldemort. N'avez-vous trouvé aucun moyen de contourner cette difficulté ?

- Non, mon Seigneur. Ils détectent toutes nos intrusions.

- Cela va considérablement ralentir nos plans. Néanmoins, je sais que tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir, Dolohov, et je ne t'en veux pas. Cesse désormais tes efforts inutiles, j'ai besoin de toi pour autre chose de plus important.

- Oui, Maître, merci, remercia le Mangemort.

Le silence retomba à nouveau mais l'atmosphère était moins lourde à présent. Chacun s'était attendu à bien pire. Tous commencèrent à changer de position et à s'asseoir plus confortablement en voyant que le danger était passé.

- Cela ne change évidemment pas notre objectif initial. Mais, il va nous falloir changer de tactique. Si le Ministère ne peut pas être pris de l'intérieur, il sera par la force. S'ils croient que je vais abandonner après une tentative, ils se trompent lourdement.

Plusieurs Mangemorts sourirent mais ils cessèrent rapidement lorsqu'ils virent le visage froid de Voldemort.

- Cet imbécile de Ministre a jugé utile de transférer le quartier général des Aurors à Poudlard. Il va grandement nous faciliter la tâche. C'est une erreur qu'il regrettera, affirma Voldemort. Quelles sont nos forces ?

- Largement suffisantes pour écraser le Ministère, Maître, annonça Bellatrix avec impatience. Avec l'allégeance récente des gobelins de l'Europe de l'Est, nous sommes tout à fait en mesure de gagner.

- Parfait, néanmoins il ne faut pas négliger les défenses du manoir. C'est un atout considérable que nous avons en notre possession. Ses nombreux sortilèges éloignent les membres de l'Ordre. Nous ne devons le perdre à aucun prix.

- Nous en sommes conscients Maître.

- Et qu'en est-il des géants ?

- Ils ont rejoints nos rangs récemment et d'autres vont suivre, poursuivit-elle. Ils pourront faire partie de l'attaque.

Elle sembla savourer chacune de ses paroles, enchantée d'annoncer de si bonnes nouvelles à son Maître.

- Le Ministère ne fera pas le poids, assura-t-elle.

- Parfait. Ils le feront encore moins que vous ne pouvez le penser.

Personne ne sembla comprendre les paroles de Voldemort, mis à part Rogue qui sourit faiblement.

- Je serais fière de mener l'attaque, dit Bellatrix, décontenancée par ce qu'avait prononcé son Maître.

- Je le sais, Bellatrix, je le sais. Néanmoins, ce n'est pas toi qui mèneras mes troupes. Lucius s'en chargera.

Un murmure s'éleva autour de la table. Les Mangemorts s'étonnant qu'un tel honneur soit accordé au dernier des Malfoy. Lucius se redressa de toute sa hauteur sur sa chaise afin que tout le monde comprenne désormais la place qu'il occupait auprès du Seigneur des Ténèbres. Quant à Bellatrix, elle semblait pétrifiée, n'ayant jamais osé imaginer une telle situation. Elle eut du mal à trouver ses mots.

- Mais, Maître, bredouilla-t-elle. Personne d'autre que moi …

- J'ai une autre mission à te confier Bellatrix. Qui sera vitale pour notre victoire contre le Ministère.

- Bien Maître, se résigna-t-elle.

- Je veux que tout soit prêt dans les temps Lucius, dit Voldemort en se tournant vers Malfoy. Notre attaque viendra promptement. Je ne tolérerai aucune erreur de ta part, le prévint Voldemort. Le ministère doit être pris.

- Maître,objecta Lucius, même avec le quartier général des Aurors à Poudlard, le Ministère est toujours très bien protégé par de nombreux Aurors et de nombreux sorciers. Et le transfert effectif des Aurors à Poudlard ne se fera qu'à la rentrée.

- Nous ne pouvons nous permettre d'attendre aussi longtemps. Il doit tomber d'ici septembre.

- Oui Maître, mais la victoire n'est pas aussi certaine que la laisse entendre Lestrange.

