Chapitre 4 : Erreur de parcours

Le lendemain matin, alors qu'Eri, monté sur une chaise, regardait Yamada faire des œufs brouillés pour le déjeuner (sans sa supervision, il les aurait sûrement brûler.), Aizawa appela le jeune Midoriya et lui expliqua la situation.

-Mirio revient demain seulement de son voyage avec sa famille. Tout va bien, mais ce ne serait pas de refus que tu puisses passer et t'occuper d'elle. Eri a vécu hier soir… quelque chose qui lui a rappeler un traumastime. Elle semble mieux, mais je voudrais que tout ceux en qui elle a confiance soit proche d'elle. Si c'est possible…

-Vous pouvez compter sur moi, Eraserhead! affirma Deku, rassurant l'adulte.

Il avait beaucoup de chose en tête. Aider Eri, clarifier les choses avec Yamada, penser à ce qu'il devait dire au directeur sans le froisser…!

Yamada avait regardé ses textos et lui rapporta dans la matinée que le directeur leur avait écrit, seulement pour leur dire qu'il avait pu observer la fuite d'Eri mais qu'il ne l'avait pas arrêté.

« Je me suis assuré avec les nombreuses caméras de surveillance et les drônes sur le campus qu'elle se rendait à destination sans souci. Veuillez me faire un suivi quand à son état et ce qui a pu la troubler. Je vous en serais gré. »

-Il était trop poli…, commenta Aizawa, Yamada marchant à ses côtés.

-Il était fâché…! C'est clair, moi aussi, si j'aménageais une chambre de rêve et que la gamine part en douce avant l'heure de l'histoire, je serais déçu…! s'écria Yamada.

-Comment je vais lui expliquer la situation…? questionna le prof stricte.

-Fais comme d'habitude…! Ne tourne pas autour du pot! Mais…! Essaie juste de pas perdre ton poste! Ce serait plate! avoua Present Mic, lui disant deux messages inverses mais son ami le comprenait.

Ils se rendaient vers l'infirmerie. Deku s'occupait d'Eri, il l'avait invité à venir à la piscine avec lui, si elle voulait continuer à pratiquer à nager. Elle avoua que peut-être elle allait juste se tremper les jambes et jouer au ballon, mais Aizawa se doutait que le gamin convaincrait leur Eri de plonger. Dans tout les sens du mot.

« Et si elle se noyait? » se dit Aizawa, voulant faire demi-tour mais Yamada passa un bras autour de ses épaules.

-Oh ho ho! Non, l'infirmière t'attend! Elle a pas eu sa dose de baiser, la petite…! se moqua le blond.

-Tu crois? fit Aizawa, sachant ce qui se passait derrière la porte close de l'infirmirie.

-Beurk! M'embrasse plus jamais, sale v-Humph! s'étouffa Bakugo.

-Merci, Recovery Girl! s'écria Kirishima.

-Ça fait plaisir d'avoir des gens si poli ici...! expliqua-t-elle, leur ouvrant la porte.

C'est alors que le duo d'amis se retrouvèrent devant leurs profs, Aizawa ne pouvant pas voir leur expression mais devinant l'air frustré, peut-être moqueur de Bakugo de les voir. Il risquait sûrement de se défouler sur eux.

-Bonjours, les jeunes! Comment ça va? s'écria Yamada.

-Très bien! La brûlure de Bakugo devrait disparaître, avec les traitements de Recovery Girl et de la pommade! Je vais lui en mettre ce soir, et aussi longtemps qu'il en aura besoin…! fit le camarade dévoué.

-Kirishima…! grogna le jeune homme orgueilleux.

-Mais si c'est pas gentil! Bakugo a de la chance d'avoir un ami si prévenant et talentueux! Si j'avais su que vous deviez venir, on vous aurait guetté! Par une si belle journée, vous, les jeunes, vous devez avoir plein de projets en tête…! Ça vous empêche pas de venir voir vos profs…!

-C'est sympa comme offre, Present Mic! commenta Kirishima.

-C'est toujours bien de voir des visages gais comme les vôtres! Ahhh, ce que je donnerais pas pour rajeunir de 10 ou 20 ans…!

-Tu ne pourrais plus conduire ou travailler…! répliqua Aizawa, Yamada hochant la tête.

