Chapitre 5
« Je t'aime. »
J'ouvre grand les yeux en entendant Marco prononcer ces mots. Je ne pensais pas qu'un jour quelqu'un me les diraient de nouveau. Je ravale un sanglot alors que mes yeux s'emplissent de larmes.
« Moi aussi, murmurai-je d'une voix tremblante qui fit immédiatement se redresser le blond.
- Qu'est-ce qu'il y a ? S'inquiéta-t-il.
- Rien, je suis contente c'est tout, reniflai-je en souriant. Cela faisait tellement longtemps que l'on ne me l'avait pas dit…
- Je t'aime, je t'aime, je t'aime, reprit le commandant. Je te le dirai autant de fois qu'il faut pour que tu t'y réhabitues. »
Je hoche la tête et calme mes pleurs. Nous retournons au lit et je me blottie dans les bras de Marco. Alors que j'allais m'endormir, il prend la parole :
« Au fait, pourquoi est-ce que tu as tout à coup changé d'avis après l'intrusion de Père ? Pas que ça m'ai déplu, bien au contraire mais ça m'intrigue.
- Parce que… marmonnai-je dans un demi-sommeil.
- Je veux ma réponse, tu ne dormiras pas avant, râle-t-il en s'écartant de moi. »
Je chouine à la disparition de ma source de chaleur et le regarde mi amusé, mi fatiguée.
« En fait, je me suis dit que, comme demain tout le monde sera au courant, il fallait que je puisse dire ''Il est à moi !'' ou un truc du style. Et pis, va y avoir Satch qui va vouloir des détails alors je voulais pas qu'on soit dans l'embarras en disant : Ah, mais on l'a pas encore fait parce que y a le paternel qui nous a interrompu ! Et comme ça, on a été tranquille pour notre première fois, sans des abrutis qui écoutent aux portes je veux dire. »
Je le vois commencer à rire, se contenant tant bien que mal et me mets à bouder en lui tournant le dos. Il passe ses bras autour de ma taille et me ramène vers lui.
« Boude pas, c'est juste adorable que t'aies pensé à tout ça. Et puis, ça m'a fait rire de te savoir assez possessive pour vouloir dire ''Il est à moi !''. »
Il marque une pause durant laquelle je boude toujours puis niche sa tête contre la mienne.
« Mais c'est aussi pour montrer que t'es à moi que je t'ai fait cette marque tout à l'heure, dit-il en tapotant le suçon sur mon cou. »
Je sourie et me retourne dans son étreinte puis m'endors, bercée par sa respiration.
Et voilà, le matin s'est levé et je suis sur le pont devant quasiment tout l'équipage, Barbe Blanche à mes côtés. Il sourit de toutes ses dents alors que moi je soupire comme pas possible. Ils me regardent tous, se demandant ce qui se passe et pourquoi je tire une gueule de 6 pieds de long.
En fait, je dois leur dire que je compte rester sur ce bateau et - peut-être - intégrer l'équipage. Mais ce n'est pas à cause du discours que je suis de mauvais poil, c'est à cause de Marco et de cet abruti de Barbe Blanche.
Alors que j'émergeais doucement de mes rêves je me suis retrouvée face à une grosse moustache blanche. Je passe le cri de panique et la claque qui s'en est suivie pour arriver au moment où je sors de la douche pour surprendre Barbe Blanche demander à Marco si j'ai, je cite, « un bon déhanché ». Je lui en recolle une et fusille le blond du regard lorsqu'il lui répond qu'il n'en a jamais vu de meilleur. Et ça a continué comme ça pendant une dizaine de minutes avant que je ne sorte, passablement énervée. Jamais je n'aurais pensé que cette vieille branche puisse être à ce point pervertie plus jamais je ne penserais à lui en tant qu'homme respectable ! M'enfin, c'est la nature humine je suppose. Même si certains l'ont de façon plus développé que d'autre, Satch par exemple…
Je souffle et regarde Barbe Blanche qui a les yeux rivés sur ma personne, un immense sourire sur les lèvres et une lueur malicieuse dans le regard. Je désespère est-ce que je veux vraiment rester dans cet équipage ?
Je ne m'attarde pas sur a question car Marco vient de poser sa main sur mon bras gauche. Quand je lève mon visage vers le sien, c'est pour y découvrir un doux sourire et le voir me faire un clin d'œil. Ses paroles de la veille me reviennent en mémoire : « Je ne peux pas te faire oublier ton passé, mais je peux t'aider à sourire au futur. » Lui et cet équipage peuvent-ils vraiment m'aider ? Marco j'en suis sûre - rien que pour la nuit dernière… - je suppose qu'à sa façon Edward Newgate le fait aussi - bien que ça me mette plus en colère que de bonne humeur - il y a Satch qui m'a le plus fait rire en 6 ans et tous les autres. J'aime cet équipage et je peux croire en lui comme Marco me l'a promis.