- Je te l'ai dit, leurs forces seront réduites au moment de notre attaque.

- Quelle est votre idée Maître ?

Voldemort regarda Malfoy, qui sentait qu'il n'aurait pas dû aller aussi loin. Il baissa rapidement les yeux.

- Il n'est pas nécessaire que tu sois au courant de tout Lucius. Contente toi d'accomplir ta mission. Et ne pose pas de questions qui ne te concerne pas.

Lucius acquiesça, tandis que Rogue observait froidement Bellatrix.

- Poursuivez vos attaques quotidiennes, indiqua Voldemort. Le Ministère ne doit rien soupçonner.

- Nous ferons notre devoir, s'exclama fièrement un Mangemort qui se trouvait au fond de la salle.

- Le Ministère ne tardera pas à être entre mes mains, annonça finalement Voldemort en se levant, les autres Mangemorts l'imitant dans une crainte respectueuse. Ce sera sur vous, mes fidèles Mangemorts, sur qui reposera la victoire de la bataille.

Les Mangemorts comprirent que la réunion était à présent terminée et qu'il était temps pour eux de partir afin de laisser leur Maître. Ils s'empressèrent de quitter la salle afin d'exécuter ses ordres. Alors que Rogue s'éloignait lui aussi, Voldemort le rappela auprès de lui sous le regard haineux de Bellatrix. Celle-ci finit par sortir de la salle, en espérant vainement que son Maître la rappelle également. Mais il ne le fit pas. Elle n'arrivait pas à comprendre un tel comportement. Elle qui lui avait tout donné, qui avait tout sacrifié. Elle qui avait passé toutes ces années à Azkaban pour avoir défendu Voldemort et cru à son retour même dans la noirceur de son cachot. Voilà qu'elle était désormais écartée par Malfoy qui s'était peureusement rallié au Ministère en prétextant avoir été soumis à l'Imperium, et par Rogue qui était resté confortablement à Poudlard à proximité de Dumbledore et de Potter. Pourquoi son Maître qu'elle vénérait tant ne lui témoignait plus aucun respect ? N'avait-elle plus d'importance à ses yeux ?

Bellatrix se surprit à se souvenir du jour où elle était officiellement devenue une Mangemort. Un soir d'automne, en compagnie d'autres partisans de Voldemort, dans une maison froide et abandonnée. Il y faisait horriblement froid. Elle ne savait plus pourquoi ils étaient allés dans cette maison-là. Elle était en ruine, et un vent glacial la parcourrait. Mais aucun n'y avait fait attention. Ils étaient là pour tout autre chose. Elle avait été la première marquée. La première qui avait été choisie. C'est sur elle qu'avait été apposée la toute première Marque des Ténèbres. Cela avait constitué alors le plus beau moment de toute sa vie. Son existence allait enfin prendre un réel sens, une signification. Elle qui rêvait depuis toujours d'une vie exaltante, avec un véritable but. Cette Marque signifiait tout pour elle. La promesse d'une existence extraordinaire. La promesse d'un pouvoir démesuré. Elle souhaitait accomplir quelque chose de grand, quelque chose dont tous se souviendraient. Elle en avait trouvé le moyen, sans le savoir, lors de son premier jour à Poudlard.

Elle avait vaguement aperçu, sans vraiment le voir, ce petit garçon qui posait le Choixpeau sur sa tête après qu'elle-même ait été envoyée à Serpentard. Et tout comme elle, il avait été envoyé dans la maison du grand Salazar, à l'instant même où il avait effleuré le Choixpeau sur sa tête. Elle s'était toujours demandée si le Choixpeau avait vu qui allait devenir le garçon qu'il avait réparti. S'il avait ressenti le potentiel destructeur de cet enfant. Quoi qu'il en soit, le hasard, ou le destin, voulut qu'il s'asseye juste à côté d'elle. A en juger par son apparence, et elle accordait beaucoup d'importance à l'apparence, il ne venait pas d'une famille riche. Elle se demanda même s'il n'avait pas récupéré ses habits par terre, ou ramassé dans une poubelle. Pourtant, elle fut immédiatement fascinée lorsqu'il s'approcha d'elle. Elle fut fascinée par son regard si profond, par sa posture, sa manière de marcher, de parler. Il possédait une élégance naturelle qu'elle n'avait encore jamais vue chez personne d'autre. Ils firent rapidement connaissance et Bellatrix fut frappée par la puissance de ses propos, par la volonté avec lesquels il les exprimait. Ils parlèrent toute la soirée. Ou ce fut plutôt lui qui parla. Elle ne s'en souvenait plus trop bien. Elle ne revoyait que des images, des sensations, comme dans un rêve. Mais à aucun moment, il ne parla de sa famille. Jamais il ne donna une indication quelconque sur ses origines.

