N'ayez aucun doute, malgré les apparences, cette fic traite bien d'une relation homosexuelle entre Harry Potter et Draco Malfoy ! Seulement, personne n'a dit que ça serait facile, ben oui, sinon ce serait pas drôle^^

Bonne lecture!

Chap. 4 : Infiltration et rapprochement.

Harry et Draco se trouvaient devant l'immeuble de M. Doyle en plein cœur de la ville de Winchester. Ils ouvrirent la porte du bâtiment à l'aide d'un "Alohomora", montèrent les trois étages et gratifièrent du même sort la porte de l'appartement. Il était à peine 22h mais Doug était déjà couché, il n'entendit pas les deux intrus entrer chez lui.

- Comment va-t-on le ramener à l'hôtel ? Chuchota Harry à l'entrée de la chambre.

- Je n'en ai pas la moindre idée, répondit Draco.

- Comment ça tu ne sais pas ? C'est ton plan, tu dois bien avoir prévu quelque chose ! S'emporta le jeune Auror, tentant de maitriser sa voix afin de ne pas réveiller l'endormi.

- Windsor étant équipé d'une protection anti-transplanage, le plus simple serait de l'endormir, de transplaner à l'entrée de la ville et de le porter jusqu'à l'hôtel en espérant que personne ne nous voie.

- Et pourquoi pas se balader en brandissant une pancarte avec « Nous nous apprêtons à cambrioler le château » écrit en grosses lettres fluo histoire d'être sûr que tout le monde soit bien au courant de ce qu'on va faire tant que tu y es !

- Qu'est-ce que tu proposes de mieux ? Va-y je t'écoute. Répliqua le blond, cinglant.

- Pourquoi on ne le laisserait pas tout simplement dormir ici puisqu'il vit seul?

- Bonne idée, ironisa Draco, comme ça, si un de ses proches possède un double des clés et qu'il décide de passer, Doyle sera envoyé immédiatement en soins intensifs et le Service des usages abusifs de la magie ne tardera pas à découvrir que sa terrible et inexplicable maladie n'est en réalité que l'effet d'une potion, ce qui ne risque pas du tout d'alerter les Aurors.

- Ok, admis Harry, mais si tu réfléchis comme ça, qui te dis qu'il n'avait pas prévu de laisser ses clés demain matin à la voisine histoire qu'elle vienne arroser les plantes et ramasser le courrier durant son absence ? Dans tous les cas, si on l'emmène maintenant, les risques sont les mêmes.

- Bien pensé, reconnu Draco. Puisque tu es dans ta minute de bon sens qu'est-ce que tu proposes pour palier à cette éventualité ?

- On attend qu'il soit partit de chez lui et on l'attrape sur le chemin.

- Oui, sauf que si on fait ça, on n'aura pas le temps de s'occuper de McCook… On va faire plus simple, ajouta Draco avant d'entrer dans la chambre et de pointer sa baguette sur Doug. Impero, murmura-t-il.

Harry écarquillait encore les yeux lorsque Draco passa devant lui.

- Tu n'as pas de problème avec les sortilèges impardonnables j'espère ? Demanda-il provocateur.

- Absolument aucun non, je trouve même l'idée excellente, répondit Harry, rentrant dans son jeu. Et puis après ça, tu ne pourras pas dire que tu ne ferais pas un bon Mangemort.

- Laisse Tu-Sais-Qui et ses sbires dans leurs tombeaux tu veux ! S'emporta Draco. Je n'ai pas de temps à perdre avec tes idéaux mégalos ! Sortons plutôt d'ici.

- Et Doug qu'est-ce qu'on en fait ?

- Il reste là, demain matin il agira exactement comme il avait prévu de le faire, avant de nous rejoindre de bonne heure à l'hôtel.

- Ok, on va chez McCook maintenant ?

- Ouais.

Un quart d'heure plus tard, ils avaient transplané dans le trou perdu qu'était Ravenshaw et avaient trouvé sans grande difficulté parmi les dix habitations du coin, la demeure de la famille McCook.

C'était une maison de campagne tout ce qu'il y avait de banale : des volets de bois rouges, s'accordant avec les rebords de fenêtres en brique, égayaient sur deux étages des murs couleur crème, sur lesquels grimpaient quelques pieds de lierre au nord. Un puits en pierre trônait au milieu de la cour et de gros massifs d'hortensias longeaient tout un pan du mur séparant la propriété des McCook de celle de leur voisin. Un peu à l'écart de la maison, on pouvait distinguer la silhouette d'un hangar rempli jusqu'au plafond de bottes de paille.

Comment était-il humainement possible de vivre dans un endroit aussi paumé que celui-là, se demanda Draco qui avait une sainte horreur de la campagne.

Que voulez-vous, quinze jours de vacances obligatoires tous les étés dans la villa de campagne de mémé, sans autre occupation que de la regarder jouer au poker avec toutes ses copines qui cocotaient le parfum haute gamme à vous en donner la nausée avait de quoi vous dégouter à jamais de ces lieux d'ennui mortel.

Une lumière filtrait à travers les rideaux d'une pièce à l'étage, la famille n'était pas encore couchée.

- On va attendre que tout le monde dorme, déclara Draco.

- Et après qu'est-ce qu'on fait ?

- On s'introduit discrètement dans la chambre, tu lances un Impero et on rentre tranquillement se coucher en attendant que les deux ex-futurs recrues de la garde de sa Majesté viennent d'elles-mêmes jusqu'à nous, répondit le blond tout en s'asseyant au pied de la murette qui entourait la propriété, le rendant ainsi invisible de l'intérieur.

Percevant l'hésitation de son coéquipier, il ajouta :

- Ben alors Wilson ? C'est pas toi qui voulais devenir Mangemort ? C'est l'occasion ou jamais de me montrer ce que tu vaux !

- J'vais le faire t'inquiète pas, je me demandais juste pourquoi tu ne le faisais pas toi-même puisque tu sembles toujours vouloir tout contrôler, rétorqua-t-il tout en s'accroupissant à ses côtés.

- Et bien au cas où tu n'aurais jamais pratiqué l'Impérium, c'est un sortilège assez épuisant et puisqu'on t'a collé dans mes pattes autant que tu serves à quelque chose, rétorqua Draco visiblement amusé devant la tension évidente qui s'emparait de ce Mangemort du dimanche.

- Excuse-moi d'être à ce point là un boulet pour le voleur exceptionnellement doué que tu es, répliqua Harry.

Il n'était pas réellement vexé mais il n'appréciait pas non plus que Malfoy le prenne pour un bon à rien.

- C'est déjà bien que tu le reconnaisses, répondit Draco d'un air affligé, comme si son cas était désespéré.

Devant la mine agacée qu'affichait Harry, le blond rajouta avec un sourire :

- Fait pas cette tête Wilson, je plaisante.

Alors qu'il cherchait quelque chose à dire pour détendre l'atmosphère, Harry, qui n'avait pas quitté la maison des yeux durant leur échange, le coupa dans ses réflexions :

- La dernière lumière s'est éteinte. À combien estimes-tu le temps qu'ils s'endorment ?

- Disons une demi-heure.

- Et qu'est-ce qu'on fera si l'un d'eux est insomniaque et nous surprend ? Demanda-t-il, se retournant et s'asseyant au côté de Draco.

- Et ben on improvisera, comme d'habitude, sourit-il.

Harry ne pu retenir un sourire en retour, il avait l'impression de se retrouver quelques années en arrière, avant qu'il ne suive sa formation d'Auror. A cette époque, il se contentait de suivre son instinct… Malheureusement, ce dernier n'était pas infaillible, Sirius en avait fait les frais. Néanmoins, Harry ne pouvait nier que la méthode de Draco était beaucoup plus exaltante que celles enseignées à l'EFA (école de formation des Aurors), ce qui n'était pas pour lui déplaire, bien au contraire.

- Puisqu'on a du temps à tuer, si tu me racontais un peu ce qui t'a amené à entrer au service du Patron, reprit le blond se disant qu'il arriverait peut-être ainsi à savoir si l'autre lui mentait ou non.

- J'avais besoin de thunes et j'ai rencontré les bonnes personnes voilà tout, répondit le brun sans hésitation.

- Et maintenant ? Tu fais toujours ça pour l'argent ou bien tu y as pris goût ? S'enquit-il avec un sourire en coin lui aussi avait fait ça pour l'argent au début.

- Pour tout te dire, j'ai accepté cette deuxième mission pour le fric mais je dois reconnaître que ça me plait bien, avoua Harry qui, une fois n'est pas coutume, avait été honnête, ou du moins en partie.

