Chapitre III
Nous étions en route pour le club de surf, j'avais demandé à Emma de m'accompagner. Le temps était magnifique, une légère brise caressait nos visages, j'aimais cette sensation. C'était parfait pour un samedi.
Arrivées là-bas, je constatais que rien n'avait changé. J'entrai dans la cabane qui faisait office de bureau aux directeurs du club. De suite, je reconnus mon ancien prof de surf et directeur principale du club, Fabrice.
- Julia ! Ça fait un bail ! Qu'est-ce qui t'amène ?, me questionna-t-il en me serrant dans une petite étreinte.
- Je suis contente de te revoir Fabrice. Rien n'a changé ici !, souriais-je.
- Ah non comme tu le vois ! Par contre toi, ma grande..., continua-t-il avec un clin d'oeil.
- Quoi, moi ?
- Regarde toi ! Tu es devenue un vrai petit canon. Tu vas en faire craquer plus d'un.
Fabrice avait toujours été comme ça. Très sincère, adorable à tout point de vue, jamais il ne critiquait quelqu'un. Il était de ceux qui pensaient que tout individu avait une bonne âme, et que tout le monde méritait une seconde chance. Il cherchait toujours à utiliser les bonnes ondes en chacun, c'était sûrement pour cela qu'il avait coaché les meilleurs surfeurs mondiaux, -avant qu'ils ne gagnent leur notoriété- et que le club était aussi populaire. Déjà à l'âge de dix ans, je l'adorais. Quand j'avais décidé d'arrêter le surf car je voulais essayer un nouveau sport, il avait été très compréhensif. Nous nous étions croisés quelques fois par la suite, et j'avais toujours eu droit à un mot gentil. J'étais heureuse de le retrouver.
- Tu racontes n'importe quoi, dis-je en riant. Plus sérieusement, ces derniers temps j'avais envie de me remettre sur une planche. Cet été j'ai un peu surfé sur les côtes australiennes, ça m'a rappelé tellement de souvenirs, et je me suis rendue compte que j'avais vraiment un manque.
- C'est génial ma grande. Tu ne pouvais pas m'annoncer meilleure nouvelle. Depuis le temps que j'attendais ça !, plaisanta-t-il.
- Que tu attendais quoi ?, dit un blond, qui pénétrait dans la pièce, les pieds pleins de sable.
Il me jaugea des pieds à la tête, comme s'il hésitait à m'accorder de l'attention.
- Enfin Adri ! Tu ne reconnais pas Julia ?
Il mit quelques secondes à réaliser, puis son visage s'illumina:
- Juju ?! C'est pas vrai ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?
Je me souvenais maintenant. Adrien. C'était mon meilleur ami d'enfance, du temps où je surfais encore au club. Nous avions commencé à en faire la même année, et nous étions rapidement devenus inséparables. J'avais vraiment une amitié précieuse avec lui, il était toujours là pour moi, et moi pour lui. Quand j'ai décidé d'arrêter le surf, il m'en a d'abord voulu. Puis il a tenté de reprendre contact, mais notre entrée au collège à tous les deux changeait beaucoup de choses. Tout était différent, et nous avions perdu cette amitié au fil du temps.
- J'y crois pas que tu sois encore là Adri !, m'exclamais-je en lui sautant dans les bras.
- Et moi que tu sois là ! Je ne t'avais même pas reconnu ma belle.
- Moi non plus. Tu as pris du muscle, me moquais-je en explosant de rire.
- Très drôle, renchérit-il en me tirant la langue.
Nous étions les mêmes qu'à nos huit ans. Cela faisait du bien de le retrouver.
- Mais au fait, qu'est-ce que tu fais là ? Ne me dit pas que tu reviens parmi nous ?, demanda-t-il plein d'espoir.
- Et siiii ! Oh ça me fait vraiment trop plaisir de vous revoir, et de voir que rien n'a changé, malgré que tu sois devenu un vrai beau gosse mon petit Adrien.
- Tu peux parler toi. On a pleins de choses à se raconter ! Passe à la maison ce soir, d'accord ?
- Tu habites toujours la maison sur la plage ?
- Oui. Je t'attends pour manger, vers 21h ? Ne sois pas en retard, se moqua-t-il.
- Promis. Bon, je dois vous laisser les gars, on m'attend. A plus !
Je rejoignais Emma dans la voiture. C'était une des seules à avoir le permis, avec Juliette. Les jumelles et moi étions nées en fin d'année.
