Chers amis lecteurs, je suis sincèrement navrée pour cette longue, très très longue attente. J'ai eu plusieurs choses à gérer dans ma vie privée surtout du côté des études en faite et maintenant ça va mieux. J'ai écrit un peu chaque jour sur mon carnet de note cependant et maintenant ça fait un super gros chapitre. J'ai mis ici en scène plusieurs personnages de l'univers de Star Wars avec mes Oc, dont les deux personnages principaux. Il est possible que des situations ou des personnages vous fasse penser à d'autres univers, n'hésitez pas à dire si vous les reconnaissez. Je suis en train de tracer le fil conducteur de l'histoire, mais je suis très intéressée par vos avis, vous pouvez me dire comme vous imaginez que les choses évolueront ou comment vous imaginez ce qui ce qu'il adviendra. Laissez-moi des commentaires, ça me donnera des idées. Angie entre dans la place ! Encourageons-la, elle est toute timide ! Bonne lecture et que la Force soit avec vous !


Chapitre 3 : Ici et là-bas

L'espace - 3 ans plus tard

Les étoiles tournaient leur ronde dans l'infinité des ténèbres. Elles scintillaient doucement, indifférentes à la noirceur qui semblait vouloir les engloutir pour avaler leur lumière. L'espace. Froid. Sans fin. Tel était la vision de Vador.

Debout face aux vitres du Star Destroyer, le Seigneur Sith regardait les étoiles et au-delà, ses bras croisés sur sa large poitrine de métal. Autour de lui sur le pont, ses hommes s'acquittaient à leurs tâches. Vador pouvait sentir leur peur. Elle rayonnait d'eux. Elle donnait satisfaction à Vador quand il savait qu'il en était l'origine. La peur, la crainte, les rendaient dociles, obéissants. Et assez souvent efficaces. Bien que tous ses sens surveillaient les environs, du ronronnement des réacteurs aux murmures des officiers, le masque du Seigneur Noir ne dérivait pas de l'espace qui s'étendait devant lui.

Depuis ces trois dernières années, il n'avait cessé de voyager à travers la Galaxie, de planète en planète, de système en système, sans jamais s'arrêter, sans jamais se reposer. Toujours, il avait une mission à exécuter. La plupart venaient de l'Empereur, lorsqu'il ne recevait pas d'ordre de son Maître, il continuait sa propre mission. Chasser et tuer les derniers Jedi.

« Je les détruirai tous », jura en silence le Seigneur Sith continuant de fixer le néant.

Non, Vador ne se reposait jamais. Parce que dès qu'il le faisait, il la voyait. Il n'avait rien oublié d'elle. Il ne pouvait rien oublier d'elle. Et quand bien même il s'acharnait à s'emmurer dans les limbes du Côté Obscur, parfois il ne pouvait s'empêcher d'entendre sa voix. Pleurante. Le suppliant. Lui demandant pardon. Le pardonner de quoi ? C'était lui le coupable. C'était lui qui l'avait…

Non, Vador ne pouvait l'oublié. Et son visage revenait à lui, s'imposant. Elle était toujours aussi belle… Ses longues boucles chocolat dont les reflets brillants laissaient un avant-goût de leur soierie, où des fleurs blanches y étaient glissées. Sa peau albâtre sur laquelle les lunes de Naboo y faisaient luirent leurs lumières. Sa longue robe bleue pareille à des flots englobant des étoiles qui laissait entrevoir son ventre. Son ventre rond. Son bébé.

« Elle aurait eu trois ans aujourd'hui », rumina-t-il, les dents serrées.

Aujourd'hui était le jour de l'Empire. La fin de la Guerre des Clones. L'Extermination des Jedi. La mort de Padmé. Et celle de leur enfant à naître.

« Elle aurait été à l'effigie de sa mère », soupira le Seigneur Noir en silence.

- Seigneur Vador ? l'interrompit quelqu'un.

- Oui, Lieutenant ? grogna l'interpellé se tournant vers lui.

Le Seigneur Sith considéra l'homme venu s'adresser à lui des pieds à la tête. Un jeune homme à peine sortit de l'Académie. Trop jeune. Il pouvait sentir sa terreur sans même avoir recourt à la Force. Ce gringalet n'avait rien à faire ici.

- Monseigneur, balbutia le jeune lieutenant tentant tant bien que mal de maîtriser sa peur face au Seigneur Sith. Nous avons reçu un message de l'Empereur. Il veut vous parler en privé, Monseigneur.

- Transmettez la liaison vers mon réseau personnel, ordonna-t-il immédiatement.

- Oui, Monseigneur, s'inclina le jeune homme.

Sans plus attendre, Vador se tourna, sa cape de zibeline noire claquant contre le sol et se dirigea vers ses quartiers. Peu importe la raison, quand son Maître appelait, il valait mieux se hâter au plus vite. Vador l'avait bien appris au cours de ses trois dernières années…


oO0Oo


S'agenouillant devant l'hologramme géant, le Seigneur Sith procéda à l'activation de la communication. Une fois l'image recomposée devant lui, il put prononcer le salut de l'Apprenti :

- Quels sont vos ordres, Mon Maître ?

- Je viens vous faire part de grandes nouvelles, mon ami, sourit le Seigneur Noir des Sith, Dark Sidious. La promulgation de la loi de la moisson des êtres sensibles a été acquise ! Le Sénat a voté majoritairement en notre faveur.

Vador savait parfaitement pourquoi : la moitié de la majorité a été acheté avec des pots de vins, l'autre a été menacée d'exécution en cas de non coopération. Et pour le reste, ils se sont laissé convaincre que les êtres sensibles à la Force devaient être maîtrisés afin que les Jedi ne puissent revoir le jour. La trahison des Jedi envers l'Ancienne République était encore bien présente dans les mémoires des citoyens intergalactiques. « Ces traîtres… », pensa Vador avec dégoût.

- Je suis aisé de l'apprendre, mon Maître, dit simplement le Seigneur Sith.

- Maintenant, chaque enfant sera contrôlé dès sa naissance et nous pourrons ainsi les recueillir et faire d'eux des Inquisiteurs. Ils seront nos mains, nos yeux et nos oreilles. Nos opposants ne pourront plus rien contre nous. Ce Jour de l'Empire est placé sous le symbole de notre victoire !

Le Seigneur Noir ne répondit rien. Qu'avait-il à répondre ? Que c'était tant mieux ? Tant que ces maudits Jedi ne parvenaient pas à rassembler leurs forces. Mais cela ne suffisait pas pour Vador. Il avait besoin de plus. Il avait besoin de destruction.

Dark Sidious le considéra d'un œil critique.

- Je sens une perturbation en vous, mon ami, fit-il remarquer sans détour.

- Ce sont les Jedi, Mon Maître. Je sens encore leurs présences.

- Oui, oui… Je comprends. Votre haine pour eux est plus que légitime. Surtout pour votre ancien maître, Kenobi…

A ce nom, le sang de Vador bouillit dans ses veines. Kenobi. Ce misérable. Ce traître. Ce lâche. Il n'y avait pas d'être dans la galaxie qu'il pouvait plus haïr. A part un seul. Lui-même.

Mais temps qu'il n'avait pas retrouvé Kenobi, il ne cesserait de le chercher. Il le savait, son ancien maître était toujours vivant, mais où se cachait-il, telle était la question…

« Tu ne pourrais pas te cacher indéfiniment, Kenobi », ragea Vador.

C'était de sa faute. Tout était de sa faute. Cette armure noire. Le regard des Jedi sur lui. La mort de sa mère. Padmé…

A peine les traits de sa femme se dessinant dans son esprit, Vador repoussa ces pensées tandis que Sidious continua :

- Ne vous laissez pas obséder par les Jedi, Seigneur Vador.

- Ils peuvent représenter un danger pour l'Empire…, se justifia le Seigneur Sith.

- Ridicule ! railla l'Empereur. Les survivants sont dispersés aux quatre coins de la galaxie. Mace Windu et ses amis n'ont pas pu gagner ! Et Yoda pas davantage.

La frêle silhouette encapuchonnée perça du regard son apprenti toujours agenouillé au sol, le casque baissé.

- Il ne s'agit pas des Jedi, mais de votre ancien maître, Obi-Wan Kenobi, reprit le Maître Sith avec un grimace de dégout. Vous voulez vous venger de lui pour la souffrance qu'il vous a infligée.

Rien n'échappait à Dark Sidious. En plus de l'appui du pouvoir du Côté Obscur, le vieillard était un grand connaisseur de l'âme des êtres intelligents, ce qui faisait de lui un habile manipulateur psychologique. La fureur déjà éveillée de Vador n'en fut que plus décuplée.

Sidious sourit avec à peine de la retenue. Oui, c'était ce qu'il aimait chez Vador. Cette rage constante. Qui ne s'éteignait jamais. Un feu destructeur digne des plus grands Seigneur Noirs des Sith.

Mais ils avaient des choses plus urgentes à régler.

- Si je ne l'avais pas prévu, vous seriez mort, ne manqua-t-il cependant pas de rappeler.

La mâchoire du Sith agenouillé se serra à en broyer les dents. Cet échec était une plaie sanglante qu'il portait à jamais dans sa chair et son âme. Kenobi devait souffrir ! Sentant les pensées de son apprenti, Sidious l'arrêta immédiatement :

- Ne vous préoccupez pas de lui, Seigneur Vador. Ni d'aucun autre Jedi pour l'instant. Ils ne sont rien.

Que Vador soit frustré était un euphémisme. Mais il n'avait pas le choix. Il devait obéir. La tête toujours baissée, il se plia :

- Oui, Mon Maître.

Sidious sourit. Il n'en attendait pas moins de son apprenti.

- Bien, bien… Et maintenant, Seigneur Vador, j'ai besoin de votre aide sur une nouvelle mission.

Relevant la tête, Vador attendit.

- Notre projet a encore pris du retard. Vous êtes l'un des meilleurs ingénieurs de notre histoire, mon ami. J'ai besoin de vous sur cette affaire.

- Des ingénieurs travaillent déjà sur l'Etoile Noire, mon Maître.

Vador avait étudié les plans de l'Etoile Noire, mais elle manquait cruellement d'amélioration et d'éléments capitaux pour son fonctionnement. C'était une horreur de la technologie aux yeux de Vador, seule la Force pouvait se revendiquer d'une telle puissance, elle seule avait ce droit. Mais c'était le vœu de l'Empereur que de la construire. Cependant, ce n'était pas l'intérêt du Seigneur Sith de mener à bien le projet. Vador était le second leader de l'Empire, le Commandant de la Flotte Impériale et l'Héritier de l'Empire. Même s'il avait jeté un regard attentif à la conception de l'Etoile Noire, il se fichait d'être aux commandes de son avancement. Ce qu'il voulait, c'était le sang des Jedi.

- En effet, mais ce n'est pas suffisant. De plus, mes services m'ont rapporté que l'un d'eux aurait déserté son poste.

Vador voyait très bien de qui il pouvait s'agir. Galen Erso. Un ingénieur de renommé, ayant obtenu une thèse à l'âge de treize ans seulement, avec des capacités de reconnaissances techniques excellentes, un génie de la conception de vaisseaux spatiaux.

- Galen Erso vous serez autant utile que moi, mon Maître. S'il a fui, il ne sera pas difficile à retrouver.

- Pourquoi me suggérez-vous Erso quand vos compétences sont bien supérieures aux siennes, mon ami ?

- La Flotte Impériale vient juste de se remettre des batailles sur Mon Calamari et Kashyyy'k, se justifia le Seigneur Sith, gardant les boucliers de son esprit solidement verrouillés. Et des mouvements de contestation au Régime ont été signalé dans le système de Kessel.

L'Empereur fit mine de réfléchir, méditant ces paroles. Il était vrai que Vador était compétent en tant qu'ingénieur mais c'était un guerrier dont il ne pouvait se passer pour la poursuite de la conquête de la Galaxie. Vador inspirait à lui tout seul le respect craintif et la terreur. Mieux valait de lui comme Commandant Suprême de la Flotte Impériale et non comme Ingénieur de l'Etoile Noire.

- Très bien, ratifia d'un claquement de langue l'Empereur. Retrouvez-le et ramenez-le. Et en bonne santé. Les compétences d'Erso nous sont capitales pour la conception de l'Etoile Noire. N'échouez pas, mon apprenti.

- Je ferai selon vos désirs, mon Maître.

Et sur ces paroles, l'hologramme s'éteignit. Libéré du salut de l'Apprenti, Vador se releva, non sans douleur, mais qu'il ignora superbement. Oh, son Maître pouvait bien lui donner une mission, mais l'important était le résultat. Peu importe les moyens employés.

Quant à Kenobi et les Jedi… Ce n'était certainement pas aujourd'hui qu'il allait y renoncer.

Alors qu'il se détourna vers la sortie pour effectuer sa prochaine mission, une voix faible, dolente, s'éleva aux oreilles de Vador. Elle semblait provenir de partout.

Anakin…

Le Seigneur Noir se figea.

Anakin… Aide-moi…

Pourquoi ? Pourquoi revenait-elle toujours ? Pourquoi ne le laissait-elle pas tranquille ? Les mains gantées de Vador se serrèrent en poings d'acier.

- Je ne suis pas Anakin, répondit-il au néant.

Mon amour… Aide-moi… Ana… Aide-m…

- Laisse-moi. Tu es morte.

Ana…kin… Re… Je t'en prie… Aide-moi…

C'était vain. Tout était vain. Des illusions et des mensonges. Voilà tout ce que c'était. Et pourtant… Le casque d'un noir brillant s'affaissa.

- Je ne peux pas t'aider…, souffla-t-il.

Mon amour…

- NON !

Et tout s'évanouit… La plaidoirie de Padmé disparût dans le néant de l'obscurité, emportée comme un rêve…

Ne restait que le silence. Et la respiration mécanique et saccadée de Vador. Il fallut un moment pour le Seigneur Noir de retrouver une respiration calme. Elle n'arrêtait pas. Jamais elle ne cesserait de le hanter. Elle était têtue. Comme lui.

D'un geste, le Seigneur Sith attrapa son comlink avant d'entrer la fréquence de son capitaine.

- Oui, Seigneur Vador ? répondit sans tarder le capitaine.

Car s'il y a bien un truc que le capitaine avait appris avec le Seigneur Vador, c'est que quand il appelait il ne fallait jamais être en retard. Ou absent. A moins d'être mort pour cette dernière option.

- Préparez ma navette, ordonna sans plus d'explication le Seigneur Sith.

Et sans se retourner, il quitta ses quartiers.


oO0Oo


Kalevala : quelque part dans les terres isolées

Bo-Katan avait l'habitude de fuir, de se cacher. Elle avait toujours fait ça. Depuis son plus lointain souvenir. A la différence de son frère et sa sœur qui eux avaient renoncé à leurs principes traditionnels et s'étaient alliés à la cause ennemie. Pour leur trahison, eux n'avaient plus eu à se cacher.

Enfin, pendant longtemps, c'était ainsi qu'elle l'avait perçu. Mais tout avait changé depuis ce jour. Il y a plus de trois ans.

Née benjamine dans la Maison Kryze, Bo-Katan avait appris très jeune que l'univers était un lieu dangereux. Il le lui avait prouvé elle ne savait plus combien avec le nombre incalculable de fois où son père, le Duc de Mandalore, avait été pris pour cible.