Bien qu'il ait du mal à l'admettre, il se devait de reconnaître que le défi que représentait le fait de dérober le joyau le mieux gardé de la couronne aux yeux et à la barbe des Aurors avait de quoi attiser son esprit d'aventure. Infiltrer un réseau mafieux représentait déjà un sacré challenge, mais réussir à le faire sans que ses collègues ne se rendent compte qu'il jouait les taupes en était un d'autant plus attrayant.

- Content de l'apprendre, plus tu seras motivé, plus nous aurons de chances de réussir, se réjouit Draco qui n'était pourtant pas beaucoup plus avancé sur les intentions réelles de son équipier.

- Et toi alors, comment as-tu atterri là ? S'enquit Harry, détournant la conversation pour éviter d'autres questions sur son passé.

- Comme toi, par manque de fric. C'était ça ou… enfin, j'ai choisi sans hésitation, abrégea-t-il.

- Tes parents ne pouvaient pas t'aider ?

- De là où ils sont, ils auraient bien du mal, répondit-il avec un regard désabusé.

Il avait arraché quelques brins d'herbe et jouait nerveusement avec. Harry s'en voulu d'avoir posé la question. Il se demanda également si Malfoy savait que sa mère était toujours en vie. La façon dont il avait répondu laissait penser que ses parents étaient morts tous les deux. Peut-être n'avait-il simplement pas envie de s'étendre sur le sujet. En tout cas le brun n'osa pas lui demander davantage d'explications, il n'était pas sadique au point d'appuyer plus que de raison là où ça faisait mal.

Après un moment de silence, Drake perçut la gêne de son voisin, et ajouta, tout en libérant les brins d'herbe :

- Disons qu'ils ne font plus partie de ma vie depuis assez longtemps pour que cela ne me touche plus.

Ne sachant que répondre, Harry garda le silence et se mit à son tour à tripoter la pelouse dans l'espoir que cela suffise à dissiper ce sentiment de malaise qui s'était installé alors que pour la première fois depuis sa sixième année, il ressentait de la compassion envers Draco Malfoy.

Aucun d'eux ne relança la conversation, leurs pensées étaient ailleurs, tournées vers le passé.

Le vent frais de cette nuit de fin d'été caressait encore leur peau, apportant à leurs narines la douce odeur de l'herbe humide mélangée à celle un peu plus piquante des pins qui bordaient l'autre côté de la route, lorsque la demi-heure fut totalement écoulée.

Draco fut le premier à s'en rendre compte.

- Debout Wilson, il est tant d'y aller, dit-il simplement.

Ils se levèrent et entrèrent aussi discrètement que possible, leurs pas crissant immanquablement sur le gravier de l'allée. Une fois devant la porte, ils l'ouvrirent d'un énième Alohomora, la passèrent et grimpèrent les escaliers sans détour, jusqu'à arriver devant la chambre qu'ils cherchaient. Draco fit un signe à Harry, lui signifiant que c'était à lui de jouer. Ce dernier prit un air déterminé et tourna la poignée, baguette en main. Malheureusement pour lui, la porte grinça sur ses gonds et Mme McCook, qui n'était que dans un demi-sommeil, se redressa en sursaut, allumant dans le même temps la lumière de sa lampe de chevet.

- Qui est là ? Dit-elle, le cœur battant à tout rompre avant d'apercevoir Harry avancer prestement vers elle.

Le cri qu'elle tenta de pousser ne se fit jamais entendre, bloqué dans sa gorge par le sortilège de silence lancer par le jeune Auror. M. McCook, réveillé par l'agitation de son épouse n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait qu'il était déjà sous l'emprise de l'Impérium.

Voyant que son mari ne réagissait pas, Mme McCook se leva et prise de panique, elle tenta de se jeter sur Harry, lequel ne put rien faire, trop concentré qu'il était à maintenir le sortilège de manipulation qu'il venait de lancer. Il se retrouva à terre, la furie, à cheval au dessus de lui, semblait avoir décidée de lui labourer la peau à coups d'ongles. Parant les attaques du mieux qu'il le pouvait, Harry s'évertua à garder l'emprise mentale sur M. McCook. Ce dernier exercice rendait très difficile toute riposte efficace et il commençait sérieusement à se demander ce qu'attendait Draco pour l'aider, lorsque celui-ci se manifesta enfin, envoyant valser Mme McCook trois mètres plus loin d'un Stupéfix en pleine poitrine.

- ça va ? Interrogea le blond.

- ça pourrait aller mieux, répondit Harry, qui après avoir observé les écorchures plus ou moins profondes sur ses avants bras, saisit la main que son coéquipier tendait vers lui pour l'aider à se relever.

- Qu'est-ce qu'on fait d'elle ? S'enquit-il en regardant la pauvre femme étendue en travers du fauteuil sur lequel elle avait été projetée.

- J'ai la potion de sommeil sur moi, répondit Drake, si on lui en donne une seule goutte et qu'on la recouche, elle se réveillera demain matin et croira qu'elle a rêvé ce qui vient de se passer.

- Ok, allons-y.

Ils réinstallèrent Mme McCook dans son lit et Drake lui administra un peu de potion avant de la libérer d'un Ennervate. Dans le même temps, Harry se concentrait pour ordonner à M. McCook de se rendormir et d'agir comme il l'avait prévu le lendemain matin avant de les rejoindre à l'hôtel.

- Tu as vérifié que les enfants dormaient ? Interrogea Harry.

- Ouais, j'ai verrouillé leur porte aussi au cas où, mais apparemment ils n'ont pas bougé, répondit-il en jetant un coup d'œil dans le couloir.

- Tant mieux. Bon allons-y maintenant. Tu avais raison, l'Impérium est assez épuisant comme sort.

- Surtout la première fois, sourit Draco, mais ne t'en fais pas ça ira mieux demain.

Une fois dehors, Harry attendit que Draco ait transplané avant de se précipiter dans le hall de la maison. Il alluma la lumière et observa son reflet dans le miroir qui surplombait un buffet bas.

Il devait faire vite, le sortilège de manipulation lui avait prit pas mal d'énergie et il commençait à reprendre son apparence normale. Il rectifia rapidement les petites imperfections, ressortit et se concentra à nouveau du mieux qu'il put pour transplaner auprès de Draco. En plus il ne pourrait pas retrouver son véritable visage pour cette nuit. Ce n'était pas vraiment difficile de garder cette apparence mais c'était tout de même un peu désagréable.

- Qu'est-ce que t'as fichu ? T'en as mis un temps pour arriver, constata Draco alors qu'Harry venait tout juste de se matérialiser devant lui.

- Désolé, je t'ai dis que l'Impérium m'avait épuisé, j'ai eu du mal à transplaner.

- Mouais… Bon, allons nous coucher, répondit-il en prenant la direction de l'hôtel.

Alors qu'Harry se demandait si Draco avait cru à son histoire, ce dernier ne savait pas si cet événement devait le conforter dans ses soupçons ou si Wilson était simplement un sorcier aux pouvoirs limités.

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Le lendemain matin, Harry se leva en premier, il se sentait beaucoup mieux que la veille. Malfoy avait eu raison lorsqu'il lui avait dit qu'une bonne nuit de sommeil lui ferait du bien. Il se rendit à la salle de bain et fut satisfait de voir que ses sortilèges n'avaient quasiment pas bougés.

Après s'être préparé, il descendit prendre son petit déjeuné. Il reconnut immédiatement M. McCook attablé devant un café et une corbeille de croissants. Il décida d'aller se joindre à lui. Ils se serrèrent la main et discutèrent de la pluie et du beau temps comme des gens qui ne se sont pas vus depuis longtemps et qui ne savent pas trop quoi se dire.

Draco ne tarda pas à les rejoindre et une fois qu'ils eurent vidé la corbeille de croissants ils remontèrent tous les trois dans la chambre. Drake dilua quelques millilitres de potion dans un verre d'eau.

- Bon, fais lui boire ça, ordonna-il à Harry en lui tendant le verre avant de se diriger vers la porte. Je vais essayer de trouver Doyle.

Lorsqu'il revint dans la chambre accompagné de ce dernier, Harry avait couché McCook dans le lit du dessus. Ils répétèrent l'opération avec leur seconde victime et purent enfin se rendre au château.

Une fois là-bas, ils n'eurent aucun mal à trouver à qui ils devaient s'adresser, un homme était posté à l'entrée, tiré à quatre épingles dans son costume trois pièces noir, un bloc note à la main, il semblait les attendre. Après leur avoir demandé leur nom, question à laquelle ils répondirent évidemment par Douglas Doyle et Harry McCook, Edmond - c'était le prénom inscrit sur la plaque nominative accroché à son veston - leur indiqua un groupe d'hommes au milieu de la cour qu'ils devinèrent être les autres recrues attendues ce matin. Ils les rejoignirent et attendirent avec eux d'être au complet. Lorsque ce fut fait, l'homme qui les avait accueillis réclama leur attention.