-J'pourrais encore vivre chez mes parents…! Mais, le temps file, il faut profiter du présent! Garde ta gaieté, Kirishima…!

-Merci! répliqua le garçon avec les cheveux rouge, Bakugo serrant les points, grondant.

Aizawa lui aussi avait entendu tous les termes répétant Gai dedans, et cela lui donnait une certaine satisfaction que Present Mic répète cette syllabe, juste pour agacer leur homophobe d'élève.

-Allez, viens, on a un horaire chargé, Kirishima! Les devoirs se feront pas tout seul! s'écria monsieur Explosif.

-Attends! On allait pas aux arcades après ça? demanda son ami, Present Mic hochant la tête.

-… Ça te rappelle des souvenirs…? demanda l'aveugle.

-Ouais, je me disais que je ressemblais à Kirishima, jadis…

-… Euh… Non…! Tu ne t'offrais pas à faire les pansements de tes amis…

-Pour toi, si!

-Je finissais en momie, rappelle-toi…, répliqua Aizawa, son pote se mit à rire.

-Ah, c'est vrai…! Mais je me suis améliorer, non?

-… Ouais…, avoua-t-il, rentrant dans l'infirmerie.

Yamada cessa de sourire, ressentant une vague de stress.

Alors que la dame enlevait les bandages sur le visage d'Aizawa, il avait le tract. Il ne savait pas comment il réagirait s'il était vraiment aveugle. Bien sûr, il voudrait l'aider. Mais il avait tellement peur qu'il rejette tout le monde, qu'il se ferme, plus encore qu'à la mort de sa mère…!

Enfin, Aizawa ouvrit les yeux, les cligna, semblant s'ajuster. Finalement, il entrouvrit la bouche.

-… Vous… avez éteint la lumière…?

Recovery Girl ne s'attendait pas à ça, mais elle tomba de son siège alors que Present Mic criait de manière incontrôlabre, sous le choc. Aizawa lui envoya sa botte dans le visage pour l'arrêter.

-C'était une blague! Si tu cries une demi-seconde de plus, je t'arrache la tête! s'écria Aizawa, avant d'aider Recovery Girl à se relever.

-Aie aie aie… Mais c'est ta faute, Aizawa… Ce ne sont pas des blagues à faire…! commenta la vieille dame, Present Mic reniflant avant de sourire.

-C'est vrai, tu vois?

-Comment cette bottine aurait fini dans ta face, sinon? La chance? demanda Aizawa, tendant la main pour la récupérer.

Present Mic la garda un moment, la caressant.

-Non, c'est un présent de mon oh combien supérieur collègue, ami et inspiration! Je vais lui faire un temple et le prié à chaque matin! Oh, comment fais-tu, bottine-sama, pour supporter l'odeur et l'impureté des pieds d'EraserHead?

-… Tu vas arrêter tes conneries…? demanda Aizawa, croisant les bras.

-Hé hé hé! Si tu voyais ta tête…! se moqua Yamada.

-… Pour une fois, moi, je te vois…, commenta-t-il, quelque chose de différent dans sa voix.

Yamada se tut, les deux hommes touchant la botte mais aucun ne s'en départissaitt, leurs yeux connectés ne se lâchant plus.

L'infirmière sourit, observant leur manège et comprenant que leur relation était sur le point d'évoluer à plus que de l'amitié.

-… Messieurs, vous voulez un peu d'intimité…? demanda-t-elle, Aizawa sursautant, reprenant sa botte et la mettant, cessant de dévisager son collègue, ce dernier passant la main sur son front et ses cheveux, rougissant.

-Non, c'est bon… On a rendez-vous avec le directeur…, commenta le présentateur radio.

-Hum? Alors, vous lui demanderez de venir me voir, pour ses allergies printanières…! Il va lui falloir des gouttes pour les yeux…! commenta la petite dame.

Rendu au bureau de Nezu, Aizawa savait sensiblement quoi dire. Et il était content de pouvoir revoir. Jamais il n'aurait eu le cran de lui faire face et de lui tenir un discours si directe sans pouvoir voir sa réaction aussitôt.

-Nezu, j'ai une requête à vous faire… Pour le bien d'Eri, mais aussi celui de tous, dans l'académie…

-Ça semble très grave…! Mais lance-toi! Je suis tout ouïe…! commenta-t-il, Yamada étant assis sur un siège plus loin, sur le téléphone d'Aizawa, faisant comme s'il n'écoutait pas.