Au fil des années, de nombreux autres Serpentards furent eux aussi fascinés par ce jeune homme qui, elle l'apprit plus tard avec difficulté, s'appelait Tom Jedusor. Mais Bellatrix su toujours qu'elle était sa préférée. Jedusor avait un pouvoir attracteur sur les autres irrésistible. Personne ne pouvait y échapper. Il ne cherchait pas la compagnie. Il ne cherchait pas à être entouré de personnes. C'étaient les personnes qui l'entouraient naturellement. Sa puissance magique dépassait de très loin celle de tous les élèves de son année, et égalait même celles de septième année. Il maîtrisait des sorts complexes après les avoir seulement essayé une ou deux fois. Et il était aussi capable d'inventer de puissants maléfices, qui étonnaient de nombreux enseignants. Il était l'admiration de tous les professeurs et plus il fascinait ceux qui l'entouraient, plus son charisme et son assurance augmentait. Il accumulait les titres, les honneurs et les récompenses, et réussit à se construire une solide façade d'étudiant modèle, afin qu'il ne soit jamais soupçonné de quoi que ce soit d'anormal.

Car assez rapidement, étant donné ses extraordinaires capacités, il ne tarda pas à s'intéresser à la magie noire, Bellatrix se faisant une joie de le renseigner longuement à ce sujet, sa famille ayant depuis longtemps pactisée avec les ténèbres. Mais il ne mit pas longtemps, là encore, à amasser un savoir qui dépassait tout ce qu'elle avait vu jusque là. Il manipulait la magie noire à la perfection, les sorts qu'il produisait recélant une puissance incroyable. Il les accomplissait naturellement, comme s'il avait toujours su le faire. Sa soif d'apprendre était intarissable, et ils passaient de longues heures, dans la salle commune, à discuter à propos de nombreux plans et stratagèmes visant à amener les sorciers au pouvoir, comme le faisaient depuis toujours les jeunes Serpentards depuis l'époque du grand Salazar. Sauf que cette fois-ci, Bellatrix espérait secrètement que ces idées puissent un jour devenir réalité.

Rapidement, tout s'accéléra. Tom les convoqua tous un soir, et il leur montra une bague. Une lourde bague qu'il portait au doigt. Il assura alors être le dernier descendant de Salazar Serpentard. Mais depuis bien longtemps, peu de ses fidèles avaient encore des doutes à ce sujet. Sa puissance et son aptitude à parler le Fourchelangue les avaient depuis longtemps tous convaincus. Sans oublier sa capacité à ouvrir la Chambre des Secrets, capacité que seul l'héritier de Serpentard possédait. Puis, il leur demanda désormais de l'appeler Lord Voldemort. Tous acceptèrent sans hésiter, à la fois terrifiés et fascinés par ce nom qu'ils entendaient pour la première fois, et qu'aucun d'entre eux n'allaient jamais reprononcer. Bellatrix frissonna en écoutant ce nom, avec l'impression de le connaître depuis toujours. Elle su que le temps viendrait où il serait craint et respecté de tous. Et enfin, il leur donna un nom. Les Mangemorts. C'est ainsi, dans la lugubre et froide salle commune des Serpentards, que Bellatrix scella son destin. Ce nom, Mangemort, était la promesse de la vie qu'elle avait depuis toujours attendue. Son Maître ne cherchait pas à assouvir une simple pulsion meurtrière ou à détenir le plus de pouvoir. Il était au-delà de cela. Il cherchait à détenir Le pouvoir. Celui de vaincre la mort, de manger la mort. Le pouvoir qu'aucun individu n'avait jamais réussi à détenir, et le seule qui importait vraiment. Certains allaient considérer que les actions de Voldemort étaient mauvaises. Qu'importe ! Elle savait que ce n'était pas le cas. Elle savait qu'un jour, la communauté magique reconnaîtrait Voldemort pour ce qu'il avait entrepris, pour la magie qu'il allait développée. Les autres Mangemorts n'étaient en revanche là que pour jouir d'un pouvoir sur les autres, pour avoir droit de vie et de mort sur des inconnus, pour s'imaginer maîtriser le mal. Mais pas Bellatrix. Pas Voldemort. Ils étaient au-delà du bien et du mal. Ils cherchaient à vaincre la mort. Et c'était elle, Bellatrix, qui allait aider Voldemort à obtenir ce secret si inaccessible et si convoité.