- Avant tout, commença-t-il, bonjours messieurs et bienvenue au château de Windsor. Je m'appelle Edmond York et c'est moi qui suis chargé de vous accueillir ce matin, poursuivit-il d'un ton qui laissait penser qu'il aurait préféré se passer de cette tâche. Je suis persuadé que vous êtes tous conscient de la chance que vous avez d'avoir été choisi pour intégrer la garde de la reine et j'ose espérer que vous serez à la hauteur de l'honneur qui vous est fait. Je vais maintenant vous distribuer vos emplois du temps avant de vous montrer vos quartiers.

Il sortit une pile de feuilles qui étaient jusqu'alors cachées dans le bloc note qu'il tenait sous le bras et appela chacun des hommes un par un pour leur donner leur emploi du temps personnalisé accompagné d'un plan des bâtiments.

- Bien maintenant je vous demanderai de me suivre, déclara-t-il en se dirigeant vers l'impressionnante tour ronde qui trônait au centre de la cour.

Lorsqu'ils entrèrent, ils découvrirent un hall somptueux. Un comptoir d'accueil en bois d'ébène sculpté occupait le coin à gauche de la porte. Le sol était couvert d'un parquet de bois plus clair et la lumière du jour entrait dans la pièce par de hautes fenêtres à meneaux aux contours sculptés dans la pierre. Draco reconnut également le matériau brun parcouru de fils dorés de l'escalier qui faisait face à l'entrée, comme étant du marbre brésilien. Il était certain de ne pas se tromper, l'une des résidences secondaires de la famille Malfoy avait une salle de bain carrelée de la même façon.

Ils suivirent un couloir qui s'allongeait sur leur droite et purent admirer, sur les murs lambrissés de chêne verni couleur caramel, une série de tableaux relatant l'histoire de la royauté anglaise au fil des siècles. Ils bifurquèrent sur leur gauche dans un corridor plus étroit et après quelques mètres se retrouvèrent dans un cul de sac. Il y avait deux portes de chaque côté du couloir et une dernière au fond.

- Bien, reprit Edmond, vous êtres arrivé. Chacune de ces portes donne sur une chambre de deux personnes, annonça-t-il. Vous êtes libre de vous mettre avec qui vous voulez bien sûr. Quelqu'un viendra vous chercher dans une heure pour vous faire visiter les lieux et vous prendrez votre service cette après-midi, en attendant je vous laisse vous installer, conclu-il avant de s'en aller visiblement pressé de vaquer à d'autres occupations

Harry passa la porte le premier, la pièce était plutôt petite et tout en longueur. Il y avait deux petits lits dans un renfoncement à droite de la porte. Ils étaient séparés par une allée de la largeur de l'unique table de chevet, qui était elle-même surmontée d'une petite lampe à l'abat-jour d'une couleur bleu océan identique à celle des dessus de lit. Le blanc immaculé des murs semblait vouloir compenser le manque de lumière dû à la présence d'une unique petite fenêtre.

La moitié du mur gauche était occupé par un placard mural et Harry aperçu au fond de la pièce une autre porte sur la droite qui donnait sur une salle de bain, à tel point minuscule que la douche, le lavabo et les toilettes dont elle était pourvue laissaient à peine la place de se tenir au milieu.

Drake s'affala sur le lit le plus proche de la porte, prit le plan qu'Edmond leur avait fourni et sembla réfléchir quelques instants avant de prendre la parole.

- La salle qui renferme les joyaux de la couronne n'est pas indiquée…

- Et je ne pense pas qu'il nous la montrerons durant la visite, répondit Harry qui était déjà en train de ranger ses affaires dans le placard.

- C'est évident. Nous devrons donc la trouver nous-mêmes, répliqua le blond en posant le document sur son lit avant d'ouvrir sa valise et de déballer à son tour ses affaires.

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Après presque deux heures de visite, le petit groupe des nouveaux arrivants fut conduit jusqu'au réfectoire pour le déjeuner.

En plus d'avoir fait le tour du propriétaire, ils avaient eu droit à un récit détaillé de l'histoire du château, de sa construction à nos jours. Autant dire que ses deux heures furent longues. Ceci dit, ils avaient désormais acquis une vision plus concrète des lieux, ce qui leur serait fort utile dans un avenir proche.

La tour ronde était l'endroit clé du domaine, c'est là qu'ils passeraient le plus de temps. Le rez-de-chaussée était consacré aux gardes, on y trouvait leurs dortoirs, leur salle commune ainsi que les cuisines qui jouxtaient le réfectoire dans lequel ils se trouvaient présentement. Les deux étages supérieurs étaient quant à eux constitués d'un dédale de chambres, de salons, de salles de bain ou de bal toutes plus luxueuses les unes que les autres et exclusivement réservées à l'usage personnel et privé de la famille royale.

Quant aux autres bâtiments, mis à part le nombre impressionnant de bureaux situés non loin de la chapelle – Drake en avait d'ailleurs fait l'expérience la veille – ils étaient quasiment tous destinés à loger, nourrir et blanchir le personnel du château.

Pour ce qui était de la salle renfermant les joyaux de la couronne, Drake n'était sûr que d'une chose : elle était dans la tour. Les appartements de la reine étant privés, les gardes n'avaient pas accès à toutes les pièces, et l'une d'entre elles devait être celle qu'ils cherchaient.

Durant le repas, ils sympathisèrent avec quelques uns de leurs collègues, discutant de tout et de rien, Harry apprit ainsi qu'un dénommé Mark allait bientôt avoir un bébé et cet événement le renvoya à son mariage avec Ginny dont la date avait été repoussée bien trop de fois à cause de cette fichue mission. Un mois, un seul mois, c'était le temps qu'il se donnait encore pour trouver le Patron, si dans un mois il ne le tenait toujours pas, il se retirerait de cette affaire. Ginny l'attendait depuis longtemps déjà et elle ne méritait pas un tel délai.

L'après-midi fut long et sans intérêt, aussi bien pour Harry que pour Draco, le premier était chargé du contrôle des touristes et le second de faire le pied de grue devant l'entrée de la chapelle.

Lorsque l'heure de la relève sonna enfin pour Draco, il regagna sa chambre dans laquelle Harry n'était pas encore rentré. Il commença par prendre une bonne douche avant de s'installer confortablement sur son lit avec le plan des lieux qu'il entreprit d'étudier plus en détails. Quand Harry revint, peu avant l'heure du diner, il savait précisément ce qu'il devait faire.

- T'es déjà là, s'étonna Harry.

- Pourquoi tu voulais être seul ? Railla Draco

Harry leva les yeux au ciel et ignora magnifiquement sa remarque.

- Comment se fait-il que tu aies fini plus tôt que moi ?

- Peut-être parce que servir de décoration en attendant sans bouger pendant plusieurs heures devant la porte d'une Chapelle dans laquelle tous le monde peut entrer à sa guise est autrement plus chiant que de fouiller des touristes, répondit distraitement le blond en notant quelque chose sur un morceau de parchemin.

- Si tu crois que ça m'amuse de tripoter des gens tout l'après-midi pour me rendre compte que ce putain de portique sonne même pour des boutons de jeans.

- Va faire le poireau sous la pluie et on en reparlera, sourit Draco devant l'air excédé de son équipier.

- Si je me souviens bien de mon emploi du temps, ça doit être prévu pour demain, grimaça-t-il.

- Moi je suis de garde de nuit demain, nous en profiterons pour faire le tour de quelques pièces de l'étage et nous en mettrons certaines sous surveillance.

- Ok, ne m'en veux pas mais j'ai vraiment besoin d'une douche, ton plan peut attendre que j'aie fini ?

- Je suppose que oui, répondit Draco en levant à son tour les yeux au ciel.

Lorsqu'Harry sortit de la salle de bain - non sans avoir régénéré ses sorts de métamorphose - c'était déjà l'heure du dîner.

Les deux jeunes hommes, à qui un après-midi de travail au service de la reine avait donné faim, se rendirent donc ensemble au réfectoire où les conversations entre leurs collègues allaient déjà bon train. Ils apprirent ainsi que cinq gardes étaient de service aux côtés de Drake la nuit prochaine. Même si ce dernier ne s'attendait bien sûr pas à être seul, six lui semblait être un chiffre élevé pour assurer la surveillance de seulement deux étages. Ceci ne fit que le conforter dans son idée : le Prince Noir était bien dans la tour. Une pensée s'imposa alors à son esprit, s'il avait de la chance et que la pièce était gardée par des Aurors posté en faction à son entrée, il lui serait facile de la repérer en faisant sa ronde. Même s'ils étaient invisibles, il ne lui serait pas très difficile de détecter une concentration importante de magie.