-… Je vous demande de cesser de fumer.

Yamada manqua tomber de sa chaise, ses lunettes glissant de son nez.

Le directeur, pour sa part, sembla calme, serein.

Mais quand il répondit, Aizawa sentit qu'il ne comprenait pas le but de cette requête. Et sûrement il le trouvait présomptueux de se mêler de sa vie privée.

-Ce qu'un homme fait dans son logement, en privée, ne regarde que lui. Si j'avais su que l'odeur aurait incommodé Eri, je me serais garder de m'allumer une cigarette.

-Pfffffff! craqua Yamada, se cachant le visage dans ses mains.

Sûrement avait-il eu jusque-là de la difficulté à croire que leur adorable directeur puisse être un amateur de cigarette. C'était mieux que de la drogue ou des cigares. Mais quand même! Ça faisait tellement… vieux et humain, comme habitude…!

-Quoi qu'il en soit, je t'ai écouté, mais je ne compte pas arrêter. Je ne fumerais plus devant Eri, si ça peut te rassurer.

-… Si elle apprend que vous continuer à fumer, elle va avoir peur de vous…, répliqua simplement Aizawa, réussissant à capter l'intérêt de son patron.

-Et pourquoi ça, si je ne m'abuse?

-Parce qu'elle m'a confié avoir subit des attouchements par un fumeur, au temps qu'elle était encore sous la coupe d'Overhaul.

L'expression de Nezu changea, perdant son sourire affable, ses yeux noirs s'agrandissant de stupeur.

Il leur tourna le dos, Yamada s'étirant et le voyant monté ses mains devant son visage. Il avait un tic, sortant ses griffes, semblant vraiment en colère, mais sans voix sa tête, c'était dur de comprendre ce qu'il ressentait face à cette nouvelle.

Aizawa l'avait rarement vu si émotif. Mais il était normal, pour toute personne normale, de ressentir de la colère. Aucun enfant ne méritait ça, c'était juste horrible, injuste et décevant.

-… Elle pense…, commença le directeur, se tournant de demi vers Aizawa, ne souriant pas mais étant stoïque.

Le prof titulaire de la classe A-1 hocha la tête, le directeur baissant les yeux. Il comprenait mieux sa fuite et ressentait une vague d'impuissance, sa queue cessant de se déplacer.

-… Je vois… Je penses alors que le mieux… soit que je ne recroise pas sa route toute suite… Bien sûr, je veux m'excuser auprès d'elle de lui avoir fait ressentir la moindre insécurité… J'espère seulement que j'aurais l'occasion de lui faire savoir qui je suis vraiment…, commenta-t-il, se tournant vers ses proffesseurs, soucieux.

Aizawa réalisa que malgré son Quirk, le directeur ne semblait pas connaître la réponse à sa question : est-ce qu'Eri pourrait lui refaire confiance?

Il hésita mais se rapprocha du bureau du directeur.

-… Je ne sais pas grand-chose sur les jeunes enfants… Mais j'ai pu remarquer qu'Eri est d'une nature très compatissante… Malgré tout ce qui lui est arrivé, elle s'intéresse aux autres. Je pense qu'il y a des chances que vous puissiez regagner son estime… Mais pitié, n'essayer pas non plus d'acheter son affection avec trop de présents. Les enfants le sentent…

Le directeur sursauta, le dévisageant, avant d'hocher la tête.

-… Ma foi, je crois que sur la matière, tu es plus savant que moi…Je te fais confiance, Aizawa… Merci de m'avoir expliquer le problème… Autre chose?

-… Non. Rien…, avoua Aizawa, Yamada sourcillant.

« Et adoptez Eri, alors?! » pensa-t-il, frustré qu'il n'aille pas toucher le sujet.

Mais il comprit par la suite qu'il n'avait pas envie de mettre trop de pression sur le dos du directeur. Il venait d'apprendre qu'Eri imaginait qu'il était un pédophile parce qu'il fumait! C'était vexant, faux mais on ne pouvait pas corriger en un claquement de doigt les idées des enfants.

Yamada rendit son téléphone à Aizawa, lui demandant s'il voulait qu'ils aillent dîner tout les 4 au centre ville.