A sa sortie de Poudlard, elle apprit de Voldemort des pouvoirs qu'elle n'aurait jamais pu osé imaginer maîtriser. Elle était immédiatement à ses côtés dès qu'il le demandait. Elle se chargeait parfois de missions peu reluisantes, mais sa puissance magique augmentait constamment, Voldemort prenant particulièrement soin d'aiguiser sa haine et sa colère contre les Moldus et les Sangs de Bourbe. Son nom était craint de l'ensemble des sorciers, il était respecté par tous. C'était elle qui était chargé de répandre la colère de son Maître contre ses ennemis. Il était à l'apogée de son pouvoir. La résistance diminuait constamment. Elle savait qu'ils étaient tout proches de l'emporter définitivement. Et constamment, ils se rapprochaient de la connaissance du secret. Puis tout bascula, ce soir du 31 octobre. Brutalement. Irrémédiablement. Elle le sentit. Dans son âme et dans son corps. Sa Marque la brûla à vif, et elle perçut alors la souffrance sans nom de son Maître. Elle avait compris immédiatement, sans réellement pouvoir le croire, que l'impensable était arrivé. Que son Maître avait été vaincu. Rapidement, elle se mit à sa recherche, dans l'espoir de le trouver au cas où il n'ait pas été définitivement détruit. Elle apprit qu'un petit garçon, un certain Harry Potter, en était le responsable. Elle tenta de le trouver mais elle perdit sa trace. Et elle eut rapidement tous les Aurors sur son dos, la nouvelle de la disparition de Lord Voldemort s'étant propagée comme une traînée de poudre. De nombreux Mangemorts prirent peur et se rendirent, abandonnant lâchement leur Maître. Mais pas Bellatrix. Jamais elle ne pourrait trahir celui qui lui avait tout appris, qui lui avait tout donné.

Elle fut brutalement tirée hors de ses pensées lorsqu'elle entendit Malfoy ricaner en la regardant.

- Tu n'es qu'un lâche, lui cracha-t-elle au visage. Tu n'as toujours été qu'un lâche. Comme ton fils et ta stupide femme.

- Ne t'avise plus jamais de les insulter, rugit Lucius en sortant sa baguette en même temps que Bellatrix.

- J'espère que tu échoueras Lucius. J'espère que tu seras incapable de prendre le Ministère et que tu y survivras. Tu connaîtras alors la colère du Seigneur des Ténèbres, et je suis certaine qu'il me laissera m'amuser un peu avec toi.

- Tu es malade, lança Lucius avec dégoût. Le Seigneur des Ténèbres ne te préférait que pour les tâches salissantes. Que ne lui as-tu jamais apporter ? Tu ne faisais qu'assassiner des familles de moldus pour satisfaire ta soif de sang. Etait-ce toi qui obtenait des informations du Ministère, était-ce toi qui lui apportait un soutien matériel et financier ? Où te trouves-tu actuellement ? Mon manoir est utilisé comme quartier général depuis le début de la guerre et c'est grâce à lui que nous sommes à l'abri de l'Ordre. S'il n'existait pas, nous serions en permanence en train d'échapper aux Aurors.