Je jette un regard à Barbe Blanche qui toussote et reprends son sérieux puis balaye tous les pirates présents du regard. Un sourire sincère se dessine sur mes lèvres et c'est avec une joie nouvelle que je prends la parole :
« Dans quelques heures, je pourrais descendre de ce navire et ne plus jamais y remettre les pieds, dis-je malicieusement alors que leur regard se voile de tristesse. Mais avant que ce moment arrive, je veux vous remercier, pour tout. Autant votre compagnie - quoique parfois envahissante, n'est-ce pas Maria (ma camarade de chambre) - que pour votre bonté sans fin. »
Je lève un instant mon visage vers le blond à côté de moi et y lis de l'incompréhension. Je luis sourie tendrement pour lui faire comprendre que je n'ai pas finis et il lève un sourcil interrogateur. Je ne lui réponds pas mais tourne mon regard vers le capitaine de ce bateau au regard amusé qu'il me lance, j'en déduis qu'il sait où je veux en venir. Aussi reprisé-je ma tirade alors qu'un silence plane sur le pont où nous sommes rassemblés.
« Cela fait 6 ans que j'ai quitté ma terre natale et que je vais d'île en île à la recherche de quelque chose que je ne suis pas encore sûre d'avoir trouvé. J'ai rencontré nombre de personnes et de personnalités plus ou moins douteuses et, disons, spéciales. Mais vous êtes le premier équipage avec lequel je me suis sentie vraiment bien, et j'avoue qu'au début ça me faisait un peu peur. »
Je marque une pause et croise les bras sur mon torse en sentant une boule se former dans ma gorge. Je sourie timidement et ferme les yeux en rigolant.
« Ça faisait une éternité que je n'avais pas ressentie cette plénitude avec d'autres individus que moi-même. Et c'est vrai que ça m'a un peu surprise au début, alors si jamais j'ai blessé l'un d'entre vous, ou que j'ai frappé quelqu'un sans prévenir - comme le capitaine - je m'en excuse. »
Je laisse un blanc flotter quand Haruta, la commandante de la 12ème flotte avec qui je m'étais lié d'amitié grâce à une blague envers Satch, pris la parole.
« Alors … tu ne restes pas ? demande-t-elle timidement.
- Et bien, je me sens bien avec vous tous et j'ai même été surprise de penser à cet endroit comme un chez moi et à son équipage comme ma famille, m'avoué-je alors que leur regard s'attristait. Ecoutez : je vous dois beaucoup, bien plus que vous ne pouvez l'imaginez. Et dans quelques heures, lorsque la seule chance de quitter ce bateau de fous se présentera, je mettrais pied à terre pour aller boire un coup - vous êtes bien entendu inviter.
- Alors quoi, tu comptes nous dire au revoir entre deux verres et partir comme une voleuse ?
- Je compte vraiment payer ma tournée ! Comparé à toi, je ne vole pas ce que je mange Ace, m'offusquai-je en croisant les bras.
- Tu comptes vraiment partir Charlie ? Malgré tous les moments que l'on a passé ensemble ? Interroge Satch, le cœur au bord des lèvres. »
Je me gratte l'arrière du crâne en prenant un air véritablement gêné :
-Eh bien, après je pensais demander à ce vieux concupiscent qui vous sert de capitaine, m'exclamé-je la plus sérieuse possible en agitant ma main vers le susnommé, si je pouvais éventuellement intégrer votre équipage. Mais pour ça va me falloir un petit remontant, et l'alcool a toujours meilleur goût partagé avec des amis c'est pour ça que je vous invite. Et aussi pour que vous m'aidiez à retrouver le chemin jusqu'au bateau après… »
Même pas une seconde de silence que tout l'équipage crie sa joie de me voir rester, j'avoue que je les pensais plus stupides… Enfin, on dit bien qui se ressemble s'assemble non ? En les voyant comme ça, de bonne humeur à me serrer dans leurs bras ou à me gratouiller la tête comme le fait Joz (« T'es trop petite pour que je te fasse un câlin. »), je me sens vraiment bien. Je rigole avec eux tandis qu'ils se remettent de la frayeur que je leur ai faite, Haruta est même venue pleurer dans mes bras en disant que ce n'était pas gentil de leur faire peur comme ça.
Je suis vraiment heureuse de les avoir tous rencontrés, grâce à eux je peux de nouveau vivre et éprouver des sentiments, et même si j'en viens à être blessée, je sais qu'ils seront là pour m'épauler. J'espère juste qu'il y aura nombre d'autres moments comme ceux-ci, et d'autres comme ceux d'hier soir… Je tourne la tête vers l'endroit où se trouvait Marco mais ne l'y trouve pas, je regarde vers Barbe Blanche qui arbore toujours un immense sourire, mais ne l'y voit pas non-plus.