Bo-Katan avait alors compris qu'elle ne devait être en aucun cas un fardeau et surtout pas un pacifiste. Combien de fois avait-elle vu avec son frère et sa sœur des gens tenir tête avec pacifisme avant de se faire descendre ? Ce pauvre vieil homme qui avait afficher son désaccord et avait pris un tir dans la tête. Ce souvenir l'avait marqué à vie. Et elle savait que ce même souvenir avait marqué Satine tout autant qu'elle. Sauf qu'elles l'avaient l'une comme l'autre perçu son un regard complètement opposé. Pour Bo-Katan, cet homme fou, qui n'avait pas engagé le combat, lui avait enseigné une leçon fondamentale. Elle devait savoir se défendre, riposter, combattre, vaincre. Il y aurait toujours un ennemi qui voudrait l'abattre, l'éliminer. Et souvent, elle avait croisé des ennemis plus puissants qu'elle. Et c'était à ce moment-là qu'elle devait fuir.

C'était un acte qui avait toujours laissé un goût amère dans la bouche de la jeune femme aux cheveux rouges feu. Enfant, il était déjà présent et encore plus intense face au trait inquiet de sa mère, au regard soucieux de son père. Bo-Katan l'avait compris. Elle devait devenir une guerrière, comme ses nobles ancêtres.

Encouragée et soutenue par sa mère, elle avait alors suivi un entraînement hautement qualifié et digne de son rang. Bien qu'il eût un esprit plus pacifiste et enclin à la diplomatie, son père dû admettre que cela été nécessaire pour ses trois enfants d'apprendre à se battre et se défendre.

Bo n'avait jamais vraiment réussi à comprendre son père. Leur peuple était un peuple guerrier et fier, des hommes et des femmes de la guerre, mais son père avait privilégié la négociation et l'échange plutôt que le combat. La jeune femme avait pensé que son père était un faible et naïf. Comme ce vieil homme. Elle préférait de loin un souverain fort.

Mais elle n'était que la troisième des enfants du Clan Kryze et c'était sa sœur aînée, Satine, qui devrait un jour prendre la place de leur père. Et depuis que ce dernier l'avait envoyé sur Coruscant pour parfaire son éducation politique, Satine leur était revenue telle l'une des plus ferventes défenseuses de la diplomatie et de la paix. Elle parlait de démarche relationnelle avec la République, de renouveler Mandalore, de pacifier le peuple qui souffrait des combats. Bo-Katan et Satine s'étaient, à plusieurs reprises, violement disputées, elles qui étaient si complices dans leur petite enfance. Leur frère, Andonai, avait tenté à plusieurs reprises de réconcilier leur point de vue, mais Katan ne l'entendait pas ainsi.

Mandalore était un peuple fait pour la guerre et rien d'autre.

Ce fut à cette époque qu'elle le rencontra. Pre Vizsla, le chef du Clan Vizsla et le fondateur de ce nouveau mouvement, les Death Watch. Bo-Katan avait tout de suite été séduite. Elle avait devant elle un homme fort, un homme qui inspirait à la fois la crainte et le respect et qui savait se faire obéir. Elle était tombée sous le charme et s'est tout de suite rapprochée de lui.

Une amitié avait vite fait de s'installer entre eux. Chaque mot prononcé par Vizsla était comme du miel dans les oreilles de Katan et attisaient de plus en plus son ardent désir de faire renaître le passé glorieux et sanglant de Mandalore.

Elle avait participé à de nombreuses rencontres avec les autres membres des Death Watch et avait tenté de convaincre plusieurs mandaloriens indécis. Elle avait même présenté son projet politique à son père, le Duc pour renforcé son influence. Ce fut un échec cuisant.

Répugné par les idées radicales et violentes venant de sa propre fille, le Duc l'avait rejeté en public. L'humiliation fut bien amère pour Bo-Katan. Ce jour-là, la rancœur de la jeune femme pour son père se transforma en une haine absolue.

Plus d'une fois Satine et Andonai avaient tentés de raisonner leur sœur mais elle n'eut que faire de leurs avertissements. Vizsla de son côté, elle pouvait tout affronter. La relation entre elle et le chef des Death Watch n'en fut que plus renforcée et devint même plus que de l'amitié.

Oui, Bo-Katan Kryze suivrait Pre Vizsla au bout de l'univers s'il le fallait…

Ainsi se déclara la Guerre Civile entre les Clans de Mandalore.

La plus meurtrière des guerres que la planète eut connu avant celle de la Guerre des Clones.

Katan s'arrêta un instant pour reprendre son souffle, ne manquant pas de jeter un coup d'œil aux alentours, à l'affût de tout danger potentiel. Rien ni personne ne devait la suivre et découvrir le lieu où elle se rendait. Et surtout pas ce qu'elle cachait.

Un des Nite Owls s'arrêta à côté d'elle.

- Tout va bien, chef ? demanda-t-il pour s'assurer, un blaster en main.

- Oui. Tout va bien, répondit-elle.

Son regard d'un vert émeraude vif sonda le paysage nocturne de la planète Kalevala. Tout était tranquille. Qui aurait cru que c'était ici, sur cette même planète, il y a déjà presque une décennie qu'avait eu lieu des combats sans merci entre les membres du système Mandalore ? Sur cette même planète qu'elle avait tourné le dos à sa famille. A sa sœur.

- Allons. Ne nous attardons pas, décréta la femme aux cheveux de feu.

Son commando se remit en route, se glissant furtivement entre les plantes géantes qui couvraient leurs mouvements. Ils auraient très bien pu voler pour aller plus vite mais Bo-Katan avait insister sur la discrétion la plus absolue. Voler aurait fait du bruit, elle ne tenait en aucun cas à ce qu'ils soient repérés. Alors qu'ils courraient vers le camps, Katan ne put empêcher les souvenirs de refaire surface.

La Guerre Civile avait été déclarée, opposant plusieurs Clans qui souhaitaient s'emparer du pouvoir. L'acte qui l'avait déclenché était celui que Bo-Katan avait le moins souhaité : l'assassinat du Duc et de sa femme. Le meurtre de ses parents.

La jeune femme avait sincèrement été bouleversée par la mort de sa mère. C'était une femme qui l'avait inspirée, forte et belle, et d'une très grande intelligence, avec du vrai sang de Mandalore dans les veines. Quant à son père… Oui, elle en avait énormément voulu à son père. Mais elle n'avait pas voulu sa mort. Cependant elle refusait de se laisser morfondre dans le chagrin. Vizsla lui affirmait que s'il n'avait pas eu cet idéalisme de pacifisme, il aurait été encore debout. Ce qui motiva Bo-Katan à reprendre le combat.

Puis la République était intervenue et avait envoyé les Jedi.

Bo-Katan se souvenait d'eux. Ils étaient venus protéger sa sœur Satine, devenue alors la Duchesse légitime. Il s'agissait du Maître Qui-Gon Jinn et du Jedi Obi-Wan Kenobi.

Kenobi.

Il était si jeune à l'époque, sans cette barbe qui lui cachait son visage, il n'était qu'encore qu'un apprenti Jedi, un Padawan comme ils les appelaient.

Pre Vizsla lui avait parlé d'eux. Il en savait quelque chose car un de ses ancêtres, Tarre Vizsla avait lui-même était Jedi et un très puissant paraissait-il, car c'était lui qui avait créé le fameux Sabre Noir. Puis des années plus tard, un autre ancêtre de Vizsla avait dérobé le Sabre dans le Temple Jedi. En effet aux yeux du Clan Vizsla et de Bo-Katan, il était légitime que le Sabre retourne auprès des descendants et non gardé jalousement par ces arrogants de Jedi.

Mais pendant la Guerre Civile, Pre n'avait pu s'en servir de peur d'être découvert par les Jedi. Le Maître Qui-Gon Jinn était avisé et les Death Watch perdaient de leurs forces au fil du temps que passait la guerre. Bo-Katan avait suivi lors d'une mission sa sœur et le Jedi Kenobi. Ils s'étaient séparés de Maître Jinn dans l'espoir de berner les poursuivants de la Duchesse dont les Death Watch faisaient partis. Chose qui n'avait pas autant de succès quand des chasseurs de primes envoyés par d'autres opposants à l'idéalisme de Satine étaient parvenus à les retrouver. Mais Kenobi avait su les contrer et à protéger la Duchesse. Bo-Katan, qui s'était alors cachée entre les roseaux, avait observé la scène de loin.

Et elle avait vu. La lueur dans les yeux de sa sœur. Elle ne pouvait se tromper. C'était exactement la même lueur qu'elle avait lorsqu'elle se regardait dans le miroir et qu'elle pensait à Pre Vizsla. Et cette façon si douce qu'avait Kenobi en portant sa sœur dans ses bras alors qu'elle était blessée à la jambe. Ils avaient des sentiments l'un envers l'autre.

Katan n'avait pas osé se lancer sur leurs traces. Non, pas seule. Et pas après ce qu'elle avait découvert.

Puis la Guerre avait pris fin. Non sans de nombreuses pertes. Pre avait pris de bonnes précautions à ne pas dévoiler le nom des Death Watch durant le conflit. Il put ainsi facilement se faire passer pour un rallié afin de ne pas éveiller les soupçons. Bo-Katan était restée, pour un temps, cachée.

Les Jedi repartirent. Le conflit terminé, la paix instaurée, ils n'avaient plus rien à faire ici. Katan avait observé de nouveau, dissimuler sous un déguisement dans la foule, Kenobi et sa sœur.

Avant de monter dans le vaisseau, le Jedi avait regardé sa sœur avec appuie. Comme si c'était la dernière fois qu'il la voyait.

Le regard de Satine n'avait pas lâché Kenobi jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision. Son regard de cristal avait laissé entendre un message silencieux. Celui azur de Kenobi n'avait répondu que par du regret.

Esquivant une branche, Bo-Katan songea avec amertume que jamais Pre ne l'avait regardé ainsi. Et pourquoi ces souvenirs revenaient maintenant ? S'ils étaient revenus il y a trois ans, elle aurait compris, pas besoin d'être un génie de la psychanalyse pour cela. Mais pourquoi maintenant ? Elle était forte, elle avait survécu à de nombreuses batailles, elle s'était fait un rang de choix dans le groupe des Death Watch. Elle a été le lieutenant de Pre, le commandant de la branche de Nite Owls, elle a lutté contre ces pourritures de Sith, elle n'avait pas pleurée sa mère, pas plus que son père, ni ses compagnons d'armes morts au combat, ni Pre, ni… Satine.

En réalité, il lui avait fallu du temps pour le comprendre, mais Bo-Katan avait beaucoup plus été dévastée par la mort de sa sœur que par celle de son propre compagnon. Ce fameux jour, il y a trois ans, était ancré dans sa mémoire pour toujours.

Cela s'était passé dans la salle de gouvernement. Le combat entre ce Sith trois fois maudit, Dark Maul et son chef et compagnon, Pre Vizsla. Maul avec sa lame rouge écarlate et Vizsla avec la lame noire de son glorieux ancêtre. Cette lame avait été le symbole de l'unité et du pouvoir, il y avait de cela des milliers d'années, du temps où Mandalore était à son apogée, centre de la Galaxie et de la Guerre. Celui qui possédait cette épée voyait rassembler sous son autorité la volonté et les services des autres Clans. Mais pour avoir le droit sur le Sabre Noir, il fallait tuer celui qui le possédait. Et c'est ce que Maul avait fait. Il avait mis Pre Vizsla à terre, le poussant à bout dans ses derniers retranchements et avec sa propre épée noire pareille à une griffe de ténèbres, lui avait tranché la tête. Bo-Katan l'avait entrevu quelques minuscules secondes avant l'inéluctable et c'était à peine si elle avait pu se contrôler. Elle aurait voulu courir vers son aimé, le pousser, le protéger, faire quelque chose pour que cette maudite lame ne s'abatte jamais sur son cou exposé alors qu'il était à genoux ! Elle aurait voulu tirer un bon coup de blaster dans le torse de Maul, le voir s'écrouler et se jeter dans les bras de son amant. Et le lui dire ! Lui dire tout !

Mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait que demeurer silencieuse et regarder. Sans rien faire. Telle était la règle.

Et pour la première fois de sa vie, Bo-Katan avait compris la vision de sa sœur.

Alors, lorsque Maul s'était proclamé souverain de Mandalore, elle s'était levée et dressée contre ce nouveau « souverain ».

« Jamais ! avait résonné sa voix, rebelle, contre les murs de la salle du trône. Jamais aucun étranger ne régnera sur Mandalore ! ».

Les Death Watch s'étaient divisés. Ceux qu'elle avait appelé des frères étaient devenus des traîtres. Une fois encore, Bo-Katan fût trahie.

Elle s'est alors enfuie avec le reste de ses plus fidèles compagnons, ses vrais frères et sœurs d'armes, pour retourner vers sa première famille.

Elle avait contacté Korkie, son neveu. Après lui avoir expliquer la situation, il lui avait avoué que plusieurs citoyens ne croyaient en rien les médires, qu'ils soient de Pre Vizsla ou d'Almec. Ils demeuraient fidèles à la Duchesse. C'était décidé. Les Nites Owls se ralliaient à la cause de la Duchesse. Les retrouvailles entre les deux sœurs avaient été courtes mais beaucoup moins froides qu'elles deux auraient pu s'y attendre. Ils avaient été à deux doigts de faire évacuer la Duchesse, mais malgré les efforts combinés de tous, les Death Watch de Maul les avaient rattrapés. Korkie et ses amis ont été emprisonnés tandis que Katan était parvenue avec ses compagnons à s'échapper. Satine était tout de même parvenue à envoyer un message de détresse à Kenobi.

Avec la neutralité de Mandalore, Bo-Katan doutait que les Jedi ou la République interviennent, mais comme elle s'y attendait, Kenobi était venu. Il était venu pour Satine. La guerrière aux cheveux de feu en avait envié sa sœur. Malheureusement, même l'intervention de Kenobi n'avait rien pu faire. Et Maul, pour se venger du Jedi, avait assassiner sa sœur sous les yeux de ce dernier. Encore une fois, Katan n'avait rien pu faire. En si peu de temps, elle avait perdu son amant et sa sœur.

« Satine…, soupira la femme guerrière, la poitrine lourde. Jusqu'au bout, je n'aurais pu te dire… comme je… »

Même en pensées, elle ne parvenait pas formuler ses mots. Elle avait tellement de choses à lui dire. Elle aurait voulu les dire mais maintenant, c'était trop tard. Sa sœur était partie, tout comme Pre et ses parents. La Guerre les lui avait pris. Cette même guerre qu'elle avait désirée. Et maintenant sa fierté l'empêchait de faire demi-tour. Elle ne reviendrait pas en arrière. Elle était allée trop loin pour revenir. Mais il y avait encore quelque chose qu'elle pouvait faire pour sa sœur.

Avec ses compagnons, elle était allée libéré Kenobi et l'avait guidé et couvert dans leur cheminement à travers Sundari.

Elle avait réussi. Elle avait sauvé Kenobi et il allait pouvoir prévenir la République. Elle avait été quelque peu surprise lorsque celui-ci s'était inquiété que l'intervention de la République allait retirer l'autorité locale de Mandalore. C'était vrai, avec l'intervention de la République, les Mandalorians n'auraient plus de pouvoirs sur leur propre planète. Mais cela n'avait pas l'importance. Maul devait mourir et pour ce qui était de Mandalore et bien… Ils allaient survivre. Ils avaient toujours fait cela. Et ils continueraient. Ne serait-ce que pour voir les Soleils de nouveau se lever.

Kenobi l'avait observé et il avait compris. Il avait su qui elle était. Et lui avait présenté ses condoléances.

« Kenobi… Qui êtes-vous, avec votre compassion ? » s'était demandé la guerrière. Pourquoi donnait-il sa compassion à quelqu'un qu'il ne connaissait pas, quelqu'un qui avait été son ennemi ? Elle ne comprenait décidément pas les Jedi. Mais peut-être qu'elle comprenait pourquoi le cœur de sa sœur s'était donné à cet homme.

- Nous y voilà, annonça un guerrier Nite Owls.