Une fois l'estomac plein, les deux infiltrés regagnèrent leur chambre et purent enfin discuter du plan de Draco.

Ce dernier commença par étaler la carte du domaine sur le lit avant de prendre la parole :

- Comme tu le vois, l'agencement des pièces des deux étages de la tour n'est pas clairement indiqué là-dessus. Seuls les couloirs dans lesquelles nous sommes censés patrouiller apparaissent.

- Il va falloir que nous explorions les lieux à l'aveuglette alors, constata le brun.

- Exactement. Pour commencer, je voudrais mettre sous surveillance les pièces principales comme la chambre de la reine ici, indiqua-t-il en posant son index sur le plan, le salon familial, là - son index glissa vers une autre partie du plan - ainsi que la salle de réception.

- Tu penses utiliser des sorts ?

- Non, plutôt du matériel d'espionnage sorcier.

- Bien vu, ce sera moins facile à détecter pour les Aurors.

- J'irai acheter ce dont j'ai besoin demain dans la journée et j'aurai besoin de toi dans la nuit, tu devras tout installer pendant que je monterai la garde.

- Ok. Et après ?

- Après j'irai faire un tour dans les couloirs auxquels nous n'avons pas accès histoire de repérer les lieux.

- Tu comptes y aller seul ?

- T'en fais pas, ce sera de la simple reconnaissance, je veux voir s'ils ont mis des Aurors en patrouille et j'essayerai de repérer les concentrations de magie.

- Si tu utilises un sort pour ça, il y a de grande chance pour qu'ils te tombent dessus.

- Qui t'as dit que je voulais utiliser la magie ?

- Et comment tu t'y prendrais pour détecter de la magie sans utiliser quelque chose qui ait un rapport de près ou de loin avec le monde sorcier ?

- Un Mp3.

- Un Mp3 ? Répéta Harry ne semblant plus rien comprendre.

- C'est un petit appareil moldu qui sert…

- Je sais ce qu'est un Mp3 Drake merci, le coupa Harry, mais je ne vois pas le rapport avec la magie.

- Tu ne sais donc pas que la magie en assez forte quantité détraque les appareils moldus ? Railla le blond.

- ça m'était sorti de la tête, se renfrogna Harry.

- Et bien fort heureusement pour nous je me souviens encore des fondamentaux. La batterie de sorts qu'ils ont sans aucun doute lancés pour protéger ce précieux joyau devrait suffire à bloquer mon Mp3 lorsque je passerai au bon endroit.

- Pas bête du tout effectivement en plus de cette façon, tu pourras toujours dire que tu t'es perdu, comme c'est ton premier jour personne ne s'en formalisera.

- Exactement et puis même si ce n'est pas très règlementaire de monter la garde avec des écouteurs je ne pense pas que quiconque fasse le rapprochement.

- Dans le pire des cas tu te feras remonter les bretelles par le capitaine, sourit le brun.

- ça te ferait plaisir de me voir me faire engueuler pas vrai ?

- Disons que je ne pleurerais pas sur ton sort, répondit-il avec un haussement d'épaule.

La façon dont leur relation évoluait laissait Draco quelque peu perplexe, la méfiance qu'il ressentait au début envers le jeune homme, bien que n'ayant pas disparue, s'était quelque peu atténuée. Il n'aurait su dire précisément à quoi cela était dû mais il sentait comme une espèce de complicité s'établir entre eux. En y réfléchissant, cette confiance qu'il était entrain d'accorder à Wilson venait sûrement du fait que ce dernier avait bien du mal, malgré ses efforts manifestes, à s'empêcher de lui tenir tête. Cela pouvait paraître paradoxal puisque c'est précisément cette raison qui avait conduit le blond à soupçonner son équipier au départ cependant, en restant logique, tout Auror normalement constitué qui serait en infiltration aurait plutôt tendance à lui passer de la pommade et à dire Amen à tout pour gagner sa confiance. En revanche, un mec voulant réellement entrer dans le réseau se devait d'avoir une force de caractère assez conséquente pour ne pas s'aplatir devant le premier venu.

C'est sur ces pensées de plus en plus positives à l'égard de son acolyte que Draco s'endormit mais ce sont des images bien moins plaisantes qui vinrent hanter ses rêves cette nuit là.

Il faisait sombre entre les murs de pierre brute et dépourvus de fenêtre. La pièce était minuscule. En face de lui, une femme était assise, ou plutôt elle s'efforçait de rester aussi droite que possible sur la chaise de bois sur laquelle on l'avait assise, pieds et poings entravés par de lourdes chaînes. La lumière chiche d'une torche était suffisante pour permettre à Draco de voir, derrière le rideau de ses cheveux ensanglantés, divers hématomes plus ou moins enflés sur son visage. Quelqu'un lui posa une question à laquelle elle ne répondit pas, se murant dans le silence alors que son corps tremblait déjà de peur à l'idée des sévices supplémentaires qu'il lui faudrait subir pour son mutisme. Un éclair la frappa en pleine poitrine, un cri déchirant se répercuta contre les murs du cachot pour venir frapper les oreilles du jeune homme avec une puissance démultiplié. Les yeux de la jeune femme se posèrent sur lui, écarquillés par la souffrance. Durant un court instant qui parut à Draco une éternité, ils semblèrent le supplier de faire quelque chose, puis bien vite, ils roulèrent dans leurs orbites et devinrent vides.

Avec l'incohérence propre aux rêves, Draco se retrouva assis à une table, il sentait la présence de plusieurs personnes autour de lui, il entendait des voix se mêler en un bourdonnement confus et presque au dessus de lui, bien plus nettement que tout le reste, il voyait suspendu la tête en bas, le corps de Charity Burbage, l'une des professeurs de Poudlard.

Une autre ellipse spatio-temporelle, un autre prisonnier était mit au supplice sous ses yeux, puis un autre et encore un autre.

Certaines nuits, comme celle-ci, l'horreur de ses songes ne suffisait pas à le réveiller, il revivait inlassablement des fragments de son passé sans rien pouvoir faire d'autre que subir. Dans ces cas là, le lendemain le voyait se lever encore plus épuisé qu'au coucher et avec une désagréable envie de vomir chevillée à l'estomac.

Harry quant à lui eut du mal à dormir cette nuit là car dans le lit voisin, Drake avait un sommeil agité.

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Le lendemain matin, lorsqu'Harry se réveilla pour aller prendre son service, Draco dormait encore, ou plutôt, il s'agitait encore. S'asseyant au bord du lit, le jeune Auror invoqua une faible lumière au bout de sa baguette afin de ne pas réveiller son camarade de chambre. Les pâles lueurs suffirent toutefois à éclairer le visage de ce dernier et Harry ne put s'empêcher de rester quelques secondes interdit devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Le visage en sueur, une expression torturée déformait ses traits d'ordinaire si lisses et distants. Quelques mèches de cheveux collaient sur son front, son visage était parcouru de tics nerveux fronçant régulièrement son nez et ses sourcils.

Harry eut envie de le réveiller. Sa main avait déjà amorcé un mouvement en direction du corps endormi lorsqu'il se ravisa, se disant que la fierté du blond n'aurait probablement pas apprécié qu'on le tire de son sommeil en plein milieu de ce qui semblait bien être un cauchemar.

Il se contenta donc d'aller se préparer dans la salle de bain avant de sortir pour prendre ses fonctions.

Alors qu'il montait la garde devant la porte extérieure d'un bâtiment dont personne ne semblait vouloir sortir et encore moins entrer, il eut tout le temps de repenser à ce qui s'était passé durant ces dernières 48 heures. Il fallait qu'il prévienne Kingsley de ce qui se tramait afin qu'ils mettent en place un plan d'action permettant à la fois de protéger le Prince Noir et de préserver sa couverture. Il y avait d'ailleurs déjà réfléchi et le plus efficace selon lui serait de substituer au Prince Noir un faux bijou que Draco et lui pourrait dérober sans être arrêté par les Aurors. Cette mascarade lui permettrait d'entrer en contact avec le Patron pour la remise du butin et il ne resterait plus qu'à les prendre en flag au lieu de rendez-vous.