- Ça va je n'ai pas été trop longue ? Figure-toi que j'ai retrouvé mon meilleur ami d'enfance ! Je suis tellement heureuse, je ne m'étais pas rendue compte à quel point ils me manquaient tous, et cette ambiance là. Vivement que je retourne à l'eau.
- C'est top ça Juju ! Tu ne m'avais jamais parlé de ce meilleur ami d'enfance ?
- Parce qu'on s'est éloignés après que j'ai quitté le club. Je ne pensais pas le revoir ici ! C'est quand même marrant. D'ailleurs, je passe la soirée avec lui ce soir. Il a une maison au bord de l'eau, tu vas voir, tu vas tomber à la renverse.
- Comment ça "je vais voir" ?, s'étonna Emma.
- Ah oui, ça c'est le léger détail embêtant... Mon scooter est à la révision, et personne ne peut m'emmener. Est-ce que ça te dérangerait beaucoup de me déposer, et de repasser me prendre après ta soirée ?, suppliai-je, angélique.
- Bon, très bien, râla Emma. Et de toute façon, je ne pense pas aller à cette soirée. Je vois Clément demain, si il sait que j'ai fait la fête, on risque de s'engueuler.
- Quoi ? Mais tu adores faire la fête, c'est dans ta nature ! Emma tu ne vas pas arrêter de faire ce que tu aimes pour un mec. Et surtout pas pour lui. Je croyais qu'il allait changer ?
- Oui mais c'est un travail sur moi aussi...
- Tu n'as rien à te reprocher ma chérie, tu le sais. Arrête un peu de te voiler la face.
- Je sais..., se désespéra-t-elle.
Ooooo
Cassandra était toute excitée. Jean voulait la voir aujourd'hui, après presque deux semaines à s'être parler au téléphone, de tout et de rien... Il lui avait donné rendez-vous dans un café qui était à mi-chemin entre leurs deux maisons. Elle avait du appeler toutes ses amies avant de trouver la tenue parfaite, mignonne mais décontractée. Elle était aussi nerveuse, car ce garçon lui plaisait vraiment, et qu'elle n'avait pas envie de tout gâcher en couchant directement avec lui. Elle voulait prendre son temps.
En arrivant au café, Jean était déjà assis à une table. Il était encore plus beau que dans ses souvenirs. En l'apercevant, il se leva de son siège pour l'accueillir avec un grand sourire:
- Tu vas bien ?
- Oui super ! Tu es là depuis longtemps ?, demanda-t-elle.
- Non, deux minutes. Qu'est ce que tu veux boire ?
- Un thé glacé, sourit-elle.
Il passa la commande au serveur en demandant un thé glacé pour Cassandra, et un café pour lui. Puis il reprit la parole:
- Bon alors, qu'est-ce que tu me racontes ? J'ai l'impression que tu es encore plus belle que la dernière fois.
Cassandra rougit. Elle avait l'habitude des compliments, mais venant de lui, cela la touchait encore plus.
- Tu sais parler aux filles toi, je me trompe ?, se moqua-t-elle.
- En effet oui. On m'a toujours pris pour le tombeur de ces dames, alors qu'en fait pas du tout.
- Dit-il, après m'avoir accoster dans une bibliothèque..., sourit Cassandra.
- Tu rigoles, mais je n'avais jamais fait cela avant. Je trouve que c'est bien trop prétentieux ! Mais... Je ne pouvais pas ne pas tenter ma chance.
Décidément, il savait lui parler ! Elle rougit de plus belle, puis décida de changer de sujet. S'ensuivit une longue discussion.
Quand ils se quittèrent, trois heure et trois boissons plus tard, Jean s'exprima:
- Tu me plais beaucoup Cassandra. J'aimerais t'embrasser mais... Je veux prendre mon temps avec toi.
Cassandra était aux anges. Elle déposa un léger baiser à la commissure de ses lèvres, avant d'ajouter:
- Moi aussi. A la prochaine fois, alors.
Puis elle partit. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas passé une aussi bonne journée. Ils avaient une telle facilité à parler de tout et de rien... C'était juste magique.
Il était bientôt 21h, il faisait encore jour, l'air était doux, c'était une soirée comme je les aimais. Emma m'emmenait chez Adrien, elle était gaie, et je savais que c'était par rapport à Clément. Cela me faisait plaisir pour elle, en espérant que ça dure. Pour l'instant, nous étions entrain de rouler les fenêtres ouvertes, la musique à fond, et nous chantions sans nous soucier de rien. J'adorais ces moments.
La maison d'Adrien apparut sur la route, j'indiquai à Emma de se garer.
- Merci ma poule ! Je t'enverrai un message quand le repas sera fini. Tu es sûre que ça ne te dérange pas de me récupérer ?