Bo-Katan sortit de sa torpeur. En effet, les voilà revenus au camp. Des guerriers retirèrent leurs casques, fatigués par leur journée de reconnaissance. Bo-Katan leur donna la permission d'aller se reposer. Sans plus attendre, elle se dirigea vers sa tente d'un pas pressé. Une femme Nite Olws en sortit, venant à sa rencontre.

Le visage impassible, la chef du groupe l'interrogea :

- A-t-il été sage ?

Sachant très bien de qui elle parlait, la mandalorienne lui répondit avec tranquillité.

- Comme un chaton.

Bo-Katan n'ajouta rien et entra dans la tente. Elle était, dans un ensemble assez rudimentaire, plutôt confortable, spacieuse mais contrairement aux autres tentes, Bo-Katan avait fait en sorte qu'elle soit la plus chaleureuse possible. Il y avait plusieurs coupe-vent pour maintenir la chaleur avec au moins trois radiateurs. De chaque lampe, accrochées à peu près dans tous les coins, émanaient une lumière chaude. Le tissu de la tente était composé de tapisseries retraçant les époques majeures de l'Histoire de Mandalore. Et au milieu de la tente se trouvait des jouets inoffensifs, des peluches douces, des couvertures aux couleurs pastelles.

Et au centre de ce petit univers doux, se trouvait un petit garçon en train de jouer avec une peluche.

Avant que Bo-Katan ne put annoncer sa présence, l'enfant se retourna, un immense sourire illuminant son visage :

- Maman ! cria-t-il de joie, se jetant dans les jambes de la guerrière.

D'abord un peu dépassée, ne sachant pas vraiment comment réagir, la femme aux cheveux de feu retint son souffle. Elle ne s'y ferait jamais aux élans affectueux de son fils. Il fallait le dire, la maternité n'était pas pour elle.

« Satine aurait su comment faire… », songea-t-elle, ses émotions se mélangeant entre amertume, tristesse, colère et blasement.

Satine avait eu la maternité dans le sang. Elle a toujours considéré Korkie, leur neveu, comme son propre fils. Pour chaque enfant qu'elle rencontrait, elle posait sur eux un regard tendre, elle leur adressait un mot gentil, elle était rassurante. Durant la corruption avec les achats du Marché Noir par l'ex-Premier Ministre Almec, des centaines d'enfants étaient morts empoisonnés. L'émotion de Satine s'était soulevée tel un ouragan dévastateur. Dans ses discours, le sujet des enfants avait tendance à revenir et elle avait pour habitude de répéter que même si elle n'avait pas d'enfants, elle était la mère de son peuple.

Il semblerait que ce fût le cas… Satine avait décidément tout ce qu'elle n'avait pas.

Et le destin avait choisi de lui donner ce qu'il avait refusé à sa sœur.

Le petit garçon releva la tête, regardant sa mère avec inquiétude.

- Maman ?

La guerrière se gifla intérieurement. Par les mille lunes, ne pouvait-elle pas faire preuve d'un peu de complaisance pour une fois ? Lorsque son fils la regardait comme ça, elle devinait aisément qu'il sentait quelque chose. Mais elle avait été si longtemps dans le milieu de la guerre, une place qui n'avait rien à offrir aux enfants et à l'amour. Elle était devenue trop dure et trop fière pour se permettre de montrer sa tendresse. Elle était maladroite et incompétente. Mais elle devait faire un effort. Puisant dans les lointains souvenirs de sa mère et de sa sœur, la jeune mère s'agenouilla à la hauteur de son enfant et l'enlaça avec incertitude dans ses bras.

- Bonsoir, Adrien, chuchota-t-elle avant de caresser ses cheveux.

L'enfant, qui avait perdu un temps son sourire, eût de nouveau le visage illuminé. Il sera en retour sa mère, enfouissant sa frimousse dans son cou. Comme il était content de la revoir ! Il était un peu triste avant car il y a trois jours, c'était son anniversaire et il avait eu pleins de cadeaux, mais sa maman n'était pas venue. Maintenant qu'elle était là, il se sentait mieux. Un peu brusquement, Bo-Katan s'écarta de lui suffisamment pour briser l'étreinte, au grand dam du petit garçon. Ignorant son désarroi, la guerrière prit son visage rond dans ses mains gantées pour mieux l'observer.

Son fils et celui de Pre Vizsla.

D'une main au touché léger, elle repoussa les mèches blondes du petit qui lui tombaient dans les yeux. Il avait des yeux émeraudes comme elle, mais d'un vert tellement vif que par moments, Katan aurait jurés qu'ils brillaient dans le noir.

Adrien venait d'avoir tout juste trois ans.

Bo-Katan avait découvert sa grossesse seulement quelques jours avant que les Death Watch, alors alliés avec Maul et son apprenti Savage, n'attaquent le Palais de Jabba sur Tatooïne. Katan s'en souvenait encore, c'était peu de temps après que Maul eut usé de ses pouvoirs de la Force pour l'étrangler alors qu'elle avait clamer que les Sith étaient comme les Jedi, indignes de confiance et pas aussi puissants qu'ils ne le prétendaient. Ses frères avaient levé leurs armes pour elle, mais Pre les avait arrêtés pour gagner la confiance du Sith. Lorsqu'il l'eut relâché, elle avait affiché un sourire arrogant en dépit du fait qu'elle était secouée intérieurement, mais en retournant à sa tente, elle a été prise d'un vertige et avait perdu connaissance. C'était deux femmes qui l'avait ramassée et emmenée à l'infirmerie. Le droïde médecin l'avait ausculté et avait rendu le verdict : elle était enceinte d'une semaine tout juste. Après cette révélation choc, la fière guerrière avait ravalée sa façade et avait prié ses compagnes d'armes de garder le secret pour le moment. Mais jamais elle n'avait trouvé un moment pour parler à Pre avec les deux Sith qui n'avait cessé de tourner autour de son compagnon.

Il fallait dire que c'était une sacrée surprise pour la fougueuse femme. Les femmes guerrières mandaloriennes prenaient garde à éviter ce genre de situation. Une grossesse était contraignante pour une combattante. Mais selon leur ancienne tradition, dès qu'une femme savait qu'elle était enceinte, il lui était interdit d'avorter. C'était une marque d'honneur de la plus haute importance aux yeux des mandaloriens car ces guerriers estimaient que pour les morts qu'ils infligeaient, il fallait compenser avec la vie. Donc par des naissances. Bo-Katan n'était pas à l'aise avec cette idée. Elle trouvait que les enfants étaient une perte de temps et n'étaient bon qu'à laisser aux nounous jusqu'à ce qu'ils soient assez grands pour apprendre à combattre. Mais d'un autre côté, c'était l'enfant de l'homme qu'elle aimait. Lui accorderait-il plus d'attention si elle le lui disait ? Elle avait hésité. Et s'il la rejetait ? Les Death Watch était toute sa vie, son point d'ancrage, la raison pour laquelle elle combattait. Si on la forçait à quitter son peuple, elle n'aurait nulle part où aller ou du moins, elle n'aurait plus de but dans sa vie. Elle n'aurait que ce petit être qui n'avait rien demandé.

Elle avait longuement réfléchi, puis s'était dit qu'elle ferait valoir les lois de leur tradition en cas de rejet majeur de ses frères, ainsi ils ne pourraient pas lui faire préjudice sans bafouer leur honneur, ce qui était impensable pour un véritable mandalorien. Mais le temps ne lui avait pas laissé ce luxe entre leur conquête du Soleil Noir, leur alliance avec les Païcs et celle forcée avec les Hutts. Elle les avait accompagnés, certaine de ses capacités et soulagée de ne pas afficher trop de symptômes révélateurs. Mais à chaque fois qu'elle trouvait un moment avec Pre, il ne parlait que de Maul, de reconquérir Mandalore et d'assassiner sa sœur Satine.

C'était la première fois qu'il projetait de tuer sa propre sœur alors qu'il connaissait leur lien. Et cela gênait Bo-Katan plus qu'elle ne voulait se l'avouer, elle était dérangée par ce projet. Depuis qu'elle portait son enfant, la vie lui avait paru tout à coup infiniment plus précieuse. Pre était un guerrier mandalorien de pure souche, un soldat né qui croyait en l'honneur et ne tolérait pas l'échec. Pour lui, tout crime et toute loi non appliquée devait être sévèrement punit par la violence et la mort. Elle y avait cru aussi. Mais avec cet enfant, plus maintenant. Elle ne voulait plus attenter à la vie de sa sœur. Elle n'avait pas pu avouer l'existence de ce bébé à son amant. En fait… elle ne savait même pas si elle voulait le garder…

Et maintenant, c'était trop tard. Il était mort. Et il ne saurait jamais qu'il avait un fils. Ni combien elle l'avait aimé.

Bo-Katan avait été laissé meurtrie le jour de la mort de Pre. Elle avait crié « traîtres » à ses frères lâches qui se rangeaient sous l'autorité de celui qui avait tué leur chef sous leurs yeux. Avec le choc et les hormones, sa voix avait trahi la perte de son sang-froid. A sa sœur non plus, elle n'avait pas réussi à lui révéler son secret. Elle aurait voulu, mais ce n'était pas le moment. Aucun moment ne l'avait été. Et après le départ de Kenobi, elle avait décidé de garder l'enfant, en souvenir de l'homme qu'elle avait aimé. En souvenir de sa sœur. Et en souvenir de Kenobi, cet homme qui l'avait intrigué jusqu'aux tréfonds cachés de son âme.

Pendant que la République avait reconquis Mandalore avec les systèmes neutres qu'elle influait, Bo-Katan s'était cacher sur sa planète natale, Kalevala. Les Nite Owls qui l'avaient suivies, avaient été abasourdis d'apprendre que leur lieutenant, désormais chef, était enceinte de son prédécesseur. Mais ils étaient comme elle, ils avaient un grand sens de l'honneur et jurèrent d'aider leur sœur du mieux qu'ils pourraient. Ainsi, ils s'étaient organisés pour ne pas trop la fatiguer. Ils décidèrent d'un accord commun de ne pas attaquer de front leurs différents ennemis, désormais bien trop nombreux. Ils effectuaient des missions de reconnaissance ou d'espionnage. Les quelques femmes du groupe veillaient constamment sur leur supérieure avec quelques hommes qui s'étaient désigner comme garde du corps. D'autres partaient en mission pour revenir avec des nouvelles de l'extérieur.

Mandalore avaient été désormais rattachée à la République avec tous ses systèmes influés. Bo-Katan avait serré ses lèvres dans un visage renfrogné à cette annonce, avant de capituler. Elle s'y été attendu, elle l'avait su en envoyant Kenobi prévenir les Jedi et le Sénat, et elle avait clairement préféré ce sort à Mandalore plutôt que de laisser son peuple entre les griffes de Maul et des Familles Criminelles.

En parlant de Maul, un de ses frères lui apprit qu'il avait disparu la nuit où ils avaient tous combattus dans Sundari pour faire évacuer Kenobi. Son frère Savage avait été retrouvé mort sur la Place de Guernica. Il y avait eu un combat, c'était certain. D'après les traces, ce n'aurait pas été un combat entre les deux frères. Bien évidemment, les caméras avaient été coupé, impossible donc de savoir, mais avec les traces des sabres lasers, il apparaissait qu'il y aurait eu un troisième combattant. Bo-Katan était certaine en entendant cela qu'il ne s'agissait pas d'un Jedi. D'après les dires de son compagnon d'arme, s'aurait été un combat d'une extrême violence. Sans retenue de la part d'aucun des manieurs des sabres lasers. Les Jedi étaient trop pacifistes pour se permettre une telle violence. La chef des Nite Owls ne pouvait que se rendre à l'évidence : il y avait eu un troisième Sith. Etait-ce donc Dooku ? Elle n'en était pas sûre. Elle avait vu Dooku se battre avec un sabre laser. Hors, par l'œil expert du Nite Owls, il pouvait dire que le troisième combattant avait deux sabres lasers.

Formidable. Dès qu'un disparaissait, il en arrivait un autre par derrière.

« Mais bon sang, combien sont-ils, à la fin ? », avait pesté la chef guerrière.

En y songeant, Bo-Katan se demanda s'il ne s'agissait pas de Vador à l'époque, agissant dans l'ombre avant de se révéler au grand jour. Mais elle avait un doute. Vador n'utilisait qu'un seul sabre.

Ils n'avaient pas eu plus de réponses à leurs interrogations sur cette nuit. Il ne savait pas si Maul était mort et qui était ce mystérieux troisième Sith.

Les mois avaient passés et le ventre de Bo-Katan était devenu de plus en plus rond. Le groupe de guerriers avaient continué leur routine d'avant et voyageaient. Jamais ils ne restaient au même endroit. Toujours en cavale. Toujours sur les routes de l'espace ou dans les terres sauvages des planètes. Son état la gênait beaucoup, mais elle faisait bonne figure et n'en perdait pas une goutte de sa splendide fierté. Elle espérait juste que cette grossesse passerait vite pour reprendre du service. Et puis trois jours avant que ne tombe la République, le Jour de l'Attaque du Temple Jedi, elle avait donné naissance à un petit garçon en bonne santé.

Elle l'avait nommé Adrien, en hommage à un grand roi de Mandalore qui avait régné sur la planète il y a quatre mille ans de cela. Bo-Katan n'avait pu s'empêcher de penser à Kenobi le jour de la naissance de son fils. Il était sûrement mort dans l'attaque ou bien il avait été tué sur le front par les clones.

Cette guerre prenait tout. Absolument tout.

Et son marmot s'était dépêché de naître dans cette Galaxie corrompue et pourrie jusqu'à la moelle au moment où elle avait décidé de s'écrouler pour de bon.

Les premiers temps avaient été difficiles. Personne ne savait vraiment dans le groupe comment s'occuper d'un enfant. Mais une des femmes avait pris soin de sa sœur cadette dans son enfance et avait su retrouver quelques gestes pour aider sa chef dans sa nouvelle maternité. Heureusement, Adrien avait été un bébé bien accommandant : il ne pleurait presque jamais la nuit, sauf à quelques reprises où il avait semblé à la nouvelle mère qu'il faisait déjà des cauchemars. Bo-Katan avait regardé son fils tous les soirs dans son berceau, gigotant dans tous les sens, voulant attraper toutes les choses qu'il voyait, tentant de sortir de son cocon pour aller explorer le monde du dehors. Elle n'avait pu s'empêcher de sourire un peu. Avant d'avoir vite été exaspérée. Un peu, ça va. Au quotidien, c'est trop.

Sortant de ses pensées, les yeux verts de la mère rencontrèrent ceux identiques de son fils. Plus le temps passait et plus Bo-Katan se disait qu'Adrien ressemblait beaucoup à Satine. Hormis les yeux, et le nez peut-être, on aurait pu penser que c'était l'enfant de sa sœur et non le sien. Katan secoua la tête intérieurement. Le destin, ou la Force comme disait les Jedi, avait une curieuse et bien cruelle façon de faire les choses.

- Tout va bien, mère ? s'éleva timidement la voix fluette.

La guerrière battit des paupières, avant de détendre son visage. Son fils l'appelait ainsi lorsqu'ils étaient devant les autres membres du groupe ou lorsque Katan était fâchée. Il a dû se dire qu'il avait fait une bêtise pour l'appeler « mère ».

- Tout va bien, Adrien, le rassura-t-elle d'une voix radoucie.

Elle n'était jamais parvenue à l'appeler par un de ces petits surnoms d'animaux de compagnie dont la plupart des mères avaient la répugnante manie. Bo-Katan aimait son fils. Elle ne savait simplement pas comment s'y prendre. Pour elle, son fils était un mandalorien. Un descendant de nobles guerriers. Dans ses veines, coulait le sang du Clan Vizsla et de la Maison Kryze, deux prestigieuses lignées. Il était l'héritier de Tarre Vizsla et celui, par sa lignée maternelle, de Steele Shan, la célèbre Jedi des Guerres Galactiques. Il méritait d'être élevé avec les honneurs et l'éducation qui était dû à son véritable rang.