-… Eri ne devrait pas quitter l'enceinte de l'école…, commenta Aizawa, essuyant sur son chandail le téléphone, trouvant qu'il avait beaucoup de marques de doigts sur l'écran.

-Aaaargh! C'est la plaie…! Je finis par ne plus avoir d'idée de quoi manger…! Hé! Tu pourrais commander une pizza ou quelque chose de sympa…!

-… Pas envie du pizza… Midoriya pourrait cuisiner pour nous…, suggéra Aizawa, avant de sourciller, ralentissant le pas, rouvrant des fenêtres réduites sur l'appareil.

-Okay! Je vais aller les rejoindre à la piscine, tu veux qu'on se voit là-bas?

-… Non… On se rejoint devant le lycée…, commenta Aizawa, sourcillant, ses yeux plongés sur l'écran de son cell.

Yamada n'en prit pas compte, lui fit un clin d'œil et s'élança, ayant hâte de voir Eri.

Aizawa marchait très lentement. Son imbécile d'ami avait oublié de fermer son compte dans son réseau de contact. Mais il avait reçu un message d'une fille.

Elle lui écrivait littéralement une lettre d'amour, Aizawa rougissant mais la lisant au complet. Il comprit que c'était une de ses ex qui demandait s'ils ne pouvaient pas se remettre ensemble. Qu'elle l'aimait tant. Son humour, sa gentillesse, sa générosité. Son corps de dieu.

Aizawa planta son talon dans le sol, serrant les dents.

Quelque chose clochait. Il ne devrait pas tenir compte de cette fille, ou de toutes les autres auparavant. Il devrait faire confiance à Yamada quand il lui disait qu'il l'aimait. Mais quelque chose en lui l'insinuait à croire que s'il prenait Hizashi comme son petit ami, il allait lui faire du mal.

L'empêcher d'être avec une fille, d'avoir une famille à son image, de pouvoir s'épanouir, sans souci de l'avis public.

Il était plus qu'un héros. Il était une image publique, un exemple. Les héros qui sortaient avec des gens en-dessous de leur condition étaient souvent mal vu. Encore pire quand ils avaient des relations avec le même sexe. C'était plus dur pour eux de percer, d'être accepter par leur paire.

Aizawa fit une recherche, juste par curiosité, pour savoir qui était cette femme qui avait écrit à son pote. Il sut toute suite qu'elle était riche et qu'elle était actrice dans une mini-série. Peut-être pas les meilleurs rôles, mais elle avait une bonne réputation, les gens semblant dire que c'était une femme prisée.

« … Pourquoi Yamada perdrait son temps avec moi alors qu'il a ce genre de femmes en vue…? » songea-t-il, devenant sombre.

Il n'eut pas le temps de faire de l'ordre dans son boost d'émotions que Midoriya, Eri et Yamada revenaient de la piscine, discutant et riant, Eri les écoutant simplement, mais un sourire en coin.

-Bon! Alors, Midoriya voudrait…! commenta Present Mic en se tournant vers son collègue mais s'arrêtant en voyant son expression. Euh, un problème…?

-… Attendez-nous ici. Je dois parler à cet abruti…, commenta Aizawa, le prenant par le col de sa veste et le tirant pour aller derrière le mur de droite du collège, Present Mic pestant.

-Hé! Du calme! Mais qu'est-ce que j'ai fait encore?

Izuku était un peu inquiet, ne sachant pas comment réagir. Eri grimaça, ne voyant pas souvent Monsieur Aizawa en colère. Mais sa manière de parler avec monsieur Yamada, c'était tout sauf gentil…!

« J'agis comme un idiot… » réalisa Aizawa, mais ne pouvant s'en empêcher, montrant le message à son partenaire, comme si c'était une preuve de trahison.

-… Quoi? Natsumi? Oh, s'il-te-plaît…! Je sais même pas ce qu'elle veut dire par là…! On est sorti juste 4 fois, et je jure sur la tête de ma mère! On a pas eu de relation, rien de rien! Elle me court après à cause de ma popularité…! Comme tant d'autres!

-Tu es sûr…? Si tu penses ça de toute les femmes, pas étonnant que tu sois encore célibataire…, commenta Aizawa, croisant les bras.

-Hééé…! Shota…! Je… Je suis pas sûr de comprendre… Tu es fâché parce que j'ai reçu un message d'une ex…? Ou parce que je suis pas en couple?