- Pas du tout, ne t'inquiète pas. Passe une bonne soirée !
- Toi aussi Em.
Et pendant qu'Emma faisait sa marche arrière, je frappais à la porte. La maison d'Adrien était comme dans mes souvenirs. Il m'ouvrit et me prit dans ses bras.
- Ça va ma petite ? Je n'en reviens pas que tu sois là, m'accueillit-il, tout souriant.
- Moi non plus ! Ta maison n'a pas changé.
- Et oui, comme tu peux le voir. Entre ! Je nous ai commandé du chinois.
- Top.
En pénétrant à l'intérieur, je reconnus tout de suite l'odeur caractéristique de l'habitation. Un mélange très fleuri de lavande et d'hibiscus. J'adorais cette maison. Elle était très bien meublée -la mère d'Adrien avait un don pour la décoration-, très bien exposée, accueillante à tout point de vue.
- Oh tu as mis la table et tout ! C'est trop mignon mon Adri.
- C'était une occasion spéciale ! Ça me fait vraiment plaisir qu'on se revoit, comme au bon vieux temps.
- A moi aussi.
On décidait de s'asseoir, puis on a commencé à parler de tout et de rien. Un moment, alors que je finissais mes chips aux crevettes, il me posa la question fatidique:
- Et au niveau des mecs ?
- C'est très très compliqué... Tu sais, je crois que l'amour, c'est pas fait pour moi, répondis-je d'un petit rire gêné.
- Pareil pour moi. On forme une belle paire tous les deux !
- On en a toujours formé une, dis-je, sincère.
- Ça c'est sûr ! Est-ce que ça te dit qu'on aille marcher un peu sur la plage, d'ailleurs ?
On adorait faire ça quand on était plus jeunes. Comme sa maison était au bord de l'eau, on descendait sur la plage, on pêchait les crabes, on se baignait, c'était le paradis. J'étais contente qu'il n'ait pas oublié ce petit rituel.
- Carrément !
Arrivés sur la plage, on commence à marcher. Je prends la parole:
- Est-ce que tu penses que...
Seulement je n'ai pas le temps de finir ma phrase, qu'Adrien prend mes jambes, me balance sur son épaule et se dirige gaiment vers la mer. Je cris, j'essaie de me débattre, mais rien n'y fait. Il faut dire qu'il a sacrément pris du muscle. Quand il veut me jeter dans l'eau, je m'accroche tellement fort à lui que nous tombons tous les deux. On se regarde, les vêtements trempés, et on explose de rire. On continue à se baigner, avant que je commence à avoir froid. On décide donc de rentrer, en parlant du prochain entraînement de surf. Après s'être séchés et avoir pris un dernier verre, je décide d'appeler Emma pour qu'elle passe me chercher. Elle arrive au bout de cinq minutes; Adrien me raccompagne à l'extérieur et me serre dans ses bras:
- Merci pour cette soirée Juju. Ça m'a vraiment fait du bien de te revoir. On se le refait vite ?
- Merci à toi mon Adri. Pas de soucis !
A ce moment-là, Emma sort de la voiture, curieuse de découvrir le garçon dont je lui ai tant parlé. Son visage change directement de couleur, virant au rouge cramoisi. Adrien glisse un petit sourire gêné.
- Euh... Adrien, je te présente...
- Emma, oui je sais, me coupa-t-il en s'approchant d'elle pour lui faire la bise.
- J'ai raté un épisode ? Vous vous connaissez ?, les interrogeai-je.
Avant qu'Adrien puisse répondre, Emma marmonna:
- C'est compliqué.
En comprenant qu'elle me raconterait plus tard, je n'insiste pas.
- Bon, à la prochaine Adri !
- Je t'appelle Juju.
Une fois dans la voiture, je me retourne vers Emma:
- Bon, raconte ! Tu connais Adri ? Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?
- Je ne savais pas que c'était ce Adrien dont tu me parlais.
- Duquel tu parles toi ?!
- Tu te rappelles, cet été... J'étais dévastée, Clément venait de me plaquer... Ma soeur m'a emmené dans une soirée qu'organisait son copain. J'ai rencontré Adrien là-bas. On a beaucoup bu, on a déconné, on a flirté, et de fil en aiguille..., me raconta-t-elle, l'air penaud.
- De fil en aiguille... ? Oh non Em, ne me dis pas que tu as couché avec Adrien !