- As-tu passé une bonne journée ? demanda la jeune mère, pour détourner l'attention de l'enfant.

- Oui ! Tante Sela et moi avons lu l'histoire des Clans pendant les guerres de l'Ancienne République ! C'était génial ! s'enthousiasma l'enfant, heureux de partager ses découvertes avec sa mère.

Bo-Katan était plutôt impressionnée que pour son jeune âge, Adrien sache déjà prononcer avec perfection et facilité, des mots si compliqués. Elle n'en n'était pas peu fière et le petit garçon voyait que cela faisait plaisir à sa mère, ce qui ne fit que renforcer l'envie d'apprendre du gamin.

Ladite « Tante Sela » était la fameuse guerrière Nite Owls qui avait été du plus grand secours pour Katan avec la prise en charge de son bébé. Elle était la plus proche personne d'Adrien avec deux autres guerriers qui montraient quelques petites astuces de combat lors de leurs pauses.

- Tu as joué un petit peu ? questionna encore la guerrière en se relever avant de croiser les bras.

Le petit garçon baissa un peu les yeux, tenant contre lui la peluche en forme de coccinelle qu'il n'avait pas lâché depuis l'arrivée de sa mère.

- Un peu, répondit-il doucement. Je voulais t'attendre.

La réponse adoucie le cœur de la guerrière, mais :

- Tu n'as pas… ?

- Non ! J'ai joué normalement ! s'empressa de dire le gamin, terrorisé.

Katan le scruta de ses yeux perçants et su qu'il disait la vérité. Ce n'était qu'elle voulait se fâcher contre lui, mais il devait bien comprendre qu'il ne devait pas faire ces choses. Sa sécurité en dépendait.

Relâchant un soupir épuisé, elle tendit une main vers le petit pour l'inciter à la prendre :

- Viens. Nous allons manger. Après tu iras au lit.

Obéissant, l'enfant pris la main de sa mère, laissant à regret la peluche parmi les jouets. Sa mère ne voulait pas qu'il traîne ses peluches partout dans le camp. Bo-Katan ne tenait pas à ce que la présence d'un enfant soit perçu par des yeux externes.

Au moment où ils franchirent l'entrée de la tente, la gardienne désignée de l'enfant les rejoignit et prit l'autre main du garçonnet, le coinçant entre elle et sa mère, le dissimulant dans la nuit.

Les hommes s'étaient rassemblés avec la troisième femme du groupe autour d'un feu. Cette nuit, Bo-Katan avait jugé les lieux suffisamment sûrs pour leur permettre ce luxe. Lorsqu'ils entrèrent dans le cercle, deux hommes s'écartèrent pour laisser place aux deux femmes et à l'enfant. Une fois tous assis, l'un d'eux, qui était assis juste à côté du garçon, lui donna une petite tape amicale dans le dos.

- Alors ? Comment va notre petit prince préféré ?

- Super ! s'exclama l'enfant en levant les bras.

- Adrien, combien de fois t'ai-je dit de ne pas crier, le coupa sec Bo-Katan.

Le bambin baissa la tête, honteux. Le guerrier lui glissa une petit sourire désolé. La patronne avait parlé. Personne n'osa rien ajouter. Les adultes se mirent à manger et parlèrent entre eux. Adrien resta silencieux, de peur d'éveiller l'agacement de sa mère. Comme un enfant sage, il mangea son ragoût chaud. Tante Sela lui essuya par moment la bouche avec patience. Bo-Katan préférait que ce soit sa compagne d'arme qui s'occupe de lui. La femme guerrière n'avait allaité Adrien que deux fois. La raison principale était pour se débarrasser du lait que son corps avait produit durant sa grossesse. Lorsqu'elle s'était retrouvée avec Adrien sur la poitrine, qui lui avait bien donné des douleurs et des courbatures tout au long de ses derniers mois, elle s'était sentie incommodée, comme si elle avait un parasite pendu au bout des seins. La guerrière s'était détesté elle-même pour avoir de telles pensées.

Elle avait voulu repartir au plus vite sur le terrain. Alors elle avait instauré des rondes dans son groupe afin de veiller sur son bébé. Certains l'avaient pris comme une corvée, ce qu'elle comprenait très bien, mais d'autres étonnamment s'étaient très vite attaché à son fils. Il était vrai qu'Adrien était un bébé tout mignon, mais Bo-Katan n'était pas vraiment de cet univers. Mais c'était elle qui avait choisi de le garder, alors elle devait assumer. Pour se faire pardonner de son absence auprès de son enfant, elle lui ramenait des jouets, des peluches afin de cristalliser son affection pour lui. Cela avait au moins le mérite de fonctionner.

Avalant lentement sa soupe, la chef des Nite Owls attrapa une bride de conversation entre son fils et le guerrier installé à côté de lui. Apparemment son fils racontait un rêve qu'il avait fait cette nuit où il s'était transformé en super héros, sauvant le monde avec l'aide d'une belle fille aux ailes blanches. Les enfants… ils avaient décidément trop d'imagination. Mais la jeune mère ne fit aucune réflexion. Son fils avait bien le droit de rêver un peu. Et puis, il avait raison sur un point : un jour, il deviendra un grand guerrier et il sauverait le monde de Mandalore. Au plus profond d'elle, c'était son vœu le plus cher. Pour faire de lui le souverain légitime de la planète et le leader des systèmes de Mandalore, comme son homonyme avant lui, il y a quatre mille ans de cela.

Soudain, une main se posa sur son épaule, la tirant de ses pensées. La chef guerrière se retourna vers l'un de ses compagnons qu'elle avait vaguement aperçus s'approché d'elle du coin de l'œil. Il s'agissait de Zoran, son lieutenant. Doucement, il lui demanda :

- Bo ? Je peux te parler une minute ?

Un coup d'œil vers Sela suffit pour faire passer le message. Cette dernière hocha la tête, comprenant. Bo-Katan se leva avec souplesse et suivit Zoran qui l'entraînait à l'écart du groupe. Elle jeta un dernier regard derrière elle pour s'assurer qu'Adrien fût bien caché. Elle fut satisfaite : delà où elle regardait, le gamin était invisible entre Sela et son compagnon d'arme Cirus. Puis après s'être éloignés suffisamment pour ne pas être entendus des autres, Zoran se tourna vers sa supérieure.

- Je voulais te faire un rapport de notre mission sur Coruscant, chuchota-t-il, une tension d'acier dans la voix. La situation se détériore. Le Sénat vient d'adopter la loi de Moisson des Sensibles de la Force. La loi doit être mise en pratique d'ici deux semaines.

A ses mots, le cœur de Bo rata un battement. Comment ? Comment avaient-ils pu accepter une telle loi inhumaine ? Instinctivement, elle tourna la tête vers son fils, une angoisse lui dévorant les entrailles. Puis la rage se mit à bouillir dans ses veines. Une douce envie de tuer lui picota le bout des doigts. Les lèvres pincées, elle écouta la suite de Zoran.

- Il faut intervenir. Maintenant. Les Clans de notre planète sont écrasés par le Gouverneur Saxon. Le Chef Wren a été déclaré officiellement comme mort, mais nos renseignements nous ont confirmé qu'il a été fait prisonnier. Lady Wren a les mains liées. Nous devons lui venir en aide.

- Nous ne sommes pas assez nombreux, contrecarra la Chef mandalorienne.

- Nous pouvons trouver des alliés. Il suffit de chercher. Il y a beaucoup de combattants qui haïssent l'Empire.

Bo-Katan considéra le cas. Oui… ce n'est pas qu'elle aimait tenir Maul comme une référence, mais il avait bien rassemblé de nombreuses forces durant la Guerre des Clones. Peut-être si elle faisait de même… Mais…

- Les Inquisiteurs sont trop forts et trop nombreux. Nous ne rivaliserons pas contre leur pouvoir de la Force, dit-elle à voix haute.

- Nous serons beaucoup plus fort et si on retrouve des Jedi survivants, ils seront un solide appui dans ce combat.

La chef des Nites Olws demeura silencieuse, ses lèvres s'étirant dans rictus ambiguë.

- Si nous voulons appuyer les Clans de Mandalore et en plus chercher des Jedi, nous ne serons pas assez…

- Pas si nous allons tous sur le terrain, soutenu son lieutenant, son regard devenant insistant.

Bo-Katan lui rendit un regard perçant le corps tendu. Elle savait très bien où il voulait en venir. Et ça, il en était hors de question.

- Zoran. Je n'emmènerai pas Adrien.

- Rien ne dit qu'on doit l'emmener.

Cette fois, la guerrière crut qu'elle allait avaler sa langue. Une irrésistible envie de frapper lui crispa tout le bras gauche tandis que sa main droite serra son pisto-laser à sa ceinture.

- Serais-tu en train d'insinuer que je devrais laisser Adrien derrière ? Sans personne ?

Sa voix était d'un acier dur, quasi imperméable. Elle aurait été un dragon Krayt, la différence aurait été minime. Son lieutenant semblait y être insensible. Mais elle savait qu'il n'en n'était rien. Pourtant ça ne l'empêcha pas de dire :

- Je n'insinue rien. Je crois vraiment que tu devrais laisser Adrien.

Tout se passa en un éclair. Bo-Katan tira son arme sous la gorge de son lieutenant mais en même temps celui-ci lui avait saisi le bras pour la dissuader de l'abattre avant qu'il ait fini de parler.

- Ecoute, Katan, siffla-t-il entre ses dents. Nous pouvons être sûrs de faire un réel progrès si nous nous y mettons tous et qu'on s'appuie sur des alliés plutôt que d'attendre que le temps passe et se contenter de faire des missions de reconnaissance en perdant notre temps.

- Il est hors de question que j'abandonne mon fils, articula avec lenteur la guerrière dont le regard trahissait quelque chose de fort.

Et en même temps d'incertain.

- Je ne te demande pas de l'abandonner à la mort, Katan, répondit le lieutenant en faisant appel à tout son sang-froid.

Cela eu pour effet d'attirer un moment la curiosité de la guerrière. Zoran profita de cette opportunité pour continuer.

- Tu peux le laisser à quelqu'un de confiance.

- Et qui ? s'impatienta-t-elle. Qui pourrait faire ça ?

- Il me semble que ton frère est toujours à Mandalore…

Ne retirant toujours pas son arme de sa gorge, l'expression de Katan demeura froide.

- Je ne lui ai pas parlé depuis des années. Andonai n'acceptera jamais. Pour rien au monde il ne mettra la vie des siens en danger.

Son regard se perdit un instant dans le vague.

- De plus, continua-t-elle. Même s'il acceptait, il est très impliqué dans les affaires de la politique.

- Cela n'empêche rien. C'est peut-être au contraire, une place sûre pour ton fils.

Bo le regarda, septique. Mais sa main tenant son arme se baissa de la gorge de son « soi-disant » lieutenant. Zoran attendit un bref moment avant de continuer plus doucement :

- Il paraît que tu veux en faire notre roi. A mon avis, ce n'est pas une mauvaise idée de démarrer par-là s'il veut exercer le pouvoir.

La chef guerrière demeura muette. Il n'avait pas tort. Adrien était une charge, même si elle refusait de le dire tout haut. Il devait grandir et devenir plus fort. Mais il n'aurait jamais les compétences d'un chef près de son misérable petit groupe en cavale. Son regard se détourna du mandalorien pour chercher son fils. Elle le vit sourire aux guerriers qui avaient pour habitude de prendre soit de lui. Le laisserait-elle ? Au milieu de ce monde où maintenant chacun être comme son fils était traqué ?

Zoran devina ses pensées et hocha la tête après un rapide coup d'œil là où elle regardait.

- Tout ce que je veux dire c'est : réfléchissez-y, chef.

Et sur ces paroles il prit congé d'elle, s'en retournant à son tour de garde.

Laissant Bo-Katan avec ses tourments.


oO0Oo


Tatooïne : à la frontière de la Mer des Dunes

Trois ans. Cela faisait trois ans. Trois ans qu'il était sur ce vieux rocher desséché où les gens tuaient pour obtenir une gorgée d'eau, même chaude. En fait, surtout chaude.

Trois ans à passer ses journées à méditer, surveiller, survivre et à lutter.

Lutter pour cesser d'être un Jedi.

Tel était devenu le quotidien d'Obi-Wan Kenobi.

Lutter contre la chaleur aussi. Les Soleils Jumeaux avaient rendu sa peau rigide, comme de la curasse mal ridée. Et bien bronzée. Ces journées de chaleur l'épuisaient plus vite qu'à l'époque où il était encore le grand Général Kenobi. Le Négociateur respecté partout dans la Galaxie. Tatooïne n'était jamais tendre avec ceux qu'elle portait.

Et aujourd'hui était encore une de ces journées où les Soleils martelaient les crânes à en faire bouillir les cerveaux et les rendre fous. Tirant les rennes de sa monture reptilienne, Obi-Wan était descendu de celle-ci pour ne pas trop la fatiguer au risque de la voir s'écroulée, morte de chaleur.

Dans ce quotidien, Obi-Wan suivait comme le lui avait recommandé Maître Yoda son entraînement dans La Force sous les enseignements de son vieux Maître Qui-Gon Jinn.

C'était donc vrai… il y avait une sorte d'après de l'autre côté de la Mort. C'était encore très incertain et beaucoup trop confus dans cette brèche au travers de ce mystère, mais l'ancien Jedi était certain que c'était bien son cher Maître qui lui avait parlé. Il avait senti dans la Force sa présence qu'il lui avait toujours connu. Sereine, bienveillante, en paix avec lui-même.

La première fois que Maître Yoda lui avait parlé de ce fait, c'est à peine s'il eût cru que le Grand Maître était encore bien sain d'esprit. Pourtant une petite voix au fond de sa tête lui avait soufflé de faire confiance à Yoda. Et la première fois qu'il avait entendu la voix de Qui-Gon, il avait bien cru que cette fois il allait avoir la crise cardiaque. C'était arrivé deux mois après la chute de l'Ordre Jedi, après des heures et des jours et des semaines d'entraînement intensif.

Jusqu'à ce qu'il abandonne avant de se lever et… d'entendre la voix de Qui-Gon. De sentir sa présence dans tous les recoins de la pièce, partout où était la Force.

Obi-Wan en était tombé à genoux et avait pleuré tant sa joie était immense et impossible à décrire. Sentir son Maître, parler avec lui était au-delà de tout ce qu'il avait espéré.

S'il ne manquait pas Anakin, s'il n'avait pas perdu tous ses amis, cela aurait pu être le plus beau jour de sa vie. Mais parce qu'ils n'étaient plus là et surtout parce qu'Anakin n'était plus là, la douleur demeurait. Et la honte et le sentiment d'échec n'en était que plus grand.

Et puis il y avait eu les interrogations. Certes, Obi-Wan avait senti que son maître était heureux devant son bonheur de pouvoir de nouveau parler avec lui mais il parlait par énigme. Comme il l'avait toujours fait au fond. Il lui avait expliqué qu'il devait être patient comme jamais il ne l'a été. Qu'il allait devoir se confronter à la solitude et aux épreuves de la Force pour trouver la Force. Il y avait vraiment de quoi se casser la tête avec de telles paroles, mais le Jedi déchu avait décidé de faire confiance à son Maître.