-Je suis fâché parce que j'ai l'impression d'être seulement une roue de rechange… Alors que tu as des options beaucoup plus intéressantes que moi en vue…! gronda Aizawa, plissant les yeux.

Ce qu'il pouvait être rationnel…! Yamada cligna des yeux avant de grimacer.

-… Tu penses que je suis pas sérieux avec toi? Bon sang, Shota! Hier soir, tu m'as dit tout l'inverse! Que tu me faisais confiance et…!

-C'était avant de savoir que tu ignorais constamment des femmes intéressés par toi. Des femmes que tu n'aurais pas honte de présenter à tes amis, ta famille, qui pourraient être dans ton monde de célébrité. Pas moi. Nous sommes amis mais nous vivons dans deux univers différents…

-… Euh, Shota? C'est quoi, tu viens de lire un résumé de Roméo et Juliette et tu veux qu'on se fasse un drama? J'adore le théatre, mais on est pas dans une pièce de Shaspeare! C'est la vraie vie! On est rendu à une époque qu'on ne se soucie plus du sexe ou du travail de notre partenaire…! Si tu veux toujours de moi comme « plus qu'un ami », c'est pas la meilleure manière de me le faire comprendre…! Écoute, c'est normal d'avoir des doutes…! Et on ira étape par étape, je ne…

-Tu es bouché ou quoi? Je suis EraserHead, un héros de l'ombre, quelqu'un de solitaire, pas juste par choix mais par obligation…! J'ai choisi de ne pas avoir de vie sentimental parce que mon travail pourrait mettre mes proches en danger. Ça veut dire qu'Eri aussi pourrait être une victime, par ma faute.

-Quoi?! Ah non, arrête-toi là toute suite! Tu peux me traiter comme ça te chante, je suis un adulte! Mais je t'interdis de douter pour toi et Eri! s'énerva Present Mic, le prenant par le collet. Elle a besoin de toi! Et tu as besoin d'elle! Peut-être même plus vrai pour toi!

-C'est faux! Je n'ai besoin de personne! s'écria Aizawa, furieux qu'il lui dicte sa vie. Ni de toi, ni de cette école! Et sûrement pas d'une orpheline fragile comme Eri! Alors…!

L'expression tétanisé de Yamada fit comprendre à l'héros solitaire qu'ils avaient un témoin.

Il se tourna et vit la petite « orpheline » en question, les yeux agrandis par la surprise, sa lèvre inférieur tremblante, ses yeux s'embuant de larmes.

-… Eri…, souffla Aizawa, réalisant trop tard ce qu'il avait fait.

La gamine s'enfuit, éclatant en sanglot. Il ne l'avait jamais entendu pleurer, même pas hier soir. Mais à cause de sa peur de perdre les gens proche de lui, il venait de faire la pire chose. Il venait de rejeter Eri.

Il sentit qu'un bulldozer lui passait dessus, paralysé, incapable de faire quoi que se soit. Comment avait-il pu être si horrible? Si égoïste?

Yamada n'hésita pas et le gifla, surprenant son ami.

-Arrête de faire cette tête! Cours-lui après! Excuse-toi! Et tu reviens pas sans l'avoir récupérer et consoler, idiot! s'énerva Yamada.

Étrangement, il avait raison. Aizawa avait toujours pensé être le plus sage des yeux mais pour ce qui était du cœur, Yamada le battait d'une longueur.

-…oui… J'y vais…! se resaisit-il, s'élançant.

Il comprit par la mine épouvanté de Midoriya et le portail en miette du collège qu'Eri avait du utiliser ses pouvoirs pour réduire le portail à son état lattant. Il avait sous-estimé ses capacités, et le fait qu'elle n'avait pas utiliser son Quirk depuis longtemps, déjà.

Par contre, la retracer ne fut pas trop dur. Il avait bien fait de mettre son uniforme d'héro, mettant ses lunettes, étirant son foulard métallique pour gagner en hauteur. Rendu aux troisièmes étages d'un édifice commerciel, il tendit les yeux mais aussi les oreilles.

La journée était chaude et peu de passants se promenaient. Il ne lui fallut pas long pour retrouver l'élastique à cheveux d'Eri, devant un parc.

« Pourvu qu'aucun criminel ne la trouve avant moi… » pensa-t-il, sentant ses entrailles se tordre à l'idée de ce qu'il ferait à une gamine au don si phénoménale.