- Un jour, tu commettras une erreur Lucius. Et alors j'espère vraiment que je serai présente pour la voir.

Malfoy lui tourna le dos et monta dans les étages supérieurs de sa demeure.

Lorsque la salle fut déserte à l'exception des deux hommes enveloppés de noir, Voldemort demanda, après qu'il ait méticuleusement vérifié que personne ne pouvait les écouter :

- Notre plan se déroule-t-il comme prévu, Severus ?

- Oui, mon Seigneur. Le Ministère ne se doute rien. Il ne peut pas savoir qu'il tombera dans un piège.

- Et les autres Mangemorts ?

- Ils ne sont pas au courant Maître. Vous avez parlé à la perfection. Ils ne peuvent pas savoir ce qui se prépare.

- Tout le mérite te revient Rogue.

- Je ne vis que pour vous servir Maître.

- Parfait, répondit Voldemort. Il ne faut surtout pas ébruiter ce plan. S'il parvenait à atteindre les oreilles de l'Ordre du Phénix d'une quelconque manière, la prise du Ministère serait compromise.

- Tout a été fait comme vous l'aviez désiré, assura Rogue.

- Je cours un très gros risque, Severus. Il n'y aura pas de seconde chance.

- Nous n'en aurons besoin que d'une seule.

Les deux hommes se déplacèrent vers le fond de la salle, contournant la table sur laquelle un long serpent s'était enroulé.

- Te rappelles-tu de la dernière phase de ce plan ? demanda enfin Voldemort.

- Oui, mon Seigneur, le dernier acte, répondit Rogue qui attendait ce moment avec impatience.

- Le temps est venu, Severus, de faire tomber le Ministère. Le temps est venu pour toi de connaître ton heure de gloire.

Voldemort sortit sa baguette et poussa trois pierres qui se trouvaient à proximité de la cheminée. Un pan de mur disparut aussitôt et le trou ainsi crée donna accès à une volée de marche qui se perdirent dans les ténèbres. Tous les deux descendirent lentement après avoir allumé d'un geste de baguette la longue rangée de torches qui courait le long du couloir qui semblait sans fin.

- Bellatrix ne sera donc pas mise au courant ? demanda Rogue.

- Non. Seuls nous deux devons connaître ce plan. Les autres n'en seront informés que peu de temps avant l'attaque. Et ceux qui resteront ne devront rien savoir. Il ne faut prendre aucun risque.

- Bien Maître.

Ils poursuivirent leur descente des escaliers.

- Ces souterrains sont prodigieux, murmura Voldemort. La magie noire résonne si fortement en ce lieu. J'espère que tous les Mangemorts savent qu'en cas d'attaque imprévue, c'est ici qu'ils devront se réfugier.

- Je le leur ai rappelé Mon Seigneur.

Ils arrivèrent enfin en bas du long escalier. Ils allumèrent d'un geste complexe les torches qui se trouvaient dans les galeries et qui semblaient différentes de celles de l'escalier. Ils commencèrent alors à avancer dans les galeries souterraines qui formaient un véritable labyrinthe. Elles suintaient l'humidité et de la moisissure recouvrait une grande partie des murs noirs. A chaque bifurcation, ils prenaient soin d'allumer les diverses rangées de torches qui couraient devant eux et d'éteindre celles qui se trouvaient derrière eux. Ils semblaient savoir précisément où aller parmi ce dédale de couloirs et de croisements.

- Qu'avez-vous décidé à propos de Potter, Maître ?

- Il n'a aucun intérêt pour l'instant, répondit Voldemort. Tant qu'il n'est pas au courant, nous ne pouvons qu'attendre.

- Et s'il n'avait aucun moyen de savoir la vérité ?

- Il l'apprendra, affirma Voldemort. Potter a toujours été excessivement curieux, cela va jouer une fois de plus en notre faveur. A un moment ou à un autre, il tombera sur un morceau de la vérité. Et alors, il fera tout pour en connaître l'intégralité.

- Oui, Maître. Mais peut-être pourrions nous l'aider ?