Dans leurs échanges, Qui-Gon lui avait également témoigné sa fierté et sa compassion, chose qui avait laissé Obi-Wan perturbé. Comme peut-on être fier d'un élève qui à échouer à tenir sa promesse ? Au travers de la Force, les pensées de son ancien Padawan avait fait tendrement sourire Qui-Gon. Certes le défunt Jedi savait que c'était de bien maigres consolations face à ce qu'avait enduré Obi-Wan, mais cela avait tout même contribué à lui redonner courage. Cependant il avait mis en garde Obi-Wan qu'il ne pourrait pas toujours parler avec lui et qu'il ne devrait à aucun moment relâcher son entraînement en plus de sa dernière mission, car elle dépendait complètement de celui-ci, bien qu'Obi-Wan n'avait pas vraiment saisit en quoi.

Lorsqu'il avait interrogé son Maître, il avait senti comme une distance, comme un voile qui se dépose sur les yeux. Sa seule réponse avait été qu'il le découvrait en temps voulu. Et son fantôme avait disparu, comme s'il n'avait jamais été apparu.

Cela avait été une sensation étrange. Même atrocement désagréable… comme s'il avait vécu un rêve parti en fumée, une chimère qui avait cessé d'exister. Comme s'il avait vécu une deuxième fois la mort de son Maître bien-aimé.

Si Obi-Wan devait décrire cet état, cela aurait été comme lui retirer une essence de lui-même qu'on venait à peine de lui remettre.

Les jours qui ont suivi, le Jedi exilé n'avait cessé de tenter de retrouver une connexion avec son vieux Maître. En réalité, cela lui été vital. Car quand Obi-Wan n'était pas occupé à ses tâches quotidiennes et qu'il se retrouvait totalement seul, il le voyait.

Partout.

Sur son lit, sur son canapé, près du comptoir de la cuisine, dehors devant la Mer des Dunes. Souriant de ce sourire qui lui était si unique, si éclatant.

Et de ces souvenirs venaient s'imposer les images d'horreur. Obi-Wan revoyait sans cesse dans ces cauchemars le sourire radieux d'Anakin et le regard empli de haine de Vador. Ces deux visions qui se combinaient en une seule pour lui marteler le cœur à coup d'acier pointu et le laisser avec l'âme ensanglantée. Et à chaque fois qu'il croyait se remettre d'un tourment, un autre suivait et rouvrait de nouveau la plaie.

Obi-Wan avait eu besoin de Qui-Gon comme jamais. Non comme un élève qui avait besoin de son maître, mais comme d'un fils ayant besoin de son père.

Son échec le tourmentait jour et nuit, le brûlant d'un feu de glace. Quelque part, il souhaitait que ce fût lui qui brûlait dans ce fleuve de lave et non son frère. Mais à chaque fois la même réponse venait contrecarrer ces désirs morbides.

Tu aurais alors réellement échoué.

Lui sifflait constamment la Force.

Elle le lui interdisait. Elle lui interdisait de renoncer. Et Obi-Wan obéissait parce qu'il savait c'était vraiment ce qu'il voulait, au fond de son cœur.

On ne gagne pas en se sacrifiant pour une cause qui nous a dépassé, on gagne en sauvant ce qu'on aime. Alors Obi-Wan avait appliqué ce principe et est allé sauver la dernière chose qui restait de son frère. Padmé… Mais elle était morte.

Le Jedi n'avait jamais compris pourquoi, même encore aujourd'hui, il se le demandait. Pourquoi ? Pourquoi était-elle morte ? Pourquoi avait-elle abandonné ? Pourquoi, par les Sith, avait-elle eu le droit de mourir et pas lui ?

Mais à ce sujet, la Force était restée muette.

Puis le temps a passé et Obi-Wan avait dû apprendre à voir au-delà de sa souffrance. Padmé, bien qu'elle fût une femme forte, avait toujours caché au plus profond d'elle une fragilité qu'aucun n'aurait pu deviner. Excepté Anakin. Celui qui lui avait brisé le cœur. Celui qui l'avait rendu malheureuse comme jamais. Celui qui avait été censé protéger cette fragilité. Elle n'avait pas supporté… Elle n'avait pas pu supporter…

Pourtant, quand Obi-Wan y repensait, il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il n'y avait pas eu quelque chose en plus… Quelques fois, il se demandait si Padmé était là, elle aussi, de l'autre côté avec Qui-Gon, avec ses frères et sœurs Jedi et Satine. Le voyaient-ils ? Mais jamais il n'avait vraiment osé demander à son Maître. Peut-être par pudeur ou respect. Ou encore par peur de découvrir les voies impénétrables de la Mort. Ou peut-être encore parce que tout simplement la réponse viendrait en temps voulu.

Oh l'ironie de ces paroles. La leçon de Maître Qui-Gon sur la patience devait avoir été bien apprise.

Puis Qui-Gon était revenu.

Et l'apprentissage s'était poursuivi.

Le Jedi était devenu exilé, puis s'était transformé en ermite. Obi-Wan sentait sa nature profonde changer. Et ce qu'il l'effrayait tous les jours c'était si ce changement était en bien ou pas. Il n'était plus Obi-Wan. Il le savait. Il était comme un enfant qui avait tout à apprendre.

C'est alors qu'il s'était choisi un nouveau nom. Bien sûr, l'excuse que c'était pour se cacher de l'Empire tenait la route et c'était vrai dans un certain sens, mais il sentait que c'était pour une cause plus profonde.

Il était devenu Ben. Ben, le fils qui apprenait. Ben Kenobi.

Qui-Gon avait l'habitude de dire lorsqu'il était jeune que les noms avaient leur signification propre, qu'ils déterminaient un pan de l'essence de chaque lieu, chaque chose et chaque être vivant dans l'univers. Il avait encouragé Obi-Wan à aller à la rencontre de ses origines. Ce fût comme ça que le jeune Padawan découvrit en faisant des recherches sur la culture de sa planète d'origine Stewjon, que Kenobi signifiait « héritage sombre ». Mais forcément, le jeune homme ne pouvait devinait le sens lourd qu'allait prendre ce nom avec le destin qui l'avait attendu. Oui, Kenobi était son nom sincère. Obi-Wan son nom véritable. Ben celui qu'il était devenu.

Un fils qui vieillissait et devait lutter contre les épreuves du désert chaque jour.

Oui, marcher dans le sable était déjà une épreuve. Oh, comme Obi-Wan s'était plaint à plusieurs reprises dans le passé par ses missions où il était envoyé en tant que Gardien de la Paix. Cela ne s'était absolument pas arrangé avec le temps. Il vieillissait trop vite et trop mal. Maudite planète sableuse ! Il comprenait maintenant pourquoi Anakin avait eu tant horreur du sable. Vivement qu'il arrive à destination. Mais enfin, il aperçut le toit rond d'une habitation isolée qu'il connaissait bien.

Car oui, malgré les chaleurs étouffantes du désert, malgré l'isolation, malgré le poids du deuil multiplié, malgré la douleur de l'échec, malgré la confusion de son entraînement, malgré la souffrance de ses tourments, il y avait bien une chose qui parvenait à égayer son cœur meurtri.

Il n'était maintenant plus qu'à quelque pas de la ferme. Avant qu'il ne vît, un rire joyeux s'éleva à ses oreilles. Ce joli bruit fit le prodige de le faire sourire de bonheur. Devant l'entrée de la ferme, une toute petite fille, vêtue d'habits beiges, un peu froissés, la protégeant des radiations solaires, jouait à des jeux dont elle seule en avait les inventions. Elle tournoyait, bondissait, rebondissait sur ces petites pattes, claquant ses mains dans les airs vers le ciel comme pour attraper des papillons imaginaires. Ses cheveux chocolat virevoltaient autour de sa petite tête, mais Obi-Wan ne doutait pas que plus tard, elle aurait sacrément besoin d'un bon coup de peigne pour les remettre en place.

Puis soudain, l'enfant s'arrêta pour faire volte-face vers lui, un immense sourire se dessinant sur son visage, impressionnant pour une telle petite frimousse comme la sienne. Elle courut vers le Jedi ermite pour se jeter dans ses bras.

- Ben ! s'exclama-t-elle dans une série de rires heureux.

Il la rattrapa avant de la faire tournoyer comme si elle était un chasseur stellaire, son rire se joignant au sien.

- Bonjour, petite Angie ! s'exclama-t-il, retrouvant tout à coup la vigueur de sa jeunesse.

Le Jedi la plaça sous son bras pour mieux la maintenir à sa hauteur comme il l'avait fait plusieurs fois auparavant.

- Comment vas-tu ? Laisse-moi te regarder, dit-il, inspirant fortement pour retrouver son souffle. Par la Force ! Tu as encore grandi !

En effet, Angie avait bien grandi depuis le premier jour où il l'avait tenu dans ses bras. Le fragile bébé avait laissé place à une petiote vigoureuse et toujours aussi craquante. Mais dans les traits bambins de cette enfant, Obi-Wan ne pouvait s'empêcher de voir Padmé. La petite ressemblait de jour en jour un peu plus à sa mère. La couleur de ses cheveux en témoignait. Les soleils de Tatooïne pouvaient taper fort, les cheveux d'Angie demeuraient bien sombres avec malgré tout, des reflets dorés. Mais à l'inverse de sa mère qui les avait eu bouclés, les siens étaient lisses comme des rideaux de soie. Elles partageaient aussi toutes deux la même forme de visage, bien que les joues d'Angie étaient encore bien rondes. Cependant, lorsqu'on la regardait bien, l'on pouvait retrouver les traits d'Anakin. La ressemblance était plus subtile mais néanmoins présente : le même nez, le même front. Et surtout les mêmes yeux. Ces grands yeux bleus qui variaient entre la couleur saphir et le bleu de l'océan.

Mais le plus cruel, c'était ce même sourire.

Il y avait tellement d'Anakin et de Padmé en Angie qu'à chaque fois qu'il la voyait, le cœur d'Obi-Wan se soulevait d'une infinie tendresse alourdie d'une tristesse toute aussi grande. Cependant, pas question aujourd'hui d'être triste !

- Petite Angie, commença Ben en souriant mystérieusement. Aujourd'hui est un grand jour. Sais-tu pourquoi ?

L'enfant gloussa de rire, sautillant sur place, toute excitée, connaissant la réponse.

- Parce qu'aujourd'hui… j'vais à l'école ! déclara-t-elle, toute fière, des étoiles dans les yeux.

L'ermite tomba un peu dénue, avant de lâcher un petit rire en secouant la tête, amusé.

- Pas seulement, la corrigea-t-il, arrachant une mine confuse à la bambine. Aujourd'hui est un jour spécial car aujourd'hui, il y a exactement trois années de cela, tu es venue au monde, petite Angie. Aujourd'hui, c'est ton anniversaire ! Joyeux anniversaire, ma chère enfant !

Les yeux de la petite s'écarquillèrent encore plus que cela n'avait été possible.

- Mon… anniversaire ? tenta-elle d'articuler au mieux.

- Oui, mon enfant. Ton anniversaire. Aujourd'hui, tu as trois ans.

Et sur ces mots, il sortit de son long manteau un petit paquet enveloppé dans une vieille toile chiffonnée, abîmée par le temps. Ce n'était pas le plus beau paquet cadeau de la Galaxie mais pour la petite Angie, c'était comme si on lui avait décroché Ghormassen, la plus brillante lune de Tatooïne. Oh ! Un cadeau !

- Oh merci, Ben ! s'exclama-t-elle de joie alors qui lui remis le paquet.

Ben sourit, ébahit par la politesse de la petite. En effet, il ne devait pas être aussi surpris, Owen et Beru avait veillé ensemble à bien éduquer leur nièce. Angie, toute curieuse, ne tarda pas à ouvrir son cadeau, trop impatiente. Ce qu'elle découvrit ne ressemblait en rien à ce qu'elle imaginait. C'était un collier, qu'elle trouvait très joli, avec un pendentif en bois mais qui brillait comme de l'ivoire, suspendu à une chaîne d'argent. Angie n'avait jamais vu un tel bijou avant. Les bijoux de sa tata n'étaient pas aussi beaux.

- C'est quoi ? demanda-t-elle.

- C'était à ta maman, répondit le Jedi. C'est un collier. Cela se porte autour du cou. Fais très attention de ne pas le perdre.

D'un hochement de tête, l'enfant acquiesça. Puis elle enfila sa tête autour de la chaîne d'argent avant de le reposer sur sa tunique beige. La petite fille aima immédiatement ce petit bijou. C'était à ses yeux la plus belle chose du monde. Un cadeau de sa maman. Tante Beru lui avait parlé d'elle. Angie y ressentait une grande tendresse et la sensation qu'avec ce pendentif à ses côtés, rien ne pouvait lui arriver. Un porte-bonheur ? Le visage rayonnant de bonheur, l'enfant se jeta au cou de son oncle d'adoption, car elle avait toujours considéré Ben comme un oncle.

- Merci, Ben ! Merci ! Merci ! C'est le plus beau des cadeaux !

- Ce n'est rien, petite Angie. C'est une joie que de te voir heureuse, dit Ben en l'embrassant.

La petite fille rigola lorsqu'il lui donna un bisou sur la joue :

- Hi ! Hi ! Ta barbe, elle fait des chatouilles !

- Ah oui ? Il faudrait peut-être que je la coupe ?

- NON !

Le Jedi se mit à rire, amusé par sa réaction apeurée. Il la rassura, lui promettant qu'il ne la couperait pas. Puis il la reposa au sol. C'était impossible de ne pas fondre devant cette petite qui était absolument mignonne comme tout. Mais à l'instant où il allait lui demander ce qu'elle allait faire aujourd'hui, la voix de Beru s'éleva depuis l'entrée de la maison :

- Angie ! Angie ! Où es-tu, ma puce ?

Très vite, la petite fille galopa vers l'entrée pour aller à la rencontre de sa tante. Obi-Wan sourit à sa vue, secouant la tête. Eh bien, pour une petite de trois ans, elle courrait drôlement vite. Beru ramassa Angie pour lui donner un baiser, et en voyant Obi-Wan, elle le salua d'un sourire chaleureux. Le Jedi avait remarqué lors de ses précédentes visites au domaine des Lars le sourire resplendissant de la jeune femme. Il n'était pas le seul sensible à la bouille de la petite Angie. Beru échangea des paroles polies avec Obi-Wan quand elle aperçut l'état des cheveux de sa nièce et se lamenta. « Je vais devoir encore te recoiffer », la gronda doucement la femme de ferme. La petite fille baissa la tête avec une petite moue.

- Mais je voulais jouer, gémit-elle. Y avait pleins de papillons noirs et quand je les attrapais ils redevenaient tout blanc !

- Parce qu'ils étaient blancs avant ? demanda Obi-Wan, se prêtant à son jeu.

- Oui ! Mais un peu bleu aussi ! Et ils brillaient comme les étoiles ! s'excita l'enfant en montrant le ciel de sa petite main.

Ce fût à ce moment-là que l'oncle d'Angie, Owen sortit à son tour de la ferme, un petit sac de toile à la main.

« Owen… », le salua l'ermite, salut que lui rendit le fermier par un signe de tête.

Il avait comme toujours le visage ferme, ridé par les chaleurs des soleils. Le désert faisait vieillir beaucoup plus vite. Un état dont Angie semblait être la seule épargnée. Obi-Wan se demandait si sa perpétuelle joie innocente n'y était pas pour quelque chose. En voyant la petite avec les cheveux tous décoiffés, Owen grogna :

- Regarde tes cheveux, Angie ! Tu ne vas quand même pas aller à ton premier jour d'école coiffé avec une tête pareille !

Angie baissa les yeux, n'osant rien dire. Sa tata avait plus de patience que son tonton. Elle l'avait encore fâché. Mais c'était tellement drôle de courir après les papillons. Pourquoi ne pouvait-elle pas jouer avec eux ?

Voyant sa nièce un peu bouleversée, Beru lui prit gentiment la main avant de donner un regard à Owan pour lui faire une silencieuse demande de s'excuser. L'homme lâcha un soupire puis ébouriffa les cheveux de sa petite protégée, en signe de réconfort.

