Chapitre 4 : Plaisanteries ratées

Malgré la fatigue, Harry se réveilla tôt le lendemain matin. A sept heures, tout au plus, il s'extirpa de son lit.

Les yeux à demi-ouverts derrière ses lunettes rondes, le jeune sorcier, qui s'était endormi tout habillé, essaya de refaire le chemin de la veille en sens inverse. Il lui fallut un quart d'heure pour retrouver la cuisine et il poussa la porte sans grande conviction.

Finalement, il n'était pas le seul debout. Au fond de la pièce, c'était Everiane qui s'activait devant les fourneaux. Habillée d'une simple robe blanche, elle offrait un contraste saisissant avec son père, vêtu de sa traditionnelle robe sorcière noire, qui était assis en bout de table, tournant le dos à sa fille.

- Euh… Bonjour...

- Bonjour Potter.

- Salut Harry !

Harry remarqua que Rogue n'avait même pas levé les yeux du journal étalé devant lui pour le saluer.

- Qu'est-ce qui te ferait plaisir pour le petit déjeuner ?, l'interrogea ensuite Everiane.

- Euh… Je sais pas trop…

- Attends trente secondes alors.

Harry obéit sagement à la jeune fille et s'assit à table, à la droite de son professeur.

- Et bien, Potter, arrêtez de me regarder comme ça ! Qu'est-ce qu'il vous arrive ? Vous ne vous privez pas de poser des questions stupides d'habitude !

Harry aurait juré que Rogue n'avait toujours pas levé les yeux de son journal. Et il entendit un vague soupir dans son dos, signe qu'Eve désapprouvait la conduite de son père.

- Je me demandais juste quelles étaient les nouvelles du jour.

- Une attaque à Galway, et un ravissant article sur votre si surprenante évaporation dans la nature qu'a laissé échapper cet imbécile de Percy Weasley.

- Severus…

L'interruption semblait plus interrogatrice qu'ennuyée. Et Harry suivit des yeux Everiane qui venait s'asseoir en face de lui. Rogue, les yeux toujours fixés sur son journal et sa tasse de café noir, fit un vague signe de la main et des plats passèrent sous le nez d'Harry pour venir se déposer sur la table. Un déjeuner de roi…

- Comme je me lève tôt, j'ai proposé à Molly de la décharger du petit déjeuner aujourd'hui. Je crois que c'est la première fois qu'elle fait la grasse matinée depuis une vingtaine d'années !

Elle ne semblait nullement intriguée par la démonstration magique de son père qui repliait La Gazette du Sorcier.

- Au fait Potter… Aujourd'hui vous… nous allons faire vos achats de rentrée sur le Chemin de Traverse. Nous partirons à dix heures. Essayez que votre ami Weasley ne soit pas trop en retard, interrompit à son tour le professeur.

- Bien Monsieur…

Le cœur d'Harry fit un bond dans sa poitrine. Il allait enfin retrouver le monde des sorciers ! Il avait hâte de se promener sur le Chemin de Traverse avec ses amis et c'est le cœur un peu plus léger que la veille qu'il se mit à manger avec appétit.

Bientôt, le reste de la maisonnée vint les rejoindre et Severus Rogue ne prononça plus le moindre mot, au grand étonnement d'Harry.

Deux heures plus tard, les Weasley, les Malefoy, les Rogue, ainsi que Remus et Harry se tenait dans le hall. Bien sûr, Sirius ne pouvait pas se permettre une escapade sur le Chemin de Traverse et c'est le teint blême qu'il vint leur dire au revoir.

- T'inquiète, Pat. On n'en a pas pour longtemps.

Le sourire de Lupin sembla mettre un peu de baume au cœur du condamné qui réussit à leur sourire alors qu'ils passaient l'immense porte d'entrée du manoir.

- Euh… Comment on va sur le Chemin de Traverse ?

- Transplanage de groupe Potter…

La voix de Rogue semblait particulièrement moqueuse et Harry se souvint de sa situation lorsqu'il était arrivé par transplanage de groupe au Manoir des Rogue.

Lentement, il vit des couples se former. Remus prit son bras, Everiane prit celui de Drago, Rogue attrapa les jumeaux Weasley par les épaules, Ron et Ginny étaient déjà réquisitionnés par leurs parents, alors que Narcissa Malefoy posait une main hésitante sur l'épaule d'Hermione.

Quand Harry sentit de nouveau quelque chose sous ses pieds, il ouvrit les yeux. Cette fois, il était debout. Mais ce n'était pas le cas de tout le monde. Les jumeaux étaient tout simplement affalés au sol, tout comme Ron et Ginny. Visiblement, Drago s'était rattrapé à la taille d'Everiane mais s'était dépêché se s'écarter. Seul lui et Hermione semblaient ne pas avoir eu de problème lors du transplanage. Mais sa jeune amie était singulièrement pâle.