Ça aurait été un défi plus amusant de laisser ses collègues en dehors de tout cela et d'arriver à dérober le vrai butin sous leurs yeux mais la réussite de la mission passait avant ses petites victoires personnelles. Ça et la sécurité du pays car si les informations de Draco étaient vraies, les propriétés magiques du Prince Noir pouvaient s'avérer fort dangereuses entre de mauvaises mains. Mais il en saurait plus quand il verrait Kingsley. Il était de garde de nuit le lendemain, ce qui signifiait qu'il avait sa journée de libre, il en profiterait pour se rendre à Londres où il pourrait faire son rapport.

S'il en avait l'occasion, il éloignerait Malfoy de là, songea-t-il. Il avait fait nombre de mauvais choix mais il ne méritait pas que son passé de Mangemort le rattrape, la prison ne serait pas une solution. La vie s'était chargée de le punir de ses erreurs, à 18 ans à peine, il s'était retrouvé seul, en cavale, sachant son père mort et sa mère en état d'arrestation. Il n'avait peut-être pas choisi le métier le plus honnête qui soit mais ses galères l'avaient changé. Harry devait même s'avouer qu'il le trouvait plutôt sympa en dépit de son caractère instable et par la même occasion imprévisible.

Enfin il ferait ce qu'il pourrait pour limiter les dégâts mais si cela tournait mal, il n'allait pas en faire une maladie. Après tout, ce n'est pas parce qu'il commençait à l'apprécier qu'il allait le défendre coûte que coûte.

Harry profita de sa pose déjeuné pour envoyer un message à son supérieur à l'aide de la petite plume et du morceau de parchemin qu'il gardait sur lui en permanence. Il lui donna rendez-vous le lendemain en milieu d'après-midi dans un café du chemin de Traverse. Il alla ensuite retrouver Draco au réfectoire.

- Tu tombes bien, l'accueillit celui-ci. Viens j'ai quelque chose à te montrer, ajouta-t-il en le prenant par le bras, l'obligeant ainsi à le suivre.

- Hey mais attends, j'ai faim moi ! Protesta Harry.

- Alors attrape un sandwich, on n'a pas de temps à perdre.

Résigné, Harry obtempéra, malgré son envie de dévorer un vrai repas. Draco l'emmena dans leur chambre et déballa sur le lit une multitude de gadgets qu'Harry reconnut comme étant du matériel d'espionnage.

- J'ai profité de ma matinée pour faire quelques investissements, annonça Draco. Je vais t'expliquer comment tout ça fonctionne et comment l'installer alors prends des notes, je n'aime pas me répéter.

- T'en fait pas, j'ai une bonne mémoire.

- Très bien alors allons-y.

Harry écouta attentivement, faisant mine d'être novice en la matière - c'était assez étrange de constater à quel point les méthodes des Aurors et celles des criminels étaient semblables.

- Des questions ? Termina Drake.

- Quand est-ce que tu comptes installer tout ça déjà ?

- Ce soir. Rejoins-moi avec le matériel devant la chambre de la reine dès que tu auras la voie libre.

- Ok, acquiesça-t-il en s'étirant sur sa chaise. Bon, je te laisse, ajouta-t-il après avoir jeté un œil à sa montre, ma pause est terminée, à ce soir, le salua-t-il en se levant pour quitter la pièce.

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Le soir arriva et avec lui, l'heure pour Draco de prendre son service. Ce n'est qu'au bout d'une heure trente à faire des allers et venues dans les couloirs annexe à la chambre qu'il vit enfin Harry se montrer.

- Tu en as mis un temps qu'est-ce que tu foutais bon sang ? Râla-t-il.

- Les employés de la maintenance faisaient le ménage dans le hall, se justifia Harry, pas moyen de monter l'escalier, j'ai bien cru qu'ils ne finiraient jamais.

- La reine est couchée maintenant. Je pense que la pièce a été mise sous la protection de plusieurs sortilèges. Il y a de fortes chances pour que l'on soit repéré si nous nous servons de nos baguettes à l'intérieur.

- C'est plutôt problématique, si elle se réveille, nous n'aurons aucun moyen de l'empêcher d'appeler à l'aide sans être découvert.

- Il faudra revenir de jour, quand la pièce sera déserte, c'est trop risqué de s'y aventurer pour le moment.

- Parfait, dans ce cas, allons investir les autres endroits clés que tu avais relevés.

Quelques minutes plus tard, debout devant l'imposant miroir de la salle de bal, Harry étalait sur toute sa surface une potion de révélation à l'aide d'un chiffon. Ceci leur permettrait de voir tout ce qui ce passerait dans cette pièce sur un miroir récepteur qu'ils conserveraient dans leur chambre.

Le son étant probablement plus utile encore que l'image, le jeune Auror entreprit ensuite de disséminer diverses Puces à l'Oreille à travers la pièce. Ces petits instruments, semblable à des microémetteurs moldus avaient l'avantage de s'adapter, tel des caméléons à la surface sur laquelle on les posait, les rendant ainsi absolument indétectables à l'œil nu. Harry en cacha donc un dans les moulures du miroir, un autre sur l'une des breloques du lustre de cristal et un troisième derrière un tableau de l'autre coté de la pièce.

Il réitéra l'opération dans le salon familial, la salle de réception ainsi que la bibliothèque, étalant de la potion sur des surfaces transparentes lorsqu'il n'y avait pas de miroir, et dissimulant des Puces à l'Oreilles de telle façon qu'aucune conversation ne puisse leur échapper.

Draco faisant mine de monter la garde toutes les fois que quelqu'un s'approchait d'une salle dans laquelle Harry travaillait, ils ne rencontrèrent pas de contretemps.

- C'est bon, annonça Harry en sortant du dernier endroit qu'ils avaient mis sous surveillance.

- Espérons que ça marche, répondit Draco alors qu'ils avançaient tous deux le long du couloir.

- Avec tout ce qu'on a posé, quelqu'un finira forcément par…

- Tais-toi, le coupa Draco dans un murmure précipité. Quelqu'un approche.

Ouvrant la première porte qui leur tomba sous la main, ils entrèrent en hâte dans une pièce exiguë dans laquelle ils eurent du mal à se faire une place à deux.

- Pourquoi tu n'es pas resté pas devant la porte ? Chuchota Harry, plaqué contre le mur du fond, un manche à balais s'enfonçant douloureusement dans son dos.

- Je crois avoir reconnu la voix du chef de la sécurité. Je l'ai déjà croisé tout à l'heure et je n'étais déjà pas là où j'aurais dû être. S'ils me trouvent à nouveau dans un secteur éloigné du mien ma couverture est foutue, répondit-il, appuyé d'une main contre le mur pour ne pas écraser Harry et tentant de trouver des appuis plus stables sous ses pieds qui étaient gênés par des objets qu'ils n'arrivaient pas à distinguer.

- Chut…

De l'autre côté de la porte, ils entendirent la voix du chef de la sécurité s'approcher. Il semblait discuter avec un autre garde.

- Ne relâchez pas votre vigilance, disait-il, je veux être prévenu immédiatement de tout ce qui pourrait vous paraître suspect.

- Bien monsieur, répondit le garde. Soyez tranquille, je reste en alerte.

- Bien, c'est ce que je voulais entendre.

Ce n'est que lorsque le bruit de leurs pas se fut suffisamment éloignés que nos deux compères recommencèrent à respirer librement.

- Tu crois que la voie est libre ? Demanda Harry.

- J'espère parce que j'ai le pied droit qui prend l'eau, répondit Draco en ouvrant doucement la porte.

Harry ne put s'empêcher de pouffer de rire face à la mine dégouté de Malfoy lorsqu'il sortit son pied d'un seau dans lequel stagnait un fond d'eau d'une couleur peu attrayante. Le petit aristocrate qu'il était à Poudlard n'avait pas complètement disparu finalement se dit-il, amusé par la situation.

- Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, se vexa le blond.

- Tu verrais ta tête, se moqua Harry en sortant à son tour du placard.

Malheureusement pour lui, il trébucha contre le bord du chariot de ménage et s'étala par terre, emportant avec lui plusieurs balais. Ce fut au tour de Draco d'éclater de rire tandis qu'Harry se relevait péniblement.

- Finalement, c'est vrai que c'est drôle, reconnut-il avant de lancer un sortilège pour sécher sa chaussure.

- C'est bon, ça va, marmonna-t-il, vexé à son tour.

Toutefois, lorsqu'il croisa le regard amusé de Draco, Harry ne put s'empêcher de rire à nouveau. De crainte de voir réapparaitre le garde, attiré par le bruit, ils remirent les balais dans leur placard et se dépêchèrent de regagner le secteur de surveillance de Draco.

L'horloge du hall d'entrée affichait à peine plus de minuit et demi lorsqu'Harry s'écroula avec soulagement sur son lit. La journée avait été longue et il avait besoin d'une bonne nuit de sommeil pour récupérer.