- Aller. Va vite te recoiffer avec ta tante, dit-il doucement, ce qui pour effet de rendre le sourire à la petite fille. Mais que je te vois ici dans cinq minutes sinon tu vas être en retard.

Ni une ni deux, la tante et la nièce disparurent dans l'entrée descendante de la ferme, laissant le Jedi et le fermier seuls. Obi-Wan s'approcha d'Owen, les bras croisés sur sa large poitrine.

- Alors, c'est son premier jour d'école ? demanda le Jedi avec le coin des lèvres retroussées.

Owen hocha la tête, le regard toujours tourné vers l'entrée :

- Oui, bien que je sois surpris qu'elle ait déjà retenu autant de mots.

- La jeune Angie est vive d'esprit, sourit Obi-Wan avec nostalgie. « Tout comme son père », ajouta-t-il dans un murmure.

Le fermier d'humidité jeta un coup d'œil dur au Jedi déchu, mais préféra se taire. Kenobi savait très bien le pourquoi de cette réaction. Owan ne l'avait jamais dit mais il reprochait à Kenobi la perte d'Anakin. Après avoir confié Angie à son oncle et sa tante, Obi-Wan leur avait expliqué pourquoi l'enfant ne devait surtout pas être trouvée par Vador et ainsi leur avait révélé la terrible vérité. Les nouveaux gardiens de la petite avaient juré de la protéger quoi qu'il leur en coûtait, mais l'oncle avait immédiatement dressé une barrière entre lui et le Jedi. Owen se souvenait d'avoir brièvement entendu Anakin dans la remise avec Padmé, hurlé que si sa mère était morte, c'était de la faute d'Obi-Wan. Si Kenobi n'avait pas retenu son demi-frère durant ces jours interminables où Shmi avait été enlevée par les Hommes des Sables, il aurait pu arriver à temps et la sauver. Pour lui, Kenobi était responsable.

Devant son silence, Obi-Wan choisit de poursuivre la conversation sans dériver sur son ancien apprenti.

- Vous l'emmenez à Anachore ?

Le regard d'Owen devint évasif, mais il répondit tout de même :

- Oui. C'est la ville la plus proche et il y a moins de contrôle qu'à Mos Eisley… Nous avons des amis voisins qui doivent amener leur petit garçon aujourd'hui aussi.

- Ce sont là d'excellentes nouvelles ! se réjouit Kenobi. Je suis certain qu'elle est déjà impatiente d'y être.

Owen ne répondit pas, laissant un autre silence maladroit s'installer. Ben crut qu'il n'allait jamais reprendre la parole quand le fermier balança aussi sec :

- Vous êtes au courant, Kenobi ?

- Il y a quelque chose que je devrais savoir ?

L'oncle d'Angie se tourna vers le Jedi ermite, le regard pointu.

- La Loi de la Moisson est passée.

Aucun d'eux ne prononça un mot pendant plusieurs secondes.

- Je vois, lâcha finalement Kenobi.

- Ils vont lui faire un test sanguin à l'école. S'ils découvrent qu'elle est comme son père…

- J'irais modifier les résultats d'analyses. Ne craignez pas.

Owen hocha silencieusement la tête. Là-dessus, il pouvait certes compter sur Kenobi. Pourtant, si on venait à découvrir sa véritable identité, sa nièce serait en danger. Il devait trouver un moyen. Les deux hommes ne dirent rien pendant ce qui parût une éternité. Mais plus le temps passait, plus le fermier d'humidité sentit qu'Obi-Wan voulut lui dire quelque chose. D'un regard commun, il le fit décider à parler.

- Je suis venu pour vous proposer d'entraîner Angie, avoua le vieil ermite. Elle est maintenant en âge de commencer la voie des Jedi. Rien pour qu'elle en devienne une, mais assez pour qu'elle soit capable de maîtriser ses pouv…

- Non, coupa net Owen.

- C'est important, insista-t-il. Elle doit être en capacité de…

- Ma nièce ne deviendra pas comme vous, Obi-Wan. Ni comme son père. Oui, je suis reconnaissant que vous nous aidiez mais je pense que vous en avez suffisamment fait. Contentons-nous de protéger Angie, pas d'en faire une …

Il s'interrompit brusquement. Non, cela portait malheur de parler de ces choses. De prononcer même le mot « Jedi ». Quant à Ben, il n'ajouta rien de plus. Owen semblait radical aujourd'hui. Il semblait inutile de faire les choses. La Force lui en était garante.

Alors que la longueur du silence se faisait oppressante, le rire gazouilleur de la petite Angie retentit de nouveau du bas des escaliers, suivi de près par les recommandations de prudence de sa tante, inquiète de la voir courir si vite.

Une fois revenue à la surface, l'enfant se dirigea vers les deux hommes. Elle était déjà beaucoup mieux coiffée. De jolies petites nattes ornant de chaque côté de ses oreilles, elle était tout simplement adorable. Ni Owen ni Obi-Wan ne purent réprouver une sourire à sa vue. Une fois arrivée à leur niveau, elle pencha la tête en arrière pour les regarder à cause de sa petite taille et leur montra une petite boîte métallique qu'elle tenait entre les mains :

- Oncle Owen ! C'est ma boîte que j'ai fabriqué ! Comme ça, les mochis de Tante Beru vont être encore froid tout à l'heure pour le goûté !

- Oui, ma chérie. C'est très bien, approuva patiemment l'oncle en regardant ailleurs.

- C'est toi qui l'as fait ? s'émerveilla le Jedi, remarquant que ce n'était pas une simple boîte mais un petit réfrigérateur portable !

L'enfant sourie, toute fière :

- Oui ! Parce que pour la rentrée, les élèves, ils partagent leurs goûter pour devenir amis ! Alors j'ai voulu offrir quelque chose de bon pour mes futurs amis !

- Tu es une enfant pleine d'attention, petite Angie, la complimenta le Jedi avec tendresse. Je ne doute pas que tu te feras bientôt de très bons amis.

Le sourire de la bambine s'élargit de joie à cette perspective. Bientôt elle pourra jouer avec des amis, ils attraperaient les papillons et ensemble ils s'envoleraient vers les étoiles. Les yeux d'Obi-Wan se reportèrent sur la boîte et doucement il la prit de ses petites mains, qu'elle lui céda volontiers, pour l'examiner avec plus d'attention.

- Elle l'a fait toute seule, souleva Beru, pleine de fierté.

- Vraiment ? dit Ben en levant les sourcils.

Mais il n'aurait pas dû être étonné. Le garçon qu'il avait formé avait déjà eu à seulement l'âge de neuf ans la technique et les capacités de la mécanique sans compter ses extraordinaires talents de pilot faisant qu'à lui tout seul, il détruisit un vaisseau de commandement avec juste un petit chasseur nubien. Il pouvait sentir dans ce petit chef-d'œuvre la promesse d'une future créatrice des plus ingénieuses.

Un doux sourire encore aux lèvres, le regard d'Obi-Wan se voila. Oui, Angie ressemblait indéniablement à Anakin.

Un instant, il crut voir les yeux enflammés de son ancien apprenti au travers du paysage d'enfer rouge se superposer à ceux grands et innocents de l'enfant se tenant face à lui. Non. Elle n'était pas lui. Elle n'était pas lui.

Voyant les yeux lointains de son oncle adoptif, le front de la petite fille s'étira. Une sorte de vague de pleurs semblait provenir de lui pour s'écraser contre elle. Une angoisse la saisit alors qu'elle attrapa de sa petite main la robe brune de l'homme barbu.

- Ben ? Tu n'aimes pas ma boîte-repas ? pleurnicha-t-elle, complètement bouleversée à l'idée d'avoir déçu.

Perturbé par la question de l'enfant, l'ermite comprit vite qu'elle avait dû sentir ses émotions dans la Force, mais ne les ayant pas compris, puisqu'elle était trop jeune, elle en avait déduit que c'était à cause de son travail. Le Jedi s'empressa de la rassurer :

- Pas du tout, chère enfant. Au contraire, je suis très impressionné. C'est un beau travail que tu as fait là.

Il remit la boîte métallique à la bambine dont la panique momentanée s'était dissipée.

- Tu es très talentueuse, Angie. Tout comme ton père, ajouta-t-il ignorant le regard noir qu'Owen lui lançait dans sa direction.

La remarque cependant interpella la petite.

- Tu veux dire, comme mon papa Anakin ?

Les adultes autour d'elle se figèrent un temps. Comment ? Comment savait-elle que son père s'appelait Anakin ? La petite baissa la tête pour s'expliquer :

- Oncle Owen a parlé de papa une fois après manger. Alors… alors j'ai pensé que…

Cela faisait sens, mais Owen se souvenant parfaitement quand il avait parlé d'Anakin : c'était un soir dans la cuisine, sa femme tenait Angie sur ses genoux qui commençait à peine à prononcer ses premières syllabes. Par les lunes, elle n'avait qu'un an et demi à cette époque ! C'était impossible que la mémoire d'un enfant remonte à aussi loin. Lorsqu'Owen avait prononcé le nom de son défunt beau-frère, sa nièce s'était mise à sourire comme si elle avait reconnu quelque chose et avait alors prononcé son premier mot : « Papa ! ». Au début, le fermier avait cru qu'elle parlait de lui et lui avait affirmé qu'il était son oncle et non son père, mais quand la petite avait continué de répéter le mot en essayant d'articuler Anakin, il avait déduit que c'était bien ce dernier qu'Angie appelait papa. Mais comment avait-elle compris aussi vite ?

Si Obi-Wan était plus qu'impressionné qu'Angie soit capable d'analyser autant des choses à son âge, il le cacha bien. La seule explication était une fois encore la Force. Il caressa les cheveux de la petite fille dans un geste apaisant.

- Oui, Angie, je parlais bien de ton papa Anakin, dit-il en cachant de son mieux la pointe de tristesse dans sa gorge. C'était un grand pilote, tu sais ?

- Papa, un pilote ? s'exclama l'enfant, les yeux brûlants de curiosité et d'étonnement.

- Oui, bon, on y va maintenant, Angie, grommela Owen en la prenant par le bras pour l'amener au speeder. Tu vas être en retard à l'école.

Beru était un peu embarrassée par le comportement de son époux mais il ne fallait en effet pas trop s'attarder car l'école n'attendait pas. Elle salua poliment Kenobi puis monta à son tour dans le speeder, à la place côté passager tandis qu'Owen démarrait le module. Depuis la place arrière, la petite Angie se redressa autant qu'elle put pour passer la tête au-dessus de la borne métallique du speeder.

- Au revoir, Ben ! cria-t-elle en agitant frénétiquement la main, avec un grand sourire. Merci encore pour le cadeau ! Tu reviens bientôt !

- Promis, petite Angie ! lui lança le Jedi vieillissant en agitant à son tour la main. Et passe une bonne première journée d'école !

Mais sans attendre, le module s'élança, avalant dans le raffut du moteur les derniers mots. Ben regarda le speeder disparaître à l'horizon, méditant sur ce qu'il venait de découvrir de sa petite protégée en se caressant la barbe avant de s'en retourner à sa monture.


oO0Oo


Pelotonnée au fond de son siège arrière, Angie contempla pour la énième fois le pendentif lui venant de sa maman. La petite n'y avait pas vraiment songé avant, mais il lui semblait parfois se souvenir de sa maman. Tout était très flou mais elle savait qu'elle était très belle, douce, cependant elle ne comprenait pas pourquoi, mais dans ses rêves, sa maman était triste. En revanche, elle n'avait pas vraiment d'image de son papa. Juste une voix. Chaude et riche. Elle n'avait que son nom et maintenant elle savait qu'il était pilote. Enfin c'est ce qu'avait affirmé Ben.

- Oncle Owen ? demanda-t-elle tout à coup.

- Oui, Angie ?

- C'est vrai que Papa était pilote ?

S'alarmant à la question innocente et maudissant sous son souffle Kenobi, le fermier s'empressa de répondre :

- Oui. Il était pilote d'un cargo d'épiceries.

Angie ne savait pas pourquoi, mais son oncle paraissait fâché. Mais pourquoi ? Avait-elle fait quelque chose ? Est-ce parce qu'ils allaient être en retard ? Toujours est-il qu'elle continua de demander :

- Oncle Owen ? Est-ce que Maman était pilote aussi ?

- Je ne crois pas, Angie. Elle n'en avait pas l'air.

- Elle était très belle et très gentille, lui dit Tante Beru en se retournant vers sa nièce, un doux sourire aux lèvres.

La petite fille sourit en regardant son pendentif à nouveau. Le bijou était très beau et Angie l'imagina autour du cou de sa mère bien habillée, avec de beaux vêtements. Elle essaya alors d'imaginer son père. A l'inverse de sa mère, elle ne parvenait pas à placer un visage clair mais elle imaginait son père grand, plus grand qu'Oncle Owen et Ben et plus fort aussi. Tellement grand et fort qu'il pourrait la porter sur ses larges épaules d'où elle pourrait voir le monde entier. Et les étoiles.

- Oncle Owen ? interrogea de nouveau l'enfant.

- Hum ?

- Il reviendra bientôt Papa ?

En un quart de tour, le speeder freina de plein fouet, étranglant la petite fille avec sa ceinture de sécurité.

- Owen ! s'indigna Beru un fois redressée, avant de vérifier si sa nièce allait bien.

Ils étaient arrivés devant l'école où des parents se pressaient d'amener leurs enfants. Angie se redressa pendant que sa tante débloqua la ceinture qui clouait l'enfant à son siège. Voyant que son mari descendit sans rien dire, elle détacha sa petite protégée et l'aida à descendre.

- Ça va, ma puce ? demanda la femme en s'agenouillant à son niveau.

- Oui, Tante Beru, fit l'enfant en hochant de la tête en se retenant de toutes ses forces pour ne pas pleurer.

Beru voyait bien que sa nièce se retenait de pleurer et l'embrassa sur la joue en lui chuchotant des mots apaisants qui calmèrent la petite. Owen fit le tour du speeder et s'agenouilla à son tour au niveau d'Angie.

- On en parlera ce soir, dit son oncle en répondant à la question précédente.

Il baissa les yeux, vérifiant que la petite n'avait rien oublier avant de lui faire ses dernières recommandations :

- Bon, n'oublie pas : écoute bien ton professeur, sois gentille avec tes camarades et ne parle pas pendant la classe sauf si on te le demande.

- D'accord, Oncle Owen, dit d'une petite voix l'enfant en hochant la tête.

L'oncle parut satisfait et embrassa la joue sa nièce. Sa tante réitéra le geste en l'accompagnant de doux câlins. Ils lui donnèrent comme dernières instructions de les attendre ici à la sortie de l'école et de ne pas parler aux inconnus. La petite acquiesça une fois de plus et serra les deux adultes dans ses bras en les enlaçant par le cou. Puis elle se détacha d'eux et se dirigea comme beaucoup d'enfants vers l'entrée de l'école. Elle se retourna vers eux et les salua de son petit bras, avec un grand sourire cette fois-ci.

Puis une fois l'enceinte de l'école passé, Angie aperçut une grande dame Twi'lek à la peau bleue, très belle, se tenant debout face aux enfants qui étaient rassemblés devant elle à qui elle adressait un gentil sourire. Elle la vit tendre la tête pour s'adresser aux enfants plus loin avant de claquer des mains et d'inciter les derniers petits à venir la rejoindre vite. Comprenant que cela devait être sa nouvelle maîtresse d'école, la petite fille se dirigea prestement vers elle et se rangea dans le rang comme on leur recommandait.

A côté d'elle se tenant un petit garçon aux cheveux noirs, qui devaient bien faire sa taille. L'enfant lui jeta d'abord un coup d'œil scrutateur qu'elle sentit au premier abord. Il avait l'air curieux mais Angie ne dit rien. Jusqu'à ce que le gamin lui face la réflexion :

- Tu as des cheveux qui brillent très fort !