- Si... Et ce n'est pas tout. Il a réussi à me contacter après la soirée, et nous nous sommes revus. J'ai recouché avec lui plusieurs fois... En fait, à chaque fois que j'avais besoin de me changer les idées, il était là. Je ne l'ai pas re-contacté depuis la rentrée, je ne savais pas qu'il habitait ici, il m'avait seulement dit qu'il était surfeur. Oh merde Julia, je suis désolée...
- C'est pas si grave ma puce. Je n'ai rien à te reprocher, seulement c'était important pour moi que tu le rencontres et que tu t'entendes bien avec lui, il a toujours été comme mon frère tu sais.
- Je sais bien... Je ne m'attendais vraiment pas à le trouver devant la porte. J'étais dans une position inconfortable.
- Je comprends. Ecoute, on verra ce qu'on peut faire, on trouvera une solution.
- J'espère...
Je sentais qu'Emma se remémorait l'enfer qu'elle avait vécu cet été. J'avais envie de lui changer les idées.
- Bon, je sais qu'il est minuit passé, mais si on appelait les filles pour aller boire un verre ? Allez dit oui !
- Ça marche.
Ooooo
- Bref, c'était une super soirée. Il m'avait vraiment manqué, je ne sais pas comment j'ai fait pour ne jamais reprendre contact. Aujourd'hui je veux seulement rattraper le temps perdu.
Je venais de raconter à Juliette, Bérénice et Cassandra mes retrouvailles avec Adrien, et notre dîner. Nous étions attablés dans un bar populaire de la ville. J'avais eu une bonne idée en appelant les filles, car Emma, après leur avoir raconter l'incident, avait retrouvé le sourire. Il faut dire que nous étions un peu éméchées, c'était notre troisième mojito. Et pendant que Cass et Juliette tentaient de faire des bulles avec le cocktail, que Béré et moi disions des bêtises, Emma reçut un message sur son portable.
- Qui c'est ?, la questionnai-je.
- ...
- Emma, qu'est-ce qu'il se passe ?, poursuivit Cassandra, inquiète.
- Adrien vient de m'envoyer un message... "Salut Emma, content de t'avoir revu ce soir. Appelle moi si t'as envie de t'amuser un de ces jours ! Adrien"
- J'ai du mal à imaginer Adri en sexfriend. On prenait des bains ensemble avant !, plaisantais-je.
Les filles explosèrent de rire. Cela détendit l'atmosphère qui se faisait pesante depuis une poignée de secondes.
- Je réponds quoi alors ?, demanda Emma.
- La vérité c'est tout ! Que tu es de nouveau avec ton copain, et que donc tu vas arrêter tout ça un petit bout de temps, répondit franchement Juliette.
- Oui vous avez raison.
Emma écrivit le message. Trois minutes plus tard, elle reçut la réponse.
- Alors ?, reprit Juliette.
- "Pas de problème. A une prochaine peut-être."
- Ça ne m'étonne pas d'Adrien. Il n'est pas du tout prise de tête !, ajoutais-je.
- C'est ce que j'ai aimé chez lui cet été.
- Tu l'as surtout aimé parce que c'était un bon coup, coquine..., lâcha Cassandra, toute guillerette.
Nous sommes reparties dans un fou rire. C'était bon d'avoir des amies sur qui compter.
Emma se réveilla le dimanche matin avec une légère gueule de bois. Elle sauta dans la douche, puis commença à se préparer. Elle voulait être sublime pour son rendez-vous avec Clément.
Après plus d'une heure de préparation, en comptant maquillage, huile sur le corps, brushing, vernissage des ongles, enfin la totale, elle était enfin prête. Elle avait enfilé sa tenue préférée, et s'était aspergée du parfum qu'il préférait. Elle prit place dans sa voiture, enclencha le contact, puis sentit son téléphone vibrer. -Message de Clément: "Désolé bébé, on déplace le rencard, j'ai fait la fête toute la nuit. Je me suis réveillé encore complètement alcoolisé, je vais essayer de dessoûler un peu. D'ailleurs, ne t'énerve pas mais j'ai découvert une fille dans mon lit ce matin... Mais pour ma défense je ne me rappelle de rien ! Ne m'en veux pas. Je t'appelle plus tard."
Emma balança son portable contre le mur. Elle avait cru. Elle avait vraiment cru qu'il allait changer, pour elle. Qu'il l'aimait. Quel traître. Elle le haïssait, elle le haïssait plus que jamais.
Elle se leva pour aller chercher son portable. Elle savait qu'elle devait appeler les filles pour trouver du réconfort. Mais là, tout de suite, elle n'avait aucune envie de discuter. Elle composa un numéro. Une voix d'homme se fit entendre:
- Allô ?
- Tu as toujours envie de t'amuser avec moi ?