Remis de leurs émotions, et de leur humiliation pour certains, la petite troupe s'engagea ensuite sur le Chemin de Traverse. Et la bonne humeur reprit très vite ses droits.

Pour Harry, la journée ne pouvait être que parfaite. Les Weasley menaient la marche, allant de boutiques en boutiques, Mme Weasley se chargeant des fournitures scolaires. Derrière, Harry suivait en compagnie d'Hermione et de Remus. Cette dernière était étrangement silencieuse et ce silence pesant finit par inquiéter Harry.

- Hermione, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu fais une drôle de tête aujourd'hui.

- C'est rien Harry… C'est juste que… Je t'expliquerai une autre fois. C'est rien.

Harry n'insista pas alors qu'il apercevait Neville Londubat, un camarade de Gryffondor, sortir de chez Fleury&Bott. Il fallait s'en douter, Neville resta à bonne distance du groupe. Sûrement était-ce dû à la présence des Malefoy et des Rogue dans leurs dos, qui suivaient tranquillement sans rien dire.

Les jeunes gens croisèrent d'autres camarades au cours de la journée. Mais tous se contentaient de les saluer, de jeter un regard curieux aux Serpentards et puis, de s'en aller. Il y eu Seamus Finnigan, un autre compagnon de dortoir d'Harry et Ron, mais aussi Lavande Brown et les jumelles Patil.

En fin d'après-midi, Arthur Weasley proposa un arrêt chez Florian Fortarôme, glacier de l'avenue. Rogue voulut refuser mais un coup d'œil implorant de sa fille le fit rapidement taire. Les jeunes rapprochèrent des tables et le petit groupe de treize personnes s'assit à la terrasse. A la surprise de tous, Molly Weasley entama la discussion avec Narcissa Malefoy. Et cette dernière répondit sans le moindre froncement de sourcils. L'atmosphère sembla soudain s'alléger alors que le glacier venait prendre leurs commandes. Un léger sourire flottait sur les lèvres de Drago alors qu'il regardait sa mère discuter… Et Harry ne pu résister.

- Tu as eu des nouvelles de tes camarades de Serpentard depuis le début des vacances ?

Le sourire de Drago s'effaça, laissant place à une expression de pure surprise.

- Je… Euh… Au début des vacances, oui. Mais… Après la mort de Père, ils ont du juger que je n'étais plus digne de cette attention.

Les mots semblaient lui arracher la gorge. Et Harry afficha un petit sourire de compassion.

- Ne t'avise pas de me plaindre, Potter. C'est la pire chose que tu puisses faire actuellement.

Cette fois, Harry éclata de rire alors qu'Everiane, assise en face de lui et à côté de Drago, fusillaient les garçons du regard.

- Pfff ! Tous les mêmes ! Mais je suppose que je n'obtiendrais rien de mieux pour le moment…, soupira la jeune fille avant de prendre un air résigné et de reprendre sa discussion avec Hermione.

Harry continua à la regarder quelques secondes. Il arrivait à comprendre son dilemme… Elle s'entendait bien avec tout le monde mais voir l'un de ses amis à l'écart devait lui faire du mal. Il n'allait quand même pas sauter dans les bras de Malefoy pour les beaux yeux d'Everiane, si ?

- Eh Malefoy ! Elle est jolie, la Marque ?

Harry, comme toute la tablée, tourna brusquement la tête vers un élève de Poudlard de septième année qu'il reconnaissait vaguement. Un Poufsouffle si ses souvenirs étaient bons…

Il vit Malefoy pâlir et les poings de Rogue se refermer sur la table. Le professeur résistait manifestement à l'envie de lancer une de ces remarques dont il avait le secret. Mais ce ne fut pas le cas d'Harry.

- Le jour où Malefoy portera la Marque, alors moi aussi !

Le Poufsouffle fixa Harry d'un air d'incompréhension totale qui lui donnait l'air très stupide.

- Tu t'es pas demandé pourquoi Malefoy était assis à la même table que moi, Kirrin ?

Du rouge tomate, le Poufsouffle passa au blanc cadavre. Harry, plus agacé qu'en colère, le fixait pourtant d'un air assez haineux.

- Dé… Désolé, Potter… Je…Je t'avais pas vu. Et désolé, Malefoy.

Kirrin s'enfuit presque, faisant mine de courir pour rejoindre ses camarades.

Quant à Harry, il reporta son attention sur la table et du faire face à douze regards surpris.

- Ben quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

Ses amis restèrent silencieux et lorsque Everiane ouvrit la bouche pour répondre, elle fut interrompue par des cris et des hurlements. Les trois hommes à table se levèrent dans un seul bond et les autres les suivirent rapidement.