- Laissons les choses se faire naturellement. Et tant que nous n'avons pas trouvé ce qui nous échappe, nous ne nous soucierons pas de Potter.

Ils tournèrent à un nouvel embranchement.

- Il va sûrement faire sa rentrée à Poudlard, continua Rogue.

- En effet, mais cela n'a aucune importance. Notre priorité est la capture du Ministère. Nous nous occuperons de Poudlard après.

Ils se turent enfin, continuant à marcher un long moment dans la semi obscurité qui régnait dans les souterrains, seulement illuminés par les torches. Puis, ils arrivèrent devant une porte, et tous les deux s'arrêtèrent.

- Alors, sourit Voldemort, il est là-dedans ?

- Oui, Maître.

- Tu féliciteras Mulciber pour cela. Comment est-ce arrivé ?

- Il a été capturé alors qu'il effectuait une mission pour l'Ordre. Apparemment, cela faisait plus d'une semaine qu'il s'était infiltré parmi nous, et il avait réussi à collecter d'importantes informations. Il a tenté de s'enfuir lorsque Mulciber la découvert, mais il n'a visiblement pas réussi, ricana Rogue malsainement.

- A-t-il été interrogé ?

- Non Maître. Je pensais que vous vouliez vous en charger personnellement.

- Tu as bien fait. Peut-être pourra-t-il nous être utile, déclara Voldemort en ouvrant lentement la porte.

Tous les deux entrèrent dans la pièce qui était plongé dans la plus totale obscurité. Il y régnait une odeur pestilentielle et quelqu'un gémissait faiblement. Rogue sortit sa baguette et murmura :

- Lumos.

L'obscurité s'évanouit et Voldemort contempla avec satisfaction Remus Lupin qui s'était recroquevillé dans un coin.

- La lutte a dû être violente, commenta Voldemort.

- Elle le fut, répondit Rogue. Particulièrement pour lui.

Lupin avait en effet perdu son bras droit dans la violence de l'affrontement, le sort utilisé contre lui ayant brisé ses défenses. Son visage saignait abondamment, et son œil gauche était enflé. Ses vêtements étaient en lambeaux, et Lupin n'avait apparemment pas la force de se mettre sur ses jambes.

- Traître, souffla-t-il à l'adresse de Rogue.

Celui-ci sourit en le voyant souffrir en un lieu où aucun membre de l'Ordre ne pouvait l'atteindre.

- Dumbledore n'aurait jamais dû te faire confiance. Tu n'es qu'un traître.

- Tu le considères apparemment comme cet être bon et pur qu'il a toujours prétendu être, ricana Rogue. Tu ne connais rien de lui.

- Je sais qui il est. Il a …

- Epargnez votre salive pour des informations plus intéressantes, souffla Voldemort. Je suis certain que vous avez beaucoup à nous apprendre.

- Jamais je ne parlerai, répondit Lupin qui semblait être sur le point de s'évanouir à tout moment. Torturez-moi autant qu'il vous plaira, mais je ne vous dirai rien. Vous n'apprendre rien de moi.

- J'ai de l'admiration pour vous, murmura Voldemort. Vous possédez une grande puissance magique. Et vous vous battez jusqu'au bout. Mais vous devez bien voir que c'est sans espoir. Parlez maintenant et j'abrégerai vos souffrances.

- Je ne dirai rien.

- Nous verrons cela, affirma Voldemort.

Il leva sa baguette, et murmura :

- Endoloris.

Lupin se tordit de douleur, ses traits se déformant sous une souffrance horrible. C'était comme si des pics de glace la lacéraient de toutes parts. Comme si son cœur allait soudain exploser dans sa poitrine. Il pria pour mourir, il pria pour disparaître maintenant, emportant avec lui le souvenir de Tonks qu'il ne reverrait plus jamais. Eux qui devaient se marier le mois prochain. Ils avaient tout organisé, ils l'attendaient tellement … Il aurait pleuré si la douleur n'avait pas annihilé tous les autres sentiments qui existaient en lui. Au bout d'un temps qui lui sembla interminablement long, l'intensité de la douleur diminua et il rouvrit les yeux, le visage couvert de sueur collé contre le sol poussiéreux du cachot. Il aperçut Rogue qui ricanait.