Il se mit à marcher, tendant bien l'oreille et entendit des larmoiements venant d'un manège pour enfant. Il y avait un toboggan avec une maisonnette en dessous, comme une imitation de grotte, trop petit pour qu'un adulte y rentre et soit confortable. Mais Eri était là, les genoux repliés contre elle, son visage enfouit dans ses mains.

Il se demanda comment il pourrait la consoler. Il songea que beaucoup d'autres personnes tenteraient de l'amadouer en lui promettant un cadeau, un bonbon, des frivolités. D'autres la gronderaient d'être partie de la sorte, loin de tout. Alors, il se posa une autre question : quand il était enfant, comme il aurait fallut qu'un adulte agisse envers lui pour qu'il l'écoute?

Eri pleura longtemps, mais entre ses larmes, elle perçu une forme, par le portail. Une botte, une jambe repliée, un bras replié autour de son genou.

Elle hésita, reniflant, mais commença à ramper à la sortie, voulant voir qui c'était.

Elle eut le hoquet en reconnaissant Aizawa, mais en le voyant immobile, le regard perdudans le lointain, quelque chose de triste dans son visage, elle n'osa pas le laisser.

-… Pourquoi…? Pourquoi vous êtes ici…?

-… Je suis désolé, Eri… Je t'ai suivi, dans l'intention de te dire que ce que j'ai dit, je ne le pensais pas… Mais ce ne serait pas juste… Tu as le droit de connaître la vérité… Mais avant ça, tu veux un mouchoir?

La gamine hésitant, ne sachant plus si elle pouvait faire confiance à son protecteur. Ce qu'il avait dit lui avait fait tellement mal…! Tellement mal en dedans…! Mais il était là, maintenant, il avait attendu longtemps, il ne l'avait pas brusqué ou traîner de force à l'école. Elle sentit des nouvelles larmes couler. Aizawa était vraiment un adulte différent des autres. Tellement cool et tellement compréhensif…

-… Oui… Je… Je veux un mouchoir…!

Il finit par l'aider à se moucher un, deux, 5 fois, avant de lui montrer une fontaine d'eau publique.

-… Tu peux boire là, si tu as besoin… Tu dois avoir la gorge serrée et sec à force de pleurer.

La gamine hésita mais quitta son abri, se sentant bizarre qu'il ne l'accompagne pas. Mais elle réalisa que son geste, de fuir l'école, c'était pour elle aussi un message. Qu'elle avait mal, qu'elle voulait être seule. Alors, Aizawa veillait sur elle, mais il respectait sa volonté. Il la laissait aussi seule. Et elle songeait que si elle lui avait dit qu'elle ne voulait pas bouger de là, il aurait accepté, et il serait rester à l'extérieur du manège aussi longtemps qu'elle serait à l'intérieur, respectant sa volonté.

Elle savait qu'elle finirait par lui parler, mais elle avait encore trop mal en dedans pour trouver les mots. Elle craignait de lui faire de la peine à lui, si elle parlait. Aizawa garda le silence, regardant les nuages.

Enfin, elle prit son courage à deux mains et posa la question qui la hantait.

-… Monsieur Shota…? C'est quoi, la vérité…?

-… La vérité… c'est que j'ai l'habitude d'être seul. Même si je suis un prof, un héros, j'agis seul et je n'ai pas trop souvent des gens autour de moi. Avant, ça m'allait très bien. Pas d'amis, pas de responsabilité alors avec une autre personne, pas de déception et pas de peine s'ils disparaissent parce qu'il n'y avait personne. J'ai… déjà perdu une personne chère, par le passé. Alors, je pense que je préfèrais être seul que de revivre ce sentiment.

-… Quel sentiment?

-… Tu sais… Quand tu vis avec une personne très longtemps, mais que tu respectes cette personne, qu'elle te respecte. Et que tu l'aimes. Et que du jour au lendemain, elle disparait. Pour x raison. La peine que ça te fait, rien ne peut décrire ça…

-… C'est là que vous avez pleurer?

-… Yamada a raconté beaucoup de choses…! … Oui, j'ai pleuré, quand j'ai perdu cette personne chère. Mais je suis un adulte maintenant, je ne devrais pas rester hanter par cette peur.

-… Mais pourquoi vous avez dit… que moi…? demanda Eri.