- Qu'est-ce qui se passe ? Tu vois quelque chose Severus ?

- Deux secondes Lupin, je ne sais même pas de quel côté ça vient.

- De droite ! Regardez ! Des Mangemorts !

La voix d'Everiane était soudain montée dans les aigus alors qu'elle se tournait vers Harry. Aux détriments de tous, ce fut Molly qui prit les commandes de l'opération.

- Les enfants, à l'intérieur, tout de suite ! Severus, il vaut mieux que vous nous accompagnez, vous ne pouvez pas vous permettre d'apparaître combattant des Mangemorts !

Rogue, l'expression lointaine, regarda Remus et M. Weasley s'aventurer vers la source des cris. Reprenant ses esprits sur un nouveau « Severus ! » autoritaire, il poussa Everiane vers l'intérieur.

Harry fut surpris, en entrant chez le glacier, de trouver la salle vide. Florian, fort énervé, les laissa entrer avant de verrouiller la porte derrière eux d'un geste sec de la baguette. Harry entendit la porte se sceller dans son dos et une sorte de volet opaque tomba devant les vitres.

- Tous les clients ont transplané en entendant les cris, leur expliqua Florian.

Molly se contenta d'acquiescer et fit signe aux jeunes de s'asseoir. Narcissa Malefoy, elle, semblait bien incapable de faire de même car elle faisait les cent pas devant la vitre, essayant d'entendre quelque chose. Du fond de la salle, Harry l'entendait maugréer et, quand elle disparut, il ne fut pas le moins du monde surpris.

- Mère ?! Où est-ce qu'elle est passée ?

- Je crois qu'elle est partie se battre, Drago…

Severus Rogue, plus énervé que jamais, était assis bien droit sur une chaise. Des ses mains pâles, il serrait ses genoux jusqu'à ce que ses jointures blanchissent. Harry, même si ça le rendait malade de l'avouer, pouvait comprendre son professeur. Son rôle d'espion, totalement mis au clair par Everiane quelques heures plus tôt, était d'une importance capitale et il ne pouvait pas se permettre de se révéler, ne serait-ce que pour protéger sa fille.

Everiane, quant à elle, était assise entre Harry et Ron et tremblait de toutes ses forces. Un éclair de compréhension traversa Harry au souvenir de leur discussion de la veille. Sa mère avait été tuée par des Mangemorts…

Soudain, elle se leva et, sans demander quoi que ce soit, elle se rassit quelques mètres plus loin, appuyée contre les pieds de la chaise de son père. D'abord surpris, Rogue sembla hésiter quelques secondes avant de tendre un bras et de poser une main hésitante sur l'épaule de sa fille.

Face à cette scène, somme toute charmante, Harry faillit presque oublier que, dehors, des Mangemorts faisaient encore quelques ravages. La colère qu'il ressentait depuis le mois de juin connu une apogée phénoménale et il lui fallut toute sa raison pour ne pas se mettre à vociférer des insanités à tout va.

Il n'avait pas peur… Enfin, pas pour lui, tellement en sécurité dans cette petite pièce confinée. Mais dehors, il y avait des dizaines de personnes à la merci de ces Mangemorts et surtout, Remus et M. Weasley.

Ils croyaient attendre des heures…

Au lieu de ça, un quart d'heure après être entrés dans la boutique, Narcissa Malefoy transplana dans la salle.

- Maman ! Non mais ça va pas ? Qu'est-ce qui t'as pris !?

- Du calme, Drago… C'est déjà terminé. Vous pouvez rouvrir la porte, M. Fortarôme.

Pour Harry, c'était la première fois qu'il entendait la voix de la mère de Drago. Elle était douce et avait quelque chose d'envoûtant… Au quel Florian ne résista pas puisqu'il ouvrit la porte sans le moindre mot.

Dehors, tout semblait calme. Arthur Weasley et Remus attendait sagement devant la boutique fermée que les enfants soient tous sortis.

- Alors, qu'est-ce que c'était ?

Rogue avait gardé sa main sur l'épaule d'Everiane pendant quelques secondes mais désormais, elle se tenait bien droite à ses côtés.

- Trois jeunes Mangemorts… Tout le monde fuyait, personne n'essayait de se défendre… J'en ai immobilisé deux et Mme Malefoy a tué le troisième.

Harry crut se tromper en voyant une lueur de fierté passer dans le regard de Narcissa alors que Remus contait leurs exploits.

- J'essayerai d'en savoir plus. Rentrons maintenant. Vous commanderez vos livres par hibou postal.

Personne ne se fit prier, encore un peu retournés par les évènements. Les couples de l'aller se reformèrent rapidement et l'étrange troupe retrouva les murs du Manoir Rogue.

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Prochain chapitre : Cache-Cache