- Il ne semble toujours pas disposé à parler. Severus, peut-être auras-tu plus de chance avec ton ancien camarade?

Rogue sourit et leva à son tour sa baguette, un rictus mauvais déformant son visage. A l'étonnement de Voldemort, il ne lança pas le sortilège de souffrance. Il préféra utiliser un sort plus personnel.

- Sectumsempra !

De profondes entailles se formèrent alors sur le corps de Lupin, lacérant violemment son visage et son torse. Il se sentit sur le point de vomir tellement la douleur était insupportable.

- En souvenir du bon vieux temps, ricana Rogue. A la mémoire de tes amis.

Il lança alors le sortilège Doloris. La souffrance fut encore pire. Lupin crut que sa tête allait exploser, que ses yeux allaient sortir de leur orbite. Il commença à perdre connaissance, un filet de salive sortant de sa bouche. Rogue arrêta net le sortilège.

- Il risque de mourir, Maître.

- Si je veux qu'il meure, je n'ai qu'à laisser la porte ouverte. Ce n'est pas sa mort qui me gêne. C'est le fait qu'il ne parle pas avant.

Lupin restait étendu sur le sol, attendant la suite en sachant qu'il ne résisterait plus très longtemps.

- Peut-être la vue de, comment s'appelle-t-elle déjà ? demanda Voldemort. Ah oui, je m'en souviens … Tonks.

Lupin releva faiblement la tête, espérant de toutes ses forces que Voldemort n'ait pas capturé celle qu'il aimait.

-Peut-être la vue de Tonks lui déliera la langue ?

- Vous ne l'avez pas, soupira Lupin. Elle était en sécurité avant que je ne parte.

- Tout peut changer si facilement, s'exclama Voldemort en laissant s'échapper un grand rire froid et inhumain. Il ne me suffira que de très peu de temps avant qu'elle ne soit entre mes mains.

- Je le connais bien, Maître, se risqua Rogue. C'est un lâche. Il ne parlera pas, même si ces proches sont menacés.

- Il y a toujours un moyen d'arriver à ses fins, murmura Voldemort. Il va donc falloir que j'aille chercher les informations moi-même.

Il leva à nouveau sa baguette, puis prononça :

- Legilimens !

L'esprit de Lupin s'évanouit, il n'y avait plus accès, il était trop faible pour résister. Il sentit Voldemort accéder à ses pensées avec une facilité déconcertante. Lupin savait qu'il n'allait pas tarder à mourir. Il savait que Voldemort allait bientôt l'éliminer lorsqu'il n'aurait plus besoin de lui. Alors, dans une tentative désespérée, il ferma son esprit, essayant à tout prix d'empêcher Voldemort d'atteindre des informations qu'il ne devait pas avoir. Tout serait perdu s'il y accédait. Voldemort le comprit aussitôt. Il perçut brusquement le changement. Il sentit que Lupin tentait de s'opposer à lui, de lui cacher des informations. Alors il augmenta la puissance de son sortilège, il tenta de foudroyer les défenses de Lupin quels que soient les dégâts qui en résulteraient. Et alors, après plusieurs minutes d'une bataille acharnée qui se joua entre deux esprits, Voldemort vit. Il vit ce que Lupin avait essayé de lui cacher. Et il comprit alors où il devait chercher. Là où il devait se rendre pour essayer d'obtenir ce qu'il désirait tant.

- A Poudlard, murmura-t-il.

- Maître, qu'avez-vous vu ? s'empressa de demander Rogue.

Voldemort se tourna vers Rogue, une lueur démente dans le regard.

- Vous voulez dire … ? Vous savez où est … ?

- Dumbledore fut un imbécile de confier ses secrets à ses proches, le coupa Voldemort. Severus, il faut accélérer nos plans. Il faut prendre le Ministère le plus rapidement possible. Poudlard abrite le secret que nous cherchons tant.