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Draco, qui avait effectué sa garde jusqu'au petit matin, n'était couché que depuis quelques heures lorsqu'Harry se réveilla. En se rendant dans la salle de bain, ce dernier trouva un mot à côté du lavabo écrit de la main de son coéquipier. Il lui demandait de visionner toutes les images et d'écouter toutes les bandes sons que leur système avait enregistrées la nuit passée.

N'ayant pas d'autre occupation dans l'immédiat, Harry se munit du matériel nécessaire avant de sortir de la chambre afin de laisser Draco récupérer de sa nuit.

Ne pouvant décemment pas visionner les enregistrements espions dans les jardins du château, il se rendit à l'hôtel dans lequel les deux hommes dont ils avaient usurpé l'identité dormaient d'un sommeil magique.

Une fois sur place, il put constater l'efficacité de la potion puisqu'aucun d'eux n'avait bougé. Il s'installa au petit bureau qui meublait la pièce et entreprit de trier et d'étudier les informations recueillies durant la nuit avant de visionner celles de la matinée.

Il était 13h passé lorsqu'il finit enfin sa tâche. Il regagna le château et se rendit directement au réfectoire des gardes. Voyant que Draco ne s'y trouvait pas, il y prit un sandwich et se dirigea vers leur chambre. Ils faillirent se rentrer dedans alors qu'Harry allait ouvrir la porte et que Draco sortait de la pièce.

- Te voilà ! Je te cherchais, tu as fait ce que je t'avais demandé ?

- Bien le bonjour Drake, je vais bien merci et toi bien dormi ?

- épargne moi tes sarcasmes tu veux, va à l'essentiel, je prends mon service dans une demi heure.

- J'ai tout visionné et il n'y a rien d'intéressant, rapporta Harry. Personne n'a mentionné les joyaux de la couronne ni cette nuit, ni ce matin. Et toi comment t'en es-tu sorti hier soir ?

- J'ai parcouru une bonne partie du premier étage avant de devoir regagner le secteur dans lequel je devais monter la garde et je suis sûr à 90% que le Prince Noir n'y est pas. Je dirais qu'il y a tout au plus quelques sortilèges de détection et de protection minime.

- Comment peux-tu être si sûr de toi ?

- Mon Mp3 s'est à peine brouillé sur tout mon parcours et l'homme sur lequel je suis tombé est un garde moldu, je l'ai déjà vu plusieurs fois au réfectoire.

- Ok, donc ce soir je m'occuperai du deuxième étage.

- Oui, en attendant, j'aimerais que tu termines le travail en mettant sous surveillance la chambre de la reine.

- Tu veux que je fasse ça cet après-midi ?

- Bien sur que non, attend la semaine prochaine histoire qu'on perde un maximum de temps, ironisa le blond.

- C'est bon oubli, c'était juste une question en l'air, se renfrogna le brun.

- Si tu voulais te reposer il ne fallait pas accepter la mission.

- C'est bon je te dis, je le ferai, je ne suis pas là pour glander.

- Tant mieux parce que ce n'est pas tout, je voudrais pouvoir surveiller le bureau du chef de la sécurité, il faudrait que tu y fasses les mêmes installations.

- Pas de souci.

- C'est ici, reprit le blond en pointant une pièce sur le plan qu'il venait de sortir de sa poche et de déplier sur son lit. Tu pourras utiliser un sortilège de désillusion, ce secteur n'est pas protégé magiquement. Par contre, je te conseille de te faire discret quand tu approcheras la chambre de la reine.

- Je ferai comme si j'étais de garde.

- Ce n'est pas une solution idéale mais c'est la meilleure que nous ayons. Évite de te faire voir tout de même, ce ne serait pas bon que quelqu'un se demande pourquoi tu travailles cet après-midi en plus de cette nuit.

- Ok je ferai attention.

- Tu as plutôt intérêt, si tu te fais prendre, je ne pourrai rien pour toi aussi bien vis-à-vis des Aurors que vis-à-vis du Patron.

- Message reçu, tu devrais y aller, tu vas être en retard.

Une fois Draco sorti, Harry se laissa tomber sur son lit, il allait devoir reporter son rendez-vous avec Kingsley. Tant que le blond ne prévoyait aucun plan concret pour voler le joyau, cela n'était pas gênant, toutefois, Harry souhaitait faire part de son plan à son supérieur pour pouvoir accélérer les choses. Il était fatigué de jouer un rôle et il avait besoin de revoir ses proches, de se confier à quelqu'un qui pourrait le comprendre, le soutenir. Son esprit dériva vers ses meilleurs amis, sa famille, Ron, Hermione, Ginny, tous lui manquaient cruellement. Sentant arriver une vague de mélancolie, il s'empressa de se lever pour s'adonner à la tâche que Draco lui avait confiée.

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Lorsque le soir arriva, Harry avait accompli sa mission sans accros. Il avait passé un temps fou à faire un nombre incalculable de détours pour éviter un maximum de personnes en allant jusqu'à la chambre de la reine mais il avait finalement réussi à entrer et même à sortir sans se faire repérer et sans utiliser la magie – merci à ses cours d'espionnage moldu.

Il retrouva Draco dans leur chambre. Son service à peine fini, il était déjà en train de visionner les archives de l'après-midi.

- Vu ta tête, je suppose qu'il n'y a rien de nouveau, dit Harry qui sourit de la mine endormie de son coéquipier.

- Tout juste, marmonna-il en s'étirant. Allons manger, j'ai besoin de prendre des forces si je veux pouvoir rester éveillé devant ce miroir jusqu'à ce que j'aie fini les enregistrements de la soirée.

- Bonne idée, moi aussi je vais avoir besoin de carburant. Tu ne me demandes pas si j'ai bien fais ce que tu voulais ?

- Pas la peine, j'ai déjà pu observer les deux pièces à travers le miroir, comme tu es là maintenant j'en conclu que tout s'est bien passé et que tu ne t'es pas fais repérer.

- Bonne déduction.

Lorsqu'ils entrèrent dans le réfectoire, les conversations allaient bon train et la joie semblait au rendez-vous.

L'un des gardes répondant au nom de Dan les apostropha :

- Hé les gars, Mark vient d'apprendre qu'il est papa ! S'exclama-t-il.

- Super nouvelle ! S'enthousiasma Harry. Félicitation mec, ajouta-t-il en donnant une tape dans le dos de Mark dont le sourire s'étirait d'une oreille à l'autre.

Avant que le dîner ne commence, un discours fut réclamé à l'heureux père qui se montra quelque peu réticent mais qui finit tout de même par se lever.

- C'est bon, c'est bon, sourit-il, vous voulez vraiment un discours ?

Devant l'approbation générale qui s'éleva de la tablé, il poursuivit :

- Et bien revenez demain soir, je payerai ma tourné à tout ceux qui ne seront pas de service pour fêter dignement l'arrivée de ma petite princesse. Et je vous ferai un vrai discours, c'est promit, ajouta-t-il joyeusement.

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Le lendemain, Harry fut réveillé à midi pile par un Draco avide de nouvelles.

- Debout la dedans ! S'exclama-t-il. Aller Wilson, au rapport, tu as 15 minutes pour émerger et prendre une douche.

- Gnnnaaarh… Putain, Drake, tu fais chier, bordel ! Grogna Harry, la voix encore pleine de sommeil mais néanmoins rageuse.

- Ouais, c'est ça, on lui dira. Aller, bouge, je t'attends.

Après avoir surmonté la réticence de son corps à se lever et avoir passé 10 bonnes minutes de plus que les 15 initialement autorisées dans la salle de bain, Harry rejoignit son collègue en bougonnant. Il ne prenait son service qu'à 14h, il aurait pu dormir une heure de plus au moins si cet abruti ne l'avait pas tiré du lit.

- Bon alors, commença Draco pendant qu'ils se dirigeaient vers le réfectoire, tu es tombé sur des choses intéressantes ?

- Les couloirs du deuxième étage auxquels nous n'avons pas accès sont bien plus surveillés que ceux du premier. Au bout d'un quart d'heure, je suis tombé sur un garde qui m'a gentiment indiqué mon chemin. C'était un moldu avec plus d'ancienneté que nous, comme celui que tu as croisé l'autre nuit.

Après avoir pris de quoi manger au self service, ils sortirent de la tour et allèrent s'installer dans l'un des parcs du château réservé au personnel. Le soleil leur faisait cadeau de sa présence pour ce qui était sans doute l'une des dernières belles journées de la saison.