Complètement déboussolée, la gamine le regarda avec des yeux ronds. Mais pourquoi il lui dit ça lui, d'abord ? Qu'est-ce qu'elle est censée répondre à ça ? Sans trop réfléchir, elle lui retourna une réplique :

- Eh bah, toi tu as les cheveux tout noir ! Comme les chasseurs TIE !

Ce fût autour du petit garçon d'avoir les yeux ronds. Mais très vite, son expression de surprise se remplaça par un sourire illuminé.

- Tu aimes les vaisseaux ?

Angie devina, rien que dans son regard, que le garçon aussi les adorait. Et cela la ravit énormément. Lorsqu'elle hocha de la tête, le garçon tendit sa main pour prendre la sienne :

- Je m'appelle Biggs.

- Et moi Angie, répondit la petite fille en saisissant sa main comme font les grandes personnes.

- Tu veux t'asseoir à côté de moi en classe ? demanda son nouveau camarade.

- Oh oui, ça serait chouette ! s'enthousiasma-t-elle.

Enfin les élèves rassemblés, la maîtresse d'école les fit rentrer en classe où ils commencèrent tous leur première journée d'école. Une fois assis à leurs places, Angie posa sa boîte-repas devant elle et l'ouvrit avant de tendre un mochi à Biggs.

- Tu en veux un ? proposa-t-elle.

- C'est des mochi ?! s'émerveilla l'enfant, sans pouvoir détacher ses yeux du gâteau.

- C'est ma tante qui les fait, dit Angie en le lui donnant. Elle a dit que les enfants s'échangent des goûtés pour le premier jour d'école.

A ses mots, le petit garçon fouilla à son tour dans son sac de toile et sortit un paquet de biscuits salés.

- On partage alors ? dit-il en lui donnant un biscuit salé.

- Alors amis ?

- Amis !

Les sucreries échangées régalèrent les petits complices, et ainsi commença les leçons. Angie se sentait tellement heureuse. Elle s'était fait un ami et en plus il adorait les vaisseaux. Ils pourront ensemble partir et voyager dans les étoiles et ainsi elle pourra retrouver son papa.

Pourtant, la petite fille s'était quelque part attendu à ce que son nouvel ami ressemble au garçon dont elle avait rêvé cette nuit. Un garçon avec les chevaux blonds comme s'ils s'étaient frottés contre la lumière des soleils. Il lui avait semblé aussi que des oreilles de chat noir lui poussait sur le dessus de la tête, à travers ses touffes de cheveux…

Elle avait, d'une certaine façon, espéré le rencontrer aujourd'hui.

Mais ce ne fût pas le cas…


oO0Oo


- J'espère que ces instructions vous sont claires, Directeur Krennic ?

La voix de Darth Vador emplissait l'air comme un brouillard noir et lourd dont l'oppression envahissait désormais jusque dans la moelle d'Orson Krennic, le directeur fraîchement nommé de l'Etoile Noire. L'entretient avec le Commandant Suprême de la Flotte Impériale avait beau se passer par l'Holocom, l'aura écrasante du redouté Seigneur Sith n'en fût nullement tarit. Prenant garde de ne pas déglutir et de se souvenir de respirer au passage, l'homme vêtu de blanc inclina la tête en signe de compréhension :

- Très claires, mon Seigneur.

Vador le toisa derrière ses lentilles écarlates, les poignes de ses mains posées sur sa ceinture à laquelle était accrochée son sabre laser, ronronnant dans l'attente de sang.

- Je le veux vivant, Directeur, appuya toute fois le Seigneur Noir. Faites tout le nécessaire pour que Erso revienne au sein de l'Empire. Aucun débordement ne sera toléré.

- Ce sera fait, mon Seigneur, s'inclina Krennic.

Sur ce, la transmission se coupa et l'homme put enfin respirer. Mère des Lunes ! certains jours il se demandait pourquoi il s'était embarqué dans toute cette histoire. Enfin si, il avait bien choisi d'être le directeur de la conception de ce projet exceptionnel, il était d'ailleurs l'un des premiers à en avoir porté l'idée. Mais s'il avait su qu'il serait sous les ordres du Seigneur Vador, il y aurait sûrement réfléchit à deux fois.

Mais maintenant il avait une mission à remplir s'il tenait à rester dans les bons termes de l'Empereur. Cela signifiait être également dans ceux de Vador en premier. Sans perdre une minute de plus, il fit appeler des hommes de l'Escadron de la Mort. La cape claquant sur ses talons, il se rendit à sa navette.

Galen Erso allait bien comprendre qu'on ne défit pas l'Empire de la sorte.

Sa femme et sa fille l'y aideront à s'en persuader.


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Roulé en boule au fond de sa couchette, Adrien écouta les bruits de la nuit à l'extérieur de la tente. Le vent faisait battre les pans de l'abri, mais le garçonnet n'avait pas peur. Il pouvait sentir les amis de sa mère tout autour, veillant sur lui.

Aujourd'hui avait été un peu fatiguant, Tante Sela lui avait appris plein de choses sur la politique et le nom des armes, mais il préférait de loin l'histoire et les mathématiques avec la physique. Et pourtant le petit garçon ne parvenait pas à trouver le sommeil. Sa mère était fâchée de nouveau. Pourtant, il avait bien fait attention de ne pas utiliser la magie. Parfois Adrien se demandait vraiment pourquoi sa mère lui en voulait autant…

Mais il aimait tellement jouer avec la magie. Il lui arrivait de l'utiliser de temps en temps en cachette. Cependant la magie ne suffisait pas pour lui. Il voulait plus. Il voulait un compagnon de jeu. Mais il n'en avait aucun au campement et les grands ne le laissait jamais l'accompagner ou s'approcher des autres enfants dans les villes qu'ils visitaient parfois. Alors il avait imaginé ce que se serait d'avoir des amis. Et les rêves sont arrivés. Il avait rêvé de cette fille avec de jolies ailes avec qui il faisait de la magie et ils s'amusaient beaucoup.

Elle pourrait peut-être devenir sa meilleure amie…

Qui sait ?

Souriant à cette pensée, le petit garçon sourit avant de fermer les yeux, serrant sa peluche contre lui.

Au fond de son cœur, Adrien fit le vœu de pouvoir un jour la rencontrer.


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Quelque part, au fin fond de la Galaxie, une autre planète qui n'attirait pas beaucoup l'attention de l'Empire.

Et pourtant, si l'Empire savait ce qui s'y passait, ce qu'il y avait, il se précipiterait pour la mettre à sac.

La planète Tokyada était connue pour son atmosphère tempérée et sa civilisation à la fois moderne et raffinée. Elle possédait un commerce rivalisant avec celui de Coréllia qui était son principal partenaire. Des milliers de marchants intergalactiques venaient pour faire affaire mais beaucoup de touristes venaient également pour s'y reposer ou admirer les beautés de la nature. Tokyada était ville de cristal et de verre battant le rythme du business et en même temps planète de contrées, montagnes, lacs, jardins de sérénité que croire que l'Empire n'y existait pas aurait presque pu être facile.

C'est sur cette planète qu'un être à part avait élu domicile.

Marchant doucement à l'aide d'une canne, un petit vieux se dirigea vers une maison des plus extravagantes, nichée entre deux immenses gratte-ciels jumeaux en verre.

Lorsqu'il atteignit le portique de la demeure, il poussa la porte doucement, faisant dans le processus teinter une petite clochette au son doux mais clair. Il ne prêta pas attention au bruit, le fait que sa présence soit connue sur les lieux ne le dérangea nullement, au contraire. Et il était sûr d'être attendu.

A peine le son mourut qu'il entendit des pas pressés résonner se dirigeant dans sa direction. Un jeune homme, au plutôt un jeune garçon en fin d'adolescence, aux cheveux noirs comme les plumes d'un corbeau avec un nez chaussé de lunettes ovales en tenue de domestique se présenta à lui. Il haleta de surprise en le voyant avant de s'incliner profondément.

- Maître ! Vous voici, enfin ! s'exprima-t-il avec une note de réjouissance et de soulagement dans la voix. Cela faisait si longtemps !

- Bonjour, Watanuki, sourit le vieil homme. Tu as bien grandi depuis la dernière fois.

Le jeune garçon détourna les yeux, souriant légèrement, les joues virant un peu roses alors qu'il se grattait la nuque :

- Je crains que non, Maître.

- Je ne parlais pas de ta taille, mais de ton cœur, ria le vieillard les mains enroulées autour de sa canne.

- Peut-être que oui, vous avez sans doute raison, accepta le plus jeune des deux humains.

Ils rirent doucement, appréciant ces retrouvailles quand Watanuki se racla la gorge.

- Venez. La Patronne vous attend.

En parfait hôte, le jeune homme se proposa de débarrasser son invité, qui le remercia poliment. Puis il le conduit au travers des interminables corridors jusqu'à la fameuse maîtresse des lieux. Lorsqu'ils arriérèrent à terme devant de deux portes coulissantes avec le symbole d'un croissant de lune dessus, celles-ci s'ouvrirent, laissant se révéler une grande femme humaine, étendue sur un riche divan, dans un gigantesque kimono carmin aux motifs somptueux brodés de fils d'or qui n'empêchait pas d'entre voir ses longues jambes crémeuses. Dans la main droite, elle tenait une longue pipe d'argent d'où d'échappait un épais filet de fumée violette qui se rependait dans toute la pièce. Ses incroyables cheveux noirs étaient éparpillés partout au sol, lui donnant un air de dépravation. Le vieillard sourit doucement dans sa barbe. Oh il savait bien que son amie aimait se donner en spectacle provocateur.

La femme bougea très légèrement la tête, humant l'air.

- Si ce n'est pas cette vieille canaille…, murmura-t-elle, malicieuse.

- Bonjour, Yuuko, la salua l'invité en s'inclinant avant de ne pouvoir s'empêcher d'ajouter. Toujours aussi séductrice et belle.

La dénommée Yuuko se redressa, repoussant ses mèches d'encre noir, dévoilant son visage fin et d'une beauté tranchante tandis que ses yeux rouge sang rencontrèrent ceux noirs de son invité.

Elle sourit d'un sourire aussi flottant que la fumée qui envahissait les lieux. Puis tout à coup, sans crier gare, elle tendit la main et tira le vieillard par la Force. En un éclair, ce dernier se retrouva écraser contre une massive pair de seins bien rebondissants, la face en plein de dedans. La sublime femme lui caressa vigoureusement la tête, le couvrant de baisers :

- Mon petit Cheng chéri ! Ça faisait si longtemps ! C'était quand la dernière fois ? Il y a bien trois ans, il me semble !

- C'est bien cela, ma chère amie, c'est bien cela…

Après de longues étreintes dégoulinantes de baisers d'amour et de niaiseries à l'eau de rose, sous le regard désespéré et en même temps amusé de Watanuki, Yuuko invita Cheng à prendre place pendant que le jeune garçon leur servit deux bonnes tasses de thé parfumées, le tout accompagné de petits biscuits succulents préparés par lui-même.

Buvant une bonne gorgée, les yeux de Yuuko devinrent subitement droits et vides de toute l'étincelle de joie qui l'y avait précédé.

- Je suppose que si tu es enfin sorti de ta tanière, c'est parce que toi aussi tu l'as senti ?

Ce n'était pas une question. Elle le savait. Maître Cheng acquiesça d'un signe de tête. Décidément, il ne pouvait rien cacher à son amie. Il prenait un énorme risque mais beaucoup des choses importantes étaient en jeu. Le sort de la Galaxie était maintenant en jeu. Et tous les protagonistes étaient maintenant rassemblés au complet.

- En effet, approuva le vieux maître buvant une gorgée. Ils se sont réveillés.

- Je vois.

Leurs visages devinrent alors renfermés, leurs pensées graves et lourdes. Le jeune Watanuki demeura droit comme un piquet, sachant parfaitement de quoi ils parlaient, même si pour la plupart du temps, Yuuko le laissait dans l'ignorance jusqu'à la dernière minute. Le jeune garçon ne parvenait pas à faire taire cette anxiété qui prenait de plus en plus de terrain en lui. Et dire que la Galaxie ne savait même pas ce qui l'attendait…

Puis enfin, la splendide femme releva les yeux, un nouveau sourire mystérieux se dessinant sur ses lèvres minces.

- Mais tout comme moi, tu sais qu'il y a un espoir.

Le vieil homme sourit comme si tout allait bien dans le plus parfait des mondes.

- Oui, le pire des scénarios que l'on redoutait est arrivé, mais tout n'est pas perdu. Nous pouvons encore pencher la balance de notre côté.

- Tu veux dire faire en sorte qu'elle se rééquilibre, sourit malicieusement la sorcière.

- Cela va de soi…, consentit l'invité.

Puis il releva les yeux, plus sérieux que jamais :

- Yuuko, j'ai besoin que tu me les remettes.

L'atmosphère se transforma une brume chargée de tension si intense que Watanuki eut comme un bouchon dans le gosier. La femme manieuse de la Force se redressa avec une tel lenteur que s'en fut presque effrayant. Ses yeux rubis à l'éclat de sang se durcirent alors qu'elle n'en perdait pas une miette de son petit sourire.

- Je sais que tu as fait une promesse…, murmura-t-elle, voluptueuse.

- Je sais qu'il est venu te trouver…, répliqua le vieil homme, imperturbable.

Si cela ébranla la sorcière, elle n'en laissait rien paraître. Puis son sourire prit une teinte triste.

- Il ne le réalise pas, mais ses actes l'ont conduit à une suprême punition qui paye pour son vœu…

- Alors tu me les remettras, prononça le vieil homme avec quelque chose qu'on pouvait confondre entre une certitude ou une supplication.

La belle enchanteresse s'amusa à faire mariner un plus longtemps. Puis enfin, elle s'adressa à son assistant :

- Watanuki. Va chercher la boîte dans la remise.

Le jeune déglutit mais s'exécuta sans rechigner. Yuuko ne dit rien pendant le temps qu'il mit à sortir de la pièce. Puis elle soupira, comme si elle avait porté un poids lourd sur elle.

- Es-tu bien sûr qu'ils seront à la hauteur ? murmura la sorcière de la Force.

Cheng ne bougea pas. Il semblait qu'il ne dirait rien. Mais enfin il ouvrit la bouche :

- J'ai commis une erreur dans ma vie. Je n'en ferai pas une deuxième.

Avant d'ajouter :

- Enfin, je l'espère…

Ce fut le moment que Watanuki revint, tenant avec précaution devant lui une boite magnifique octogonale en ébène d'un noir profond, striée de lignes rouge écarlate formant des symboles inconnus. Le jeune homme remit la boîte à son invité qui la reçut comme on reçoit le poids du monde. Le vieil homme contempla l'écrin sombre avec rêverie.

- Je leur ferai passer des épreuves, annonça le Maître, reportant son attention sur son hôte. Afin de nous conforter. Et ainsi je pourrais savoir comment les guider tous les deux et tenir ma promesse.

- Le futur est toujours en mouvement, susurra la sorcière. Et rien n'a jamais été plus incertain.

Mais elle ajouta toujours aussi mystérieuse et malicieuse : « Mais ayons confiance en l'avenir. J'ai confiance en l'avenir. J'ai toujours foi en la Force. »

Les traits de Maître Cheng se détendirent :

- Alors il ne nous reste plus qu'à attendre le jour où ils seront réunis.

Et sur ces mots, il salue respectueusement son amie avant de repartir vers la sortie, accompagné des bons soins de Watanuki.


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Coruscant : souterrains du Temple Jedi

La Kel Dor, Sha Koon, allongée sur le sol humide et poussiéreux, luttait contre le souffle, tenant dans la main le flot de vie qui s'écoulait d'elle...