-… Eri, j'ai peur de te perdre… Alors, j'ai dit quelque chose de stupide. J'ai dit que je n'avais pas besoin de toi, parce qu'au fond, je ne veux pas souffrir quand tu partieras de ton côté et tu feras ta vie avec d'autres gens. D'autres adultes, plus compétents pour s'occuper de toi. Des gens qui auront plus de patience et de temps que moi…

Il fallut un instant pour qu'Eri comprenne ce que voulait dire Aizawa.

-… Vous m'aimez?! résuma-t-elle, ayant à nouveau des larmes aux yeux.

-Que…? s'écria Aizawa, rougissant, avant de se forcer à se rasseoir, regardant le ciel. … Oui…

-Shota! cria-t-elle, sautant sur lui, le prenant par la taille comme s'il allait s'envoler.

Elle pleura contre lui, Aizawa sut alors qu'il ne pourrait jamais la laisser partir. Et que s'il le faisait, seigneur dieu, il faudrait que ce soit pour les meilleurs parents sur le globe et qu'elle les aime plus que lui. Deux fois plus que lui!

Il lui caressa la tête, n'étant pas très démonstratif, mais sentit son œil s'humidifier. Il aurait normalement caché cette larme fugitive, mais présentement, il s'en fichait.

Il tenait la personne la plus précieuse au monde contre lui et plus jamais il ne la laisserait partir…!

Enfin, l'une des deux personnes les plus précieuses au monde…

Quand il rentra au lycée, tenant Eri dans ses bras, la petite s'étant endormie, épuisée par les émotions, Yamada et Midoriya les attendaientt. Son ami parut soulager de les revoir et il lui porta aucune rigueur, même pas pour sa crise de colère puéril de toute à l'heure. Il avait commandé du resto et les deux adultes mangèrent avec l'adolescent à l'extérieur, ayant amené le lit d'Eri dehors pour qu'elle profite de la brise fraîche, pendant sa sieste.

-Ça ne doit pas être facile de s'occuper d'elle tout les jours… J'avoue que je suis très admiratif, Monsieur Aizawa…! commenta le jeune Midoriya, son prof sursautant.

-… Tu as plus le tour avec elle…, répliqua-t-il, Yamada finissant son repas, avant de poser ses baguettes.

-Peut-être, mais il raconte les meilleurs histoires avant de se coucher…! Midoriya, tu connais l'histoire du petit pois?

-Le petit pois? répéta l'adolescent, médusé.

-Le petit pois! répéta Yamada, Aizawa rougissant.

-Tu répètes encore une autre fois ce sobriquet stupide, et je…!

-Le petit pois…! renchérit doucement Yamada, jetant une œillade coquine à son collègue.

Aizawa se redressa, tira le collet de son collègue, leva son poing…!

Mais il l'arrêta à quelques centimètres de son visage et à la place, il colla ses lèvres aux siennes. De façon que ni Midoriya, ni Eri ne puisse vraiment voir ce qui se passait. Mais Yamada, lui, savait ce qui se passait. Et il savait aussi ce que ça voulait dire. Aizawa se rassit, encore plus rouge, mais moins quand même que Yamada, riant tout seul, se prenant le front.

-Est-ce qu'il vous a vraiment frappé? Ça fait mal? demanda Midoriya, inquiet.

-Laisse… Il est content que j'ai fait semblant mais il sait ce qui va se passé s'il répète un mot sur l'histoire « du petit pois »…, grogna Aizawa, mais ses joues restant halés.

Yamada avait comprit son message à travers son geste.

Ça voulait dire « Je m'excuse d'avoir agit comme un idiot. Je tiens à toi. Sortons ensemble. » Et Hizashi jubilait, ayant du mal à croire que ça se passait, là. Mais devant Midoriya ou Eri, il fallait qu'il se retienne de laisser libre court à sa joie…! Sinon, il aurait rendu son baiser à Aizawa et l'aurait remercier, lui aurait promit une rivière de diamant, les couchers de soleil des îles d'Hawaii, 6 mois de vacance payés…! Des choses donc très invraisemblable…!

Aizawa était content. Nerveux de la suite des choses, mais content d'avoir réussi à vaincre sa peur et s'extérioriser aux deux personnes auquelles il tenait plus que tout. Il fallait voir ensuite comment ça allait évoluer.