- Ok, au moins ça confirme mes soupçons, reprit Draco. Tu as eu le temps de repérer quelque chose ?

- Le Mp3 a pas mal grésillé, il y a de la magie dans l'air, c'est certain mais c'est un véritable blockhaus, j'ai même vu des caméras. En supposant que nous trouvions la bonne salle, je ne vois pas comment nous pourrions passer outre les sortilèges que les Aurors n'auront pas manqué de lancer pour la protéger. Quoique nous fassions, nous serons repérés.

- Ben alors Wilson, tu te dégonfles ? lança-t-il sarcastiquement tout en s'asseyant sur un banc à l'ombre d'un grand chêne pour entamer son sandwich. Si tu veux accomplir ton rêve et devenir un jour Mangemort, il te faut un maître des ténèbres tu sais…

- Quel est le rapport ?

- Eh bien avec le Prince Noir, le Patron pourrait sans doute le devenir, suggéra-t-il sans penser un mot de ce qu'il disait.

- Ouais… Répondit le brun en rentrant dans son jeu. Seulement, en attendant ce fichu caillou, le Patron n'a pas le pouvoir de défier les Aurors.

Draco s'amusa de la vantardise et de la témérité de son coéquipier. Celui-ci se rêvait tout puissant mais il n'avait aucune idée de ce dont il parlait.

Après un instant d'hésitation, voyant que Draco ne semblait pas le prendre réellement au sérieux, Harry ajouta d'un ton volontairement colérique :

- Si seulement Potter le sauveur était mort avant la bataille finale, le Seigneur des Ténèbres serait au pouvoir depuis longtemps maintenant.

À ces paroles, le blond se tendit. Des images du passé s'imposèrent à lui malgré ses efforts pour les repousser. Que Wilson soit vantard et inconscient était une chose mais là, il allait trop loin. Draco sentait une colère sourde monter en lui à laquelle se mêlait de la tristesse, du ressentiment et du dégout face à ses souvenirs. Fixant un point au loin, il s'efforça de retenir ce flot d'émotions dévastatrices.

- À l'heure qu'il est, je serais puissant et riche, continua Harry, et je n'aurais pas besoin de me casser le cul à essayer de piquer cette fichue pierre.

- Tais-toi, déclara durement le blond, les yeux perdus dans les massifs d'hortensias face à eux, tu ne sais même pas de quoi tu parles.

À présent, Harry sentait quasiment physiquement une émotion sombre émaner de Malfoy. Il n'aurait pas su dire si c'était de la colère ou de l'amertume mais c'était une noirceur comparable à ce que lui-même ressentait lorsqu'il repensait à la guerre.

- Je te parle de grandeur, répondit-il.

- Tu n'as aucune idée de ce que c'est que d'être un Mangemort, s'énerva-t-il.

- Parce que toi tu le sais peut-être ?

Comme il ne répondait pas, Harry décida d'en rajouter une couche afin de le pousser à bout :

- Moi tout ce que je dis, c'est que le monde tournerait bien mieux avec un sorcier comme le Lord Noir au commande et j'aurais été honoré de me mettre sous ses ordres.

- Ah oui, vraiment ? Cingla la voix de Draco. Ça t'aurait fait bander de le voir torturer et tuer des dizaines de personnes sous tes yeux ? Ajouta-t-il en tournant vers Harry un regard aussi dur que l'était le ton sur lequel il avait posé sa question. Tu aurais aimé devoir te joindre aux festivités pour faire hurler de douleur une pauvre femme sans défense ? Continua-t-il en se levant pour tourner le dos au brun - ce dernier aurait juré avoir vu un voile passer devant ses yeux à l'évocation de la femme. Tu ne sais même pas de qui tu parles ! Reprit-il en se retournant pour faire de nouveau face à Harry. En t'enrôlant à ses ordres, ce n'est pas la gloire et la richesse que tu allais rencontrer, c'est la mort, la souffrance et la peur !

Harry resta muet. Il voulait que Malfoy explose mais lorsque ce dernier poursuivit sa tirade, le ton de sa voix était à tel point calme et glacial qu'Harry en eut la chair de poule.

- Tu veux savoir ce que ça fait de se retrouver face à lui ? Face à sa rage quand tu n'as pas accompli l'une des atrocités qu'il t'avait demandées de faire ? Ben je vais te le dire. Le jour où ça t'arrive, tu crois que tu vas te mettre à chialer tellement tu as peur. Tu le sais capable de torturer un être humain pendant des heures entières sans le tuer, mais tu vois, tu ne verses pas une seule larme non à la place, tu te pisses dessus, à l'instant même où il pointe sa baguette sur toi tu fais dans ton froc comme la dernière des mauviettes et tu sais pourquoi ? Parce que c'était l'être le plus cruel, le plus terrifiant et le plus dépourvu de scrupules et de compassion que la terre n'ait jamais porté. Alors tu vois tes petits rêves minables de gloire et de richesse tu peux te les mettre où j'pense, il se serait servi de toi comme il s'est servi de tous ses fidèles et quand tu ne lui aurais plus été utile, il t'aurait laissé crever comme la dernière des merdes, cracha-t-il enfin.

Harry était livide de stupeur, il s'était attendu à tout, sauf à ça. Il était sans voix mais tenta tout de même de reprendre ses esprits.

- Tu… Tu y étais… Tu y étais vraiment alors, parvînt-il à bégayer.

Ce n'était pas une question mais plutôt une constatation. Il n'avait eu aucun mal à feindre la surprise, même si elle n'était pas tant due au fait qu'il lui ait avoué être un Mangemort – ce qu'il savait déjà bien sûr – qu'au fait qu'il lui ait clairement fait comprendre qu'il le regrettait amèrement.

- Ben ouais, j'étais un connard de Mangemort et je te préviens tout de suite, si jamais quelqu'un l'apprend, je saurai d'où vient la fuite.

Harry acquiesça, il ne savait pas quoi dire, alors il ne dit rien. Il se contenta de regarder le blond s'éloigner en direction du château.

Il ne comprenait plus rien, il avait toujours cru que Malfoy voulait être un Mangemort, qu'il aimait vraiment servir Voldemort et qu'il regrettait sa mort. Jamais il n'aurait pensé qu'il avait vécu cette période de sa vie comme un traumatisme. Il le pensait lâche parce que malgré son désir de passer du côté du mal il avait cherché à préserver ses relations avec le camp adverse, au cas où tout ne se passerait pas comme l'avait prévu le Mage Noir. Jamais il n'avait imaginé que son hésitation à tuer Dumbledore pouvait être due au fait qu'il ne désirait pas obéir à son Maître mais qu'il y était forcé.

Harry passa le reste de l'après-midi à patrouiller dans l'aile ouest du château. Il eut ainsi tout le temps de réfléchir et de se dire que s'il avait été plus attentif il aurait peut-être pu éviter à Malfoy de se faire enrôler de force parmi les sbires de Voldemort. Il avait été stupide, il aurait dû voir que ce n'était pas un choix délibéré. Malfoy avait eu besoin d'aide mais il était évident qu'il avait été trop fier pour en demander. Mais bon sang, pourquoi diable avait-il accepté tout ça ? Il aurait dû aller voir Dumbledore, il l'aurait protégé, il l'aurait aidé à se sortir de toute cette merde ! Au lieu de ça, cet idiot avait dû vivre un enfer pendant des mois, tout ça à cause de sa fierté mal placée.

Une fois son service fini, Harry se dirigea immédiatement vers leur chambre. C'était étrange mais il ressentait le besoin de s'excuser, il se sentait mal d'avoir voulu le pousser à déclarer sa nostalgie d'une époque que visiblement il préférait laisser derrière lui.

Mais Draco n'était pas dans la chambre. Harry décida alors de se changer et de partir à sa recherche. Après un moment, il le trouva enfin dans le même parc où ils s'étaient engueulés le midi même. Il était assis par terre, dos à un arbre, face au soleil rougeoyant qui disparaissait derrière les remparts du château. Il semblait réfléchir. Harry se racla la gorge pour manifester sa présence.

- Hem, salut… dit-il un peu gêné une fois que Draco eut tourné son regard vers lui.

- Salut, répondit-il en fixant de nouveau le ciel parmi lequel quelques nuages flottaient paresseusement, leurs contours mis en valeurs par les lueurs roses-orangées du soleil couchant.

Harry s'assit et s'adossa à son tour à l'arbre.

- Qu'est-ce que tu veux Wilson ?

- Hem, en faite, je voulais m'excuser pour tout à l'heure, je… je ne réalisais pas ce que je disais.