Était-ce donc ainsi que ça allait finir ? Elle, la dernière Jedi allait mourir ici, dans le froid et la saleté ? Sous le regard indifférent de Dark Vador ?

Nièce de Plo Koon, elle avait été recueillie par ce dernier sur leur monde d'origine Dorin. Elle avait toujours partage avec lui un lien très puissant dans la Force. Peut-être, elle supposait, parce qu'ils partageaient le même sang...

Elle avait toujours ainsi ressenti ce qu'éprouvait son oncle, même à des milliers de parsecs d'elle. Cette perception télépathique allait au-delà des mots. Les mots ne pouvaient pas toujours exprimer ces émotions. La musique peut-être avait cette capacité...

La guerre l'avait meurtrie. Elle y avait perdu de nombreux amis, de nombreux soldats camarades et son Padawan auquel elle s'était profondément attachée malgré les lois Jedi.

Après cette mort en trop, elle avait demandé une retraite. Elle s'était mise au service des archives Jedi sous la tutelle de Maître Nu. Chaque jour, on rapportait au Temple le décès d'un Jedi. Et chaque jour, on rapportait les exploits du Héro sans Peur, Anakin Skywalker.

Un homme qu'elle admirait et dont elle avait découvert au travers de la Force, la chute vers le Côté Obscure. Tout s'était passé pendant l'exécution de l'Ordre 66. Elle avait juste eu le temps de s'enfuir.

Laissée, abandonnée, elle s'était réfugiée dans les catacombes de la Ville Éternelle. Là, elle y avait cultivé sa douleur, sa rage et sa solitude. Toutes ces émotions négatives qui l'avaient poussé à croire qu'il n'y avait plus personne pour elle. Plus de Jedi. Elle était seule.

Et cela l'avait poussé à contacter Sidious pour provoquer Vador en duel. Vaine et stupide décision que celle-ci...

Vador l'avait surpassé sans effort, la clouant à cet instant au sol, tandis qu'elle se vidait lentement de son sang.

C'en était fait... C'était la fin pour elle... elle allait mourir. Une immense tristesse, un poids écrasant l'envahit alors que la mort l'emportait.

C'est alors que le miracle vint...

Au cœur de cet ultime moment, au travers de ses méandres, la Force s'ouvrit à elle et lui permit de voir le futur...

Sha Koon vit Vador, servant l'Empereur Sidious, dominant la Galaxie d'une poigne de fer. Puis soudain, la vision s'éclaircit.

Elle vit une fille. Une fille dont la beauté rivalisait avec celles des étoiles les plus étincelantes.

Une fille qui viendra telle la promesse de l'aurore...

La fille de... Vador !?

Elle la vit entourée de plusieurs alliés, dont un compagnon loyal et d'une fidélité sans faille. Une fille au cœur généreux et dotée d'une puissance surpassant toutes celles qui lui avait été donnée de voir. Une puissance bienfaitrice, chaude comme les rayons du soleil...

Une fille tout de blanc vêtue, entourée des papillons noirs, suppôts du Côté Obscur, mais qui les bravait avec courage avec l'aide de son compagnon.

La vision qui suivit la stupéfia : la jeune fille tendit sa main vers Vador et celui la prit avec une douceur que Sha Koon n'aurait jamais soupçonné.

Dark Vador... Non, Anakin Skywalker revenait à la lumière ? Il triomphait du Côté Obscur ? Grâce à cette fille ? Non. Pour sa fille.

Sha les vit ensemble affronter de terribles épreuves. Elle les vit face à l'Empereur, elle les vit menant une guerre terrible, plus violente et plus dévastatrice que la Galaxie n'eut jamais connu au cours de son existence mais elle les vit triompher malgré les nombreux sacrifices et elle vit avec cette fille le véritable retour des Jedi.

Une nouvelle génération de Jedi évoluée qui à son tour défendra la Galaxie...

Le cœur de la Kel Dor s'allégea face à cette promesse et doucement, elle ferma les yeux, acceptant avec résiliation son destin.

L'avenir des Jedi ne reposait pas sur elle.

Elle adressa une dernière prière à cette fille, la fille de l'homme qui était son bourreau...

La fille qui un jour, les sauverait tous...

Que la Force soit avec toi, Fille de Skywalker... Nous comptons tous sur toi... Ne les laisse pas t'arracher ta lumière. Je sais que tu ne les laisseras pas faire... Tu es notre seul espoir...

Vador leva une nouvelle fois sa lame rouge écarlate, s'apprêtant à l'achever.

Il n'y a pas de mort...

Le Sith abattit sa mortelle arme sur elle.

Il n'y a que la ...


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Le Devastator : quartiers du Seigneur Vador

- Elle est morte en paix ? s'étonna Dark Sidious en relevant mollement un sourcil absent sous sa capuche. Vous en êtes certain, Seigneur Vador ?

- Je suis sûr de ce que j'ai senti, Mon Maître, affirma l'Apprenti Sith.

Agenouillé devant le gigantesque Holocom de son Maître, le Seigneur Sith faisait le rapport de son exécution de la Jedi Sha Koon. Et ce qui l'avait pris au dépourvu c'est qu'au dernière instant de sa vie, elle n'a pas été prise de peur ou de colère comme la plupart de ses semblables qu'il exécutait mais d'une incroyable tranquillité teintée d'une légère pointe d'ironie. Dark Vador savait qu'elle avait eu une vision.

« Je me demande ce qu'elle a vu », divagua l'Empereur avant de se reprendre. « ...ou ce qu'elle a cru voir. »

« Je n'ai pas partagé sa vision, mon Seigneur », dit Vador, toujours incliné devant l'holocom.

Dark Sidious demeura silencieux, se plongeant dans le Côté Obscur de la Force.

- Cela n'a pas d'importance, décida le Seigneur Noir des Sith. La Jedi était faible... Elle et tous les autres Jedi n'ont plus d'importance. Nous les Sith, nous contrôlons l'Empire et à travers lui, la Galaxie. Notre règne est éternel. Telle est ma vision.

- Et la mienne, mon Maître, prononça Vador dans une ultime inclination.

La conversation prit fin et le Seigneur Sith se releva. Bien qu'il eût décidé que c'était sans importance, Dark Vador ne parvenait pas aussi facilement à se délaisser de la mystérieuse vision de Koon. Qu'avait-elle en effet bien pu voir pour qu'elle soit ainsi ? C'était presque comme si elle avait été convaincue que quelqu'un viendrait la sauver...

Folle espérance que celle-ci.

Mais alors qu'il s'apprêtait à regagner le pont, une douleur sourde le pris à la poitrine...comme si un trou s'y formait pour le laisser avec un vide de néant.

Qu'est-ce que c'était ? Pourquoi avait-il mal comme ça ?

Il tendit la main dans la Force. Quelqu'un a mal. Quelqu'un souffre.

Il tourna son casque vers le hublot-fenêtre de ses quartiers qui laissait entrevoir l'océan infini des étoiles. Il eut la sensation qu'elles lui portaient un bruit. Un sanglot... Petit. Minuscule. Fragile.

Du temps où il avait été un autre homme, Vador se serait précipiter pour voler au secours de cette personne. Il aurait œuvré avec tout ce qu'il avait en son pouvoir pour apporter son aide et faire en sorte que cette douleur disparaisse.

Mais il n'était plus cet homme. Et il ne lui restait plus personne...

Vador se détourna, quittant les lieux, le son lourd de sa respiration traînant encore en échos derrière lui. Avec la plainte murmurante de sa femme...


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Le soir venait à peine de se lever sur la lointaine Tatooïne. La petite Angie s'était vite faufilée au dehors de la maisonnette, se réfugiant sur l'un des petits dômes de l'extérieur, cachée dans un petit creux, pour voir ses chères étoiles. Recroquevillée en boule, elle serra contre elle un chaton noir en peluche qui faisait presque sa taille sur lequel coulaient de grosses larmes chaudes.

La petite fille sanglotait, hoquetant par moment. Elle serrait son petit nez contre sa peluche pour étouffer ses sanglots comme pour étouffer sa douleur. Tenter de remplir ce vide qui se creusait en elle et qui dévastait tout pour ne rien laisser. Il lui semblait que rien ne pouvait la consoler, pas même Kuro Neko, sa peluche.

Elle leva misérablement la tête vers le ciel, de là où brillaient les étoiles, lumières de diamants dans son monde sombre. Elle les aimait tellement. Il lui semblait qu'à chaque fois qu'elle les regardait, elles l'appelaient, lui disant « Viens, Angie Skywalker, viens avec nous, là où tu appartiens... Viens voler parmi nous et découvrir les merveilles de l'Univers... ». Elle s'était donc réfugié sur le toit pour de nouveau contempler leurs lumières et trouver consolation dans leurs éclats. Celles-ci semblaient comme lui répondre : « Ne pleure pas, petite Angie. Tout s'arrangera, tu verras... ».

L'enfant se remémora la journée, qui avait pourtant si bien commencé : Biggs et elle s'étaient fait de nouveaux copains, ils avaient partagé le goûter et joué dans la cours de récréation. Mais en classe, la maîtresse avait demandé aux élèves de présenter le métier de leurs parents. Quand le tour d'Angie était venu, elle avait dit fièrement que son papa était pilote. Ce qui lui a fallu l'inattendue réaction déconfite de sa maîtresse.

Quand son oncle et sa tante étaient venue la chercher, elle n'avait presque pas prononcé un mot. Durant le dîner, elle n'avait pratiquement pas toucher son repas, à la consternation de son oncle. Sa tante avait supposé qu'elle fût peut-être malade donc avait épargner sa nièce de l'obligation de finir son assiette. Alors qu'elle était allée chercher la trousse de soin pendant que son oncle était aller voir les vaporisateurs, la petite fille en avait profité pour sortir au dehors.

Beru remonta l'escalier, à la recherche de sa nièce, même si elle avait déjà une bonne idée d'où elle avait bien pu se réfugier. Elle ne tarda à la trouver à sa cachette habituelle. Depuis qu'elle savait marcher, Angie adorait sortir dehors pour aller contempler le ciel et les étoiles. Elle ne s'appelait pas Skywalker pour rien. Elle se souvenait aussi que sa belle-mère, Shmi Skywalker, regardait le ciel, exactement au même endroit où se tenait désormais sa petite-fille, ce ciel où s'était envolé son fils dont elle avait tant parlé et dont elle avait tant évoqué le courage et la générosité. Et aujourd'hui, c'était Angie qui regardait ce ciel où était son père. Beru était même persuadé qu'un jour sa nièce deviendra un pilot d'exception, tout comme son père.

Parfois, elle ne parvenait même pas à réaliser qu'il avait basculer... Parfois, elle se demandait comment Obi-Wan était parvenu à la convaincre...

Alors qu'elle s'approcha de sa douce petite nièce pour la raisonner qu'il fallait rentrer, l'enfant tourna son visage tout creusé de larmes vers sa tante.

- Pourquoi tu ne m'as pas dit que Papa était mort ? gémit-elle d'une très petite voix.

La femme du désert haleta, plaquant sa main sur ses lèvres.

- Oh ma chérie, souffla la tante, comprenant enfin le comportement de sa nièce.

Tendrement, elle attira l'enfant dans une étreinte chaleureuse ou elle s'y blottit pour y cacher sa pauvre frimousse.

- La maîtresse nous a demandé...ce que faisait nos parents et...j'ai dit que Papa était pilote, raconta l'enfant. Et elle m'a dit que c'était pas...pas la peine de parler des parents morts.

La femme ferma les yeux, maudissant en silence cette idiote qui n'avait pas su faire preuve de tact. Jamais ils n'auraient dû dire à l'école que les parents étaient morts et en même temps avaient-ils le choix ?

- Il y a des garçons...qui se sont moqués de moi, ils ont dit que c'est pas vrai que Papa était pilot... Biggs leur a dit de se taire...ils se sont...bagarrés...

Maintenant tout s'expliquait pourquoi Biggs et quelques garçons avaient été renvoyés avec une punition à la sortie de l'école. Néanmoins Beru continua de l'écoute attentivement. Angie renifla, prenant une bouffée d'air qui passait difficilement dans sa petite poitrine :

- Ils ont dit que si Papa était parti...c'est parce qu'il...ne m'aime pas...et que Maman aussi...

Les derniers mots avaient été poussé avec difficulté de la gorge du pauvre petit trésor, réenclenchant une nouvelle série de sanglots.

Beru lui caressa doucement les cheveux, attendant que la petite se calma. Quand ce fut le cas, Angie tourna la tête pour laisse sa joue reposer contre la poitrine de sa tante alors qu'elle continuait ses douces caresses. C'était doux. Ça lui rappelait sa maman. Au bout d'un moment, sa tante se redressa, forçant la petite à faire de même dans le processus.

- Regarde les étoiles, Angie, lui dit sa tante.

La petite fille obéit, penchant son cou.

« Tu vois... Ton père est parmi elles... », lui montra l'aimante tante de son doigt diriger vers la voie lactée pareille à une poudre de lumière bleue traversant la toile marine. « Et ce n'est pas vrai ce que raconte les autres petits garçons. Ton Papa t'aime très fort, ma chérie... Et ta Maman aussi. Elle t'aime tellement fort que c'est pour ça que les étoiles étincèlent tous les soirs. Elle les fait briller pour te montrer son amour pour toi. Et tous les deux t'aimeront toujours même s'ils ne sont pas là pour te le dire bien qu'ils en ont très envie. »

Puis elle se tourna vers l'enfant pour la regarder dans les yeux :

« Et nous, ton oncle et moi, nous t'aimons très fort, ma puce », lui assura-t-elle lui caressant la joue. « Nous ne remplacerons jamais ton Papa et ta Maman, mais nous tâchons de faire de notre mieux pour que tu ne sois pas malheureuse et que tu es tout notre amour. Tu es un rayon de soleil dans notre vie, Angie. Tu nous apporte tant de bonheur rien que par ta joie et ta bonne humeur. On ne pouvait pas rêver meilleure petite fille que toi. »

L'enfant la regarda avec de grands yeux, réchauffée par les mots de sa tante et en même temps, impressionnée, elle ne se souvenait pas que sa tata lui avait déjà parler comme ça.

- C'est vrai ? demanda-t-elle, toute timide.

- Je te le jure.

La petite fille se blottit une nouvelle fois contre sa tante, la serrant de toutes ses forces, qi étaient bien maigres pour une enfant de sa consistance.

- Je t'aime, Tante Beru, dit-elle d'une voix tremblante de larmes.

- Je t'aime aussi, Angie. Très fort.

Elles restèrent un petit instant ainsi. Puis tout à coup, Beru la secoua et lui indiqua une nouvelle fois le ciel bleu étoilé.

- Angie, regarde, souffle la tante, rapprochant son visage d'elle. Une étoile filante ! Fais vite un vœu !

L'enfant ne dit rien, son cœur battant à la chamade. Serrant un peu plus la peluche contre elle, ses lèvres remuèrent, tremblantes presque. Tout se bouscula dans sa jolie tête, elle ne contrôlait rien. Mais chacune de ses pensées étaient des souhaits qui lui provenaient tout droit du plus profond de son cœur.

Je veux que Papa revienne me chercher. Je veux m'envoler dans les étoiles. Je veux rencontrer mon ami-chat.

Et soudain non pas une autre, mais deux, trois étoiles filantes suivirent la première. Un sourire de bonheur illumina le visage de la petite fille. C'était un signe, elle le sentait. Toutes traces de larmes avaient disparu sur son visage. Et désormais, elle se sentait légère et heureuse comme une petite reine du désert.

La main dans celle chaleureuse de sa tante, elles s'en retournèrent à l'intérieur de la maisonnette. Juste avant, Angie releva les yeux vers le ciel, lui adressa un dernier salut.

Bonne nuit, Papa… Je t'aime…