Draco se tourna pour regarder Harry dans les yeux. Il avait l'air sincère, et puis il avait véritablement eut l'air surpris d'apprendre qu'il avait été un Mangemort. Il était vraiment peu probable que ce type soit un Auror.

- T'inquiète pas, c'est oublié. Je sais ce que c'est que d'être attiré par le pouvoir.

- Ouais, répondit simplement le brun. À quoi tu pensais ? Reprit-il après quelques instants.

- Je cherche désespérément un moyen de pénétrer les défenses qui entourent le Prince Noir mais pour être honnête, je ne trouve pas de plan infaillible.

- Les enregistrements n'ont toujours rien donné ?

- Non, personnes n'a parlé des joyaux.

Harry soupira, il fallait qu'il contacte Kingsley et qu'ils mettent en place un plan qui leur permettrait de dérober ce fichu bijou, ils ne réussiraient pas tout seul et s'ils n'y arrivaient pas, il ne trouverait jamais le Patron.

- Allons nous changer les idées, déclara-t-il enfin. Mark fête la naissance de sa petite, allons-y, de toute façon nous ne pouvons rien faire de plus ce soir.

- Oui, tu as raison, acquiesça le blond, et puis si ça se trouve, nous apprendrons quelque chose d'intéressant.

- Tu ne lâches donc jamais ? Sourit-il.

- Si. Une fois la mission terminée, répondit-il en se relevant.

- Tant de professionnalisme… Le charia Harry.

- Tu devrais prendre exemple, s'amusa Draco.

Ils se rendirent donc au réfectoire où ils découvrirent nombre de leurs collègues déjà attablés. Ils furent chaleureusement salués par ceux à qui ils parlaient de temps en temps et un verre de punch soigneusement préparé par Mark dans l'après-midi ne tarda pas à leur être servi. Des photos de l'heureuse maman avec son bébé passèrent de main en main et les compliments ne tarissaient pas. Malheureusement pour nos compères, les conversations n'étaient pas tournées vers la sécurité du château.

L'heure du dîner approchant, les biscuits apéritifs furent retirés de table tandis qu'un discours fut de nouveau demandé au jeune papa.

- Bon et bien nous y revoilà, j'ai comme une impression de déjà vu, commença-t-il, provoquant quelques rires dans l'assistance. Pour tout vous avouer, poursuivit-il, je pensais qu'en vous faisant boire vous oublieriez cette histoire de discours mais puisqu'apparemment ce n'est pas le cas, je vais devoir trouver quelque chose à vous dire… Alors tout d'abord, merci à vous tous d'être venu ce soir. Je ne connais pas certains d'entre vous depuis longtemps et pourtant vous êtes tous là pour fêter avec moi l'arrivée de ma petite Lana, ou pour profiter du punch que je vous offre peut-être, rit-il. En tout cas, je vous quitte dans deux jour pour aller serrer mon bébé dans mes bras, je voudrais donc que cette dernière soirée ici soit mémorable alors amusons nous et bonne soirée à tous !

Cette petite tirade fut suivie d'une salve d'applaudissements auxquels nos deux infiltrés, qui s'étaient finalement laissé aller à l'ambiance conviviale de la soirée, n'hésitèrent pas à se mêler. Puis un toast fut porté au nouveau né et à ses parents.

Quelques heures et plusieurs verres plus tard, Harry et Drake regagnaient leur chambre en riant de bon cœur. La soirée avait finalement été moins professionnelle que prévue. Épuisés, ils prirent juste le temps de se déshabiller avant de s'écrouler sur leurs lits respectifs. Draco se surprit à laisser traîner ses yeux sur le corps plutôt bien fait de son coéquipier mais il réfréna bien vite ses hormones en manque pour se concentrer sur le déboutonnage de sa propre chemise.

- Tu sais quoi Drake ? Interrogea le brun déjà changé et caché sous sa couette, d'une voix alourdit par l'alcool. Même si tu es un ancien Mangemort et un casse couille de première, je t'aime bien quand même. Ou plutôt non, corrigea-t-il se souvenant qu'il était censé apprécier les Mangemorts, même si tu n'avais pas été un Mangemort, je t'aimerais bien quand même et tu sais pourquoi ? Ben parce que même si on dirait pas comme ça, ben t'es un mec sympa.

- Ben merci, rigola-il. Toi aussi t'es un mec sympa Wilson et même si c'est difficile à croire, on forme pas une si mauvaise équipe que ça tout les deux.

- Mmh, acquiesça simplement le jeune Auror qui se laissait doucement glisser dans les bras de Morphée.

Drake soupira en le regardant et se glissa à son tour dans son lit où il s'endormit bien vite.

Quelques heures plus tard, Harry fut tiré de ses rêves par un bruit étrange. Reprenant peu à peu contact avec la réalité, il distingua un gémissement semblant provenir du lit voisin. Surpris, il prêta l'oreille. Après quelques instants durant lesquels il ne distingua qu'un marmonnement incompréhensible, les paroles de Draco – car c'était bien les siennes – s'éclaircirent et il réussit à comprendre, malgré l'agitation du blond, ce qui ressemblait à des suppliques:

- Non, s'il vous plait… Père… Pardon… Revenez, non, attendez…, geignit-il.

Puis dans un murmure déchirant de douleur, Harry l'entendit appeler son père comme un enfant terrifier par le monstre caché sous son lit, « papa ».

Se redressant pour regarder le blond, Harry aperçut des traces brillantes sillonner ses joues à la lueur du clair de lune qui filtrait par la minuscule fenêtre. Le souvenir d'un Draco Malfoy plus jeune de quelques années, pleurant devant le miroir des toilettes de Mimi Geignarde lui revînt alors brusquement en mémoire. Ce jour-là, il avait eu l'impression d'assister à une scène intime et personnelle qu'il n'aurait jamais due ni voir ni entendre. Tout comme maintenant.

Ne sachant trop que faire, Harry hésita puis se dit qu'il valait sûrement mieux le réveiller.

- Drake, murmura-t-il, Drake…

Comme il continuait de s'agiter, Harry se leva et alla le secouer doucement.

- Drake réveille toi, insista-t-il sans trop oser élever la voix.

Brusquement, il se redressa en position assise sur son lit, le souffle court, les yeux hagards, l'air complètement affolé.

- Non, où est-il ? S'exclama-t-il.

- Calme-toi, tenta de le rassurer le brun, tu as fait un cauchemar, c'est fini maintenant, tout va bien, dit-il en s'asseyant au bord du lit et en forçant Draco à le regarder pour le faire revenir à la réalité.

- Harry, souffla ce dernier avant de se blottir contre son torse tout en s'accrochant à son T-shirt comme un naufragé à une bouée de sauvetage.

- Oui, je suis là, ça va aller maintenant, calme toi.

Instinctivement, il avait refermé ses bras autour de l'homme qui tremblait contre lui et tentait de le réconforter.

Lorsqu'il fut quelque peu apaisé, Draco se décolla légèrement du brun pour le regarder dans les yeux. Ce qu'il y vit le poussa à combler sans crier gare la distance qui les séparait. Harry fut tellement surpris par ce contact qu'il ne put que garder les yeux grands ouverts alors que des lèvres chaudes se pressaient doucement contre les siennes.

Ce n'est que lorsqu'il sentit la langue de Draco venir caresser ses propres lèvres qu'Harry retrouva assez de facultés mentales pour repousser fermement l'envahisseur. Son cœur battait la chamade. Face à lui, Draco le regardait d'une étrange façon. Ils se fixèrent ainsi quelques longues secondes, puis sans dire un mot, le jeune Auror relâcha la pression qu'il exerçait sur les épaules de son vis-à-vis pour le maintenir à distance et regagna son lit. Il se tourna face au mur et entendit son compagnon de chambre se recoucher à son tour.

L'esprit complètement déconnecté, il était tout simplement incapable d'aligner deux pensées cohérentes. Il lui semblait encore sentir sur ses lèvres l'horrible brûlure de celles de Malfoy à laquelle s'ajoutaient les battements obscènes de son propre cœur qui ne cessaient de résonner à ses oreilles.

De son côté, le cœur de Draco battait également à tout rompre, et il n'était pas le seul à s'activer, ses méninges tournaient elles aussi à plein régime. Il avait bien essayé de se pincer – et pas qu'une fois – mais le résultat étant invariablement douloureux, il lui fallut se rendre à l'évidence : il n'avait pas rêvé, ce visage avait bien trop souvent hanté ses nuits pour qu'il ne le reconnaisse pas…

Tous les doutes sont à présent écartés, il y a bel et bien anguille sous roche même si Harry s'en défend ! Sa couverture ne tient maintenant plus à grand chose, mais que va faire Draco ? Rendez-vous au prochain chapitre^^